Il s'agit de ma première fic. Le récit commence au début du cinquième tome, avec une histoire qui se veut originale mais pas trop éloignée des livres, beaucoup d'éléments sont réorganisés plutôt que remplacés, et certains des principaux éléments du canon qui seront gardés prendront un autre sens. La narration se veut autant sombre qu'enfantine, comme les trois premiers tomes qui sont mes préférés. J'ai déjà plus ou moins un plan de l'intrigue principale de la fic jusqu'à sa fin, c'est-à-dire à la fin de la septième année théorique ou non de Harry à Poudlard, même si je ne sais pas si j'aurai l'envie d'aller jusqu'au bout, ni si je trouverai toujours de nouvelles idées pour alimenter l'intrigue.
J'ai essayé autant que possible d'imiter le style de JK Rowling, ce qui m'a conduit à reproduire au début de ma fic sa façon de résumer au début de chaque livre les précédents tomes, ce qu'elle a fait pour les quatre premiers livres. Si ces parties ne vous intéressent pas, vous pouvez les sauter, même si elles sont plus ou moins mélangés avec le reste du texte.
J'espère que vous aurez une bonne lecture.
Chapitre 1 : Courrier et révélations
Harry Potter avait passé un très mauvais été. Ce soir-là, la montre de Harry lui indiquant la 11ème heure du soir, il s'affairait devant quelques livres et parchemins étalés sur son lit, isolé à cette heure tardive dans la petite chambre d'amis qui servait autrefois de bric-à-brac aux jouets de son très gâté cousin Dudley, et qui servait maintenant de repère secret à tout ce qui ne pouvait que détoner dans le monde parfaitement ordinaire du 4, Privet Drive, dans cette rue pavillonnaire où la famille adoptive de Harry, sa tante et son oncle étant la seule famille qui lui restait, avaient établi leur foyer peu de temps avant qu'il ne débarque dans leur vie de façon retentissante, âgé alors de seulement un an, suite à ce que la version officielle des Dursley présentait comme étant un accident de voiture ayant causé la mort de ses parents.
Car Harry n'était pas seulement un jeune orphelin maigre et peu sociable, il était aussi un sorcier, et parmi les sorciers, encore, une célébrité depuis le jour où le sortilège de mort qui avait quelques instants auparavant donné la mort l'un après l'autre à ses deux parents, avait ricoché contre son front, lui laissant une cicatrice en forme d'éclair, et se retournant contre son lanceur, le mage noir Voldemort, qui, au grand malheur de Harry, n'avait pas trouvé la mort mais avait depuis erré sous forme de fumée spectrale, faisant de lui comme de Harry les deux seuls personnes à la connaissance de Harry ayant jamais survécu à tel sortilège. Voldemort était réapparu depuis à plusieurs reprises, et c'est Harry lui-même qui avait dû lui faire face à chaque fois de nouveau, jusqu'à ce que, peu avant les vacances d'été de cette année, il ne retrouve son corps, devant le regard effaré de Harry momentanément pris au piège de sa machination, car Voldemort avait dû utiliser, parmi les ingrédients de la potion magique lui ayant redonné forme à peu près humaine, le propre sang de Harry, porteur de la protection que lui avait donnée sa mère. Celle-ci, en sacrifiant sa vie pour protéger la sienne lui avait accordé une défense magique si forte qu'elle avait prévenu le sortilège de mort de lui infliger d'autre dommage que d'avoir à porter pour le reste de sa vie sa cicatrice, et avec elle une célébrité dont il se serait aisément passé. Comble de malheur, la protection dont l'avait doté sa mère lui avait aussi donné un lien inattendu avec la famille la moins prédisposée à accueillir un enfant tel que lui : les Dursley.
Vernon et Pétunia Dursley, celle-ci étant la sœur de sa mère, se trouvaient être la seule famille qui lui restait et, pour lier Harry à eux dans une sorte de contrat du destin, ils pouvaient, bien malgré eux et tant qu'il vivait sous leur toit, lui prodiguer une protection magique, continuité de la protection offerte par sa mère. Cette protection était bien la seule chose positive qui liait Harry aux Dursley, ceux-ci étant par ailleurs hostiles à toute expression de sa nature magique, et ayant, secondés de leur fils Dudley, un garçon du même âge que Harry, mais brute stupide, aussi large que Harry était efflanqué, faits de la vie de Harry en leur compagnie un véritable enfer.
