Bonjour à tous ! Je publie enfin le premier chapitre de cette fic. Elle trainait sur mon ordi depuis un bout de temps. J'espère qu'elle vous plaira ! N'hésitez pas à me dire vos impressions. Je publierai tout les moins, peut être moins. Bonne lecture !
Chapitre 1
Les rayons du soleil trouvèrent leur chemin à travers les persiennes de la fenêtre, et illuminèrent peu à peu le visage de la jeune femme endormie. Cette dernière, fit la grimace, tentant d'imaginer que le soleil, voyant cela, allait s'échapper et la laisser s'assoupir à nouveau. Mais les minutes passèrent, elle ne put plus ignorer ce trait de lumière gênant, et dut se forcer à se relever.
S'étirant de tout son long, comme un chat, elle se frotta ensuite les yeux, avant de se regarder dans le miroir, qui se trouvait prêt de son lit. Ses cheveux en bataille, ses yeux bouffis par le manque de sommeil, la trace de l'oreiller de part et d'autre de sa joue, elle avait une mine affreuse. Attrapant un t-shirt assez large, et un short, elle traversa l'étroite pièce, pour rejoindre le balcon, en ouvrit discrètement la pièce, et s'y engouffra.
Frissonnant un peu, se maudissant de ne pas s'être plus habillée, elle s'accouda à la rambarde de son balcon, et attrapa le paquet qui trainait par terre. Sortant une cigarette, la collant entre ses lèvres, elle l'alluma, et regarda le monde qui se réveillait à ses pieds.
« Je devrais arrêter » se dit-elle, « Je vais finir par arrêter ».
A chaque cigarette qu'elle fumait, elle se promettait cela, mais sa promesse partait à chaque fois en fumée, lui laissant un arrière-gout amer.
Venant de la campagne, elle se trouvait à chaque fois amusée et étonnée par l'immensité de la capitale. Chaque matin, elle venait ici, pour observer la rue en contrebas qui s'animait : Les commerces qui ouvraient, leurs devantures bien rangées, les passants qui pressés, traversaient la ville, en quête de travail, les enfants qui impressionnés par le chaos de la rue, se tenaient la main, le sac sur les épaules, les badauds qui flânaient, dans la fraicheur du matin, cherchan le réconfort du soleil.
Elle n'était pas habituée au bruit ambiant de la ville, toute cette cacophonie semblait vivre telle une vraie entité, se mouvant au rythme des habitants de Central. Elle y trouvait une certaine harmonie, s'étonnant que les habitants puissent vivre ainsi.
« Tu es déjà réveillée ? »
Fermant les yeux, elle se maudit d'avoir oublié ce détail. Finissant sa cigarette, elle l'écrasa dans le cendrier et se tourna. Devant elle, se trouvait un jeune homme inconnu, qu'elle avait rencontré la veille, mais dont le prénom ne lui revenait pas. Il s'était drapé avec la couette du lit de la jeune fille, et lui souriait naïvement. Elle allait devoir être directe, encore une fois.
« Je vais devoir partir.
- Déjà ? Il est très tôt.
- J'ai un entretien d'embauche, je peux te faire du café. »
Elle passa devant lui, se disant qu'il n'allait pas être facile à faire partir, et se déplaça vers la cuisine adjacente au salon. Elle sortit une tasse de l'évier, puis commença à moudre le café, puis conscience qu'il s'était installé à table, comme si de rien était et qu'il la fixait, toujours drapé de la couette.
« Un entretien d'embauche pour quel travail ? »
Il n'allait pas du tout la lâcher. Il fallait qu'elle trouve un moyen qu'il parte, elle allait être en retard.
« Je travaille pour l'armée, répondit-elle assez sèchement pour qu'il comprenne.
- Génial ! Tu es militaire c'est ça ? J'aurais pu dire une fois dans ma vie que j'ai passé la nuit avec une militaire ! »
Elle grimaça, à sa remarque, se maudissant de l'avoir ramené hier soir, et lui fit glisser la salle de café sur la table. Alors qu'il la remerciait, et lui souriait, elle leva le regard pour observer son appartement.
Elle venait à peine d'arriver à Central, depuis trois semaines, et n'avait pas eu le temps de déballer ses affaires. Son appartement de fonction n'était pas très luxueux. Il s'agissait d'un logement très exigu, dans lequel la pièce à vivre rassemblait à la fois la cuisine, le salon, et une chambre, dont elle avait marqué la séparation de fortune avec un paravent. Une minuscule salle de bain adjacente, était le seul plaisir qu'elle avait pu choisir, avec son petit balcon donnant sur la rue.
Ayant vécue pendant des années dans des dortoirs partagés, souvent mixtes, elle n'allait pas se plaindre de cet appartement. Mais elle n'avait pas eu le cœur de déballer ses cartons, qui meublaient l'entièreté de sa pièce.
« Riza ? »
Mince, voilà qu'il lui reparlait. Et qu'il connaissait son prénom. Il avait dû s'en souvenir.
« Oui ?
- Je te demandais simplement à quoi tu pensais, et si….
- Je pense qu'il faudrait que tu t'habilles déjà, il faut que je me prépare. »
L'homme ne répondit pas, mais elle vit son sourire se figer peu à peu. Il finit son café, l'emmena dans l'évier, puis alla s'habiller dans un silence de mort. Riza le fixa, sans rien dire, en se disant que peut être elle avait été trop sèche : il n'avait pas été désagréable. Elle se souvenait qu'elle l'avait rencontré la veille, dans le bar qu'elle fréquentait depuis qu'elle était arrivée à Central. Elle se souvenait des verres, de la musique, des rires, de la bonne ambiance, puis tout devenait de plus en plus opaque, et voila qu'il était en train de lacer ses chaussures devant elle.
Ce n'était pas qu'ils étaient particulièrement désagréables, ou qu'elle n'aurait pas voulu les revoir, mais elle devait se concentrer sur son travail : c'était sa priorité, depuis toujours.
Tournant le regard, perdue dans ses pensées, elle regarda cette seule photo qu'elle avait sorti de ses cartons, qui trônait sur le mur de son salon. Une photo jaunie par le temps, sur laquelle trois jeunes bercés d'insouciance souriaient à pleines dents, dans leurs uniformes militaires tout neufs.
« Je vais y aller, annonça l'inconnu, ses affaires à la main, le sourire toujours au visage.
- Laisse moi te raccompagner, proposa Riza en se levant vers la porte. »
Elle ouvrit la porte de son petit appartement, son cœur se serrant en voyant le sourire du jeune homme qui ne se ternissait pas malgré l'agacement qui se dégageait de Riza.
« J'ai passé une excellente soirée, Riza, souffla-t-il, en passant près d'elle pour se tenir dans l'entrée de l'appartement, J'espère qu'un jour on pourra se voir.
- J'ai mon nouveau boulot qui démarre et …
- J'ai dit un jour, remarqua-t-il en souriant, Tu n'es pas obligée d'accepter. Mais je l'espère. »
Elle garda le silence, alors qu'il se tenait devant chez elle, tout sourire, ses yeux verts pétillants de bonne humeur.
« Je te souhaite une bonne journée, dit-il, Bonne chance avec ton travail.
- Merci, toi aussi ….
- C'est Michael. Fischer.
- Bonne journée, Michael »
Après un dernier sourire, il la salua poliment et partit aussi vite qu'il était arrivé dans sa vie, laissant Riza sur le palier de son appartement, se demandant comment avait-elle pu oublier si facilement son prénom. Il avait l'air charmant.
