Bonjour,
Je m'excuse de publier plus tard mais voilà enfin la suite.
Aujourd'hui je vous offre un chapitre avec la lecture de la biographie de Kanus du Verseau.
J'espère que cela vous plaira.
Biz à bientôt Peace' et bonne vacance à ceux qui le seront et bonne reprise pour les autres.
Chapitre 45 : J+13 (4)
Au beau milieu de la nuit, Shion s'était réveillé comme dans un sursaut. Dans l'obscurité de la pièce, il cherchait à comprendre où il était et pourquoi le lit était autant défait. Puis il sentit une présence auprès de lui et il se rappela. Un court instant, il ferma les yeux tout en arborant un sourire satisfait.
Un grand silence régnait dans la pièce où il était. Il rouvrit les yeux et jeta un coup d'œil à son environnement puis s'extasia quelques secondes sur son amant qui dormait toujours, d'un sommeil du juste, les yeux clos et immobiles un sourire doux et fin se dessinait sur ses lèvres.
Shion reporta alors son regard sur la chambre. Elle était à l'image de celle qu'il avait voulu lui donner, solennelle, propre mais surtout bien ordonnée, chaque chose étant à sa place. Le Grand Pope n'aimait pas trop laisser la place au hasard, et pourtant, en ce moment même, un de ces meilleurs chevaliers dormait dans son lit ! Si on lui avait prédit ça, il aurait sûrement ri au nez de cette personne.
La chambre donc était égale à elle-même, meublée d'un grand lit, d'armoire simple et d'un bureau sans fioriture. On y trouvait le strict nécessaire pour un homme de sa trempe et dans sa position : des tiroirs, fermés à clé des papiers en ordre, éparpillés en blocs sur le bureau une petite lampe de bureau ainsi qu'un nécessaire d'écriture. Derrière, contre le mur, des étagères accueillaient la plupart des ouvrages utiles à son travail.
Proche du lit, de son côté, une lampe et quelques livres reposaient sur une petite table de chevet – aussi simple que le reste du mobilier. Voilà donc ce que je cherchais, se dit-il en silence pour ne pas réveiller son homme.
Shion se leva du lit pour ne pas importuner Camus, il attrapa le livre qu'il guettait des yeux et se déplaça sur la pointe des pieds jusqu'à son bureau. Là, il alluma la lampe et reprit sa lecture là où il s'était arrêté la dernière fois.
« Les années ont passé, et pendant cette période, nous n'avons pas cessé de combattre les desseins plus ou moins violents des différents Dieux souhaitant, chacun leur tour, devenir le seul maître à bord sur cette planète. La plupart n'auraient pas hésité à sacrifier presque entièrement la population pour arriver à leur fin.
Mais j'aimerais te parler de ce qui arriva le jour de mon dix-huitième anniversaire. Ce jour-là, le sanctuaire était en effervescence car en pleine préparation d'un grand événement. L'attaque nous prit par surprise, de manière insidieuse, surtout quand j'appris que la cible principale était notre Grand Pope, Eirene.
Beaucoup de choses ont changé pour moi et Eirene à partir de cette date. Nous avons vraiment failli perdre deux de nos frères d'armes qui sont devenus depuis lors pleinement dépendants de nos pouvoirs.
Aussi, te demanderais-je de bien prendre soin d'eux et surtout de Nikos. Ton pouvoir deviendra son salut et permettra sa survie.
Mais pour comprendre de quelle manière tu pourras agir en leur faveur, je me dois de te raconter ce qui s'est passé cette fois-là.
Cette journée devait être magnifique et surtout inoubliable, et malgré le froid – nous étions au cœur de l'hiver –, un grand soleil illuminait le sanctuaire de sa lumière bienveillante.
Quinze jours auparavant, Eirene était venue me visiter dans mon temple, accompagnée de quelques prêtresses. Ces dernières, d'une voix forte et plutôt autoritaire, m'ordonnèrent de me déshabiller intégralement car elles prétendaient avoir des mensurations à prendre. Surpris et plutôt gêné par la situation, j'observais dans le miroir le comportement de mes amis. Eirene me dévisageait fortement et longuement, semblant bien prendre son temps pour tout analyser, pendant que Nikos et Kiros – tels deux gamins –, riaient à gorge déployée, se moquant de moi car en cet instant, j'aurais voulu me cacher au fin fond du monde, tellement j'étais rouge de honte ! C'est que je n'avais pas pour habitude de me présenter ainsi, entièrement nu devant des femmes, et de surcroît, des prêtresses et le Grand Pope – quand bien même cette dernière était ma meilleure amie.
Contre toute attente, j'essayais de faire bonne figure devant cette assistance, toutefois, à l'intérieur, je fulminais, surtout à cause des deux zouaves qui ricanaient comme des oies.
