Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.

Voilà le UA, dans le même monde que Tsubasa et les sept nains (pour tout dire, il s'agit du préquel). Il ne comptera pas beaucoup de chapitres. J'espère que vous aimerez :)


Chapitre 1 : Bienvenue à Divine Shield


Kyouya regardait Rock Leone, sa fidèle toupie. Il s'ennuyait ferme. Il n'y avait aucun adversaire à sa mesure dans l'enceinte du château, ni même au-delà. En tant que prince, il n'était pas autorisé à quitter les murs seul – une règle vraiment idiote vu qu'il pouvait vaincre n'importe lequel de ses soi-disant gardes en un clin d'œil – mais ce n'était pas nécessaire. Des tas de délégations venaient au château. Certaines étaient même originaires d'autres pays. Il s'était mesuré à d'innombrables beybladers et aucun ne s'était montré à la hauteur. Ils ne l'avaient même pas diverti un tout petit peu.

Kyouya soupira. Il détacha son regard de Leone et appuya son front contre la vitre à côté de laquelle il était assis, laissant ses yeux se perdre à l'horizon.

- Le monde est vaste. Est-ce qu'il n'existe vraiment aucun adversaire capable de me stimuler ?

À croire que le Beyblade ne lui offrait pas autant de possibilités qu'il l'avait d'abord cru...

Non. Le Beyblade n'est pas coupable. C'est la faute de tous ces minables qui se prétendent bladers et qui ne sont même pas capables de me mettre un tant soit peu en difficulté.

À cause de tous ces imbéciles, il ne restait que les responsabilités de prince dans sa vie. Il ne ressentait pas l'ivresse d'une véritable victoire et ni la joie de mener des batailles difficiles. Ils méritaient tous de se faire massacrer, un par un, jusqu'à ce qu'ils n'aient plus l'envie ne serait-ce que de regarder une toupie.

Ce serait bien fait pour eux.

De l'agitation attira le regard de Kyouya. Il baissa la tête. Ses yeux s'arrondirent.

- C'est quoi ça ?

Les chevaliers formaient une haie d'honneur, tout le long de l'allée qui menait au château. Un carrosse s'approcha et s'arrêta dans un nuage de poussière. Quelqu'un en descendit. Kyouya plissa les yeux mais il arrivait à peine à distinguer sa silhouette. Il remarqua seulement que les chevaliers se mirent au garde-à-vous.

- Nous... On n'attendait pas d'invités aujourd'hui.

Il le savait. Malheureusement, une de ses tâches consistait à mémoriser l'emploi du temps, et plus particulièrement la tenue de réunions importantes.

Pourquoi n'avait-il pas été prévenu par l'arrivée d'un invité accueilli en si grandes pompes ?

Des pas résonnèrent dans le couloir, de plus en plus proches.

- Aniki !

Kyouya tourna la tête. Kakeru se précipitait vers lui. Il ne s'arrêta qu'à quelques pas de son poste d'observation. Malgré son souffle erratique, il affichait un immense sourire.

- Je t'ai cherché partout !

- Tu sais ce qu'il se passe ?

Kakeru opina vivement. Son sourire se teinta de malice.

- C'est entièrement de ta faute, figure-toi.

- Comment ça ?

- Ce n'est pas très bien vu, que le prince soit plus fort que ses gardes-du-corps. En fait, ça enlève tout l'intérêt du principe.

- Si tu crois que ça m'amuse qu'ils soient aussi faibles.

Lui, il voulait un véritable défi. Gagner en un seul coup ne l'amusait pas. Ça ne le satisfaisait même pas.

- Père et Mère ont effectué tout un tas de recherches pour trouver un blader assez fort pour te tenir tête – et te protéger, accessoirement.

Un sourire se dessina lentement sur les lèvres de Kyouya.

- Tu veux dire que ce gars-là... ?

Kakeru hocha la tête.

- C'est un blader surpuissant. Qui sait ? Peut-être qu'il te faudra plus que deux attaques pour le vaincre.

Un frisson d'excitation parcourut Kyouya. Si seulement ça pouvait être vrai.

Il jeta un coup d'œil à la fenêtre. La délégation avait disparu. Ils devaient tous se trouver dans le château.

Kyouya quitta son perchoir d'un bond. Il adressa un signe de tête à son frère.

- Allons-y.

Ils n'étaient pas conviés, mais ce ne serait pas la première fois qu'ils espionneraient une assemblée sans l'accord de leurs parents.

Il fallait bien se divertir, de temps en temps.

Ils avancèrent dans les couloirs tortueux du château et descendirent plusieurs volées de marches. Pendant leur progression, Kakeru lui relaya toutes les informations qu'il avait rassemblé au sujet de ce blader mystérieux. Il était originaire, semblait-il, d'un village où tous les habitants pratiquaient le Beyblade dès leur plus jeune âge. Il y avait travaillé ses bases jusqu'à être assez âgé pour voyager. Il avait alors arpenté le pays entier pour se confronter à de nombreux adversaires.

Si la moitié seulement était vraie, il représenterait un adversaire intéressant – peut-être même le meilleur que Kyouya ait affronté.

Ce qui ne l'empêcherait pas de gagner.

Les frères finirent par atteindre la salle du trône, où les invités étaient toujours reçus. La pièce était vaste, suffisamment pour accueillir des centaines de convives. Ils se glissèrent dans un recoin pour ne pas être repérés. Kyouya laissa ses yeux dériver sur la foule ordonnée, ignorant les visages familiers. Le blader décrit par Kakeru était un parfait étranger. C'était sa première venue au château. Kyouya ne l'avait par conséquent jamais aperçu.

Son regard s'arrêta sur un adolescent de son âge. Il le détailla. Sa posture était droite, pas vraiment fière mais emplie d'une assurance sereine. Ses yeux – d'une couleur que Kyouya n'avait jamais vue – ne vacillaient pas alors qu'ils étaient rivés sur ceux du roi. Kyouya en fut étonné. Son père avait un vrai don pour impressionner les gens, et son statut royal ne faisait que l'accentuer. À part dans leur cercle familial restreint, il n'avait vu personne se montrer aussi détendu en sa présence.

- Tu as vu ça ? souffla Kakeru, suivant le même cheminement de pensées.

Kyouya opina, continuant son examen. L'adolescent avait une tignasse d'épais cheveux roux. Il semblait plutôt frêle, ce qui était décevant de la part de l'adversaire qu'on lui avait promis. Peut-être qu'il se battait en utilisant des stratagèmes. Kyouya n'avait rien contre ce genre d'adversaire – lui-même ne s'en privait pas – mais ce qu'il trouvait le plus intéressant dans le Beyblade, c'était de confronter sa force à celle des autres.

- Le salaire ? Ça ne m'intéresse pas vraiment.

L'adolescent sourit d'une manière si sincère et absolue que Kyouya tressaillit.

- Ce qui m'intéresse, dans ce travail, c'est l'idée de me confronter à des adversaires puissants. Vous voyez ce que je veux dire ?

Kyouya voyait très bien. Il le regarda d'un œil neuf. Son physique frêle n'était peut-être rien d'autre qu'une apparence.

- Quand cette annonce m'est parvenue, elle sous-entendait que j'aurais des combats incroyables. C'est tout ce que je désire.

- Tu ne veux même pas un lieu où t'abriter ou de quoi te nourrir ? demanda la reine.

- Je peux me débrouiller pour tout ça.