Il était vrai que toute pratique ouverte de la magie n'aurait pu que détoner dans cette rue sans histoire, pour laquelle la moindre nouvelle n'était pas l'arrivée dans une de ses maisons proprettes et alignées avec soin d'un jeune couple lui-même sans histoire, bien que la tante de Harry, aussi forte en ragots que pour seriner à Harry des critiques sur son comportement ou son apparence, ait fait au précédent dîner un commentaire acerbe sur le fait que les Dwinson, le couple en question, n'aient jamais à sa connaissance fait le trajet de la porte d'entrée à leur boîte aux lettres pour en retirer du courrier, et le facteur lui-même, comme elle l'avait remarqué, en mettant l'emphase sur le hasard de sa découverte, ne s'était jamais arrêté devant cette boîte aux lettres depuis le jour où elle avait décidé d'accorder une importance marquée à cette étrangeté.
Mais tout aussi choquante que soit pour la tante Pétunia cette découverte, les peut-être excentrique et étranges Dwinson auraient eux-mêmes été choqués par la vision d'un Harry faisant, pour passer le temps, léviter un caillou sur le bord de la route à l'aide de sa baguette magique, ou utilisant celle-ci pour soulager à l'aide d'un sortilège de jet d'eau la haie soumise à la chaleur caniculaire, plutôt qu'en utilisant le tuyau d'arrosage, outil parmi d'autres des corvées estivales que lui imposaient sa tante et son oncle.
Cependant, au grand dam de Harry, il lui aurait été impossible de réaliser de telles prouesses en présence de quiconque, car non seulement la pratique de la magie était pour les sorciers comme Harry interdite en présence de tout moldu -personne sans pouvoirs magiques- qui ne connaîtrait pas déjà l'existence de la magie –car le monde magique tenait depuis le temps des persécutions menées contre eux par les moldus à garder leur existence secrète pour ceux-ci, cette décision étant cependant plus favorable à la défense des moldus qu'à celle des sorciers-, mais de plus, pour lui interdire, en plus de toutes les distractions qui lui seraient alors permises, de pouvoir tyranniser Dudley ainsi que de faire lever, grâce à une capacité d'intimidation bienvenue, la chape de plomb que les Dursley faisaient régner sur lui, il lui était interdit, en tant que sorcier mineur, d'utiliser la magie en dehors de sa scolarité à Poudlard, le refuge magique où Harry passait l'année scolaire et où il perfectionnait ses talents de sorcier.
Il était faux cependant de dire que Harry n'avait aucun moyen de pression sur les Dursley. Il avait en effet, un an auparavant, fait la connaissance de son parrain Sirius Black, qui avait été le meilleur ami de son père, et qui était pourchassé par la justice magique pour un crime qu'il n'avait pas commis, raison pour laquelle il ne pouvait accueillir sous son toit Harry, au grand malheur de celui-ci. Les Dursley n'étant pas au courant de la nature injuste de la condamnation qui pesait sur Sirius, et ayant fait sa connaissance dans un journal télévisé moldu le présentant comme un dangereux assassin en fuite, ils étaient proprement glacés à la perspective d'avoir à lui faire face s'ils maltraitaient trop Harry. Celui-ci s'était cependant juré de ne pas trop utiliser cette menace, craignant que les Dursley ne finissent par la prendre trop au sérieux et à faire appel à la police moldue, ceux-ci étant, comme ils ne manqueraient de le dire en pareille circonstance, après tout dans leur bon droit.
Si Harry était tant occupé à une heure si tardive, c'est qu'il s'échinait à faire ses devoirs de vacances, préférant le risque d'avoir à affronter l'inévitable crise de colère de son oncle si celui-ci venait à découvrir son activité clandestine, à la morgue de ses professeurs s'il devait retourner à Poudlard en s'étant, en apparences, tourné les pouces durant tout l'été. En l'occurrence, il réalisait un devoir pour sa professeure de métamorphose, la très stricte professeur McGonagall, qui était aussi la directrice de la maison Gryffondor, la maison de Harry à Poudlard, et celle où se trouvaient tous ses amis. Face à son parchemin posé sur un vieux livre d'école retourné, il suçait le bout de sa plume magique, une plume au bout toujours sec, bien qu'elle puisse aspirer l'encre dans la bouteille d'encre de Harry et la recracher comme le ferait une plume normale sur la surface duveteuse de ses parchemins. Le devoir portait sur la métamorphose animale, en l'occurrence la métamorphose d'un rat d'égouts en cendrier, une métamorphose basique et commune, même pour un jeune sorcier comme Harry. Mais comme son devoir portait sur la théorie, il devait, en plus des informations contenues dans son livre de métamorphose Manuel du cours moyen de métamorphose de Edgar Vudeloin, chercher dans les derniers refuges de sa mémoire, n'étant pas parmi ceux-ci dernières les remarques et conseils exprimés en sa présence par son amie Hermione Granger, avec qui il faisait souvent ses devoirs en compagnie de son autre meilleur ami Ron Weasley, lorsqu'il profitait de leur compagnie à Poudlard.
