Hello ! Je suis contente de poster enfin un texte sur ce fandom. Je l'ai découvert il n'y a pas longtemps et je suis complètement tombée sous le charme des personnages. J'ai hâte de pouvoir m'amuser avec eux. Ce recueil regroupera donc des OS écrits lors des nuits du FoF. Il s'agit d'un jeu d'écriture où il faut rédiger un texte en 1h sur un thème donné. Si vous voulez plus d'informations, n'hésitez pas à me le demander !
Bien évidemment, les personnages appartiennent uniquement à Kafka Asagiri !
Le titre de ce recueil est tiré du poème Sur le lac de Chûya Nakahara.
Merci beaucoup à Moira-chan pour m'avoir bien encouragée à reprendre l'écriture et pour avoir relu ce texte. Sans toi, je pense que je ne l'aurais même pas écrit. T'es la meilleure, ne l'oublie jamais :)
Je vous souhaite une bonne lecture...
Thème : Compter
Personnages : Chûya & Dazai
Se sentir humain
Confortablement installé sur son divan, Chûya déboucha la bouteille de vin qui se trouvait sur la petite table face à lui, avant de se pencher légèrement pour sentir l'odeur qui s'en dégageait. Son corps fut parcouru d'un frisson tandis que ses yeux lançaient un regard appréciateur sur l'étiquette. Un Petrus de 89. C'était la première fois qu'il allait en boire. Il avait pourtant cette bouteille depuis des années, mais il avait longtemps attendu qu'une occasion spéciale se présente pour enfin pouvoir y goûter. Il aurait aimé la partager avec quelqu'un d'autre. Le vin était toujours meilleur lorsqu'on le buvait avec une autre personne, après tout. Mais ce soir, il était seul. Son appartement lui paraissait même d'autant plus silencieux maintenant qu'il savait que son partenaire n'y entrerait plus jamais.
Chûya inspira profondément, tout en se servant un grand verre. Les émotions tourbillonnaient en lui, aussi puissantes qu'un ouragan. Mais Chûya les repoussait parce qu'il était hors de question qu'il se mette en colère. Dazai avait trop souvent réussi à le mettre en rage, mais aujourd'hui, il n'allait pas gagner. Chûya comptait bien profiter de sa soirée. Il porta alors le liquide jusqu'à ses lèvres. Le vin coula le long de sa gorge, lui produisant une sensation agréable. Eh bien... Clairement, cette bouteille valait son prix. Il avait eu raison de l'ouvrir pour une telle occasion. Après tout, il se devait de célébrer le départ de Dazai ! Jamais plus cette machine à bandages ambulante ne débarquerait chez lui pour se moquer de sa taille, de son chapeau ou de n'importe quoi d'autre. Non, il ne reviendrait pas. Chûya en était débarrassé pour de bon. Ça le soulageait. Bien sûr que ça le soulageait ! Il n'avait pas du tout passé la journée de la veille à vérifier les derniers cas de suicides, ni les dernières admissions dans les hôpitaux avant que Mori ne lui confirme son départ de la Mafia ! Absolument pas ! Il était juste heureux de ne plus avoir à se taper ce misanthrope congénital... ! Il l'était... non ?
Chûya but une deuxième gorgée, tentant de se détendre. Malgré ses efforts, la colère commençait à grimper dans son corps. Pourquoi n'arrivait-il pas à se réjouir de son départ ?! Dazai n'allait certainement pas lui manquer ! D'accord, il ne pourrait plus jamais former le Double Black avec lui. Mais était-ce si grave, dans le fond ? Chûya avait aimé faire partie de la meilleure équipe de la Mafia et être important pour l'organisation, oui, mais il trouverait bien une autre façon de l'être. Le travail ne lui avait jamais fait peur. Il allait prouver à Mori qu'il était à la hauteur, même sans Dazai. Alors non, Double Black n'allait pas non plus lui manquer. De toute façon, Chûya détestait faire équipe avec Dazai. Parce qu'à chaque fois qu'ils avaient dû travailler ensemble, Chûya avait été obligé de s'en remettre à lui. Il avait suivi ses plans. Il avait même mis sa vie entre ses mains un nombre incalculable de fois. Il avait été jusqu'à utiliser la Corruption. Il lui avait fait confiance !
D'un geste brusque, Chûya claqua alors son verre contre la table, manquant de peu de renverser du vin sur le bois. Il jura. Un hurlement de fureur résonnait dans tout son corps, sans qu'il ne parvienne à le sortir de lui. Il lui avait fait confiance ! Il avait toujours compté sur Dazai pour le ramener à temps ! Il n'avait même jamais douté un seul instant de lui lorsqu'il libérait sa véritable capacité ! Parce qu'il savait – avait toujours su – qu'il pouvait compter sur Dazai pour ne pas le laisser sombrer sous le coup de la Corruption !
