Bonjour à tout-es !
Je suis consciente du temps écoulé depuis la dernière mise à jour. Je vais cesser d'annoncer les prochaines, car je croule sous les projets annexes. Ma première pièce de théâtre vient d'être publiée aux Editions ExAequo et les Imaginales m'ont demandé une grande énergie et une grande préparation.
Je dirais bien que je ne vous laisse pas avec un cliffangher égal à celui du dernier chapitre. Après tout, la fin approche, les résolutions également. Je mettrais tout de même un Avertisemment ! Pour ce chapitre.
Violence, traumatismes psychologiques, violence psychologique. Un chapitre dans la lignée de ce tome^^
Je vous souhaite une bonne lecture !
Harry tenait fermement la main de Noah dans la sienne, du côté gauche. Les étagères s'écroulaient autour d'eux, conformément à ses instructions et celles de Lucifer. Sa gorge se noua et il souhaita pouvoir puiser de l'énergie dans la poigne du jeune Weber comme le faisait systématique son jumeau. Or, le contact avec Noah ne lui procurait aucun bien-être, il suffisait à peine à l'apaiser puisque, tant qu'il tenait la main du Poufsouffle, il était relié à Lucifer.
Ils déboulèrent dans une autre salle, remplie de cadrans étincelants. Sous une cloche, un œuf se transformait en oiseau qui prenait son envol avant de retourner à l'état d'oeuf, lui rappelant brièvement la transformation de Fumseck. Une fois qu'il fut certain que personne ne les suivait, sachant que Ginny, Neville, Sally-Ann, Ron et Hermione les avaient devancés, il claqua la porte et la scella à l'aide d'un collaporta brut. Le bruit satisfaisant de Mangemorts qui s'y heurtent retentit. Il ne leur faudrait que quelques instants pour contrer le maléfice. Lucius Malefoy scandait des noms et des ordres.
- Ne t'occupe pas de Nott, laisse-le, j'ai dit… Ses blessures ne seront rien aux yeux du Seigneur des Ténèbres comparées à la perte de la prophétie. Jugson, reviens ici, nous devons nous organiser ! Nous allons nous répartir deux par deux pour les chercher. N'oubliez pas, il faut ménager Potter jusqu'à ce qu'on ait récupéré la prophétie, vous pouvez tuer les autres si nécessaire… Bellatrix, Rodolphus, vous prenez à gauche, Crabbe, Rabastan, à droite, Jugson, Dolohov, la porte devant vous, Macnair et Avery par là, Rookwood, ici, Mulciber, tu viens avec moi !
-On ne va pas attendre ici qu'ils nous tombent dessus, venez, on change de porte !
Noah tira Lucifer par la main, et Harry détourna les yeux. Les mots accusateurs de Sirius vis à vis de James résonnaient à ses oreilles au pire instant.
Ne pas t'attarder sur ce qui te dérange a toujours été l'un de tes pires défauts.
Une colère vibrante emplit son torse. Ce trait de caractère transmis par l'éducation de James, il s'en serait bien passé !
-Ecartez-vous, rugit une voix avant qu'ils n'aient pu atteindre la porte suivante.
Noah les entraîna tous trois sur une table. La pure logique de combat aurait été de lui ordonner de lâcher Lucifer pour se servir de sa baguette et combattre, mais l'idée même lui soulevait le cœur.
Il devait protéger son jumeau. Trop de fois, son frère l'avait protégé, avait encaissé les atroces remontrances de leur père, avait sacrifié son bonheur et sa santé pour qu'Harry puisse accomplir ses missions, apprendre, se battre.
Ses doigts refusaient de répondre à l'ordre qu'il leur donnait. Il ne parvenait pas à lâcher le seul lien avec son jumeau.
Si Lucifer était parvenu à le lâcher l'année précédente au prix d'une douleur psychique intense, il pourrait à son tour la surmonter.
Il tira légèrement sur ses doigts, juste assez pour que le meilleur ami de son frère le force à avoir les deux mains complètement libres. Il se faufila ensuite sous une autre table, puis mit toute la rage qu'il possédait dans le Stupefix ! qui sortit de sa bouche.