« Mince, il faut vraiment que je m'habille ».
Se pressant voyant que l'heure filait, elle zigzagua entre les cartons éparpillés sur le sol, à la recherche de celui contenant ses vêtements. Elle choisit un tailleur simple, noir, et une chemise cintrée blanche : On lui avait bien ordonner de laisser son uniforme chez elle pour ce jour-là.
Elle jeta un regard à son uniforme, qui propre, était étendu sur un cintre, accroché au paravent de sa chambre. Elle n'aimait pas s'habiller en civile, sans cet uniforme lui collant à la peau, elle avait l'impression de se sentir nue, visible, vulnérable. Mais elle devait obéir aux ordres de son supérieur.
Sa salle de bain était ridiculement petite, mais elle devait s'avouer heureuse de ne plus avoir des douches collectives. Les derniers endroits ou elle avait été affectée avaient été des dortoirs fades, dans lesquels elle avait dû partager le moindre centimètre.
Militaire depuis son adolescence, elle avait appris à se contenter de peu, et se sentir l'eau couler sur sa peau, sans qu'elle ne soit froide, dans une douche à elle, était un réel plaisir.
Alors qu'elle était dans la douche, se prélassant, bénissant ce moment ou elle avait appris que les frais de cet appartement était pris en charge par son supérieur, elle entendit sa porte d'entrée s'ouvrir, et une voix héler :
« Riza ? Tu es là ? Je viens t'emprunter du lait !
- Sérieusement ?! hurla-elle mis amusée, mi-étonnée par la situation.
- J'avais une soudaine envie de lait !
- Sers-toi, je suis sous la douche ! »
Finissant sa douche en quelques minutes, elle s'habilla, enfilant son tailleur, coiffant ses cheveux strictement, puis sortit de sa salle de bain.
Elle ne fut en rien surprise de trouver un jeune homme dans son canapé, les pieds sur le carton qui lui servait de table basse, la bouteille de lait sur les lèvres. Il ne connaissait vraiment pas les limites.
« La prochaine fois que tu me demandes mes clés, Jean, prononça-t-elle en masquant son sourire, Je te dirais non ! Je ne suis pas une épicerie !
- C'est aujourd'hui ton premier jour ? Ton entretien ? demanda-t-il en montrant sa tenue avec la bouteille de lait.
- N'esquive pas ce que je t'ai dit Havoc !
- Ah la, on passe de Jean à Havoc ! Il est ou le temps ou tu m'appelais beau-frère, ou frérot.
- Jusqu'à preuve du contraire, tu n'es toujours pas un homme marié, donc ça restera Jean ou Havoc. Je pense même t'appeler Monsieur Havoc, ou même ne pas t'appeler du tout.
- Tu me brises le cœur, mima-t-il en s'effondrant de tout son long sur le canapé. »
Elle traversa les deux mètres qui les séparaient, et lui tapa amicalement l'épaule, en explosant de rire. Il se redressa d'un coup, l'attrapa pour l'assoir à ses côtés, et lui claqua un baiser sur la joue avec entrain.
« Bonjour ma belle-sœur préférée, lui clama-t-il, Merci pour le lait.
- Pourquoi es-tu réellement chez moi à 8 heures du matin, Jean ?
- Tu as une cigarette pour moi ? »
Elle se leva pour aller chercher le paquet qu'elle avait laissé sur le balcon, et quand elle revint, elle vit que le regard de Jean était perdu dans le vide, et qu'il tapotait sa jambe allongée nerveusement.
Lui faisant rouler la cigarette, qu'il alluma presque automatiquement, avant de la fumer tout aussi rapidement, elle se demanda pourquoi son ami se trouvait, si calme, à huit heures du matin dans son appartement. Il venait souvent chez elle, mais jamais aussi tôt.
« Tu ne vas rien me dire n'est-ce-pas ?
- Ne t'inquiète pas, répondit-il en soufflant sa fumée, J'avais envie d'aller au travail plus tôt.
- Tu devrais te ménager. Fais attention à toi.
- Je vais bien, répondit-il en l'enlaçant et en la serrant contre lui, Veux-tu que je t'emmène ?
- Si cela ne te dérange pas.
- Ne dis rien à ma femme alors, chuchota-t-il en rigolant, Je suis un homme presque marié, il faudra que cela reste secret. »
Face à ses plaisanteries, elle explosa de rire en se levant, mais elle vit que le regard de Jean, qui amusé lui souriait, ne semblait pas s'éclaircir. Elle ne savait pas ce qu'il s'était passé entre lui et sa future femme, mais elle se promit d'aller voir son amie au plus vite. Le mariage approchait, peut être que les tensions avaient rendu Jean nerveux. Ou alors était-ce un problème qu'elle ne connaissait pas. Elle n'appréciait pas de le voir ainsi.
Perdue dans ses pensées, elle ne l'entendit pas se lever, mais son râle de douleur la ramena à la réalité, alors qu'il tentait de se relever, et de se hisser grâce au canapé. Attrapant la canne qu'il avait posé prêt du sofa, elle lui tendit pour l'aider, et le vit s'y appuyer avec un soufflement de contentement.
« Sacrée jambe, soupira-t-il en boitant vers l'entrée, Sacrée vie. »
Riza sentit son cœur se serrer, à voir son ami souffrir ainsi, et un sentiment de culpabilité l'envahit à nouveau, sa main cherchant presque automatiquement son bras pour le gratter avec violence. Elle était la cause de son malheur, et le voir ainsi chaque jour ne faisait qu'accentuer son mal-être.
« Riza, arrête de te torturer, lança Jean de dos, et vient m'aider à descendre cet escalier de malheur ma belle. »
Sans répondre, attrapant son manteau et son sac d'une main, elle s'avança vers lui, et claqua la porte de son appartement, avant de glisser son bras sous le bras libre de Jean, et d'entamer la descente de l'étage les séparant du rez-de-chaussée.
Levant un œil vers lui, elle observa son regard fatigué, souligné par des cernes noirs, et une barbe de trois jours, éparse. La vie n'avait pas été tendre avec le jeune homme. Elle se souvenait encore de lui, jeune adolescent, le sourire aux lèvres, leur hurlant qu'il allait devenir un jour le Général de l'armée, et qu'il rendrait fiers ses parents. Comment aurait-il pu savoir quelle calamité allait éprouver les militaires de ce pays. Personne n'aurait pu prévoir. Riza, elle-même, aurait voulu être prévenue.
Arrivés au rez-de-chaussée, ils traversèrent le hall d'entrée, encadré par les boites aux lettres, et sortirent du bâtiment. Riza frissonna, alors que la brise caressait son visage, et chercha du regard la voiture de Jean.
« Par là-bas, dit-il en lui faisant un signe du menton, Je ne pouvais pas me garer ici.
- Tu as le droit avec ta canne, tu le sais.
- Ne dis pas de bêtises, allons-y tu vas finir par être en retard. »
Elle l'aida à marcher jusqu'à sa voiture, et prêt du véhicule, il lâcha son étreinte de fierté, pour se glisser sur la place du conducteur. Depuis qu'il avait pu retrouver la force de marcher à nouveau, sa condition avait été qu'il voulait conduire sa voiture. Elle ne l'avait jamais vu s'assoir à une autre place, que derrière le volant, et elle s'inquiétait encore de voir qu'il forçait sur sa jambe, ignorant totalement sa condition physique et sa santé. Mais il n'écouterait jamais.
