Bonsoir,
Aujourd'hui vous pourrez lire le livre d'Eirène en entier. Le mois prochain nous reprenons le cours de l'histoire vous aurez enfin la suite et les réponses à vos questions. N'hésitez pas à me faire part de vos hypothèses sur la fin de l'histoire, ou me dire ce que vous pensez de l'histoire.
Bonne lecture à bientôt Peace'.
Cher grand pope,
Je me présente, je suis le premier grand pope du temple d'Athéna et je suis une femme. Je t'écris pour que tu saches pourquoi j'ai fait ce choix. J'imagine qu'on va te dire que je suis une traîtresse, mais sache que je suis la personne qui aime le plus au monde la déesse Athéna. Je voulais juste trouver un moyen d'être reconnue par elle et pouvoir rester auprès de mon homme sans la blesser.
Je me pose souvent la question suivante : Entre le devoir et la foi d'un Grand Pope pour sa déesse et l'amour et la fidélité envers son âme sœur, qu'est- ce qui est le plus important ?
Mais avant tout, remontons à ma naissance. Ma mère est la Déesse Athéna et mon père, le Dieu Poséidon. Je ne sais pas comment ils en sont arrivés là, mais tout ce que j'ai compris, c'est que Zeus avait fait savoir que sa chère et tendre fille Athéna ne devait pas être souillée par un homme quel qu'il fût sous peine de mort, et quant à la Déesse, elle serait enfermée pour l'éternité.
Aussi, quand Athéna comprit qu'elle m'attendait, elle prit peur et partit avertir Poséidon. Une longue discussion entre eux se solda par la décision de tuer l'enfant à sa venue au monde.
Je naquis en hiver dans le temple de mon père au Cap Sounion. Mes parents me posèrent sur l'autel du temple et le Dieu des Océans éleva un glaive au-dessus de moi pour me frapper en plein cœur, tel un sacrifice humain.
Alors qu'il allait abattre sa main armée sur moi, je fus enlevée et sauvée par un autre Dieu ce n'est que plus tard que j'appris de sa bouche qu'il avait été guidé par mes pleurs, comme une voix qui l'avait appelé à l'aide et qu'il ne pouvait ignorer. Pour le moment, je tairai son nom car tu ne pourrais pas comprendre et surtout tu ne voudrais plus poursuivre la lecture de ma lettre, or j'ai besoin que tu continues à lire.
Donc après m'avoir délivrée du destin funeste que l'on m'avait réservé dès la naissance, mon sauveur ne se sentant pas capable de m'élever décida de me placer dans un endroit sûr. Pour cela, il m'emmena dans le temple de ma mère qui se trouvait dans la région de la ville qui porte son nom, Athènes en effet, quel meilleur endroit pour me cacher que celui se trouvant sous le nez de celle qui me cherchait.
Il me déposa au pied du nouveau sanctuaire en construction au nom d'Athéna, après avoir soigneusement enfoui mon héritage au plus profond de ma personne afin que je paraisse la plus humaine possible aux yeux de tout le monde. Là, il frappa sur l'une des grandes portes et quand il fut certain que quelqu'un viendrait me chercher, il partit se cacher pour vérifier que l'on me récupérât bien. Quelle ne fut pas sa surprise quand il vit que c'était la Grande Prêtresse du domaine en personne qui ouvrit la porte et décida de me recueillir.
En effet, elle m'adopta, me couvrit d'amour, s'occupa de moi comme si j'étais sa fille légitime, et malgré tout le travail que lui conférait sa haute fonction, elle a toujours su trouver un moment pour être présente pour moi dès que j'en avais besoin.
Tu dois savoir combien la fonction de dirigeant du Sanctuaire est difficile. Mais sache qu'à l'époque il n'existait que le treizième temple et tous les Chevaliers n'étaient pas encore là. Je t'expliquerai au fur et à mesure de mes écrits l'évolution de ce lieu qu'est désormais ton nouveau foyer.
Comme je l'ai mentionné plus haut dans mon récit, le sanctuaire était en chantier à mon arrivée, seules les dalles des différentes maisons zodiacales étaient placées à terre pour délimiter le terrain.
Pour mieux comprendre la genèse de cette histoire, il faut reculer de dix années en arrière, lorsque ma mère légitime, Athéna – que je nommerai par la suite « Athéna » ou « la Déesse » pour plus de commodités – apparut à ma mère adoptive, Illyrie – que je nommerai quant à elle « Illyrie » ou « ma tutrice » pour mieux les différencier – prêtresse du Parthénon, le premier grand temple construit par les humains pour obtenir la protection de la Déesse sur leur ville d'Athènes.
La Déesse demanda à Illyrie de partir à l'extérieur d'Athènes pour trouver un endroit où lui construire un domaine afin d'y accueillir son armée ainsi que ses prêtresses les plus dévouées. Elle lui proposa de devenir la dirigeante de ce domaine, le temps pour elle de trouver la bonne personne, celle qui aura un cosmos – énergie semblable au Big bang et qui accroît la force – assez puissant pour la représenter sur terre, voire pour devenir l'enveloppe charnelle qui pourrait l'accueillir si besoin était. Athéna expliqua à ma tutrice qu'elle était certes puissante, mais pas assez pour l'accueillir en elle sans en mourir.
Selon les dires de la Déesse, il était très important que l'enveloppe charnelle qui l'accueillerait fût très puissante pour pouvoir lutter contre les Titans notamment. En effet, jusqu'à présent, la terre était considérée par les Dieux comme le jardin du Titan Cronos, mais depuis que son père Zeus et ses oncles Poséidon et Hadès – aidés d'autres Dieux – avaient réussi à battre les Titans, ces derniers se battaient pour posséder la planète afin d'avoir un peuple qui les vénérerait.
Zeus lui avait demandé de protéger la terre et d'en faire une zone neutre qu'aucun Dieu ne pourrait posséder. C'est pour cela qu'Athéna désirait un territoire à elle, avec une armée et des fidèles.
Aussi, depuis dix ans, Illyrie s'activait à réaliser les vœux de sa Déesse. Elle finit par trouver un vaste territoire situé à environ une demi-journée de marche de la ville d'Athènes, dans un cadre idyllique avec un lac alimenté par une rivière – ce qui constituerait un point d'eau fraîche et naturelle facilement exploitable par les futurs locataires du domaine. Éloigné de toutes villes et de toute vie humaine, ce lieu serait ainsi à l'abri des yeux indiscrets et protégé de possibles ennemis.
Afin que le secret de ce sanctuaire reste préservé de l'Attique, ma tutrice fit appel à des bâtisseurs venant d'une autre région. Mais avant qu'un plan définitif du domaine ne puisse être envisagé, de nombreuses tractations ont eu lieu avec les simples mortels d'une part, puis avec Athéna en personne d'autre part. Enfin, les ouvriers purent commencer les travaux en posant les premières chapes, correspondant à l'emplacement final des différents temples, et s'activèrent en priorité sur le treizième temple afin de pouvoir accueillir les premiers occupants du domaine dans les plus brefs délais.
À ce jour, vingt-cinq ans plus tard, le sanctuaire est presque terminé, mais je reviendrai sur ce point par la suite.
Je grandis donc au milieu de ce chantier, passant les trois premières années de ma vie dans l'enceinte du domaine. J'appris à marcher sur le parvis du treizième temple, mais c'est dans la onzième maison que je me foulai la cheville quelques années plus tard.
J'ai tellement de souvenirs dans ce domaine. Le jour de mes trois ans, ma tutrice fit venir des précepteurs qui m'apprirent tout ce dont j'avais besoin de savoir pour devenir une personne érudite et de bonne éducation.
C'est aussi à cette époque que je commençai à apprendre mon futur métier, celui de prêtresse d'Athéna en apprenant et en chantant des cantiques en son nom.
Un an après avoir commencé mes leçons, je maîtrisais déjà la lecture et l'écriture, ma tutrice comme mes précepteurs me trouvaient très en avance pour mon âge – sûrement que mon ascendance divine y était pour quelque chose !
Je pourrais rédiger ici une suite sans fin de mes innombrables souvenirs d'enfance au sein de ce sanctuaire en construction, mais mes propos ici ont une toute autre vocation comme tu le découvriras par la suite. Toutefois, un dernier souvenir me revient au moment où j'écris ces quelques mots.
Un jour que j'étais grandement fatiguée – par les études et les entraînements –, je partis me promener dans le Sanctuaire. Après une bonne heure de marche, j'arrivai aux limites du domaine pour les franchir et m'approcher près d'un lac.
Subjuguée par la beauté de l'endroit, je courus à travers une vaste plaine herbeuse jonchée de fleurs vers cette magnifique étendue d'eau. Une fois déchaussée, je trempai mes pieds dedans, et les sensations étaient plutôt agréables.
Très vite, des frissons commencèrent à me parcourir le bas des jambes, et avant de finir complètement frigorifiée, je retirai mes pieds de l'eau stagnante pour aller les sécher dans l'herbe avoisinante. Tout était calme, le silence environnant m'apaisait, cependant je sentais comme une présence non loin de moi.
En me retournant, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant un homme, vêtu de noir, assis près du lac et qui m'observait. Il s'agissait du Dieu qui m'avait sauvée du sacrifice qu'allaient accomplir mes parents biologiques.
Plus je m'approchais de lui, et plus il me fixait de ses grands yeux noirs et perçants. Une fois à sa hauteur, je lui souris :
- Puis-je m'asseoir ? demandai-je.
Pour toute réponse, il me fit un signe de la main en désignant l'endroit où je pouvais m'installer. J'ajoutai tout en m'asseyant :
- Merci… pour tout.
L'homme restait là, à mes côtés, ne disant toujours rien. Puis, au bout d'un moment, un vent léger se leva me donnant des frissons, alors il enleva sa veste pour la poser sur mes épaules et prit la parole :
- Tout va bien pour toi ?
- Oui… personne ne sait qui je suis vraiment.
- Je ne parlais pas forcément de ça.
- Je sais, je voulais juste vous rassurer.
- Hum !
- Et pour vous, est-ce que tout va bien ?
Il ne répondit rien et me sourit. Nous restâmes encore un peu assis sans parler. Quand je vis que le soleil avait bien avancé sa course dans le ciel, je repris la parole :
- Je dois y aller… Vous reverrai-je ?
- Je passe parfois… ou quand tu m'appelles, comme aujourd'hui.
- Je ne vous ai pas appelé, lui fis-je surprise.
- Si, inconsciemment… j'ai l'impression que nous sommes liés, ajouta-t-il pour conclure.
Sur ces dernières paroles, il se leva et disparut, quant à moi je rejoignis le treizième temple.
À partir de ce jour, nous nous revîmes assez souvent près du lac et je demandai à ma tutrice de faire construire une rotonde à cet endroit pour qu'on puisse s'y reposer. Bien entendu je ne lui avais pas parlé des visites de mon « sauveur ».
Lors de l'une de nos nombreuses discussions, il m'avait expliqué que les dieux avaient la capacité de se rendre invisibles aux yeux des humains. Parfois, certains d'entre eux possédant un cosmos suffisamment puissant pouvaient les voir ou encore devenir une enveloppe charnelle pour les incarner sur terre. Il précisa également que je faisais partie de cette seconde classe d'humain et que mon héritage divin – bien que latent – me conférait également le statut de Déesse, je serai donc toujours en capacité de le voir. Je compris donc cette fois-là que ma tutrice ne pouvait pas voir les dieux ; ce qui se confirma un jour qu'elle m'accompagnait au lac, il nous rejoignit mais elle ne le vit pas.
Les mois passèrent ainsi, je travaillais beaucoup, j'apprenais à ouvrir mon esprit au cosmos et à la prêtrise.
Le jour de mes cinq ans, Illyrie vint me parler des Chevaliers d'Athéna et de l'importance de leur présence auprès de notre Déesse elle m'expliqua aussi ce qu'elle attendait d'eux en matière de force et de valeur. Pour toutes ces raisons, je décidai donc d'accompagner Illyrie et de l'aider à tous les trouver.
Ne sachant pas par où commencer, je m'étais rendue à la rotonde et avais appelé mon protecteur. Nous discutâmes un moment quand tout à coup, un garçon de mon âge environ apparut sur le seuil de la rotonde. Nu, portant ses vêtements mouillés dans ses bras, il sursauta et cria, surpris de trouver quelqu'un dans cet abri de fortune au milieu de nulle part. Nous sommes restés de marbre, nous détaillant mutuellement pour savoir qui d'entre nous parlerait le premier. Il était d'une taille normale, peut-être un peu plus grand que moi, coiffé de cheveux dans les tons bleu vert et nous fixait de ses grands yeux bleus pour son âge. Le fait qu'il pût rester droit dans cette situation, à nous dévisager malgré la gêne, me fit penser qu'il devait venir d'une famille aisée – cette information me serait confirmée bien plus tard. Son regard était empli de curiosité et d'émerveillement pour nous. Je pense que notre présence l'impressionnait, et cela me fit sourire.
Au bout de quelques minutes à se regarder en chien de faïence, j'éclatai de rire.
Le garçon me regarda et fit une moue de colère si mignonne que j'eus du mal à me ressaisir. Il se mit alors à crier de sa petite voix fluette :
- Ne te moque pas de moi !
- Oh non, pardon… je ne me moque pas c'est juste… nerveux, répondis-je en souriant.
Puis il regarda l'homme à mes côtés. Celui-ci ne bougeait pas et restait silencieux.
- Qui êtes-vous ? demanda l'enfant intrigué. Habitez-vous loin ?
- Que de questions ! Et toi, d'où viens-tu ? demanda mon compagnon.
- J'ai posé les questions en premier ! s'insurgea le garçon.
Je ris à nouveau. Le garçon me dévisagea et je pris la parole :
- Nous sommes chez nous et tu es sur nos terres.
- Euh… vraiment ?
- Pourquoi mentirais-je ? Si tu nous dis qui tu es, je répondrai à tes questions.
Alors l'enfant nous raconta son histoire : il était né à Athènes, dans une famille aisée et tous les siens avaient été assassinés. Il décrivit ensuite les détails de sa fuite hors de sa ville d'origine qui le conduisit jusqu'ici. Nous l'écoutâmes sans l'interrompre.
- Merci jeune homme. Laisse-moi à présent me présenter : je suis la fille de l'ancienne grande prêtresse du Parthénon et juste à côté se trouve le nouveau temple d'Athéna. J'y suis prêtresse comme ma mère.
- Dois-tu tout lui dire ? demanda mon compagnon.
- Garçon, quel est ton nom ? demandais-je.
- Kanus, dit-il. Et toi ?
- Eirene Polemos, répondis-je.
- Paix et guerre, murmura-t-il.
- Oui l'une ne va pas sans l'autre. Kanus, vois-tu mon ami à côté de moi ?
- Bien entendu, quelle question ! dit-il surprit.
- Eh bien vois-tu, l'homme qui m'accompagne et dont je tairai le nom pour l'instant a la capacité de se rendre invisible aux yeux des gens sauf de certains. Ceux qui possèdent un cosmos élevé, comme toi et moi.
- Qu'entends-tu par-là ? C'est quoi le cosmos ?
- Je veux dire que tu possèdes un don. Si tu me suis, tu en apprendras davantage sur toi et ce don. De plus, tu auras un endroit où vivre. Qu'en dis-tu ?
