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Bonne lecture !

Dix-huitième chapitre

Journal de S. B

04/05/75

Cher journal, aujourd'hui, mon prof de littérature m'a dit de plus écrire parce qu'apparemment, mon style est dégueu. Je ne comprends pas. Je pense que j'écris super bien, perso.

Je vais parler de ma semaine, alors. Tu verras, chanceux papier, répertorier ma vie est la chose la plus agréable qui aurait pu t'arriver. Ce sera mieux que de tenir les pensées d'une fille débile ou d'un alcoolique en thérapie, ou de servir à imprimer des magazines de déco.

Bon, lundi, j'ai embrassé trois filles différentes, et sur les trois, deux m'ont laissé passer ma main sous leurs jupes. On les décrit comment, les filles qui se laissent faire aussi facilement ? Oh oui, on dit qu'elles sont « pas farouches ». Je préfère le mot « trainée ». Au début, j'étais content et je les ai beaucoup remerciées, mais maintenant que j'ai les idées claires, je commence à les mépriser.

Je ne vais plus leur parler, et aucune des deux ne sera ma petite amie. Je ne respecte que celle qui m'a giflé quand j'ai posé ma main sur sa cuisse, elle, c'est une fille bien. Et en plus, c'est plus fun quand la proie résiste, tu vois ?

Mardi, j'ai commandé un nouveau champoing pour mes cheveux. Tu sais, journal, j'ai les cheveux les plus canons de la galaxie. Quand on me demande comment je fais, je dis que c'est naturel, alors qu'en fait je dépense la moitié de mon argent de poche en soins capillaires. Ça me fait pas plaisir. C'est chiant, mais que veux-tu ? C'est le prix à payer pour avoir toutes les gonzesses de Poudlard à mes pieds !

Maintenant que James est casé avec Lily (James est mon frère d'armes, mon meilleur pote, un mec presque aussi cool que moi), je n'ai pas de concurrence. Il est fou amoureux de cette rouquine, si tu savais. Il ne fait que parler d'elle. « Lily est trop belle » par ci, « Lily est trop intelligente » par là. Franchement, il me fatigue. Je ne veux jamais tomber amoureux, si ça rend aussi niais. Je vais être comme James Bond, je vais avoir plein de nanas super bien foutues au bras, et je ne vais jamais m'attacher à aucune d'elles, tu comprends ?

Jeudi, on est allés voir le film de James Bond avec les copains, et c'était trop top. Il a de ces gadgets, je suis jaloux ! Je veux sa moto, son costard, et ses lunettes !

Ah, et j'ai raté mon contrôle de math le vendredi. Mais bon, c'est pas important. Qui a besoin de résoudre une équation du second degré dans la vraie vie, qui ?

En cours de philo, toujours le vendredi, on a étudié un certain Pascal, c'est un philosophe français, à ce qu'il parait. Il parle d'amour, et il dit qu'il faut croire en Dieu. Le mec est d'un cynisme abyssal (encore plus que moi, c'est diiingue). Il croit en Dieu parce qu'il préfère modérer ses passions sur terre plutôt que de cramer en enfer. C'est pas vraiment de la piété, ça. Je suis pas d'accord, je pense qu'il faut s'amuser à fond tant qu'on est en vie. Si Dieu existe, il n'a pas donné toutes ces bonnes choses à manger et à sentir pour pas qu'on en profite.

Je veux croire en Dieu, mais en ma version, tu vois ? Il y a des gens qui n'aiment pas Dieu, mais un mec comme ça qui crée l'univers ne peut qu'être cool. J'en ai rien à faire de ce que disent les autres. Je sais que je suis plus intelligent que la mêlée.

Vivement que les vacances arrivent, je veux aller faire du surf et manger des pastèques. J'en peux plus des devoirs sur table et des dortoirs, beurk…

Ma famille ne me manque pas.

En cherchant dans sa collection de disques, Pamela fut mortifiée de trouver quelques-uns de Fleur Delacour.