Il se retrouva aussitôt à la merci des Mangemorts. Ce pour quoi il avait été entraîné sa vie durant. Les duels démesurés et injustes, la puissance, la stratégie, la ruse. Ce pour quoi, sans doute, le Choixpeau avait proposé de l'envoyer à Serpentard.
Il ne l'avait jamais admis à Lucifer.
D'autres Mangemorts surgirent, délogeant Noah et son jumeau. Un bouclier jaillit de la baguette du rouquin, tandis que Noah alternait entre sortilège d'entrave, pétrification et expelliarmus. Un Mangemort fut envoyé contre la cloche à l'oiseau, mais au lieu de la briser, il s'y enfonça. Sa tête se mit à rajeunir puis à vieillir.
Lucifer aurait su.
Harry se démenait contre les autres, la prophétie à l'abri dans une poche de sa robe de Gryffondor. Les Mangemorts tentaient d'éviter de le toucher, aussi s'interposa-t-il entre Noah et eux, réfléchissant à l'intelligence de mettre le feu à leurs atroces capuchons noirs.
-Où sont les autres ? hurla-t-il à Noah. Ils devraient être ici, ils étaient devant nous, ils nous auraient attendus...
-Département des Mystères, s'écria le jeune Weber. Les issues diffèrent ! Ils doivent être ailleurs !
Il lança un regard naufragé à Lucifer, qu'Harry s'obligea à suivre. Le capuchon d'un de leurs adversaires s'enflamma, leur offrant suffisamment de répit pour quitter leur salle et tenter de retrouver les autres.
Si Lucifer était capable de lancer un sortilège informulé, il devait avoir conservé une partie de son esprit.
Harry aurait voulu s'arrêter pour tenter de ressentir les émotions de son frère.
Parce que, depuis qu'il avait reçu le Doloris, Lucifer ne paraissait plus vivant.
Son regard vitreux rappelait celui de Cedric. Il était capable de marcher tiré par Noah, de se baisser. Son corps répondait. En revanche, il ressemblait aux parents de Neville. Vides.
Harry lança un nouvel Incendio, le doublant d'un maléfice du saucisson, tandis que Noah faisait éclater en sanglots un ennemi. Celui-ci trébucha, aveuglé par les larmes, et ils purent enfin refermer la porte.
La salle noire était déserte. Il chercha à s'adosser, et Noah lui offrit naturellement de s'appuyer contre lui. Harry n'avait jamais eu d'autres amis que Ron et Hermione. En cet instant, la reconnaissance et l'affection qui l'envahirent vis à vis du petit ami de son frère furent révélateurs. Noah Weber avait gagné son respect profond et son amitié. Lucifer était allongé sur les genoux de son amoureux, toujours absent.
-J'ai besoin de vérifier la connexion.
-Il t'a demandé de ne jamais l'utiliser, rappela Noah. Tu ignores dans quel sens elle fonctionnera, Harry. Il est possible que tu te retrouves aussi amorphe, ou que tu enclenches un processus magique dont tu ne veux rien connaître. Lucifer a négligé cela, mais je crois... que vous êtes passés proches de la catastrophe l'année précédente, proches d'enclencher ce processus. Il lierait non pas vos vies mais vos morts. Vous ne vous maintiendrez pas en vie, vous vous perdriez mutuellement.
Avant que le Gryffondor n'ait pu répondre, la porte sur leur droite s'ouvrit. Ginny et Ron surgirent. Harry brandit sa baguette pour la refermer brutalement.
-Les autres ?
-Je ne sais pas, murmura Ginny, secouée. J'ai eu Macnair je crois. Mais...
Ron gloussait.
-Ah, te voilà… Ha ! ha ! ha !… Tu as un drôle d'air, Harry… On dirait que tu sors du lit…
Il avait le teint très pâle et un liquide sombre s'égouttait du coin de sa bouche. Soudain, ses genoux se dérobèrent et il resta cramponné à la robe de Harry, l'obligeant à se pencher en une sorte de salut.
-Ginny ? dit Harry, effrayé. Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Là-bas, c'est la salle des cerveaux. Je ne sais pas exactement ce qu'ils lui ont fait. Ma cheville est cassée, l'un de vous saurait la réparer ?