- Tu penses que c'est bien ? questionna l'adulte.
- Oui, tout va bien. S'il te voit c'est qu'il peut devenir Chevalier. Moi qui m'inquiétais de ne pas en trouver. En plus tu la ressens toi aussi, l'étendue de son cosmos.
- Oui, concéda-t-il.
- Alors Kanus, que veux-tu faire : tenter l'aventure par toi-même hors de nos contrées, ou reprendre le flambeau de ton père et protéger celles et ceux qui le méritent ?
- Je vous suis.
- À la bonne heure. Juste une dernière question, quand es-tu né ?
- Le Prôtê Anthestérion.
- Tout comme moi, m'écriai-je. Si ça c'est pas un signe ! Et je sais de quelle maison tu seras le gardien.
Les deux hommes me regardèrent surpris mais ne dirent rien de plus. Après avoir salué mon sauveur, je ramenai avec moi mon nouvel apprenti.
Au sanctuaire, tout le monde accueillit chaleureusement Kanus qui, malgré une éducation privée de toute activité sportive, se révéla être non seulement un excellent sportif, mais aussi doté d'une grande force physique et morale.
La première année, nous la passâmes tous les deux à étudier et à nous entraîner au maniement des armes et au développement et à la manipulation de notre cosmos.
Le jour de notre sixième anniversaire, nous avions organisé un pique-nique à la rotonde, un lieu devenu pour nous le refuge de nos temps libres et des retrouvailles avec mon protecteur.
Un soir, je me confiai à Kanus sur mon ascendance et il promit de ne rien révéler à personne. Ayant compris que l'homme qui m'accompagnait était le Dieu qui m'avait sauvée, Kanus devint moins méfiant et l'accepta immédiatement.
Aussi, le jour de notre anniversaire, Kanus fut très heureux que notre ami se joignît à nous et accepta chaleureusement le cadeau qu'il nous fit à tous les deux : une boussole.
Et l'homme d'ajouter :
- Je vous offre ce présent afin qu'il vous guide là où vous désirez vous rendre.
Évidemment, à cette époque nous étions trop jeunes pour comprendre le sens de ces paroles, mais bien des années plus tard, nous nous sommes rendus compte de ce que cela signifiait : la boussole était magique !
Mais j'y reviendrai plus tard.
Les années passèrent durant lesquelles nous renforcions notre amitié. Kanus était pour moi plus qu'un chevalier d'Athéna, il était aussi un ami fidèle et sincère, un soutien et une source d'inspiration. Son dévouement pour la cause d'Athéna me réjouit et m'aida à me surpasser dans bien des domaines. C'est ainsi qu'ensemble, nous consolidions nos capacités à faire augmenter notre cosmos, mais aussi à l'utiliser de façon spéciale. En travaillant dessus, nous avions pris conscience que nous pouvions manipuler l'eau et la glace, les formater selon notre désir.
De nombreux autres enfants et adolescents nous rejoignirent. Des orphelins, pour la plupart, que ma mère et moi trouvions lors de nos missions dans les villages voisins. Parfois même, en allant faire du commerce extérieur avec la ville d'Athènes.
Avec le temps, nous accueillîmes ensuite des hommes avec un cosmos déjà développé. Ces derniers, comprenant leur don et ayant entendu parlé du nouveau sanctuaire, voyageaient tout en réalisant des missions de paix le temps de nous rejoindre.
Peu à peu le sanctuaire prenait forme et les apprentis chevaliers affluaient de toute la Grèce.
L'année de mes dix ans, ma mère tomba malade et mourut quelques mois plus tard. À l'unanimité, la décision fut alors prise d'appeler Athéna pour qu'elle désigne sa future Grande Prêtresse afin que les affaires du Sanctuaire puissent continuer.
Pour des raisons de commodité, c'est mon corps qui accueillit l'âme de la Déesse lorsqu'elle descendit le jour des funérailles de ma mère.
En effet, si elle était venue sur Terre avec son propre corps, elle aurait pu tuer sans le vouloir les personnes les plus faibles – comme les serviteurs du sanctuaire et les chevaliers en apprentissage, ces personnes n'ayant pas de cosmos, ou un trop faible pour être suffisamment résistantes –, car elle possède un pouvoir tellement puissant qu'il reste parfois difficile à contrôler. Dans le même temps, sans corps pour la matérialiser, toutes les personnes présentes ce jour-là n'auraient pas pu la voir.
Je me souvins des mots de ma mère sur le fait qu'Athéna cherchait une personne ayant un grand cosmos pour pouvoir l'accueillir.
J'accédai donc à la demande d'Athéna d'utiliser mon corps pour pouvoir s'exprimer à la foule et ainsi désigner son successeur. Je savais par mon protecteur qu'elle ne serait pas en capacité de détecter mon ascendance divine car il avait tout enfoui au plus profond de mon être.
Athéna pris alors la parole et les mots qui sortaient de ma bouche étaient beaucoup plus assurés que ceux d'une enfant de dix ans.
- Moi, Déesse Athéna qui règne sur le maintien de la paix en ce monde, je viens dire adieu à mon amie de toujours, à celle qui a sacrifié sa vie à son devoir envers moi. Je viens aussi vous annoncer que je choisis sa fille comme remplaçante et qu'à partir de ce jour elle prendra le titre de Grand Pope. Cette personne est chargée d'être le guide spirituel et armé du sanctuaire. Aussi, toutes les personnes vivant sur ce domaine seront donc sous sa protection et sa direction. Chacune de ses paroles et actions seront les miennes. Je vous demande donc de l'aider au mieux et de la suivre.
L'assistance resta bouche bée, ne s'attendant pas à cette nouvelle. Toutefois, il ne fallait pas contredire les mots de la Déesse de la Sagesse, aussi tout le monde hocha la tête en signe d'acceptation.
C'est ainsi qu'à dix ans, je devins Grand Pope du sanctuaire d'Athéna et que dans le même temps, j'enterrai celle qui m'avait élevée.
Lors des cinq premières années de ma prise de fonction, j'ai eu pour missions principales de faire accélérer la construction des Maisons du Zodiaque et de renforcer l'entraînement des futurs chevaliers. Athéna était revenue me voir en personne peu de temps après mon accession au titre de Grand Pope pour me parler :
- Eirene Polemos, ma chère fille... Pardonne ma familiarité, mais ta tutrice m'a tellement parlé de toi que j'ai l'impression que tu pourrais être mon enfant.
J'en fus si heureuse cette fois-là, que j'étais prête à lui sauter dans les bras pour lui dire : « mais je le suis ! Je suis votre fille ! » quand me revinrent à l'esprit les souvenirs de l'une de mes discussions avec mon protecteur :
- Souviens-toi toujours que les Dieux sont versatiles, ils peuvent te dire « je t'aime » et te mettre à mort l'instant d'après... Alors méfie-toi toujours d'eux, même de moi.
Je remerciai donc ma Déesse de l'honneur qu'elle me faisait en pensant cela. Puis je hochai la tête pour l'inciter à continuer.
- Je suis venue pour te donner mes instructions. Dans cinq ans, je veux que mon armée soit prête. Les membres de ma famille se préparent à envahir la terre et à se la disputer. J'ai demandé de l'aide à mon demi-frère Héphaïstos ; il va créer des armures pour mes guerriers, il m'en a promis quatre-vingt-huit. Il les livrera dans trois ans et leur donnera vie avec ton premier sang – je ne compris cette phrase qu'à la livraison des armures –, et deux ans plus tard, tous mes chevaliers devront revenir pour endosser leur armure. Pour cela, tu devras t'organiser pour que dans cinq ans, ce lieu soit prêt et parfait pour accueillir tout ce monde.
- Bien, votre majesté ! Je ferai tout ce qu'il faut pour, soyez en assurée.
Rassurée, Athéna repartit sur l'Olympe après m'avoir donné d'autres instructions par écrit.
Quant à moi, je m'enfermai trois jours durant dans mes appartements pour concevoir mon projet pour les cinq années à venir.
Cela consistait en trois points : premièrement, je devais m'occuper de l'entraînement des chevaliers. Athéna me fit savoir dans ses instructions que ma mère avait créé des liens avec tous les autres Temples dédiés à notre Déesse et que chacun de ces lieux saints avait créé des centres d'entraînements spécialisés pour chaque chevalier.
J'eus donc la lourde tâche de faire partir les apprentis dans les quatre-vingt-huit sites se trouvant partout en Grèce et ailleurs dans des contrées plus lointaines. Ils étaient au minimum trois par lieu à devoir rejoindre un centre d'entraînement.
En tant qu'Eirene, ce fut presque un déchirement de devoir les laisser partir, surtout que certains ne pouvaient ne jamais en revenir... Mais en ma qualité de Grand Pope d'Athéna, je ne devais pas faillir à ma tâche, celle de livrer une armée prête au combat dans cinq ans.
Et le fait de voir partir Kanus dans une lointaine contrée, où le froid régnait en maître, n'arrangea pas les choses...
Je fis donc promettre à chacun d'eux de m'écrire le plus régulièrement possible afin que nous restions en contact et aussi pour me rassurer sur la nature de leur entraînement et leur état de santé.
Et pendant cinq ans, nous avons maintenu une correspondance au rythme d'une lettre par semaine. L'attente de chaque missive était des plus difficiles parfois je recevais plusieurs courriers en même temps d'une même personne.
Toutefois, j'avoue que le plus dur était l'attente de celles de Kanus ; mais il me parlait du froid et de la neige, une chose qu'on ne voyait que rarement dans notre pays, puis de ses entraînements plus durs qu'à « la maison » comme il disait. Alors je lui répondais qu'ici aussi mon entraînement physique et psychique était des plus ardus. Nous parlions de tout et de rien.
Puis vint le temps où les courriers s'espacèrent de plus en plus, jusqu'à ne plus rien recevoir de certains futurs chevaliers, ce qui m'attrista un peu.
Mais je ne perdais pas espoir en me répétant que les correspondances avaient été perdues. Alors pour ne pas trop penser à eux, je me mis à travailler d'arrache-pied à mon deuxième point qui consistait à accélérer la construction des Maisons Zodiacales et du reste du sanctuaire.
Grâce à la renommée de ma mère adoptive et à ses nombreuses connaissances, je pus embaucher plus de bâtisseurs, venus de tout le pays. De manière concomitante, je dus aussi développer mon troisième point nécessaire à notre survie à tous, mettre en place un plan financier pour gérer le budget du domaine.
Organisés en autarcie pour des raisons de commodités, j'ai suggéré que nous développassions l'élevage et l'agriculture sur place. Nous étions moins nombreux à ce moment-là, il fallait donc en profiter pour produire autant qu'avant et utiliser le surplus pour faire du troc ou pour le vendre sur les marchés d'Athènes.
Cela nous permit de renflouer nos caisses et de payer les architectes. Grâce au bétail nous pûmes avoir de la viande mais aussi du lait avec lequel nous fîmes du fromage.
Les volatiles nous fournirent quantité d'œufs, quant au pelage et aux plumes, ils nous permirent aussi de fabriquer des habits, de faire de la laine… En somme, tout un tas de produits que nous pûmes vendre ou troquer sur place mais aussi exporter grâce à la navigation, sur les îles alentours.
Tout cela fit que le domaine s'agrandit et prospéra en attendant le retour de l'armée d'Athéna.
Trois ans passèrent quand le Dieu Héphaïstos m'apparut un beau matin.
- Bonjour jeune demoiselle, je suis Héphaïstos. Et vous, vous êtes sûrement Eirene Polemos, le Grand Pope d'Athéna ?
- Effectivement, je suis ravie de vous rencontrer Monseigneur.
- Où dois-je poser les armures ?
- Dans une salle du treizième temple ; je l'ai faite aménager rien que pour elles. Veuillez me suivre.
- Attendez ! Vous a-t-on parlé de la façon dont on doit donner vie aux armures ?
- Non, ma Déesse m'a juste dit que vous leur donneriez vie avec mon premier sang mais elle ne m'en a pas dit plus.
- Donc, tu n'as aucune idée de ce qu'est ton premier sang ?
- Non.
- Ah... ça ne me facilite pas vraiment la tâche, dit-il en passant sa main sur sa bouche, comme gêné.
- Dites-moi ce que c'est, je peux tout entendre.
- Pour faire simple, ton premier sang c'est... quand tu deviens une femme. On t'en a parlé, non ?
- Plus ou moins...
- Je ne suis pas le mieux placé pour parler de ça… Bientôt ton corps va rejeter du sang et je m'en servirai pour donner vie aux armures.
- Je ne suis pas sûre d'avoir tout bien compris, mais le jour où vous penserez que c'est le bon moment, dites-le-moi.
- Bien, maintenant amène-moi dans la salle.
Nous parcourûmes le treizième temple en entier et arrivâmes à mes appartements.
Le Dieu Héphaïstos parut gêné, mais je l'invitai à entrer et à me suivre jusqu'au fond. Là, j'ouvris une porte dérobée derrière ma bibliothèque, j'entrai et il me suivit derechef.
Je lui montrai les différentes étagères où entreposer les armures. Je le regardais faire et c'est à ce moment-là que je pris conscience qu'il avait un grand sac en tissu dans le dos qu'il plaça devant lui.
Le Maître forgeron en sortit quatre-vingt-huit petites boîtes, qu'il disposa sur les étagères.
- Je les appelle des « Pandora box », car comme la boîte de Pandore, elles renferment l'espoir de l'humanité contre les fléaux que seront les membres de ma famille.
- Vous désapprouvez leurs actes ?
- En effet, c'est pour cela que j'ai créé les armures de ta Déesse et les « Pandora box » qui les protègent quand elles sont sans chevalier.
- Mais si les autres Dieux vous demandent la même chose pour envahir la Terre, vous serez obligé de dire « oui » en tant que Maître Forgeron des Dieux, non ?
- J'en suis navré en effet.
- Ne le soyez pas, je suis ravie de savoir que vous le ferez sans dévotion pour leur cause. Je suis aussi sûre que vous avez donc mis tous vos bons sentiments dans nos armures.
Pour toute réponse, Héphaïstos me sourit. Je l'invitai à rester autant de temps qu'il le désirerait pour se reposer un peu en attendant de donner vie aux armures.
La journée passa comme d'habitude, chacun vaquant à ses occupations, et aux moments des repas, j'étais accompagnée d'un hôte de marque en la présence du Dieu des Volcans.
Nos discussions tournaient autour de thèmes très variés comme les armes ou encore les bijoux parfois il me parlait aussi des membres de sa famille, et surtout de la Déesse Aphrodite – sa femme – dont il avait fait sa muse !
La nuit arrivant, je l'installai dans une chambre près de la mienne, ce qui lui permettait d'être proche des armures en cas de besoin.
Le lendemain matin, je me réveillai avec une sensation étrange de fraîcheur et d'humidité.
Au début cela me procura un sentiment d'inconfort, mais quand je mis une main sur le drap, je sentis qu'il était bel et bien mouillé et poisseux.
De plus en plus mal à l'aise, je décidai de me lever et d'aller ouvrir les volets qui laissèrent entrer les rayons du soleil – aujourd'hui encore Apollon allait réchauffer notre domaine –, puis je me dirigeai à nouveau vers le lit.