Elle rougit, se souvenant de sa dernière rencontre avec celle qu'on surnommait Pianiste du Siècle. Quel surnom pompeux ! pensa-t-elle. Ça donnait l'idée d'une personne inatteignable et surhumaine, alors qu'en fait…

Si Fleur n'était pas inatteignable, Pam devait avouer qu'elle avait bien des compétences surhumaines.

En fait, elle avait acheté ces disques sur recommandation de ses professeurs qui disaient : « Si vous souhaitez entendre l'interprétation la plus réussie, penchez-vous surtout sur Fleur Delacour. Elle est ce à quoi vous devez tendre. »

En d'autres termes, les étudiants devaient tendre vers la perfection.

Pamela plaça un CD dans son baladeur et mit le casque sur ses oreilles, puis pressa le bouton « lancer. »

Dans ses oreilles cascada une pluie de notes harmonieuses, produites par un instrument d'exception, et jouées par une belle blonde à la peau parfaite.

Pamela soupira et se jeta sur son lit blanc, tenant la pochette du CD devant ses yeux. Elle observa la couverture. Fleur Delacour, probablement au début de sa vingtaine, y posait dans un jardin, assise sur les rebords d'une fontaine. Elle regardait innocemment l'objectif de la caméra, un petit sourire espiègle sur les lèvres.

Son expression disait à Pamela : « Je suis la meilleure, et je le sais. Tu voudrais bien me détester, mais je ne t'en donnerai aucune raison.

Je serai parfaite.

Je serai ce que tu ne pourras jamais être. »

Dans un élan instinctif, Pamela voulut changer de CD et jeter le disque de Fleur à l'autre bout de la pièce, déchirer son visage, oublier qui elle était.

C'était son pire défaut : l'envie.

Toute son adolescence durant, elle avait envié Fleur Delacour avec ferveur. Puisqu'elles faisaient partie de la même génération et qu'elles partageaient la même passion, la comparaison était inévitable.

Et Pamela ne s'était jamais trouvée à la hauteur.

Elle était une bonne pianiste, mais elle n'était pas légendaire comme Fleur. Pas aussi douée. Pas aussi riche. Pas aussi connue. Pas aussi belle. Pas aussi intelligente. Pas aussi bien.

La logique n'avait rien à voir là-dedans. Elle n'en avait que faire de considérer que Fleur n'était qu'un cas sur des millions, que sa carrière n'avait pas été une droite parfaite, ou qu'elle devait sans doute avoir des défauts pour contrebalancer ses qualités.

Quand Pam se comparait à cette blonde, elle avait l'impression de ne rien valoir, de ne rien être, de ne rien mériter… Ces gens existent, ces gens qui ont tellement tout bien réussi dans la vie qu'ils vous donnent envie de ne plus vivre la vôtre.

Pamela savait que ce qu'elle pensait était mal, qu'elle était pitoyable, abjecte, mais elle ne pouvait s'en empêcher.

C'était trop fort.

Au fond, elle était encore cette adolescente de seize ans qui changeait de chaine chaque fois que Fleur apparaissait sur l'écran, qui évitait d'acheter les magazines sur lesquels elle figurait, qui ne pouvait regarder une pianiste blonde sans désirer l'écraser.

Au fond, elle ne souhaitait que du mal à Fleur Delacour. Elle lui souhaitait de souffrir.

Ah… si seulement elle pouvait la torturer. Juste un peu. Pour lui faire goûter à la douleur. Rien qu'une fois dans sa vie de petite privilégiée, lui apprendre ce que ça faisait de ne pas gagner.

Et elle voulait lui poser des questions.

Qu'est-ce que ça fait de monter si haut et de ne jamais redescendre ? Hein, qu'est-ce que ça fait ? Ça doit être jouissif.

Fleur faisait de la peine à Pamela sans même s'en rendre compte, sans même lui parler, sans même être dans la même pièce… Et même si elle s'en voulait d'être aussi envieuse, sa culpabilité n'égalait en rien son désir puéril et immature de l'attraper et de la casser.