Les yeux de la reine étincelèrent. Elle sourit.

- Tu pourrais bien être celui que nous attendions. Toutefois, il n'existe qu'une seule manière de nous en assurer.

Le sourire de l'adolescent devint féroce.

- Vous me proposez un duel d'entrée de jeu ? Je vois que l'annonce n'était pas mensongère... et ça me plaît.

- Tant mieux. Tu ne verras donc aucun inconvénient à te battre contre le chef de notre garde.

Le concerné s'avança d'un pas et adressa un signe de tête poli à l'adolescent. Malgré son rang élevé, Kyouya pouvait le battre très facilement. Il plissa les yeux. C'était maintenant qu'il verrait si le rouquin était un adversaire digne de lui.

L'adolescent jaugea le chef de la garde du regard avant de reporter son attention sur le couple royal.

- Est-ce le seul adversaire que je dois vaincre pour obtenir ce poste ?

- En fait, tu dois vaincre chaque blader présent, répondit Gaou. Tu peux les affronter dans l'ordre que tu veux, mais sache que la moindre défaite te disqualifie.

- Je vois, répondit l'adolescent en balayant la salle du regard.

Son regard croisa celui de chaque garde, sans s'y arrêter mais semblant chercher quelque chose. Kyouya et Kakeru s'enfoncèrent dans leur cachette pour qu'il ne les repère pas. Kyouya attendit un moment puis risqua un coup d'œil. L'adolescent avait de nouveau fixé son attention sur le roi.

- Très bien. Non seulement j'accepte le défi, mais je les prends tous en même temps.

Aucune des personnes présentes ne put dissimuler sa surprise.

- Tu es sûr ? demanda le roi. Tu n'as le droit à qu'à une seule chance.

- J'ai compris, mais je suis certain de gagner.

La surprise de certains gardes se mua en mécontentement. Sans s'en préoccuper, l'adolescent s'éloigna du couple royal pour se poster au milieu de la salle.

- C'est quand vous voulez.

Les chevaliers se mirent en position de lancer, formant un cercle autour de l'adolescent.

- Tu l'auras voulu !

- On va t'apprendre à ouvrir ta grande bouche.

- Nous sommes des soldats d'élite. Nous avons subi des entraînements stricts et tu te crois capable de tous nous vaincre en même temps ?

- Votre nombre importe peu.

Kyouya se tendit. Ses yeux s'arrondirent. Une aura bleue s'élevait lentement autour de l'adolescent.

- Tu as vu ça ? murmura Kakeru d'un ton incrédule.

Kyouya fut incapable de répondre tant il était captivé.

- Car ce qui détermine l'issue d'un duel, c'est l'esprit du blader.

Les chevaliers n'avaient perçu aucun changement. Ils étaient insensibles à ce qu'il se passait. Ils propulsèrent leurs toupies d'un mouvement parfaitement maîtrisé. L'adolescent n'en fut pas impressionné. Il ne parut même pas pris de court. Il se positionna calmement, ignorant les toupies qui l'assaillaient.

- Laissez-moi vous présenter... Storm Pegasus !

Il propulsa sa toupie. Elle envoya ses adversaires dans le décor les uns après les autres, sans marquer de temps d'arrêt ni même ralentir. Ça ressemblait davantage à une promenade de santé qu'à un combat pour elle. Elle terrassa les autres toupies et, d'un bond, s'éleva dans les airs. Son blader la rattrapa d'un mouvement vif. Les chevaliers le dévisageaient, bouches bées. Kyouya osait à peine y croire lui aussi. Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine.

- J'ai passé votre test ?

-... Oui, parvint à dire Gaou, malgré son ébahissement plus qu'évident. Nous te souhaitons la bienvenue à Divine Shield, Ginga Hagane.

- Merci !

- Et n'aies aucune inquiétude pour la chambre ou les vivres, intervint la reine, amusée. Ils sont inclus dans ton salaire. Tant que tu travailleras pour nous, tu vivras dans le château.

- La classe !

- Capitaine.

Le chef de la garde s'avança.

- Conduis-le à ses quartiers, qu'il puisse se reposer après son long voyage et ce combat. Aide-le à se familiariser avec les lieux.

- Bien.

- Ce n'est pas nécessaire, voyons. Ne vous donnez pas tout ce mal.

- Considère ça comme une étape de transition. Tu rencontreras le prince dans une semaine.

Les yeux de Ginga s'écarquillèrent.

- Le... prince ? Ah oui ! Celui que je dois protéger. Ça m'était complètement sorti de la tête. Hé hé hé !

Le chef de la garde le dévisagea avec effarement mais les parents de Kyouya conservèrent une parfaite maîtrise d'eux-mêmes. Ses compétences de blader les avaient séduits.

Le chef de la garde se reprit. Il enjoignit Ginga à le suivre et traversa la salle. Le rouquin se lança sur ses pas.

- Une semaine avant de rencontrer le prince ? fit une voix moqueuse à quelques pas de Kyouya. Ils veulent juste qu'il s'habitue à la vie de château pour qu'il ne s'enfuie pas. Ils vont le couvrir de luxe, vous allez voir.

- Même pour tout l'or du monde, je ne voudrais pas de ce travail. Je le plains presque, le nouveau. Il ne sait pas dans quoi il s'est embarqué.

Kyouya n'avait que faire de leurs murmures. Ses yeux suivaient la silhouette agile de Ginga, ce blader capable de vaincre autant d'adversaires sans user d'une attaque spéciale. Il s'étonnait qu'il ne se retourne pas, dérangé par le poids de son regard.

Ginga Hagane, et Storm Pegasus, hein ?

Un sourire se dessina lentement sur ses lèvres. Les vaincre allait être un véritable régal.

- Les parents rêvent s'ils imaginent que je vais patienter une semaine entière pour me mesurer à lui.

- Tu vas faire quoi alors ?

Ginga sortit de la pièce. Kyouya se tourna vers son petit frère qui l'observait, intrigué.

- Le vaincre, évidemment.

- Évidemment ! répéta Kakeru. Mais quand ?

Kyouya regarda de nouveau la porte derrière laquelle Ginga avait disparu. Son sourire s'accentua.

- Demain. Je lui laisse une journée pour se reposer... même si ça ne changera rien à l'issue de notre duel.

Kyouya l'écraserai comme un insecte. Un insecte divertissant... mais un insecte tout de même.


XXX


Kyouya se dirigeait à grands pas vers le terrain où s'entraînaient les chevaliers. Il était certain d'y trouver le nouveau. C'était là que le chef de la garde commencerait sa visite, et là que Kyouya le défierait. Après son arrivée tapageuse, vaincre Ginga lui apporterait encore plus de satisfaction. Il montrerait à tous à quel point son niveau était supérieur.

Le terrain d'entraînement était à ciel ouvert. Il se composait de plusieurs stadiums, de différents types, ainsi que de parcours. Comme Kyouya l'avait prévu, le rouquin s'y trouvait, en compagnie du chef de la garde, qui lui parlait certainement de l'emploi du temps qu'ils suivaient. Il s'en moquait. En revanche, l'intérêt de Ginga devant les différents stadiums était amusant. Restait à savoir s'il serait toujours aussi enthousiaste après la défaite que Kyouya comptait lui infliger.

- Ginga Hagane.

