Hello, peuple de Fanfiction !

Post-it-supérieur-jaune-comme-je-n'en-avais-plus-écrit-depuis-des-lustres : Une éternité depuis que je ne suis venu dans le coin ! J'ai l'impression que des années me séparent de cette terre promise ! J'espère que le visage des monts et des vallées de votre imaginaire n'a pas trop changé, histoire de ne pas trop m'y perdre !

À-savoir-au-cas-où-vous-l'auriez-manqué : Je suis de retour pour vous jouer un mauvais tour ! Malgré le temps écoulé, vous vous souvenez peut-être de cette histoire d'hybrides que j'étais en train d'écrire (et qui est loooongue, mais lonnngue !) À ce jour, j'ai déjà gratté quelques 100 k sur mon clavier usé par tant d'attention ! Comme souvent, c'est un BakuDeku, mais pas que ! C'est un MMM, mais je ne veux pas gâcher le suspens, donc je ne vous parlerais pas du troisième protagoniste avant qu'il ne fasse sa première apparition, ce qui n'est pas pour tout de suite (Mais n'hésitez pas à spéculer, je me réjouis à l'idée de lire vos suggestions !). C'est une dynamique Alpha/Bêta/Oméga dans un monde où les thérianthropes côtoient l'humanité. Les warnings ne sont pas là pour faire joli. Il y aura du heurt, de la violence et du cul en plus le tout le langage familier. En somme, un combo gagnant pour incinérer votre innocence en toute impunité !

Pour-le-PS-dont-on-se-fiche-royalement : J'ai longtemps réfléchi à un prologue avant de conclure à sa totale inutilité (autant dire, à mon incapacité à en écrire un, mais chut, faites semblant de croire que rien n'est ma faute !)

Je vous laisse donc avec ce premier chapitre (en croisant les doigts à m'en couper la circulation) en espérant qu'il vous plaise.

Bonne lecture et heureux de vous retrouver !


Katsuki avait obtenu son fichu compagnon avant même d'en comprendre toutes les implications. Ce n'était pas rare que les personnes promues à un brillant avenir se voient offrir un hybride comme trophée de notoriété. C'était une façon comme une autre de démontrer au reste du monde leur valeur. Qui tenait un humain aux caractéristiques animales au bout d'une laisse se voyait immédiatement propulsé dans la classe dominante.

Ce n'était pas lui qui avait inventé ces règles à la con ni remodelé les lois qui dictaient que s'encombrer d'un hybride faisait de vous une personne respectable. À ce moment-là, Katsuki n'en avait strictement rien à foutre. Son but n'avait jamais été dirigé vers une quelconque race inférieure servant de faire-valoir à des abrutis pour garantir leur supériorité.

Excellent, il l'avait toujours été. Il l'était parce qu'il faisait tout pour être le meilleur. Ses ambitions étaient grandes et il n'était pas dit qu'il n'en serait pas à la hauteur.

La différence dans le cas de Katsuki fut l'âge auquel il reçut le sien.

En général, on acquérait un thérianthrope une fois adulte et avec assez d'expérience au cul pour faire valoir ce privilège. Alors seulement la société vous reconnaissait le droit de posséder un putain d'hybride. Rares, voire inexistants, étaient les adolescents qui pouvaient se vanter de détenir leur propre compagnon. Il fallait plus qu'un bon dossier ou une scolarité sans accroc. Il fallait une ambition farouche d'évoluer dans cette société gardiennée par la plus compétente des autorités.

Et Katsuki n'était rien sinon ambitieux.

Il avait toujours su ce qu'il ferait et il le défendait farouchement. Devenir gardien de la paix ne serait que le début. Il mériterait sa place, grimperait plus vite que tous les extra qui croiseraient sa route, et il prouverait sa véritable valeur en pulvérisant tous les scores. Un jour, il serait à la tête d'une équipe et contribuerait à la paix et à la tranquillité d'esprit de ce pays. Son nom serait sur toutes les bouches comme un foutu symbole de réussite et d'excellence. Un putain de mantra indémodable.

Katsuki marquerait l'histoire de la sienne.