Harry aurait aimé pouvoir profiter de leur présence dès cet été, en se rendant pour la fin des vacances chez Ron, où il avait passé la fin de l'été dernier afin de pouvoir assister à la finale de la coupe du monde de Quidditch -le sport préféré des sorciers, se pratiquant sur des balais et dans lequel Harry lui-même excellait, ayant rejoint l'équipe de sa maison lors de sa première année, ce qui avait fait de lui le plus jeune attrapeur d'une équipe de Quidditch à Poudlard depuis un siècle-, finale opposant les équipes de Bulgarie et d'Irlande, cette dernière équipe remportant le trophée grâce à son talentueux trio de poursuiveurs –trois sorciers juchés sur des balais et se passant la balle pour s'approcher des buts composés de trois cercles dorés juchés sur des poteaux d'une quinzaine de mètres de haut-. Mais Ron lui avait expliqué dans sa dernière lettre, qu'il lui avait envoyée pour son quinzième anniversaire, que ses parents ne pensaient pas qu'il leur soit possible de l'accueillir une nouvelle fois chez eux, et exprimait la supposition que c'était le professeur Dumbledore lui-même qui leur en avait donné la consigne. Albus Dumbledore était le directeur du collège Poudlard, et était certainement de tous les protecteurs dont Harry savait disposer, celui qui représentait le plus grand obstacle, en dehors de la protection prodiguée par sa mère, pour le mage noir Voldemort et ses desseins meurtriers visant Harry, car le professeur Dumbledore était disait-on la seule personne que celui-ci craignait d'affronter.
Ron n'était pas la seule personne à avoir écrit à Harry pour lui souhaiter son anniversaire. Hermione aussi avait pu le joindre par courrier moldu, car elle ne possédait pas de chouette -l'instrument privilégié des sorciers pour communiquer sur de longues distances-. Sirius aussi avait pensé à lui, ainsi que Hagrid, un demi-géant -garde-chasse et depuis peu professeur à Poudlard- qui était la première personne appartenant au monde de la magie ayant pris contact avec lui, et lui ayant révélé sa vraie nature de sorcier, le jour de son onzième anniversaire, un jour qu'il ne devrait jamais oublier.
Comme cadeaux, Ron lui avait offert un assortiment de bonbons et objets à effet magique et facétieux, comme des Pralines Longue Langue qui font grossir la langue de celui qui les avale jusqu'à ce qu'elles occupent tout son gosier, ou encore un Boomerang Écorcheur qui après être lancé revient à toute vitesse en visant la tête de son lanceur. Tous étaient les créations des jumeaux Fred et Georges Weasley -deux des nombreux grands frères de Ron-, comme Ron le lui avait dit dans sa lettre, et comme Harry l'aurait deviné de lui-même, car les jumeaux étaient connus pour leur humour et leur ingéniosité, et Harry était bien placé pour savoir que leur plus grande ambition était d'ouvrir une boutique de farces et attrapes, pour leur avoir en secret donné à la fin de l'année dernière les 1000 gallions de récompense qu'il avait obtenus en tant que vainqueur du Tournoi des Trois Sorciers - tournoi prestigieux entre écoles de magie dans lequel Harry s'était retrouvé impliqué comme participant bien malgré lui, un sbire de Voldemort ayant ajouté son nom grâce à un sortilège de confusion opéré sur l'objet décidant qui aurait le droit de participer au tournoi, et qu'il avait fini par gagner dans des circonstances qui prêtaient peu à la fête, l'un de ses concurrents, Cédric Diggory, qui représentait Poudlard officiellement, ayant été tué sur les lieux mêmes du rituel où Voldemort avait retrouvé son corps, et où Cédric et Harry s'étaient retrouvés téléportés à l'issue de la dernière tâche du tournoi-. Une telle somme permettrait aux deux jumeaux de réaliser dans un jour prochain leur rêve -car les Weasley étaient une famille aussi pauvre que généreuse-. Ron lui avait dit qu'il pourrait utiliser de tels objets et friandises contre son cousin Dudley, et Harry ne s'en serait pas gêné le moins du monde s'il n'avait craint la colère de son oncle et de sa tante, déjà marqués par le spectacle de la langue de leur fils unique rampant sur le tapis du salon, après que celui-ci ait fait la connaissance des jumeaux Weasley l'été dernier.
