Bonjour à tous,
Tout d'abord je vous souhaite une très bonne année, pleine de joie, d'amour, de réussite et de santé. Que vos projets se réalisent ainsi que vos souhaits.
Comme promis ce mois-ci et le prochain je vous met deux très long chapitres qui reprennent les autobiographies de Kanus et Eirène pour pouvoir continuer l'histoire en se souvenant de tous.
Aujourd'hui je publie celle de Kanus qui s'est fini en premier.
Bonne lecture à dans un mois.
Peace'.
Cher chevalier du Verseau,
Je me présente, je suis le premier Chevalier du Verseau. Je t'écris pour que tu saches qui j'étais etpourquoi j'ai fait ce choix. J'imagine qu'on va te dire que je suis un traître, mais sache que j'aime Athéna plus que tout et je voulais juste trouver un moyen de réconcilier les deux femmes de ma vie. Je me pose souvent la question : qu'est-ce qui est le plus important entre le devoir et la foi d'un Chevalier envers sa déesse et l'amour et la fidélité envers son âme sœur ?
Mais avant tout, je dois commencer par le début en remontant à ma naissance.
Je suis né dans une famille aisée d'Athènes. Mon père était un des hommes d'état de la ville. Il était très respecté je me souviens que tout le monde se courbait à son passage et chaque fois que je passais devant un étal, on m'offrait toujours quelque chose avec un grand sourire. Cependant, ce n'est pas parce que tout le monde vous apprécie, que vous n'avez pas d'ennemis, et d'ennemis, mon père n'en manquait pas malheureusement.
C'est ainsi qu'un soir de printemps, alors que je mangeais tranquillement avec les miens, notre résidence a été attaquée. Tout le monde fut massacré, famille comme employés. J'en réchappai grâce au courage et à la discrétion d'une de nos servantes. Elle réussit à me conduire dans la cuisine sans être vus par nos assaillants et nous avons emprunté un passage secret qu'elle avait découvert un jour par hasard en faisant le ménage.
Je me retrouvai donc orphelin à cinq ans, perdu dans une grande ville comme Athènes, avec pour seule compagnie la servante qui m'avait aidé à fuir et qui avait été blessée pendant l'attaque.
Sans un sou en poche, recherchés par les meurtriers de ma famille, nous n'avons pas pu faire soigner ma bienfaitrice qui mourut quelques jours après le drame. Rapidement, je compris que seul, faible et trop jeune pour pouvoir travailler, le déshonneur pouvait rapidement nous tomber dessus. Comme je ne pouvais avoir confiance en personne, j'appris rapidement à voler pour pouvoir survivre. Or rester dans cette cité devenait trop dangereux, alors après avoir fait des réserves de provision dans un vieux sac en toile que j'avais trouvé dans les poubelles, je me décidai à quitter mon foyer. Je sortis par les grandes portes d'Athènes, entre peur et excitation et m'avançai vers mon avenir qui pour la première fois semblait incertain.
Effectivement, jusqu'à maintenant, étant le fils d'un notable avec de grandes responsabilités, j'avais un avenir tout tracé. Très jeune, je reçus l'instruction des meilleurs précepteurs d'Athènes afin de pouvoir un jour comme mon père, accéder aux plus hautes fonctions de cette grande ville. Pourtant, j'avais bien conscience que ma formation n'était pas complète dans tous les domaines, notamment dans celui du maniement des armes, qui m'aurait permis de me défendre contre mes ennemis, mais bien plus tôt que je ne l'avais pensé. Bien sûr, le fait de n'être encore qu'un enfant ne rendait pas les choses faciles, quand on est un gamin des rues obligé de voler pour trouver sa nourriture, tout le monde vous rejette. Il était donc bien loin le temps où j'étais respecté parce qu'on respectait mon père.
Malgré tout, j'avais confiance en l'avenir, alors je partis le cœur triste mais l'âme en paix.
Après une longue marche d'une dizaine de kilomètres environ, je découvrais sous mes yeux ébahis un immense lac. N'étant jamais sorti de l'enceinte d'Athènes, je fus d'abord surpris puis émerveillé parla beauté de l'endroit. L'eau était limpide, et les nuances bleutées n'enlevaient rien à sa clarté. On distinguait même le fond couvert de sable et de rochers. Je ne pus résister à l'envie d'y plonger ma main, l'eau était propre et chaude.
Je remerciai Poséidon pour ce cadeau, ainsi qu'Apollon pour garder cette eau à une température toujours acceptable pour pouvoir y faire ma toilette.
Tout autour, s'étendaient l'herbe et les arbres, presque à perte de vue, seule émergeait de cette verdure une vieille bâtisse, dernier vestige du passage de l'Homme par ici. Il s'agissait d'une rotonde en pierre, composée d'une dalle surélevée avec quelques marches pour y accéder, et de là s'élevaient des colonnes de style ionique terminées par des volutes. Le tout était couvert d'un toit.
Tout en marchant dans l'eau, je continuais à longer le lac et finis par me positionner en face de l'édifice en pierres. Je n'arrivais pas bien à distinguer ce qu'il pouvait y avoir à l'intérieur, mais je disais que j'irais bien m'y reposer après avoir pris un bon bain.
Je me déshabillai pour entrer dans l'eau et après m'être bien délassé et bien nettoyé – n'ayant pu accéder jusqu'à présent àun point d'eau –, je sortis du lac pour nettoyer en suivant mes propres habits – car parti en toute hâte, je n'ai pas pu prendre de changes – et me mis à courir vers l'abri devant moi où je pensais aussi faire sécher mes habits.
Quelle ne fut pas ma surprise quand, arrivé dans celui-ci, je tombai nez à nez avec deux personnes. Sur le coup, je sursautai en poussant un cri et fit tomber mes affaires. Je me retrouvai nu devant eux, mais leur visage n'exprimait aucune émotion. Je me permis de les détailler ; ils étaient assis sur un banc en pierre qui courrait tout le long du bâtiment. L'homme – un adulte – était grand avec des cheveux courts et bruns, habillé d'une toge noire assortie à ses yeux. Je dois dire que je le trouvais vraiment envoûtant il me fut difficile de détourner mes yeux pour les porter sur la personne qui l'accompagnait, une enfant de mon âge.
Quand je posai enfin mon regard sur elle, je fus ébloui elle était d'une beauté à couper le souffle. Déjà grande pour son âge, elle avait une peau bronzée aux reflets dorés, une chevelure d'un noir corbeau, des lèvres rosées. Le noir de ses yeux était saisissant et montrait toute la curiosité et la détermination dont elle pouvait faire preuve à son âge. Je fus tellement subjugué par son charisme que j'en oubliai que j'étais nu devant eux.
La jeune fille me sourit puis éclata de rire. Cela me mit dans une colère noire, aussi de ma plus grosse voix pour l'impressionner, je me mis à crier :
- Ne te moque pas de moi ! Pour qui se prend-t-elle ? pensai-je.
- Oh non, pardon… je ne me moque pas c'est juste… nerveux, me répondit-elle dans un sourire chaleureux.
Puis je regardai l'homme à ses côtés. Celui-ci ne bougeait pas et restait silencieux.
- Qui êtes-vous ? demandai-je intrigué. Habitez-vous loin ?
- Que de questions ! Et toi, d'où viens-tu ? me demanda l'homme en noir d'un ton sec.
- J'ai posé les questions en premier ! m'insurgeai-je.
Là, la jeune fille se mit à rire et alors que je la dévisageai, sûrement d'un air mauvais, elle reprit la parole :
- Nous sommes chez nous et tu es sur nos terres.
- Euh… vraiment ? demandai-je étonné.
- Pourquoi mentirais-je ? Si tu nous dis qui tu es, je répondrai à tes questions.
Alors je leur racontai mon histoire, que j'étais né à Athènes, dans une famille aisée et que tous les miens avaient été assassinés. Puis je décrivis les circonstances de ma fuite hors de ma ville d'origine qui me conduisirent jusqu'ici. Ils m'écoutèrent sans m'interrompre. Quand j'eus fini, la demoiselle répondit à mes questions.
- Merci jeune homme. Laisse-moi à présent me présenter : je suis la fille de l'ancienne grande prêtresse du Parthénon et juste à côté se trouve le nouveau temple d'Athéna. J'y suis prêtresse comme ma mère.
- Dois-tu tout lui dire ? demanda son compagnon.
- Garçon, quel est ton nom ? me demanda-t-elle.
- Kanus, dis-je. Et toi ?
- Eirene Polemos, répondit-elle.
- Paix et guerre, murmurai-je.
- Oui, l'une ne va pas sans l'autre, me dit-elle avant de me questionner à nouveau. Kanus, vois-tu mon ami à côté de moi ?
- Bien entendu, quelle question ! m'exclamai-je surpris.
- Eh bien vois-tu, l'homme qui m'accompagne, et dont je tairai le nom pour l'instant, a la capacité de se rendre invisible aux yeux des gens sauf de certains. Ceux qui possèdent un cosmos élevé, comme toi et moi, m'expliqua-t-elle.
- Qu'entends-tu par là ? C'est quoi le cosmos ? demandai-je. Je dois reconnaître qu'elle avait piqué ma curiosité.
- Je veux dire que tu possèdes un don. Si tu me suis, tu en apprendras davantage sur toi et ce don. De plus tu auras un endroit où vivre. Qu'en dis-tu ? me proposa-t-elle.
- Tu penses que c'est bien ? questionna l'adulte.
- Oui, tout va bien. S'il te voit c'est qu'il peut devenir Chevalier. Moi qui m'inquiétais de ne pas en trouver. En plus, tu la ressens toi aussi, l'étendue de son cosmos, ajouta-t-elle.
- Oui, se contenta-t-il de répondre.
- Alors Kanus, que veux-tu faire : tenter l'aventure par toi-même hors de nos contrées, ou reprendre le flambeau de ton père et protéger celles et ceux qui le méritent ? me demanda-t-elle.