Il se berçait avec ce rêve de gloire depuis l'âge tendre de cinq ans. Alors il ne fut pas même un peu étonné de parvenir à intégrer le rang des acolytes à tout juste quatorze ans. Sa fierté était à son comble. Il était le plus jeune de sa génération à atteindre ce titre en parallèle à sa scolarité tout en gardant un niveau exceptionnel.

Seul Yagi Toshinori, aujourd'hui assez âgé pour se targuer d'avoir des petits enfants, avait réussi ce foutu prodige. Et encore maintenant il était reconnu, respecté et pris pour exemple.

Devenir acolyte était la meilleure façon d'entrer dans la caste très prisée des héros de ce monde. De faire valoir ses capacités, d'intégrer une équipe et d'être encadré par les meilleurs avant d'avoir l'âge requis pour exercer sur le terrain.

À quatorze ans, Katsuki pratiquait pas moins de quatre disciplines de combat et connaissait une flopée de lois sur le bout des doigts. Il avait passé tous les concours, tous les tests d'aptitude qui lui étaient autorisés à son jeune âge. Quand il avait fait montre d'excellence, les dérogations avaient pullulé comme une putain de pluies d'étoiles filantes sur sa tronche pour qu'il accède aux épreuves supérieures. Et supérieur, il l'était en tous points. Au point de gravir les échelons sans réaliser s'être mis de lui-même dans le viseur de l'élite bourgeoise.

Alors quand il fracassa tous les scores à son dernier concours, gagnant le droit d'être davantage un apprenti flic qu'un observateur à la con, et qu'on lui offrit une laisse avec la promesse de recevoir un hybride dans les plus brefs délais, c'était le dernier de ses désirs. Katsuki la serra méchamment dans son poing et accepta l'offrande à contrecœur. Parce qu'il n'avait pas le choix. Refuser un tel cadeau, c'était pire que manquer de respect à sa hiérarchie, c'était cracher sur les us et coutumes de son pays. Ce qui allait complètement à l'encontre de son objectif premier.

Katsuki n'était même pas certain d'avoir un réel point de vue sur ces êtres autrefois créés par les hommes pour asseoir leur suprématie. Parce qu'il s'en foutait royalement.

Ses propres parents semblaient un peu trop emballés à l'idée de cette offrande à un si jeune âge. Il fallait dire que sa montée en grade se répercutait gracieusement sur eux, et même s'il aimait être leur prodige, voir sa sorcière de mère s'extasier de leur nouveau quartier, nouvelle maison, nouveau voisinage, lui filait de l'urticaire métaphorique sans espoir de traitement. Peut-être que ça le rendait également fier, mais ça, personne n'avait besoin de le savoir, certainement pas la principale concernée.

— Et cette cuisine, Masaru ! s'extasia-t-elle de sa voix forte le jour de leur emménagement. As-tu déjà vu une cuisine pareille ?

Ce n'était qu'une fichue cuisine ouverte avec un comptoir en aronde, pas de quoi se pâmer pendant six heures.

Son père, amusé, se contenta de jauger le degré de bouderie de son fils unique.

— Combien y a-t-il de chambres ? s'enquit-il, toujours d'un calme inébranlable souvent confondu avec de la soumission par ceux qui ne le connaissaient pas.

— Trois, j'espère, pesta Katsuki en croisant étroitement les bras. Hors de question que la bestiole dorme dans ma putain de piaule.

Sa mère se détourna de son inspection pour le dévisager.

— Quoi ? s'emporta-t-il en lançant dramatiquement ses bras en l'air.

— Ne commence pas à agir comme une saleté de gamin mal élevé ! cria sa mère, lui mettant aussitôt les nerfs en pelote. Tu prendras ce qu'on te donne, et pas question de te voir rechigner !

— Je ne rechigne sur rien du tout, vieille femme aigrie !

— Qui est-ce que tu traites de vieille femme ?

— Je vais aller vérifier le jardin. Essayez de ne pas vous entretuer, il y a trop de pièces pour un seul homme, se contenta de dire Masaru avant de les laisser planter là comme des idiots.