- Eirene ! Que regardes-tu ainsi ? lui demandai-je d'une voix qui se voulait assurée, les sourcils légèrement froncés.
- Rien... Je me disais que tu étais devenu un homme fort et bien bâti. Tu n'as plus rien du gamin frêle que j'ai connu enfant.
Nikos et Kiros explosèrent à nouveau de rire.
- J'avais cinq ans à l'époque et le contexte était différent. J'étais loin d'être sportif, certes, mais surtout j'avais faim, soif et cherchais un abri pour me protéger...
Je m'interrompis, notant la véhémence avec laquelle je lui avais parlé, mais je pense qu'Eirene avait compris où je voulais en venir.
- Bref, j'étais jeune ! repris-je en tentant de calmer ma voix.
- Et maintenant, regarde-toi ! Tu es devenu un homme ! Sportif, bel homme, un combattant redoutable et un grand chevalier. Tu as bien changé depuis ton départ, et j'ai remarqué à ton retour que ta tunique commençait à être juste. Tu t'es encore étoffé ces derniers temps, ajouta Eirene, les joues un peu rosées. C'est pour cela que ces demoiselles sont ici, pour prendre tes nouvelles mensurations et te confectionner une nouvelle tunique, poursuivit-elle comme si de rien n'était.
- Dans ce cas, dis-je un peu confus, merci à toutes vraiment... Je reconnais que bientôt elle ne couvrira presque plus rien, ajoutai-je pour conclure.
- Comme à cet instant ! renchérirent Nikos et Kiros, toujours pliés en deux de rire.
Et là, explosant de rage, je leur hurlai dessus :
- VOUS DEUX ! DEHORS ! Et je ne veux plus vous voir chez moi jusqu'à nouvel ordre !
Ma voix résonna pendant un moment, sourde et froide. Je m'en voulais un peu de leur avoir crier dessus ainsi, surtout devant toutes ces femmes, mais ils l'avaient bien mérité en cet instant.
Pour autant, cela ne sembla pas les affecter outre mesure, car ils riaient toujours autant en prenant la porte à défaut de prendre une chaussure sur la tête. Un peu surprises par ma réaction, les jeunes femmes ainsi qu'Eirene sortirent à leur tour.
Le matin de mon anniversaire arriva rapidement, et mon ami – le chevalier du Scorpion – vint me réveiller en sautant sur mon lit.
- Bon anniversaire le vieux !
- Nikos ! tu seras bientôt aussi vieux que moi, lui rétorquai-je d'un air désabusé.
- Il me reste encore neuf mois.
Puis mon ami se releva et alla me préparer mon petit-déjeuner. Après m'être rafraîchi rapidement, je le rejoignis. Nous déjeunâmes ensemble et allâmes ensuite nous entraîner dans le colisée.
Vers midi, Kiros, Angelos – chevalier des Poissons – et Markinos – chevalier du Cancer – nous rejoignirent pour le déjeuner.
En début d'après-midi, je m'installai chez moi, au calme, dans mon fauteuil et ouvris un livre.
- Tu vas lire jusqu'à ce soir ? me questionna alors le huitième gardien.
- Et pourquoi pas ? Vous m'avez bien interdit de bouger de chez moi avant la fin de l'après-midi, non ? lui rétorquai-je.
- On pourrait faire autre chose ? proposa Nikos.
- Oui, tu pourrais aller aider Angelos et Eirene à tout préparer, soumis-je comme idée à mon ami un peu trop bavard pour moi en cet instant.
Ne te méprends pas, j'adore Nikos, mais parfois sa verve me fatigue. J'aime le silence et pouvoir lire tranquillement.
Contre toute attente, mon ami sortit et je pus enfin me retrouver seul chez moi pour lire en paix.
Mais moins d'une heure plus tard, une personne vint me prévenir qu'Eirene m'attendait sur la plage est du sanctuaire. L'homme avait l'air affolé, aussi m'élançai-je sans attendre vers l'endroit indiqué où je la retrouvai rapidement.
- Que se passe-t-il ? demandai-je.
- Un bouquet empoisonné ! et ces deux imbéciles l'ont pris à mains nues pour le noyer et tous nous sauver sans vraiment réfléchir à ce qu'ils faisaient.
- Ok que faisons-nous ? questionnai-je.
- Il faut les ramener à l'infirmerie avant qu'eux aussi ne meurent.
- Comment ? Insistai-je.
Je vis Eirene réfléchir à ma question, puis mes deux amis sortirent de l'eau. En arrivant sur la plage, ils titubèrent en avançant vers nous puis s'écroulèrent à quelque pas de nous. Eirene allait se jeter sur eux quand je la stoppai net :
- Tu ne peux pas y aller, lui ordonnai-je.