Durant le trajet, alors qu'elle lui indiquait la route, ils discutèrent de la météo, de la journée de travail de Jean, du spectacle qu'ils étaient allés voir lui et sa femme pendant le week-end, et Riza put se détendre. Elle ne connaissait que très peu d'informations sur son nouveau travail, mais comme à chaque fois, elle sentait un stress glisser sous sa peau, et s'immiscer dans son cœur peu à peu. Elle n'aimait pas ne rien savoir, et se maudissait de ne pas avoir insister auprès de ses supérieurs.
Dépliant la feuille qui se trouvait dans son sac, elle essaya d'intégrer les informations qui s'y trouvaient.
« Ai-je le droit de te demander ou ils t'envoient cette fois-ci ?
- Sécurité, répondit-elle, Je ne connais pas le nom de la personne. Simplement la date , et l'ordre de ne pas mettre mon uniforme.
- C'est rare de te voir sans. Cela me fait penser au lycée.
- Mon uniforme me manque. J'espère que cette mission ne durera pas.
- Et tu seras encore déployée loin de nous ! Tu es vraiment sans cœur Riza Hawkeye ! »
Elle esquissa un sourire, et continua de lire ses informations, alors qu'il sifflotait un air de chanson connu. Cela l'apaisait de voir Jean à ses côtés, elle n'avait pas la chance de voir souvent sa famille. Le reste de famille qui lui restait.
« On est arrivés, lança Havoc, en se garant devant le bâtiment qui leur faisant face, Ce bon vieux Quartier général. Tu salueras les autres pour moi.
- Tu ne veux pas t'arrêter et les saluer ?
- Ça va aller Riz', on m'attend. »
Elle descendit du véhicule après lui avoir donné une tape amicale sur l'épaule, en essayant d'ignorer la tristesse qui voilait les yeux de Jean alors qu'il regardait le Quartier Général qui se dressait devant eux. Jean n'attendit pas qu'elle se soit retournée, et redémarra presque automatiquement, en la saluant de la main. Cela faisait des années qu'elle ne l'avait pas vu par ici, et l'idée qu'il puisse un jour arriver à passer le portail qui séparait ce bâtiment de la vie civile, lui paraissait irréalisable.
Passant le portail, elle salua les deux soldats qui gardaient l'entrée, en montrant le badge qui prouvait qu'elle travaillait bien ici, seule preuve de son statut de lieutenant en l'absence de son uniforme. Qu'elle n'aimait pas ne pas le porter. Elle se sentait illégitime d'entrer dans cet endroit qu'elle connaissait oh trop bien sans ses galons.
« Lieutenant Hawkeye ! »
Elle se retourna en entendant son nom, ainsi héler dans la cour du Quartier Général, et esquissa un sourire en voyant un géant blond lui foncer dessus, en uniforme, le sourire aux lèvres.
« Commandant Armstrong, quelle joie de vous revoir ici.
- Et moi dont ! Je ne vous ai pas vu depuis que je suis venu dans l'Est. Comment va ce vieux Grumman ?
- C'est du lieutenant-général que vous parlez ! ironisa-t-elle en prenant une voix sérieuse, les jeunes vont vous entendre ! »
Il explosa de rire, de ce rire si tonitruant, qui lui collait à la peau, faisant se retourner plusieurs jeunes recrues qui parcouraient la cour.
« Qui allez vous rencontrer au Quartier Général ?
- Je dois voir le Général de brigade Basque Grand.
- Je vous laisse y aller alors, on m'attend. »
Elle salua Alex Louis Armstrong d'un signe de tête, puis d'un salut militaire plus cordial, avant de le laisser dans la cour du Quartier Général, et d'entrer dans le bâtiment principal.
Marchant entre les couloirs bondés, elle fut surprise de voir toutes les nouvelles recrues courir partout. Elle était venue souvent ici au cours de sa carrière, même si elle dépendait de la caserne de East City, mais n'avait jamais vu l'endroit aussi habité. L'image de l'armée dans leur pays était si marquée, qu'ils continuaient à attirer de jeunes êtres naïfs au cœur pur, voulant défendre leur nation. Amestris était un pays belligérant, occupé à combattre de nouvelles guerres, en plus de conflits internes qui avaient bousculés le paysage. Le fait que l'armée continue à attirer de nouvelles recrues devait ravir les dignitaires du pays.
Arrivée devant le bureau du Général de brigade, elle s'arrêta quelques secondes, un frisson d'angoisse traversant son corps, des flashs de cris lui revenant en tête alors qu'elle portait la main sur la poignée. Après tout ce qu'il s'était passé, elle n'aurait pas pensé se trouver devant cette immense porte marronne à nouveau. Elle se sentit trembler à l'idée d'entrer dans ce bureau, mais serrant ses poings avec violence, elle inspira avant de toquer à la porte, d'attendre qu'on l'y invite, et d'y entrer.
Claquant ses pieds dans son salut militaire le plus strict, main sur la tempe, elle scanda avec ferveur, tentant d'oublier ce frisson intenable qui traversait son cœur :
« Lieutenant Hawkeye, de retour de service dans l'Est.
- Repos Lieutenant. »
Sa voix caverneuse la fit frissonner d'horreur, et elle sentit sa main libre trembler avant de s'accrocher à son pantalon, comme un appel à l'aide nécessaire. Ses yeux regardaient au loin, essayant d'esquiver le regard de l'homme qui se trouvait derrière le bureau sombre, dans sa chaise.
« J'ai dit repos Hawkeye, insista-t-il d'une voix autoritaire. »
Se redressant d'un coup, elle descendit son regard, voulant croiser le sien, et elle s'aperçut qu'il s'était levé pour venir s'installer devant son bureau, lui faisant face. Son visage était fermé, strict, effrayant.
« Vous avez bien profité de votre temps de pause ?
- J'ai pu emménager dans mon appartement, répondit-elle froidement. »
Elle n'aimait pas le ton qu'il prenait, alors qu'il insistait sur le temps qu'elle avait du prendre en congés. Riza savait bien qu'il s'était complétement opposé au fait qu'elle ne vienne pas travailler pendant quelques temps, et il l'avait bien fait comprendre pendant plusieurs jours, en appelant à son domicile plusieurs fois. Cet homme était réputé pour sa ténacité, et la jeune femme n'aimait pas se trouver seule dans cette pièce à ses côtés. Mais il restait son supérieur hiérarchique.
Décidant de briser le long silence qui s'était installé entre eux, alors qu'il la fixait, tapotant ses doigts sur le bureau, d'une voix presque assurée elle demanda :
« Chef, puis-je vous demander ou je suis affectée à présent ?
- Toujours aussi entêtée et impatiente Hawkeye. Vos vacances ne vous ont pas réussi. Il faut croire que ce vieux Grumman vous chérissait un peu trop. »
Riza serra les dents de rage, déglutissant avec difficulté, se faisant force pour ne rien répliquer. Elle ne pouvait pas se permettre de faire encore une scène : elle ne voulait pas s'attirer plus de problèmes.
« Vous êtes affectée à la sécurité Lieutenant. Vous le savez très bien.
- Ou dois-je me rendre alors ?
Une personnalité importante a réussi à avoir l'aval du Généralisme pour sa protection. Il a demandé un de nos meilleurs soldats, indique Basque Grand en s'approchant dangereusement d'elle, Et a mon grand déplaisir, il s'agissait de vous. Il faut croire que vos connexions fonctionnent.
- Général de brigade, je …
- Taisez-vous ! tonna-t-il. »
Il se trouvait à présent à quelques centimètres d'elle, la dépassant, ses yeux criant tous les mots qu'il ne pouvait pas lui dire dans ce bâtiment. Sa mâchoire était durcie par la rage, et Riza porta la main à sa hanche, pour y trouver son arme de service, avant de se rappeler que cette dernière se trouvait dans son sac, posé à ses pieds.