- Je vous suis.
Je ne sais pas pourquoi à ce moment-là j'avais répondu ainsi sans réfléchir, mais à ce jour je ne regrette rien.
- À la bonne heure, s'écria-t-elle enthousiaste. Juste une dernière question, quand es-tu né ? m'interrogea-t-elle.
- Le Prôtê Anthestérion.
- Tout comme moi, s'écria-t-elle. Si ça, c'est pas un signe ! Sourit-elle à l'adulte qui nous regardait. Et je sais de quelle maison tu seras le gardien, dit-elle en me fixant du regard.
Avec son compagnon, nous la regardâmes surpris tout en restant silencieux. Enfin, après avoir salué l'homme, elle me ramena avec elle dans mon nouveau foyer.
Dès mon arrivée au sanctuaire, tout le monde m'accueillit de façon chaleureuse. Apprenant à me connaître, et m'aidant à m'installer dans mon nouveau foyer. Cela me fit tellement de bien que le deuil lié à la perte de mes parents fut moins douloureux à supporter.
À partir de ce moment-là, ma vie changea du tout au tout. Dès le début des entraînements, tous furent surpris – tout comme moi – que malgré une éducation sans sport, je me révélais être non seulement un excellent sportif, mais aussi une personne d'une grande force physique et morale, aux dires de mes observateurs et entraîneurs.
La première année, je la passai aux côtés d'Eirene. Nous nous entraînions au maniement des armes, au développement et à la manipulation de notre cosmos ainsi qu'aux études.
C'est ainsi que nous fêtâmes notre sixième anniversaire ensemble. Pour cela, nous nous rendîmes à la rotonde, afin de pique-niquer. Ce pavillon était devenu notre lieu de rendez-vous lors de nos temps libres, et aussi pour se retrouver avec le protecteur de mon amie.
Au début, cet homme ne m'inspirait pas confiance, puis un soir où j'émettais encore des doutes sur lui, Eirene me confia l'histoire de son ascendance et de ce Dieu qui l'avait sauvée.
Elle m'expliqua qu'en réalité, elle était la fille d'Athéna et de Poséidon. Mais comme Zeus avait menacé de tuer l'homme qui coucherait avec la jeune femme et que cette dernière serait sûrement emprisonnée à vie, ils avaient décidé de tuer l'enfant. Sauf qu'au moment fatidique, un Dieu intervint pour la sauver.
Ne pouvant l'élever lui-même, il avait pensé à la placer et à la laisser grandir dans le temple de sa génitrice. Il est vrai que si on recherche quelqu'un, on ne penserait pas le trouver dans sa propre maison.
C'est ainsi que je pris conscience que mon amie était une Déesse. Son « sauveur », comme elle l'aime à l'appeler, avait enfoui tout son pouvoir et son essence divine au plus profond d'elle et il était le seul à pouvoir tout lui rendre.
Étonnamment, j'encaissai la nouvelle assez bien, et après quelques minutes de réflexion, je lui promis de ne rien révéler à personne. Surtout, je venais enfin de comprendre qui était précisément l'homme qui l'accompagnait depuis le jour de notre rencontre et je pouvais donc lui accorder ma confiance.
Un jour que nous n'étions que tous les deux, je me permis de lui parler franchement :
- Seigneur, je suis au courant pour Eirene et je dois vous remercier. Sans vous, je n'aurais jamais pu la rencontrer.
- Kanus, si tu veux me remercier, protège-la, autant que tu protègeras Athéna.
- Je vous le promets mon Seigneur.
Aussi, lorsque le jour de nos six ans il nous rejoignit, j'en fus très heureux et je pris avec joie le cadeau qu'il nous fit : une boussole.
Il ajouta juste ceci :
- Je vous offre ce présent afin qu'il vous guide là où vous désirez vous rendre.
Nous ne comprîmes que bien plus tard ce qu'il voulait nous dire.
La boussole était magique.
Mais c'est un point sur lequel je reviendrai plus tard.
Les années passèrent durant lesquelles notre amitié devenait plus forte. Mon amie et moi devenions chaque jour plus proches et je la soutenais dans toutes ses actions. Elle illuminait mon quotidien par sa chaleur humaine, sa voix douce et son humanité.
Très vite nous forgions notre esprit et notre corps à gérer notre cosmos. L'eau – et particulièrement la glace – était notre élément de prédilection. Eirene, en tant que fille de Poséidon, montra qu'elle était sa digne héritière. Ses créations de glace étaient des plus élégantes et l'eau dansait pour elle.
Quant à moi, je me défendais quand même plutôt bien, il faut dire.
Le sanctuaire devint progressivement plus vivant et d'autres enfants et adolescents nous rejoignirent.
Je me fis de nouveaux amis mais aussi des adversaires à ma taille pour nos entraînements.
Peu à peu, le sanctuaire prenait forme et les apprentis Chevaliers affluaient de toute la Grèce. Des orphelins, pour la plupart, qu'Eirene et sa mère trouvaient lors de leurs voyages, ainsi que des hommes possédant du cosmos et qui voyageaient pour réaliser des missions de paix.
Ces nouvelles rencontres étaient fabuleuses pour moi qui ne connaissais rien d'autre que le sanctuaire d'Athéna depuis mes six ans. Je profitais de tout ce que ces voyageurs pouvaient m'apporter comme informations et connaissances du monde extérieur pour enrichir mon savoir des arts de la guerre notamment – quelles armes se développaient, par exemple –, et surtout pour ma culture personnelle.
Puis l'année de nos dix ans, j'aidai Eirene à soutenir sa mère malade, qui mourut au bout de quelques mois.
Dans les heures qui suivirent le décès de sa mère, mon amie décida de contacter Athéna pour qu'elle désigne sa future Grande Prêtresse.
Athéna choisit le jour des funérailles pour venir nous annoncer son choix. Eirene prit le temps de nous expliquer comment Athéna se manifesterait devant nous et les conséquences possibles si cela était mal organisé. Tout le monde ne pourrait pas voir la Déesse, car pour cela il faudrait qu'elle vienne avec son propre corps, chose impossible au regard de son très grand pouvoir qui pourrait tuer les personnes les plus faibles. Toutefois, sans un « réceptacle » pour l'accueillir, il lui serait difficile de paraître devant nous. Après nous avoir présenté ces faits, Eirene se proposa pour « héberger » l'âme d'Athéna le temps qu'elle désigne la nouvelle Grande Prêtresse.
Je n'étais pas très rassuré, connaissant le secret de mon amie. Si Athéna comprenait qui elle était, que se passerait-il pour Eirene ? Sûrement qu'elle vit mon trouble, car mon amie me rejoignit à l'écart des autres et je lui fis part de ma réticence, lui avouant que j'avais peur pour elle.
Eirene m'expliqua alors que sa mère lui avait dit qu'Athéna cherchait une personne ayant un grand cosmos pour l'accueillir. Elle me rassura sur le fait que notre ami commun lui avait certifié que même si Athéna venait en elle, elle ne saurait pas qui elle est car il avait enfoui son pouvoir et son origine divine au plus profond d'elle. Je lui conseillai de faire quand même attention. Elle me sourit puis appela Athéna.
Après cela, la Déesse prit possession d'Eirene et parla avec sa voix. La foule réunie pour l'événement comprit ce qu'il se passait en entendant la voix qui sortait de la bouche de mon amie, elle était beaucoup plus ferme et assurée que la voix fluette d'une enfant de dix ans.
- Moi, Déesse Athéna qui règne sur le maintien de la paix en ce monde, je viens dire adieu à mon amie de toujours, à celle qui a sacrifié sa vie à son devoir envers moi. Je viens aussi vous annoncer que je choisis sa fille comme remplaçante et qu'à partir de ce jour elle prendra le titre de Grand Pope. Cette personne est chargée d'être le guide spirituel et armé du sanctuaire. Aussi, toutes les personnes vivant sur ce domaine seront donc sous sa protection et sa direction. Chacune de ses paroles et actions seront les miennes. Je vous demande donc de l'aider au mieux et de la suivre.
Nous en restâmes bouche bée. Cependant, la Déesse Athéna avait parlé, et il n'était pas question de discuter sa décision, aussi l'ensemble des personnes présentes hocha la tête pour montrer qu'elles étaient d'accord.
C'est ainsi qu'à dix ans, mon amie devint Grand Pope du sanctuaire d'Athéna et enterra celle qui l'avait élevée.
Peu après que mon amie devint Grand Pope, Athéna était venue la voir. La déesse lui avait demandé d'envoyer des hommes dans des temples qui lui étaient dédiés. Ils étaient tous disséminés un peu partout, entre la Grèce et des contrées plus lointaines. Eirene nous fit promettre de la tenir au courant de tout, grâce à une correspondance écrite.
Pour parfaire mon entraînement, je fus envoyé dans l'une des contrées lointaines, dans un pays froid et recouvert de neige.
Élément qui n'existait pas ici en Grèce, ou très peu.
J'y suis allé avec cinq autres garçons d'âge diffèrent. Le plus jeune avait cinq ans.
Avant de partir on nous avait expliqué qu'on allait nous enseigner de nouvelles pratiques liées à notre cosmos afin de devenir des chevaliers d'Athéna, et qu'à notre retour on porterait des armures. On nous fit comprendre aussi que certains – voire beaucoup – d'entre nous ne reviendraient jamais « à la maison » – c'est ainsi que j'appelais désormais le sanctuaire.
Alors quelques heures avant de partir, nous nous étions retrouvés à la rotonde avec Eirene et on s'était dit au revoir, se promettant que ce ne serait pas un adieu. Puis notre ami commun nous rejoignit :
- Reviens-nous vite et assez fort pour porter l'une des armures de notre maître des forges, m'avait-il sermonné.
- Ne vous inquiétez pas, avais-je alors répondu.