Sa voix résonna avec limpidité. Les chevaliers se figèrent, comme des proies percevant la présence d'un prédateur, espérant échapper à son attention. Kyouya eut un sourire féroce. Ils en avaient, de la chance. Ce n'était pas après eux qu'il en avait aujourd'hui.

Le rouquin se retourna lentement. Leurs regards s'accrochèrent.

- Qui t'es toi ?

Le chef de la garde se tendit. Une atmosphère de stupeur craintive les entoura.

- Kyouya. Et je te présente Rock Leone, continua-t-il en sortant sa toupie et en la tendant vers lui. Nous n'avons que trop rarement l'occasion d'affronter des adversaires dignes de nous... et, soudainement, te voilà. J'ai assisté à ton exploit hier. J'ai encore du mal à croire que ce n'est pas un rêve.

Ginga sourit.

- Tu as l'air d'un blader intéressant, toi aussi.

Kyouya sourit et ramena son bras contre lui.

- Que dirais-tu de vérifier ça par toi-même ?

- Tu me proposes un combat ? C'est d'accord.

Ginga sortit son lanceur et le pointa vers lui, sans se préoccuper des exclamations surprises poussées par leur public.

Kyouya lui tourna le dos.

- Pas ici.

Jetant un regard par-dessus son épaule, il le vit baisser les bras, l'air déçu.

Ne te crois pas tiré d'affaires si facilement...

- Il y a un stadium que je voudrais utiliser.

Kyouya se mit à marcher. Ginga ne le suivit pas immédiatement. Le prince s'efforça de ne pas regarder en arrière. Cela gâcherait tout son effet. Finalement, les pas de Ginga résonnèrent derrière lui. Son sourire revint. Il acceptait donc son défi.

D'autres pas se firent entendre. Kyouya n'en avait cure. Les spectateurs pouvaient venir aussi nombreux qu'ils le souhaitaient pour assister à la défaite de Ginga.

Il retourna à l'intérieur du château. Il avança d'un pas décidé dans les couloirs, se dirigeant vers la tour nord, qu'il escalada. Les rafales de vent l'accueillirent dès qu'il en atteignit le sommet. Un stadium y avait été aménagé spécialement pour lui permettre d'exploiter pleinement les talents de Leone.

Kyouya se posta à son extrémité et se retourna. Ginga avait les yeux plissés pour lutter contre le vent.

- Ça te convient ?

- Pourquoi veux-tu utiliser ce stadium en particulier ?

- Ça, tu le verras pendant notre duel. Si tu tiens le coup.

Une lueur de défi embrasa les yeux de Ginga.

- Tu penses que je ne fais pas le poids contre toi ?

- À toi de me donner tort.

Un demi-sourire étira les lèvres de Ginga. Il prit son propulseur et se mit en garde.

- Avec plaisir. J'accepte ton défi.

Kyouya se mit en position de lancer.

- Je n'attendais pas d'autres réponses...


XXX


Kyouya tomba à genoux, avec l'impression que ses muscles ne lui répondaient plus. Ses yeux écarquillés fixaient Leone, juste devant lui, hors du stadium, refusant d'y croire. Il avait... ? Est-ce qu'il avait vraiment... ?

- J'ai perdu ?

Son murmure incrédule fut emporté par le vent, mais il lui suffit pour prendre conscience de la situation. Il avait perdu. Lui. Comment était-ce possible ?

Il frappa le sol du poing.

- Je ne peux pas avoir perdu !

C'était impossible. Un blader aussi talentueux que lui, capable d'exploiter pleinement les capacités de sa toupie, perdre contre ce... contre ce type ?

Il leva la tête à temps pour voir Ginga rattraper son Pegasus, un grand sourire sur le visage. Évidemment. Il n'avait pas perdu, lui.

- Comment... ? Mon attaque spéciale... !

Personne n'avait jamais été capable de la contrer.

- Le vent est toujours plus faible dans l'œil de la tempête.

Ginga disait ça comme si c'était l'évidence même. Les dents de Kyouya crissèrent. Comment osait-il le prendre de haut ? Ça voulait dire quoi ? Que le Rugissement Tempétueux du Lion était trop faible ? Que ses failles étaient faciles à exploiter ?

Kyouya ramassa Leone et se releva avec des mouvements rageurs.

- Toi ! Tu vas le regretter !

Les yeux de Ginga s'arrondirent. Son sourire s'effaça enfin.

- Pardon ?

- Je vais te le faire payer. Est-ce que c'est clair ?

- C'est toi qui as voulu ce combat. Tu as même fait en sorte d'avoir l'avantage. Quand on se lance dans un duel, on prend toujours le risque de perdre. N'importe quel blader le sait.

- Ginga ! tenta de l'avertir le chef de la garde.

Kyouya se tourna vers lui.

- La ferme ! Tu n'as rien intérêt à lui dire. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

Il balaya les autres gardes du regard.

- Cela vaut pour chacun d'entre vous.

Hors de question que Ginga apprenne qui il était avant que Kyouya ne le décide.

- Hé ! C'est quoi ce comportement ?

Kyouya reporta son attention sur Ginga, qui se permettait de le fusiller du regard. Il ne se prenait vraiment pas pour n'importe qui celui-là.

Il allait lui montrer à quel point il se trompait.

- Tu ferais mieux de te préoccuper de toi-même. Ça ne se passera pas comme ça la prochaine fois ! Je ne me contenterais pas de te vaincre, je vais t'écrabouiller. Et tu n'auras rien d'autre à faire que de pleurnicher auprès de cet "esprit du Beyblade" que tu aimes tant !

- Sérieux ?

Kyouya ne savait s'il était dégoûté ou estomaqué. Il s'en moquait. Il le dépassa à toute allure, ignorant ses tentatives pour le retenir. Il n'avait pas une seconde à perdre, pas s'il voulait lui faire mordre la poussière.

Surtout que, avant, il devait négocier avec ses parents.


XXX


Ginga regardait le terrain d'entraînement avec ennui. Son enthousiasme initial était rapidement retombé. Le lendemain de son arrivée, en fait. Tout avait si bien commencé pourtant. Il n'y avait pas beaucoup de travail pour les bladers errants – enfin, pas beaucoup d'honnêtes. Ce travail à Divine Shield était une chance à saisir, surtout qu'il lui promettait de futurs combats palpitants. Il l'avait saisi... mais il commençait à se demander si ça n'avait pas été une erreur. Tout ça à cause d'un malheureux combat.

Le pire, c'était qu'il avait aimé ce combat. Kyouya était un adversaire redoutable, doté d'un talent qu'il avait rarement vu. Il avait eu du mal à le vaincre, ce qui lui avait permis d'apprécier sa victoire d'autant plus. Il avait songé que c'était de bon augure pour la suite. Seulement...

Ça ne se passera pas comme ça la prochaine fois ! Je ne me contenterais pas de te vaincre, je vais t'écrabouiller. Et tu n'auras rien d'autre à faire que de pleurnicher auprès de cet "esprit du Beyblade" que tu aimes tant !

- Pourquoi il a réagi comme ça ?

C'était bien d'être hargneux et de refuser de perdre pendant un duel – Ginga assumait totalement cet aspect de sa personnalité. Par contre, une fois que le combat était fini, c'était exagéré.

Il ne m'a même pas laissé lui parler, continua-t-il en pensées, songeant aux yeux bleus emplis de rage qui s'étaient fixés sur lui.

