Bonjour

J'espère que vous allez tous bien ? Aujourd'hui nous reprenons l'histoire là où on s'était arrêté. Shion a lu les deux autobiographies (que j'espère vous avez pris plaisir à relire), et il va enfin pouvoir parler à Méthos. J'espère que cette discussion vous plaira. Bonne lecture à bientôt Peace'.


Chapitre 62 : J+ 19

En ce jeudi matin, Shion était dans son bureau. Depuis un quart d'heure, il trépignait, ne sachant quoi faire. Il s'était réveillé aux aurores voulant parler au plus tôt avec Méthos. Malheureusement, il ne l'avait pas encore croisé. Pourtant, il s'était rué dans la salle à manger, avant d'arpenter les couloirs des appartements et du treizième temple dans son entier. Malgré cela, aucun Méthos à l'horizon. Où pouvait-il le trouver ? Il fallait qu'il le voie à tout prix.

Il en était réduit à dresser une liste mentale de tous les endroits à visiter, quand un bruit le ramena à la réalité. On toquait à la porte de son bureau. Mécontent qu'on le dérangeât de si bon matin, il alla ouvrir avec l'idée de rabrouer la personne, quand il s'arrêta net en voyant son invité.

- J'imagine que vous me cherchiez ?

- Oui ! Où étiez-vous ? Non ! Plus important, entrez ! Il faut que je vous parle, s'empressa de dire le Grand Pope d'un ton surexcité.

- Bien, mais d'abord calmez-vous ! lui intima le chevalier d'Arès en le prenant par les bras. Il l'amena à s'asseoir dans son fauteuil et prit place dans celui qui faisait face, réservé aux invités. J'imagine que vous avez un tas de questions ?

- Oui mais avant je voulais… Par où commencer ?

- Res… pi… rez, prit le temps de dire Méthos en détachant bien chaque syllabe.

- Pardon, je veux dire. Princesse Eirene... je vous demande pardon. Je…

L'espace d'un instant, Shion s'interrompit et des larmes roulèrent sur ses joues. En voyant l'homme devant lui, son excitation venait de retomber et l'ampleur de l'horreur qu'il avait dû subir dans le passé lui fit face. La tristesse l'envahit.

- Tout va bien Shion. Gardez vos larmes pour d'autres. Je n'ai pas besoin d'excuses, du moins pas de votre part. Mais je suis… Merci.

Un silence s'installa.

Il était difficile pour les deux hommes de dire réellement ce qu'ils pensaient et ressentaient. Pendant quelques minutes, ils se regardèrent sans bouger d'un pouce, avant que le Grand Pope n'essuyât ses larmes d'un revers de la main.

- Je désire convoquer une réunion spéciale demain matin, annonça Méthos. Avec les chevaliers d'Or, les Dieux et leurs soldats, à l'exception d'Apollon. Invitez aussi les Bronze divins si vous le souhaitez. À présent que vous avez compris, vous pouvez faire lire les deux livres à Camus. Je dois vous dire que j'ai enfermé ses souvenirs le dernier soir où l'on s'est vu. Je pense qu'en lisant ma biographie, il se souviendra de tout.

- Lors du baiser ? questionna Shion.

- Oui, je vois que vous êtes au courant.

- Effectivement, lors d'une discussion avec Athéna et moi-même, Camus nous a parlé un peu de votre passé commun.

- Ne soyez pas jaloux. C'est la seule et unique fois où l'on s'est touché de la sorte. De plus, maintenant qu'il est devenu chevalier du Verseau, mon baiser ou mon étreinte lui serait fatal.

- Oui je sais et je ne suis pas jaloux… du moins, il est dur de passer après un premier grand amour, surtout quand il n'a pas été conclu. J'étais plutôt curieux. Allez-vous me le prendre ?

- Pourquoi le ferais-je ? Je viens de vous dire…

- Non, le coupa-t-il. Je n'entends pas en tant qu'amant. Je veux dire… vous êtes une Maîtresse de la Glace et une Déesse. Alors, comme il est un chevalier de Glace...

- Il appartient à Athéna, tonna la voix exacerbée de Méthos. Et je suis le chevalier d'Arès maîtrisant la glace.

- Et vous êtes sa fille, du moins son enfant dirons-nous.