-Ah ah, Lucifer, tu es tout mou !
Luttant contre l'envie de frapper son meilleur ami, Harry laissa Noah examiner la cheville enflée de Ginny, sachant qu'il possédait plus de connaissances médicales que lui. James lui avait appris à détruire, pas à guérir. Il ne parvenait pas à stopper la fureur qui ne faisait que croître contre son père. Cet homme avait fait de lui un hippogriffe de combat, destiné à tuer.
Derrière eux, une porte explosa. Neville traînait Hermione sur le sol, tandis que Sally-Ann s'évertuait à lancer des sorts dont Harry n'avait jamais entendu parler.
-Scelle les autres portes, ordonna-t-il à Ginny. Ron, reste ici ! Qu'est-ce qui lui est arrivé ? Hermione ! Réponds-moi, je t'en prie ! Est-ce qu'elle.
-Ze de dais pas, balbutia Neville, dont le nez avait été réduit en une forme de bouillie de chair et de sang. Elle a boulu dous protézer de Dolohob bais il lui a lanzé un inforbulé. Sally-Add dit qu'elle de dait pas de que d'est.
De toutes les portes, malgré les tentatives de Ginny, Sally-Ann et Noah, les Mangemorts menaçaient d'affluer.
Bellatrix Lestrange lança un Doloris sur Neville.
-Expelliarmus !
Le sortilège de Lucifer envoya l'adolescent hors de portée.
Il avait une main dans la sienne. Noah.
-On doit se défendre, dit-il.
Il peinait à discerner les traits de ce visage qu'il connaissait bien. Il ne voyait aucun visage. Il appréhendait l'identité des personnes à ses côtés.
Où étaient-ils ?
Au milieu d'une bataille. Ils devaient se battre.
Il défit leurs doigts. Un étrange soulagement l'envahit. Pourquoi ?
Une seconde porte explosa, et James surgit. Avec Susan. Avec Luna.
-Ici ! ordonna l'adulte. Lucifer, Harry, derrière moi. Les autres, dans la salle des cerveaux, mais ne touchez à rien !
Où ?
-Certainement pas ! Lucifer n'est pas en état !
-Si, protesta-t-il. Je suis en train de me battre.
C'était la vérité. Il affrontait un Mangemort, sans vraiment en avoir conscience. Sa baguette semblait prendre des décisions à sa place, mais des sorts franchissaient ses lèvres. Il était un peu surpris qu'elles lui appartiennent, il se sentait hors de son corps.
-Il a toujours été assez en état pour te suivre, et il a la même destinée que toi à présent ! Derrière moi.
-Allons, Potter, susurra Lucius Malefoy. Vous êtes en sous-nombre... Dis à tes fils de nous donner la prophétie, et nous vous laisserons gentiment...
James était un Auror avec des années d'expérience. Il profita du temps que son adversaire mit à parlementer pour le mettre hors d'état de nuire. Aussitôt, leurs ennemis oublièrent les adolescents pour se focaliser sur lui. Tuer l'Auror Potter serait un avantage non-négligeable. Lucifer s'interposa.
-NON ! rugit James. NE TOUCHEZ PAS A MON FILS ! Avada... Stupéfix !
Heurté par l'impardonnable qui avait failli sortir de la bouche de son père, Lucifer s'évertua à épauler son frère en duel, les contours de la pièce devenant de plus en plus net. Il ignorait toujours pourquoi il se trouvait là, mais il se souvenait désormais du lieu.
-Tu peux sauvez tes précieux rejetons, Potter. Ne gâche pas ta chance, fais nous remettre la prophétie.
James alternait entre informulés et maléfices vocaux, sans se donner la peine de répondre. Harry plongea la main dans sa poche et la brandit. Cela suffit à suspendre les combats.
-ESPECE D'IDIOT ! rugit Sally-Ann depuis la pièce voisine.
-DE LA LUI DOBBE ZURTOUT BAS HARRY ! s'interposa Neville.
Ils se débattaient tant bien que mal pour protéger Hermione, toujours inconsciente et Ginny, forcée à l'immobilité.