- Moi non, mais elle oui, avait-il ajouté tout en montrant Eirene du pouce.
Mais j'avais bien vu que lui aussi s'inquiétait un peu.
Et alors que je m'apprêtais à ajouter quelque chose, mon amie prit la parole.
- Moi, je suis confiante et puis il est né sous le signe du Verseau. Quand tu reviendras, tu deviendras le résident du onzième temple, sourit-elle.
- Je te le promets Eirene et à vous aussi... Je suis bien sous votre protection, n'est-ce pas ? demandais-je d'un air innocent.
L'homme toujours vêtu de noir ne répondit rien et regarda l'horizon. Mais le léger sourire qui naquit sur ses lèvres me dit que j'étais dans le vrai.
Peu après nos brèves retrouvailles, je pris le chemin du port.
Le voyage dura trois longs mois, période pendant laquelle j'écrivais chaque semaine une lettre racontant tout ce qui se passait, mais ce ne fut qu'une fois arrivé au port que je pus les expédier toutes à leur destinataire. Sur le bateau, je me rapprochai de mon jeune compagnon de fortune de cinq ans. Il s'appelait Kiros. Lui et moi devînmes vite comme deux frères, dont j'aurais été l'aîné de la fratrie.
La traversée fut éprouvante, mais j'en ai gardé de bons souvenirs. Comme celui où les marins ramenèrent pour la première fois du poisson, le gamin courut vomir tout son soûl. Deux autres de nos compagnons mirent un bon mois à ne plus avoir le mal de mer. Mais Kiros et moi, nous apprîmes à naviguer et on aidait autant qu'on pouvait sur le bateau. Je pus ainsi apprendre à lire une carte maritime.
Malgré notre jeune âge, la vie au sanctuaire nous avait endurcis, aussi les adultes nous considéraient davantage comme leurs égaux.
Arrivés sur les terres gelées de Sibérie, comme les autochtones l'appelaient, nous dûmes nous acclimater aux intempéries. Nous ne connaissions pas trop le froid, ni la pluie et encore moins la neige, et là je devrais même parler de tempêtes de neige. Nous avons également dû faire face à d'autres difficultés, comme apprendre leurs coutumes et leur langue, nous avions rapidement besoin de savoir communiquer avec eux pour pouvoir survivre dans cet environnement qui nous était totalement inconnu.
Puis je décidai de prendre en charge l'éducation de Kiros en lui apprenant aussi notre langue, ainsi que nos traditions.
En même temps nous commençâmes notre entraînement. Il n'avait rien à voir avec celui du sanctuaire, il était bien plus rude. Mais pour moi et Kiros c'était quand même moins difficile que pour nos quatre compagnons. Nous avions vu que notre cosmos répondait bien à l'eau, à la neige et à la glace. Personnellement je m'en étais un peu aperçu en m'exerçant avec Eirene. Elle maîtrisait bien l'élément de l'eau, ce qui était normal étant donné son ascendance.
Aussi, avec mon jeune « frère », nous nous renforcions de jour en jour. Et nos compagnons faisaient tout pour survivre.
Pendant notre temps libre, je continuais d'écrire à Eirene. Je lui racontais toutes nos journées en détail et lui enseignait des choses sur les coutumes du pays.
Par exemple, que tous les matins nous nous levions vers cinq heures. Nous préparions notre petit-déjeuner – du Kacha, sorte de bouillie contenant : de la semoule, de l'orge moulu, du gruau de sarrasin ou du riz qu'on mélangeait à de l'eau ou à du lait. C'était un repas très consistant qui permettait de tenir toute la matinée. Avec, on buvait une boisson chaude qu'ils appelaient Sbitién – on la préparait avec du miel, du sucre, du gingembre, des clous de girofle, de la cannelle, de la cardamome et de la feuille de laurier d'eau. Après nous prenions une douche glacée – car ici la notion de chaleur était quasi inexistante, sauf si vous étiez près d'un feu de cheminée.
Puis nous sortions faire notre entraînement. Nous commencions par courir quelques kilomètres dans la neige. Ensuite nous faisions des combats au corps à corps dans les glaciers. Lors des pauses méridiennes, nous rentrions nous restaurer avec d'autres plats typiques de la région. Et l'après-midi nous nous concentrions sur notre cosmos et sur la façon de le manipuler afin de créer une ou plusieurs attaques. Enfin le soir, nous dînions avant d'aller nous coucher tôt.
Quoi qu'il en soit, dans ces terres reculées et froides, il n'y avait rien à faire dès que la nuit tombait, ce qui arrivait très vite en fin d'après-midi. Nous n'étions pas du tout habitués à ne plus voir le soleil si tôt dans la journée – nous qui nous levions avec lui et nous couchions après lui –, et l'acclimatation dans cette région isolée en fut d'autant plus difficile.
Les mois et les années passèrent ainsi. Au cours de la troisième année, je reçus une lettre d'Eirene qui m'expliquait en détail la naissance des armures. J'appris ainsi que celle du Verseau avait soutenu mon amie.
Cela détermina encore plus mon courage et mon envie d'aller au bout de ma formation pour devenir le onzième gardien du sanctuaire. C'est ainsi que je redoublai d'efforts lors des séances d'apprentissage de plus en plus intenses, entraînant avec moi Kiros dans ma soif de dépassement.
Quand les cinq années passées sur ces terres hostiles touchèrent à leur but, il ne restait que nous deux avec Kiros, les autres ayant péri dans différentes circonstances. Le premier était mort de froid au cours d'un exercice le deuxième, sous un éboulement de glace le troisième, pendant un combat quant au quatrième, il se noya dans l'eau glacée. Mais avant de rentrer « à la maison », j'avais déjà informé le sanctuaire et son Grand Pope de la terrible nouvelle.
Nous arrivâmes quelques mois avant le jour de mes quinze ans. Un oiseau porteur d'un message avait été envoyé quelques heures avant notre arrivé.
Aussi, ce fut presque sans surprise mais le cœur empli de joie que je la vis sur le ponton où nous allions accoster.
Elle était là à m'attendre, une main levée me faisant de grands signes. Je restais droit et fier comme on me l'avait appris mais un mince sourire se dessina sur mes lèvres.
Elle était accompagnée d'un soldat que je ne reconnus pas. Mais la concernant, je n'eus aucun doute. Ses beaux cheveux noirs, ses yeux perçants d'intelligence et de sagesse, elle était magnifique dans sa robe blanche de princesse.
- Qui est-ce ? M'interrogea Kiros.
- Notre Grand Pope Eirène. Tu étais trop petit pour t'en souvenir.
- C'est elle qui nous a envoyé là-bas et la jeune femme à qui tu écrivais toutes les semaines ?
- Oui, je vais te la présenter, tu vas l'adorer.
Nous descendîmes rapidement et alors qu'on s'avançait vers notre comité d'accueil, je reçus en un instant comme un coup de plein fouet. Un corps chaud se colla au mien et un visage s'enfouit dans mon cou alors que deux bras m'enserrèrent la taille.
- Bienvenue à la maison Kanus.
- Merci Eirène.
Ma jeune amie laissa ses larmes couler le long de mon cou. De larmes de joie et de soulagement de me retrouver en vie.
Je dois dire que j'avais envie de faire comme elle, car je ressentais la même chose. Mais ma nouvelle éducation me l'interdisait. Je ne devais montrer aucun de mes sentiments, alors je retins mes larmes et laissais mes bras le long de mon corps.
Puis je sentis une main d'homme sur mon épaule et une voix murmurer à mon oreille.
- Bienvenue mon frère. Je comprends ta réticence à la prendre dans tes bras, mais ici on est au port, alors profites-en. C'est ta dernière chance de l'étreindre et elle en rêve depuis si longtemps. Vas-tu vraiment la priver de ça ?
Alors je me détendis, et tout en écoutant mes derniers sentiments, j'enlaçai ma très chère Eirène et la serrai fort contre moi.
Elle pleura de plus belle toujours en silence.
Nous ne nous dîmes rien, nous n'en avions pas besoin. On savait ce que l'autre ressentait. Puis au bout d'un moment elle se retira de mon étreinte et me dépassa pour aller prendre Kiros dans ses bras.
- Bienvenue à toi aussi Kiros. Kanus m'a tellement parlé de toi que j'ai aussi l'impression de te connaître depuis toujours.
- Moi aussi Grande Sœur.
Je vis la jeune fille brune sourire, tout comme l'homme qui m'avait parlé.
Je dis homme, mais en fait c'était un garçon de notre âge.
Après ces brèves retrouvailles, nous repartîmes pour le sanctuaire. Je pus voir l'évolution dont m'avait parlé Eirène de mes propres yeux. Je fus stupéfié. La Grande Pope et son compagnon nous amenèrent dans le treizième temple où nous allions rejoindre une salle avec de nombreuses boîtes de pierre.
Kiros et moi-même fûmes paralysés par la puissance qui émanait d'elles.
- Les Pandora Box, murmurai-je.
- Effectivement, me répondit le garçon. Après notre arrivé au sanctuaire, nous sommes tous venus ici et nos armures nous ont choisis. Vous faites partis des derniers à revenir de par votre long voyage. J'ai cru comprendre que le voyage avait durée des mois.
- Trois, répondis-je toujours fasciné par les Pandora.
- Avance-toi et l'une d'elle viendra à toi, reprit l'adolescent.
Avant de m'exécuter je regardai Eirène qui priait silencieusement. Je me souvenais d'une de nos discussions avant mon départ.
La soirée était déjà bien entamée et il était plus que l'heure d'aller se coucher, toutefois nous ne désirions pas y aller tout de suite.
Nous savions bien que bientôt, nous ne pourrions plus être ensemble comme ce soir. Je me décidai donc à prolonger la soirée en lui posant une question qui me taraudait depuis quelques années mais que je n'avais jamais vraiment osé lui poser.
- Eirène, tu te souviens de notre première rencontre.
