Chapitre 1: Lorsque le passé resurgit
Hitomi jeta un long regard, au miroir de la cabine d'essayage, afin de contempler son kimono de mariage, en soie blanche finement brodée. La tenue de style traditionnel, était ornée de magnifiques motifs argentés représentants des roses, qui étaient les fleurs préférées de la jeune femme. Sous ses doigts fins, elle pouvait sentir la délicatesse de l'étoffe et admirer ses doux reflets moirés.
Une large ceinture couleur ivoire, lui enserrait la taille, et sa tête était surmontée d'un large chapeau immaculé. Son épaisse chevelure, châtain clair aux reflets dorés, était coiffée en un chignon spirale qui rehaussait la finesse de sa nuque. L'adolescente timide et réservée d'autrefois s'était métamorphosée, en une ravissante jeune femme aux yeux verts et rieurs.
Cette dernière ne put réprimer un soupir de plaisir à la pensée de son mariage imminent. D'un geste sec, elle tira le rideau de la cabine d'essayage et sortit sous le regard admiratif de sa meilleure amie, Yukari, confortablement installée sur une chaise, au milieu de la boutique de mariage la plus chic de la ville. L'endroit décoré avec raffinement dégageait une atmosphère sobre et feutrée avec ses murs couleur crème et son éclairage tamisé. Depuis plusieurs heures, la jeune femme assistait à ces multiples essayages, avec un plaisir non dissimulé. Celle-ci portait une robe de soie céruléenne qui contrastait avec le rouge intense de ses cheveux.
- Tu es ravissante! Cette tenue de mariage te vas à merveille! s'exclama cette dernière en souriant d'un air complice à la future mariée. Ton fiancé, Tetsuo, va tomber à la renverse le jour de la cérémonie au temple!
- J'aimerais tant que tout soit parfait pour notre mariage, mais je n'en peux plus de tous ces préparatifs! répondit Hitomi d'une voix plaintive. Il ne reste que quinze jours avant la date fatidique et j'ai encore tant de choses à terminer. J'ai l'impression de devenir folle! La jeune femme s'apprêtait à s'emparer d'un nouveau kimono nuptial afin de poursuivre sa séance d'essayage.
Soudain, un bruit tonitruant en provenance des rayons de vêtements voisins, les fit sursauter et se retourner toutes les deux dans un même geste. On aurait dit qu'un camion de démolition venait de faire irruption dans la boutique. Quelques minutes plus tard, une vendeuse vêtue d'un tailleur sobre couleur gris perle apparut dans la salle où elles se trouvaient.
- Excusez moi dit-elle, d'un air contrit, en s'adressant à Yukari. Est ce que vous ne seriez pas la mère des deux monstres? Euh pardon, je veux dire des adorables bambins qui courent partout dans les rayons en renversant tout sur leur passage.
- Mince! Les jumeaux, je les avaient complètement oubliés, s'écria cette dernière, en devenant rouge pivoine. Les enfants venez ici! Vous me faites honte! Je n'oserai plus jamais revenir dans ce magasin, gronda t'elle, les poings sur les hanches.
Deux garçonnets âgés d'environ cinq ans firent timidement leur apparition, terrifiés par l'air furieux de leur mère. En effet, les colères de Yukari étaient légendaires et même son mari en avait peur. Leurs cheveux ébouriffés d'un rouge écarlate étaient identiques aux siens. En revanche, les petits visages mutins ressemblaient comme deux gouttes d'eau à celui de leur père, Amano. Elle était sur le point de leur faire la leçon sur les règles de politesse et de bonne tenue, lorsque son téléphone portable se mit à sonner. La voix d'Amano résonna à l'autre bout du fil, et le sourire de la jeune femme se transforma rapidement en une affreuse grimace de dépit. Après avoir raccroché à la fin de leur conversation téléphonique, Yukari se laissa tomber lourdement sur une chaise en soupirant d'exaspération.