« Vous allez aller à ce travail Lieutenant, et vous allez vous faire oublier. J'en ai assez de devoir me justifier au Général Raven pour vous. Vous allez à ce travail, vous faites votre boulot, et si ce dignitaire m'indique que vous avez été cordiale, sans faire aucune histoire, je reverrai votre affectation à un autre département. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Oui Général de Brigade Basque Grand.
- Gentille fille. Maintenant déguerpissez de mon bureau, et que je n'entende pas parler de vous Hawkeye !
- Monsieur, et pour mon affectation, pour l'adresse.
Allez embêter quelqu'un d'autre avec vos questions ! »
Il retourna à son bureau, en lui tournant le dos avec un geste de la main, comme pour lui indiquer de partir tout de suite, et elle ne se fit pas prier : elle aurait voulu fuir quelques minutes plus tôt.
Le saluant encore une fois, de manière formelle, elle lui tourna le dos, avant de sortir du bureau en vitesse, et de s'adosser au mur. Son corps tremblait de plus en plus, alors qu'elle tentait de reprendre son souffle, avec violence, sa vision devenant de plus en plus flou. Elle avait du mal à respirer, et elle se sentait tomber peu à peu : Elle ne pouvait pas, elle ne devait pas, il fallait qu'elle se ressaisisse.
« Lieutenant Hawkeye ? Vous allez bien ? Lieutenant Hawkeye ? »
Elle entendit son nom plusieurs fois, et elle se sentit revenir peu à peu à elle, et sa vision commença à s'éclaircir alors qu'elle voyait une jeune femme, effarée derrière ses grandes lunettes, qui continuait à demander à Riza si elle allait bien.
« Bonjour Sheska, je vais bien ne vous inquiétez pas.
- Vous semblez avoir du mal à respirer, voulez-vous que j'appelle quelqu'un ?
- Je comptais venir vous voir de toute façon, pouvez-vous me fournir les informations complémentaires à mon affectation.
- Ah oui ! Le général me l'a fournie, suivez-moi ! »
Riza se redressa, et suivit ce petit bout de femme, les bras croulant sous une pile de papiers, alors qu'elle se déplaçait sur quelques mètres pour rejoindre son bureau.
En entrant dans ce dernier, Riza esquissa un sourire, car il ressemblait à la personnalité de la jeune fille, sans aucun doute. Des livres s'accumulant d'un coté et de l'autre de la pièce, des rideaux opaques assombrissant l'endroit, et des papiers étalés sur un bureau, ou il n'y avait plus un seul endroit disponible pour poser le moindre crayon.
Sheska abandonna ses dossiers, sur une autre pile, laissant Riza perplexe quant à la possibilité que cette pile s'écroule au moindre instant, et commença à fouiller dans son bureau en chuchotant des paroles incompréhensibles.
« Il me semblait l'avoir placé ici…. Peut être ici…. Mais ou est ce dossier… Ah le voilà ! »
L'air triomphant, elle sortit un dossier d'une pile qui s'écroula en un instant, et elle vint courir vers Riza, en lui présentant très solennellement les quelques feuilles qu'elle avait trouvées.
« Voilà Lieutenant, le dossier. Mais ne vous étonnez pas, nous n'avons pas eu beaucoup d'informations.
- Mais il n'y a même pas le nom de ce dignitaire ? Ou de cette personnalité ? s'interrogea Riza en feuillant le dossier.
- Apparemment, nous n'avons pas eu plus d'informations Lieutenant. Juste l'adresse.
- Super… Encore une mission très intéressante.
- Ne…. Ne vous inquiétez pas Lieutenant. Le Général de brigade va changer d'avis.
- Merci Sheska, je vous laisse, je dois me rendre au lieu indiqué. »
La saluant à nouveau, elle repartit aussi vite qu'elle était arrivée, la laissant repartir dans cette caverne dans laquelle elle travaillait chaque jour. Riza ne la connaissait pas très bien, elle n'avait été très proche d'elle, mais à chaque fois qu'elle était demandée au Quartier Général, elle tombait sur cette jeune femme, aux grandes lunettes, toujours très polie, bafouillant souvent lorsque ses supérieurs lui adressaient la parole. Riza avait compris au cours des années, qu'elle avait travaillé pendant longtemps à la bibliothèque de Central, et qu'à présent, elle était devenue la secrétaire privilégiée du Général de Brigade Basque Grand. Riza ne pouvait s'empêcher de se sentir mal pour elle : elle ne pouvait pas s'imaginer travailler chaque jour, aux côtés de cet homme.
Sortant du bâtiment, elle se sentit revivre peu à peu, sentent son souffle emplir ses poumons, alors que les rayons du soleil éclairaient son visage.
Après quelques minutes, elle atteignit le parking du Quartier Général, et après une discussion avec une de ses collègues qu'elle connaissait mal, elle comprit qu'une voiture l'attendait pour partir. Ce foutu Général de brigade avait du tout cadrer pour qu'elle n'ait pas le choix de suivre ses ordres. Serrant les dents, elle entra dans la voiture, qui était conduit par une nouvelle recrue, et se laissa guider.
Le trajet ne dura pas longtemps, mais Riza eut l'impression qu'il avait duré une éternité dans un silence de plomb, bercée par les sifflements du soldat qui conduisait, qui semblait de plus en plus stressé au fur et à mesure qu'ils approchaient.
« On arrive, Lieutenant, dit la recrue avant de s'alarmer en sifflant, Regardez-moi ce portail ».
Lui jetant un regard noir, intriguée par le ton que ce petit jeune avait utilisé devant elle, ne respectant que très peu la hiérarchie, elle se redressa pour observer ce qui se trouvait devant elle.
Lors du trajet, ils avaient traversé la Capitale depuis le Quartier Général, et ils étaient arrivés dans un quartier calme, prêt des appartements et grandes maisons des dignitaires de leur pays, quartier réputé pour sa verdure luxuriante, et le calme de ses rues. Loin de la cacophonie du quartier dans lequel de Riza vivait, les gens déambulaient ici avec douceur, surveillés par quelques militaires postés ça-et-là.
S'enfonçant au plus profond de cette immense allée bordée d'arbres feuillus et gigantesques, ils arrivèrent devant un portail noir, leur faisant face, dressé comme un corbeau sinistre, devant lequel ils se garèrent avec perplexité. Le portail était encadré par des haies bien taillés, et deux hommes en gardaient l'entrée, installés prêt de ce qui semblait être un accueil des visiteurs.
« Vous êtes sûre que c'est bien cette adresse Lieutenant… Cet endroit me fait un peu peur.
- Retournez au Quartier Général, répondit-elle en sortant de la voiture.
- Mais… le Général !
- Dites au Général que je peux rentrer chez moi seule. C'est un ordre : Rentrez au Quartier Général. »
Le soldat un peu désemparé face à l'ordre direct de son lieutenant, bafouilla quelques paroles incompréhensibles, mais Riza avait déjà tourné les dos, et marchait vers l'entrée de la maison.
« Halte là, vous avez rendez-vous ? Vous ne pouvez pas entrer sans rendez-vous Madame… Passez votre chemin, héla un des deux molosses qui gardaient l'entrée.