- Oui ça sera plus simple, sourit amèrement l'ancien Grand Pope.

- Athéna… J'aime ma Déesse, mais je comprendrais que vous désiriez la tuer ainsi que Poséidon, Hadès et Apollon.

- Ne vous inquiétez pas. Mon seigneur m'a demandé de rester loin d'eux et de ne surtout pas les tuer. Malgré les apparences, je suis toujours les ordres de mon Dieu.

- Pour quelle raison ? Je ne le comprends pas, après le mal qu'ils vous ont fait.

- Mon seigneur est quelqu'un de bien ! Il pense que nous ne devons pas faire de mal à nos parents. Sinon cela fait bien longtemps que j'aurais tué tout le monde. Les miens, son père ainsi qu'oncle Hadès et Apollon.

- Je vous comprends bien. Du moins, je ne peux qu'imaginer ce que vous avez vécu et ressenti, murmura gêné Shion.

Shion s'interrompit à nouveau et s'interrogea en silence. Comment avait-il osé prétendre se mettre à la place de ce Dieu ?

- Mais à la réunion, reprit-il tout d'un coup, pourquoi voulez-vous d'Hadès et de Poséidon ? Athéna je pourrais comprendre, on est dans son sanctuaire.

- En ce qui concerne mes géniteurs, ils doivent retrouver la mémoire. Je pense qu'en écoutant mon histoire, le déclic se fera. Pour Hadès, il doit entendre pour sa femme. Il y a des choses qu'il ignore et je dois enfin lui dire toute la vérité.

- Je vois. Puis-je vous poser une question indiscrète ?

- Je suis là pour y répondre.

- J'aimerais savoir ce qui s'est passé après pour vous et ce que vous avez ressenti ?

- Pour ce qui s'est passé après, vous le serez demain à la réunion. Quant à mon ressenti... Quand je suis devenu un homme, cela a été très dur. S'habituer à un nouveau corps n'a pas été de tout repos. J'ai hérité d'une taille un peu plus grande, ainsi que d'une musculature plus conséquente. Même si en tant que femme, j'étais déjà bien musclé. Il m'a fallu apprendre à marcher avec ce nouveau corps, me battre, vivre au jour le jour. Au début, j'étais assez gauche, le seigneur Arès se moquait toujours de ma maladresse ou de ma force que je ne contrôlais pas. Pour la seconde fois, il a été comme un précepteur qui apprend la vie à un jeune homme, il est devenu mon protecteur et mon père de substitution. Je dois dire que pisser debout n'est pas des plus facile pour une ancienne femme, même si toutes les femmes pensent le contraire, s'amusa Méthos faisant aussi rire Shion qui fit signe qu'il comprenait bien. Le temps passant, je me suis fait à mon nouveau statut. Parfois, je retrouve mon corps de femme. Pour s'amuser, les Dieux me le rendent, mais désormais, je suis assez mal à l'aise dedans. Je suis un homme à part entière. Du côté de mes états d'âmes, je dois reconnaître que j'étais en colère et très triste. J'avais perdu ma famille. Heureusement que j'avais toujours le seigneur Arès à mes côtés. À cette époque, je me complaisais dans les guerres et les bains de sang. Nous avons régné sur Sparte et la Grèce pendant une longue période. J'ai détruit beaucoup de vie, me trouvant toujours un argument pour me rassurer. Me disant que je le faisais au nom de la justice. J'ai honte d'avouer que j'ai tué aussi des innocents. Le seigneur Arès à tout fait pour me ramener à la raison et me rappeler qui j'étais. Une protectrice de l'humanité et pas sa destructrice. Ma colère n'est jamais retombée mais j'ai su en faire une alliée et m'en servir à juste titre. En ce qui concerne la tristesse, elle aussi n'a jamais vraiment disparu, on n'oublie jamais les siens et encore moins quand on rencontre presque tous les chevaliers qui ont repris leurs charges. Je veux toujours la mort des Dieux, mais je suis les ordres du mien. Je sais qu'il ne me contre pas pour me faire du mal, mais plutôt par peur des représailles, nous sommes une famille. En ce moment, c'est moi qui ai le rôle du père, mais il n'en reste pas moins le mien. Sachez qu'on s'est beaucoup disputé pour savoir si on venait ou pas. Personnellement, j'étais contre, mais je me suis fié à lui. Et même si je ne lui dirai jamais, je ne le regrette pas. Vous ne le lui répéterez pas ?

