Bonjour,

La vie continue dans le sanctuaire et tous se rencontre au détour d'un chemin pour le meilleur ou pour le pire. Mais on en apprend tous les jours un peu plus sur les chevaliers.

Bonne lecture à dans un mois.

Biz Peace'.


Chapitre 47 : J+14 (2)

La grande horloge du sanctuaire sonna. Aphrodite s'amusa à compter les coups. Un coup, deux coups, puis plus rien. Le silence revint à ses oreilles. Il soupira. Juste deux heures, cela ne faisait que deux petites heures qu'il avait repris ses rondes. Un soupir plus long, à fendre l'âme, sortit de ses lèvres. Aujourd'hui serait donc une de ses journées sans fin.

Effectivement, en ce samedi après-midi il faisait très chaud, si chaud que le temps semblait se multiplier. Ces deux heures lui avaient paru une éternité. Ce n'était pas que la chaleur, mais aussi la lourdeur de son armure avec cet air étouffant, la luminosité qui éblouissait son regard bleu clair et ses pensées qui n'arrêtaient pas de vagabonder. N'en pouvant plus, il chercha un endroit un peu plus sombre et à l'abri du soleil pour reprendre son souffle et ses esprits.

Tournant sa tête dans tous les sens, il aperçut non loin de lui un grand olivier. Il décida de s'asseoir quelques instants dessous. Instant qui lui procura une furtive sensation de fraîcheur, mais vite rattrapée par l'air sec, à chacune de ses respirations. Là, à l'abri de tout, il ferma les yeux et reprit le fil de ses pensées, c'est-à-dire sa rencontre avec Shion, peu avant de reprendre son service. La tournure de celle-ci l'avait énormément surpris et il n'arrivait pas encore à savoir si c'était bon ou non.

Il était onze heures quarante-cinq quand le porteur de l'armure d'Or du Poisson se présenta devant le bureau du Grand Pope. Comme le lui avait indiqué Méthos un peu plus tôt dans la matinée.

Il tapa à la porte pour prévenir de sa présence, mais personne ne lui répondit, cela l'intrigua. Shion était un homme ponctuel alors s'il lui avait donné rendez-vous ici et à cette heure-ci c'est qu'il devait être là. Il se permit de passer une tête par l'entrebâillement de la porte tout en toquant un peu plus fort.

- Seigneur Shion vous êtes là ? Tout va bien ? appela le Poissons.

- Ah ! Euh oui ! Il est déjà l'heure. Je ne t'avais pas entendu frapper. Entre je t'en prie, l'invita le Grand Pope.

- Merci. Vous désiriez me voir ? s'informa Aphrodite.

- Oui j'aimerais savoir si tout va bien ? demanda l'aîné.

- Oui.

- Cela ne te dérange pas que j'aie changé ton partenaire ? Tout se passe bien avec Aiolia ? questionna encore le second Maître du sanctuaire.

- Oui. Pas de problème. Aiolia est un jeune homme formidable. Il a très bien compris aussi pourquoi il ne fallait pas trop m'approcher, expliqua alors le douzième gardien.

- Et avec Ikki tout se passe bien ?

- Oui.

Aphrodite ne posa aucune question, il se doutait bien que Camus lui avait dit pour eux deux, cela ne le dérangeait pas.

- De plus, lui peut m'approcher sans problème, continua-t-il. Sûrement car le Phénix renaît de ses cendres et qu'il peut guérir vite, rigola doucement le Poisson.

- Pourrait-il te guérir aussi ? murmura pour lui-même le Pope.

- De quoi devrait-il me guérir ? s'enquit le Poissons curieux de cette remarque.

- Non de rien, mais au moins je suis ravi que tu sois moins seul. Tu as l'air heureux et en forme, nota Shion, content de cela.

- Oui je le suis, merci, sourit Aphrodite.

- Bien tu peux y aller ! Mais si ça ne va pas, viens me voir, ajouta alors le Grand Pope.

Aphrodite l'avait remercié et était parti rejoindre son nouveau compagnon de travail. Il trouvait cet entretien très bizarre et ne comprenait pas cet engouement pour savoir si sa santé était bonne. D'accord, il avait fait un malaise, mais cela peut arriver à tout le monde et depuis, il avait l'impression que tout le monde l'épiait et le surprotégeait.

Un mouvement près de son visage le sortit de sa transe. Pas qu'il l'avait senti physiquement, mais c'était plus comme une sensation, un cosmos léger l'appelant. En ouvrant les yeux il vit la main d'un homme qui s'agitait devant ses yeux clos. Il ne l'avait donc pas imaginé.

- Oui Aiolia ? interrogea-t-il l'homme à qui appartenait cette main.