Hermione lui avait offert une nouvelle montre en remplacement de celle qu'il utilisait jusqu'à ce qu'elle devienne inutilisable après un séjour dans l'eau, lors de la deuxième tâche du Tournoi des Trois Sorciers. La montre offerte par Hermione lui indiquait l'heure, mais aussi les horaires de ses cours, qui apparaîtraient sur le cadran dès qu'il serait retourné à Poudlard, lui avait-elle appris dans son courrier. Hermione était la première de sa classe à Poudlard et certainement la personne la plus consciencieuse en matière d'apprentissage de tout ce qui avait trait à la magie que Harry connaisse. Pour elle manquer un cours serait l'équivalent pour Harry d'apprendre qu'il était condamné à devoir cracher des limaces dès qu'il tenterait d'ouvrir la bouche pendant une semaine entière.
Sirius avait offert à Harry un miroir qui permettrait à celui-ci de communiquer avec son parrain où qu'il soit, rappelant à Harry la tentative très risquée faite l'année précédente de communiquer avec Sirius au moyen de la cheminée de la salle commune des Gryffondor, et bien qu'ils aient pu parler pendant un moment, l'apparition impromptue de Ron dans l'escalier menant dans et hors des dortoirs avait fait cesser leur communication à un moment critique, Ron et Harry étant alors en froid, et Harry ignorant qu'il s'agissait de lui -Ron était en effet tout comme Hermione au courant pour l'innocence de Sirius-. Être vu par un camarade de classe en compagnie du sorcier le plus recherché de Grande-Bretagne n'aurait été bon ni pour Harry ni pour Sirius.
Hagrid lui avait offert un nécessaire à balai volant ainsi qu'un assortiment de biscuits durs comme la pierre, présents qui rassurèrent Harry -bien qu'il se hâta de ranger les biscuits sous la lame de parquet branlante qui servait de cachette à ses affaires d'école- car celui-ci connaissait le goût de Hagrid pour les choses monstrueuses et agressives, bien que celui-ci les voit comme douces et inoffensives. Lors de la troisième année de la scolarité de Harry, alors que Hagrid avait tout juste été promu professeur à Poudlard pour enseigner les Soins aux créatures magiques, il avait fait acheter à tous ses élèves un livre qui s'ouvrait comme une gueule et attaquait quiconque s'en approchait. Lors de son premier cours de l'année scolaire, Hagrid fut surpris que ses élèves n'aient pas réalisé qu'il suffisait de caresser le dos du livre pour que celui-ci se laisse ouvrir sans opposer de résistance. Si Hagrid avait envoyé ce cadeau à Harry, c'était parce qu'il savait que ce qui lui manquait le plus lorsqu'il n'était pas à Poudlard, en dehors de ses amis, était la sensation qu'il ressentait lorsqu'il était monté sur un balai, l'air courant sur ses épaules alors qu'il accomplissait figures et tournants, ou qu'il fonçait d'un bout à l'autre du terrain de Quidditch de son école.
Malheureusement les Dursley exigeaient que son balai soit enfermé dans le placard à balais sous l'escalier qu'il utilisait comme chambre avant la fin de sa dixième année. Ils le laissaient cependant garder sa baguette et, contrairement à leur habitude, ils ne se montraient pas excessivement courroucés par les allers-retours de sa chouette Hedwige –une magnifique chouette couleur neige que Hagrid lui avait offerte pour son onzième anniversaire-, ni de la présence de chouettes étrangères qui lui apportaient les lettres de ses amis et, tous les jours, un exemplaire de la Gazette du sorcier, le quotidien pour sorciers le plus lu de la Grande-Bretagne magique. Harry tenait ce comportement inhabituellement pacifique, dans la mesure où les Dursley pouvaient se montrer pacifiques envers lui, comme la preuve qu'ils se rendaient compte, en tant que moldus informés de l'existence du monde de la magie, que des choses se passaient qui n'étaient pas normales. En effet, dans le monde magique, Lord Voldemort était de retour, et comme Harry en avait été témoin à la fin de l'année précédente, il avait à ses côtés une foule de sorciers tous versés dans la magie noire. Le monde moldu n'étant pas, à proprement parler, étanche à tout contact avec le monde de la magie, de nombreux événements relatés par les journaux télévisés moldus comme étant des catastrophes aux causes inexplicables portaient en fait le sceau de la magie, et même, dans la plupart des cas, de la magie noire. Harry était bien placé pour le savoir grâce aux nouvelles constantes d'agressions de moldus parmi autres méfaits magiques imputés aux serviteurs de Voldemort, ceux qui se faisaient appeler les Mangemorts, qui abreuvaient les pages de la Gazette.