Et, comme si ça n'avait pas suffi, depuis leur duel, Ginga avait la poisse. Les gardes, les chevaliers et le personnel du château l'évitaient comme un pestiféré. Certains allaient jusqu'à s'enfuir en courant quand ils le croisaient. Il n'était pas venu avec l'intention de se faire des amis, mais c'était vexant. Surtout qu'il n'avait rien fait pour mériter un tel traitement.

Peut-être que j'ai fait un faux pas culturel...

Ça expliquerait pourquoi sa rencontre avec le prince avait été repoussée d'un mois. Un mois entier. Ça lui donnait l'impression d'être un profiteur.

- Mais comment je peux le savoir si on me dit rien ? Je suis pas devin moi !

Plusieurs regards convergèrent vers lui. Il s'en moquait. Cette situation avait de quoi irriter n'importe qui.

Une ombre se projeta sur lui.

- Deviner quoi ?

Ginga leva la tête. Le chef de la garde s'était approché de lui. C'était la seule personne à lui adresser normalement la parole, peut-être parce qu'il en avait reçu l'ordre direct par le couple royal.

- Ce que j'ai fait de travers.

- Tu as fait quelque chose de travers ?

- Je pense, vu comment tout le monde se comporte avec moi.

Le chef de la garde n'avait pas l'air de comprendre ce qu'il voulait dire. Avec un soupir, Ginga se leva et se dirigea vers le stadium le plus proche. Il adressa un sourire avenant, quoiqu'un peu crispé, aux deux bladers qui y combattaient. Il n'eut rien le temps de dire qu'ils récupérèrent leurs toupies, sans terminer leur duel, et qu'ils s'éloignèrent au pas de course. Ginga se tourna vers le chef de la garde.

- Vous voyez ?

L'adulte semblait gêné.

- Ça n'a rien à voir avec toi.

- C'est difficile de ne pas se sentir visé tout de même.

D'ailleurs, les bladers des stadium voisins s'éloignèrent eux aussi, à croire qu'il allait se jeter sur eux.

Heureusement que j'ai Pegasus. Je me sentirais bien seul sinon.

Sa toupie, et le spectre qu'elle contenait, était le seul partenaire dont il avait besoin. Ginga posa sa main sur son rangement et se sentit rassuré par sa présence.

- Ce n'est pas de ta faute.

Les sourcils de Ginga se froncèrent. La manière dont le chef de la garde le disait, ça signifiait...

- C'est de la faute de quelqu'un d'autre ? De Kyouya ?

Maintenant qu'il le disait, c'était vrai que ce comportement avait commencé après leur duel. Après ses menaces.

- Vous avez peur de lui ? Tous ?

Le chef de la garde évita son regard.

- Son Leone est redoutable.

- Mais...

L'adulte secoua la tête.

- J'ai juré de ne rien dire. Toutes mes excuses.

Et de s'éloigner sous le regard perplexe de Ginga.

Craignaient-ils donc tous Kyouya tant que ça ?


XXX


Plus les jours passaient, plus Ginga doutait de son choix. Seules deux choses l'empêchaient de partir : il n'avait mené qu'un seul duel intéressant et attendre de rencontrer le prince était la moindre des choses pour payer l'hospitalité du couple royal. Même s'il avait de plus en plus de mal à rester en place. Il avait passé de longs mois sur les routes, à combattre d'innombrables bladers. C'était difficile de sédentariser après un tel mode de vie. Surtout que seul le Beyblade pouvait l'enchaîner à un lieu.

Peut-être...

- Ginga Hagane !

Ses yeux s'arrondirent. Il n'avait pas entendu cette voix depuis plus d'un mois, mais il ne pouvait ne pas la reconnaître.

Il leva la tête. Kyouya se trouvait au sommet des marches qui menaient dans la cour. Ses yeux bleus brûlaient toujours de colère... et de défi.

Qu'est-ce que Ginga était content de le voir ! Enfin quelqu'un qui le traitait normalement – en tout cas, plus normalement que les autres. Il en aurait souri si l'atmosphère n'était pas aussi électrique.

- Cette fois, je vais te vaincre et...

- M'envoyer pleurnicher auprès de l'Esprit du Beyblade, compléta Ginga dans un soupir. Je m'en souviens.

Le nez de Kyouya se fronça. Il le dévisagea, clairement vexé par son intervention.

Ginga se mit debout.

- J'accepte ton défi.

- Tu n'as pas le choix !

La paupière de Ginga tressauta.

Si. Je pourrais t'envoyer Pegasus à la figure maintenant pour t'apprendre les bonnes manières.

Ce qui n'était pas du tout – mais alors pas du tout – son genre. Il tenait à le préciser.

- Où tu veux te battre ? À ton stadium venteux ?

- Non.

- Je peux choisir le lieu du duel ? s'enthousiasma Ginga.

- Et puis quoi encore ? Il n'y a que les imbéciles qui acceptent les duels dans un lieu choisi par leur adversaire.

Ginga se renfrogna. Il venait de l'insulter là, non ?

- On va où dans ce cas ?

- Suis-moi.

Kyouya lui tourna le dos et s'éloigna.

Celui-là !


XXX


- J'ai perdu. Encore.

Kyouya n'arrivait pas à y croire. Il ne voulait pas y croire. Lui, perdre deux fois ? Contre le même adversaire qui plus est ? C'était... indicible. À quoi avait servi son entraînement incessant du dernier mois ? À quoi avaient servi ses progrès ?

À rien. Strictement à rien.

Il ramassa son Leone – son pauvre Leone qui venait de subir une deuxième défaite par sa faute. Il tourna le dos au stadium et partit sans adresser un regard à Ginga.

Comment avait-il pu perdre encore ?

- Hé ! Attends !

Kyouya s'enfonça dans le bâtiment sans y prêter attention. Il avait besoin d'un autre délai. Il ne pouvait pas rester sur cette défaite. Il devait s'entraîner... mais quelle raison pouvait-il trouver pour encore retarder ses devoirs princiers ?

Il allait trouver. Rien n'était plus important que ces défaites.

Quelque chose attrapa son poignet. Kyouya sursauta et se retourna brusquement. Il grimaça en voyant Ginga. Plongé comme il était dans ses réflexions, il ne l'avait pas entendu approcher. Il tenta de se dégager mais le rouquin ne fit que raffermir sa prise. Il était fort, mine de rien.

- Lâche-moi. Je te dis de me lâcher !

- Et moi, je t'avais dit d'attendre.

Kyouya se figea pour le dévisager avec des yeux écarquillés. Il venait de lui donner un ordre ? À lui ? Mais il se prenait pour qui au juste ?

Kyouya s'apprêtait à lui expliquer quelle était sa place quand il comprit ce que ça signifiait. Ginga ne savait toujours pas qui il était. Personne n'avait vendu la mèche.

Ginga sembla considérer son hésitation comme un assentiment. Il le lâcha et lui sourit. Kyouya se renfrogna. Il allait se moquer de lui, c'est ça ?

Si tu crois que je vais te laisser me manquer de respect parce que j'ai perdu, tu peux toujours rêver.

- J'ai adoré me battre contre toi.

- …Quoi ?

- Tu es un blader doué. Et faire autant de progrès en si peu de temps... c'est bien la première fois que je vois une chose pareille. Comment tu as fait ?

Puis Ginga se mit à agiter les mains, paumes vers lui.