- Mademoiselle, je crois vieux, insista l'autre, Mademoiselle, retournez avec votre militaire, et repartez. »
Riza soupira, ennuyée par leurs remarques, mais agacée par le fait qu'elle n'aurait eu son uniforme sur le dos, ils n'auraient pas osé lui adresser la parole ainsi. Elle n'aimait véritablement pas ne pas porter son uniforme, dans ce pays régi par la loi martiale, et au cœur duquel être militaire était un des rangs sociaux le plus élevé.
Les deux hommes devant elle, continuaient de lui parler, essayant de la faire partir, alors qu'elle entendait encore le soldat dans la voiture bafouiller des explications, sans sortir du véhicule. Les deux de la jeune fille détaillèrent la tenue des deux gardes, voyant qu'ils portaient une arme à la ceinture. Elle aurait pu leur prendre leurs armes si vite, et les mettre au sol en moins de trente secondes : elle se vit le faire au ralenti et esquissa un sourire, avant de se rappeler qu'elle ne devait pas faire de vagues.
« Bonjour Messieurs, Je suis le Lieutenant Hawkeye, affectée ici par le Général de Brigade Basque Grand. Voici mon affectation, dit-elle en leur fournissant la feuille indiquant qu'elle devait se rendre ici, J'ai rendez-vous avec mon nouvel employeur.
- Vous êtes … Lieutenant ?
- Lieutenant Riza Hawkeye, répondit-elle avec un sourire. »
Pendant que l'un des deux gardes regardaient sa feuille, l'autre alla vers le téléphone se trouvant dans la cabine d'accueil, et elle l'entendit demander si la jeune femme était attendue, et si ce rendez-vous n'était pas un simple mensonge de sa part. Serrant à nouveau les dents, Riza attendit avec patience, son sac dans les mains, qu'ils lui disent ce qu'elle devait faire.
« Madame, vous pouvez y aller, clama un des deux hommes.
- C'est Mademoiselle, vieux, je te l'ai dit ! expliqua l'autre homme, Mademoiselle, vous entrez par ce portail, vous allez tout droit, et dans l'entrée de la maison, quelqu'un viendra vous chercher. Vous ne pouvez pas vous perdre. Si vous vous perdez, hurlez, on viendra. »
Riza fit un signe de la tête pour faire comprendre qu'elle avait saisit ce qu'ils lui avaient expliqué, et alors qu'ils ouvraient le portail pour la laisser passer, elle clama avec ferveur aux deux hommes :
« C'est Lieutenant. »
Tournant le dos, essayant de contrôler sa rage intérieure, elle traversa le portail ouvert, et marcha plusieurs minutes sur un chemin bordé par des arbres fournis, et une pelouse bien taillée. L'endroit lui semblait gigantesque, complètement immense.
Elle arriva devant une maison, que dire, un manoir, se dressait de tout son long, de toute sa hauteur, débordant de fenêtres, de portes, de baies vitrées, de balcons. Elle fut époustouflée par la beauté de l'endroit, elle n'avait jamais vu de maison aussi belle. L'architecture était grandiose, reposant sur un mélange de boiseries et de grandes colonnes sombres. C'était tout à fait somptueux. Autour de ce manoir, se dessinait un jardin bien entretenu, fleuri, absolument magnifique. Riza n'avait jamais vu de maison aussi belle de sa vie, elle en était encore sous le choc. Cela la changeait de ses appartements de fonction. Qui pouvait bien habiter ici, pour avoir une telle demeure. Cette maison était aussi belle que celle du Généralisme du pays.
En entrant dans la maison, elle sentit son souffle repartir à nouveau : L'intérieur était encore plus somptueux que l'extérieur. L'entrée était encadrée par deux portes immenses, et devant elle se trouvait un couloir qui semblait filer dans la maison, et un escalier en bois montant jusqu'aux étages de la demeure.
Quand elle entra dans la maison, elle entendit tout de suite des pas venir à elle, et se redressa avec raideur, se demandant comment pouvait être son nouvel employeur.
« Lieutenant Hawkeye bienvenue ! »
La voix qu'elle entendit à cet instant, brisa les attentes qu'elle avait eu pendant quelques minutes, et elle découvrit une dame aux cheveux grisonnants, venir vers elle d'un pas décidé, habillé d'un costume noir élégant, mettant sa silhouette longiligne en valeur. Riza lui aurait donné une soixantaine d'année, mais elle était éblouie par l'élégance sobre qui se dégageait de cette femme.
« Bienvenue Lieutenant Hawkeye, Je vous attendais. Je me présente Madame Adeline Brusket.
- Madame, la salua Riza sobrement en serrant la main qui se présentait devant elle.
- Appelez moi Adeline Lieutenant, cela fait des années que je le demande au personnel ici. Suivez-moi, je vais vous faire visiter les lieux. »
- Adeline tourna les talons, et invita Riza à la suivre dans l'une des pièces adjacentes à l'entrée, ce que la jeune femme fit sans sourciller.
« Etes-vous la propriétaire des lieux ?
- Qui ? Moi ? s'étonna Adeline avant d'exploser d'un rire cristallin, Non, Lieutenant, je suis la gouvernante de Monsieur. Depuis toujours.
- Ah, veuillez m'excuser, s'excusa Riza honteuse d'avoir posé cette question.
- Ne vous excusez pas. Nombreux sont ceux qui me le demandent. Mais je n'ai hélas pas la grâce de Madame. »
Riza acquiesça avec un mouvement de tête, et elle s'installa dans le sofa que la gouvernante lui présentait d'un geste de la main. Elle se trouvait dans un salon élégant, aux grandes fenêtres donnant sur le jardin, fourni d'une grande cheminée en marbre, de meubles sobres boisés, et de grands canapés confortables. Riza n'avait jamais vu autant de luxe dans sa vie, elle aurait pu loger sa famille entière dans ce seul salon.
La gouvernante s'installa en face d'elle, tirant une chaise à elle, s'asseyant avec élégance, avant de sourire à Riza, déconcertant un peu la jeune femme.
« Lieutenant Hawkeye, souhaitez-vous boire quelque chose ? commença-t-elle, Un café peut-être ? Un thé ?
- Je vous remercie, mais je n'ai pas soif, et appelez moi Riza. Lieutenant, c'est simplement au Quartier Général.
- Très bien, Riza, sourit la femme, Je suis heureuse de vous rencontrer. Vous a-t-expliqué votre poste ici ?
- Je n'ai eu presque aucune information Madame : elles étaient confidentielles.
La confidentialité de l'armée m'étonnera toujours ! Je vais donc vous les fournir. Nous avons fait appel à l'armée, afin d'avoir à nos côtés un officier pour une mission de protection.
- Qui dois-je protéger ?
- Monsieur, dit-elle avec un sourire, Mais Monsieur n'est pas là. Vous le verrez demain. Vous êtes donc affectée pour une durée de temps qui dépendra de l'humeur de Monsieur. Il ne m'en a pas parlé.
- Vous dites que vous ne savez pas combien de temps je vais rester ici ?
- Je crois que cela était en discussion entre l'armée et Monsieur. Mais ne vous inquiétez pas, c'est juste le temps que les choses se tassent.
- Que les choses se tassent ? s'inquiéta Riza. »
La gouvernante garda le silence à sa question, mais Riza vit que son interrogation semblait avoir dérangé. « Foutu Basque Grand ». Il l'avait véritablement punie en l'envoyant dans cette mission. Elle était affectée dans un manoir, à surveiller un vieil homme riche, pour le plaisir sadique de ce fou furieux de Basque Grand. Se mordant la joue, elle se promit de lui faire ravaler ses paroles lorsqu'elle gravirait les échelons. Il savait que cette mission ne l'enchantait pas, elle qui rêvait de retourner au front le plus vite possible. Si seulement, elle avait eu le pouvoir de revenir en arrière…
« Monsieur vous expliquera tout, énonça la gouvernante, Je suis ici pour vous présenter votre poste. La mission n'est pas de mon ressort.