- Je… J'avais peur que tu ne te sois endormi, sourit le Lion.

- Jamais pendant le travail.

Puis faisant naître un sourire plein de malice il demanda :

- Et si c'était le cas qu'aurais-tu fait ? M'aurais-tu fait un dessin sur le visage ou autre ?

- Oh non ! Mais c'est une idée pour une prochaine fois. Oh ! Pas sur toi, mais sur Aiolos, rigola Aiolia.

- Ha, ha ! Je veux voir ça, affirma Aphrodite riant à son tour, imaginant la scène et surtout la colère du frère aîné de son partenaire de ronde.

- Ok, je prendrai une photo avec mon portable.

- Ton portable ? questionna surpris le Poissons. Il ne pensait pas que son compagnon ait ce genre de gadget en sa possession.

- Oui c'est un cadeau de la Déesse Aphrodite et de son chevalier Méthos. Ils me l'ont donné en me disant que si j'avais besoin je pouvais les appeler. Tiens regarde.

Le Lion s'installa sur l'herbe à côté du Poissons et expliqua alors les différentes applications de son portable. Il y en avait plein et il se lamentait de ne pas avoir pu encore toutes les essayer. Aphrodite l'écouta avec intérêt même s'il trouvait qu'en cet instant Aiolia ressemblait plus à l'adolescent qu'il n'a jamais été qu'à l'idée qu'on se fait d'un chevalier d'Athéna. Un homme mature et adulte, sage et responsable. Cela le fit sourire. Mais malgré toute cette bonne humeur, une question germait dans son esprit.

- Te l'ont-ils donné avant ou après que je fasse équipe avec toi ?

- Oh ! Après je crois. Pourquoi ? demanda Aiolia.

- Non pour rien. Viens là !

D'un geste brusque il prit le Lion par les épaules et l'amena plus vers lui, mais à une distance raisonnable. Il ne voulait pas le blessé et même si depuis de longues années il arrivait à gérer le poison en lui, on n'était jamais à l'abri d'un accident. Et il s'en serait voulu. Alors plus doucement, il lui subtilisa son téléphone des mains et prit une photo d'eux. Celle-ci fut envoyée à Méthos et à la Déesse Aphrodite avec pour message, « Nous allons bien, merci. ».

Ensuite, il se leva en rigolant. Aiolia le suivit un sourire ornant ses lèvres. Les deux repartirent faire leur ronde tranquillement, ils étaient sereins. Aphrodite sourit quand son frère d'armes lui montra une réponse. « Ravie de le savoir, on mange ensemble ce soir. Biz ton amie Aph'. ». Cela ne soufflait aucune réponse, juste un « oui », c'est pour cela qu'aucun des deux ne prit le temps de répondre, mais entamèrent une discussion animée sur la vie au sanctuaire ces jours-ci.


De son côté Milo était de repos pour le reste de la journée, mais il n'était pas homme à rester planté là. Oui, pour lui rester enfermé dans son temple était une torture, alors il s'était trouvé une bonne excuse pour bouger. Il gravissait donc les escaliers en sifflotant vers le treizième temple afin de s'assurer que tout se passait bien. Il était de très bonne humeur aujourd'hui. En effet, si sa nuit avait été splendide, son réveil quant à lui avait été divin. Il avait eu le plaisir d'ouvrir les yeux sur le visage endormi d'un Saga serein, et quand il avait voulu bouger pour mieux le contempler, il fut satisfait de se trouver « prisonnier » des bras du Gémeaux.

Cela avait suffi à illuminer sa journée et à faire battre son cœur bien plus fort. Il ne pensait pas pouvoir être plus heureux qu'en cet instant, jusqu'à ce que la voix rauque de son homme lui disant « bonjour », accompagné d'un baiser fougueux montrant tout l'amour qu'il avait pour lui, l'eût transporté en un instant à Élysion.

Après un câlin des plus doux, tous deux avaient pris le temps de parler un peu et de prendre un petit déjeuner. Ils s'étaient même douchés ensemble et totalement nus cette fois-ci. Saga l'avait quitté très tôt mais cela ne le dérangeait pas car le baiser d'au revoir avait valu le coup.

En repensant à cela, il sourit en se disant qu'il était vraiment différent de Kanon et cela lui plaisait. Car Kanon n'était pas très câlin le matin, ni très bavard. Contrairement aux apparences, Saga était bien plus tactile et sociable que son cadet dans la vie privée. C'est pour cela qu'attendre que son Gémeaux soit prêt à aller plus loin avec lui lui allait.

Être la proie de la douceur de son aîné était des plus satisfaisants, alors peu importait le temps que cela prendrait, il serait patient.