- Je ne te demande pas de me raconter les secrets de ton entraînement ! s'empressa-t-il d'ajouter. Bien sûr que non ! C'est juste que... Laisse-moi reprendre.

Il inspira profondément et lui tendit la main, de nouveau souriant.

- Ça faisait longtemps que j'attendais un adversaire de ton calibre. J'espère que nous nous affronterons à nouveau.

Kyouya croisa les bras et se composa son air le plus hautain.

- Évidemment. Je n'abandonnerai pas tant que je ne t'aurai pas battu.

Le sourire de Ginga s'accentua.

- C'est l'idée.

Kyouya le regarda dans ses yeux, qui n'étaient pas vraiment dorés, mais plutôt de la couleur du miel.

- Les poignées de main, c'est pas mon truc.

Le sourire de Ginga s'effrita quelque peu. Il baissa lentement la main.

- Euh... d'accord.

Au lieu de lui tourner le dos, comme il l'aurait fait quelques minutes plus tôt, Kyouya resta planté en face de lui, à le regarder. Il s'attardait plus longtemps qu'il ne le devrait. Il le savait. Pourtant, il ne fit pas mine de bouger. Il ne se sentait pas trop mal, là.

Ginga ne souriait plus mais il l'observait, son attitude complètement détendue.

Kyouya finit par se secouer mentalement – il n'allait quand même pas rester planté là toute la journée – et se détourna. Il se remit en marche.

- Ça te dirait qu'on se voie demain ? lui demanda Ginga.

- Je n'aurais pas le temps de m'entraîner suffisamment.

- Pas pour un match. Juste pour se voir.

Kyouya en fut troublé. Il s'ébroua mentalement, essayant de chasser ce sentiment, et s'éloigna de nouveau.

- J'ai beaucoup à faire.

Mais il n'avait pas dit non. Il se demanda si Ginga avait remarqué.

- Dès que tu pourras alors. Je compte rester dans le coin.

Il y avait un sourire dans sa voix. Kyouya eut du mal à réprimer son sourire naissant puis y renonça.

Personne ne le voyait, de toute façon.


XXX


Ginga s'était finalement habitué à la vie à Divine Shield, même si elle restait très différente de ce qu'il avait imaginé. Tout d'abord, on ne lui demandait rien. Sa rencontre avec le prince avait encore été repoussée, ce qui commençait à l'inquiéter – est-ce qu'il était malade ou n'avait-il tout simplement pas envie de le voir ? Les divers employés du château ne semblaient plus savoir comment agir en sa présence, accentuant sa confusion. Certains continuaient de l'éviter, d'autres s'inclinaient profondément devant lui, d'autres encore avaient décidé de le traiter comme l'un des leurs. Il n'y comprenait rien.

Mais une chose s'était nettement améliorée depuis son arrivée. Son entourage.

Un sourire apparut sur ses lèvres. D'ailleurs, il entendait ses pas...

- Salut Kyouya.

Le blader de Leone lui adressa un bref signe de tête. Depuis leur deuxième duel, près de trois semaines auparavant, ils avaient pris l'habitude de passer du temps ensemble. Au début, l'idée déstabilisait Kyouya – il arborait souvent un air perdu, comme s'il se demandait ce qu'il fichait avec lui – mais il avait fini par s'y habituer. Parfois, ils passaient plusieurs jours sans même s'apercevoir. Kyouya avait sous-entendu à plusieurs reprises avoir un emploi du temps chargé. Ginga ne mettait pas sa parole en doute. Par contre...

Je me demande ce qu'il fait.

Ce n'était pas son entraînement de Beyblade, ça Ginga en était sûr, mais des obligations professionnelles qui l'agaçaient. Vu son niveau, il devait être un soldat d'élite – un guerrier plutôt : le terme soldat ne lui correspondait pas – ou un garde du corps, comme lui. Après tout, d'après ce que Ginga avait entendu dire, il y avait deux princes.

Si c'était le cas, ça voulait dire qu'il risquait de s'ennuyer, non ? Kyouya avait semblé attendre un adversaire stimulant depuis un moment.

Bah, on s'a l'un l'autre maintenant.

- Tu m'emmènes dehors ?

Kyouya posa des yeux très bleus et très surpris sur lui.

- Quoi ?

Ginga indiqua la muraille du château du pouce.

- J'ai pas eu l'occasion de visiter la ville. J'aimerais bien. Je commence à tourner en rond, et je sais que toi aussi. Ça me ferait du bien.

- En ville ?

- Oui.

Le regard de Kyouya se porta vers la muraille, songeur.

- Je... ne connais pas vraiment le coin.

- Mais tu vis ici depuis longtemps, non ? s'étonna Ginga.

Kyouya croisa les bras dans une pure attitude défensive. Mauvaise signe.

- J'ai beaucoup de choses à faire figure-toi ! Je n'ai pas eu... le temps.

Il se détourna et commença à s'éloigner. Le cœur de Ginga s'affaissa. Il avait tant d'obligations que ça ?

Et peu d'adversaires à combattre. Rien d'étonnant qu'il soit à cran.

- Kyouya.

L'interpellé s'arrêta mais il ne se retourna pas. Ginga sourit. Qu'il l'écoute suffisait.

- Ça te dirait qu'on aille l'explorer ensemble ?

Le vert jeta un regard par-dessus son épaule, jaugeant le sérieux de sa proposition.

- On pourrait y aller ce soir, quand tu auras fini ton travail, continua Ginga.

Le regard de Kyouya se porta sur la muraille. Après un moment, il le reporta sur Ginga. Il sourit. La gorge de Ginga s'assécha et d'étranges nœuds se formèrent dans son ventre. C'était la première fois qu'il le voyait sourire ainsi et il était tout bonnement...

Magnifique.

- D'accord.

Et Kyouya de s'éloigner comme si de rien était.

Ginga resta figé sur place bien après sa disparition dans le château.


XXX


Kyouya enfila sa cape par-dessus ses vêtements. Il s'agissait d'un simple morceau de tissu, sombre mais pas noir, qui se fondrait parfaitement dans la nuit. Il rabattit la capuche sur sa tête et rassembla les deux pans de sa cape pour dissimuler son corps. Elle le recouvrait intégralement. Personne ne serait capable de le reconnaître, à moins d'un examen minutieux et d'un excellent sens de l'observation.

C'était parfait.

Il sortit de ses appartements. Il marcha le plus silencieusement possible dans les couloirs, changeant de trajet à chaque fois qu'il entendait quelqu'un, le cœur battant. Il avait déjà brisé des règles, mais pas celle-ci. Jamais. Il en éprouvait un mélange d'impatience et d'excitation. Pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ? Il s'exaspérait.

Après un temps qui lui parut interminable, il sortit enfin du château. L'air nocturne l'accueillit avec de douces brises qui brossèrent ses joues, à croire qu'il était aussi impatient que lui à la perspective de cette expédition.

Ginga l'attendait près de l'endroit où ils s'étaient vu le matin même. Il lui sourit et le salua d'un signe de tête. Il se mit à longer le mur. Kyouya le suivit. En apercevant le portail, Kyouya comprit son plan. Il lui frôla le bras et s'arrêta. Ginga se retourna, surpris.

- Pas par là, murmura le vert.

- Tu ne veux quand même pas qu'on fasse le mur ?

- Pourquoi ? Ça t'effraie ?