- Bien sûr, elle me fait toujours rire, souriait-elle.
- Tu es bête. Je voulais… Tu te souviens de ce que tu as dit… Que tu savais quelle maison j'allais garder ?
- Oui.
- Tu entendais quoi par-là ?
- C'est simple. Peu avant que je ne te rencontre, mère m'avait confié qu'Athéna demanderait dans quelques années à son frère Héphaïstos de confectionner des armures pour ses chevaliers, qui seraient, pour chacun, sous la protection d'une constellation en particulier. Les chevaliers étant répartis entre trois castes, Or, Argent et Bronze, ils auront une tâche et une destinée spécifiques en fonction de leur rang. Parmi les douze armures d'Or – garde personnelle d'Athéna et de son Grand Pope –, se trouve notamment celle du Verseau qui aura la charge de veiller sur la maison zodiacale éponyme. Le Verseau est le signe dont les personnes comme nous, nées en Anthestérion, dépendent ce qui signifie qu'étant donc né sous ce signe avec ton haut niveau de cosmo-énergie tu pourrais devenir un chevalier d'Or. L'un des chevaliers les plus puissants des quatre-vingt-huit armures. C'est pour cela que je t'envoie dans un pays froid, car étant un signe d'hiver il aura des pouvoirs d'eau et de glace. Et toi et moi on contrôle bien ces deux éléments.
- Je comprends... Je te fais la promesse de revenir et de porter l'armure d'Or du Verseau et de vous protéger toi et Athéna.
- Alors tu vivras dans la onzième maison.
- Bien. Alors je compte sur toi pour qu'elle soit finie quand je rentre.
Puis on s'était serré la main en signe de promesse.
- Eirène a-t-elle choisi un chevalier ?
Ma jeune amie comprenant de quoi je parlais contrairement aux autres me fit « non » de la tête. Je respirai profondément et m'avançai d'un pas déterminé vers le milieu de la salle et je pris la parole.
- Chères armures pardonnez mon audace, mais je désire devenir le chevalier d'Or du Verseau.
Puis s'adressant à une armure en particulier :
- Armure du Verseau, je suis Kanus, né le Prôtê Anthestérion. Je suis parti aux confins de cette planète pour devenir ton porteur. J'ai appris à maîtriser l'eau et la glace et j'ai augmenté ma cosmo-énergie au plus haut niveau pour être chevalier d'Or et ainsi servir Athéna et sa Grande Pope à tes côtés. De plus, je te dois énormément. Eirène m'a raconté vos naissances à toutes et je sais que tu l'as soutenue. Ça aurait dû être moi. Je lui avais promis assistance dans tout ce qu'elle entreprendrait. Alors pour te remercier de tes actes, laisse-moi me battre à tes côtés. Armure d'Or du Verseau, si tu m'en juges digne et assez puissant, choisis-moi car moi je te choisis. Je ne te trahirai pas tout comme tu ne trahiras jamais Eirène et Athéna.
Un grand silence se fit suite à ma présentation, quand soudain, une lumière éblouissante nous força à fermer les yeux. Je sentis quelque chose me toucher. Et quand nous rouvrîmes tous les yeux, la Pandora Box du Verseau était ouverte et l'armure me parait. Quelques minutes plus tard, elle repartit dans sa Box qui se referma.
- C'est normal, nous ferons une cérémonie de remise des armures quand chacune d'entre elles aura trouvé son porteur, m'expliqua Eirène alors que je regardais l'assistance d'un air dubitatif.
J'acquiesçai en revenant vers eux.
Je regardais l'adolescent, dont je ne connaissais toujours pas le nom, - n'ayant pas pris le temps de se présenter sur le port - qui paraissait figé par mon audace.
Je tournai ensuite mon regard vers Kiros, il me sourit, s'avança vers le centre de la pièce et contre toute attente prit lui aussi la parole.
- Bonjour à toutes, moi aussi… je… Pardon, je n'ai pas l'audace ni l'aplomb de mon aîné, mais je suis aussi né en Anthestérion. J'ai aussi appris à maîtriser la glace, alors juste si une autre armure avec les mêmes attaques acceptait de combattre à mes côtés, ce serait un grand honneur pour moi.
Un autre grand silence se fit et une lumière mais moins éblouissante apparut. Kiros fut revêtu d'une armure blanche.
- C'est celle du Cygne, c'est une armure de bronze, annonça la Grande Pope.
- Merci à toi de m'avoir revêtu, armure du Cygne. Je suis sûr que toi et moi on va bien s'entendre.
En guise de réponse, l'armure brilla encore une fois avant de reprendre sa place initiale.
Eirène dû repartir travailler et nous, nous sortîmes alors du treizième temple.
Peu de temps après je m'installais avec Kiros dans le onzième temple. J'avais appris que l'adolescent qui nous accompagnait était Nikos, le futur chevalier du Scorpion. Il habitait la huitième maison.
Il avait passé son temps à nous parler de tout et de rien. Nous expliquant le fonctionnement du sanctuaire et nous parlant des futures cérémonies.
Le temps passa et je fis de nouvelles connaissances. Je m'aperçus que certaines femmes étaient devenues chevaliers. Mais je fus surpris quand Eirène me présenta l'une de ses meilleures amies, la Reine Andromède et son mari Persée.
Eirène m'expliqua leur histoire. J'avais raté tant de choses durant ces cinq années. Elle me fit savoir qu'Athéna avait proposé à Persée de la servir en tant que chevalier et qu'il avait accepté. Andromède voulant le suivre avait demandé à la déesse de devenir aussi un chevalier. Ce n'est qu'après un entraînement des plus ardus que la Déesse Athéna reconnut la combativité et l'esprit pur de la jeune Reine et qu'elle accepta qu'elle endossât le rôle de chevalier aux côtés de son mari.
Athéna elle-même ne pouvait nier l'engagement dont faisait preuve Andromède à vouloir protéger la planète.
La souveraine avait donc abdiqué en faveur de sa jeune sœur pour vivre avec son époux au sanctuaire.
Depuis, les deux jeunes femmes étaient devenues amies.
La Déesse avait également demandé à certains porteurs d'armures non baptisées de leur donner un nom. Ainsi, l'ancienne Reine Andromède était devenue chevalier de Bronze d'Andromède et son mari, chevalier d'Argent de Persée.
Puis arriva le jour de mes quinze ans.
Eirène avait pensé que ce jour qui nous avait vus naître serait parfait pour faire la cérémonie de fin des travaux du sanctuaire ainsi que la remise des armures aux chevaliers. J'avais trouvé cette idée des plus sympathiques. Nous fûmes heureux de voir que le soleil brillait au-dessus du domaine malgré l'hiver. Qui sait, peut-être que notre Déesse avait demandé cela à son demi-frère Apollon.
Ce matin-là, je fus réveillé par un grand bruit vers huit heures. Je vis alors une tête passer par l'entrebâillement de ma porte.
- Pardon on ne voulait pas te réveiller, mais on prépare le petit déjeuner, alors va te doucher et rejoins-nous.
- On ?
- Nikos.
Il ne m'en fallu pas plus pour comprendre. Depuis que Kiros et moi étions ici, Nikos en manque d'amis – malgré sa grande sociabilité, personne ne connaissait mieux tous les habitants du sanctuaire que lui – venait dès qu'il avait du temps libre dans « notre » maison.
Eirène rigolait chaque fois que je m'en plaignais. Elle trouvait que la chaleur que dispensait le futur Scorpion contrastait bien avec ma froideur, et que cela nous ferait du bien avec Kiros de nous réchauffer auprès de lui.
Personnellement le soleil dehors me suffisait, mais pour je ne sais quelle raison je ne pouvais pas le repousser réellement.
Après ma douche je les rejoignis et m'installai à la table en bougonnant.
- Nikos tu as vu l'heure ! m'exclamai-je faussement en colère. La cérémonie de remise des armures n'est qu'a onze heures.
- Je voulais que vous mangiez bien pour cette longue journée. Et…
- Oui ? demandai-je un peu suspicieux.
- On pourrait aller aider à l'installation pour la cérémonie vers dix heures. En plus tu n'es même pas en tenue.
J'abdiquai à toutes ses demandes, et comme souvent dans nos déjeuners à trois, Nikos nous racontait tout ce qui s'était passé depuis la dernière fois qu'on s'était vu. J'étais impressionné par l'attention qu'il portait autres.
Je me disais toujours qu'avec lui, pas besoin de parler aux autres, on savait tout d'eux sans les connaître. Cette pensée me faisait rire et le sourire qu'elle me tira fit sourire mes amis à leur tour.
« Amis », c'était bien ce que nous étions devenus tous les trois.
Après la collation, je m'habillai enfin pour participer à la cérémonie de remise des armures. Eirène nous avait fait faire à tous un magnifique costume sur mesure, pour l'occasion.
Vers dix heures, comme convenu pendant le déjeuner avec Nikos, nous nous rendîmes sur le lieu de la cérémonie afin d'aider à l'installation.
Eirène avait cherché l'endroit idéal et après deux ou trois idées, elle décida de la faire dans l'un des jardins du domaine.
Cela permettrait à tous les habitants du sanctuaire de venir, ainsi que les constructeurs de ce dernier qui s'était bâti au fil des ans un village à ses portes.
Le lieu qu'elle avait choisi était une allée de colonnes avec un toit en barre finissant par une rotonde sans toit où le soleil pénétrait allègrement. Au-dessus, se trouvait une glycine qui montait du bas des colonnes vers le toit.
Pour gagner du temps et éviter de nous salir le jour J, mon amie nous avait demandé d'installer des chaises la veille, par paires – de cinq à dix par rangée –, de part et d'autre d'une allée centrale pour se déplacer.
Heureusement que la nuit avait été douce et que les chaises étaient restées intactes.
Eirène m'ayant confié les plans des chaises, nous pûmes, avec Nikos et Kiros, accueillir et placer les invités comme il se devait à leur arrivée.