Le ministère de la Magie avait mis du temps à admettre le retour de Voldemort, bien que Harry ait lui-même témoigné auprès du ministre de la Magie en personne, Cornelius Fudge, quelques heures seulement après les évènements en question, avoir vu de ses yeux Voldemort reprendre sa forme presque humaine aux accents surnaturels, et même l'avoir combattu. De fait le ministère ne pouvait longtemps nier le lien entre le meurtre de Cédric Diggory et la magie noire, à moins, avait alors pensé avec ironie Harry, de lui en imputer lui-même la responsabilité. Ce meurtre s'ajoutait à la disparition quelques semaines plus tôt d'un important dignitaire du ministère de la Magie, le directeur du département de la justice magique Bartemius Croupton, coïncidant avec la réapparition de son propre fils, Bartemius Croupton Jr., censé être mort en détention dans la prison d'Azkaban – la sinistre prison réservée aux sorciers-, réapparu en tant que serviteur de Voldemort déguisé en professeur de Poudlard et qui avait été la contribution principale à la téléportation de Harry et de Cédric Diggory sur les lieux du meurtre de celui-ci et du retour de Voldemort à la puissance. Cela plus la disparition mystérieuse d'une autre employée du ministère de la Magie l'été précédent, Bertha Jorkins, avait fini par pousser le ministre de la Magie en personne à donner, au début de l'été, une conférence de presse dans laquelle il annonçait les fortes présomptions du ministère quant au retour du mage noir se donnant le titre de Lord, et appelé communément « Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom » (les sorciers étant tellement terrifiés par Voldemort qu'ils avaient pris pour habitude de ne pas le nommer), et dont tout donnait à penser qu'il coïncidait avec la précédente évasion de l'un de ses principaux Mangemorts, Sirius Black (Harry fut pris d'un accès de colère en lisant cette partie de l'article, étant bien placé pour savoir que Sirius était innocent, pour avoir vu de ses yeux celui qu'il était censé avoir tué, Peter Pettigrow, lui aussi ancien membre du petit groupe d'amis du père de Harry, bien vivant et pour cause, car celui-ci avait vécu jusqu'à ce moment métamorphosé en rat, et n'était autre que le rat de compagnie de Ron, dans la famille Weasley depuis son soi-disant meurtre. Peter Pettigrow, considéré dans le monde des sorciers comme un héros depuis sa dernière confrontation avec Sirius où il avait mise en scène sa propre mort, avait fait porter à Sirius le chapeau de sa propre trahison des parents de Harry, les ayant lui-même livrés à Voldemort).
La principale conséquence de cette conférence de presse fut le retour des dévastations -meurtres de sorciers associés à la résistance contre lui, attaques gratuites de moldus, destruction de biens publics et de demeures moldus insignifiants aux yeux des Mangemorts- qui avaient déjà eu lieu lors de la première guerre opposant Voldemort et ses Mangemorts d'un côté au ministère de la Magie de l'autre. Voldemort et ses serviteurs avaient jusqu'ici semblé prendre le parti de la clandestinité dans le but sans doute de mener d'autres plans plus secrets. Le public fut pris alors d'un sentiment ambivalent. La terreur, d'abord, face à l'ampleur des destructions et le souvenir de celles qui avaient marqué la précédente guerre contre Voldemort, mais aussi l'acceptation du retour du mage noir, face aux événements tragiques dont la cause principale ne pouvait plus être niée, et la détermination à lui faire face, car la plupart des sorciers étaient sensibles au respect des droits des moldus et des sorciers nés-moldus –les sorciers sans ascendance magique, comme l'étaient Hermione et la propre mère de Harry- cibles déclarées des Mangemorts et de leur chef. Mais régnait aussi un sentiment de colère contre le ministre, apparu comme le responsable avec sa conférence de presse du retour des horreurs de la guerre qui jusque-là se faisaient discrètes. Harry pensait qu'ils avaient tort de voir les choses ainsi, car il était à son avis bien meilleur de faire face au danger que de nier son existence, et que tout le temps passé par Voldemort dans la clandestinité ne ferait que lui permettre de mieux se renforcer sans avoir à rencontrer d'obstacles majeurs, sinon ceux levés par les quelques personnes parmi ses ennemis et opposants mis au courant de son retour et admettant celui-ci, une poignée de personnes dont faisaient partie Harry et ses plus proches amis, ainsi qu'Albus Dumbledore lui-même. Cependant Harry n'avait aucune sympathie pour Fudge qui à la fin de l'année scolaire précédente l'avait fait passer pour un dérangé voir un affabulateur, et il n'eut aucune tristesse à le voir quitter sous la pression populaire son poste pour un ministre en apparence plus compétent pour faire face aux forces des ténèbres : Rufus Scrimgeour, précédemment chef du bureau des aurors -les sorciers employés par le ministère pour combattre les criminels et les mages noirs-.