Les sourcils de Ginga se froncèrent. Il l'observa avec plus d'attention. Kyouya se tendit. Et si jamais il devinait ? Kyouya n'était pas prêt, pas encore. Pas alors qu'il y avait enfin quelque chose d'intéressant dans sa vie. Dès que Ginga saurait – parce que ça finirait par arriver, il en avait bien conscience – ça changerait tout. Il n'y aurait plus ce genre de virée, ni de moments en tête-à-tête. Il n'y aurait même plus de combats – en tout cas, pas comme ceux qu'ils avaient vécu.

- Tu me défies ? Très bien.

Ginga revint sur ses pas et le dépassa. Kyouya fit demi-tour pour le suivre. Ils marchèrent plusieurs minutes en silence. Le rouquin finit par s'arrêter.

- J'avais remarqué un défaut dans le mur, ici. Je l'ai signalé mais... le voilà.

Ginga découvrit une faille, assez grande pour qu'ils puissent s'y faufiler. Il parodia une révérence.

- Après toi.

Kyouya lui lança un regard supérieur, qui le fit sourire, avant de s'engager dans la crevasse. Après quelques efforts et contorsions, il parvint de l'autre côté. Il s'immobilisa, s'attendant presque à entendre une alarme se déclencher. Il n'y eut rien.

Ginga lui donna un coup dans le dos. Avec un grognement, Kyouya se déplaça pour le laisser sortir. Les yeux miel brillaient.

- On y va ?

- On y serait déjà si tu n'étais pas aussi lent.

Ginga roula des yeux avec amusement. Il prit la tête de leur expédition. Chaque pas qu'ils faisaient hors du château était la découverte d'une terre inconnue pour Kyouya. Il n'avait pas passé les quinze dernières années enfermé à l'intérieur, bien sûr que non. Seulement, les rares fois où il était sorti en ville, c'était pour des cérémonies et il avait suivi tout un protocole. Sans oublier les nombreux gardes qui les avaient escortés, ses parents, Kakeru et lui. Et les fois encore plus rares où il avait quitté Divine Shield pour se rendre dans un autre pays avaient été d'un ennui mortel. Il s'était retrouvé au milieu de cours ridicules, avec une seule envie : tout dévaster autour de lui.

Il ne s'en était pas privé à chaque fois.

La ville était différente de ce qu'il avait imaginé. Plus calme. Ennuyeuse, oserait-il même dire. Elle était remplie de monde pourtant. Kyouya avait bien sûr vu des foules entières lors des cérémonies, mais c'était des occasions spéciales. Il pensait que les citadins vivaient plus espacés en temps normal. À chaque rencontre, il s'attendait à être reconnu. Sa cape le recouvrait bien, mais il pensait qu'elle ne dissimulait pas assez efficacement ses cicatrices, et personne ne devait porter les mêmes que lui.

Ginga semblait apprécier l'atmosphère qui se dégageait de la ville. Il s'arrêta même à plusieurs étals pour en admirer les marchandises. Il acheta des brochettes et lui en tendit une. Après une brève hésitation, Kyouya l'accepta, la tenant du bout des doigts.

- Le coin est vraiment sympa ! s'exclama Ginga avant de mordre sa brochette.

Kyouya l'imita. Ses yeux s'arrondirent de surprise. Ce n'était pas mauvais. Pas mauvais du tout même.

Il prit une autre bouchée.

- Mais trop calme.

Les yeux miel brillèrent.

- Pourquoi ? Tu aurais voulu des ennuis ?

- Il est tout à fait possible de se promener et de manger au château. Ce n'était pas la peine de faire tout ce chemin pour ça.

Kyouya termina sa brochette. Il essuya ses mains l'une contre l'autre. Le regard de Ginga se porta par-dessus son épaule. Son sourire devint féroce.

- Je crois que tu vas être exaucé.

Kyouya se tourna à demi, cherchant ce qui avait ainsi attiré son attention. Une dizaine de personnes se pressait autour des étals, une s'en éloignait d'un pas tranquille. Ginga le dépassa pour se rapprocher de cette dernière. Il s'agit d'un homme d'une trentaine d'années.

- Hé toi.

L'adulte lui jeta un regard peu intéressé.

- J'ai vu ce que tu as fait. Vas rendre l'argent et épargne-toi des ennuis.

L'homme se crispa, ses yeux s'écarquillant, avec de détaler. Ginga tourna un regard exaspéré vers Kyouya.

- Ils réagissent toujours comme ça.

- Ça signifie que nous le poursuivons ? Demanda le prince, incapable de cacher la note d'impatience présente dans sa voix.

- Évidemment.

Ginga et lui se mirent à courir. Le voleur n'avait pas beaucoup d'avance. Il courait vite, sûrement grâce à une pratique régulière, mais ils étaient des bladers aguerris. Un peu d'exercice ne les effrayait pas.

Le voleur s'engouffra dans une ruelle et tenta d'utiliser sa connaissance de la ville pour les semer. Sans succès. Kyouya sourit. Il croyait quoi ? Une fois qu'un lion se lançait sur la piste d'une proie, rien ne pouvait l'en détourner.

En parlant de lion...

Kyouya prit son lanceur et sa toupie sans cesser de courir. Il l'enclencha puis la projeta. Aussi vite que le voleur allait, jamais il ne serait capable de semer une toupie lancée à pleine vitesse.

Leone dépassa l'adulte et atterrit plusieurs mètres devant lui. Le voleur continua sa course. Arrivé à quelques décimètres de la toupie, il tendit la jambe avec l'intention évidente de la frapper. Kyouya fronça les sourcils. Ça, il allait le lui faire regretter.

- Leone !

De puissantes rafales entourèrent sa toupie. Le voleur fut violemment projeté en arrière. Il tomba sur le dos avec un bruit sourd.

Kyouya et Ginga s'arrêtèrent. Le voleur se redressa avec une grimace de douleur et regarda lentement autour de lui, cherchant une échappatoire.

- Ton coup spécial est encore plus rapide qu'à notre dernier combat, nota Ginga, admiratif.

- Je me suis entraîné.

Ginga lui sourit avant de reporter son attention sur le voleur.

- Je t'avais dit que tu t'attirerais des ennuis, soupira-t-il. Allez... rends l'argent maintenant et on n'en parle plus.

- Dans tes rêves !

Le voleur se mit debout, lame au poing, et se précipita vers eux. Ginga n'eut pas de mouvement de recul. Il ne cilla même pas.

- Tant pis pour toi.

Une lumière aveuglante tomba du ciel, coupant la route du voleur. Un bruit d'impact. Le sol frémit. La lumière se dissipa, laissant apparaître Pegasus, qui tournait fièrement au centre d'un cratère. Le voleur chancela, esquissa un pas en arrière et tomba. Ses yeux exorbités étaient fixés sur Pegasus.

- La prochaine fois, nous te viserons directement. Tu nous suis gentiment ou tu veux tenter ?

Le voleur choisit de les suivre.

Kyouya et Ginga marchèrent quelques pas devant lui, leurs toupies avançant à leurs côtés – ils ne les avaient pas rangées pour être en mesure de réagir rapidement si nécessaire. Le voleur ne fit pas mine de les duper. Il ne tenta pas de partir. Il semblait encore sous le choc de la puissance dévastatrice de l'Explosion Stellaire.

Ginga le confia aux autorités locales avant de revenir vers Kyouya, avec un tel sourire qu'il était difficile de croire qu'il avait menacé quelqu'un aussi froidement une poignée de minutes plus tôt.