Pam espérait ne jamais revoir Fleur, ne jamais plus la revoir ou lui parler. Pour leur bien à toutes les deux.

Car elle savait que si – un jour, par le plus grand des miracles – l'opportunité de blesser la Pianiste d'Or se présentait, elle ne pourrait y résister.

(Mais au fond de son cœur, Pamela savait qu'elle ne faisait que se mentir à elle-même, que se trouver des excuses. À un moment, elle a en effet désiré être comme Fleur. Mais ce n'était plus le cas, elle était une adulte maintenant.

C'était juste que…

Pour elle, il était plus facile de se dire qu'elle enviait Fleur plutôt que d'admettre qu'elle avait envie de Fleur…

Oh non, elle ne se l'avouerait jamais.

Ça la tuerait.)

Retour en arrière

Croc Croc Croc

James avançait dans le froid. Ses bottes s'enfonçaient dans la neige alors qu'il rentrait dans la propriété du Pianiste.

La maison de ce dernier était bien plus grande que celle de James, bien qu'ils vécussent dans le même quartier et dans la même ville. C'était une grande bâtisse gothique, aux murs sombres et décrépis, aux toits en piques, et aux fenêtres cassées. Le jardin l'entourant était spacieux, la neige était pour lui une couverture blanche qui cachait sa laideur faite de mauvaises herbes et de plantes peu entretenues.

James aperçut, en passant, un vieux rosier, au bord de la mort, et qui ployait sous le givre.

Il se demanda comment n'importe qui pouvait vivre ici.

Mais on lui avait dit que, fut un temps, cette maison était la plus belle de toute la ville, si seulement il n'y avait pas eu…

Croc croc croc

Ses pieds avaient toujours chaud. Ses petits orteils caressaient le moelleux tissu à l'intérieur de ses bottes. Ses mains étaient chaudes aussi, car elles tenaient une tarte que sa mère avait fait pour le Pianiste.

James monta les marches du palier, s'essuya les pieds sur un paillasson noir, puis regarda la porte.

C'était une grande porte.

Tellement plus grande que lui.

Et tellement plus vieille, aussi.

Le bois datait de si longtemps. Du début du monde, peut-être.

C'était quand, déjà, le début du monde ?

Et il y avait quoi, avant le monde ?

S'il y a un avant, il y a un après.

Après le monde. Qui ose y penser, à ce qu'il y a après la fin du monde ?

James n'eut pas le courage de toquer.

La chaleur se dégageant de la tarte le pressa pourtant, lui rappelant que le feu de la maison l'attendait au retour.

Alors, il toqua.

Une.

Deux.

Trois fois.

Rien. Il allait poser la tarte sur le sol puis rentrer, quand la porte s'ouvrit.

Se révéla à lui un grand homme au regard noir.

Ses yeux étaient plus froids que la neige.

- Bonjour Monsieur… balbutia-t-il, tendant la tarte. Maman a… Enfin, maman a fait une tarte pour vous, Monsieur…

L'homme ne répondit pas. Il était maigre, extrêmement maigre, extrêmement grand.

Extrêmement grand.

Ses yeux pesaient lourd.

Son visage était hiver.

L'hiver est une mauvaise saison.

Horrible.

La tarte tomba parterre. James se retourna, et courut, courut, courut.

Hors de la neige. Hors de l'hiver. Hors du temps.

Après le monde.

Voilà. Maintenant il sait quoi.

Croc croc croc

C'est le bruit que fait la neige quand elle vous mache.

Croc croc croc

Parfois, les Dursley sortaient.

Ce n'était pas souvent. C'était même rare.

Mais ça restait les seuls moments de répits que pouvaient avoir Harry.

Il les utilisait avant pour dormir. Maintenant, il les passait devant le piano.

Parfois, il s'y installait et regardait les touches noires et blanches sans oser poser les doigts dessus, sans même croire que lui, Harry, le petit Harry, l'orphelin, l'imbécile, le vaurien, pouvait jouer du piano. Jouer de la musique. Faire chanter l'air. Distraire les cœurs.