Ce qui aurait dû être un simple emménagement dans leur nouveau logement se transforma en dispute volcanique entre sa mère et lui. Pire, il y avait trois chambres, mais Mitsuki décréta aussitôt que ce serait l'atelier de couture de son père et elle. Ce qui était logique étant donné leur métier, mais rageant quand il songeait au fait qu'ils n'auraient jamais obtenu cette baraque sans lui.

Ils passèrent les trois jours suivants à s'installer. Les voisins vinrent chacun leur tour pour leur offrir des biscuits et des pâtisseries. Sa mère décréta que c'était à lui de les accueillir et de les remercier pour quelque chose qu'il n'avait jamais demandé. Il avait hâte d'être majeur pour leur présenter les deux siens et se délester de toutes ces conneries inutiles.

— Quand recevra-t-il son hybride ? demandaient-ils les uns après les autres à sa mère.

— Nous viendrons vous le présenter ! minaudait inlassablement Mitsuki.

Katsuki se serait franchement bien passé de posséder un animal humain. S'occuper de lui-même était une priorité. Devenir fort, indépendant. Il n'avait pas besoin d'un foutu hybride collé à la hanche pour prouver sa valeur. Il était le meilleur sans ça.

Mais il n'avait pas le choix, et franchement, peu importait. Il lui suffisait d'accepter la situation et de continuer à vivre sans considérer la chose qui allait partager sa foutue existence. Il lui suffisait de le nourrir aux bonnes heures, de lui installer un coin pour dormir et de lui laisser de quoi s'occuper durant son absence, pendant qu'il s'échinerait à dépasser toutes les statistiques pour devenir le numéro un de son lycée.

Sa première erreur fut de croire que tout se passerait exactement comme il l'avait décidé.

Quand on lui présenta son compagnon, Katsuki serra les dents. Un putain de lapin, sérieusement ? Il avait tout d'un humain si on oubliait ses grandes oreilles curieuses dressées sur sa tête et le pompon censé lui servir de queue. Elle remuait dans tous les sens. Pitoyable.

— Il s'appelle Izuku, il a ton âge, lui dit la nana en tentant un sourire avant de se raviser devant sa bouille renfrognée. Je vois que vous n'êtes accompagnés d'aucun adulte…

— Ce papier, là, est une procuration.

Voilà, ce fut tout.

Pas plus d'explications.

Un dossier à la con, des papiers à signer, une foutue laisse avec au bout, un adolescent aux grands yeux assez verts et pétillants pour concurrencer le soleil. Izuku ne prononça pas un mot. Il laissa ses stupides oreilles s'agiter dans sa vadrouille de cheveux aussi verts que ses yeux et que sa queue ridicule.

— Bien, aboya-t-il en fusillant du regard le dossier qu'il serrait méchamment dans sa main. Deku.

Le surnom perfide et le rictus un peu cruel qui l'accompagnait firent grimacer la nana. Peu importait, il n'avait jamais demandé à ce qu'on lui foute un lapin dans les pattes pour les soixante années à venir. Peut-être plus s'il était vraiment malchanceux.

— C'est, heu, Izuku, même si, eh bien, son kanji peut-être mal interprété, mais c'est Izuku. Vous verrez, il est adorable et très affectueux.

Katsuki n'en avait strictement rien à battre. Il signa ce qu'il devait signer et rentra chez lui sans regarder le garçon à son côté. Il ne connaissait rien aux thérianthropes. Il n'avait jamais eu l'envie d'en posséder un. Ou peut-être plus tard, comme les grands de ce monde qui se trimballaient les leurs comme des trophées, parce que ça fonctionnait comme ça. Mais à quatorze ans, la dernière chose qu'il voulait, c'était se promener avec un rongeur agité qui ne savait même pas où regarder et qui essayait de tout mémoriser en vibrant comme un connard d'animal surexcité.

Quand il arriva chez lui, sa mère l'attendait, apparemment dans le même état que son crétin de compagnon.

— Il est joli, piailla-t-elle en venant aussitôt à sa rencontre pour le regarder sous toutes les coutures.

Elle, qui passait sa vie à hurler, roucoulait comme une gamine devant une peluche bon marcher.

— C'est un putain de lapin, grogna Katsuki en lâchant la laisse comme si elle l'avait personnellement offensé.