En posant mon regard sur les draps, je constatai qu'ils étaient rouges, et dans le même temps, je sentis quelque chose couler le long de mes jambes. Je baissai la tête et vis un liquide rouge et visqueux glisser jusqu'au sol : « Du sang ! » m'écriai-je.
Et là je me mis à hurler de toutes mes forces.
Au bout de quelques minutes, le Seigneur Héphaïstos déboula dans ma chambre et tenta d'apaiser mes cris grâce à sa grosse voix :
- CALME-TOI PETITE ! Ce n'est rien, voilà enfin le moment ! me dit-il plus posément après que j'eus cessé de m'époumoner.
- Hein ?
- Tu deviens une femme ! ... Tu demanderas à Athéna ou à une femme plus âgée. Maintenant suis-moi, m'ordonna–t-il.
Je me mis aussitôt en marche derrière le Dieu des Forges.
Nous passâmes d'abord par la chambre des armures où il les récupéra toutes, puis il me demanda de le conduire à la salle du trône où se situait l'autel dédié à Athéna.
Là, il demanda aux autres prêtresses du temple d'amener chacune une jarre d'eau et de la verser dans l'autel, au préalablement ouvert par Héphaïstos qui en avait ôté la stèle de pierre.
Il m'expliqua qu'Athéna l'avait fait construire comme un bassin, ainsi l'eau qu'il pouvait contenir ne pourrait pas se répandre dans toute la salle.
Il finit par me soulever et me placer à l'intérieur du réceptacle de pierre qui se remplissait d'eau, en me demandant de rester debout.
Quand mes sœurs de culte eurent versé toute l'eau qu'elles avaient apportée, elle arrivait au niveau de mes cuisses. J'étais frigorifiée, mais en voyant la réaction d'Héphaïstos, je compris qu'il n'y avait pas assez d'eau et que la méthode de remplissage prendrait bien trop de temps. Aussi, je pris la parole avant lui et demandai :
- Seigneur Héphaïstos ! A-t-on besoin des autres prêtresses pour le rituel ?
- Non, mais…
- Très bien. Mes sœurs ! Merci pour votre participation, mais votre présence n'est plus nécessaire ici. Avant d'être interrompue, je levai une main et ajoutai aussi sec : Ne vous inquiétez pas, je suis entre de bonnes mains. Puis, me retournant vers Héphaïstos, je précisai : Vous non plus ne vous inquiétez pas, tout ira bien.
Pendant que les jeunes femmes sortaient de la salle du trône, le Dieu Forgeron me dévisageait d'un air circonspect, ne comprenant pas vraiment ce que je venais de faire.
Une fois qu'elles furent parties, je poursuivis :
- Tout va bien. J'ai compris que vous aviez besoin de plus d'eau pour la mélanger à mon premier sang... J'imagine qu'Athéna savait que ce serait aujourd'hui...
- Sûrement, me dit-il avec une moue d'intense réflexion.
- Tant mieux, comme ça on ne perd pas de temps, mais avant de continuer, j'ai besoin de savoir si je peux vous faire confiance ?
- Bien sûr, de quoi s'agit-il ?
- Rien de... d'exceptionnel dirons-nous. J'espère seulement que vous ne penserez pas que je cherche à cacher quoi que ce soit à Athéna, ou que je cherche à la trahir ou à lui nuire...
- Que veux-tu dire ? demanda-t-il intrigué.
- Je vais vous montrer quelque chose… et j'aimerais que ça reste entre nous.
- Si tu veux, je n'ai aucune obligation envers Athéna ni envers aucun autre Dieu, à part celle d'être leur forgeron.
- Je vois… je savais que je pouvais vous faire confiance, vous m'avez l'air de quelqu'un de bien. Juste une dernière chose.
- Oui ? ajouta-t-il surpris.
- Pourriez-vous ne pas me poser de questions une fois que ce sera fini ?
- Bien sûr, ça a l'air d'être difficile pour toi.
- En effet, seulement deux personnes m'ont vu faire. Avec vous, ça fera trois et j'aimerais que ça reste comme ça.
- Bien.
Je mis mes bras dans l'eau en les plaçant le long du corps et les mains en parallèles avec le liquide. Je fermai les yeux, respirai calmement et fis glisser mon cosmos hors de moi à travers mes mains. L'eau bouillonna autour de moi, puis le liquide augmenta et remplit en quelques secondes le bassin en entier.
Héphaïstos sourit, hocha la tête et se dirigea vers le sac tout en prenant la parole :
- Je vois. Tu n'as pas de soucis à te faire, ça ne sortira pas d'ici. À présent, revenons-en à nos armures, le temps file. Voici comment nous allons procéder.
Il m'expliqua qu'il allait mettre les « Pandora box » dans le bain avec moi et que le mélange de mon sang à son cosmos allait leur donner vie.
Il précisa également que c'était la première fois qu'il faisait cela et que pour l'instant ça restait purement théorique.
Je compris alors que nous allions passer une très longue journée.
Héphaïstos vida le sac dans mon bain improvisé – toutes les boîtes jonchèrent le sol du bac – et trempa ses mains dedans pour pouvoir y introduire son cosmos.
Au début, rien ne se passa, mais j'avais de plus en plus mal au bas ventre – comme une sensation de crampes de plus en plus fortes. Le Dieu des Volcans essaya de me rassurer en disant que ça arrivait souvent quand une femme perdait du sang, et que ça allait passer.
Toutefois, au bout d'une heure, les douleurs s'intensifiaient mais je ne perdais pas assez de sang pour que l'eau soit complètement tintée de rouge. Héphaïstos ferma les yeux, marmonna quelque chose et quelques minutes plus tard un homme arriva.
- Bonjour Héphaïstos, fit l'homme, tu m'as appelé ?
- Bonjour Asclépios ! Oui, j'ai besoin de ton aide. Peux-tu me rendre ce service ?
- Si cela concerne un acte médical, ce sera avec plaisir.
- En quelque sorte... Voilà, je dois donner vie aux armures d'Athéna avec le premier sang de son Grand Pope ici présent...
- Oh pardon demoiselle, je ne vous avais pas vue. Je suis Asclépios, Dieu de la Médecine.
- Bonjour, je suis Eirene Polemos, Grand Pope d'Athéna.
- Donc comme je te disais, reprit le forgeron, nous donnons vie aux armures. En ce moment, elles sont dans l'eau avec Eirene, mais vois-tu j'ai besoin qu'elle saigne davantage, or elle a déjà très mal. Peux-tu y remédier ?
- Je peux accentuer son saignement et apaiser ses douleurs, mais si ce sont ses premiers saignements ce n'est pas très conseillé.
- Faites-le, je vous en prie, demandai-je. Mes amis sont partis dans des camps d'entraînements où ils souffrent tous les jours. Alors supporter des contractions quelques heures pour leur procurer des armures ne me dérange pas, bien au contraire. Je veux leur être utile. S'il vous plaît.
- Tu es sûre ? ça peut être dur, s'inquiéta le médecin.
En entendant cette question, je me redressai le plus possible malgré mon corps endolori pour bien me faire entendre et que mes mots pèsent de tout leur poids :
- Je suis Eirene Polemos, Grand Pope d'Athéna, chef spirituel de son temple et général en chef de son armée. Si mes hommes se renforcent actuellement pour protéger notre Déesse et l'Humanité, alors je me dois de faire pareil. Donc oui, j'en suis certaine !
Les deux hommes me dévisagèrent en silence. Ils comprirent ma détermination, hochèrent la tête et le médecin s'avança vers moi.
Il posa ses mains sur mon buste – une sur mon ventre et l'autre sur mes reins –, la douleur s'apaisa, sans disparaître pour autant. Puis l'eau se teinta de plus en plus en rouge et je sentais son cosmos se répandre en moi.
Au bout de deux heures, alors que l'eau n'était plus que sang poisseux et que dans l'air montait une odeur nauséabonde, il se passa enfin quelque chose. Quatre « Pandora Box » remontèrent à la surface de l'eau et s'ouvrirent. Les armures glissèrent pour couler dans l'eau, pendant que les Box, elles, s'élevaient dans les airs afin d'aller se placer à même le sol un peu plus loin dans la salle. Contre tout attente les Box grandirent afin de devenir des cubes d'un mètre sur un mètre.
Je n'étais pas des plus rassurées à ce moment-là, je l'avoue. De savoir qu'il restait encore quatre-vingt-quatre boîtes dans l'eau et que les quatre-vingt-huit armures pouvaient évoluer comme leur réceptacle ne m'enchantait guère.
Les Dieux qui m'assistaient dans cette tâche ardue essayèrent de me rassurer comme ils pouvaient, mais je sentais bien qu'ils n'étaient pas vraiment convaincus par ma prestation – moi non plus d'ailleurs – et j'appréhendais tout de même ce qui allait venir.
Je ne me trompai pas, la suite fut pire.
Peu à peu, toutes les Box sortirent de la même façon, cela dura toute la journée, j'étais exténuée : tenir debout dans l'eau tout en y mêlant mon cosmos gérer la douleur, bien que je fusse soutenue sans compter la perte incessante de sang tout ça me fragilisait et je n'étais pas au bout de mes peines.
La nuit commençait à tomber et je n'avais toujours rien mangé depuis le matin, mais je tenais bon.
Soudain, je ressentis comme un déchirement à l'intérieur de mon corps et je me mis à hurler.
- Que se passe-t-il ? demanda paniqué le Dieu Forgeron.
- Elles entrent en moi, criais-je.
- Comment ça ? paniqua le Dieu médecin.
- Les armures ! ... entre mes jambes ! hurlai-je.
- Pardon mais... je dois vérifier, fit le médecin.
Je sentis alors sa main sur mon ventre descendre entre mes jambes et il la retira aussitôt.
- Asclépios ! ?...
Le créateur des armures était très agité, il ne comprenait pas trop ce qui était en train d'arriver au Grand Pope d'Athéna.
- Elle n'est plus vierge comprends-tu ? Elles entrent dans son ventre.
- Pourquoi ?
- J'en sais rien, c'est toi leur créateur !
- Elles… veulent… venir… au… monde, qu'on… leur… donne… la vie, balbutiai-je entre deux douleurs.
- J... je ne savais pas, fit Héphaïstos choqué... Je... euh... désolé, finit-il par dire.
- Tout… ira… bien… pour… moi.
Asclépios avait remis sa main sur mon ventre et accentua son cosmos dans mon corps. Elles mirent une bonne partie de la nuit à entrer toutes en moi, mes souffrances s'arrêtèrent quelques heures mais je restai quand même debout dans l'eau sans bouger.
Le matin arriva, les premiers rayons de soleil se levèrent et nous éclairèrent.
- Seigneur Asclépios, puis-je vous poser une question stupide ?
- Oh oui, tout ce que tu veux ma belle ! Je pense qu'au point où on en est, on peut parler de tout, me répondit-il dans un sourire.
- Je crois en vous les Dieux et je vois vos pouvoirs et vos miracles...
- Et tu es en train d'en accomplir un toi aussi en ce moment, me susurra-t-il.
- Ah... oui, merci.
- Pardon, je t'ai coupée, continue.
- Les humains pensent que votre tante et votre père chevauchent un traîneau transportant la lune et le soleil. Alors je voulais savoir si c'était vrai. Je sais, c'est stupide mais en voyant la lune se coucher et le soleil se lever je pensais à Dame Artémis et au Seigneur Apollon.
- Haha ! Non, ce n'est pas si stupide que ça comme question, mais veux-tu vraiment connaître la réponse ? s'amusa le Dieu Médecin.
- Non, en fait je préfère que le mystère reste entier... Et puis je doute que ce soit vrai, sinon ils ne pourraient pas faire tout ce qu'ils font, même si ce sont des Dieux. Alors pour l'instant, je me contenterai de les louer et de les remercier jour et nuit, sans connaître la vérité.
- Tu n'as pas tort.
- Au fait Asclépios, tu as pu parler à ton père ? demanda le seigneur Héphaïstos.
- Non, mais tante Artémis m'a dit qu'elle le ferait.
- Vous vous êtes disputé mon Seigneur ? questionnais-je.
- Oui, on a beaucoup de divergences d'opinions avec mon père, mais rien de très grave ne t'inquiète pas.
Après cette discussion, nous retombâmes dans le silence quand tout à coup j'eus des contractions. Cela dura quelques heures puis j'accouchai d'une première armure, celle du Verseau, celle pour laquelle mon très cher ami Kanus était parti se battre. Nous nous attendions à ce qu'elle s'élève et aille rejoindre sa « Pandora Box » pour grandir. Mais elle grandit devant moi, me contourna et alla se coller dans mon dos, posant ses impressionnantes mains de métal doré sur mon énorme ventre à côté de celles de mon médecin personnel, puis je sentis son cosmos venir me réchauffer.
Alors que je reprenais enfin mon souffle, de nouvelles contractions revinrent. Quelques heures plus tard une seconde armure vint au monde et grandit devant moi, m'enlaça puis s'éleva pour s'installer dans sa Pandora, prenant la forme d'un totem.
Cela dura une semaine, période durant laquelle je fus soutenue par les deux Dieux et l'armure du Verseau – comme si elle voulait remplacer le futur Chevalier qui allait en être le maître, sûrement Kanus, du moins je l'espérais.
Je mis d'abord au monde les armures d'Or, ensuite celles d'Argent et pour finir celles de Bronze. Quand ce fut fini, je m'évanouis dans les bras de l'armure du Verseau.
Je me réveillai trois jours plus tard dans mon lit, avec à mes côtés la Déesse Athéna qui me félicita et me remercia pour mon dévouement et ma ténacité, avant de rejoindre l'Olympe.
Je repris ensuite mon travail pendant les deux années qui suivirent jusqu'au retour de tous les Chevaliers.
Les hivers pouvaient parfois être très froids par chez nous, mais cette année-là, le jour de mon quinzième anniversaire fut l'un des plus froids que nous eûmes à affronter. Malgré tout nous pouvions sortir car il faisait un grand soleil qui réchauffait un peu l'atmosphère, comme si Athéna avait demandé à son demi-frère Apollon de briller plus fort et d'inonder son sanctuaire pour cette journée exceptionnelle.
Effectivement, aujourd'hui était spécial mais pas à cause de mon anniversaire ou de celui du Chevalier Kanus du Verseau qui était l'un des derniers à être rentré depuis quelques mois, même si on avait choisi cette date pour pouvoir tout fêter ensemble.
Ce jour-là était celui où nous allions célébrer la fin des travaux concernant les treize Maisons Zodiacales, ainsi que la création de l'armée d'Athéna avec la remise des armures aux Chevaliers.
Cette journée fut mémorable, elle a été la concrétisation des rêves de plusieurs personnes venant de différents horizons et qui ont créé des liens pour devenir une famille. Je me dois de te la raconter.
Je me levai tranquillement vers huit heures, me glissai dans la salle de bain et me préparai je ne ressortis qu'après m'être habillée rapidement avec des affaires simples en attendant la célébration qui commencerait vers dix heures.
J'allai déjeuner avec les prêtresses puis me dirigeai vers mon bureau pour y régler quelques affaires.