Alors, survint le reste de l'Ordre. Les Mangemorts furent pris en tenaille entre les adolescents et les adultes, qui profitèrent aussitôt de la situation pour riposter. Susan et Luna, hors d'haleine, évitaient tant bien que mal les Impardonnables.
Il devint rapidement évident que l'Armée de Dumbledore, bien qu'entraînée, n'avait rien à voir avec l'Ordre du Phénix. Ceux-ci se battaient avec une grâce naturelle, aptes à projeter leurs sorts et travailler en duo, rodés aux affrontements depuis la Première Guerre.
Lucifer se retrouva sciemment séparé de son frère par Dolohov, qui envoya une fumée violette vers lui. Il l'identifia comme le maléfice responsable de l'état d'Hermione, et comprit qu'un Protego ne parviendrait pas à contrer cette chose rampante. Derrière lui, Sirius affrontait Bellatrix et il ne pouvait prendre le risque qu'il soit touché. Il recula de trois pas et pria pour que son semblant de métamorphose fonctionne.
-Aguamenti ! Duro !
L'eau qui jaillit de sa baguette se solidifia pour former un mur et absorber l'ignoble formule.
-Bien pensé, haleta Susan à ses côtés. Lacrymae ! Heliox !
Une immense boule lumineuse éclaira la pièce. Dolohov, toujours sous l'emprise d'un Silencio et désormais aveuglé, réitéra son maléfice. Susan fit apparaître un ver de terre de nulle part, qui absorba à nouveau les effets.
-Lucifer, il faut vraiment... Tu crois que tu pourrais tenter un sortilège de transfert, de ses oreilles à son capuchon, comme Neville s'était débrouillé pour le faire sur son cactus ? Je n'arrive pas à me résoudre à le faire.
-Oui. Distrais-le.
Epaule contre épaule, les deux adolescents formaient une bonne équipe. Ils avaient derrière eux des années de complicité à pratiquer différents sortilèges insolites dans une salle commune ensoleillée et chaleureuse. Privé de son ouïe, de sa voix et du sens de la vue, Dolohov vacilla, comme incapable de retrouver l'équilibre. Il s'étala sur le sol, faisant trébucher Noah sur son corps. L'adolescent rampa, se retourna et arracha sa baguette des mains, s'accrochant à Lucifer pour se relever. Ses doigts étaient couverts d'un liquide visqueux et il souffrait ostensiblement.
-Les cerveaux ! Ron se débattait avec un et ils m'ont touché les doigts... Je ne peux plus bouger ma main, mais cela n'est rien, il ne s'agissait pas de la dominante.
Sirius bondit auprès d'eux, examinant avec inquiétude les adolescents.
-C'était noble de votre part de venir, mais il faut que vous partiez, à présent ! Nous nous en chargeons. Et je me fiche de ce que propose James vis à vis de votre affrontement contre Voldemort, le moment est loin d'être venu ! Rassemblez-vous et quittez les lieux, la prophétie avec. Harry est dans la salle avec l'arche !
Les trois Poufsouffles tentèrent de passer entre les combats. Un Incendio atteignit la jeune fille, sa manche et ses cheveux s'embrasèrent. Elle tomba au sol pour tenter d'endiguer le feu. Noah paraissait un peu plus affecté qu'il ne l'avait admis, sa baguette tremblant entre ses doigts sans qu'il parvienne à viser correctement. Lucifer maintenait un bouclier autour d'eux pour parer les attaques. Le jeune Weber arracha la robe de Susan et la piétina. Tonks surgit devant eux.
-Par ici ! ordonna-t-elle.
Elle couvrit leur fuite jusqu'à la salle de l'arche. Noah se départissait de ses vêtements tant bien que mal.
-Non, geignit Susan. Je ne veux pas de contact sur ma peau, c'est affreux, ne me touche pas !
Elle avala sa salive, visiblement furieuse contre elle-même. Les combats se rejoignaient, se rapprochaient. James et Remus enjambaient plusieurs corps, peinant à contrer le flot de fidèles rassemblés par le Mage Noir en une année.