Il avait envie de se laver de ça, de lui, de cette nouveauté, de ses impressions terribles et entêtantes. Et aussi du fait que c'était un herbivore ! Une foutue proie ! Ça voulait dire quoi ? Il aurait pu au moins avoir un prédateur ! Un hybride puissant, à son image ! Il lui avait refourgué un compagnon doux et pelucheux et lamentable de gentillesse. Katsuki avait envie de frapper dans quelque chose.

— Ho, viens par ici, mon mignon, ronronna Mitsuki comme s'il n'avait rien dit.

Pendant une seconde, Katsuki l'imagina telle une carnassière amadouant son futur festin. Peu importait. Elle pouvait bien leur cuisiner pour le repas, pour ce qu'il s'en souciait. Il n'en voulait pas.

Izuku ne prononça pas le moindre mot. Les compagnons étaient peut-être des hybrides d'animaux, mais en dehors de leurs oreilles, leurs griffes souvent acérées et leur queue à la con, ils n'avaient rien à leur envier. Katsuki savait qu'ils parlaient et pouvaient parfaitement tenir une conversation. Ce qui signifiait qu'en plus de lui filer un hybride moelleux à l'opposé total de son caractère, il lui avait largué le défectueux de la portée. Katsuki n'aurait pas été étonné que l'autre soit totalement attardé. Ça aurait expliqué la largeur de ses yeux et son sourire d'abruti.

— Tu devrais rallonger ton congé exceptionnel d'adaptation, continua sa mère tout en invitant la bestiole à s'asseoir à table. Tu aimes les légumes, j'imagine ? Cuits ? Nous avons aussi pas mal de fruits.

— Je ne prolongerais rien du tout, pesta Katsuki en tirant sèchement une chaise pour s'installer autour de la table. J'ai déjà manqué quatre jours !

— Izuku a besoin de s'acclimater, fichu gamin ! Hein, mon tout doux ?

Katsuki arqua un sourcil à la différence de ton qu'elle employait pour s'adresser à eux. Il renifla de dérision et croisa les bras. Il ne céderait pas. Hors de question de manquer un jour de plus, surtout pas pour ça.

— Ne fais pas attention à lui, Zuku, je peux t'appeler Zuku ?

Ce dernier accepta vivement tout en mangeant avec appétit. Au moins, il comprenait leur langue. Tout n'était pas perdu.

— Tu en veux encore ? proposa Mitsuki en montrant les légumes au nouveau membre de leur famille.

Deku de merde acquiesça encore et Katsuki sourit méchamment en songeant au surnom du crétin de lapin. Masaru les rejoignit plus tard et agit comme si le silence de Deku était normal.

— Heureux de te rencontrer, Izuku. Nous ne sommes pas encore très au fait de tout ce qui tourne autour des hybrides, mais nous ferons de notre mieux.

— Oi, pourquoi tu t'excuses ? bougonna Katsuki, sourcils froncés de contrariété. C'est à lui de s'adapter.

— Ne fais pas attention à lui, se contenta de répondre le vieil homme, faisant écho à sa femme.

Deku osa un regard docile et incertain dans sa direction et Katsuki se contenta de le fusiller de ses yeux écarlates. L'autre se ratatina subtilement sur lui-même. Parfait.

Après le repas, il l'entraîna dans sa chambre et désigna un genre de nid de couvertures orangées moelleuses et hors de prix qui gisaient dans un coin. Elles étaient recouvertes de quatre gros coussins oranges et noirs tout aussi doux.

— Tu dors là. Tu ne touches à aucune de mes affaires. Je t'interdis d'aller dans mon lit ou de me réveiller le matin. Si t'aimes lire, il y a ce qu'il faut. Tu ne te frottes pas à moi et si tu pouvais juste m'ignorer la plupart du temps, on réussira peut-être à se supporter. Pigé ?

Les oreilles du lapin tombèrent aussitôt, son regard aussi, et il acquiesça sans plus lâcher le sol des yeux. Katsuki s'en contraria immédiatement. Il n'était qu'un adolescent, à quoi le maire pensait-il en lui offrant un animal de compagnie ?