Harry se redressa soudain. Quelque chose tapait à la fenêtre. Il l'ouvrit aussi doucement que possible pour ne pas réveiller les Dursley et laissa entrer un hibou à l'aspect miteux qu'il reconnut comme étant Errol, le hibou de la famille Weasley. Celui-ci semblait exténué et il se glissa dans la cage d'Hedwige que lui avait ouvert Harry, la chouette au pelage d'un blanc immaculé étant partie chasser des musaraignes dans les environs. Bien qu'Errol soit dans l'incapacité de repartir tout de suite, tout ébouriffé et comme aplati, il ne s'agissait pas, loin de là, de l'état de délabrement le plus important dans lequel Harry l'ait jamais vu.
Harry regarda l'enveloppe. L'adresse était écrite d'une écriture que Harry ne connaissait pas. Il l'ouvrit et survola la lettre en s'attardant sur la signature. Elle venait de Mr. Weasley, le père de Ron, qui devait être au courant des horaires tardives de Harry pour que sa lettre arrive à cette heure-ci. Puis il lut la lettre en entier.
« Cher Harry,
Je n'ai pas pu emprunter à Ron Coquecigrue pour t'envoyer cette lettre qui aurait mérité un porteur plus sûr et fringant que ce pauvre vieux Errol, mais il l'avait déjà envoyé porter une lettre. J'ai remarqué qu'il envoyait beaucoup de lettres en ce moment, peut-être certaines te sont-elles destinées ?
Je t'écris moi-même à la fois pour t'informer et te mettre en garde. D'abord, sache que le couple Dwinson qui a emménagé dans ta rue n'a rien d'un couple de moldus ordinaire -par là je veux dire qu'ils ne savent pas plus manier l'ékletricité que moi ou ce pauvre Cornelius Fudge-. Il s'agit de deux aurors missionnés par le ministère de la Magie pour te protéger. Ils rentrent et sortent de la maison mais quand l'un d'eux n'a pas pour mission de surveiller la rue, de te surveiller *toi*, il entrera dans la maison pour faire illusion puis transplanera immédiatement en direction du ministère. »
Voilà pourquoi les Dwinson n'ouvrent jamais leur boite aux lettres, pensa Harry, leur maison n'est qu'une coquille vide pour surveiller les environs.
« Avoir une maison permet de surveiller la zone sans trop se faire remarquer, tu comprends ? Je pense qu'il n'y en a presque toujours qu'un de présent sur les lieux en permanence, mais soit certain que si quoi que ce soit d'inquiétant avait lieu dans la rue, d'autres débarqueraient en renfort immédiatement. Je me charge de te prévenir car le ministère n'a pas cru bon de t'informer de ces dispositions. Il me semble que tu es assez grand, et même si Molly pense que tu es trop jeune pour faire face à une telle situation et voudrait te ménager ... »
Une telle situation... comme de me retrouver face à Voldemort occupant le corps d'un autre dans une pièce sans issues, ou dans la chambre des secrets, confronté à son souvenir revenu à la vie et accompagné d'un basilic au regard tueur, ou dans un cimetière à des kilomètres de l'endroit où j'étais censé me trouver, attaché à une pierre tombale face à l'homme qui veut le plus me tuer au monde, pensa Harry avec ironie.
« … je crois quant à moi qu'il vaut mieux t'informer plutôt que de chercher à te cacher quelque chose que tu dois savoir depuis un certain temps maintenant, me semble-t-il.
Je profite aussi de cette lettre pour t'exposer les raisons pour lesquelles tu n'as pas pu et ne pourra pas venir au Terrier cet été, et que tu ne pourras d'ailleurs aller passer tes nuits nulle part ailleurs que chez ton oncle et ta tante avant de retourner à Poudlard en septembre. J'ai eu une discussion de vive voix avec le professeur Dumbledore et il m'a exposé, face à mes résistances initiales, la nécessité pour toi de maintenir le lien magique avec le foyer appartenant à la personne la plus proche par les liens du sang de ta mère. Je parle bien évidemment de ta tante. Rester un certain temps dans cette maison chaque année te permet de maintenir, renforcer, consolider le sortilège qui te protège contre les assauts de Tu-Sais-Qui. Malheureusement, et comme tu le sais déjà car je sais que Dumbledore t'a déjà transmis directement une partie de ces informations, le fait que Tu-Sais-Qui ait utilisé ton sang pour revenir à sa forme originale, et ainsi qu'il ait en quelque sorte lié son sang au tien et donc à la protection magique que ta mère t'a offerte le jour de sa disparition, a affaibli la force de ce sortilège. Cependant ce lien reste malgré tout présent bien que diminué, et le professeur Dumbledore m'a dit tout à fait clairement que tu devais rester le plus longtemps possible chez ton oncle et ta tante pour que cette protection soit la plus puissante possible. Il est aussi important que tu saches que cette protection disparaîtra, selon le professeur Dumbledore, le jour de ta majorité, soit le jour de ton 17ème anniversaire. Comme rien n'est plus important pour Molly et pour moi que ta sécurité, nous n'irons pas contre les préconisations du professeur Dumbledore et ne t'accueillerons pas chez nous cet été.