Harry se trouvait sur les marches. Il tentait de soutenir Neville, hypnotisé par le voile, au milieu d'éclats de verre. Leur garantie avait disparu. Arrachant son jumeau à la contemplation de l'arche, Lucifer balaya des yeux la zone, tentant de déterminer si l'Ordre pouvait prendre l'avantage sur les Mangemorts. En l'instant, il se trouvait incapable de déterminer qui remportait l'affrontement.
Alors qu'il semblait n'y avoir aucune issue au carnage, Dumbledore apparut.
Tous les combats se suspendirent, à l'exception d'un. Sirius et Bellatrix, animés par la haine pure, dansaient entre les éclairs envoyés par l'autre.
-Allons, tu peux faire mieux que ça !
Sirius éclata de rire en esquivant un jet écarlate.
James s'élança vers eux.
Le deuxième jet frappa leur parrain en pleine poitrine. Ses yeux s'agrandirent sous le choc.
James bondissait sur lui. Lucifer vit distinctement le voile se soulever.
Deux vies.
Les deux seuls liens d'adulte de son frère.
Il se saisit de ses doigts, força l'ouverture de leur esprit, et hurla un Accio sur la chaîne que leur père portait toujours autour du cou.
La chaîne au bout de laquelle se trouvait un pendentif renfermant une photo qui lui était interdite.
Qu'Harry-même n'avait jamais pu accéder.
La terreur de son jumeau se mélangeait à sa détermination, son Accio vint un millième de secondes plus tard.
Ce fut suffisant pour contrer la gravité que l'arche exerçait. Le poids de James entraîna Sirius au bout des marches, où il s'étalèrent. Loin du voile.
Son cœur battait à l'unisson. Deux cœurs. Une identité.
Non.
Une pulsation.
Ou trois.
Pas deux.
De la baguette de Noah et Sally-Ann, surgirent un blaireau et un ours. Lucifer s'accrocha à la lueur argentée pour forcer son esprit à se dissocier de celui de son jumeau.
Autour d'eux, réalisa Lucifer, le chaos oeuvrait toujours. La présence de Dumbledore avait permis le basculement de la situation, mais les Mangemorts avaient profité de l'intervention de James pour se jeter de nouveau sur leurs ennemis, et ils utilisaient des impardonnables.
Un sortilège noir, compact, aux volutes rouges visait James.
La vieille magie qui avait pu tuer Taran.
Il la reconnut aussitôt et fit rouler le corps de son père d'un Expelliarmus. Sirius et James étaient inanimés. La rage folle mêlée au désespoir le rendait fou.
Ou rendait fou Harry ?
Il ne savait plus. Ils étaient inextricablement liés, et son frère se ruait à la poursuite de la responsable. Bellatrix Lestrange, à nouveau.
Ils devaient vérifier que James et Sirius étaient en vie.
Inutile, Remus s'en chargeait.
Bellatrix riait, le son était insupportable. Elle se moquait, réclamait la prophétie.
Leur cicatrice commença à chauffer violemment. Ils avaient appris à reconnaître le signal, désormais. Voldemort arrivait.
Le blaireau le suivait, se frottait à ses jambes pour lui rappeler son identité personnelle et l'ancrer dans la réalité. Il ne devait pas replonger dans un flash-back. Mais c'était inutile. Harry et lui devaient vaincre Voldemort, et le Mage Noir se trouvait devant eux. Sa fine peau translucide tranchait avec l'élégante robe de jais qu'il arborait, ses yeux rouges sombres se posaient sur les jumeaux avec un calme glacé.
-Ainsi, tu as détruit ma prophétie, Harry Potter. Des mois de préparation, et mes Mangemorts vous laissent une fois de plus vous mettre en travers de mes plans. Ils n'ont pas même réussi à éliminer la seule personne qu'ils avaient ordre de tuer, James Potter.
Voldemort parlait tant. Ils se trouvaient devant lui, et même si Bellatrix se roulait à ses pieds, toutes les conditions paraissaient réunies. Ils connaissaient la formule. Et ils n'avaient aucunement besoin d'une connexion mentale pour savoir exactement comment ils allaient réagir.
-Avada Kedavra !