Le lendemain matin, il se leva avant l'aube afin de se préparer pour sa reprise. Katsuki avait hâte de se rendre au poste, de retrouver son rythme et d'oublier les derniers jours. Il avait hâte de commencer son apprentissage, même si ça signifiait travailler deux heures avant d'aller au lycée et quatre après.

Il fit abstraction de la boule d'hybride emmitouflée dans un tas de couvertures et quitta la maison avant le lever du jour. Il fit son jogging tout en se rendant sur son nouveau lieu d'apprentissage. Il retira ses écouteurs avant de franchir les portes du poste de police. C'était un endroit simple, ouvert, et il se rendit aussitôt à l'accueil.

— Bakugo…

— Katsuki, je t'ai. Installe-toi là-bas, on attend sept autres recrues ce matin.

Il fit ce qu'on lui demandait en ravalant la moindre réplique. Sitôt assis, il s'ébroua et attendit, incapable de réfréner l'agitation qui secouait sa jambe.

Il était impatient de parfaire ses entraînements avec sa nouvelle capitaine, Miruko. Elle avait la réputation d'être une combattante hors pair et de n'avoir aucune pitié pour les nouveaux. Au contraire, c'était elle qui les testait, les étrennait et jaugeait de leurs limites. Beaucoup abandonnaient après quelques séances avec elle. Elle avait du flair et ne berçait aucun jeune avec la moindre illusion. Soit ils étaient aptes et persévéraient, soit elle leur présentait la sortie sans commisération.

Très vite, les autres arrivèrent. Ils étaient tous plus âgés que Katsuki. Certains de deux ou trois ans, d'autres d'une bonne dizaine d'années. Ils le regardaient tous comme s'il était un gamin récalcitrant attendant un parent. Rien à battre. Il pouvait en allonger pas moins de la moitié sans trop d'efforts.

— Salutations, les avortons ! intervint une femme magnifique au teint basané et à la silhouette tout en muscles. On continue comme hier, mais tout d'abord, laissez-moi vous présenter votre nouveau collègue et adversaire, Bakugo.

Katsuki sourit méchamment en voyant tous leurs visages changer, tantôt incertains, tantôt impressionnés. Il entendait d'ici les rouages de leurs cervelles se mettre en branle.

— Ne vous fiez pas à son jeune âge, il a mérité sa place dans nos rangs autant que vous, si ce n'est plus. Il ne fera preuve d'aucune pitié, essayez d'en faire autant.

Katsuki l'aimait déjà.

— Hey ! Moi c'est Kirishima ! se présenta un gars en souriant de toutes ses dents.

Il était grand, bien bâti et beaucoup trop enthousiaste à son goût. Ses cheveux rouges détonnaient clairement dans le décor.

— J'ai dix-sept ans ! Tu étais en congé d'adaptation ? Il paraît que tu as un hybride…

Cette dernière phrase fut chuchotée à la hâte et Katsuki serra les dents avant de faire face au regard écarlate du gars. Une telle couleur ne méritait pas ce genre de gaieté puérile, ça gâchait le peu de considération que Katsuki aurait pu lui accorder. Il les toisa, lui et sa main tendue, et choisit de se détourner pour suivre les autres dans la salle de sport attenante.

Il n'était pas ici pour se faire des amis.

— Bien, les enfants ! tonna Miruko avec un rictus qui reflétait plutôt bien la férocité qui animait celui de Katsuki. Évaluons le petit nouveau ! Qui se sent d'attaque ?

À la fin de l'entraînement, Katsuki se sentait au comble de son arrogance. L'adrénaline de son dernier combat shootait encore ses sens et endormait ses doutes. L'excitation qui faisait rage en lui se muait en fierté démesurée.

Il l'avait fait. Il avait réussi. Il avait allongé tous ceux qui avaient tenté leur chance.

Un large sourire arrogant naquit sur ses lèvres meurtries. Katsuki ne s'était jamais senti aussi important que sous le regard profondément satisfait de Miruko. C'était grisant, toute cette attention.

Il s'attarda un instant sur le reste des apprentis. Certains étaient vraiment bons, d'autres tout juste passables. Katsuki apprécia malgré lui leurs regards, tantôt fiers, tantôt hostiles. Qu'importait leurs fichues humeurs, il avait réussi son passage.