- Alors ? C'était assez turbulent pour toi ?

- C'était mieux.

Le sourire de Ginga s'accentua.

- Tant mieux. Ça aurait été dommage que ta première sortie en ville te déçoive.

Kyouya se tendit et le regarda. Est-ce qu'il savait ?

Les yeux de Ginga se tournèrent vers le château. Il arbora une petite moue.

- J'imagine qu'il est temps de rentrer...

- Tu n'as pas l'air impatient.

- C'est juste que... on m'a fait venir pour un travail et je n'ai toujours pas rencontré le principal concerné. J'ai l'impression qu'il me snobe.

- Peut-être qu'il a entendu parler de toi et qu'il n'aime pas les moralisateurs, répliqua Kyouya.

- Je ne suis pas un moralisateur.

- Illusions.

Ginga regarda de nouveau le château. Se mordit la lèvre.

- Tu crois qu'il a quelque chose contre moi ?

- Je...

Kyouya laissa traîner, incapable de terminer sa phrase.

- Si ça continue, je vais devoir partir. Je ne peux pas continuer d'être payé pour un travail que je ne fais pas.

- Et pourquoi pas ?

Ginga lui adressa un sourire contrit.

- Ce ne serait pas très honnête.

Kyouya montra les dents et le pointa du doigt, accusateur.

- Et après tu oses prétendre que tu n'es pas moralisateur ? Qu'est-ce que ça peut bien faire ?

Les yeux de Ginga s'écarquillèrent. Kyouya abaissa le bras et détourna la tête d'un mouvement brusque, refusant de le regarder plus longtemps.

- Comment je suis censé prendre ma revanche si tu pars ? Tu y as pensé à ça ?

- Kyouya...

Le prince se dirigea à grands pas vers le château. Il ne voulait pas continuer cet échange. Il comptait rentrer chez lui et ignorer cet imbécile de Ginga pendant quelques temps. Lui faire un coup pareil, sérieusement... Et il espérait lui faire avaler qu'il était sincère quand il le complimentait sur ses talents de blader ?

En arrivant à proximité de la muraille, Kyouya ralentit avant de s'arrêter, perplexe. Pas mal de bruit provenait de l'autre côté. Il se tourna vers Ginga, les sourcils froncés, choisissant de mettre sa résolution de côté pour le moment. Il pourrait toujours l'ignorer plus tard.

- C'est quoi ?

Ginga se gratta le crâne, gêné.

- Une manœuvre d'entraînement. J'en avais entendu parler mais j'avais oublié. Hé hé !

Une veine battit à la tempe de Kyouya.

- Tu plaisantes, là ? On ne peut pas rentrer !

- Eh bien... Non. Pas sans nous faire repérer, en tout cas.

- C'est toi qui as proposé cette sortie. Tu aurais dû t'en souvenir.

- Bah, ce n'est pas si grave.

- Pas si grave ? répéta Kyouya, n'osant pas en croire ses oreilles.

Ils étaient coincés hors du château, sa petite sortie ne passerait pas inaperçue, et ça faisait sourire cet idiot ?

Je n'aurais jamais dû accepter, grogna Kyouya intérieurement.

- Ça ne va pas durer toute la nuit. Nous n'avons qu'à nous reposer en attendant. Ça fait longtemps que j'ai pas dormi à la belle étoile. Ça tombe plutôt bien.

- À la belle étoile ? Tu veux dire... dehors ?

- Bah oui.

Ginga se dirigea vers le mur. Après une hésitation, Kyouya le suivit. Il n'était pas convaincu par son idée. Pas du tout.

Le rouquin s'allongea à même le sol et croisa les bras derrière la tête. Kyouya le dévisagea.

- Tu comptes dormir... par terre ? demanda-t-il, incrédule.

- Évidemment. C'est comme ça qu'on dort à la belle étoile.

Il glissa son regard vers Kyouya.

- Tu comptes rester planté là ?

- Non.

Kyouya s'assit à côté de lui. C'était aussi inconfortable qu'il l'avait imaginé. La terre était dure, l'herbe à moitié desséchée. Un éclat de rire lui fit tourner la tête.

- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?

- Tu verrais ta tête.

- Tu-tu te moques de moi ?

Ginga tendit son bras, lui souriant avec attendrissement.

- Allez. Allonge-toi.

Kyouya hésita avant de répondre à son invitation. Il posa sa tête sur son bras.

- Tu n'es pas si confortable, marmonna-t-il par principe.

- Je m'en doute.


XXX


Ginga se réveillait lentement. Il se sentait plutôt bien, malgré son bras engourdi. Il avait bien chaud... Il entrouvrit les yeux et fut quelque peu surpris de voir uniquement du vert. Il cligna de ses yeux ensommeillés. Il s'était endormi dehors mais...

Kyouya.

S'extirpant des brumes du sommeil, il se rendit compte que son champ de vision se résumait aux cheveux du blader de Leone. Il recula la tête autant que possible, essayant de visualiser la scène dans son ensemble. Kyouya était venu se blottir contre lui dans son sommeil. Ce qui était... adorable.

Ginga l'observa. Ses longs cils frôlaient ses joues et son expression était si paisible... À croire que le sommeil l'empêchait de penser aux multitudes de choses qui l'agaçaient en temps normal. Ginga trouvait cette vision apaisante.

Il se rendit compte que son autre bras reposait sur la taille de Kyouya. Il se mordit la lèvre. Devait-il l'enlever ? Ce serait bizarre si Kyouya se réveillait maintenant et qu'il les trouvait enlacés, même s'il était aussi coupable que lui.

Ginga reposa sa tête sur le sol et ferma les yeux, décidant de faire comme si de rien n'était. Il n'avait pas envie de bouger.

Quelques minutes plus tard, la respiration de Kyouya perdit en profondeur. Il s'agita une fois puis s'immobilisa. Ginga sentit la tension de ses muscles. Il allait se risquer à ouvrir les paupières quand Kyouya se releva précipitamment.

- R-réveille-toi. On doit rentrer.

- OK.

Ginga ouvrit les yeux et se redressa. Kyouya lui tournait le dos, les épaules tendues. Ses oreilles avaient une teinte cramoisie.

Est-ce qu'il rougit ?

Ginga n'eut pas le temps de s'attarder sur la question que Kyouya s'éloigna vivement. Il se mit debout et courut pour le rattraper. Ils se dirigèrent vers la fissure sans échanger une parole. Comme la veille, Kyouya passa en premier et Ginga le suivit. Il n'y avait personne, même s'il subsistait des traces des manœuvres d'entraînement. Le vert se précipita vers le château, l'air d'oublier toute prudence.

- On se voit plus tard ?

Kyouya disparut dans le bâtiment sans répondre. Ginga baissa les bras, attristé. Il espérait que ça n'avait pas tout gâché. S'il perdait Kyouya, il n'aurait plus aucune raison de rester à Divine Shield.

Ginga secoua la tête et prit lui aussi la direction du château. Kyouya était une personne passionnée, du genre à s'emporter facilement. Il se calmerait.

Il reçut des réactions mitigées en entrant dans la salle à manger du personnel. Certains l'accueillirent avec un grand sourire, d'autres se firent un devoir de l'ignorer, voire se précipitèrent de terminer leur repas, quitte à s'étouffer, pour sortir de la salle au plus vite. C'était toujours aussi bizarre.