Toutefois, en les découvrant, j'avais demandé quelques changements qu'elle accepta.
Ainsi, Kiros pu venir avec moi et les Or alors qu'il n'était qu'un chevalier de Bronze et Andromède, qui était aussi de Bronze, pouvait être à côté de son mari avec les Argent.
Rapidement dépassé par le nombre des invités, Andromède et son mari, bientôt rejoints par trois chevaliers d'Or – Gabriel du Capricorne, Markinos du Cancer et Angelos des Poissons –, étaient venus nous prêter main forte. Ces derniers étaient inséparables il se disait même que Gabriel et surtout Markinos ne pouvaient résister à l'appel de leur frère d'armes des Poissons.
Quand Eirène et les prêtresses arrivèrent, tout le monde, chevaliers, bâtisseurs et leur famille étaient tous assis sur les chaises.
Nous avions laissé des sièges libres sur la première rangée pour les prêtresses. Elles s'installèrent et mon amie alla se mettre au centre de la rotonde.
Le soleil l'illumina, elle brillait de mille feux.
Tout le monde eut le souffle coupé, moi y compris. Je la vis rester de marbre devant notre surprise, mais je sentais bien qu'elle riait intérieurement. Je dois reconnaître que si j'avais trouvé Andromède magnifique dans sa robe rouge sombre, Eirène toute parée de blanc et d'or était… Il n'y avait pas de mot pour décrire sa beauté.
Elle était vraiment divine et l'espace d'un instant, je maudis les Dieux de l'avoir abandonnée ainsi, puis tout en me ressaisissant, je les remerciai car grâce à eux, j'avais la chance de la côtoyer et de l'admirer au quotidien.
- Elle est splendide, me murmura Andromède en se penchant vers moi.
- Oui mais tu n'as pas grand-chose à lui envier, lui répondis-je de but en blanc. Andromède aussi était magnifique.
- Sa jeunesse, et sa grâce, sourit-elle.
- C'est ce que dit Kanus tu n'as rien à lui envier, tu es toujours jeune et ta grâce naturelle n'est pas partie quand tu es devenue chevalier, rétorqua Persée pour rassurer sa bien-aimée.
- Ne l'oublie pas, je te le referais dire dans quelque temps, rigola la jeune femme.
- Pourquoi ? s'informa-t-il surpris.
- Chut ! Plus tard, elle va parler, le somma-t-elle de se taire.
En observant plus attentivement Andromède, une idée étrange me traversa l'esprit, rien de néfaste bien au contraire, mais Eirène reprenant la parole je me reconcentrai sur mon amie, je m'enquerrais plus tard du bien fondé de ma pensée auprès de ma sœur d'armes.
Eirène avait dans sa main un sceptre que lui avait confectionné Héphaïstos. Elle l'avait tenu caché jusqu'à la cérémonie, souhaitant ainsi en faire la surprise à tous les convives.
Elle prit alors la parole :
- Merci à tous d'être venus ici en ce jour. J'ai le plaisir de recevoir tous les Chevaliers qui sont rentrés sains et saufs de leurs entraînements. J'ai une pensée pour ceux qui ne sont pas revenus et je crois ne pas être la seule. Athéna elle-même m'a demandé d'ériger un mausolée en leur nom, ouvert à tous vous pourrez donc vous y recueillir pour l'âme de vos amis quand bon vous semblera. Mais aujourd'hui, je vous ai réunis afin de remettre les armures à chacun des Chevaliers à qui elles sont destinées. Aussi, quand j'appellerai votre nom, vous viendrez me rejoindre à tour de rôle. Je commencerai par la garde rapprochée de notre divinité, les Chevaliers d'Or, puis ceux d'Argent et pour finir par les Bronze. À la première maison, nous trouverons Rafaélos du Bélier.
Un jeune homme d'à peine vingt ans se leva, alla se placer devant elle et prit sa Pandora Box. Il posa une main dessus et la boîte s'ouvrit, laissant apparaître l'armure du Bélier sous sa forme totem qui rayonnait de plusieurs cosmos – ceux d'Eirène, d'Athéna, d'Héphaïstos et d'Asclépios, à ce qu'Eirène m'avait expliqué –, quand tout à coup elle se dématérialisa pour revêtir le chevalier Rafaélos.
C'est ainsi que la cérémonie débuta sous le regard émerveillé de chacun.
Quand le Bélier reprit sa place, Eirene appela les chevaliers l'un après l'autre et tout se passa de la même façon.
Il y eut donc Kléanthis du Taureau, les jumeaux Makis et Lakis des Gémeaux, Markinos du Cancer, Agathoklés du Lion, Elien de la Vierge, Laërte de la Balance, Nikos du Scorpion, Ianouarios du Sagittaire, Gabriel du Capricorne, moi pour le Verseau et Angelos des Poissons. Le défilé continua avec les chevaliers d'Argent et se termina avec les chevaliers de Bronze. J'encourageai Kiros à y aller juste après Andromède qui l'attendait pour revenir s'asseoir. Personne ne lui en porta rigueur, Kiros étant le plus jeune d'entre nous. On savait que la présence de la jeune femme le rassurait un peu.
Une fois les Pandora Box attribuées, Eirène reprit son discours :
- Je conclurai cette cérémonie en vous remerciant du fond du cœur, vous tous Chevaliers, Prêtresses et toutes les personnes ici présentes qui nous ont aidés, merci sincèrement d'avoir répondu à l'appel de notre Déesse. Mais avant toute chose, ne pensez pas que mes futures paroles soient blasphématoires, car j'aime notre Déesse mais j'aime aussi les êtres vivants. C'est pour cela que je vous ai regroupés en ce lieu aujourd'hui.
Et tout en se penchant pour nous saluer, elle rajouta :
- Je vous demande votre aide afin de protéger toute vie sur cette planète de la future agression de chaque Dieu qui voudrait la faire sienne, sans se soucier des êtres la peuplant.
Puis, se redressant tout en plongeant son regard dans celui des tout nouveaux chevaliers, elle poursuivit :
- Pour moi, vous êtes plus que les Chevaliers d'Athéna, vous êtes les protecteurs de la vie et de l'espoir. Quand j'ai demandé au Seigneur Héphaïstos pourquoi il avait appelé les réceptacles de vos armures des « Pandora Box », il m'a répondu ceci : « Quand la sœur d'Hadès, la princesse Pandore, a ouvert la boîte qu'on lui avait confiée, elle a pris peur et l'a refermé d'instinct, y enfermant l'espoir. Puis quand l'espoir lui a parlé, elle a fait le choix de lui faire confiance et a rouvert l'objet. L'espoir s'est alors enfui pour s'ancrer dans le cœur de chaque être vivant. » Il trouva donc tout naturel d'appeler le refuge de vos armures comme cette boîte. Il vous a appelés les « Chevaliers de l'Espoir ». Sachez donc que pour moi aussi, vous êtes des Chevaliers de l'Espoir.
Levant son sceptre au-dessus de sa tête, elle s'écria :
- Chevaliers ! Levez-vous et faites brûler votre cosmos. Promettez avec moi devant tous les Dieux de l'Olympe que, quoi qu'il arrive, nous ne faiblirons jamais. Nous nous battrons au-delà de nos limites. Nous protégerons chaque vie sur cette planète. Promettez également que, même si notre Déesse vous a accordé l'immortalité tant que vous revêtirez les armures, même sans elles vous vous battrez jusqu'à la mort. Moi, Eirene Polemos, je promets devant l'Olympe de toujours servir la vie et l'Humanité et de me battre à vos côtés pour préserver la paix.
Elle fit alors jaillir son cosmos à travers son sceptre ce qui illumina encore plus l'endroit. Par instinct, je me levai et fis de même. Je sentis Kiros, Andromède, Persée, Nikos et les autres en faire tout autant. Tout ce cosmos forma un champ de protection tout autour du sanctuaire.
Un cosmos bien plus puissant se mêla alors aux nôtres pour renforcer ce champ, ce fut celui d'Athéna !
Une voix à l'unisson s'éleva alors de la foule réunie, reprenant et scandant les mots suivants :
- Je promets devant l'Olympe de toujours servir la vie et l'Humanité et de me battre pour préserver la paix.
Je vis alors Eirène pleurer d'émotion et elle ne fut pas la seule. Kiros et moi nous serrâmes la main pendant que Nikos posa une main sur l'une de mes épaules, avec un sourire chaleureux.
Ensuite, nous nous dirigeâmes tous vers le treizième temple pour nous restaurer et en profiter aussi pour discuter de l'avenir.
Vers la fin de l'après-midi, je vis Eirène s'éclipser. Ayant deviné où elle se rendait, je la suivis sous le prétexte qu'une personne ayant sa charge ne pouvait pas sortir seule.
Nous nous rendîmes à la rotonde près du lac, en dehors du sanctuaire, pour y retrouver son protecteur de toujours. Elle lui avait sûrement promis de venir le voir pour lui raconter de quelle manière s'était déroulée la cérémonie.
De son côté, il voulait certainement la voir dans ses atours de Grand Pope et lui souhaiter son anniversaire.
Pour ma part, je reconnais que je désirais également le revoir, aussi je ne pus retenir un fin sourire en le voyant.
Je fus surpris quand il nous donna un cadeau à chacun. Pour Eirène, je pouvais comprendre, mais pour moi... malgré tout, je l'acceptai avec plaisir.
Mon amie reçut des boucles d'oreilles en forme de colombe, signe de paix. Quant à mon cadeau – une magnifique épée –, il me permit de me battre dans une joute amicale avec un Dieu.
Rassuré par les fruits qu'avait portés mon entraînement, je lui montrai que je pouvais lui tenir tête, et rapidement notre « jeu » pris des allures d'un duel sérieux mais sans danger.