Le sortilège émeraude jaillit de leurs baguettes pour heurter la poitrine de Voldemort qui, l'espace d'un instant, eu l'air sincèrement surpris. Il tituba, ses yeux roulèrent dans ses orbites, puis il dut s'appuyer contre une colonne afin de ne pas tomber. Enfin, il éclata de rire.
-Vraiment, Harry, Lucifer ? Vous croyez pouvoir me tuer ? La magie qui vous a protégés bambins n'est plus active. Cessons de jouer. Bella, rends-toi utile et maintiens Lucifer, avant qu'il ne se décide à me rejouer le même tour que sa mère.
Avant que la sorcière n'ait pu réagir, une immense statue sortit de son piédestal et s'interposa entre eux. Ils se trouvaient dans l'Atrium, remarqua le Poufsouffle. Ils y avaient suivi Bellatrix Lestrange.
-Qu'est-ce que... Dumbledore !
Les deux Mages se lancèrent dans un duel impressionnant. Dumbledore argumentait avec sérénité concernant la valeur de la vie, les sorts pires que la morts, et Voldemort rétorquait par la faiblesse de l'humanité et des sorts de mort envers le directeur. Les statues explosèrent en milliers de morceaux. Fumseck s'interposa, mourut dans une gerbe de flammes, pour renaître en un petit oisillon sur le sol.
Lucifer et Harry, blottis l'un contre l'autre, cherchaient à comprendre. Ils avaient agi de la façon dont le monde sorcier attendait. Ils avaient jeté un Impardonnable, celui qui hantait leurs cauchemars et était responsable de la mort de leur mère. Pour autant, celui-ci n'avait eu aucun effet sur Voldemort, et Dumbledore venait de les écarter du champ de bataille, comme s'ils n'avaient pas le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres.
Voldemort disparut soudain dans la fontaine, et Lucifer essaya de mettre en place les pièces du puzzle. Avaient-ils affaibli suffisamment leur ennemi pour permettre à Dumbledore de triompher ? La prophétie était-elle accomplie ? Au fond de lui, il ne ressentait pas l'apaisement caractéristique des situations résolues.
-Restez ici, ordonna Dumbledore. Lucifer, Harry, restez ici !
-Notre père... argumenta le Survivant.
Il n'eut pas le loisir de terminer sa phrase. Le crâne de Lucifer parut s'ouvrir en deux tandis que son cou se déchirait sur toute la longueur. Il se débattit frénétiquement pour fuir au plus profond de lui même et se distancer et l'agonie qu'il revivait encore, mais se trouvait comme enchaîné. Son corps et celui d'Harry ne faisaient qu'un avec celui d'autre chose, une créature aux yeux rouges et aux anneaux si resserrés qu'ils en ressentaient la texture le long de leur être.
Instinctivement, il poussa sous la protection blanche ses connaissances de la fusion gémellaire.
Il avait cru avoir fusionné avec Harry quelques minutes plus tôt, il n'en était rien. En cet instant, ils étaient réellement un, unis dans une souffrance telle que leur esprit se délitait de seconde en seconde.
-Tue-moi maintenant, Dumbledore, dit-il.
Ses mâchoires bougeaient, son être parlait, avec les mots de Voldemort.
-Si la mort n'est rien, tue-ce garçon !
Oui, murmura Lucifer. Allez-y. Sauvez le monde magique, sauvez ceux que j'aime. Laissez Harry vivre.
Tuez-nous, Dumbledore, supplia son jumeau au supplice. Nous irons rejoindre notre mère.
La présence de l'autre leur suffisait. Ils baignaient dans une obscurité certaine, recroquevillés sur eux-même dans une position foetale. Deux êtres nés au monde au même moment, dont l'amour l'un pour l'autre n'avait plus aucune limite.
La puissance de cet amour enfla jusqu'à faire refluer l'agonie. Ils se cajolèrent le lien mental, se rassurèrent, se réconfortèrent.
Puis tout disparut.
Lucifer se retrouva sur le sol glacé, éloigné de force de son frère. Un hurlement primitif sortit de sa gorge. Il roula sur le côté, rampa pour retrouver la chaleur de son frère.