Ginga se servit et s'assit à une table. Il engouffra son repas. Il allait se resservir quand il vit que le chef de la garde se dirigeait vers lui. Son expression poussa Ginga à se rasseoir. Il le regardait avec... tristesse.

Les sourcils de Ginga se froncèrent. S'était-il passé quelque chose ?

Le chef de la garde s'installa en face de lui.

- Bonjour ?

- Kyouya et toi, vous passez beaucoup de temps ensemble. Tu... l'apprécies, n'est-ce pas ?

- C'est une personne facile à apprécier quand on le connaît un peu. Je suis certain que vous l'adoreriez tous si vous lui laissiez une chance.

- Ce n'est pas une bonne idée.

- De quoi ?

- Vous êtes... différents. Tu devrais t'éloigner avant de t'en apercevoir. Si tu attends, tu ne feras que souffrir. Je sais que ces choses-là ne se décident pas, mais...

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu lui en veux pour la manière dont il s'est comporté, c'est ça ? C'est du passé. Il était un peu frustré, c'est tout. Personnellement, si je ne mange pas à ma faim, je deviens un vrai monstre. Même mes amis les plus proches ne peuvent me faire confiance.

S'il avait espéré alléger l'atmosphère avec cette pique dirigée vers lui-même, ça ne fonctionna pas. Le chef de la garde s'assombrit.

- Je ne lui porte aucun grief. Comme tu l'as si bien dit, Kyouya est impossible à détester une fois qu'on le connaît. Je veux simplement t'éviter de souffrir.

- Mais...

Le chef de la garde se leva.

- J'espère que tu prendras mes conseils en considération.

Il partit. Ginga le regarda s'éloigner. Qu'est-ce que ça voulait dire, tout ça ? S'il e détestait pas Kyouya, s'il ne lui en voulait pas ne serait-ce qu'un tout petit peu, à quoi rimait cet avertissement ?

En tout cas, ça lui avait coupé l'appétit.

Ginga se leva à son tour et sortit de la salle à manger. Il déambula dans les couloirs. Il aimait bien Kyouya, et alors ? Qu'est-ce que ça pouvait faire ? Il n'y avait rien de mal à ça, ni au fait qu'ils passaient du temps ensemble. Pourquoi... ? En quoi c'était un problème ? Pourquoi tous ces avertissements ? Le pire, c'était que le chef de la garde semblait sincèrement s'inquiéter pour lui. Il pensait vraiment que ça poserait problème.

Et, accessoirement, il paraissait s'en faire pour Kyouya.

- Hé Ginga ! Ginga Hagane !

L'interpellé s'arrêta et se retourna. Un serviteur courait dans sa direction. Il s'efforça de repousser le tourbillon de ses pensées et de lui sourire.

- Oui ?

- Tu es convoqué dans la salle du trône.

Les yeux de Ginga s'écarquillèrent.

- Maintenant ? Mais pourquoi ?

- Maintenant. Ce sont les ordres. Dépêche-toi.

Le serviteur partit sans lui laisser le temps de poser d'autres questions, indiquant clairement que la discussion était close. Ginga trottina pour le rattraper. Il le suivit dans des passages et des couloirs qu'il n'avait pas encore explorés. Ils atteignirent la salle du trône en un temps record. Les souverains étaient installés sur leurs sièges, le roi légèrement surélevé par rapport à sa compagne, accentuant leur différence de taille. Ginga s'avança et s'inclina profondément.

- Tu es sûr ?

- La situation n'a que trop duré. Tu as bien vu aujourd'hui. S'il a un garde, ça m'inquiéterait moins, même si ça ne l'empêchera pas de se mettre en danger.

Ginga lutta contre son envie de relever la tête. Cette conversation ne lui était pas destinée. Il n'avait pas à s'en mêler.

- Ginga Hagane.

- Votre majesté, dit-il en se redressant enfin.

Le couple royal le regardait.

- Tu vas enfin pouvoir commencer ton travail, déclara le roi. Le prince ne va pas tarder. Vous allez faire connaissance.

- Ça y est ? s'étonna Ginga, avant de sourire. Ça veut dire que j'aurai bientôt le droit à plein de combats ?

- À vrai dire, il y a de fortes chances que mon fils soit le premier à te défier, soupira le roi. Aucun de tes prédécesseurs n'a été capable de résister à sa toupie. Nous espérons que tu seras à la hauteur de ta réputation.

- C'est intéressant.

Il allait pouvoir affronter un autre blader du calibre de Kyouya ? Deux adversaires de ce niveau valaient amplement le déplacement et l'attente.

Des pas résonnèrent contre le plancher. Ginga tourna la tête. Le début d'un sourire s'afficha sur son visage. Il oublia tout des avertissements du chef de la garde, mais aussi de la situation présente.

- Pourquoi m'avez-vous demandé de venir ? Je...

Le regard de Kyouya se posa sur lui. Il se figea. Son expression se décomposa et il eut même un mouvement de recul. Le sourire de Ginga disparut. Qu'est-ce qu'il lui prenait ?

- Il est temps que tu rencontres ton nouveau garde du corps Kyouya. Tu as suffisamment retardé l'échéance.

Les yeux de Ginga s'arrondirent.

- Ton garde ? Tu es... ?

Kyouya tourna les talons et partit. Le roi lui ordonna de revenir. Ginga fixait sa silhouette qui s'éloignait. Alors comme ça... c'était Kyouya, le prince héritier ?

Ça expliquait tout.

Les différentes pièces du puzzle s'agencèrent dans sa tête. Le respect craintif des gardes. Les changements d'attitude des serviteurs envers lui. Les obligations prenantes de Kyouya. Le fait qu'il ne connaissait pas la ville...

Pendant ce temps, Kyouya continuait de s'éloigner.

- Hé ! Attends ! s'écria Ginga avant de se lancer sur ses pas.

Kyouya ne fit même pas mine de ralentir. Ginga grogna et accéléra. Quand il fut assez proche, il tendit le bras et lui attrapa le poignet. Il s'arrêta, l'obligeant à faire de même. Le blader de Leone se tourna agressivement vers lui, les crocs à découvert.

- Lâche-moi !

- Je t'ai demandé d'attendre.

- Ça m'est égal.

Kyouya se dégagea d'un mouvement brusque. Il lui adressa un regard noir avant de lui tourner le dos. Il reprit sa route d'une démarche fière. Ginga avança à ses côtés. Il attendit.

- Tu comptes me suivre encore longtemps ?!

- Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

Kyouya détourna la tête. Ginga lui sourit.

- C'est génial. T'imagines pas à quel point je suis heureux.

- Génial ? grogna Kyouya en s'arrêtant, les yeux emplis de doute.

- Mon travail consiste à passer du temps avec toi, alors, oui, j'ai beaucoup de chance.

- Ça t'est égal ?

- J'aurais aimé que tu me le dises : ça m'aurait évité de stresser. Mais oui. Ça ne change rien. Tu es Kyouya. C'est tout ce qui m'intéresse.

Les épaules de Kyouya se relâchèrent. Il le regardait de ses yeux bleus incroyables. Ginga voulait tendre la main vers lui. Il se retint.

Kyouya eut un petit sourire.

- Je vais te faire vivre la misère.

- En quoi c'est différent des derniers jours ?

- Maintenant que tu sais qui je suis, tu dois m'obéir.

- C'est beau de rêver.

Ils échangèrent un regard complice.


Fin du chapitre 1