Et même s'il devait reconnaître qu'il avait quand même hâte de ne faire plus qu'un avec son amant, là encore, pour lui, il saurait se retenir.

C'est avec des pensées plein la tête qu'il se baladait entre les colonnes de marbre du temple de sa Déesse, jusqu'au moment où son regard fut attiré par une chevelure noire, d'un noir profond. Intrigué et voulant être certain de ne pas se tromper, il l'a suivie et s'aperçut qu'il s'agissait bien de Méthos, le chevalier d'Arès.

- Eh toi ! Arrête-toi ! Faut que je te parle, s'écria alors Milo du Scorpion.

- Tu désires me parler... Un problème ? s'enquit Méthos qui ne comprenait pas pourquoi le Scorpion l'interpellait ainsi.

- Oui, j'ai un problème avec toi ! bien que je pense que tu n'es pas méchant, c'est certain... Je sais que tu as connu Camus avant moi, mais maintenant c'est « mon » meilleur ami, cria Milo, insistant bien sur le possessif.

- Je le sais ça et je ne compte pas me mettre entre vous deux, répondit le guerrier tout en essayant de rassurer et de calmer son vis-à-vis.

- C'est ce que tu dis, mais tu es toujours avec lui. Tu l'amènes loin de nous tous, ses frères, lui reprocha le Scorpion.

- Désolé, je ne pensais pas faire cela. J'ai besoin de lui pour un projet mais crois-moi, je ne veux pas empiéter sur votre amitié, tenta encore de l'apaiser Méthos.

Mais la réaction de Milo fut tout autre. Le Scorpion avait du mal à le croire et au lieu de réfréner sa colère, il s'énerva encore plus. Il attrapa Méthos par le col de sa chemise et le ramena vers lui.

- J'aimerais que tu m'expliques autre chose. Pourquoi toi et certains Dieux, vous êtes surprotecteurs avec Aphrodite et moi ?

- Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit Méthos ne voulant vraiment rien dire au Scorpion.

- Ne te moque pas… s'écria Milo.

- Ça suffit ! tonna la voix du Grand Pope derrière eux. Milo, lâche-le tout de suite ! ordonna Shion.

Il était intervenu après avoir entendu de son bureau la voix de Milo qui s'élevait plus que de raison dans le couloir.

Milo n'en fit rien, le regard toujours rivé dans celui de Méthos. Le chevalier d'Arès renonça aussi à baisser le sien.

Effectivement, dès que leurs yeux étaient entrés en contact, cela avait sonné pour lui comme un défi, un duel à relever et à remporter. Pour le second du Dieu de la Guerre, cela aurait été un affront pour son Seigneur s'il avait perdu contre un chevalier quel qu'il soit, même contre Camus – son ami d'enfance.

- Réponds ! ordonna le huitième gardien à Méthos.

- J'ai dit : « Lâche l'invité de notre Déesse », Milo ! réordonna le Pope.

- Il a raison. Milo je ne vois pas pourquoi tu es si furieux. Quant à Camus, je t'assure que je ne désire pas m'immiscer dans votre amitié. De plus, toi aussi tu passes beaucoup de temps avec les Gémeaux, le titilla Méthos qui s'amusait bien de la jalousie de son vis-à-vis.

- Ce que je fais avec eux ne te regarde pas. Surtout avec lui, accentua-t-il ses dires ayant compris le sous-entendu.

- Tout comme ce que je fais avec Camus, renchérit Méthos avec un sourire sadique.

- Maintenant ça suffit vous deux, séparez-vous ou c'est moi qui le fais, gronda alors Shion.

Milo tiqua à cette menace à peine voilée de son supérieur. Il ne l'avait pas souvent vu se mettre en colère ou se battre mais les rares fois où c'était arrivé, il avait été heureux de ne pas être la personne en face de lui. C'est pour cela qu'il relâcha Méthos sans discuter et reprit son chemin tout aussi silencieusement. Il ne désirait pas se battre contre son supérieur, ni déclencher une guerre.

Une fois Milo parti, Shion se retrouva seul avec le chevalier d'Arès. Il en profita pour s'entretenir avec lui, il avait besoin de réponses :

- J'ai lu le passage des dix-huit ans d'Eirene et Kanus. Je sais pour le Poissons et le Scorpion.

- Je vois, dit Méthos.

- Les miens vont-ils tomber malades ? Quels sont les symptômes ? demanda alors le Grand Pope, inquiet pour ses frères d'armes.

- Ils ont atteint la trentaine, peut-être qu'ils ne seront pas touchés, d'habitude cela arrive plus tôt, répondit hésitant le chevalier d'Arès.