Pendant une bonne heure, j'affrontai ce Dieu dont les coups d'épée montraient sa longue et régulière pratique. Je l'admirais d'être aussi à l'aise dans ce combat qu'en protecteur bienveillant de mon amie.
L'heure avançant, la nuit allait tomber et nous prîmes congé du Dieu protecteur. Nous rentrâmes nous changer pour être plus à l'aise et rejoindre le reste des convives pour le dîner.
Suite au repas, les habitants du sanctuaire, ainsi que les villageois invités pour l'occasion avaient organisé une fête magnifique où on nous souhaita notre anniversaire.
Je profitai de la soirée pour me diriger vers Andromède et la regardai droit dans les yeux.
- Tu seras toujours magnifique... même avec quelques kilos en plus, précisai-je avec un sourire malicieux.
- Pourquoi lui dis-tu ça ? s'offusqua Persée qui ne s'attendait pas à ça de ma part.
Andromède ne me laissa pas le temps de répondre et me sauta au cou, comme pour me remercier de l'avoir félicitée pour son heureux événement.
Notre discussion plus tôt dans la journée m'avait rappelé ce que vivaient les femmes enceintes que j'ai pu rencontrées lors de mon périple dans le grand nord.
L'ancienne Reine se détacha de mon cou et partit au bras de son époux, un grand sourire sur les lèvres. Elle allait très certainement lui annoncer la bonne nouvelle plus tard, quand ils seraient rentrés dans leurs appartements.
En fin de soirée, chacun repartit dans son temple pour aller se coucher. Et les villageois rentrèrent chez eux.
« Les années ont passé, et pendant cette période, nous n'avons pas cessé de combattre les desseins plus ou moins violents des différents Dieux souhaitant, chacun leur tour, devenir le seul maître à bord sur cette planète. La plupart n'auraient pas hésité à sacrifier presque entièrement la population pour arriver à leur fin.
Mais j'aimerais te parler de ce qui arriva le jour de mon dix-huitième anniversaire. Ce jour-là, le sanctuaire était en effervescence car en pleine préparation d'un grand événement. L'attaque nous prit par surprise, de manière insidieuse, surtout quand j'appris que la cible principale était notre Grand Pope, Eirene.
Beaucoup de choses ont changé pour moi et Eirene à partir de cette date. Nous avons vraiment failli perdre deux de nos frères d'armes qui sont devenus depuis lors pleinement dépendants de nos pouvoirs.
Aussi, te demanderais-je de bien prendre soin d'eux et surtout de Nikos. Ton pouvoir deviendra son salut et permettra sa survie.
Mais pour comprendre de quelle manière tu pourras agir en leur faveur, je me dois de te raconter ce qui s'est passé cette fois-là.
Cette journée devait être magnifique et surtout inoubliable, et malgré le froid – nous étions au cœur de l'hiver –, un grand soleil illuminait le sanctuaire de sa lumière bienveillante.
Quinze jours auparavant, Eirene était venue me visiter dans mon temple, accompagnée de quelques prêtresses. Ces dernières, d'une voix forte et plutôt autoritaire, m'ordonnèrent de me déshabiller intégralement car elles prétendaient avoir des mensurations à prendre. Surpris et plutôt gêné par la situation, j'observais dans le miroir le comportement de mes amis. Eirene me dévisageait fortement et longuement, semblant bien prendre son temps pour tout analyser, pendant que Nikos et Kiros – tels deux gamins –, riaient à gorge déployée, se moquant de moi car en cet instant, j'aurais voulu me cacher au fin fond du monde, tellement j'étais rouge de honte ! C'est que je n'avais pas pour habitude de me présenter ainsi, entièrement nu devant des femmes, et de surcroît, des prêtresses et le Grand Pope – quand bien même cette dernière était ma meilleure amie.
Contre toute attente, j'essayais de faire bonne figure devant cette assistance, toutefois, à l'intérieur, je fulminais, surtout à cause des deux zouaves qui ricanaient comme des oies.
- Eirene ! Que regardes-tu ainsi ? lui demandai-je d'une voix qui se voulait assurée, les sourcils légèrement froncés.
- Rien... Je me disais que tu étais devenu un homme fort et bien bâti. Tu n'as plus rien du gamin frêle que j'ai connu enfant.
Nikos et Kiros explosèrent à nouveau de rire.
- J'avais cinq ans à l'époque et le contexte était différent. J'étais loin d'être sportif, certes, mais surtout j'avais faim, soif et cherchais un abri pour me protéger...
Je m'interrompis, notant la véhémence avec laquelle je lui avais parlé, mais je pense qu'Eirene avait compris où je voulais en venir.
- Bref, j'étais jeune ! repris-je en tentant de calmer ma voix.
- Et maintenant, regarde-toi ! Tu es devenu un homme ! Sportif, bel homme, un combattant redoutable et un grand chevalier. Tu as bien changé depuis ton départ, et j'ai remarqué à ton retour que ta tunique commençait à être juste. Tu t'es encore étoffé ces derniers temps, ajouta Eirene, les joues un peu rosées. C'est pour cela que ces demoiselles sont ici, pour prendre tes nouvelles mensurations et te confectionner une nouvelle tunique, poursuivit-elle comme si de rien n'était.
- Dans ce cas, dis-je un peu confus, merci à toutes vraiment... Je reconnais que bientôt elle ne couvrira presque plus rien, ajoutai-je pour conclure.
- Comme à cet instant ! renchérirent Nikos et Kiros, toujours pliés en deux de rire.
Et là, explosant de rage, je leur hurlai dessus :
- VOUS DEUX ! DEHORS ! Et je ne veux plus vous voir chez moi jusqu'à nouvel ordre !
Ma voix résonna pendant un moment, sourde et froide. Je m'en voulais un peu de leur avoir crier dessus ainsi, surtout devant toutes ces femmes, mais ils l'avaient bien mérité en cet instant.
Pour autant, cela ne sembla pas les affecter outre mesure, car ils riaient toujours autant en prenant la porte à défaut de prendre une chaussure sur la tête. Un peu surprises par ma réaction, les jeunes femmes ainsi qu'Eirene sortirent à leur tour.
Le matin de mon anniversaire arriva rapidement, et mon ami – le chevalier du Scorpion – vint me réveiller en sautant sur mon lit.
- Bon anniversaire le vieux !
- Nikos ! tu seras bientôt aussi vieux que moi, lui rétorquai-je d'un air désabusé.
- Il me reste encore neuf mois.
Puis mon ami se releva et alla me préparer mon petit-déjeuner. Après m'être rafraîchi rapidement, je le rejoignis. Nous déjeunâmes ensemble et allâmes ensuite nous entraîner dans le colisée.
Vers midi, Kiros, Angelos – chevalier des Poissons – et Markinos – chevalier du Cancer – nous rejoignirent pour le déjeuner.
En début d'après-midi, je m'installai chez moi, au calme, dans mon fauteuil et ouvris un livre.
- Tu vas lire jusqu'à ce soir ? me questionna alors le huitième gardien.
- Et pourquoi pas ? Vous m'avez bien interdit de bouger de chez moi avant la fin de l'après-midi, non ? lui rétorquai-je.
- On pourrait faire autre chose ? proposa Nikos.
- Oui, tu pourrais aller aider Angelos et Eirene à tout préparer, soumis-je comme idée à mon ami un peu trop bavard pour moi en cet instant.
Ne te méprends pas, j'adore Nikos, mais parfois sa verve me fatigue. J'aime le silence et pouvoir lire tranquillement.
Contre toute attente, mon ami sortit et je pus enfin me retrouver seul chez moi pour lire en paix.
Mais moins d'une heure plus tard, une personne vint me prévenir qu'Eirene m'attendait sur la plage est du sanctuaire. L'homme avait l'air affolé, aussi m'élançai-je sans attendre vers l'endroit indiqué où je la retrouvai rapidement.
- Que se passe-t-il ? demandai-je.
- Un bouquet empoisonné ! et ces deux imbéciles l'ont pris à mains nues pour le noyer et tous nous sauver sans vraiment réfléchir à ce qu'ils faisaient.
- Ok que faisons-nous ? questionnai-je.
- Il faut les ramener à l'infirmerie avant qu'eux aussi ne meurent.
- Comment ? Insistai-je.
Je vis Eirene réfléchir à ma question, puis mes deux amis sortirent de l'eau. En arrivant sur la plage, ils titubèrent en avançant vers nous puis s'écroulèrent à quelque pas de nous. Eirene allait se jeter sur eux quand je la stoppai net :
- Tu ne peux pas y aller, lui ordonnai-je.
- Attends !... J'ai une idée. Place-toi à un mètre de distance de Nikos. Moi je fais pareil avec Angelos. On va lancer notre cosmos vers eux et geler l'eau qui les recouvre, cela nous fera une protection contre le poison. De plus, si on gèle légèrement leur corps, on diminuera l'effet du poison. On pourra donc avoir plus de temps pour les soigner, m'expliqua-t-elle.
- D'accord, commençons, répondis-je.
Les bras tendus, chacun devant un de nos camarades, notre cosmos se répandit peu à peu en eux, et très vite ils se retrouvèrent dans une gangue glacée qui maintenait leur corps en vie et nous permettait de les ramener à l'infirmerie. Sur ces entrefaites, nous avions été rejoints par d'autres chevaliers d'Or.
Je fis signe à Ianouarios du Sagittaire pour m'aider à transporter rapidement Nikos auprès de nos médecins, tandis que les jumeaux Makis et Lakis des Gémeaux s'occupaient d'Angelos.
Parti devant avec Ianouarios, je me retournai pour m'assurer que tout le monde suivait quand je vis Eirene, immobile et semblant réfléchir à quelque chose avant de se mettre à son tour en route.
À l'infirmerie, nous dégelâmes partiellement les deux hommes pour laisser les médecins les ausculter. Nous décidâmes d'attendre les résultats dans le couloir où six autres Chevaliers d'Or nous attendaient depuis quelques minutes.