- Oh non, Susumu vient de m'apprendre que belle-maman vient dîner ce soir à la maison. L'horreur, je n'ai jamais pu la blairer celle-là et c'est réciproque. Crois moi, il n'y a rien de pire au monde qu'une belle-mère, japonaise de surcroît. En plus, je dois vite aller faire des courses, préparer à manger et faire prendre un bain aux jumeaux. La vie d'épouse et de mère est loin d'être de tout repos!
- Merci, c'est encourageant pour moi. N'oublie pas que je me marie dans quinze jours et que nous voulons des enfants, répondit Hitomi d'un air amusé.
- Je n'ai qu'un mot à dire. Courage! Tu verras c'est une autre vie, adieu les soirées seuls en amoureux, adieu les grasses matinées, à toi les corvées de biberons et les dîners interminables en tête à tête avec belle-maman, dit Yukari en prenant un ton mélo-dramatique et théâtral. Leurs regards se croisèrent et les deux amies éclatèrent de rire. Leur amitié et leur complicité étaient demeurées intactes au fil des années et elles pouvaient compter chacune sur une loyauté à toute épreuve. Six ans auparavant, Yukari avait épousé Amano et de leur union étaient nés deux garçons prénommés, Masaru et Ichiro. Le couple semblait heureux et épanoui malgré les différends qu'entretenaient son amie avec sa belle-mère. Quant à elle, Hitomi avait poursuivi des études de journalisme et trouvé un emploi dans une grande chaîne d'audiovisuelle. C'était là qu'elle avait fait la connaissance il y a deux ans de cela, de celui qui était à présent son fiancé, Tetsuo Tanaka. Et dans quinze jours, ils seraient enfin mari et femme.
- Bon, il faut vraiment que je file, dit Yukari, en empoignant les jumeaux avant de filer à toute allure vers la sortie en maugréant. Hitomi les couva du regard jusqu'à ce qu'ils disparaissent derrière les portes vitrées, et continua ensuite ses essayages pendant le reste de l'après-midi. Elle se décida enfin pour le kimono de mariage en soie, brodé de roses, et demanda à l'une des vendeuses de le lui mettre de côté.
Quelques instants plus tard, une somptueuse limousine noire s'arrêta juste devant la boutique et un homme chauve vêtu d'un costume noir en sortit. La jeune femme soupira, jamais elle ne parviendrait à s'habituer à un tel luxe. L'homme en noir qui se nommait Masato, était le chauffeur particulier de Tetsuo et celui-ci l'avait chargé d'accompagner Hitomi lors de ses sorties et achats. Il s'inclina bas devant elle en signe de respect et lui ouvrit la portière arrière de la voiture. Cette dernière sentit un sentiment de gêne envahir son cœur. Malgré le fait qu'elle était sur le point d'épouser l'un des hommes les plus riches du Japon, celle-ci tenait à rester simple et à pouvoir vivre sa vie librement et comme elle l'entendait.
- Allons Masato, pas la peine de faire un tel cérémoniel! Je peux très bien ouvrir la porte de la limousine moi-même.
- C'est que monsieur Tanaka m'a donné des instructions très strictes vous concernant Mademoiselle Hitomi. Il a également insisté pour que nous soyons rentrés à dix-huit heures précises. A ces mots, Hitomi ne put réprimer une moue d'agacement, elle détestait se voir imposer des horaires et aurait aimé encore faire quelques boutiques. Cependant, la jeune femme savait que son compagnon n'aimait pas qu'on le fasse attendre et était très pointilleux concernant le respect des règles.
- N'est il vraiment pas possible de rentrer un peu plus tard? hasarda t'elle, une lueur d'espoir dans le regard.
Masato hocha la tête négativement et son visage aux traits durs et sévères se rembrunit.
- Je suis vraiment désolé mais les ordres sont..
- D'accord j'ai compris, dit-elle d'un ton brusque sans lui laisser le temps d'achever sa phrase.