- Alors ils peuvent quand même être malades ? Le chevalier Aphrodite a dit qu'Ikki peut le toucher.

- Il n'est pas malade en ce moment, tout le monde peut le toucher plus ou moins, expliqua le second Maître de la Guerre.

- Mais Ikki est le Phénix ! Aphrodite m'a justement rappelé que le Phénix renaît de ses cendres et qu'il guérit vite. Et si je me souviens bien du mythe, ses larmes sont un bon médicament...

La voix de Shion changea, elle était un peu plus rapide et aiguë. Il s'emportait, extasié par sa nouvelle idée, mais devant l'attitude neutre de son auditoire, il comprit.

« Cela avait déjà été testé ! » se dit-il.

Il était déçu, bien évidemment, mais ne voulait pas s'avouer vaincu pour autant, alors il reprit :

- Mais jusqu'à présent, aucun Phénix n'avait été l'amant du Poissons.

Le Grand Pope tentait encore d'argumenter dans ce sens, il voulait tellement trouver une solution pour son chevalier.

- Leur amour ne changera rien. Je vois que vous aussi, comme ma Déesse Aphrodite, vous êtes fleur bleue, rigola Méthos.

- Et vous, désabusé ! claqua la voix froide de Shion. Ce qui est dommage car vous êtes entouré d'amour. Même si vous érigez un mur autour de vous, plein de gens vous aiment. Je ne sais pas ce qui vous est arrivé ces dernières années, voire bien avant – vu que vous aussi vous êtes millénaire –, mais vous devriez croire plus aux sentiments, s'énerva alors Shion qui avait mal pris la remarque de son soi-disant aîné.

- Vraiment fleur bleue. Mais vous vous trompez…

- Camus a confiance en vous, même après dix-sept ans de séparation, le coupa alors le Pope. Vos trois Dieux ont une complète confiance en vous et vous aiment plus que tout. Cela se voit dans leurs paroles ou leurs gestes envers vous. Même Hadès vous aime. Je pense qu'ils ne sont pas tous « fleurs bleues », mais je suis sûr qu'ils savent juger l'âme des gens. Vous êtes un homme bien…

- Merci, mais ne vous fatiguez pas, abrégea Méthos. Shion ne vous inquiétez pas, on s'occupe de vos chevaliers.

- Avec les Dieux Asclépios et Evander ? se renseigna Shion.

- Oui. Je vous dirai tout en temps et en heure. Mais sachez que ce soit moi ou vous qui discerniez les premiers symptômes, cela reviendra au même, précisa alors Méthos.

- Ils seront condamnés ! affirma le Pope, l'âme en peine.

- On fera tout pour éviter cela. Maintenant je dois y aller.

Après avoir répliqué d'une voix cassante, Méthos prit congé du Grand Pope. Il n'y avait plus rien à dire sur le sujet et il s'en voulait un peu de s'être exprimé ainsi envers cet homme. Camus l'aimait et voyait en lui plein de qualités. Lui-même le respectait et reconnaissait celles-ci. C'est donc tranquillement et en se promettant de s'excuser plus tard qu'il se dirigea vers son rendez-vous avec le Seigneur Arès.

Shion, lui, était retourné à son bureau. En arrivant il avait serré les dents et les poings pour ne pas crier. Il ne comprenait pas cet homme. Comment pouvait-on devenir si désabusé ? Il le respectait bien sûr, Camus lui avait parlé de lui et de leur enfance. Il savait que l'homme était quelqu'un d'honnête et de fiable mais…

Bah ! Il fallait qu'il pense à autre chose pour faire passer sa colère. Il bougea sa tête dans tous les sens et son regard tomba sur les cartes qu'il avait observé avec Camus et Méthos. Alors malgré son envie d'oublier cet homme, il repensa à leur dernière discussion.

Ils avaient évoqué ensemble différents plans d'attaque ou de défense du sanctuaire. Puis une pensée traversa son esprit : il paraissait surprenant qu'autant les deux Dieux médecins que Méthos lui-même en sussent autant sur le sanctuaire d'Athéna et ses chevaliers !?

Qui pouvait donc bien être le chevalier de la Guerre ? Pourquoi était-il si proche de certains de ses chevaliers ? Aphrodite, Milo, Camus !

Ce dernier n'avait-il pas raconté que son maître – le chevalier Frost – avait dit que Méthos lui avait été confié bébé par Arès en lui promettant qu'il le conduirait au futur chevalier du Verseau !

Bientôt il faudrait qu'il ait une vraie conversation avec Méthos et Arès.

Après cela il se pencha sur d'autres dossiers, sa journée n'était pas finie.