Bonsoir,

J'espère que vous allez tous bien ?

Aujourd'hui un chapitre sur une biographie, la suite de celle de Kanus. Shion en apprend plus mais il a encore plein de question. J'espère que cela vous plaira.

Bonne lecture à bientôt Peace'.


Chapitre 51 : J+15 (3)

Tout comme le reste de cette journée, ce dimanche soir avait été tranquille. Le repas avait été sympathique, on pouvait même dire convivial.

Shion avait pu observer bon nombre de ses chevaliers dans un environnement bien plus distrayant, autre que leur travail, et les voir rire de si bon cœur le rassura un peu en ces temps quelque peu incertains.

De plus aujourd'hui, il avait eu le plaisir d'être convié à une réunion informelle avec les autres Or et Bronze divins. Ses camarades lui faisaient assez confiance pour le mettre dans certaines confidences assez privées.

Lui qui pensait que par son grand âge – plus de deux siècles – et par ses fonctions – Grand Pope d'Athéna et par conséquent supérieur hiérarchique des chevaliers – il serait évincé d'un tel événement...

Et pourtant !

Toutefois, le moment qu'il apprécia le plus fut quand il put observer Camus dans son environnement naturel, chez lui, entouré de ses frères d'armes et savourant un long moment de détente à discuter de tout et de rien, rien de vraiment sérieux surtout ! Cela lui rappela cette fois où il était venu le surprendre dans sa chambre, lors d'un de ces après-midi où il lui avait donné quartier libre, justement.

Le sourire aux lèvres et un brin nostalgique, il retournait dans ses appartements – comme tout le monde l'avait fait suite au dîner – pour aller se coucher. Il était temps pour lui d'aller reprendre de nouvelles forces pour la future semaine qui s'annonçait encore bien trépidante.

Mais avant cela, Shion décida de lire un nouveau passage de la biographie du Verseau. Il désirait vraiment savoir de quelle manière Kanus avait vécu le refus d'Athéna suite à sa demande en mariage.

Le temps passa et nous dûmes faire face à diverses menaces. Divers Dieux et Déesses – Poséidon, Hadès, Artémis, Apollon ainsi que bien d'autres – essayèrent de conquérir la planète. Ils envoyèrent leurs soldats mais jamais en trop grande quantité, juste assez pour que les missions soient de plus en plus rapprochées et dangereuses. Pour nous, chevaliers, c'était difficile. Nous risquions nos vies pour protéger la population.

Je dois reconnaître que j'ai souvent eu peur de mourir, c'est que certains soldats sont puissants. J'ai eu le plaisir de découvrir aussi des êtres droits et dignes d'intérêt. Ne crois pas que je sois passé à l'ennemi. C'est juste que quand on se bat contre un autre soldat, on apprend à le connaître, d'une certaine façon.

Et je reconnais que j'aimerais me battre à nouveau contre le Juge des Enfers, Rhadamanthe. Je comprends pourquoi Hadès l'a choisi pour juge. Il est vraiment juste et se bat avec franchise, de plus il est vraiment fidèle à son Seigneur.

Mais sache que tout en protégeant la planète, nous vivions nos vies. Certains d'entre nous se rapprochaient de plus en plus. Comme Markino du Cancer et Angelos du Poisson.

Le quatrième gardien du sanctuaire passait de plus en plus de temps chez le douzième. Aussi, Lakis, le cadet des Gémeaux, en profita-t-il pour emménager peu à peu dans le temple au-dessus. Cela arrangeait tout le monde car, d'une part les disputes entre Lakis et son frère Makis s'estompèrent et d'autre part, tous les temples restaient ainsi habités.

Pour en revenir au couple occupant désormais le douzième temple, même si tout le monde savait pour eux, personne n'en parlait ouvertement. De plus quand Angelos sortait de sa demeure, il ne s'affichait pas avec son amant.

Eirène était sûrement celle qui les voyait le plus ensemble, étant devenue avec le temps le docteur personnel du Poissons. Mais même devant elle – d'après ce qu'elle me racontait –, ils n'étaient pas très démonstratifs.

D'autres couples se formaient, et avec Eirène nous en étions tout à fait ravis. Depuis la naissance du fils d'Andromède, le sanctuaire été plus vivant. Kiros l'avait adopté tout de suite et se comportait avec lui comme un « grand frère ». Cela me rendait d'autant plus fier de lui, moi qui le considérais aussi comme mon « petit frère ».