Nous dûmes attendre quelques heures avant qu'un médecin nous donne des nouvelles. Pendant ce temps des chevaliers d'Argent et de Bronze vinrent nous faire leurs rapports sur le sanctuaire. Personne d'autre n'avait été blessé et aucun autre ennemi ne s'était infiltré.
Quand enfin les nouvelles de nos amis arrivèrent, celles-ci n'étaient pas très bonnes.
Aucun des médecins ne connaissaient le poison utilisé. Alors Eirene et moi-même décidâmes de retourner dans la chambre et de remettre les deux malades en état de stase en les gelant un peu plus afin de ralentir les symptômes et de laisser à mon amie le temps de trouver un moyen de les sauver.
Puis le Grande Pope s'enferma dans le sanctuaire du treizième temple afin de converser avec Athéna. Une heure devait être passée quand elle revint dans l'infirmerie. Eirene me fit savoir que notre Déesse allait essayer de contacter le Seigneur Asclépios pour qu'il vienne nous porter secours.
Le lendemain matin, le Seigneur des Médecins vint nous retrouver directement à l'infirmerie du sanctuaire. Eirene et moi-même avions veillé nos deux compagnons toute la nuit.
- Bonjour Eirene, Athéna m'a dit que tu avais besoin de moi.
Je fus surpris de rencontrer un homme jeune à la voix douce et posée. Il semblait bienveillant. Le Grand Pope lui expliqua tout ce qui s'était passé depuis la veille.
- Je vous félicite tous les deux, vous avez fait du bon travail. Je vais regarder les résultats de vos médecins et faire mes propres tests. Pourriez-vous encore m'aider un peu ? demanda alors le Dieu de la Médecine.
- Bien sûr, répondis-je. Heu… je…
J'hésitais c'était un Dieu et j'avais répondu rapidement comme si je parlais à un de mes frères d'armes.
- Oui, vas-y n'aie pas peur je ne te mangerai pas.
- Merci pour tout, me dépêchai-je de dire.
- Je n'ai encore rien fait.
- Non, pour Eirene… elle m'a tout raconté. Merci d'avoir pris soin d'elle.
Cela faisait tellement longtemps que je voulais le lui dire. Je m'étais promis que si je le rencontrais un jour, je le remercierais pour son soutien.
- C'est normal je suis médecin et puis j'apprécie énormément votre compagne.
- Comp… compagne, pas du tout mon Seigneur, on est amis d'enfance mais rien d'autre et puis c'est ma supérieure.
J'avais été surpris de la façon dont il envisageait ma relation avec Eirene.
- Oh… pardon, c'est dommage vous feriez un beau couple.
Nous ne répondîmes rien et nous rougîmes, ce qui fit rire notre invité, puis il partit travailler pendant que nous maintenions nos collègues en vie.
C'est en début d'après-midi que les résultats arrivèrent. Les mêmes le Dieu ne comprenait pas. Il n'avait jamais vu ce poison. Il avait essayé différents remèdes mais aucun n'avait réellement fonctionné.
Malgré tout, l'état de santé de Nikos s'était un peu amélioré, nous avions pu le dégeler un peu afin qu'il puisse reprendre ses esprits.
Pour Angelos il nous faudrait attendre encore un peu. Quand mon ami Scorpion fut totalement réveillé j'eus une discussion avec lui.
- Merci de m'avoir veillé et aidé, me dit-il.
- Tu es mon frère, répondis-je froidement.
- Tu m'en veux ? me demanda-t-il.
- Je savais que tu étais jaloux qu'on ne fasse pas attention à toi mais tu n'étais pas obligé de faire une chose aussi stupide pour attirer l'attention, lui rétorquai-je tout aussi froidement.
- Kanus... pardon je... Je ne voulais pas t'inquiéter...
- Pourquoi dis-tu cela ? Oh et puis merde ! Bien sûr que je me suis inquiété mais surtout…
Mes mots se turent un instant, je ne savais pas trop comment lui dire ce que je ressentais à ce moment précis. Et à présent, devant lui, je me rendais compte combien j'avais été un idiot et que c'était à moi de lui demander pardon... Qu'il pouvait être bête quand même ! Il avait failli mourir, et c'était à cause de moi !
- Tu n'as pas à me demander pardon, me sourit-il.
- …. Idiot ! pestai-je à voix haute.
Comment pouvait-il si bien me comprendre ? J'ai toujours fait en sorte de rester le plus discret possible, surtout en sa présence, mais rien n'y faisait, il arrivait toujours à ses fins, à lire en moi comme dans un livre ouvert ! Cela m'énervait prodigieusement, mais j'étais toutefois heureux qu'il s'en fût sorti sans trop de dommages.
J'inspirai et me repris.
- Si je dois… Pardon, si je ne t'avais pas dit de les rejoindre, tu n'en serais pas là maintenant.
- Il me serait peut-être arrivé autre chose ou alors Eirene aurait aidé Angelos. Il valait…
- Tais-toi ! Dans ce sanctuaire personne n'a de vie plus importante qu'une autre. N'est-ce pas Eirene ?
- Tout-à-fait... Pardon de vous déranger, mais je viens voir Angelos, précisa mon amie d'enfance.
Nikos se rendormit et je continuai de veiller sur lui. Eirene me rejoignit et nous passâmes une nuit de plus dans l'infirmerie.
Après cela le Dieu de la Médecine s'installa au sanctuaire pendant un bon mois. Mais avant de partir il nous avait donné des consignes, la mienne consistait à m'occuper de Nikos.
Ce dernier s'était maintenant bien réveillé et on avait constaté que le poison s'était concentré autour de son cœur. Quand il venait à s'emballer, je le refroidissais et le stabilisais je ne devais donc pas rester trop loin de lui pour l'instant.
Ensuite on vit que notre Scorpion arrivait à faire couler le poison dans certaines veines et à expulser sa douleur et le poison par l'un de ses doigts. C'est ainsi que naquit ses nouvelles techniques : la Scarlet Needle et l'Antarès.
Nous lui avons donc accordé le droit de sortir de l'infirmerie dès qu'il se sentirait mieux.
Concernant Angelos, les choses étaient un peu plus compliquées, alors c'était Eirene qui s'occupait de lui. Plus personne ne pouvait toucher le chevalier à mains nues, et en public, son corps devait être entièrement recouvert de tissus. Les seules personnes à pouvoir pénétrer dans sa demeure étaient Eirene, Nikos et moi-même.
Il a été également décidé en dernier lieu que, grâce à notre cosmos et notre aptitude à manipuler le froid qui pouvait nous protéger, Eirene et moi-même aiderions nos deux chevaliers malades à parfaire leurs techniques tout en les soignant.
Alors, après ce soir, sûrement qu'avec Eirene nous ne pourrons pas revenir au sanctuaire aussi, je te demande s'il te plaît de bien prendre soin d'eux et de ne pas les laisser mourir. Je te confie mes frères et aide bien ton Grand Pope. »
Le temps passa et nous dûmes faire face à diverses menaces. Divers Dieux et Déesses – Poséidon, Hadès, Artémis, Apollon ainsi que bien d'autres – essayèrent de conquérir la planète. Ils envoyèrent leurs soldats mais jamais en trop grande quantité, juste assez pour que les missions soient de plus en plus rapprochées et dangereuses. Pour nous, chevaliers, c'était difficile. Nous risquions nos vies pour protéger la population.
Je dois reconnaître que j'ai souvent eu peur de mourir, c'est que certains soldats sont puissants. J'ai eu le plaisir de découvrir aussi des êtres droits et dignes d'intérêt. Ne crois pas que je sois passé à l'ennemi. C'est juste que quand on se bat contre un autre soldat, on apprend à le connaître, d'une certaine façon.
Et je reconnais que j'aimerais me battre à nouveau contre le Juge des Enfers, Rhadamanthe. Je comprends pourquoi Hadès l'a choisi pour juge. Il est vraiment juste et se bat avec franchise, de plus il est vraiment fidèle à son Seigneur.
Mais sache que tout en protégeant la planète, nous vivions nos vies. Certains d'entre nous se rapprochaient de plus en plus. Comme Markino du Cancer et Angelos du Poisson.
Le quatrième gardien du sanctuaire passait de plus en plus de temps chez le douzième. Aussi, Lakis, le cadet des Gémeaux, en profita-t-il pour emménager peu à peu dans le temple au-dessus. Cela arrangeait tout le monde car, d'une part les disputes entre Lakis et son frère Makis s'estompèrent et d'autre part, tous les temples restaient ainsi habités.
Pour en revenir au couple occupant désormais le douzième temple, même si tout le monde savait pour eux, personne n'en parlait ouvertement. De plus quand Angelos sortait de sa demeure, il ne s'affichait pas avec son amant.
Eirène était sûrement celle qui les voyait le plus ensemble, étant devenue avec le temps le docteur personnel du Poissons. Mais même devant elle – d'après ce qu'elle me racontait –, ils n'étaient pas très démonstratifs.
D'autres couples se formaient, et avec Eirène nous en étions tout à fait ravis. Depuis la naissance du fils d'Andromède, le sanctuaire été plus vivant. Kiros l'avait adopté tout de suite et se comportait avec lui comme un « grand frère ». Cela me rendait d'autant plus fier de lui, moi qui le considérais aussi comme mon « petit frère ».
Ensuite le sanctuaire vit l'arrivée d'autres enfants. Comme Sara, une petite fille qu'Eirène et moi avons adoptées. Elle nous donne énormément de bonheur. Nous l'avons trouvées l'année de nos dix-neuf ans. Eirène m'avait mandaté pour l'accompagner lors d'une mission consistant à trouver un remède pour Angelos et Nikos. Après que mon amie eut confié la gérance du sanctuaire à Elien de la Vierge et Ianouarios du Sagittaire, nous partîmes à la rencontre d'un médecin d'une ville lointaine.