Quand dix heures arriva je me levai et rejoignis les prêtresses dans les thermes. Ils avaient été aménagés pour l'occasion, des paravents avaient été rajoutés pour faire un espace habillage. Les jeunes femmes avaient également re-décoré l'espace pour l'occasion avec des bougies odorantes et des fleurs récoltées sous nos serres, ce qui nous permettait d'en avoir toute l'année même en hiver.
Je me délestai de mes habits en les faisant tomber à terre, puis pénétrai dans l'eau et m'y laissai couler. Le bassin était immense et plus on avançait dedans plus il était profond ; j'y fis quelques brasses pour me maintenir à la surface. Nous nous y baignâmes une bonne demi-heure toutes ensemble.
Je me dois de préciser qu'au sein du sanctuaire, nous n'étions pas moins de quatre-vingt-cinq femmes au total, de tout âge, ce qui n'était pas rien.
Ensuite, elles sortirent les premières pour aller s'habiller et se coiffer pour la cérémonie.
Pour ma part, je continuai encore un moment à me prélasser dans l'eau tout en les regardant faire. Certaines se mirent à chanter des cantiques dédiés à notre divinité. Elles se coiffaient mutuellement, s'habillaient ou encore se paraient de bijoux en tout genre. D'habitude je n'aimais pas ce genre de préparation mais là cela me calmait j'écoutais les chants des unes, les conversations des autres, je regardais le ballet de leurs mouvements.
Pendant ce temps, je me remémorais le discours que j'allais faire dans peu de temps.
Quand elles eurent fini, je sortis de l'eau à mon tour, après une heure de bain. Deux d'entre elles vinrent alors m'entourer de serviettes et m'essuyèrent, puis je me dirigeai vers les paravents pour être dans un endroit sec.
Quelques autres de mes consœurs vinrent avec moi et m'aidèrent à me vêtir, d'autres me coiffèrent et ornèrent mes cheveux d'un diadème. Les dernières qui m'aidèrent m'affublèrent de bijoux. Pour finir j'allai m'admirer dans le miroir qu'elles avaient fait installer dans la salle d'eau.
Ma coiffure était composée de trois tresses de chaque côté de ma tête se rejoignant à l'arrière en un chignon avec six tresses pendant sous ce dernier. Elle était surmontée d'un diadème en diamant que le Dieu Héphaïstos avait façonné spécialement pour moi, en ce jour bien particulier tout comme les boucles d'oreilles et le collier, en diamant également, qui ornait mon cou.
Le collier, quant à lui, se terminait par une énorme émeraude.
Mon maquillage était discret mais mettait bien en valeur mes yeux.
Ma robe était simple et blanche, maintenue à ma taille par une ceinture en forme de losange sur le ventre et d'une bande d'une dizaine de centimètres, toute faite d'or.
Malgré l'hiver, j'avais opté pour qu'elle soit à bretelles avec un décolleté en V plongeant. La ceinture m'affinait et resserrait la robe au-dessus de mes hanches. Au-dessous, la robe tombait droite sur le devant jusqu'à mes pieds et elle partait en traîne vers l'arrière.
Mes chaussures étaient à peine visibles, je portais des sandales à lacets qui remontaient jusqu'aux mollets. Héphaïstos m'avait aussi fait des bracelets pour les bras, en or ornés de diamants. Sous le soleil je brillerais de mille feux et l'on me verra de loin, pensai-je. Puis je vis à côté du miroir le dernier cadeau de « mon ami forgeron ». C'était le souhait d'Héphaïstos, peu après mes accouchements il était passé me voir pour prendre de mes nouvelles et lors de notre discussion il m'avait dit :
- Après ce qu'on a vécu ensemble on peut être amis.
Je dois dire que sur le coup je me voyais mal lui dire « non » surtout que je l'appréciais. Alors depuis je le considérais comme tel.
Un bruit derrière moi me sortit de mes pensées et je reportai mon attention sur l'objet devant moi. Je le pris en main et l'examinai : c'était un sceptre en argent constitué d'une longue tige surmontée d'un trident en demi-cercle dont la pique centrale représentait un aigle déployant ses ailes en cercle. Je le trouvais magnifique.
Quand j'eus fini d'examiner le résultat, nous partîmes toutes pour la cérémonie. Au début, j'avais pensé la faire dans l'arène pour pouvoir rassembler tout le monde dans les gradins mais je voulais une autre ambiance pour cet événement.
Mon autre choix se porta sur le haut du treizième temple où se situait la statue de notre divinité ; j'avais aussi pensé à l'intérieur de ce même temple avec l'autel, mais à la fin j'avais opté pour l'un des jardins du domaine où tous ses habitants pourraient venir.
L'endroit était une allée de colonnes avec un toit en barre finissant par une rotonde sans toit où le soleil pénétrait allègrement. Au-dessus se trouvait une glycine qui montait du bas des colonnes vers son toit. J'avais fait installer des chaises, par paires, de part et d'autre d'une allée centrale pour se déplacer.
Quand nous arrivâmes, tout le monde était déjà assis sur les chaises, Chevaliers, bâtisseurs et leur famille, tous installés dans un village qu'ils avaient construit eux-mêmes, proche du sanctuaire.
Ils avaient laissé des sièges devant pour mes « sœurs ».
Elles s'installèrent et je m'avançai derrière elles puis j'allai me mettre au centre de la rotonde. Le soleil m'illumina et effectivement je brillais de mille feux. Tout le monde eut le souffle coupé, et tu aurais vu leur visage : c'était hilarant ; mais je suis restée de marbre.
Je pris alors la parole :
- Merci à tous d'être venus ici en ce jour. J'ai le plaisir de recevoir tous les Chevaliers qui sont rentrés sains et saufs de leurs entraînements. J'ai une pensée pour ceux qui ne sont pas revenus et je crois ne pas être la seule. Athéna elle-même m'a demandé d'ériger un mausolée en leur nom, ouvert à tous vous pourrez donc vous y recueillir pour l'âme de vos amis quand bon vous semblera. Mais aujourd'hui, je vous ai réunis afin de remettre les armures à chacun des Chevaliers à qui elles sont destinées. Aussi, quand j'appellerai votre nom, vous viendrez me rejoindre à tour de rôle. Je commencerai par la garde rapprochée de notre divinité, les Chevaliers d'Or, puis ceux d'Argent et pour finir par les Bronzes. À la première maison, nous trouverons Rafaélos du Bélier.
Le susnommé se leva, vint se placer devant moi et je lui donnai sa Pandora Box. Il posa sa main dessus et la boîte s'ouvrit laissant apparaître l'armure du Bélier sous sa forme totem qui rayonnait de cosmos – le mien ainsi que celui d'Athéna, d'Héphaïstos et d'Asclépios – tout à coup, elle se sépara pour aller revêtir le Chevalier Rafaélos. C'est ainsi que la cérémonie débuta sous le regard émerveillé des convives.
Quand le Bélier reprit sa place, j'appelai les autres – Kléanthis du Taureau, les jumeaux Makis et Lakis des Gémeaux, Markinos du Cancer, Agathoklés du Lion, Elien de la Vierge, Laërte de la Balance, Nikos du Scorpion, Ianouarios du Sagittaire, Gabriel du Capricorne, Kanus du Verseau et Angelos du Poisson – et tout se passa de la même façon.
Le défilé continua avec les Chevaliers d'Argent et se termina avec les Chevaliers de Bronze.
À la fin je repris mon discours :
- Je conclurai cette cérémonie en vous remerciant du fond du cœur, vous tous Chevaliers, Prêtresses et toutes les personnes ici présentes qui nous ont aidés, merci sincèrement d'avoir répondu à l'appel de notre Déesse. Mais avant toute chose, ne pensez pas que mes futures paroles soient blasphématoires, car j'aime notre Déesse mais j'aime aussi les êtres vivants. C'est pour cela que je vous ai regroupés en ce lieu aujourd'hui. Et tout en me penchant pour saluer mes confrères, je rajoutai : Je vous demande votre aide afin de protéger toute vie sur cette planète de la future agression de chaque Dieu qui voudrait la faire sienne, sans se soucier des êtres la peuplant. Puis, me redressant tout en plongeant mon regard dans celui des tout nouveaux chevaliers, je poursuivis : Pour moi, vous êtes plus que les Chevaliers d'Athéna, vous êtes les protecteurs de la vie et de l'espoir. Quand j'ai demandé au Seigneur Héphaïstos pourquoi il avait appelé les réceptacles de vos armures des « Pandora Box », il m'a répondu ceci : « Quand la sœur d'Hadès, la princesse Pandore, a ouvert la boîte qu'on lui avait confiée, elle a pris peur et l'a refermé d'instinct, y enfermant l'espoir. Puis quand l'espoir lui a parlé, elle a fait le choix de lui faire confiance et a rouvert l'objet. L'espoir s'est alors enfui pour s'ancrer dans le cœur de chaque être vivant. » Il trouva donc tout naturel d'appeler le refuge de vos armures comme cette boîte. Il vous a appelé les « Chevaliers de l'Espoir ». Sachez donc que pour moi aussi, vous êtes des Chevaliers de l'Espoir. Levant mon sceptre au-dessus de ma tête, je m'écriai : Chevaliers ! Levez-vous et faites brûler votre cosmos. Promettez avec moi devant tous les Dieux de l'Olympe que, quoi qu'il arrive, nous ne faiblirons jamais. Nous nous battrons au-delà de nos limites. Nous protégerons chaque vie sur cette planète. Promettez également que, même si notre Déesse vous a accordé l'immortalité tant que vous revêtirez les armures, même sans elles vous vous battrez jusqu'à la mort. Moi, Eirene Polemos, je promets devant l'Olympe de toujours servir la vie et l'Humanité et de me battre à vos côtés pour préserver la paix.
Je fis alors jaillir mon cosmos à travers mon sceptre ce qui illumina davantage l'endroit où nous étions réunis. Je sentis à ce moment-là le cosmos de chaque chevaliers s'associer au mien, et former ensemble un champs de protection tout autour du sanctuaire.
Un cosmos bien plus puissant se mêla alors aux nôtres pour renforcer ce champ, ce fut celui d'Athéna !
Une voix à l'unisson s'éleva alors de la foule réunie devant moi, reprenant et scandant les mots suivants :
- Je promets devant l'Olympe de toujours servir la vie et l'Humanité et de me battre pour préserver la paix.
J'en fus si émue que je laissai les larmes couler le long de mes joues, sans retenue ni honte d'être vue. Ensuite, la cérémonie se poursuivit dans le treizième temple, où tout avait été installé pour pouvoir se restaurer de manière confortable et continuer à discuter comme nous le faisions déjà.
Vers la fin de l'après-midi, je m'éclipsai accompagnée de mon très cher Kanus. Nous nous rendîmes à la rotonde près du lac en dehors du sanctuaire pour y retrouver mon protecteur de toujours.
Je lui avais promis de venir le voir pour tout lui raconter de plus, il voulait non seulement me voir dans mes atours de Grand Pope, mais évidemment me souhaiter aussi mon anniversaire.
À notre arrivée, j'embrassai tendrement mon protecteur dans mes bras. Il attrapa délicatement ma main et me fit tourner au soleil pour mieux admirer la toilette que je portais.
Quand j'ouvris le petit paquet qu'il me tendit, je me dis qu'il avait vu juste, de magnifiques boucles d'oreilles en forme de colombe, signe de la paix ! C'était tout trouvé pour compléter ma tenue !
Quant à Kanus, il reçut de notre ami un cadeau fort à propos qui me permit de le voir se battre dans une joute amicale avec un Dieu. Le fait de le voir lui tenir tête me conforta dans mon choix du Chevalier du Verseau. Rapidement, cette joute amicale prit des allures de vrai combat, sans heurts fort heureusement.
Nous rentrâmes en début de soirée pour se mettre plus à l'aise et rejoindre les autres pour le souper. Là, nous attendait toute une foule qui avait organisé une fête magnifique pour notre anniversaire.
Après avoir bien mangé, dansé et rigolé, chacun repartit chez soi pour bien se reposer, car à partir de maintenant, les choses allaient devenir plus sérieuses...
Ces dix dernières années nous nous sommes battus contre divers Dieux. Nous avons toujours vaincu. Même si parfois nous avons douté de la survie de certains, comme lors de mon dix-huitième anniversaire.
Cette fois-là, nous avons failli perdre deux de nos chevaliers d'Or, Angelos des Poissons et Nikos du Scorpion.
Je me dois de t'en parler car je ne sais toujours pas qui nous a attaqués, même si cela remonte déjà à sept ans. Toutefois, sache que cela a encore une incidence sur nos vies et tu devras me remplacer pour les aider.
Tu devras aussi demander au futur chevalier du Verseau de t'aider dans cette tâche et tu vas comprendre pourquoi.
Comme je te l'écrivais, le jour de mon dix-huitième anniversaire nous fûmes attaqués ou plus précisément je fus attaquée.
Tout le monde s'était concerté pour nous organiser – à Kanus et moi-même – une grande fête d'anniversaire. Pour l'occasion, le treizième temple avait été décoré d'une multitude de fleurs et de banderoles de diverses couleurs et formes.
Pour cet événement unique, les prêtresses avaient œuvré à nous confectionner des tenues spécifiques : une tunique neuve pour Kanus et une magnifique robe pour moi.
J'avais hâte de nous y voir dedans.
Dans l'après-midi, une couronne de roses fut livrée avec une banderole sur laquelle était écrit « Joyeux Anniversaire Dame Eirene Polemos ». Je la trouvais tellement belle que je voulus la sentir.
Je fus arrêtée par la main d'un homme ; je levai la tête et vis Angelos, le chevalier des Poissons.
Cet homme faisait une bonne tête de plus que moi. Il était vraiment magnifique bien que pas autant que Kanus à mes yeux, mais son charme ne me laissait pas indifférente, tout comme les autres prêtresses.
Parfois, quand j'écoutais mes consœurs parler de lui, je me disais qu'heureusement qu'elles avaient fait vœux de chasteté – tout comme moi d'ailleurs – car sinon elles lui auraient déjà sauté dessus.
Je repris mes esprits quand il me parla :
- Ce bouquet n'est pas sur ma liste.
- Que veux-tu dire chevalier... ? Questionnai-je.
- Angelos, Dame Eirene.
- Seulement Eirene, souriai-je chaleureusement.
- Je ne peux… vous êtes le Grand Pope, balbutia-t-il.
- Je comprends… mais reprenons. Que voulais-tu dire par « Il n'est pas sur ma liste » ?
- Eh bien, on m'a confié la liste des fleurs qui doivent arriver aujourd'hui et ce bouquet n'est pas répertorié dans la commande officielle.
- Je vois, allons voir ça de plus près.
- Attendez ! fit une autre voix derrière nous.
- Nikos ? interpella Angelos.
- Oui… je venais t'aider… je ne savais pas quoi faire et Kanus en avait marre de m'entendre parler, il voulait lire tranquillement... Alors Ange', on va le voir ce bouquet ? Vous Dame Eirene vous restez derrière.
- Mais… commençai-je.
- Non… il vaut mieux faire attention ma Dame, dit-il avec révérence.
- Nikos, ne m'appelle plus jamais Ange', siffla Angelos furieux, mais je te félicite pour ton langage envers notre Grand Pope.
- Je la respecte… heu… non attends… je te respecte aussi mais on est frère d'arme et notre Dame est la voix de notre Divinité. Je sais faire la différence.