La Corruption... Chûya reprit son verre et le porta une nouvelle fois jusqu'à ses lèvres tout en réalisant qu'il n'aurait désormais plus à l'utiliser. Sans Dazai, cette arme devenait bien trop dangereuse. C'était une bonne chose. Chûya devrait en être content. Il n'aimait pas utiliser la Corruption. C'était douloureux et son autre visage ressortait alors. Cette inhumanité qu'il craignait tant... Pourtant, ça faisait partie de lui. Et il n'y avait qu'avec Dazai qu'il pouvait être complet parce que... parce que sa main le ramenait toujours. Parce que son toucher était la seule chose qui le faisait se sentir réellement humain.
Chûya s'était nourri tant de fois de cette sensation. Il y aspirait plus que tout. Dazai ne s'était jamais moqué de ses doutes sur son humanité. Il n'avait même que très rarement abordé le sujet. Il savait probablement que c'était une ligne qu'il ne devait pas franchir. Parce que, contrairement à ses autres moqueries, Chûya ne s'en remettrait pas. Ces questions l'avaient hanté de nombreuses nuits et elles continuaient encore de le faire certains soirs. Qui était-il ? Était-il autre chose qu'un simple réceptacle pour Arahabaki ? Était-il humain ? Avait-il seulement le droit d'être un humain ? Ces doutes tournaient en lui avec tant de force qu'ils avaient bien souvent manqué de peu de le noyer. Mais auprès de Dazai... Auprès de Dazai, Chûya n'avait jamais douté. Parce que ce toucher existait. Ce toucher qui lui montrait qu'il était bien plus qu'un corps pour un dieu destructeur. Et Chûya... Inconsciemment, Chûya s'était mis à compter sur lui pour se sentir humain.
Mais Dazai était parti, à présent ! À cette pensée, ses doigts se resserrèrent. Chûya jugea alors plus sage de reposer son verre avant de le briser en mille morceaux. Il inspira profondément, puis serra les poings. Que n'aurait-il pas donné pour avoir Dazai en face de lui en ce moment même ! Comment avait-il osé partir sans rien lui dire ?! Chûya avait bêtement cru que ce toucher était également important pour Dazai ! Ah ! Il avait été si naïf. Chûya se désespérait parfois. Combien de fois encore devrait-il se faire trahir pour comprendre la leçon ? Dazai se moquait bien de lui – s'était toujours moqué de lui ! Il n'y avait donc réellement que de la haine entre eux. Et c'était bien. C'était parfait ! Jamais plus Chûya ne se ferait avoir, de toute façon ! Dazai avait définitivement brisé la confiance qu'il lui avait aveuglement accordée.
Chûya n'allait pas se lamenter. Oh ça, non ! Demain, lorsqu'il se présenterait dans les bureaux de la Mafia, il mentirait. Il raconterait à tout le monde qu'il avait fêté dignement le départ de son ancien partenaire qu'il détestait plus que tout. Oui, demain, il sourirait et il se montrerait inébranlable, comme toujours. Il y mettrait tant d'énergie qu'il finirait par y croire lui-même. Mais ce soir... Ce soir, alors que la solitude l'étreignait, il ne se sentait pas capable d'une telle force. Il ne pouvait se mentir. Pas à lui-même.
La colère laissait doucement sa place à un tout autre sentiment. Un sentiment que Chûya aurait tant voulu pouvoir ignorer. Furieux contre lui-même, Chûya reprit pour la deuxième fois son verre et fit couler le vin sur sa langue, laissant un arrière-goût amer dans sa gorge. Désormais, il ne pouvait plus compter que sur lui-même pour exister en dehors d'Arahabaki. Il l'avait fait avant de connaître Dazai, bien sûr. Il en était donc capable. Pourtant... maintenant qu'il connaissait la sensation de ce toucher, il ne savait pas s'il allait y arriver. Et il ne voulait pas le savoir ! Il n'aurait même jamais dû être en position de le savoir ! Parce que Dazai n'aurait jamais dû partir. N'aurait jamais dû le laisser derrière, comme si Chûya ne comptait pas du tout pour lui ! Ah ! Encore cette naïveté. Évidemment qu'il ne comptait pas pour lui. Chûya était bien forcé de voir la réalité en face... Mais pourquoi ? Pourquoi fallait-il que sa souffrance soit plus forte que sa haine ?
En cet instant, il le savait... Si Dazai franchissait la porte de son appartement, Chûya ne lui crierait pas dessus, il n'essayerait même pas de l'attaquer. Au contraire, il se sentirait soulagé, profondément soulagé, et partagerait avec plaisir cette bouteille avec lui. Et alors, peut-être... peut-être que Dazai se pencherait vers lui et glisserait ses doigts sur sa peau, faisant taire définitivement tous ses doutes. La porte ne s'ouvrirait jamais, il le savait. Et demain viendrait bien assez tôt. Mais, juste l'espace de quelques heures, Chûya voulait se laisser aller à cette faiblesse qu'était l'espoir...
Merci de m'avoir lue !