Sur le chemin, nous fûmes rejoints par le sauveur de ma Grand Pope. Celui-ci nous fit savoir qu'une bataille avait eu lieu près de notre lieu de rendez-vous et malgré ses recommandations à ne pas y aller, nous y allâmes. On désirait voir s'il restait des survivants.
Quand nous arrivâmes, l'air embaumait la mort et la cendre de bois brûlé. Tout le village avait été incendié et les habitants tués à coup d'épée. Un peu plus loin, en allant vers la forêt qui longeait le patelin nous entendîmes quelqu'un nous héler.
C'était une jeune femme d'une trentaine d'année, enceinte. Elle avait été poignardée et laissée pour morte. Elle avait trouvé un arbre sous lequel se reposer.
Eirène s'agenouilla alors devant elle pour l'ausculter. Depuis longtemps, elle apprenait la médecine auprès des docteurs du sanctuaire. Mais depuis un an déjà, elle assistait à tous les actes médicaux, des changements de pansements aux accouchements, comme celui d'Andromède. Cette dernière lui avait d'ailleurs demandé d'être présente pour l'accompagner durant cet événement.
Mais pour revenir à la jeune femme, Eirène nous avait expliqué qu'avec le stress de l'attaque et la montée d'adrénaline due à la douleur de la blessure, l'accouchement venait de commencer.
On la vit ensuite se placer entre les jambes de la future maman et l'aider à sortir l'enfant. Par la suite, Eirene confia l'enfant à sa mère qui le prit dans ses bras, avant de mourir d'épuisement au bout de quelques minutes. Mais juste avant, elle nous fit promettre de nous occuper du bébé comme de notre propre fille. Et c'est ce que nous fîmes ces six dernières années.
Notre mission se termina, comme tu l'as bien compris, sur un échec, étant donné que nos amis sont toujours malades. Toutefois, la petite était saine et sauve et aurait désormais un foyer dans lequel grandir, donc tout ne fut pas perdu pour tout le monde.
Nous rentrâmes tous les quatre au sanctuaire, et peu avant d'arriver devant la porte principale, le protecteur d'Eirene nous quitta, non sans nous avoir félicité pour « notre fille ».
Désormais, quand nous nous rendons tous les trois au lac, il nous rejoint assez souvent afin de jouer avec elle comme un grand-père le ferait. Je dois reconnaître que la première fois que je l'ai rencontré et même après, malgré tout ce qu'il a fait pour nous, jamais je ne l'aurais vu dans le rôle du grand-père de famille.
Mais c'est vrai qu'avec le temps, nous sommes devenus comme une famille.
Depuis ce jour, nous élevons la fillette que nous avons prénommée Sara. Nous lui apprenons tout ce qu'on sait, on a même décidé d'en faire l'héritière d'Eirène en espérant qu'avec le temps elle aura assez de cosmos pour servir d'hôte à Athéna.
Mais nous avons bon espoir car elle peut voir le sauveur d'Eirène.
Les années passèrent, et avec Eirène, nous prîmes peu à peu conscience de ce que les autres avaient déjà décelé chez nous, que nous étions amoureux l'un de l'autre. C'est ainsi qu'il y a quelques mois, une idée germa dans notre esprit.
C'était un soir comme les autres et j'étais dans mon salon en train de lire un livre. Eirène arriva, elle devait descendre du douzième temple. Sans un bruit pour ne pas déranger ma lecture, elle vint se placer à mes côtés. Elle positionna sa tête sur mon épaule et se mit à lire avec moi. Au bout d'un long moment, je pris la parole.
- Eirene, Sara a besoin d'une famille.
- Je suis bien d'accord, me répondit-elle.
- Et si on se mariait ? proposais-je.
- Kanus ? m'interpella-t-elle avec une expression de surprise peinte sur le visage.
- Non écoute je sais… mais si on allait voir Athéna et qu'on lui racontait tout… on pourrait lui dire qu'on… qu'on s'aime.
Je me levai afin de me mettre à genoux devant mon amie. J'étais tétanisé mais il fallait que je sache si elle ressentait la même chose que moi.
- Eirene Polèmos veux-tu m'épouser et faire de Sara notre fille légitime en l'adoptant ?
- Kanus je… hésita-t-elle à me répondre.
- Je ne te demande pas d'avoir des relations avec moi, tu dois rester vierge et je veux bien le rester aussi. Mais je t'aime et Sara est déjà notre fille, m'empressai-je de rajouter.
Je désirais tellement qu'elle me dise « oui » que j'étais prêt à tous les sacrifices. Même si pour elle cela n'en était pas vraiment un.
- Kanus ! Elle me sauta au cou. Oui je veux bien devenir ta femme, j'en serais plus qu'heureuse. Je t'aime aussi.
Le lendemain matin, nous allâmes au treizième temple et priâmes Athéna. Celle-ci arriva dans l'heure. Elle prit place dans le corps d'Eirène, tout en lui laissant accès à la parole.
- Eirène. Chevalier Kanus. Que me vaut votre appel ?
- Déesse… commençais-je en me mettant à genoux. Je suis venu vous demander la main d'Eirène. Nous nous aimons et nous désirons nous marier et aussi adopter Sara. Je fais aussi vœux de chasteté tout comme Eirène. Ce sera un mariage d'amour qui restera platonique. Nous voulons juste avoir le droit de nous tenir la main et avoir votre consentement.
- Eirène c'est aussi ce que tu souhaites ? demanda alors Athéna.
- Oui Majesté, répondit ma dulcinée.
- Je vois… je comprends mais je dois vous le refuser.
- Mais… commençai-je.
J'avais du mal comprendre pourquoi elle nous le refusait, nous ne lui demandions rien de mauvais. Juste le droit de s'aimer.
- On comprend… me coupa mon amie. Vous devez avoir vos raisons... Merci de nous avoir écoutés.
Athéna repartit peu après et nous restâmes tous les deux.
- Eirène, pourquoi ? la questionnais-je, désarçonné par cette entrevue.
- Elle a le droit de vie et de mort sur nous tous. Ce n'est pas parce qu'on la sert fidèlement depuis longtemps qu'elle nous épargnera. Souviens-toi de ce que dit mon sauveur. Les dieux sont changeants. Alors laissons-lui le temps de se faire à l'idée. On verra si avec le temps elle acceptera notre requête.
- Je vois, très bien, allons travailler.
Nous repartîmes vaquer à nos occupations attendant patiemment une nouvelle occasion de parler à notre déesse et de lui faire comprendre notre amour.
Mais j'étais quand même déçu. Athéna était la mère d'Eirène et une fois de plus, elle lui refusait de l'amour et de la compréhension. Une fois de plus, elle la forçait à la solitude. Athéna que j'aime tant, cette Déesse sage et douce qui se bat pour nous les humains et nous permet de vivre en paix et libres.
Peut-elle vraiment être si cruelle avec sa propre fille ? Avec certains de ses fidèles ? Dois-je lui dire qu'Eirène est sa fille et qu'elle doit réviser son jugement envers elle ? Non, Eirène a raison. Athéna est une Déesse, une immortelle, elle a le droit de vie et de mort sur nous et nous ne pouvons sûrement pas comprendre ses attentes.
Aussi, tout comme ma douce, je vais espérer que notre Déesse nous comprenne et attendre patiemment, le temps qu'elle change d'avis.
Les mois avaient passé.
Au sanctuaire, nous autres – chevaliers d'Athéna – avions tous été bien occupés. De nombreuses missions nous amenaient à quitter de plus en plus le domaine. Seul les apprentis et une poignée de chevaliers restaient dans l'enceinte sacrée d'Athéna.
Moi, je partais souvent avec Kiros visiter les différents sanctuaires. Surtout ceux nous posant le plus de problème. Mon amie m'avait assigné au rôle de porte-parole quand elle ne pouvait se déplacer en personne.
Elle avait déjà fort à faire entre l'administration et l'économie du sanctuaire, mais aussi avec l'éducation des enfants. De plus, le soir, elle recevait les chevaliers qui rentraient de missions pour lui faire leurs rapports.
C'est pour cela qu'avec Eirène nous n'avions plus reparlé de notre mariage, laissant du temps à Athéna pour se faire à l'idée de notre amour.
Mais un jour, elle requit ma présence en urgence dans son bureau.
- Merci d'être venu aussi vite, me dit-elle le sourire aux lèvres.
- C'est bien normal.
Moi aussi j'étais heureux de la voir. Ces temps-ci, nos seuls moments d'intimités se révélaient être souvent lors de mes comptes-rendus ou de ses convocations pour m'envoyer en mission. Alors être ici me plaisait.
Je la vis hésiter, puis elle me raconta sa soirée de la veille et tout ce à quoi elle avait pensé pendant la nuit qui suivit. Je me concentrai sur les paroles rapportées d'Andromède et de la reine Perséphone. Après une brève analyse, je m'écriai :
- On doit y aller, elles ont raison !... Je suis désolé de ne t'avoir rien dit pour Athéna.
Je culpabilisais un peu de lui avoir caché cette situation.
- Ce n'est rien, je comprends, me rassura-t-elle. Tu es sûr de vouloir y aller ? demanda-t-elle ensuite, comme prise d'un doute.
- Oui, fais-moi confiance et puis... qu'a-t-on à y perdre ?
Moi aussi je doutais des paroles du seigneur Poséidon, mais en même temps je voulais y croire pour Eirène.
- Rien, effectivement, affirma-t-elle un peu plus rassurée.
C'est pour cela que nous partons cette nuit voir son géniteur. Demain nous serons peut-être des traîtres. Ou alors ses parents se seront entendus et on pourra se marier et continuer de servir notre déesse.
Je vais placer ce livre dans ma bibliothèque en espérant pouvoir le finir un jour, pour te dire ce qui est arrivé. Mais si cela n'était pas le cas, sache que j'aime Athéna malgré tout, elle m'a donné la chance de donner un sens à ma vie.