Une fois confortablement installée sur les sièges arrières en cuir de la limousine, la jeune femme regarda le paysage urbain défiler derrière les vitres. Une forte pluie commença à tomber, éclaboussant, la voiture sombre, d'une myriade de gouttes perlées. La saison des typhons venait de débuter et emplissait la jeune fille d'un étrange sentiment de mélancolie. La limousine s'engouffra à vive allure dans le dédale des rues de Tokyo, noires d'embouteillage, jusqu'à un quartier huppé de la ville. Hitomi sortit prestement de la voiture et se dirigea vers un immeuble de quatre étages, abritant de luxueux appartements. C'est ici qu'elle résidait en compagnie de Tetsuo depuis six mois, dans l'appartement du dernier étage. Le plus cossu de tous.
A lui seul, il occupait l'ensemble de l'étage et comportait une multitude de pièces spacieuses, lumineuses et confortables. Meublé avec soin et la plus grande recherche, l'intérieur de l'endroit regorgeait de meubles précieux dans un style japonais traditionnel. Les murs d'un blanc neigeux étaient parsemés d'estampes de grands maîtres et une kyrielle de vases de porcelaine chinoise, disposés sur les meubles en bois précieux, débordaient de bouquets fleuris. Seule une minorité de personnes à travers le pays pouvait s'offrir le faste et l'opulence d'une telle demeure. Pourtant, l'achat d'un tel logement n'avait représenté qu'un grain de poussière dans l'immense fortune des Tanaka.
Parfois, Hitomi ressentait un vague malaise lorsqu'elle songeait à toute la misère qui existait dans le monde alors que celle-ci baignait dans l'opulence et dans le luxe. Issue d'une famille modeste, sa vie avait radicalement changée lorsque la jeune femme avait fait la connaissance de Tetsuo Tanaka, l'unique héritier d'une des familles les plus illustres et fortunées du pays. Celui-ci était tombé amoureux d'elle dès leur première rencontre, lorsque cette dernière l'avait interviewé lors d'une émission télévisée. Et dès cet instant, le jeune homme lui avait une cour empressée, lui faisant parvenir de somptueux bouquets de roses rouges. Au début, Hitomi s'était montrée réticente à l'idée de nouer une relation amoureuse avec lui.
Tout les séparaient, la profession, les centres d'intérêts, le milieu social et bien sûr la fortune. Mais au fond d'elle-même, la jeune fille connaissait la véritable raison qui lui faisait fuir la moindre relation sérieuse. Quelque chose de profondément enfoui dans les tréfonds de son âme lui disait que quelque part, très loin, quelqu'un pensait à elle et l'attendait. Un être si cher à son cœur dont le souvenir l'emplissait à la fois d'une joie intense et d'une infinie tristesse.
Bien des fois, Hitomi avait lutté contre ce trouble indicible qui jaillissait dans son esprit dès qu'elle se remémorait Gaia, et surtout le prince de Fanélia. Van Fanel. Rien que ce nom suffisait à la faire frissonner d'émotion. Treize années s'étaient écoulées depuis son voyage sur cette planète, à la fois si lointaine et si proche. Mais même le temps n'était pas parvenu à détruire les souvenirs de son aventure là bas, et de ses amis, Merle, Myrana, Dryden et Allen. Qu'étaient ils tous devenus? Gaia connaissait elle une paix durable à présent?
Hitomi s'était toujours interdit de penser à eux. Elle avait vécu tant de choses là bas, des choses à la fois merveilleuses et terrifiantes. Aussi loin que cette dernière se souvienne, la guerre lui avait toujours inspirée une profonde répulsion. Pourquoi donc fallait il que les hommes se battent et s'entretuent? Etait ce la haine ou la soif de pouvoir qui les motivaient? Toutefois, Gaia n'était pas qu'un monde obscur empli de ténèbres, cette planète abritait aussi la lumière, l'amitié et même l'amour. L'amour...comme ce mot lui était familier et inconnu à la fois.