— Bonne prestation, gamin, le salua sa capitaine avec un sourire pointu.

Katsuki accepta sa main tendue, affichant un rictus aiguisé de satisfaction. Le lycée allait vite devenir ennuyeux si toutes ses matinées se passaient aussi bien.

Les premières semaines furent parfaites. Que ce soit au poste de police, au lycée ou même à la maison. Deku ne le dérangeait absolument pas. Au moins, aussi débile soit-il, il était obéissant. Katsuki put faire comme si rien n'avait changé. Le silence de l'hybride s'avérait être une bénédiction. Il s'occupait tout seul, regardait à peine dans sa direction et mangeait calmement avant de remonter dans la chambre, de s'enrouler dans son nid et dormir sans se plaindre de Katsuki qui veillait tard pour finir ses devoirs et ses entraînements quotidiens.

Il ne remarqua pas que l'hybride restait allongé plus que nécessaire ni qu'il peinait à se lever, que ses oreilles tombaient ou que son humeur se détériorait. En fait, il ne vit rien, parce qu'au pire, ses parents s'en occupaient en son absence.

Mais évidemment, c'était trop beau pour être vrai.

— C'est écrit que les lapins de son espèce sont censés avoir les oreilles aux aguets, réfléchit Masaru en se frottant le menton, les yeux plongés dans un bouquin. Il a perdu l'appétit et il est amorphe.

Katsuki claqua la porte pour faire entendre qu'il était rentré. S'il avait su que c'était le début de ses emmerdes, il aurait rebroussé chemin et aurait passé la nuit dehors avant de prendre le premier train pour changer de pays.

— Foutu gamin ! l'accueillit Mitsuki en venant à sa rencontre pour lui choper l'oreille et le traîner dans le salon.

— Lâche moi, s'pèce de folle ! hurla-t-il en se laissant traîner pour ne pas perdre un pavillon.

Mitsuki le repoussa méchamment, posa ses mains sur sa taille guêpe, si furax qu'elle aurait pu déclencher un incendie.

— Il déprime ! Saleté de môme !

— Mais de quoi tu parles, putain ?

— D'Izuku !

— Il va très bien ! Occupe-toi de ton cul !

Il s'avéra que Deku le lapin déprimait vraiment. Comme, beaucoup. Il était littéralement anéanti. Katsuki apprit seulement ce jour-là qu'en plus de tous ses défauts, ce n'était rien de moins qu'un oméga. Il cumulait vraiment les tares. Pire, les omégas étaient connus pour être des compagnons émotionnellement fragiles qui ne supportaient ni la solitude ni l'abandon. Autant dire que Katsuki l'avait plongé dans la dépression en une heure, en le maintenant par les oreilles pour l'y noyer, le tout sans même le savoir.

Bon, il pouvait faire ça, le flatter un peu entre les oreilles, lui parler cinq minutes et vérifier qu'il allait bien. Ça perturberait à peine sa routine quotidienne et permettrait que ses parents lui foutent la paix. Tout était bon pour qu'on le lâche et qu'il puisse se consacrer à des choses réellement importantes, comme ses études, son physique et surtout, son avenir.

— Allez, abruti de rongeur, amène-toi, baragouina Katsuki en passant le seuil de sa chambre avec son compagnon d'infortune. J'aurais dû me douter que tu étais un véritable Deku…

Ledit Deku ne réagit pas le moins du monde. Où peut-être que ses épaules s'affaissèrent un peu plus et que ses oreilles basses frissonnèrent imperceptiblement. Il s'installa automatiquement dans son nid et Katsuki le dévisagea méchamment.

— Non, lapin de merde, debout.

Katsuki croisa ses bras en fusillant l'hybride des yeux. Ce dernier se releva en regardant sa couche comme s'il hésitait vraiment.

— Écoute, je ne te voulais pas et je ne te veux pas plus aujourd'hui.

Izuku acquiesça pitoyablement et Katsuki se souvint qu'il comprenait tout ce qu'il disait. Merde, il avait oublié. Le silence de l'hybride n'aidait pas à lui prêter une quelconque forme d'intelligence.

