Plop bonsoir !

Et voici un recueil pour les textes sur The Witcher écrits lors des Nuits du Fof, où il faut écrire sur un thème en une heure. N'hésitez pas à m'envoyer un PM si vous avez des questions à ce sujet !

Nuit 145

Thème n°1 : Ascension


Résumé : Pour la première fois depuis qu'il arpente la Voie, Vesemir doute.

Rating : T

Personnages : Vesemir, Geralt, Eskel


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01# Petits Sorceleurs

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Vesemir n'a jamais douté de son parcours sur la Voie. Il a gravi les étapes comme il a gravi le sentier vers Kaer Morhen des années - presque une vie - auparavant. Sans hésiter, sans jamais lâcher face aux difficultés, son ascension jusqu'à être l'un des meilleurs de son ordre lui a toujours semblé une évidence.

Pourtant, ce soir, maintenant qu'il a brûlé les corps de ses camarades, qu'il a nettoyé la chaque couloir de la bâtisse pour la rendre de nouveau habitable pour les plus jeunes, Vesemir doute. Il ne sait pas s'occuper des apprentis Sorceleurs. Il a toujours esquivé cette tâche avec plus ou moins de brio selon les hivers, mais il n'a plus le choix, maintenant.

S'il échoue, ce sont ces petits qui mourront parce qu'il ne leur aura pas donné assez d'outils pour survivre.

S'il échoue, c'est de son ordre dont il abrégera l'agonie. Les Sorceleurs sont voués à disparaître, maintenant qu'il n'y a plus de mutations possibles. Peut-être ne devrait-il pas lutter autant. Peut-être devrait-il laisser partir les petits et leur dire de se débrouiller. Il n'est pas du même bois que les instructeurs. Il n'a jamais été doué avec les enfants.

― Bon sang, Deglan, que dois-je faire ? murmure-t-il en observant l'arbre au milieu du réfectoire, couverts de médaillons au sang séché qu'il n'a pas eu le courage de nettoyer.

Vesemir a besoin de son mentor. Pour la première fois depuis longtemps, il ne sait pas quoi faire ; la situation le dépasse. Mais il est seul, désespérément seul, avec les rares survivants du massacre. Il n'a pas le droit de vaciller, pour les vies qui dépendent de lui et qui dorment actuellement à l'étage. Il n'a pas le droit de les abandonner ; aucun n'a demandé à être là. Aucun n'a demandé à devenir un Sorceleur.

Un rire amer lui échappe. Il était bien le seul gamin à la fois assez désespéré et à la fois plein de rêves d'une vie meilleure pour venir de lui-même à Kaer Morhen.

Vesemir prend une gorgée d'alcool à la bouteille, alors qu'il se détourne de l'arbre qui lui rappelle tous ceux qu'il a perdu et dont il n'a pas le temps de faire le deuil pour perdre son regard dans les braises rougeoyantes de la cheminée. Il devrait rajouter du bois ; les petits risques d'avoir froid au réveil, sinon.

Des légers bruits de pas dans son dos le sortent de sa contemplation et il reprend une gorgée d'alcool, quand bien même il ne peut pas se permettre de s'enivrer. Il a envie de hurler tant il y a de choses qui tournent dans sa tête, tant de douleur, de colère, de chagrin, mais il enfouit ses émotions sous des couches d'indifférence, parce qu'il n'a pas le droit de se laisser aller. Pas quand une vingtaine de vies dépendent de lui.

― M'sieur ?

― M'sieur Vesemir ?

Vesemir soupire en reconnaissant la voix de Geralt et d'Eskel, deux des plus jeunes et les responsables de la moitié des cheveux gris de Deglan avec leurs manquements répétés aux règles. En temps normal, il devrait les disputer pour être en dehors de leur chambre à cette heure, mais il ne peut pas leur en vouloir de ne pas trouver le sommeil depuis la purge.

― Venez vous asseoir, sales mômes.

― On peut ?

― Si je vous le propose.

Eskel et Geralt lui obéissent en silence, l'air sombre de ceux que les cauchemars n'ont pas laissés en paix sur leur visage juvénile. Vesemir hésite un instant, avant d'effectuer le geste préféré de son propre père avec lui, une éternité auparavant. Il lève ses mains et vient les poser sur leur crâne, frottant doucement leurs cheveux en espérant les apaiser un peu.

― Vous voulez en parler ?

― Comment tu fais ? Pour ne rien ressentir ? demande soudain Eskel. Maman, elle disait que les Sorceleurs ne ressentaient rien, alors pourquoi…

L'enfant aux cheveux noirs pose une main sur son cœur et agrippe sa chemise. Est-ce même encore un enfant ? Il a passé l'épreuve des herbes, il a vu une boucherie causée par la peur et l'intolérance. Il a dû grandir vite, trop vite, en une journée à peine. Geralt semble plus imperturbable, mais Vesemir note qu'il tient entre ses doigts le poignet d'Eskel, comme pour se raccrocher à quelque chose.

L'adulte a un goût amer sur les lèvres alors qu'il repose sa bouteille au sol.

― C'est des histoires, ça. On est peut-être plus insensible que la plupart des gens, mais aucune mutation n'a encore pu nous enlever toutes nos émotions.

― Alors pourquoi ?!

Il y a un instant de silence et Vesemir est tenté de mentir, avant de voir les larmes au bord des yeux d'Eskel et la supplique silencieuse dans les yeux de Geralt. Ce ne sont peut-être plus des enfants, mais il sont encore tellement loin d'être des adultes. C'est son rôle désormais de les accompagner sur la Voie pour qu'ils puissent ensuite la parcourir à leur tour seuls, sans mourir stupidement.

Vesemir n'est pas certain d'être à la hauteur d'une telle tâche.

― Je n'ai pas dit que je ressentais rien. Mais je suis responsable de vous, désormais. Je ne peux pas vous délaisser pour faire mon deuil. Je ne peux pas m'effondrer, sinon vous n'aurez personne sur qui vous reposer, les mômes.

Avec un soupir, il défait l'agrafe de sa cape, la déposant sur les épaules des deux garçons, avant de se relever pour rajouter une bûche dans l'âtre et relancer le feu. En silence, il se rassoit à leurs côtés, conscient qu'il ne peut pas être avec eux comme Deglan l'était. La situation a bien trop changé pour ça. Il serre le poing, hésitant un instant avant de passer un bras autour de leurs épaules pour les rapprocher de lui. Est-ce qu'il fait les bonnes choses ? Est-ce qu'il arrivera à gagner la confiance de ces gamins qui n'ont plus que lui ?

Vesemir aimerait tant avoir la confiance et l'assurance de Deglan, à cet instant..

― Réchauffez-vous avant d'aller vous rendormir, d'accord ?

Et, lorsqu'Eskel et Geralt s'endorment contre lui au lieu de retourner dans leur lit, Vesemir songe qu'il a le choix d'être digne de la Voie ou de l'abandonner. Mais il est trop loin dans son ascension pour imaginer un instant la quitter. Ce n'est qu'une étape, qu'une difficulté de plus qu'il surmontera comme les autres, sans jamais faillir.

Vesemir se jure de tout faire pour protéger et préparer ses petits au monde qui les attend dehors.

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