Ensuite le sanctuaire vit l'arrivée d'autres enfants. Comme Sara, une petite fille qu'Eirène et moi avons adoptées. Elle nous donne énormément de bonheur. Nous l'avons trouvées l'année de nos dix-neuf ans. Eirène m'avait mandaté pour l'accompagner lors d'une mission consistant à trouver un remède pour Angelos et Nikos. Après que mon amie eut confié la gérance du sanctuaire à Elien de la Vierge et Ianouarios du Sagittaire, nous partîmes à la rencontre d'un médecin d'une ville lointaine.

Sur le chemin, nous fûmes rejoints par le sauveur de ma Grand Pope. Celui-ci nous fit savoir qu'une bataille avait eu lieu près de notre lieu de rendez-vous et malgré ses recommandations à ne pas y aller, nous y allâmes. On désirait voir s'il restait des survivants.

Quand nous arrivâmes, l'air embaumait la mort et la cendre de bois brûlé. Tout le village avait été incendié et les habitants tués à coup d'épée. Un peu plus loin, en allant vers la forêt qui longeait le patelin nous entendîmes quelqu'un nous héler.

C'était une jeune femme d'une trentaine d'année, enceinte. Elle avait été poignardée et laissée pour morte. Elle avait trouvé un arbre sous lequel se reposer.

Eirène s'agenouilla alors devant elle pour l'ausculter. Depuis longtemps, elle apprenait la médecine auprès des docteurs du sanctuaire. Mais depuis un an déjà, elle assistait à tous les actes médicaux, des changements de pansements aux accouchements, comme celui d'Andromède. Cette dernière lui avait d'ailleurs demandé d'être présente pour l'accompagner durant cet événement.

Mais pour revenir à la jeune femme, Eirène nous avait expliqué qu'avec le stress de l'attaque et la montée d'adrénaline due à la douleur de la blessure, l'accouchement venait de commencer.

On la vit ensuite se placer entre les jambes de la future maman et l'aider à sortir l'enfant. Par la suite, Eirene confia l'enfant à sa mère qui le prit dans ses bras, avant de mourir d'épuisement au bout de quelques minutes. Mais juste avant, elle nous fit promettre de nous occuper du bébé comme de notre propre fille. Et c'est ce que nous fîmes ces six dernières années.

Notre mission se termina, comme tu l'as bien compris, sur un échec, étant donné que nos amis sont toujours malades. Toutefois, la petite était saine et sauve et aurait désormais un foyer dans lequel grandir, donc tout ne fut pas perdu pour tout le monde.

Nous rentrâmes tous les quatre au sanctuaire, et peu avant d'arriver devant la porte principale, le protecteur d'Eirene nous quitta, non sans nous avoir félicité pour « notre fille ».

Désormais, quand nous nous rendons tous les trois au lac, il nous rejoint assez souvent afin de jouer avec elle comme un grand-père le ferait. Je dois reconnaître que la première fois que je l'ai rencontré et même après, malgré tout ce qu'il a fait pour nous, jamais je ne l'aurais vu dans le rôle du grand-père de famille.

Mais c'est vrai qu'avec le temps, nous sommes devenus comme une famille.

Depuis ce jour, nous élevons la fillette que nous avons prénommée Sara. Nous lui apprenons tout ce qu'on sait, on a même décidé d'en faire l'héritière d'Eirène en espérant qu'avec le temps elle aura assez de cosmos pour servir d'hôte à Athéna.

Mais nous avons bon espoir car elle peut voir le sauveur d'Eirène.

Les années passèrent, et avec Eirène, nous prîmes peu à peu conscience de ce que les autres avaient déjà décelé chez nous, que nous étions amoureux l'un de l'autre. C'est ainsi qu'il y a quelques mois, une idée germa dans notre esprit.

C'était un soir comme les autres et j'étais dans mon salon en train de lire un livre. Eirène arriva, elle devait descendre du douzième temple. Sans un bruit pour ne pas déranger ma lecture, elle vint se placer à mes côtés. Elle positionna sa tête sur mon épaule et se mit à lire avec moi. Au bout d'un long moment, je pris la parole.

- Eirene, Sara a besoin d'une famille.

- Je suis bien d'accord, me répondit-elle.

- Et si on se mariait ? proposais-je.

- Kanus ? m'interpella-t-elle avec une expression de surprise peinte sur le visage.

- Non écoute je sais… mais si on allait voir Athéna et qu'on lui racontait tout… on pourrait lui dire qu'on… qu'on s'aime.

Je me levai afin de me mettre à genoux devant mon amie. J'étais tétanisé mais il fallait que je sache si elle ressentait la même chose que moi.