- Attends !... J'ai une idée. Place-toi à un mètre de distance de Nikos. Moi je fais pareil avec Angelos. On va lancer notre cosmos vers eux et geler l'eau qui les recouvre, cela nous fera une protection contre le poison. De plus, si on gèle légèrement leur corps, on diminuera l'effet du poison. On pourra donc avoir plus de temps pour les soigner, m'expliqua-t-elle.
- D'accord, commençons, répondis-je.
Les bras tendus, chacun devant un de nos camarades, notre cosmos se répandit peu à peu en eux, et très vite ils se retrouvèrent dans une gangue glacée qui maintenait leur corps en vie et nous permettait de les ramener à l'infirmerie. Sur ces entrefaites, nous avions été rejoints par d'autres chevaliers d'Or.
Je fis signe à Ianouarios du Sagittaire pour m'aider à transporter rapidement Nikos auprès de nos médecins, tandis que les jumeaux Makis et Lakis des Gémeaux s'occupaient d'Angelos.
Parti devant avec Ianouarios, je me retournai pour m'assurer que tout le monde suivait quand je vis Eirene, immobile et semblant réfléchir à quelque chose avant de se mettre à son tour en route.
À l'infirmerie, nous dégelâmes partiellement les deux hommes pour laisser les médecins les ausculter. Nous décidâmes d'attendre les résultats dans le couloir où six autres Chevaliers d'Or nous attendaient depuis quelques minutes.
Nous dûmes attendre quelques heures avant qu'un médecin nous donne des nouvelles. Pendant ce temps des chevaliers d'Argent et de Bronze vinrent nous faire leurs rapports sur le sanctuaire. Personne d'autre n'avait été blessé et aucun autre ennemi ne s'était infiltré.
Quand enfin les nouvelles de nos amis arrivèrent, celles-ci n'étaient pas très bonnes.
Aucun des médecins ne connaissaient le poison utilisé. Alors Eirene et moi-même décidâmes de retourner dans la chambre et de remettre les deux malades en état de stase en les gelant un peu plus afin de ralentir les symptômes et de laisser à mon amie le temps de trouver un moyen de les sauver.
Puis le Grande Pope s'enferma dans le sanctuaire du treizième temple afin de converser avec Athéna. Une heure devait être passée quand elle revint dans l'infirmerie. Eirene me fit savoir que notre Déesse allait essayer de contacter le Seigneur Asclépios pour qu'il vienne nous porter secours.
Le lendemain matin, le Seigneur des Médecins vint nous retrouver directement à l'infirmerie du sanctuaire. Eirene et moi-même avions veillé nos deux compagnons toute la nuit.
- Bonjour Eirene, Athéna m'a dit que tu avais besoin de moi.
Je fus surpris de rencontrer un homme jeune à la voix douce et posée. Il semblait bienveillant. Le Grand Pope lui expliqua tout ce qui s'était passé depuis la veille.
- Je vous félicite tous les deux, vous avez fait du bon travail. Je vais regarder les résultats de vos médecins et faire mes propres tests. Pourriez-vous encore m'aider un peu ? demanda alors le Dieu de la Médecine.
- Bien sûr, répondis-je. Heu… je…
J'hésitais c'était un Dieu et j'avais répondu rapidement comme si je parlais à un de mes frères d'armes.
- Oui, vas-y n'aie pas peur je ne te mangerai pas.
- Merci pour tout, me dépêchai-je de dire.
- Je n'ai encore rien fait.
- Non, pour Eirene… elle m'a tout raconté. Merci d'avoir pris soin d'elle.
Cela faisait tellement longtemps que je voulais le lui dire. Je m'étais promis que si je le rencontrais un jour, je le remercierais pour son soutien.
- C'est normal je suis médecin et puis j'apprécie énormément votre compagne.
- Comp… compagne, pas du tout mon Seigneur, on est amis d'enfance mais rien d'autre et puis c'est ma supérieure.
J'avais été surpris de la façon dont il envisageait ma relation avec Eirene.
- Oh… pardon, c'est dommage vous feriez un beau couple.
Nous ne répondîmes rien et nous rougîmes, ce qui fit rire notre invité, puis il partit travailler pendant que nous maintenions nos collègues en vie.
C'est en début d'après-midi que les résultats arrivèrent. Les mêmes le Dieu ne comprenait pas. Il n'avait jamais vu ce poison. Il avait essayé différents remèdes mais aucun n'avait réellement fonctionné.
Malgré tout, l'état de santé de Nikos s'était un peu amélioré, nous avions pu le dégeler un peu afin qu'il puisse reprendre ses esprits.
Pour Angelos il nous faudrait attendre encore un peu. Quand mon ami Scorpion fut totalement réveillé j'eus une discussion avec lui.
- Merci de m'avoir veillé et aidé, me dit-il.
- Tu es mon frère, répondis-je froidement.
- Tu m'en veux ? me demanda-t-il.