- Non, promis. Pour Athéna… je voulais vous parler d'elle.

Voyant Méthos lui faire un signe de tête pour l'inciter à continuer, il poursuivit.

- Il y a douze jours, j'ai eu une discussion avec Saori. Ces deux-cent-cinquante dernières années j'ai eu le plaisir de rencontrer deux jeunes femmes comme vous qui ont abrité l'âme de ma Déesse. Elles sont restées humaines jusqu'au bout. Et même si elles avaient son pouvoir, jamais l'âme d'Athéna ne s'est réellement manifestée. Je veux dire, vous êtes la personne qui a le plus connu votre mère...

- Et vous avez l'impression que d'une certaine façon elle est morte, ou qu'elle s'est peu à peu assimilée aux humaines qu'elle possède, faisant d'elles plus que des vaisseaux humains mais de vraies Déesses, portant son héritage.

- Oui, c'est ça.

- Je commence à me poser les mêmes questions quand je côtoie Saori.

- De plus je voulais vous dire qu'elle a peur. Elle m'a dit la chose suivante : « Shion ? Je… je sais que je suis Athéna, mais je suis aussi Saori Kido. Je ne sais rien de Sacha ou des autres jeunes femmes qui m'ont précédée, mais j'aimerais révolutionner ce sanctuaire. Je ne me souviens de presque rien sur Athéna, je veux dire sa première vie en tant que Déesse. Et je préférerais que ça reste ainsi. Est-ce mal de vouloir vivre par moi-même ? En me servant de ses pouvoirs pour continuer sa lutte, mais avec mes propres actions ? Au cours des guerres contre mes oncles, j'ai vu que nos résurrections pouvaient être différentes. Par exemple, Hadès voulait détruire l'âme de Shun pour posséder pleinement son corps, alors que Poséidon continue à partager le corps de Julian. Pendant que l'une des deux âmes est en éveil, l'autre dort. Pour autant, les êtres sont vivants. Mais pour moi, je ne sais pas ce qu'il en est. Je n'ai pas l'impression de partager mon corps avec une autre âme, mais j'ai plutôt le sentiment d'être restée la même, Saori Kido comme si à un moment, j'avais été annihilée définitivement par Athéna – peut-être depuis ma naissance –, mais qu'en tant que Déesse protectrice de la Vie Humaine je ne voulais pas reconnaître que j'ai pu tuer une humaine pour survivre. Shion, parfois je… Tout se mélange dans ma tête et j'ai peur, je ne sais plus qui je suis. Mais Deathmask m'a conseillé d'être plus humaine, de laisser mon cœur parler, car j'avais la chance de pouvoir le faire… Mais ai-je le droit de le faire ? ». Je veux que vous compreniez que Saori n'est pas votre mère, elle est aimante et généreuse. Elle veut le bien-être des siens. Je sais que vous ne pourrez pas lui faire confiance, mais faites-moi confiance, Saori ne vous trahira pas.

- Vous avez fait le choix de me faire confiance car Camus me fait confiance alors je vais faire de même. Je vais vous faire confiance et par extension à Athéna, mais je veux des preuves. Si elle nous trahit, je la tuerais de mes mains et même le seigneur Arès ne m'arrêtera pas.

- Bien faisons comme ça, conclut Shion.

Le Grand Pope était ravi d'avoir une chance de pouvoir peut-être arranger les choses entre eux. Car même si Saori n'était pas la mère de Méthos, elle n'en restait pas moins sa famille la plus proche, d'une certaine façon. Si les deux faisaient la paix, peut-être que la paix régnerait à nouveau, peut-être que tous pourraient avancer dans l'avenir.

Il vit ensuite Méthos se lever et prendre congé de lui. Il s'empressa de convoquer Noémie, il lui parla de la réunion du lendemain matin, de tous les invités à convoquer à l'exception d'un en particulier, puis il ajouta qu'il s'absenterait tout l'après-midi, désirant aller faire lire à Camus les deux biographies.

Enfin, chacun retourna à ses activités.