K- anus lui a surtout dit que s'il était impertinent avec moi il ne lui adresserait plus jamais la parole et ne le regarderait plus jamais, il l'ignorerait éternellement, précisai-je en souriant.
- Je vois, fit Angelos tout en regardant Nikos rougir.
Puis, pour la première fois depuis longtemps, j'entendis Angelos rire aux éclats quand il fut interrompu par le cri d'une femme venant de l'extérieur. C'est alors qu'une autre arriva en hurlant :
- L'homme qui vient de déposer ce bouquet vient de tomber mort, cria-t-elle en désignant du doigt le bouquet dont on parlait.
Tout le monde se tourna vers le bouquet et recula sauf deux personnes : les deux chevaliers d'Or qui m'accompagnaient.
Ils se précipitèrent dessus, l'attrapèrent ensemble comme un seul homme et partirent en courant par une porte dérobée. J'étais stupéfaite par ce qui venait de se passer alors je hurlai des ordres tout en suivant mes chevaliers.
- Appelez des médecins et faites sécuriser l'infirmerie. Appelez aussi Kanus du Verseau et qu'il me rejoigne sur la plage est du sanctuaire.
Je courrai le plus vite possible pour rattraper les protecteurs de notre Déesse. Comme je le pensais, ils se dirigeaient vers la plage est pour ensevelir le bouquet sous l'eau. Cette plage est le plus souvent désertée par les vivants. Au bout de quelques minutes je les ai aperçus plus bas dans l'eau avec les fleurs. Je descendis le plus rapidement possible auprès d'eux et je fus rejointe rapidement par Kanus.
- Que se passe-t-il ? me demanda-t-il.
- Un bouquet empoisonné ! et ces deux imbéciles – qu'ils me font dire – l'ont pris à mains nues pour le noyer et tous nous sauver sans vraiment réfléchir à ce qu'ils faisaient.
- Ok, mais que faisons-nous ? demanda-t-il.
- Il faut les ramener à l'infirmerie avant qu'eux aussi ne meurent.
- Comment ? insista-t-il.
Sur le moment je ne savais pas quoi faire, puis je vis les deux chevaliers sortir de l'eau. En arrivant sur la plage, ils titubèrent en avançant vers nous puis s'écroulèrent à quelques pas de nous.
J'allais me jeter sur eux quand Kanus me stoppa net :
- Tu ne peux pas y aller, m'ordonna-t-il.
- Attends !... J'ai une idée. Place-toi à un mètre de distance de Nikos. Moi je fais pareil avec Angelos. On va lancer notre cosmos vers eux et geler l'eau qui les recouvre, cela nous fera une protection contre le poison. De plus, si on gèle légèrement leur corps, on diminuera l'effet du poison. On pourra donc avoir plus de temps pour les soigner.
- D'accord, commençons ! me répondit-il.
Notre cosmos enveloppa les deux chevaliers et progressivement, leurs corps se retrouvèrent ceints dans une fine coquille de glace. Nous finalisions le processus quand d'autres chevaliers d'Or nous rejoignirent : Ianouarios – du Sagittaire – seconda Kanus pour transporter Nikos à l'infirmerie, pendant que les jumeaux Makis et Lakis s'occupaient d'Angelos.
Pour ma part, je restais pensive quelques secondes avant de suivre le groupe et d'évaluer toutes les options qui s'offraient à nous, et j'avais bien peur qu'aucune ne me plût.
À l'infirmerie, après avoir partiellement dégelé les deux hommes pour laisser les médecins les ausculter, nous attendîmes les résultats.
Avec les quatre porteurs, j'étais sortie rejoindre les six autres chevaliers d'Or.
- Alors ? fit Agathoklés du Lion.
- On attend les résultats, répondit Kanus.
- Et pour le livreur ? demandai-je.
- Personne ne le connaît dans le sanctuaire, ni parmi le village des bâtisseurs, répondit Laërte de la Balance.
- Je me suis permis d'envoyer les chevaliers d'Argent et de Bronze faire le tour du domaine pour vérifier s'il n'y avait pas d'autres intrus ou de possibles menaces. De plus, j'ai sollicité douze des meilleurs chevaliers d'Argent – chacun accompagné de deux chevaliers de Bronze – pour surveiller nos maisons, ajouta Elien de la Vierge.
- Très bonne initiative, répondis-je.
- Je ne l'ai pas vu passer, j'en suis navré, s'affligea Rafaélos du Bélier.
- Ce n'est pas ta faute, le rassurai-je. Je l'ai vu poser le bouquet et je ne me suis doutée de rien. Seul le chevalier Angelos s'est aperçu de quelque chose. Il m'a fait savoir que les fleurs n'étaient pas répertoriées sur la liste des fournitures à entrer dans le temple. Le chevalier Nikos et lui-même allaient l'inspecter quand une femme nous a hurlé que le livreur de ce bouquet venait de mourir. Alors ils l'ont attrapé pour le jeter à la mer, et maintenant on est ici à attendre. De plus cet homme a traversé toutes les maisons mais personne ne s'est méfié alors ne te reproche rien, d'accord ?
- Oui, merci Grand Pope, me répondit le chevalier de la première maison.
- Je ne fais de reproche à personne. Ces temps-ci chacun d'entre nous a énormément donné à notre cause. Entre les missions et les entraînements, on est tous fatigués. Alors pour une fois qu'on pouvait penser à des choses agréables et prendre un peu de repos, on a relâché notre vigilance. Cela nous apprendra qu'il ne faudra plus jamais le faire. Pardon, je vous en demande beaucoup mais vos vies me sont précieuses alors à partir de maintenant je vais devenir plus sérieuse, leur affirmai-je.
- Nous aussi, soupirèrent-ils d'une seule voix.
Puis nous attendîmes pendant encore quelques heures avant que certains chevaliers d'Argent et de Bronze ne vinssent nous donner des nouvelles.
Le sanctuaire était sous bonne garde. Si l'homme était accompagné, alors ses acolytes avaient pu partir avant que l'on ne fouille partout. Ce qui me soulagea, c'est que l'on n'avait rien trouvé de suspect.
C'est à ce moment-là de ma réflexion que l'un des médecins arriva pour nous informer de l'état de santé de leurs patients.
Il nous expliqua qu'ils ne savaient pas quoi faire, et qu'après avoir fait des tests sur les chevaliers et le cadavre qu'on leur avait amené, ils n'avaient rien trouvé de concluant.
Ils ne connaissaient pas le poison utilisé et les effets étaient trop rapides pour pouvoir les stopper. Si nos deux confrères n'étaient pas protégés par notre glace alors ils seraient déjà morts.
Je décidai de retourner avec Kanus dans la chambre et de remettre les deux malades en état de stase en les gelant un peu plus afin de ralentir les symptômes et me laisser le temps de trouver un moyen de les sauver.
Je partis ensuite vers la grande salle du treizième temple et en interdis son accès. Je me jetai alors sur l'autel et priai notre déesse, qui me rejoignit rapidement.
- Que se passe-t-il ma chère amie ? me questionna-t-elle.
Je lui racontai tout puis elle me répondit :
- Je ne peux t'aider.
- Mais peut-être que vous connaissez quelqu'un qui le pourrait ?
- Peut-être...
- Oui, ma déesse ?
- Asclépios, le Dieu de la Médecine, tu l'as déjà rencontré je crois ?
- Oui, il m'a aidé par le passé. Pouvez-vous le contacter pour moi s'il vous plaît ?
- Je vais essayer mais je ne te promets rien.
- Merci de tout cœur.
Athéna disparue, je repartis à l'infirmerie.
Le Seigneur des médecins vint le lendemain matin.
Kanus et moi-même avions veillé nos deux camarades toute la nuit.
- Bonjour Eirene, Athéna m'a dit que tu avais besoin de moi.
Je lui expliquai tout ce qui s'était passé depuis la veille.
- Je vous félicite tous les deux, vous avez fait du bon travail. Je vais regarder les résultats de vos médecins et faire mes propres tests. Pourriez-vous encore m'aider un peu ?
- Bien sûr, répondit Kanus. Heu… je…
- Oui, vas-y n'aie pas peur je ne te mangerai pas.
- Merci pour tout.
- Je n'ai encore rien fait.
- Non, pour Eirene... elle m'a tout raconté. Merci d'avoir pris soin d'elle.
- C'est normal, je suis médecin et puis j'apprécie énormément votre compagne.
- Comp… compagne, pas du tout mon Seigneur, on est amis d'enfance mais rien d'autre et puis c'est ma supérieure.
- Oh… pardon, c'est dommage vous feriez un beau couple.
Nous ne répondîmes rien et nous rougîmes, ce qui fit rire notre invité, puis il partit travailler pendant que nous maintenions nos collègues en vie.
C'est en début d'après-midi que les résultats arrivèrent. Les mêmes : le Dieu ne comprenait pas. Il n'avait jamais vu ce poison. Il avait essayé différents remèdes mais aucun n'avait réellement fonctionné.
Malgré tout, l'état de santé de Nikos s'était un peu amélioré, nous avions pu le dégeler un peu afin qu'il puisse reprendre ses esprits.
Pour Angelos, il nous faudrait attendre encore un peu.
J'avais passé le reste de la journée à discuter des options qui nous restaient pour les sauver. Asclépios les trouvait très résistants et pensait que peut-être le fait qu'ils portaient leur armure d'Or les aidait, vu qu'elles devaient leur procurer l'immortalité tant qu'ils la revêtaient.
Alors nous prîmes la décision de continuer de les leur faire porter. Nous avions déjà pensé à cela et le Dieu nous avait donné raison. Puis il me dit qu'il allait faire venir ici tous les livres de médecine qui avaient pu être écrits et faire venir toute personne susceptible de connaître les poisons.
C'est ainsi qu'un long mois commença, nous potassions une quantité de livres et fîmes venir de toute la Grèce d'innombrables médecins ou guérisseurs qui nous firent part de leurs connaissances que nous retranscrivions ; pour cela j'avais fait ouvrir l'immense bibliothèque du treizième temple ainsi que l'infirmerie. Tous les médecins du sanctuaire, le Seigneur Asclépios et certains de ses disciples nous aidèrent. Le Dieu, grâce à ses pouvoirs, pouvait faire venir par téléportation toutes les personnes que nous devions interroger.
À la fin du mois, nous avions les plus grandes archives médicales. Nous avions promis à chaque personne qui nous avait aidés qu'elle pourrait les compulser quand elle le désirerait.
Les livres regorgeaient de remèdes en tout genre. Et même si on s'était concentré sur les poisons, on en avait profité pour rédiger tous les traitements qu'on nous donnait. Plus tard, tout ce savoir allait être transféré dans la bibliothèque du sanctuaire du Seigneur Asclépios à Epidaure, qui était en ce moment-même en construction.
Malheureusement toutes nos recherches restèrent infructueuses. Tout comme celles que j'avais faites faire par une délégation de chevaliers. J'avais envoyé trois groupes de chevaliers effectuer des recherches sur notre défunt agresseur. Chaque groupe était composé d'un chevalier d'Or accompagné de deux d'Argent et de trois Bronze. Les rapports à la fin du mois me firent comprendre que les recherches avait été stériles. J'avais alors convoqué les trois chevaliers d'or :
- Bonjour à vous trois. Tout d'abord pour qu'il n'y ait pas de malentendu, je ne vous ai pas convoqués pour vous blâmer, mais pour vous remercier de vos recherches ; je sais que vous et vos subordonnés avez donné tout ce que vous pouviez pour trouver des réponses. Je vous ai aussi réunis pour vous donner des nouvelles de vos confrères.
- Alors ils vont mieux ? s'impatienta Markinos du cancer.
- Markinos ! sifflèrent les deux autres.
- Pardon, rougit le dit Markinos.
- Non ce n'est rien, tu as raison j'aurais dû commencer par là. Mais… je suis au regret de vous dire que même s'ils sont vivants nous ne savons pas comment les soigner. Pour nous aussi c'est un échec. Mais je ne renonce pas, je trouverai un remède dussè-je y passer ma vie.
- Dame Eirene, si le Dieu de la Médecine n'a rien trouvé, comment continuer ? demanda Kléanthis du Taureau.
- Car je ne suis pas infaillible, répondit le Dieu. Je me suis rendu compte ce mois-ci que même si j'en savais beaucoup, je ne savais pas tout. Il y a tant de maladies, de poisons et en même temps de remèdes avec tellement de plantes différentes... Il ne faut pas perdre espoir, chevaliers, nous allons trouver.
- Nous ? questionna Gabriel du Capricorne
- Oui ! moi non plus je ne renonce pas comme Eirene. Je ne suis pas homme à baisser les bras tout comme votre Grand Pope n'est pas femme à s'arrêter devant un obstacle. Elle m'a déjà prouvé sa force d'esprit et je suis avec elle.
- Merci Seigneur…
- Asclépios, seulement Asclépios, me sourit-il, on est amis n'est-ce pas ? Tu ne peux pas dire « non » alors que tu as dit « oui » à Héphaïstos.
- Merci Asclépios mon ami, souriai-je.
Les trois chevaliers nous regardèrent en souriant puis se retirèrent en nous remerciant. Alors le Dieu et moi-même repartîmes pour l'infirmerie.
Quelques jours plus tard, Asclépios quitta le sanctuaire en promettant de revenir le plus vite possible avec de meilleures nouvelles, du moins l'espérait-il.
Avant de nous quitter nous avions mis au point quelques détails pour aider les deux hommes. Nikos s'étant réveillé, on avait constaté que le poison s'était concentré autour de son cœur. Quand il venait à s'emballer Kanus refroidissait celui-ci et le stabilisait il ne devait donc pas rester trop loin de lui pour l'instant.
Quant à Nikos, en se concentrant bien il arrivait à faire couler le poison dans certaines veines et à expulser sa douleur et le poison par l'un de ses doigts.
C'est ainsi que naquirent ses nouvelles techniques : la Scarlet Needle et l'Antarès.
Nikos eut le droit de quitter l'infirmerie dès qu'il se sentit mieux.
Pour Angelos ce fut différent : le poison était partout en lui mais grâce à mon cosmos on le stabilisait. Il mit plus de temps à se réveiller et encore plus à sortir de l'infirmerie, mais je veillais.
Quand il retourna chez lui, un accident nous permit de comprendre comment gérer son mal. En effet, un jour une prêtresse qui m'accompagnait pour donner des soins au Poissons apporta avec elle un bouquet de roses.
Le chevalier avait pris l'une d'elle à pleine main et s'était entaillé le doigt avec. Avant que je panse celui-ci, il avait reposé la fleur dans le vase. C'est ainsi qu'une goutte de son sang s'était mélangée à l'eau et chaque fleur s'était nourri d'elle.
Le lendemain matin quand une autre prêtresse vint changer le bouquet, elle voulut le sentir et mourut empoisonnée sur le coup.
Le chevalier ne s'en remit pas tout de suite tellement il culpabilisait, car nous avions vite compris que le sang du chevalier était devenu un poison mortel et qu'il pouvait l'insuffler aux roses pour en faire une arme.
Nous décidâmes donc de nous servir de cela pour endiguer la propagation du poison dans ses veines et, comme pour Nikos, de nous en servir comme d'une arme.