— Putain de merde, pesta-t-il pour lui-même en se passant une main sur la tronche. Ce n'est pas ça, ouais ? On est coincé ensemble, Deku. Je vais avoir besoin que tu coopères pour qu'on ne me prenne pas pour le pire maître de cette ville. Alors commence par arrêter de tirer cette tronche.

Le lapin se contenta de déglutir, si abattu que ça en était absolument lamentable de tristesse.

— Redresse tes foutues oreilles ! s'emporta Katsuki, le cœur complètement perdu devant cet affichage de détresse.

Izuku essaya, la panique commençant déjà à courir sous sa peau pâle tachetée de sons.

— Putain de crétin inutile, grogna Katsuki en se rapprochant de l'idiot pour attraper ses oreilles et les maintenir en l'air dans sa poigne agressive. Voilà, connard, ce n'est pas si difficile !

Mais quand il planta son regard écarlate dans les grands yeux verts de Deku, ces derniers commençaient dangereusement à s'imbiber de larmes. Il tremblait. Katsuki le lâcha promptement et recula d'un pas, le cœur en branle. C'était quoi cette connerie ?

— Je ne vais pas te faire de mal, tu crois quoi ? se défendit-il entre ses dents serrées. Je suis agressif, mais je ne vais pas te frapper.

Le lapin tenta de respirer calmement et acquiesça même s'il ne donnait pas du tout l'impression de le croire. Il n'arrêtait pas de jeter des œillades à son fichu nid à la con. Katsuki, pour la première fois de sa foutue vie, n'avait pas le moindre plan de secours. Il ignorait totalement quoi faire.

— C'est bon, on verra ça demain, retourne te coucher, pesta-t-il en se détournant du soulagement plus qu'évident de l'hybride.

Le lendemain et le surlendemain furent tout aussi catastrophiques. Izuku se faisait encore plus discret. Il essayait de s'enterrer dans son nid. Pire, quand Katsuki le regardait, il tentait lamentablement de redresser ses oreilles et de les maintenir en l'air.

— Un souci, Bakubro ? s'enquit Kirishima ce matin-là, comme s'ils étaient proches ou une connerie du genre.

— Pas ton putain de problème, cracha-t-il en se remettant en garde après s'être rapidement ébroué pour virer la sueur qui lui gâchait la vue.

— Mec, ce n'est pas que de la compète ici, c'est aussi de l'esprit d'équipe ! continua l'idiot en reprenant leur combat.

Katsuki lui assena un crochet du droit avant d'enchaîner aussitôt par le gauche et une attaque ciblée dans les côtes. Il avait besoin d'évacuer sa frustration. Le gars peina à le repousser, mais sa carrure restait un bel atout, même s'il n'était pas le plus doué au corps à corps.

— Je suis certain que même Deku à un meilleur jeu de jambes que toi, pesta-t-il en s'essuyant la bouche.

— Deku ? tenta le jeune, essoufflé.

— Mon foutu lapin, grogna-t-il de mauvaise grâce, réalisant que c'était la première fois qu'il initiait un semblant de dialogue.

— Je pense que tu devrais travailler sur ta considération pour les autres…

— Ta gueule et bats-toi, putain de perdant.

Étonnamment, ils se sourirent de manière presque complice avant d'enchaîner les coups comme si rien n'avait plus d'importance.

Ses parents avaient accepté de ne plus fouiner dans ses affaires s'il acceptait d'étudier les compagnons, au moins suffisamment pour que le sien ne choisisse pas de s'égorger lui-même. C'étaient les mots exacts de sa sorcière de mère. Après trois jours productifs pour son apprentissage, mais proprement lamentables avec son hybride, Katsuki en convint de mauvaise grâce qu'il devait vraiment se pencher sur la question. Il devait au moins se renseigner sur leurs conditions de vie.

Il n'aima pas ce qu'il en lut. C'était tellement injuste que Katsuki eut envie de frapper tous les éleveurs et les abrutis qui choisissaient sciemment de se procurer des compagnons.

La vérité était si loin des contes avec lesquels on berçait les inconscients pour leur faire miroiter quelconques forment de notoriété. Les jeunes hybrides étaient retirés très rapidement de leur cocon familial, soit on les arrachait à leur mère porteuse de façon à couper le cordon le plus rapidement possible. S'en suivait une carence affective évidente, peu importe le sexe secondaire, et les connards d'éleveurs se servaient de ça pour éduquer l'hybride. Ils n'avaient aucun droit réel, même s'ils étaient dotés d'une intelligence égalant clairement celle des humains.