J'ai dit plus haut, par ailleurs, que je voulais te mettre en garde. Depuis que nous te connaissons, depuis que Ron te connaît, Harry, toi, lui et Hermione avez vécu toutes sortes d'aventures. Vous avez parfois été forcés d'affronter un danger qui s'imposait à vous, mais la plupart du temps vous avez vous-même couru au-devant du danger sans vous préoccuper des conséquences possibles pour vous d'avoir à affronter des individus bien plus compétents que vous en matière de magie ou des monstres effroyables et à la force sans commune mesure avec vos connaissances en matière de sortilèges défensifs. Je voudrais, Harry, que tu saches bien que ta vie est trop précieuse pour la gâcher en donnant à Tu-Sais-Qui ou à l'un de ses serviteurs l'occasion de t'atteindre parce que tu n'aurais pas mesuré avec assez de gravité les risques que tu prendrais en cherchant à les affronter. Car Tu-Sais-Qui ne souhaiterait rien plus que de te voir débarquer à un endroit qu'il aurait choisi pour te piéger, comme ça a déjà été le cas par le passé. Je serais très heureux si tu pouvais répondre à ma lettre en me promettant de prendre ma mise en garde au sérieux.
Par ailleurs, le professeur Dumbledore m'a confirmé que malgré les contraintes qui te sont imposées, tu pourras prendre le temps d'un après-midi pour acheter tes fournitures scolaires sur le Chemin de Traverse. Que dirais-tu d'y aller ensemble une fois que toi et Ron aurez reçu votre liste de fournitures ? Hermione pourrait venir aussi, comme ça vous vous retrouveriez tous les trois. Qu'en dis-tu ? Si tu es d'accord, envoie-moi ta réponse dès que possible pour que nous prenions les dispositions nécessaires.
Au plaisir de te revoir,
Arthur Weasley »
Harry garda les yeux fixés sur la lettre, sentant un poids apparaitre au creux de son estomac. Ainsi, des aurors le surveillaient nuit et jour. Ainsi, il était condamné à rester chez les Dursley tout l'été, et tout ça à cause d'une seule personne : Lord Voldemort. Mr. Weasley pouvait lui dire ce qu'il voulait, mais si Harry avait le choix entre un duel à mort avec Voldemort et passer l'entièreté de son existence chez les Dursley, il choisirait la première option, et gare à celui ou celle qui se mettrait en travers de son chemin. Il relut la lettre. « Il est aussi important que tu saches que la protection offerte par ta présence chaque été chez ton oncle et ta tante disparaîtra le jour de ton 17ème anniversaire. » À son 17ème anniversaire, la protection disparaîtrait, mais quelle protection ? Voldemort ne l'avait-il pas fait disparaître en associant son sang au sien, n'avait-il pas été capable de le toucher alors que trois ans plus tôt, le simple contact des mains de Harry avec l'homme qui portait en lui ce qui restait du mage noir avait conduit à la mort de celui-ci ? Harry eût alors une pensée honteuse. Peut-être serait-ce mieux pour lui que la protection ait effectivement disparu, ainsi il n'aurait plus besoin de rester chez les Dursley, car leur maison ne serait plus pour lui un refuge, ni nulle part ailleurs à part Poudlard, pensa-t-il en affichant pour lui-même un air lugubre. « Envoie-moi ta réponse dès que possible pour que nous prenions les dispositions nécessaires » « pour que nous prenions les dispositions nécessaires » Sans doute d'autres aurors pour le surveiller... Mais Harry ne s'en plaindrait pas, il n'avait aucune envie de croiser à nouveau le chemin de Voldemort ou d'un de ses Mangemorts, du moment qu'il pouvait profiter librement de la présence de ses amis et de la famille Weasley, qui avait toujours été pour lui une deuxième famille, et même la seule famille dont il dispose vraiment.