Après sa séparation avec Van, Hitomi avait tout fait pour l'oublier et le chasser de sa mémoire. Mieux valait laisser le passé derrière soi si on voulait avancer et aller de l'avant dans l'existence. Toutefois, ces derniers temps, la jeune femme ressentait un étrange pressentiment, comme si une voix résonnait dans sa tête et l'appelait par son nom. Elle sentait également planer un danger implacable prêt à s'abattre, mais sans pouvoir le nommer ni en déterminer l'origine. Je suis sans doute simplement angoissée à cause de ce surmenage dû à mes préparatifs de mariage, se dit-elle intérieurement pour se rassurer.
Chassant ses sombres pensées de son esprit, Hitomi pénétra dans son appartement. A sa grande surprise, Tetsuo était déjà rentré de son travail et l'attendait assis sur un sofa, en sirotant un verre de vin rouge. Ce dernier se tourna vers elle, et lui adressa un sourire chaleureux, qui lui transperça le cœur d'une pointe de culpabilité. L'homme était grand et imposant, et ses cheveux d'un noir de jais ruisselaient de lumière. Son visage brun était mince et allongé, et son nez busqué. Il n'était pas beau mais dégageait beaucoup de charme et d'élégance. Ce soir, celui-ci avait revêtu une tenue confortable, un jean et un t-shirt blanc, qui contrastait fortement avec les austères costumes noirs qu'il portait pour se rendre au bureau de la société familiale. Les Tanaka étaient les propriétaires d'une importante société d'import-export réputée dans le monde entier.
- Tu as passé une bonne journée? Demanda t'il en se levant pour l'accueillir et déposer un doux baiser sur ses lèvres.
- Oui, j'ai fait passé l'après-midi en compagnie de Yukari. Et j'ai finalement trouver le Kimono de mariage qui convient! dit-elle d'un ton triomphant.
- Yukari?
- Oui tu sais bien, ma meilleure amie!
- Je sais parfaitement qui elle est, répliqua t'il d'un ton sec. C'est juste que je n'aime pas que tu la fréquente. Nous en avions déjà parlé et je croyais que les choses étaient claires à présent. Yukari est une gentille fille mais comment dire, elle est bien trop excentrique et délurée. Je trouve qu'elle a une très mauvaise influence sur toi. Bientôt, tu seras officiellement madame Takana et il faut que tu fréquentes des gens convenables. Dans sa poitrine, le cœur d'Hitomi ne fit qu'un bond, et son teint devint livide. C'est vrai que Tetsuo n'avait jamais apprécié Yukari depuis le début de leur relation, mais jamais elle n'aurait crû qu'il lui interdirait de la fréquenter.
La jeune fille sentit la colère et la tristesse sourdrent en elle, et des larmes embuèrent ses grands yeux émeraudes.
- Mais Yukari est mon amie la plus précieuse! C'est impossible pour moi de rester un seul jour sans la voir ou lui téléphoner. Une ombre voila le regard de Tetsuo, et il saisit le poignet d'Hitomi avec force. La jeune femme sentait les doigts épais s'enfoncer douloureusement dans sa chair nacrée.
- Tu me fais mal! s'écria t'elle, en tentant de se dégager de cette étreinte. L'homme la lâcha aussitôt et ses yeux bruns s'adoucirent.
- Excuse moi Hitomi, dit-il d'un air contrit, je ne sais pas ce qui m'a pris. Je t'aime tellement tu le sais bien. Je ferais n'importe quoi pour toi car tu es la personne la plus importante au monde pour moi. Si tu veux continuer à fréquenter Yukari alors fais le mais je ne voulais que ton bien. Tu mérite ce qu'il y a de mieux. Désolé pour ma réaction un peu brusque, en ce moment je suis très stressé à cause de mon travail et du mariage qui approche à grands pas.
Soudain, son visage s'illumina et ses lèvres esquissèrent un sourire radieux.
- Mais j'ai le moyen de me faire pardonner. Attends moi ici, je reviens dans un instant. Avant qu'elle ait eu le temps de prononcer un seul mot, Tetsuo disparut dans la pièce à côté et revint avec un épais foulard de satin blanc.