- Très bien, répondit Riza en serrant les dents.
- Vous devez être ici à 8 heures le matin, jusqu'au soir. Les horaires peuvent changer selon les jours, et les sorties de Monsieur. Vous pouvez être amené à dormir ici, car certains soirs, nous aurons besoin de vous. Une chambre vous sera dédiée.
- Qui surveille le propriétaire pendant mon absence ? demanda Riza, assez étonnée de cette nouvelle mission.
- De nombreux gardes du corps sont ici chaque jour.
- Quel est donc l'intérêt que je sois ici ?
- Vous êtes ici pour la sécurité de Monsieur. Il en a grand besoin. »
Un silence s'installa pendant quelques secondes, et Riza manqua de soupirer. Elle n'aimait vraiment pas cette nouvelle mission. Comment avait-elle pu se retrouver ici, à devoir garder une maison, tel un chien de garde, alors que des gardes du corps grouillaient sur le terrain.
« Vous devez porter votre arme de service chaque jour, continua la gouvernante, C'est une obligation. Vous serez payée par l'armée, chaque fin de mois. Si jamais, il y a litige c'est à votre Général qu'il faudra vous référer. Le manoir est immense, vous pouvez avoir accès à chaque pièce, mais je vous demande de ne pas entrer dans l'Aile privée de Monsieur et Madame. Vous aurez l'occasion de voir de nombreux employés, comme le chauffeur de Monsieur ou son jardinier. Je vous les présenterai. Si jamais, vous avez la moindre question, vous pouvez me demander et…
- Puis-je mettre mon uniforme ? interrompit d'un coup Riza »
Sans vraiment de réflexion, sa question avait traversé ses lèvres, et son cœur battait dans sa poitrine, alors qu'elle attendait la réponse avec impatience.
« Excusez-moi ?
- Mon uniforme ? Est-ce que je peux le mettre ?
- Je demanderai à Monsieur, je ne sais pas ce qu'il préfère. La discrétion est importante aux côtés de Monsieur.
- Pouvez-vous m'en dire un peu plus sur lui ?
- Je pense que vous le verrez demain. Monsieur est un homme extraordinaire, je le suis depuis qu'il est jeune. Vous allez voir, il est direct, mais c'est un homme bon. »
« Un petit vieux, riche et gentil, alors ». Cette pensée traversa l'esprit de Riza, alors qu'elle comprenait que les prochaines semaines allaient être d'un ennui mortel. Mais un doute assaillait son esprit : Pourquoi ce petit vieux, voudrait une protection renforcée en plus de son armée de gardes du corps. Qui était ce dignitaire habitant dans cette demeure ? Pourrait-il être un des généraux de son armée, ceux qui dirigeaient Amestris ? Est-ce un des hommes célèbres ? Ou est-ce un ermite fou ?
« Veuillez me suivre, je vais vous montrer le manoir »
Riza, obéissante, se leva à la suite de la gouvernante, et parcourut le manoir avec Adeline Brusket. Elle découvrit que cette demeure, était encore plus immense et resplendissante que dans ses pensées. Elle visita les deux salons aux plafonds ciselées, vit les cuisines, et les arrière-cuisines, dans lesquelles elle rencontra quelques cuisiniers et cuisinières, puis la visite s'enchaina pièces après pièces : chambres d'invités, salles à manger, bureau, salle de bain. Cette visite dura de nombreuses minutes, durant lesquelles Riza regarda autour d'elle pour essayer de trouver des indices sur l'homme qui habitait dans ce manoir, mais elle ne vit rien : Aucun portrait de famille, aucune photographie, aucun tableau. La maison semblait à la fois très habitée, mais paradoxalement vide de toute âme. Au premier étage, Adeline lui montra l'aile privée des propriétaires délimitées par une grande porte blanche, puis lui montra au troisième étage, une des chambres des gardes du corps, dans laquelle elle séjournerait si jamais elle devait venir dormir ici. Une chambre austère, simple, dénué de toute décoration.
La visite ne s'éternisa pas, et Adeline finit par lui montrer les jardins, avant de la mener vers l'entrée du domaine. Elle lui expliqua qu'elle devait ranger les chambres pour accueillir le propriétaire lors de son retour de voyage, et qu'elle n'avait pas très bien le temps de tout expliquer. Elle la rassura en lui disant que le travail n'était pas quelque chose de compliqué, et qu'elle rencontrerait le reste du personnel lors de sa première journée de travail.
« Je vous laisse Lieutenant, indiqua Adeline, notre chauffeur a été prévenu que vous alliez repartir. Il vous ramènera chez vous.
- Ce n'est pas la peine, je peux marcher.
- J'insiste. Je préfère vous savoir en sécurité. Je vous dis à demain Mademoiselle. A huit-heures. »
Après une dernière salutation, Adeline la laissa partir, et Riza quitta ce vaste domaine qu'elle avait visité, sans en découvrir le moindre indice. Devant le portail du domaine, l'attendait une voiture noire, très sombre, et son chauffeur en sortit pour lui ouvrir la porte.
« Falman. Vato Falman » se présenta-t-il lorsqu'elle le salua.
L'homme, d'environ une cinquantaine d'année, aux cheveux grisonnants, et aux yeux souriants, lui semblait très agréable, et assez poli. Il garda néanmoins le silence lors du trajet, la laissant dans le calme, après lui avoir demandé son adresse. Cela lui plaisait, elle n'avait pas envie de discuter plus longtemps. Toute cette histoire de mission commençait à lui taper sur les nerfs.
Elle ferma les yeux pendant les quelques minutes qui la séparaient de sa maison, alors qu'elle dans sa tête des images de sable, de vents, de cris se baladaient attendant le moment ou ses barrières se briseraient pour s'infiltrer dans les recoins les plus sombres de sa tête.
Vato Falman la déposa devant chez elle, et repartit avec un salut poli, laissant Riza sur le bord du trottoir, un peu décontenancée de la matinée qu'elle venait de passer.
Voulant rentrer chez elle au plus vite, elle quitta la rue en quelques secondes et remonta dans cet appartement, ou chaque centimètre était comblé par des cartons à semi-ouverts. Une fois, à l'intérieur, elle sentit enfin la pression quitter ses épaules, et elle jeta son sac sur le canapé, avant d'attraper le paquet de cigarettes, que Jean avait laissé chez elle, et d'allumer une cigarette.
« Un jour, j'arrêterais »
Cette promesse, une partie d'elle la murmurait dans son esprit, inlassablement depuis plus de dix ans, et pourtant, chaque jour qui passait, elle soufflait cette fumée, comme pour chasser les nuages sombres qui l'empêchaient de dormir.
Sa cigarette aux lèvres, qu'elle ne fumait pas automatisme, elle s'approcha de son uniforme, et sa main libre en caressa la matière, impatiente de pouvoir le remettre sur elle le lendemain.
Marchant vers son balcon, elle s'installa près de la balustrade, et observa le monde sous ses yeux, qui fourmillaient alors que la journée filait. Elle ferma les yeux, profitant du soleil, et rêva au jour où cette mission s'arrêterait, alors que cette dernière n'avait pas encore commencé.