Une partie de lui savait que c'était un trésor.

Une partie de lui qui remplaçait la bête, une partie de lui qui était là avant elle, qui aimait le piano.

Pas juste la victoire.

Aimait-il vraiment gagner, d'ailleurs ? Ou était-ce plutôt le fait de piétiner les autres qui lui apportait satisfaction ? Instinctivement, il se disait que ce n'était pas normal, pas sain, de prendre son plaisir dans la souffrance des autres. Depuis quand était-il aussi inconscient ?

Mais depuis quand ne s'était-il pas senti important ?

Pour faire taire ses pensées, Harry joua.

Pas la bête. Harry.

Harry joua du piano, et il se sentit transporté, heureux, même quand des applaudissements ne remercièrent pas son jeu. C'était pitoyable, de ne jamais avoir été aimé autre part que sur la scène.

C'est misérable, de devenir un monstre.

Et de réaliser que personne ne peut aimer un monstre. Même pas le monstre lui-même.

- Arrête, arrête, tu mélanges toujours tout pendant cette partie.

Fleur lui prit la main et le guida doucement alors qu'il rejouait ce qu'il devait interpréter pendant la finale de la CIPJ.

- Ce n'est pas parce que tu accélères que les juges ne vont pas remarquer que tu te trompes, lui rappela-t-elle en croisant les bras.

- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Je la joue bien, cette partie, pourtant ! protesta Drago.

- Et moi je te dis que non, répliqua-t-elle. Recommence.

Drago soupira et obéit à l'ordre. De toute sa vie, il ne s'était jamais senti aussi nul.

Cela faisait un mois qu'il se rendait deux à trois fois par semaine chez Fleur Delacour. Cette dernière louait une discrète habitation à South Kensington où elle résidait pour le moment. Leurs cours avaient lieux dans cette pièce qui donnait sur la rue passante. C'était un quartier tranquille, où aucun bruit ne venait jamais les déranger. La pièce en elle-même était décorée avec goût, avec des tons de bleus et de blancs, et la fenêtre laissait magnifiquement rentrer la lumière les jours de beau temps.

D'habitude, Drago s'asseyait au piano, et elle dans un fauteuil derrière lui où elle entendait tout. Parfois, elle lisait un livre.

La météo pouvait changer, le livre aussi, mais seule une constante : le dédain que subissait Drago.

Le soir où Fleur Delacour était intervenue pour lui proposer de devenir sa professeure, pourtant, il n'avait pas dormi de la nuit, sans doute parce qu'il avait eu l'impression de rêver.

Mais ce n'était pas un rêve qu'il vivait là.

Plutôt un cauchemar.

Fleur lui avait clairement signifié que si elle le prenait pour élève, c'était pour qu'il remporte à nouveau la CIPJ – en d'autres mots, qu'il réussisse à battre ce fameux Harry Potter.

Drago avait bien tenté de la tranquilliser en lui disant qu'il était le meilleur, mais Fleur ne l'avait pas écouté, lui assurant que Potter était encore mieux que lui.

- Il existe des gens qui sont nés uniquement pour jouer de la musique, lui avait-elle dit. Harry Potter en fait partie, mais pas toi. C'est un talent comme il en existe peu. Je ne te cache pas que dans le futur, ce sera ton rival le plus coriace, s'il ne t'éclipse pas déjà maintenant – mais je pense que tu as le potentiel pour le vaincre, si on te guide comme il faut.

Toute sa vie, Drago avait pensé que Fleur serait comme les autres, admirative de ses capacités et de son éthique de travail, mais apparemment, il s'était fourvoyé dans ses prédictions.

Ça lui donna envie de se surpasser.

Voilà pourquoi il revenait chaque semaine chez elle pour se faire dire qu'il jouait trop vite, trop lentement, ou que ses transitions étaient médiocres. Aucun de ses autres professeurs n'avaient jamais tenté de lui faire toucher la perfection, disant que c'était un concept vague et inatteignable.

Fleur, par contre, s'efforçait de lui inculquer l'intransigeance.