- Hé! Mais qu'est ce que tu fais? s'écria Hitomi, tandis que le jeune homme lui bandait les yeux en l'entraînant à sa suite en direction de la chambre à coucher.
Une fois parvenus dans la pièce, Tetsuo ôta le bandeau des yeux de la jeune fille, interdite. Tout d'un coup, celle-ci poussa un petit cri de surprise. Devant elle, se trouvait posé sur le lit à baldaquin, une splendide tenue nuptiale dans une étoffe vaporeuse parsemée de fil d'or et constellée de pierres précieuses. Il s'agissait d'une robe longue dotée de manches tombantes, d'un profond décolleté et ornée d'étranges motifs géométrique. Une large ceinture doré servait à rehaussait la finesse de la taille. Jamais, elle n'en avait vu d'aussi belles et de semblable dans toute son existence.
- Elle appartenait à ma mère, dit-il en guise d'explication. Je l'ai conservée précieusement après sa mort afin de l'offrir à celle qui deviendrait mon épouse. Cette robe nuptiale est dans ma famille depuis plusieurs générations. A présent, elle est à toi.
Hitomi sentit son cœur se figer suite à cette révélation, certes ce vêtement était magnifique mais il appartenait à la famille Tanaka, alors qu'elle aurait tant voulut avoir son propre kimono de mariage. Une tenue unique qui n'aurait appartenue à elle-même et non à d'autres femmes. Pourquoi fallait il toujours que Tetsuo cherche à lui imposer ses idées? Depuis qu'ils étaient ensemble, ce dernier s'était peu à peu mis à contrôler le moindre de ses faits et gestes, ses sorties, ses amis, et même la manière dont elle s'habillait. Au début, cette dernière avait trouvé ce comportement flatteur, attentionné mais peu à peu il l'avait étouffé. La jeune fille se sentait de plus en plus dépossédé de sa capacité d'initiative voire même de sa propre personnalité.
- C'est que j'ai déjà choisi le kimono que je porterai pour cette grande occasion, dit-elle d'un ton plein d'aplomb afin de se donner une certaine contenance et dissimuler le malaise intérieur qui l'habitait. Sans prêter la moindre attention à ces paroles, son compagnon s'avançât jusqu'au lit et s'empara délicatement de l'habit satiné que la lumière feutrée de la pièce emplissait de reflets chatoyants. Il s'approcha d'Hitomi et d'une voix ferme et dure lui ordonna de se déshabiller.
Stupéfaite, la jeune fille resta sans voix et immobile, incapable de faire le moindre geste tant l'attitude de son fiancé la surprenait. C'est vrai que ce dernier s'était souvent montré quelque peu autoritaire, mais elle se raisonnait mettant cette attitude sur le compte de ses lourdes responsabilités en tant que dirigeant d'une puissante entreprise et unique héritier d'une des plus grandes fortunes du pays. Cependant, au fil des mois, Tetsuo était devenu un homme qu'elle avait peine à reconnaître. Lui qui était si prévenant, si chaleureux, un peu réservé et sérieux, devenait peu à peu de plus en plus froid, menaçant et tyrannique.
- Je ne veux pas..., balbutia-elle, dans un souffle, le cœur battant à toute allure dans sa poitrine. A ces mots, le visage de son fiancé, devint marmoréen et son regard se mit à briller d'un éclat adamantin. D'un geste brusque, il plaqua Hitomi contre le mur avec force et ses mains se mirent lentement à défaire les boutons de sa robe de satin couleur lavande. Doucement, ses doigts s'immiscèrent à l'intérieur et caressèrent sa poitrine menue à travers le fin tissu. La jeune femme ferma les yeux et frissonna sous ce contact physique inattendu qui lui glaçait le sang et l'emplissait d'effroi. Elle sentit sa robe tomber sur ses chevilles dans un froissement soyeux, dévoilant son corps souple et ferme d'une blancheur laiteuse, seulement vêtu de sous-vêtements en dentelle.