« Rizaaaaaa ! Mon verre est viiiide ! »
La jeune femme esquissa un sourire, alors qu'autour d'elle son paysage avait changé, et que le calme de son appartement avait laissé place à une cohue générale, des rires, des fumées de cigarettes, et des bourdonnements de voix autour d'elle.
« Rizzaaaaaaa ! »
Alors que son prénom était scandé une deuxième fois, elle revint à la réalité, et son sourire s'intensifia alors que la jeune femme brune en face d'elle lui montrait son verre vide en riant. Cela faisait trois heures qu'elles se trouvaient à cette table, riant aux éclats, et Riza savait que son amie allait avoir du mal à se réveiller demain.
« Becca, tu ne pense pas qu'on devrait rentrer ? Je travaille demain.
- Encore un peu ! Tu veux abandonner ta meilleure amie ?
- Jamais enfin ! Mais tu bosses demain aussi.
- Ne t'inquiète pas, ils sont évalués. Je les ferais courir, le temps de retrouver mes esprits.
- Alors, va demander au barman un autre verre, sourit Riza en pensant qu'elle allait devoir appeler un taxi assez rapidement pour rentrer.
- J'ai entendu dire qu'il était pas mal en plus, répondit son amie en lui faisant un clin d'œil »
Riza explosa de rire face aux remarques de son amie, en la regardant se lever de sa chaise, et se frayer un chemin entre les personnes qui trainaient dans ce bar. Riza attrapa son verre, pour le porter à ses lèvres, alors qu'elle observait sa meilleure amie, errer jusqu'au bar.
Autour d'elle, se trouvaient des âmes errantes comme elle, qui étaient venus après leur travail, profiter du bon temps, et d'oublier la réalité, en buvant quelques verres. Un groupe de musique jouait dans un coin du bar, morcelant les conversations d'interludes mélodieuses, et les barmans hissés derrière l'immense bar, tentaient de se faire comprendre par-dessus les voix des autres. L'endroit n'était ni trop grand, mais assez grand pour qu'une foule en déborde sur le trottoir, pour fumer à l'air libre.
La meilleure amie de Riza, Rebecca Catalina, accoudée au bar, discutait tranquillement, un sourire éclatant au visage, ses longs cheveux bruns descendant en cascade dans son dos, alors que Riza attendait à sa table, écoutant avec attention la musique qui se jouait dans son dos.
Quand elle revint, elle s'installa près de Riza, et fit glisser un verre vers elle, avant de trinquer avec joie.
« Tu fais la formation demain ? demanda Riza, en finissant déjà le verre qu'elle avait devant elle.
- Tu verrais les petits nouveaux. Ils viennent le sourire aux lèvres, et deux jours après ils veulent déjà repartir.
- C'est d'ailleurs étonnant que l'armée arrive encore à recruter. Je pensais que la guerre et les insurrections de l'Est avait stoppé la motivation des gens.
- Il faut croire que non…. Sinon, nous ne serions pas encore dans cet uniforme !
- Tu ne l'as pas mis ce soir d'ailleurs, précisa Riza en la montrant de la main.
- Mon homme se plaint de le voir à la maison déjà, tu le connais….
- Et ton homme aimerait bien que tu payes les verres que tu commandes, sinon il n'aura pas la paye ».
La dernière phrase avait été prononcée devant elles, par un homme arrivant vers eux, boitant, se déplaçant avec difficulté, et dont les effluves de cigarettes rappelaient à Riza, un temps ou trois jeunes idéalistes, fumaient sur le champ d'entrainement quand leur officier avait le dos tourné.
« Tu peux bien nous payer des verres monsieur le barman !
- Mon boss va adorer, je suis certain. Heureusement qu'ils vous aiment bien. »
Riza sentit une vague de chaleur monter en elle, alors que la joie traversait son corps, quand elle vit Jean venir s'assoir aux côtés de Rebecca en riant, et la jeune femme le taquiner avant de lui voler un baiser. L'homme, fier, enlaça amoureusement la jeune brune, et la serra contre lui.
« Tu ne devrais pas bosser Havoc, souligna Riza, Quel tire-au-flanc celui la….
- C'est Madame « je me fais punir en protection qui parle » ? », retorqua l'homme en relevant un sourcil de défi.
- Jean ! intervint Rebecca, Ce n'est pas une punition ! Arrête de dire ça !
- Je n'aurais même pas du t'en parler, traitre, lança Riza.
- Tu m'aimes trop pour ça, sourit Jean en lui répondant en un clin d'œil, Mais tu es punie !
- Arrête un peu d'embêter ta belle-sœur, insista Rebecca, et retourne travailler. On a un mariage à payer. »
Jean se tourna vers la femme qu'il aimait, avec un air faussement outré, la main sur le cœur, et Riza s'amusa de l'air sérieux de Rebecca.
« Tu me choques mon ange ! Je ne suis donc que ça pour toi ? L'homme qui te paye un mariage ? Je suis profondément choqué, et dire que je pensais que tu m'aimais … »
L'homme prit une moue d'enfant, et dit mine de baisser la tête de chagrin, tandis que les deux femmes explosaient de rire. Rebecca l'attira à elle, dans un baiser amoureux, et Riza leva son verre :
« A notre Havoc national, sans qui les soirées seraient moins drôles.
Tu vois que tu ne peux pas te passer de moi, ironisa-t-il, alors qu'il embrassait une dernière fois sa future épouse, Il faut vraiment que j'y aille le patron m'appelle. »
Le propriétaire du bar, au loin, derrière les vapes de fumée et d'alcool, hélait Jean en hurlant son prénom, et ce dernier se redressa assez vite. Riza avait toujours le cœur qui se serrait en le voyant prendre quelques longues et interminables secondes pour se relever, mais elle savait que ce travail comptait trop pour lui, pour qu'il l'abandonne. Ce sujet avait été longtemps au cœur de nombreuses discussions entre les trois amis, et elle savait que sa meilleure amie commençait à s'inquiéter de la santé de l'homme qu'elle aimait tendrement depuis leur jeunesse. Si seulement il pouvait pour une fois les écouter…
« Mesdames, je retourne au travail, clama-t-il, en attrapant les verres vides d'une main, Passez une bonne soirée. On se voit tout à l'heure ma femme
- Future femme, rit Rebecca ».
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, qu'il clôturait sa pensée avec un chaste baiser, alors que Riza, pudiquement baissant la tête vers son verre, leur laissant cette intimité si précieuse. Jean avait été dans la vie des deux jeunes femmes, qui s'aimaient comme de sœurs, depuis des années, et cet amoureux transis avait aimé chaque minute de sa vie la même femme, alors même qu'ils n'avaient pas tout le temps été ensemble. Depuis qu'ils étaient tombés amoureux l'un de l'autre, et que leurs sentiments avaient été dévoilés, Riza les trouvait heureux, et son propre bonheur en avait été décuplé. Elle ne pouvait pas expliquer ce ressenti, mais les voir ainsi suffisait à l'emplir de joie. Ils avaient tant traversé ensemble, ils avaient tant perdu…
Perdue dans ses pensées, elle revint au monde réel, alors que Jean se penchait vers elle pour l'enlacer de son bras libre en lui soufflant :
« Je suis quand même très heureux de te voir affectée ici Riz', comme ça tu es un peu avec nous ».
Il partit après ses mots, souriant comme à son habitude, chamboulant en une phrase les pensées de la jeune femme. Il était vrai qu'elle n'avait pas été souvent présente dans leur vie, depuis quelques années. Cela lui faisait toujours bizarre d'entendre ce grand gaillard être aussi franc.