Pour éviter que ce genre d'accident ne se répétât, nous mîmes aussi en place certaines règles : plus personne ne pouvait toucher le chevalier à mains nues, son corps devait être recouvert en entier de tissus – en public – et seul Kanus, Nikos et moi-même pouvions pénétrer dans sa demeure et une dernière décision fut prise, celle que Kanus et moi-même aiderions nos deux chevaliers malades à parfaire leurs techniques de combat tout en les soignant, nos cosmos et notre aptitude au froid nous protégeant.
Tu sais tout.
Il se peut, après ce qui se passera dans les prochaines heures, qu'avec Kanus, nous ne puissions pas revenir au sanctuaire.
Je te demande donc s'il te plaît de bien prendre soin d'eux et de ne pas les laisser mourir.
Les années passèrent et les Dieux envoyèrent divers chevaliers appartenant à différents ordres. Nous avons dû faire face à des marinas de Poséidon, à des Spectres d'Hadès, à des anges d'Artémis ou encore d'Apollon. Sans compter divers autres jamais en trop grande quantité mais assez pour que les missions de mes chevaliers soient de plus en plus rapprochées et dangereuses.
Tout en protégeant la planète, les chevaliers vivaient leurs vies. Dans le sanctuaire, certains se rapprochaient de plus en plus.
Comme Markino du Cancer et Angelos des Poissons. Effectivement, le quatrième gardien du sanctuaire passait de plus en plus de temps chez le douzième gardien à l'inverse, Les jumeaux Makis et Lakis du troisième temple se disputaient souvent, aussi Lakis emménagea-t-il peu à peu dans le temple au-dessus. Ainsi tous les temples restaient habités.
Concernant les chevaliers du Cancer et des Poissons, même si tout le monde savait pour les deux hommes, personne n'en parlait ouvertement. De plus, quand Angelos sortait de sa demeure, il ne s'affichait pas avec son amant.
J'étais sûrement celle qui les voyait le plus ensemble, étant devenue avec le temps le « docteur » personnel du Poissons. Mais même devant moi, ils n'étaient pas très démonstratifs. C'était plutôt des non-dits, des gestes plus ou moins cachés.
Cela m'amusait.
D'autres couples se formaient et cela me réjouissait. Seules les prêtresses et moi-même, en ma qualité de Grand Pope, avions fait vœux de chasteté, aussi j'étais heureuse que certaines personnes trouvent leur moitié.
Je dois reconnaître que depuis la naissance du fils d'Andromède, le sanctuaire été plus vivant. Le jeune Kiros l''avait adopté de suite et se comportait avec lui comme un grand frère. Ensuite, le sanctuaire vit l'arrivée d'autres enfants comme ma fille et celle de Kanus.
Je sais, je viens de dire que j'ai fait vœux de chasteté. Mais il s'agit de notre fille adoptive et elle nous donne énormément de bonheur. Il faut que je t'explique comment elle est entrée dans notre vie.
J'avais alors dix-neuf ans. Je désirais trouver un nouveau remède pour mes chevaliers alors j'avais demandé l'aide de Kanus pour une mission. Après avoir donné la gérance du sanctuaire à Elien de la Vierge et Ianouarios du Sagittaire, mon ami et moi partîmes à la rencontre d'un médecin d'une ville lointaine.
En cours de route, nous fûmes rejoints par mon sauveur. Celui-ci nous fit savoir qu'une bataille avait eu lieu près de notre lieu de rendez-vous et malgré ses recommandations à ne pas y aller, nous y allâmes. On désirait voir s'il restait des survivants.
Quand nous arrivâmes, l'air embaumait la mort et la cendre de bois brulé. Tout le village avait été incendié et les habitants tués à coup d'épée. Un peu plus loin en allant vers la forêt qui longeait le patelin, nous trouvâmes une jeune femme d'une trentaine d'années, enceinte. La jeune femme avait été poignardée et laissée pour morte. Elle avait trouvé un arbre au pied duquel se reposer.
Je m'agenouillai devant elle après qu'elle nous eut hélé. Je l'auscultais comme me l'avait appris le médecin lors de l'accouchement d'Andromède, celle-ci ayant voulu que j'y assiste.
Depuis quelques années je me formais dès que je pouvais au métier de médecin et encore plus depuis l'incident de l'année précédente.
Mais pour en revenir à la jeune femme, le stress de l'attaque et la montée d'adrénaline due à la douleur de la blessure avaient déclenché l'accouchement.
Je me positionnai entre ses jambes et l'aidai à sortir l'enfant, une petite fille. Je la lui tendis, mais seulement quelques minutes à peine à la tenir tendrement, elle s'était endormie paisiblement pour ne plus se réveiller. Elle avait tout juste eu le temps de nous faire promettre de veiller sur sa fille et de nous en occuper comme si c'était la nôtre.
Ce que nous fîmes ces six dernières années.
Nous terminâmes notre mission avec la petite à nos côtés, mais ce fut un échec cuisant, comme tu l'auras bien compris, étant donné que nos amis sont toujours malades.
Forts de cela, nous décidâmes de rentrer tous les quatre au sanctuaire.
Mon protecteur nous félicita à nouveau pour notre fille et nous laissa peu avant la porte principale du sanctuaire.
Désormais, quand nous allons au lac avec elle, il joue souvent avec elle comme un grand-père le ferait avec sa petite-fille. C'est vrai qu'avec le temps nous sommes devenus comme une famille.
Depuis, nous élevons la fillette que nous avons prénommée Sara. Nous lui apprenons tout ce qu'on sait, on a même décidé d'en faire mon héritière en espérant qu'avec le temps elle aurait assez de cosmos pour servir d'hôte à Athéna.
Nous avions bon espoir car elle pouvait voir mon sauveur. Les années passaient et notre famille, comme le sanctuaire, évoluait. Kanus et moi changeâmes aussi, ou plutôt on prit peu à peu conscience de ce que les autres avaient déjà décelé chez nous. Nous étions amoureux l'un de l'autre.
C'est ainsi qu'il y a quelques mois, une idée germa dans mon esprit et dans celui de Kanus. C'était un soir, je revenais du douzième temple et allais retourner dans mes appartements quand je vis une lumière chez Kanus. Je décidai alors de me diriger vers chez lui. Il était dans son salon en train de lire un livre et tout naturellement j'allai me placer à ses côtés. Je penchai ma tête sur son épaule et me mis à lire avec lui. Au bout d'un long moment, il prit la parole.
- Eirene, Sara a besoin d'une famille.
- Je suis bien d'accord.
- Et si on se mariait ? me demanda-t-il.
- Kanus ? questionnai-je plus que surprise même si je désirais la même chose.
- Non écoute je sais… mais si on allait voir Athéna et qu'on lui racontait tout… on pourrait lui dire qu'on… s'aime. Puis, se levant afin de se mettre à genoux devant moi, il ajouta : Eirene Polèmos, veux-tu m'épouser et faire de Sara notre fille légitime en l'adoptant ?
- Kanus je…
Je ne savais plus quoi dire... Ou plutôt si, je voulais hurler « oui » et partir en courant voir Athéna afin d'avoir son accord.
- Je ne te demande pas d'avoir des relations avec moi, tu dois rester vierge et je veux bien le rester aussi. Mais je t'aime et Sara est déjà notre fille.
- Kanus... Je lui sautai au cou et dis : Oui je veux bien devenir ta femme, j'en serais plus qu'heureuse. Je t'aime aussi.
Le lendemain matin, nous allâmes au treizième temple et priâmes Athéna. Celle-ci arriva dans l'heure. Elle prit place dans mon corps, tout en me laissant accès à la parole.
- Eirène, Chevalier Kanus. Que me vaut votre appel ?
- Déesse… commença mon ami en se mettant à genoux. Je suis venu vous demander la main d'Eirène. Nous nous aimons et nous désirons nous marier et aussi adopter Sara. Je fais aussi vœux de chasteté, tout comme Eirène. Ce sera un mariage d'amour qui restera platonique. Nous voulons juste avoir le droit de nous tenir la main et avoir votre consentement.
- Eirène, c'est aussi ce que tu souhaites ? me demanda alors ma Déesse.
- Oui Majesté.
- Je vois… je comprends mais je dois vous le refuser.
- Mais… commença Kanus.
- On comprend… le coupai-je. Vous devez avoir vos raisons... Merci de nous avoir écoutés.
Athéna repartit peu après et nous restâmes tous les deux.
- Eirène, pourquoi... ?
- Elle a le droit de vie et de mort sur nous tous. Ce n'est pas parce qu'on la sert fidèlement depuis longtemps qu'elle nous épargnera. Souviens-toi de ce que dit mon sauveur. Les Dieux sont changeants. Alors laissons-lui le temps de se faire à l'idée. On verra si avec le temps elle acceptera notre requête.
- Je vois, très bien, allons travailler.
Nous repartîmes vaquer à nos occupations attendant patiemment une nouvelle occasion de parler à notre Déesse et de lui faire comprendre notre amour.
Les mois avaient passé et les chevaliers du sanctuaire avaient été bien occupés. De nombreuses missions les amenaient à quitter de plus en plus le domaine. Seul les apprentis et une poignée de chevaliers restaient dans l'enceinte sacrée d'Athéna.
Pendant ce temps, je m'occupais de l'administration et de l'éducation des enfants.
Le soir, je recevais les chevaliers qui rentraient faire leurs rapports après chaque mission.
Avec Kanus nous n'avions plus reparlé de notre mariage, laissant du temps à Athéna pour se faire à l'idée de notre amour.
Toutefois, un soir, alors qu'une des chevaliers me racontait son entrevue auprès de Poséidon, le sujet de mon mariage revint sur le devant de la scène.
Cette entrevue avait été sollicitée car ces derniers temps, le Dieu des Océans avait la fâcheuse tendance à envoyer beaucoup trop souvent ses Marinas combattre pour prendre toutes les terres de notre Déesse. Il convoitait en particulier la ville d'Athènes, et ce depuis longtemps, et tentait le tout pour le tout pour la récupérer.
Sa propension à vouloir gagner tout le temps – sachant qu'il déteste perdre –, et spécifiquement contre sa nièce, devenait de plus en plus compliquée à gérer pour mes chevaliers et le sanctuaire.
Difficile d'imaginer dans ces conditions que j'ai pu être conçue par deux êtres qui se haïssent autant.
Or donc, Andromède avait été mandatée pour aller dans son sanctuaire humain au Cap-Sounion. Elle me fit ainsi son rapport, m'expliquant en premier lieu que Poséidon l'avait conviée dans ses quartiers privés, dans le domaine sous-marin.
Elle me décrivit rapidement les lieux, m'expliquant de quelle façon sept piliers, protégés chacun par un général – équivalent de nos chevaliers d'Or –, portaient les mers et les océans de notre planète. Elle me parla aussi des paysages féeriques qu'offraient les profondeurs marines.
Enfin, elle finit par me rapporter le contenu de leur entretien :
- Poséidon m'a dit qu'il était d'accord pour faire la paix avec nous. Il n'enverra plus de Marinas. De plus, il m'a fait savoir qu'il avait appris le refus d'Athéna pour ton mariage avec Kanus. Il aimerait vous aider... Je la vis réfléchir avant de reprendre : Il m'a dit une chose bizarre mais que tu devrais comprendre. Il m'a demandé de te dire qu'il aimerait réparer ses erreurs passées envers toi et que tu trouves le bonheur et la famille qu'il t'a refusée.
- Oui, je comprends bien. Merci. Qu'a-t-il dit de plus ? demandai-je assez surprise de cet aveu concédé par mon géniteur.
Je n'aurais jamais pensé qu'il savait qui j'étais et où j'étais.
- Que... quand tu serais prête à lui faire confiance, tu le rejoignes avec Kanus au Cap-Sounion. Qu'il t'y attendra le temps qu'il faudra.
- Merci, tu peux y aller. Je t'expliquerai plus tard de quoi il retourne exactement.
- Bien, mais... tu devrais y aller. Pardon, je sais que ce ne sont pas mes affaires, mais… peut-être que tu n'auras pas à faire de sacrifices à Athéna pour pouvoir avoir ce que tu désires.
- De quoi parles-tu ?
Je ne comprenais vraiment pas de quoi mon amie me parlait.
- Je… Je ne voulais pas t'en parler, mais tu dois savoir.
Elle replongea dans ses pensées et à l'expression de son visage, je voyais que cela semblait douloureux. Elle reprit enfin la parole :
- Tu te rappelles quand nous sommes arrivés au temple avec Persée ? Athéna nous a reçus en possédant ton corps, mais cette fois-là, elle t'avait fait dormir. En fait, ça lui arrive parfois quand elle ne veut pas que tu saches ce qu'elle fait ou dit. Je sais très bien que tu n'aurais pas été d'accord avec elle.
- Vaguement, mais tu aurais dû m'en parler plus tôt, j'aurais peut-être pu voir ça avec elle ! Tu dois tout me dire, on est amie et je me dois de te protéger, lui rappelai-je.
J'étais furieuse contre Athéna, elle n'avait pas à me cacher des choses sur mes chevaliers.
- Vas-y je t'écoute.
- Voilà : elle nous a fait savoir qu'elle acceptait notre mariage car il avait été célébré avant notre nomination en tant que chevaliers. Par contre, nous n'étions autorisés qu'à avoir un seul enfant qui deviendra chevalier à son tour et devra renoncer à mon trône après ma sœur, même si celle-ci n'avait pas d'héritiers. Après sa naissance, Apollon – médecin et frère d'Athéna – nous a préparé une potion qui nous a tous les deux stérilisés. C'est pour cela que nous n'avons eu que Persès. Athéna est venue en personne le lendemain de sa naissance pour nous la faire boire, souffla tristement Andromède.
Des larmes coulèrent le long de mes joues... Je me demandai de quelle façon elle avait pu faire une chose pareille à une femme aussi fidèle, qui avait renoncé à tout par dévotion pour elle... À l'argent, au pouvoir… pour une cause plus noble à ses yeux, celle de protéger non pas un peuple, mais tous les peuples.
J'étais outrée et pourtant j'avais du mal à voir Athéna ainsi. Mais en même temps ne m'avait-elle pas aussi trahi à la naissance ?
Je ne savais plus quoi faire ni penser. Je me levai et allai prendre mon amie dans mes bras.
- Pardon je... Je suis si désolée. Me pardonneras-tu mon ignorance et mon manque d'action pour empêcher cela.
Je m'en voulais terriblement d'avoir laissé l'une de mes meilleures amies dans une telle détresse.
- Bien sûr, ne t'inquiète pas, me rassura-t-elle avant de prendre congé et de rentrer dans sa famille.
Je me rassis sur mon trône et repensai à cet aveu. Combien de fois Athéna avait-elle pu faire cela ? Prendre ainsi mon corps et contraindre les miens à faire des choses avec lesquelles je n'aurais jamais été d'accord ! Il faudrait que je me renseigne et essaie de voir si tout n'était pas irréversible comme avec Andromède et Persée.
Finalement, je me demandai si tous étaient au courant de cela ou en avait eu conscience et surtout, pour quelle raison ne m'en avaient-ils jamais parlé si ça avait été le cas !
- Car ils t'aiment, affirma une voix de femme derrière moi, comme un écho répondant à ma pensée.
- Reine Perséphone ! m'exclamai-je heureuse de la voir. Je ne vous savais pas ici.