Harry pensa à ses amis, à Ron... Ron qui envoyait beaucoup de courrier, mais pas à lui car il n'avait plus reçu de lettre de sa part depuis celle qu'il lui avait envoyée pour son anniversaire. À qui Ron envoyait-il ces lettres ? Harry n'en avait aucune idée, il le lui demanderait lorsqu'il le reverrait sur le Chemin de Traverse, pensa-t-il. Hermione, quant à elle, était-elle chez elle, en Grande-Bretagne, ou en Bulgarie, avec Viktor Krum, l'attrapeur vedette de l'équipe Bulgare à la coupe du monde et participant au Tournoi des Trois Sorciers pour le compte de l'école de magie à la sombre réputation, Durmstrang ? Hermione avait en effet été la cavalière de celui-ci au bal de Noël l'année précédente, un bal qui avait pour but de célébrer l'amitié entre les peuples, et Harry savait que Krum avait proposé à celle-ci de le rejoindre en Bulgarie cet été, au grand dam de Ron qui avait fait une crise de jalousie lors du bal en question, après avoir vu Hermione, ce soir-là resplendissante, en compagnie de nul autre que celui qui était jusqu'à ce jour son idole, le joueur international de Quidditch devenu immédiatement son rival. Il était vrai que Hermione était très jolie ce jour-là, pensa Harry, mais une fois débarrassée de ses cheveux fortement lissés grâce à une potion capillaire à effet magique, et de son élégante robe de soirée bleue, elle était redevenue la Hermione qu'il connaissait bien, bien que ses dents aient définitivement pris forme normale après que madame Pomfresh, l'infirmière de l'école, les lui aient limées pour faire disparaitre l'excroissance -ajoutée à la longueur déjà hors norme affichée alors par ses dents de devant- qu'elles avaient subies suite au rebondissement contre son visage d'un sortilège destiné à Harry lancé par Drago Malefoy, l'ennemi juré de Harry et fils d'un des Mangemorts les plus proches de Voldemort lui-même, Lucius Malefoy. Harry rougit un peu en ayant la pensée subite d'Hermione l'embrassant sur la joue, lorsqu'ils devaient se quitter à la fin de l'année scolaire précédente. Quelque chose qu'elle n'avait jamais fait jusqu'alors, bien qu'il sache qu'il s'agissait là d'un geste amical de sa part.
Soudain, il sentit une douleur à l'endroit de sa cicatrice. Harry ramassa la lettre et ses affaires d'école qui étaient sur son lit et les posa sur le bureau, puis il se coucha sur son lit, se résignant à remettre à plus tard l'écriture de sa réponse à Mr. Weasley. Ce n'était pas la première fois que sa cicatrice lui faisait mal cet été. En fait, il ne s'était pas passé un jour sans qu'il la sente à un certain moment le picoter, lui faire mal, voir lui infliger une sensation de brûlure cuisante à l'endroit de son front où elle était nichée. Harry savait pourquoi elle se comportait comme ça, Dumbledore lui en avait donné l'explication l'année dernière. D'après Dumbledore, sa cicatrice était douloureuse lorsque Voldemort était à proximité ou lorsqu'il éprouvait des sentiments particulièrement meurtriers. Les douleurs à sa cicatrice étaient devenues tellement présentes dans son quotidien que Harry en venait à craindre de finir par considérer l'idée d'un Voldemort actif et inquiétant comme parfaitement banale et habituelle, bien que ces douleurs n'aient souvent rien de banales. L'année dernière, Harry avait perdu connaissance en classe de divination et avait fait un rêve qui était en fait une vision bien réelle de Voldemort torturant son serviteur, Peter Pettigrow -qui était venu le retrouver après sa fuite suivant la révélation faite à Harry de sa duplicité- pour une erreur ayant failli faire échouer le plan qui devait permettre le retour du mage noir, avant que Harry ne se réveille sous les regards inquiets de ses camarades et avec une douleur cuisante à la cicatrice. Rendu pensif par la lecture de la lettre de Mr. Weasley, Harry décida de cesser de faire ses devoirs pour cette nuit et de rester dans son lit pour pouvoir réfléchir à la situation, en remettant au lendemain la suite de son travail et l'envoi de la lettre confirmant au père de Ron son désir de les rejoindre lui et les autres Weasley le jour convenu sur le Chemin de Traverse pour acheter leurs affaires scolaires. Le sommeil le prit avant que le fil de ses pensées ne l'ait mené à s'imaginer pleinement la vie qui serait sienne lorsqu'il serait majeur et devenu une cible permanente pour Voldemort et ses sbires, car il savait depuis l'épisode du cimetière et du retour à la vie de l'être craint que celui-ci n'aurait de paix tant que Harry serait vivant.