- Mets là, dit-il, en désignant la robe de mariage, d'un ton qui ne supportait aucune contestation. Face au visage fermé et au regard glacé de son compagnon, la jeune fille s'exécuta silencieusement. L'homme recula pour mieux la contempler et un sourire de satisfaction se dessina sur ses lèvres minces.
- Comme tu es belle Hitomi! Cette tenue te va à merveille. Celle-ci esquissa un léger sourire crispé et se retenait pour ne pas éclater en sanglots.
- Tu le portera le jour de notre mariage n'est ce pas?
N'osant pas protester, la jeune fille acquiesça de la tête en se recroquevillant contre la paroi glaciale du mur de la chambre à coucher.
Testsuo s'approcha d'elle et du bout des doigts caressa les joues à la peau veloutée. Puis, il lui releva le menton pour plonger ses yeux bruns dans les siens. Ses lèvres se posèrent sur les siennes et lui arrachèrent un baiser fougueux.
Ensuite, le jeune homme la serra dans ses bras et souleva sa silhouette fluette avec une facilité déconcertante, avant de la déposer sur le lit recouvert de draps fins en satin blanc, jonchés de pétales de roses rouges.
Hitomi se réveilla peu avant l'aube, quelques rayons de lumière bleutée filtraient à travers les stores de la fenêtre de la chambre. A côté d'elle, le lit était vide et froid à la place qu'occupait Tetsuo quelques instants auparavant. Ce dernier avait sans doute dû se lever très tôt ce matin pour aller travailler et être à son bureau avant l'aurore. La jeune femme se leva et se dirigea en direction de la salle de bain. Celle-ci, comportait une immense baignoire, plusieurs lavabos et une douche. Un large miroir recouvrait entièrement l'un des murs de la pièce. La jeune fille s'approcha et contempla longuement son reflet. Sa chair nacrée était criblée de bleus et ses yeux d'émeraude étaient rougis par les larmes. Comment avait elle pu en arriver là?
Dans son esprit embrouillé, cette dernière tentait de comprendre les évènements de la veille mais rien que leur souvenir la faisait tressaillir de peur et de dégoût. Etait il possible que? Non, c'était inimaginable... Sans plus pouvoir se retenir, Hitomi fondit en larmes et pleura tout son saoul. Quand enfin, la jeune femme reprit son calme, elle cessa ses pleurs et s'aspergeât le visage d'eau. Brusquement, une ombre noire apparut dans le reflet du miroir. Son cœur se mit à battre la chamade et un frisson de peur lui parcouru l'échine. L'étrange apparition était une silhouette humaine drapée dans une longue cape noire et le visage à demi-masqué par une épaisse capuche. Sa haute stature lui conférait une impression de force et de prestance, et dans son dos, flottaient de longues ailes couleur d'ébène.
Elle resta un bref moment immobile avant de disparaître comme par enchantement. Hitomi demeura perplexe et confuse face à une telle vision. Etait ce un rêve ou une illusion? Cette mystérieuse forme obscure lui semblait anormalement familière. La jeune femme tenta de se remémorer dans quelles circonstances celle-ci avait croisé son chemin. Hitomi se mordit les lèvres et secoua la tête. C'était tout bonnement impossible, Folken était mort il y a de nombreuses années de cela. Quant à Van? Elle resta figée, penser au prince de Fanélia même brièvement représentait toujours un coup de poignard dans son cœur. Qu'était il devenu depuis tout ce temps? Une pointe de mélancolie lui emplie l'âme à l'idée que celui-ci l'avait sans doute oubliée. Il doit être marié, avec à des enfants, songea t'elle.
Soudain, la jeune fille aperçut dans un coin de la pièce à quelques mètres d'elle, une plume noire, qui flottait dans l'air et scintillait d'un mystérieux éclat verdâtre. Était-ce la preuve que cette apparition était bel et bien réelle? Lentement, Hitomi s'approchât et tendit la main pour la saisir, mais la plume fuligineuse s'évanouit aussitôt, laissant la jeune fille désemparée avec toutes ses questions.