Ce fut à ce moment que Katsuki eut l'idée terrible de lire le dossier d'Izuku sur lequel il ne s'était jamais penché, parce que, pourquoi l'aurait-il fait ? Grave erreur. Ce crétin de lapin était en réalité un lièvre, ce qui expliquait sûrement la puissance de ses cuisses, et avait eu une sacrée vie de merde. Arraché à sa mère avant ses deux ans, il avait été de foyer en foyer. Mais les herbivores n'avaient aucune forme de valeur en dehors d'être des bêtes de foire et de servir de faire-valoir dans les expositions en tout genre, surtout dans leurs jeunes années.

Izuku avait pas mal voyagé et joué les potiches. Malgré le manque de stabilité dans lequel il évoluait, il avait explosé les statistiques intellectuelles avant l'âge de cinq ans. Ses éleveurs s'étaient servis de lui tant qu'il pouvait leur faire gagner des concours. Mais son défaut de marmonner les avait poussé à le faire opérer des cordes vocales avant l'âge de onze ans. Izuku n'était pas débile, il avait été rendu muet pour être un parfait bibelot.

Une fois que la puberté lui avait retiré une partie de son innocence et l'avait présenté comme oméga, ses propriétaires l'avaient simplement laissé dans un foyer pour hybrides inadaptés jusqu'à ses quatorze ans, où il avait été racheté pour devenir un compagnon potentiel. C'était surtout parce qu'il coûtait de l'argent et que l'euthanasie le guettait. Il était stipulé que depuis ses premières chaleurs, il n'en avait plus jamais eu. Il était considéré comme détraqué. Ce qui laissait imaginer son état psychologique avant même de rencontrer Katsuki. À quel point avait-il empiré son état ?

Ce soir-là, Katsuki s'échappa de chez lui pour aller s'entraîner jusqu'à ce que son envie de meurtre lui passe. Quand il revint, Izuku dormait. Il déglutit et s'accroupit, le visage renfrogné devant le visage du lièvre assoupi. Ce fut la première fois qu'il s'autorisa à le tapoter, là, juste entre les oreilles.

Il alla se coucher sans quitter des yeux l'endroit où l'hybride dormait paisiblement. Il se laissa bercer par son souffle discret, mais ne ferma pas l'œil de la nuit. Katsuki n'avait jamais souhaité d'hybride, ni même réaliser leur vie de merde. Il était ambitieux et loin de ce monde de parade aberrant où l'on faisait défiler des êtres créés pour divertir une population dépourvue de scrupule. Mais il n'était pas dit qu'il laisserait ce crétin crever de chagrin sous son toit.

Il allait être le meilleur maître de ce pays. Il allait coller un fichu vrai sourire sur ce visage aux rondeurs presque enfantines. Il allait lui faire oublier ce passé et lui offrir un futur tellement génial que Deku ne saurait même plus quoi faire de toute cette joie en trop. Et Katsuki continuerait à trop lui en procurer pour qu'il en fasse des putains de réserves olympiques.


Note-de-fin-de-texte : voilà pour le premier chap ! J'espère que ça vous à plu et que ça vous rend curieux de la suite !

Aussi-parce-que-c'est-toujours-cool : un mot, une bafouille, un reproche, un bisou ? Je prends le tout !

Si-vous-voulez-papoter-rire-et-me-harceler-et-que-j'en-fasse-tout-autant-avec-vous : J'ai ajouté mon FB à mon profil, si ça vous intéresse ! Vous y aurez plus facilement de mes nouvelles, mais surtout de l'avancement de ce projet et de tous les autres qui poussent à la porte de mon imaginaire saturé de bêtises ! N'hésitez pas à me demander en ami, je ne refuse personne et mieux ! Je ne mords pas !

Un excellent dimanche à vous et vous dis à la semaine prochaine !

Votre dévoué scribouillard revenu d'entre les morts, mais qui ne vous a pas oublié pour autant,

Era Z.