- Eirene Polèmos veux-tu m'épouser et faire de Sara notre fille légitime en l'adoptant ?

- Kanus je… hésita-t-elle à me répondre.

- Je ne te demande pas d'avoir des relations avec moi, tu dois rester vierge et je veux bien le rester aussi. Mais je t'aime et Sara est déjà notre fille, m'empressai-je de rajouter.

Je désirais tellement qu'elle me dise « oui » que j'étais prêt à tous les sacrifices. Même si pour elle cela n'en était pas vraiment un.

- Kanus ! Elle me sauta au cou. Oui je veux bien devenir ta femme, j'en serais plus qu'heureuse. Je t'aime aussi.

Le lendemain matin, nous allâmes au treizième temple et priâmes Athéna. Celle-ci arriva dans l'heure. Elle prit place dans le corps d'Eirène, tout en lui laissant accès à la parole.

- Eirène. Chevalier Kanus. Que me vaut votre appel ?

- Déesse… commençais-je en me mettant à genoux. Je suis venu vous demander la main d'Eirène. Nous nous aimons et nous désirons nous marier et aussi adopter Sara. Je fais aussi vœux de chasteté tout comme Eirène. Ce sera un mariage d'amour qui restera platonique. Nous voulons juste avoir le droit de nous tenir la main et avoir votre consentement.

- Eirène c'est aussi ce que tu souhaites ? demanda alors Athéna.

- Oui Majesté, répondit ma dulcinée.

- Je vois… je comprends mais je dois vous le refuser.

- Mais… commençai-je.

J'avais du mal comprendre pourquoi elle nous le refusait, nous ne lui demandions rien de mauvais. Juste le droit de s'aimer.

- On comprend… me coupa mon amie. Vous devez avoir vos raisons... Merci de nous avoir écoutés.

Athéna repartit peu après et nous restâmes tous les deux.

- Eirène, pourquoi ? la questionnais-je, désarçonné par cette entrevue.

- Elle a le droit de vie et de mort sur nous tous. Ce n'est pas parce qu'on la sert fidèlement depuis longtemps qu'elle nous épargnera. Souviens-toi de ce que dit mon sauveur. Les dieux sont changeants. Alors laissons-lui le temps de se faire à l'idée. On verra si avec le temps elle acceptera notre requête.

- Je vois, très bien, allons travailler.

Nous repartîmes vaquer à nos occupations attendant patiemment une nouvelle occasion de parler à notre déesse et de lui faire comprendre notre amour.

Mais j'étais quand même déçu. Athéna était la mère d'Eirène et une fois de plus, elle lui refusait de l'amour et de la compréhension. Une fois de plus, elle la forçait à la solitude. Athéna que j'aime tant, cette Déesse sage et douce qui se bat pour nous les humains et nous permet de vivre en paix et libres.

Peut-elle vraiment être si cruelle avec sa propre fille ? Avec certains de ses fidèles ? Dois-je lui dire qu'Eirène est sa fille et qu'elle doit réviser son jugement envers elle ? Non, Eirène a raison. Athéna est une Déesse, une immortelle, elle a le droit de vie et de mort sur nous et nous ne pouvons sûrement pas comprendre ses attentes.

Aussi, tout comme ma douce, je vais espérer que notre Déesse nous comprenne et attendre patiemment, le temps qu'elle change d'avis.

Shion referma son livre en soupirant. Il était triste et heureux en même temps. Malgré tout, Kanus comprenait la femme qu'il aimait et essayait de garder espoir en cette Déesse qu'il aimait toujours. Shion avait du mal à voir ces deux-là trahir leur Déesse. Car, malgré quelques phrases dures, tous deux gardaient confiance dans le jugement d'Athéna.

Puis Shion se rappela subitement le début de sa lecture, et le combat entre Kanus et Rhadamanthe et la façon dont ils avaient gagné respectivement le respect de l'autre. Tout comme l'avait fait Kanon lors de la dernière guerre, plus récemment.

Un autre fait lui revint en mémoire, quand il repensa justement à ce dernier qui avait demandé au Juge des Enfers la raison pour laquelle il ne semblait pas apprécier Méthos.

Rhadamanthe aurait-il pu également rencontrer Eirene ? Savait-il des choses sur la fin de ces autobiographies ? Voire concernant Méthos ?

Tout un tas de questions se bousculaient dans sa tête et nécessiteraient des réponses tôt ou tard, et peu importe qui les lui fournirait. En attendant, il s'endormit sur ces dernières pensées en se demandant de quelle manière tout cela allait bien pouvoir se terminer.