- Arrête, arrête, mais c'est quoi ça ? dit-elle en se levant de son siège pour la deuxième fois de leur cours.

Drago s'arrêta au milieu de l'étude de Liszt qu'il jouait, puis releva la tête, les larmes aux yeux.

- Quoi encore ?

- Mais c'est abominable ! répliqua Fleur, lui sommant d'un geste de retirer ses mains du piano.

Elle prit place à côté de lui et rejoua le passage qu'il ratait, lui montrant comment faire.

- Il faut garder le rythme en tête. C'est simple à jouer, mais pénible à maîtriser. Nous ne sommes pas des amateurs, Drago, nous sommes des professionnels. C'est l'excellence qui trace la ligne entre le prodigieux et le vulgaire. Recommence maintenant, et sèche-moi tes larmes. Mieux vaut pleurer maintenant que quand les juges donneront ton titre à Harry Potter !

- Mais ce Potter ne peut pas être aussi bon que ça ! Personne ne peut l'être ! gémit-il, lèvres tremblantes, joues mouillées.

- Et moi je te dis que oui, dit-elle en posant la main sur sa tête, caressant ses cheveux. Il est même meilleur que ce que tu imagines. Tu ne sais pas qui tu as en face. Alors écoute ce que je te dis et épargne-moi tes jérémiades. La perfection et la beauté se créent dans la douleur. Tu dois souffrir si tu veux progresser. Atteindre le sommet est assez simple, mon petit, c'est y rester qui s'avère le plus difficile.

À l'entente de ce discours, Malefoy ravala ses plaintes et se remit au travail. De toute leur séance, Fleur ne lui fit aucun compliment, ne le félicita pour rien. À ses yeux, il ne pouvait être bon que s'il égalait ce mystérieux Potter, et il n'y était toujours pas.

Harry Potter.

Il se demanda quel genre de personnage extraordinaire pouvait se cacher derrière ce nom si banal. On ne peut pas être un génie et s'appeler Harry Potter, c'était impossible.

Mais si Fleur Delacour le disait…

Jusque-là, Drago avait considéré ce nouveau rival comme une figure lointaine et facile à battre. Il l'avait rangé à la même enseigne que tous les autres. Jamais il ne s'était douté qu'il allait devoir autant s'acharner pour conquérir ce qu'on lui offrait l'année dernière comme si c'était un dû.

Et pourquoi ce ne serait pas un dû ? Et puis, pour qui il se prenait ce Potter, à vouloir prendre ce qui appartenait à Drago Malefoy ?

Fleur Delacour se trompait sur toute la ligne. Des deux, c'était Harry qui ne savait qui il avait en face de lui, qui ignorait à quel point Drago était prêt à travailler et à se surpasser pour conserver ses biens.

- Ah, soupira Fleur derrière lui alors qu'il jouait, ça commence à devenir correct. Voilà comment il faut faire. Il faut tout donner, tout, tout…

Tout. Tout. Tout.

Drago donnera tout.

Absolument tout.

Et tant pis s'il ne lui reste rien, après.

Ce qui était étonnant avec Tata Pam, c'était son obsession pour la propreté.

Le sol était toujours impeccable, le linge était constamment propre et repassé, la vaisselle était lavée dans la minute après avoir fait la cuisine…Tata Pam ne demandait même pas à Martha de ranger, juste d'éviter de salir. Leur appartement était une pub de produits nettoyants.

Martha sentait que si Tata Pam se dévouait tant que ça à garder l'espace de vie aussi net, c'était à cause de la décoration. Leurs sols, murs, et meubles étaient essentiellement blancs et beiges. Si le beige pouvait tolérer une ou deux petites tâches, le blanc, quant à lui, ne pardonnait aucune souillure. C'était une couleur très salissante et qui demandait un entretien quotidien, sauf que Tata Pam l'aimait assez pour supporter le désagrément de ne jamais passer assez de temps à faire le ménage.