« Excuse sa franchise, dit Rebecca en reprenant leur conversation, Tu sais comme il est …
- Il va mieux en ce moment ?
- Ça va, ça vient…. Tu sais quelle tête de mule il est… Sa jambe lui fait souffrir le martyr mais il ne dira rien … »
Riza garda pour elle le reste de ses questionnements, passant en silence le fait que l'homme était venu la voir le matin même, ne voulant pas savoir quelle avait été le sujet de leur dispute. Elle voulait juste les savoir heureux. Ils méritaient tellement.
« Il a oublié de ramener un des verres, souligna Rebecca en montrant un des verres qui trainaient.
- Je vais lui amener, dit Riza, Tu veux quelque chose ?
- Prends-nous quelque chose à grignoter, je commence à avoir faim. Merci ma soeuuuuur ! »
« Elle n'allait clairement pas rentrer à temps » se dit Riza en souriant. Cela lui rappelait les années ou elles étaient allées à l'Académie, profitant de chaque sortie, pour passer la nuit ensemble à rire. Il n'y avait qu'avec Rebecca que la jeune femme se sentait être elle-même. Elle ne faisait pas attention à ses gestes, ses mots, son attitude. Elle savait que le lendemain allait être rude, surtout alors qu'elle commençait son nouveau travail, mais elle voulait profiter de sa meilleure amie. Elle ne savait pas quand elle serait de nouveau affectée loin de Central. « Et ce n'est qu'une simple protection d'un vieil ermite fou, le manque de sommeil n'allait pas tellement la déranger ».
Arrivant au bar, elle donna les verres à un Havoc débordé de travail, et commanda un plat rapide à manger pour sa meilleure amie, plat qui fut rapidement préparé et glisser sur le bar avec un sourire de la part de Jean. Elle le remercia, avant de lui indiquer qu'elles seraient bientôt parties, et qu'elle ramènerait Rebecca à bon port ce soir, s'assurant qu'elle rentre bien.
« Merci, tu es un ange »
Après ces mots, elle se fit demi-tour pour retourner à sa place, mais la cohue générale semblait s'être intensifiée avec l'arrivée de nouvelles personnes dans le bar. Si Riza était plutôt une femme solitaire, les foules n'étaient clairement pas son fort. Elle se sentait happée par une vague humaine, et tentait désespérément de se frayer un chemin vers la table ou Rebecca l'attendait en chantant.
Un geste brusque. Une épaule contre elle. Et elle sentit le tintement d'un verre tomber au sol.
« Faites un peu attention
- Pardon, excusez-moi, veuillez m'excusez, se confondit-elle alors qu'un homme devant elle regardait son verre au sol, le contenu de son verre se trouvait sur sa chemise blanche. »
Tenant d'une main le plat, elle tenta d'attraper une des serviettes que Jean lui avait données avec, et s'approcha de l'homme, qu'elle n'osait même pas regarder de gêne. Elle se retrouvait contre un inconnu, sa main tentant d'essuyer sa chemise tâchée, d'autres habitués du bar riant de la situation prêts d'eux. La musique était si forte, qu'elle ne savait pas ce qu'il se passait autour d'elle. Rebecca avait-elle vu la scène.
Son poignet fut vivement attrapé d'une main ferme, et repoussé avec violence, alors que l'homme lui siffla :
« Maladroite comme vous êtes, ne me touchez pas !
- Je m'excuse, continua Riza, Il y a tant de monde, je peux vous payer ce verre, le barman est un ami et je suis sûre que….
- Retourne chez toi jeune fille ça vaut mieux ! Je rêve, je n'ai jamais vu une personne aussi incapable de ma vie.
- Je peux vous payer pour votre chemise, je vous assure, dit-elle gênée de la tournure que prenait les évènements.
- Votre misérable salaire de secrétaire ne pourra jamais payer le moindre fil de cette chemise. Rentrez chez vous. »
La rage s'immisça dans l'esprit de Riza, chassant le moindre embarrassement qui s'était installé en elle, et elle releva la tête, sa fierté piquée au vif par l'insulte crachée à son visage. Sans même réellement regardé l'homme, elle lui répondit :
« Payez vous-même votre verre, connard ! »
Tournant les talons, elle repartit vers la table où se trouvait Rebecca, et s'aperçut que la jeune femme s'était levée, l'air inquiet. S'installant à sa place, elle chassa les questions de Rebecca d'un geste de la main, finit son verre, et lança :
« Laisse tomber, je suis tomber sur un gros con. On parlait de quoi ? »
La maison se dressait à nouveau devant elle, et Riza ne put contenir ses pensées en la voyant pour la deuxième fois de sa vie. La veille, alors qu'elle était rentrée chez elle, après sa soirée avec Rebecca, elle n'avait pu s'empêcher de repenser au manoir dans lequel elle allait travailler, et de le comparer avec son étroit appartement. Un jardinier, au loin, s'affairait au taillage des haies, et elle pouvait voir à travers les fenêtres certains employés occupés à rendre la maison propre et agréable.
Sa tête la faisait souffrir, et elle se maudit d'avoir pris ce dernier verre avec Rebecca, mais paradoxalement, elle était heureuse car voir sa meilleure amie était toujours un bonheur infini. Après l'incident minime de la veille, elles avaient continué leur soirée, emplie de rires et de joie, et Riza avait ramené Rebecca dans l'appartement qu'elle occupait avec Jean, avant de rentrer chez elle. Lorsque le réveil avait sonné ce matin, elle avait enfoui sa tête dans l'oreiller en se promettant de ne plus sortir en semaine, en sachant très bien qu'au premier coup de fil de Rebecca, elle accourrait.
Aujourd'hui, elle avait mis son uniforme, heureuse de retrouver cette carapace, et son arme de service se trouvait attaché à sa hanche. Elle se sentait un peu plus légitime qu'hier, engoncé dans son tailleur noir.
Passant la porte, elle attendit dans le hall d'entrée, avec patience, se demandant bien comment allait être ce nouveau supérieur. « Faites qu'il soit gentil, un petit vieux gentil ».
« Lieutenant Hawkeye ! Quelle joie de vous voir, scanda Adeline en arrivant du couloir, Et à l'heure, comme cela change de nos précédents gardes du corps.
- Bonjour Mada… Adeline.
- C'est bien, vous écoutez mes conseils. Je vais chercher Monsieur, il n'est pas loin. »
La gouvernante monta les escaliers, en vitesse, laissant Riza dans le hall d'entrée, avec ses questionnements. Elle entendit des voix à l'étage, puis des pas redescendre, et se redressa en un salut militaire autoritaire. Les mots de Basque Grand resonnaient en elle : elle ne devait pas faire d'histoire. Elle devait être obéissante. Il le fallait. Elle voulait repartir au front au plus vite. Pas d'histoire. Une mission rapide et efficace. Un petit vieux riche et gentil. Une mission facile.
« Bienvenue Lieutenant »
La voix l'interpella des escaliers, alors qu'Adeline accompagnait un homme jusqu'à la descente, et Riza eut un frisson lui traversant le dos. Elle avait entendu cette voix, elle le savait.
« Enchanté de vous connaitre, je suis Roy. Roy Mustang. »
Le frisson s'intensifia alors que l'homme s'approchait d'elle la main tendue. Les nuages de fumée, et les vapes d'alcool se dissipèrent, pour laisser entrevoir une image furtive, accompagnée de musique entrainante et de tintement de verres. Il était l'homme de la veille.
« Et Merde ». Ces espoirs de mission tranquille se dissipèrent alors.
Je vous dis à la prochaine fois !