- Je viens d'arriver. J'ai entendu votre discussion. Et s'ils ne t'en ont pas parlé avant c'était pour te protéger car ils t'aiment, m'expliqua la reine d'Hadès.
La jeune Reine des Enfers faisait aussi partie de mes meilleures amies. Je ne t'ai jamais parlé d'elle avant, mais tu dois savoir qu'après la tentative de meurtre sur ma personne le jour de mes dix-huit ans et depuis que la maladie a touché deux de mes chevaliers, cette dernière venait me voir régulièrement.
Elle avait appris pour l'incident et elle en avait été peinée. Peu après le départ d'Asclépios, elle m'avait rendu visite et m'avait aidée à soigner les garçons.
Nous avions noué des liens très étroits toutes les deux. C'est pour cela qu'elle passait souvent me voir sans s'annoncer. Et comme Athéna l'appréciait beaucoup, elle ne voyait rien de mal à ce que la reine s'invite d'elle-même dans son domaine.
- Vous avez raison, j'aurais sans doute fait de même. Que puis-je pour vous ? demandai-je, intriguée de sa visite si tardive.
- Rien. Je passais pour voir si tu allais bien. Tu vas certainement penser que je me mêle de ce qui ne me regarde pas mais…
- Chuut ! Pas ici, dis-je un peu précipitamment. Allons discuter ailleurs voulez-vous ? Suivez-moi. !
Perséphone opina du chef et me suivit dans ma chambre sans rien ajouter de plus.
Nous nous assîmes sur mon lit et elle me prit les mains en fixant son regard dans le mien.
- Je voulais te dire qu'elle avait raison car moi aussi j'ai dû me battre pour pouvoir épouser Hadès et maintenant je suis la femme la plus heureuse au monde. Alors si mon oncle veut t'aider, profites-en.
Je la regardais soucieuse.
Je savais qu'elle était sincère. Elle m'avait souvent parlé de son époux et je dois dire qu'il avait l'air sympathique, mais surtout il la rendait heureuse.
Mais concernant Poséidon, je doutais de sa volonté, et pour une fois je me confiai réellement à elle.
- Je dois vous dire une chose que je n'ai dite qu'à peu de personnes.
- Je t'écoute.
Je lui racontai ma vie. Elle m'écoutait sans parler. Puis elle me prit dans ses bras.
- Je suis si désolée. Je comprends mieux à présent ta réticence envers lui. Mais en même temps, peut-être qu'il veut vraiment t'aider. N'a-t-il pas dit qu'il aimerait réparer ses erreurs. Tu devrais en parler avec Kanus et voir ce qu'il en pense.
- Je vais faire cela. Je vous remercie pour votre franchise.
Après ces échanges avec la Reine des Enfers, je me suis sentie plus rassurée.
Ensuite, nous discutâmes un long moment puis elle repartit chez elle.
Le lendemain je sollicitai la présence de Kanus dans mon bureau.
- Merci d'être venu aussi vite.
J'étais heureuse de le voir. J'avais réfléchi toute la nuit et il fallait que je lui parle.
- C'est bien normal.
Je lui racontai mon entretien avec Andromède puis Perséphone.
- On doit y aller, elles ont raison. Désolé de n'avoir rien dit pour Athéna, ajouta-t-il l'air navré.
- Ce n'est rien, je comprends, le rassurai-je. Tu es sûr de vouloir y aller ? demandai-je pas vraiment sûre de moi.
- Oui, fais-moi confiance et qu'a-t-on à y perdre ?
- Rien, effectivement.
C'est pour cela que nous partons cette nuit voir mon géniteur. Demain nous serons peut-être considérés comme des traîtres, ou alors mes parents se seront entendus et je pourrai épouser Kanus et continuer de servir ma déesse.
Je vais placer ce livre dans ma bibliothèque en espérant pouvoir le finir un jour, pour te raconter ce qui est arrivé par la suite.
Mais si cela n'est pas le cas, sache que j'aime Athéna malgré tout, elle m'a donné la vie.
Bonsoir,
Cela fait un an aujourd'hui que je n'ai pas écrit dans ce journal. Je vais enfin te raconter ce qui s'est passé cette fois-là. J'imagine que c'est ce que tu attends depuis le début ? Mais avant tout, sache que quand j'aurai fini ces lignes je rangerai ce bouquin et n'y toucherai plus jamais.
La nuit où nous sommes partis avec Kanus, on ne savait pas vraiment où nous trouverions le Dieu des Mers. Andromède nous avait parlé du Cap Sounion, mais en même temps le Sanctuaire était grand. Le Maître des Mers ne nous recevrait sûrement pas au centre de son domaine. Kanus avait alors sorti un objet que j'avais presque oublié.
- Tu l'avais gardé ? demandai-je surprise.
- Bien sûr, ton protecteur n'a-t-il pas dit : « Je vous offre ce présent afin qu'il vous guide là où vous désirez vous rendre ». Essayons-la, proposa-t-il.
- Bien, fis-je.
Je posai mes deux mains sur la boussole et nous prononçâmes ensemble :
- Boussole magique, montre-nous le chemin vers le Dieu Poséidon car nous souhaitons le rencontrer.
La boussole s'illumina, la flèche tournoya avant de s'arrêter et de montrer une direction à prendre. Ni une ni deux, on se mit à courir pendant des heures pour arriver au Cap Sounion. Nous arrivâmes au petit matin. Là-bas Poséidon nous attendait.
- Bonjour ma fille ! Chevalier Kanus ! tonna la voix du Dieu des Mers.
- Bonjour, nous répondîmes ensemble.
- Il y a longtemps que je désirais vous voir et m'entretenir avec vous de bien des sujets. Si cela vous dit, partageons un déjeuner ensemble.
Nous acceptâmes la faim au ventre et nous l'écoutâmes.
Il s'excusa pour les conditions dans lesquelles eut lieu ma naissance et pour le fait d'avoir grandi sans parents. Nous expliqua les raisons de ces événements et la peur que Zeus leur inspirait. Il nous parla de notre demande en mariage et du fait qu'il voulait nous aider. Il avait promis de parler avec Athéna. Ensuite, Kanus et moi avions répondu à toutes ses questions, allant de notre enfance jusqu'à maintenant.
Les heures avaient défilé, nous devions partir. Nous le fîmes savoir à mon père mais celui-ci n'écouta pas, il nous demanda de rester. On lui expliqua qu'on aurait aimé mais qu'on se verrait une autre fois, qu'on le remerciait pour son aide mais qu'on devait rentrer à la maison. Il se mit à rire en faisant apparaître son trident qu'il planta dans l'abdomen de Kanus. L'arme divine entra comme dans du beurre dans l'armure d'Or du Verseau comme si elle était morte. Quand il l'eut récupéré, mon géniteur nous abandonna là en lançant une dernière phrase.
- Vous êtes des idiots ! Votre maison est détruite, Athéna vous a abandonné. Vous l'avez tous trahie. On se revoit là-bas ma chère fille. Quant à toi jeune chevalier, adieu !
Nous nous regardâmes et gelâmes ensemble les blessures de mon ami, arrêtant ainsi le saignement.
Quand Kanus se sentit prêt, nous repartîmes le plus rapidement possible vers notre sanctuaire. Nous mîmes encore plus d'heures à revenir. Je me devais de soutenir mon chevalier qui était bien blessé.
J'espérais trouver un peu d'aide au village des charpentiers près du sanctuaire, avant de rejoindre ce dernier et de voir si Poséidon disait vrai ou non. Mais quand nous arrivâmes dans le village, celui-ci avait était rasé et sa population décimée.
Effrayés, nous allâmes plus vite vers notre domaine et ce que nous découvrîmes fut un spectacle sanglant.
Des hauteurs nous vîmes diverses batailles. Dans l'arène d'entraînement on pouvait voir Persée, Andromède et leur jeune fils, ainsi que des Bronze faire face à plusieurs combattants. Ce qui nous surprit le plus fut qu'ils appartenaient à différents Dieux.
Pareil sur les autres fronts, alors nous allâmes vers les maisons zodiacales quand plusieurs cris nous parvinrent des hauteurs du treizième temple, les prêtresses étaient attaquées !
Nous avions du mal à le reconnaître, mais Athéna avait l'air de nous avoir bel et bien abandonnés. Nous arrivâmes devant la première maison où des dizaines de cadavres jonchaient le sol, et parmi eux se trouvait notre ami Rafaélos du Bélier. Nous nous jetâmes sur lui pour l'aider mais il était aux portes du Royaume des Morts. Il ne put que nous dire :
- Ce matin, à huit heures, nous avons été attaqués par les Dieux Zeus, Poséidon, Hadès et Apollon accompagnés de leurs armées. Nos armures sont éteintes et Athéna ne nous répond pas.
Après ces quelques phrases, il mourut. Alors nous grimpâmes le plus rapidement possible à la maison d'après. Nous nous occuperons de nos morts plus tard. Les adieux seraient de circonstance.
Nous ne comprenions rien, était-ce notre faute ? Athéna punirait-elle notre amour ainsi ? L'avions-nous trahie au point qu'elle abandonnât nos amis même si ceux-là étaient innocents ? Les Dieux pouvaient être cruels d'après mon protecteur, mais à ce point-là ? Non, c'était impossible, pas Athéna, pas ma mère. Il devait y avoir autre chose.
Arrivés à la seconde maison, le même spectacle nous attendait. Le grand et valeureux Kléanthis du Taureau était mort, alors nous continuâmes. Parfois nous ressentions des cosmos s'éteindre. Nos larmes coulaient mais nous courrions aussi vite que possible, les blessures de Kanus ayant recommencé à couler.
Dans les troisième et quatrième maisons, les Gémeaux Makis et Lakis avaient aussi perdu la vie en amenant avec eux des dizaines de leurs assaillants. Nous pensions donc que Markinos du Cancer était sûrement avec Angelos des Poissons. Nous repartîmes aussitôt et trouvâmes Agathoklés du Lion en train de se battre contre un Spectre et un Marinas. Avec Kanus, nous créâmes une plaque de glace et fîmes glisser les assaillants donnant ainsi au Lion un nouvel angle d'attaque. Les deux hommes moururent en un instant. C'était une guerre totale, sans prisonniers. Un seul mot d'ordre, tuer ou être tué.
- Continuez ! je vais…
- Tu montes avec nous on te soignera chez Elien, il n'y a plus personne plus bas, lui expliquai-je.
On le vit baisser la tête, attristé par le sort de ses camarades, puis se résigner d'un mouvement de tête vers le bas. Je l'agrippai et montai avec mes deux blessés. Cela me prit un temps fou. Nous arrivâmes tant bien que mal et Elien de la Vierge était lui aussi en mauvaise posture. Nous l'aidâmes.
- Eirene, Kanus, continuez ! je m'occupe d'Agathoklès et on vous rejoint.
- Promis ? demandai-je.
- Promis, me firent-ils tous les deux.
Kanus avança sa main et on posa chacun la nôtre dessus. On devait tous s'en sortir ensemble. Nous reprîmes notre route, se frayant un chemin au travers de nos ennemis dans le temple de la Balance, je lançais à son occupant :
- Laërte, tiens bon ! Agathoklès et Elien vont te rejoindre.
- Ok, j'attendrai leur arrivée. Après on vous rattrape.
- Ok, répondit Kanus. On compte sur vous.
Nous arrivâmes chez Nikos du Scorpion, où nous l'aidâmes à se débarrasser de ses assaillants. Il alla s'assoir contre une colonne et je gelai ses plus grosses entailles.
- Dépêchez-vous ! Kiros vous attend dans ta maison Kanus.
- Mon ami repose-toi un peu et quand les autres arriveront, monte avec eux, lui demanda Kanus qui voyait son meilleur ami mourir tout comme lui-même.
- Ok, on fait comme ça, mon ami.
Contre toute attente, Kanus le prit dans ses bras et l'embrassa sur la bouche. Une façon de se dire adieu sans le dire. Pour une fois, Nikos ne rajouta rien, tout avait été dit.
Nous repartîmes le cœur lourd et les yeux encore plus chargés de larmes. Peu avant de débarquer dans la maison du Sagittaire nous ressentîmes un immense pouvoir se manifester. On s'arrêta et jeta un regard vers l'arène. Persée et son fils étaient morts.
Andromède, dans sa tristesse, poussa son cosmos à l'infini. En faisant cela, elle engloba l'arène en entier et fit tout voler en poussière, tuant les dizaines d'assaillants autour d'elle dont deux juges des enfers.
Je criai afin d'exorciser ma peine, l'une de mes meilleures amies et des personnes les plus respectables que je connaissais venaient de mourir.
Kanus me tira afin que je ne succombe pas au désespoir, il me prit quelques instants dans ses bras puis m'entraîna à sa suite. Là, nous arrivâmes enfin chez Ianouarios du Sagittaire. Celui-ci était aux prises avec beaucoup de soldats.
- Passez ! Nous ordonna-t-il. Je peux attendre les autres.
Nous le remerciâmes et ôtâmes la vie à deux de ses assaillants au passage.
En arrivant chez Gabriel du Capricorne nous le trouvâmes mort avec des ennemis. Son bras droit – nommé épée d'Excalibur, étant aussi tranchant que l'épée de justice – brisé.
Nous repartîmes pour les hauteurs en entendant les prêtresses crier encore plus fort. La douleur, la peine et la peur raisonnaient dans leurs hurlements.
À quelques mètres de la maison de mon ami, le cosmos de Kiros se mit à s'élever aussi puissamment que celui d'Andromède, les deux Bronze avaient atteint le septième sens, la puissance des Or. Puis d'un coup son pouvoir s'éteignit.
En arrivant, nous trouvâmes le jeune homme mort avec tous ses opposants, cinq guerriers de diverses factions divines. Il avait protégé la maison de son frère, ami et un peu père aussi du mieux qui l'avait pu et s'était sacrifié.
Kanus se jeta sur son cadavre en pleurant et criant mais un nouveau combat nous interpella, nous faisant baisser les yeux sur le domaine du Sagittaire.
Les cosmos de celui-ci ainsi que ceux de Nikos, Laërte, Elien et Agathoklès fusèrent dans tout le sanctuaire tuant leurs ennemis mais aussi d'autres un peu partout. Il ne restait plus grand monde de vivant parmi toutes les personnes réunies dans l'enceinte du domaine.
Kanus allait les rejoindre mais je l'en empêchai.
- C'est trop tard pour eux, mais Angelos et Markinos nous attendent au-dessus, ainsi que les prêtresses. Il faut qu'on récupère l'armure d'Athéna et qu'on la contacte. Essayons de sauver ce qu'on peut encore sauver.
Il opina du chef et me suivit.
Dans le temple du Poisson, nous fûmes témoin d'un spectacle des plus atroces. Markinos était mourant et Angelos tenait en garde les derniers ennemis qui avaient osé arriver jusqu'ici.
Quand je parlais d'Angelos, j'aurais plutôt dû dire son cadavre et ses roses mues par ses derniers relents de cosmo-énergie. Avec Kanus, nous gelâmes nos opposants dans une attaque combinée. Mon ami était aussi plus mort que vif mais nous arrivâmes jusqu'aux deux autres chevaliers. Markinos nous parla quelques secondes avant de succomber.