Puisque leur maison était si bien rangée, Martha n'eut aucun problème à trouver l'annuaire. Il était rangé parmi les magazines féminins qu'aimait tant sa tante, et que Martha parcourait parfois, parce qu'elle y trouvait de jolies filles portant de beaux vêtements.

Elle commença par la lettre B, et fut surprise par la petitesse du nombre de gens nommés Black. En fait, ce n'était pas un nom si répandu que ça, si on comparait avec les Brown et les Benson.

Ainsi, elle trouva le nom de Sirius Black assez facilement.

Le problème, c'est que ce n'était pas un numéro personnel, mais un numéro d'entreprise.

Sirius Black était une société.

C'était à ce stade de son investigation que Martha s'était dit que le soutien de sa tante ne serait pas de trop. Or, la connaissant, les choses ne feraient que ralentir. Elle craignait que Tata Pam, avec ses principes rigides, ne refuse de coopérer, ou ne lui dise que ce n'était pas leur rôle de faire ceci ou cela.

De plus, après qu'elle aura avoué avoir fouillé dans la salle des archives, c'était une belle punition qui l'attendait.

Martha accepterait volontiers de se faire punir, mais pas avant d'atteindre son but.

De ce fait, elle attendit que sa tante rentre dans la douche pour passer son appel.

Elle se doutait qu'on ne la laisserait pas parler au patron de l'entreprise aussi simplement, mais elle avait un plan.

- Bonjour, Sirius Black, la moto de vos rêves vous attends ici ! dit une voix enthousiaste à l'autre bout du fil.

- Euh… Bonjour…

Martha pria pour que sa voix d'enfant ne la trahisse pas. Mais comme la personne en face semblait n'y prêter aucune attention, elle continua de parler comme si de rien n'était.

- Comment puis-je vous aider ?

- Serait-ce possible de parler avec votre patron… Euh, votre supérieur hiérarchique, en fait ?

Elle s'efforçait d'imiter ce que disait les gens à la télé quand il parlait à ce genre de services.

- Lequel vous voulez ? Quel département ?

- Je voudrais parler avec Sirius Black, clarifia Martha.

Il y eut un silence au bout du fil.

- Quel journal ? Je vous préviens, Mr. Sirius Black ne répondra à aucune question concernant l'affaire des roues Ultimate Gen, cet accident ne relève absolument pas de notre responsabilité !

Martha se demanda pourquoi l'adulte s'excitait tout seul à propos de cette affaire. Quand on a rien à cacher, on ne s'emballe pas si facilement.

- J'ai juste envie de parler avec Sirius Black… Comment ?

- Quel journal ? Vous devez prendre un rendez-vous.

- Mais je ne travaille pas pour un journal… Bon, vous savez quoi, conclut-elle, donnez-moi son adresse postale.

- La voilà.

- Attendez.

Martha ramena du papier et la nota. Pour être sûre, elle demanda à la personne d'épeler chaque mot et de répéter chaque chiffre deux fois.

- Merci beaucoup ! Et bonne chance pour les roues Ultimate je ne sais plus trop quoi. Ça finit par passer.

Elle raccrocha ensuite. Tata Pam sortit peu de temps après de la douche et se sécha les cheveux dans le salon.

- Alors, ma chérie, tu veux manger quoi ce soir ?

- On pourrait faire des spaghettis à la bolognaise ?

- Ah, je pense que ça peut se faire… Tu préfères payer en bisous ou en câlins ?

C'était trop facile. Beaucoup trop. Martha se sentait mal-à-l'aise de cacher ce qu'elle faisait à sa tante, à la personne qu'elle aimait le plus au monde avec ses parents.

Mais elle savait aussi qu'elle agissait pour une bonne cause. La fin justifiait les moyens.

C'était ce qu'elle se disait pour apaiser sa conscience.

… Fin du Chapitre …

Note de l'auteur : J'espère que vous appréciez jusqu'ici. Je publie dix jours après, je prends un rythme.

Si vous voulez m'encourager, vous pouvez laisser un commentaire ! C'est très apprécié.

Bonnes vacances !