- Je savais que tu étais jaloux qu'on ne fasse pas attention à toi mais tu n'étais pas obligé de faire une chose aussi stupide pour attirer l'attention, lui rétorquai-je tout aussi froidement.
- Kanus... pardon je... Je ne voulais pas t'inquiéter...
- Pourquoi dis-tu cela ? Oh et puis merde ! Bien sûr que je me suis inquiété mais surtout…
Mes mots se turent un instant, je ne savais pas trop comment lui dire ce que je ressentais à ce moment précis. Et à présent, devant lui, je me rendais compte combien j'avais été un idiot et que c'était à moi de lui demander pardon... Qu'il pouvait être bête quand même ! Il avait failli mourir, et c'était à cause de moi !
- Tu n'as pas à me demander pardon, me sourit-il.
- …. Idiot ! pestai-je à voix haute.
Comment pouvait-il si bien me comprendre ? J'ai toujours fait en sorte de rester le plus discret possible, surtout en sa présence, mais rien n'y faisait, il arrivait toujours à ses fins, à lire en moi comme dans un livre ouvert ! Cela m'énervait prodigieusement, mais j'étais toutefois heureux qu'il s'en fût sorti sans trop de dommages.
J'inspirai et me repris.
- Si je dois… Pardon, si je ne t'avais pas dit de les rejoindre, tu n'en serais pas là maintenant.
- Il me serait peut-être arrivé autre chose ou alors Eirene aurait aidé Angelos. Il valait…
- Tais-toi ! Dans ce sanctuaire personne n'a de vie plus importante qu'une autre. N'est-ce pas Eirene ?
- Tout-à-fait... Pardon de vous déranger, mais je viens voir Angelos, précisa mon amie d'enfance.
Nikos se rendormit et je continuai de veiller sur lui. Eirene me rejoignit et nous passâmes une nuit de plus dans l'infirmerie.
Après cela le Dieu de la Médecine s'installa au sanctuaire pendant un bon mois. Mais avant de partir il nous avait donné des consignes, la mienne consistait à m'occuper de Nikos.
Ce dernier s'était maintenant bien réveillé et on avait constaté que le poison s'était concentré autour de son cœur. Quand il venait à s'emballer, je le refroidissais et le stabilisais je ne devais donc pas rester trop loin de lui pour l'instant.
Ensuite on vit que notre Scorpion arrivait à faire couler le poison dans certaines veines et à expulser sa douleur et le poison par l'un de ses doigts. C'est ainsi que naquit ses nouvelles techniques : la Scarlet Needle et l'Antarès.
Nous lui avons donc accordé le droit de sortir de l'infirmerie dès qu'il se sentirait mieux.
Concernant Angelos, les choses étaient un peu plus compliquées, alors c'était Eirene qui s'occupait de lui. Plus personne ne pouvait toucher le chevalier à mains nues, et en public, son corps devait être entièrement recouvert de tissus. Les seules personnes à pouvoir pénétrer dans sa demeure étaient Eirene, Nikos et moi-même.
Il a été également décidé en dernier lieu que, grâce à notre cosmos et notre aptitude à manipuler le froid qui pouvait nous protéger, Eirene et moi-même aiderions nos deux chevaliers malades à parfaire leurs techniques tout en les soignant.
Alors, après ce soir, sûrement qu'avec Eirene nous ne pourrons pas revenir au sanctuaire aussi, je te demande s'il te plaît de bien prendre soin d'eux et de ne pas les laisser mourir. Je te confie mes frères et aide bien ton Grand Pope. »
Shion referma l'autobiographie du prédécesseur de Camus et resta là, songeur sur ce qu'il venait de lire. Cela confirmait donc bien les écrits d'Eirene Grand Pope. Soucieux de mener à bien cette « quête » et de tenir ses promesses, il décida de s'en tenir là pour ce soir et rejoignit son homme dans le lit.
Il fit glisser son index sur le bras nu et découvert de son Verseau, le faisant frissonner. Il sourit de le voir aussi apaisé et imperturbable en cet instant. Ignorant encore de tous les éléments de son propre passé.
Puis, comme si en cet instant tout semblait se mélanger – passé, présent et futur –, Shion murmura comme un dernier serment à l'encontre de son bien-aimé et de leurs prédécesseurs :
- Je veillerai sur nos frères, nos vaillants chevaliers. N'ayez crainte et dormez paisiblement. Je ne faillirai pas.
Shion embrassa ensuite Camus sur la joue et le prit tendrement dans ses bras. Le chevalier du Verseau en profita pour s'y caler et poussa un léger soupir comme pour signifier tout le bonheur qu'il avait d'être là.
Shion se rendormit aussitôt, heureux en cet instant et apaisé lui aussi.
Il aurait tout le temps de se préoccuper du reste plus tard.