- Il est mort ce matin, juste quand on a été attaqué... mais il t'avait promis de t'attendre... alors quand il a ressenti le danger, il a envoyé... ses dernières forces en elles pour pouvoir nous aider et... créer un mur de roses empoisonnées... J'allais descendre quand... les roses l'ont pris et en ont fait une... marionnette infranchissable... Je n'ai pas pu l'abandonner...
- Tu as eu raison, tu as fait ce qu'il fallait, le rassurai-je. Pardon... si seulement on avait été là...
- Ça aurait été pareil... Vous devez vivre, pour nous... et surtout pour vous...
- Markinos ! Reste avec nous ! criai-je quand il mourut.
Je pleurai quelques larmes mais ne pouvais rester là sans rien faire. Je me levai et allai auprès du cadavre d'Angelos. Là, je murmurai à lui et à ses roses.
- Je suis là maintenant mon ami, tu peux te reposer, tu peux retourner auprès de ton bien-aimé, je m'occupe du reste.
Alors comme si les roses m'avaient comprise, le cadavre du Poisson se mit en marche et se posa contre celui de Markinos. Les roses les encerclèrent après les avoirs réunis. On aurait dit qu'ils dormaient tendrement, enlacés dans les bras l'un de l'autre.
Mus par un nouveau regain de vitalité devant cet amour qui défiait la mort, j'aidai Kanus à se relever et nous montâmes les dernières marches allant vers le treizième temple. Il n'y avait presque plus de bruit et les cris des prêtresses avaient cessé. Nous avions un mauvais pressentiment qui se renforça quand nous arrivâmes devant les portes du treizième temple.
Ce que nous vîmes nous causa un choc. Mon protecteur était là, en sang, combattant le dernier des juges des enfers. Rhadamanthe de la Wyverne.
- Dépêchez-vous de les rejoindre je m'occupe de lui, nous cria-t-il.
- Non, hurla Kanus. Deux frères ne devraient pas avoir à se battre. Je vais m'en occuper, vous, vous allez avec elle. Un Dieu lui sera utile.
- Je n'en suis plus un, père m'a retiré mon immortalité et mes pouvoirs. Je suis un simple humain comme vous, nous expliqua mon sauveur.
- Raison de plus, même si elle est éteinte, mon armure me protège encore un peu. Alors allez-y je vous rejoins.
- Bien, fis-je.
Pendant que Kanus alla faire face au Spectre, mon vieil ami et moi-même partîmes dans le treizième temple afin de combattre les Dieux.
J'entendais Kanus et Rhadamanthe parlementer. Je savais que Kanus respectait l'homme face à lui et qu'il désirait le faire changer d'avis. Il souhaitait surtout que le Spectre n'exécutât pas son aîné de sang-froid, mais plus encore qu'Arès ne tuât tout simplement pas son cadet.
Je continuai l'âme en paix, me disant que tout finirait bien. Mais c'était me leurrer. En arrivant dans la salle du trône où je passais le plus clair de mon temps, je découvris une hécatombe. Avec mon sauveur, nous nous figeâmes sur place. Toutes les prêtresses gisaient mortes sur le sol. La plupart semblaient éventrées, ou égorgées. Du sang inondait le parterre.
Ma douce Sara était crucifiée au-dessus du trône. Elle avait été brulée vive par les rayons du soleil dirigés par Apollon. Zeus, avec sa foudre, avait ouvert le plafond afin de faire parvenir jusqu'à eux les rayons de l'astre solaire.
L'odeur du sang et de brulé mélangée à la vision de mes « sœurs » et de ma « fille » mortes me donna la nausée.
Je me reculai de quelques pas vers mon allié mais avant de pouvoir faire ou dire quoi que ce soit, je sentis une douleur violente sur mon crâne, entendis mon nom hurlé puis ce fut le trou noir.
Je me réveillai allongée et ligotée sur l'autel où j'avais donné naissance aux armures. Poséidon me surplombait et riait aux éclats. Zeus à mes côtés se pencha vers moi et me murmura.
- Il y a quelques jours, j'ai demandé à Athéna de se donner à moi. Mais elle m'a répondu qu'elle avait mieux à me proposer. Toi. Puis j'ai exigé d'avoir son sanctuaire pour moi et mes frères ainsi que pour Apollon, et elle l'a accepté. Ne trouves-tu pas ta déesse un peu hypocrite ? Protéger sa soi-disant virginité en vous « vendant » toi et son sanctuaire ! Alors que tu es sa propre fille de sang. Tu vois, je sais tout, mais elle ne sait rien. Sache aussi que je donne l'honneur à ton père de te prendre ta virginité comme il l'a fait avec ta mère. Quant à moi, j'ai prévu de te prendre autre chose...
Après avoir eu ces mots durs, il fit pivoter ma tête.
Je vis alors mon protecteur à genoux, à quelques mètres de nous, retenu d'une main ferme par le Spectre Rhadamanthe de la Wyverne.
J'eus un haut le cœur.
Zeus prononça une phrase que je ne compris pas tout de suite. Mais mes yeux suivirent d'instinct le geste du juge, sa main s'ouvrit et un objet en tomba. Je fixai mon regard dessus, c'était un cœur humain.
- Celui de ton bien aimé, susurra le Dieu des Cieux à mon oreille. Il ne tenait déjà plus beaucoup sur ses pieds, mais là il est raide mort. Mon petit Rhadamanthe le lui a arraché, il est très doué pour ça.
Tous se mirent à rire, pendant que j'hurlais et perdais la raison. Mais j'entendais une voix m'appeler et m'implorer de ne pas sombrer dans la folie.
- Tais-toi traître ! hurla Zeus. Rhadamanthe, tiens le mieux que ça et force-le à regarder. À toi Poséidon, on a assez palabré.
Alors que mon géniteur allait entrer en moi avec force, je vis le Spectre regarder son seigneur qui confirma l'ordre du Roi des Dieux. Il agrippa mieux la tête du Dieu déchu et le força à regarder mon viol.
Quand je repris mes esprits, je me débattis et je sentis une puissance m'entourer puis une armure me surmonta.
Au début, j'avais pensé que c'était celle d'Athéna, que Zeus avait menti, mais non c'en était une autre.
- Pitoyable ! même mort vous l'aidez. Vous ne faites que retarder l'inévitable.
Furieux, Zeus m'attaqua en me foudroyant, pendant que Poséidon me frappa de son trident. Quant à Apollon, il brûla de ses rayons cette armure protectrice.
Hadès ne bougeait pas, contemplant le spectacle. Mon armure de fortune me protégeait tant bien que mal, faisant fulminer les Dieux. Je compris alors les mots que le seigneur Héphaïstos m'avait adressée à la naissance des armures d'Athéna.
- J'ai un cadeau pour toi c'est une surprise et tu la découvriras le jour où tu en auras le plus besoin.
Effectivement, cela était une belle surprise. Le Dieu des Forges avait pensé à tout. Si d'aventure il ne restait que moi ou si les chevaliers étaient dans l'impossibilité de combattre ou de me protéger, toutes les armures d'Athéna pourraient se mêler entre elles pour n'en former plus qu'une, celle du Grand Pope d'Athéna.
Et étant née de mon sang, cette dernière serait assez puissante pour me donner la victoire.
Mais là, Athéna les avait toutes reniées, moi y compris, et elles avaient déjà subi bien des dommages. Aussi, à chaque coup divin, l'une d'entre elles était rejetée. À la fin, il ne resta que peu d'armures à tenir bon – les deux Bronze du Cygne et d'Andromède ainsi que les quatre Or des Poissons, du Scorpion, du Cancer et du Verseau – mais elles aussi finirent par céder.
Alors Poséidon finit par me prendre avec force et rage. Vint ensuite le tour de Zeus, d'Apollon et pour finir celui d'Hadès. L'homme au-dessus de moi n'était pas comme les trois autres. Il avait l'air…
- Pardon… j'y suis obligé, me murmura-t-il à l'oreille. Zeus nous l'a ordonné mais... je préférerais être ailleurs. J'aime ma femme et… Pardon.
- Si tu veux que je te pardonne un jour et que je n'en parle pas à Perséphone, fais quelque chose pour moi.
- Que veux-tu ? me demanda-t-il.
- Deux faveurs. La première, pendant que tu es en moi, stérilise moi. Maintenant que mon amour n'est plus, fais que ta semence me laisse inféconde à jamais !
- Je veux bien mais je ne peux le faire que pour quelques années, je ne peux pas le faire pour toujours... Quelle est la seconde ?
- Je m'en contenterai. Pour la seconde, ne prends pas les âmes de ceux qui sont morts ici aujourd'hui tant que je ne leur ai pas donné un choix.
- Bien, me répondit le Dieu, même s'il ne devait pas bien comprendre mon intention.
Il ne me relâcha que quand il eut fini, en me promettant une stérilité pour quelques temps.
Les quatre Dieux et leurs derniers soldats survivants disparurent peu de temps après, me laissant attachée à l'autel.
Mon protecteur se traîna jusqu'à moi.
- Pardon d'avoir été si faible.
- Que dois-je dire, murmurai-je.
On se reposa en se tenant la main comme on put avec mes entraves et ses blessures. Quelques heures plus tard je trouvai la force de geler mes chaînes et de m'en défaire. Quand nous pûmes enfin sortir, il faisait déjà nuit depuis un moment.
- Peux-tu réveiller mes pouvoirs de Déesse que tu as enfermé en moi.
- Non, seul un Dieu peut en réveiller un autre.
- Je comprends, fis-je.
Là, je concentrai ma cosmo-énergie et appelai à moi les âmes de mes amis défunts. Un pouvoir que j'avais développé avec le temps, auprès de Markinos. Toutes les âmes se présentèrent à moi, même celles des prêtresses et des habitants du village.
- Pardon mes amis, j'ai été si faible et je vous ai abandonné tout comme Athéna nous a tous abandonnés. Mais pourtant je… je voudrais vous demander un dernier service. Je sais que je vous en ai déjà tant demandé. Les voyant tous m'écouter, je continuai. Malgré ce qui s'est passé, nous sommes des chevaliers de l'Espoir comme nous appelle Héphaïstos. J'aimerais que nous continuions.
- Comment ? demanda l'âme de Kanus.
- En vivant dans vos armures et en protégeant leurs futurs porteurs. Je vous promets de vous libérer de votre charge quand j'aurai rendu justice à toutes vos morts. Mais vous pouvez également refuser et partir pour le royaume d'Hadès. Vous êtes libres de votre choix.
Les artisans décidèrent de partir au royaume des Morts, pendant que chaque chevalier optait pour rester et devenir l'âme de son ancienne armure.
Les prêtresses, quant à elles, prirent le temps d'y réfléchir.
- Et toi, comment vas-tu redevenir un dieu ? demanda ma tendre Sara à mon sauveur.
- Ne t'inquiète pas, Père me rendra tout très bientôt.
- Et s'il ne le fait pas ? insista-t-elle.
- Il y a un moyen… mais je ne l'aime pas.
- Vos âmes l'y aideraient, dit une voix derrière nous.
- Hermès ! s'exclama le Dieu déchu.
- Si vos âmes entrent en lui, il pourrait récupérer ses pouvoirs, continua le Messager des Dieux.
- Mais vos âmes seraient détruites, plus de paix, le néant, expliqua alors mon vieil ami. Que fais-tu là Hermès ?
- Pendant votre repos, les Dieux vous ont jugés. Il y a deux sanctions : une maintenant et une dans un an. Je suis venu rendre le jugement. Eirene Polèmos, vous devez reconstruire en un an le sanctuaire d'Athéna, retrouver des chevaliers et un Grand Pope pour vous remplacer. Quant à toi mon frère, Père te fera redevenir un Dieu dans un an. Sauf si tu trouves un moyen par toi-même avant, murmura-t-il pour faire comprendre que cela n'était pas dans le jugement mais plutôt son avis. Je reviendrai dans un an pour la suite.
Quand il partit, je regardai autour de moi et poussai ma cosmo-énergie à son maximum pour en entourer tous les corps – y compris celui de mon protecteur –, toutes les âmes et toutes les armures. Là, je liai les âmes des chevaliers à leur armure respective et avec mon sang leur redonnait vie une seconde fois.
Ensuite, j'envoyai chez Hadès tous ceux qui le souhaitaient et pour finir, je fis entrer dans mon protecteur toutes les prêtresses qui voulaient l'aider. Il retrouva donc ses pouvoirs et son immortalité et je dus dire au revoir à mes « sœurs » et à ma « fille ».
En dernier lieu, je récupérai tous les cadavres et les enterrai, cela me prit une journée entière. À l'exception des corps de mes chevaliers que j'enfermai dans la glace et cachai sous le treizième sanctuaire. Je créai pour cela un sanctuaire où moi seule pourrai pénétrer.
Quand tout fut fini, j'allai me coucher. Je dormis pendant trois jours. Cela m'avait permis de me remettre sur pied physiquement et psychiquement. Pendant l'année qui suivit, je fis ce qu'on m'avait demandé. Je reconstruisis le sanctuaire, réhabilitai le village des artisans constructeurs et trouvai un nouveau Grand Pope – d'ailleurs peut-être est-ce toi qui me lis en ce moment même ?
Puis je regroupai un nombre important de chevaliers et apprentis – dont certains avaient échappé au massacre.
Le jour du jugement est arrivé ce soir. Hermès est revenu nous voir et nous a lu notre dernière sanction.
- Eirene Polèmos maintenant que tu as réussi à terminer ta première sanction, je te donne ta deuxième sanction. À partir de maintenant, tu ne pourras plus toucher le Chevalier du Verseau et son armure sans les tuer. Ils seront foudroyés par Zeus. Pareil pour mon frère ici présent. Cependant toi, tu ne mourras jamais. Même Célesta la Mort ne pourra te tuer si tu la touches. Quant à toi, tu redeviens un Dieu, du moins tu récupères ton titre, car tu en es déjà redevenu un.
Mon ami baissa la tête, il avait encore du mal à accepter le sacrifice des prêtresses, même un an après. Pourtant celui-ci était si simple à comprendre. Il avait tout perdu pour les protéger, elles ont donc agi pour le remercier et l'aider dans sa vie future.
- Oh ! J'oubliai une dernière chose, reprit Hermès. Pourtant, c'est le plus important. Il leva son caducée et s'écria : À partir d'aujourd'hui, Eirene Polèmos tu deviens un homme et tu serviras un nouveau Dieu, mon frère ici présent. Cela prend effet immédiatement.
Il posa son caducée à terre et une tornade lumineuse m'enveloppa. Quand elle se retira, j'étais devenue un homme.
Il repartit, me laissant seule dans cet état avec mon nouveau seigneur.
Dans quelques minutes, je quitterai ma maison pour une autre. Je n'ai aucun regret car je sais que mes amis vivront dans leurs armures et aideront les humains à vivre en paix. Je sais aussi que tu seras là pour les y aider.
J'espère qu'un jour, je leur rendrai justice et les libèrerai de leur tâche.
Je n'aurai qu'une dernière chose à te dire, en espérant avoir répondu à tes questions : Peux-tu me juger en ton âme et conscience et non pas par rapport aux rumeurs qu'on dira à mon sujet.
À partir de maintenant, si tu me croises, appelle-moi Méthos, Chevalier d'Arès.