-Non, Lucifer, déclara doucement Albus Dumbledore. Harry, non. Vous devez rester séparés pour le moment, surtout ne pas vous toucher. S'il vous plaît. Je vous fais le serment que dans une heure, vous serez de nouveau ensemble, mais vous devez acter la séparation après la fusion, vous comprenez ?
Incapable de parler, Lucifer se roula en boule en sanglotant sur le sol. Il réclamait son frère, Noah, sa mère. Plus rien ne faisait sens.
Une partie de lui-même lui avait été arrachée, pas au niveau de l'esprit mais au niveau de l'âme.
C'était une notion que les essais d'Alexan Lupin n'avaient pas abordés. La fusion n'avait pas été gémellaire, elle s'était faite avec Voldemort. Une sorte de possession démente.
Fumseck, piaillant, se nicha entre ses poings serrés.
Il n'entendit ni Fudge supplier Dumbledore, ni celui-ci reprendre le contrôle de la situation.
Libéré de l'étreinte forcée de Kinglsey, Noah se rua dans l'Atrium. Il avait entendu la voix glacée de Voldemort. Tout autour d'eux, les Mangemorts avaient été immobilisés.
Au sol, deux silhouettes tremblaient, vivantes. Le garçon se rua sur Lucifer, dédaignant l'incrédulité du Ministre corrompu. L'amour qu'il éprouvait pour son meilleur ami enflait dans son être, si puissant, si intense, si pur, et pourtant, insoutenable. La sensation de déchirure et de perte le faisait suffoquer, au point qu'il crut réellement avoir perdu l'essence de son monde.
Dumbledore se désintéressa un instant de Fudge pour lui adresser un regard par dessus ses lunettes en demi-lune.
-Ah. Oui. Je vais vous confier une mission. Vous allez accompagner Lucifer et Harry dans mon bureau. Ils ne doivent en aucun cas se toucher. Votre présence, votre contact, seront salvateurs. Ai-je votre accord ?
Noah ne lui accorda pas un instant d'attention, focalisé sur les joues livides de son amour. Ses empreintes digitales effleurèrent la peau glacée, et l'autre garçon tressaillit en réponse. Il cessa de hoqueter et ses tremblements s'atténuèrent. Noah s'allongea auprès de lui.
-S'il vous plaît, Noah.
La voix de Dumbledore était si basse que nul autre ne pouvait l'entendre.
-L'amour est la magie la plus pure qui existe. La souffrance que vous éprouvez n'a d'égal que l'amour qui coule dans vos veines, dans le lien qui vous unit. Ne le repoussez pas, laissez-le vous envahir. Dans les heures qui vont suivre, l'amour de Lucifer vous aidera autant que le votre l'aidera.
-D'accord, accepta le jeune Weber.
-Je serais là dans une demi-heure, promit le directeur.
Il transforma en Portoloin une tête dorée de gobelin brisée, et laissa Harry, Lucifer et Noah être transportés dans son bureau.
Noah prit les mains de Lucifer dans les siennes avant même qu'il ait pu lâcher le portoloin, surveillant Harry du coin de l'oeil. Le Survivant paraissait à peine en meilleur état que son frère, et n'arrêtait pas de ciller.
Les portraits s'animèrent à la vue des nouveaux arrivants, anticipant le retour de Dumbledore et pressant de questions les adolescents épuisés qui se trouvaient, pour deux d'entre eux, dans l'incapacité physique de répondre. Noah s'inclina sans relâcher son attention sur les jumeaux.
-Je vous en prie, gardez vos questions pour Albus Dumbledore. Il sera là avant que le soleil ait terminé de se lever. Harry et Lucifer Potter sont épuisés et traumatisés. Ils ont besoin de calme, et je ne puis veiller sur eux tout en vous répondant. Par ailleurs, je ne suis pas habilité à le faire.
Sa politesse eut grand effet sur les anciens directeurs. Si certains marmonnèrent à voix basse, la plupart d'entre eux respectèrent sa demande.
-Merci, dit Harry d'une voix rauque. J'ignore ce qui s'est passé, mais nous avons fusionné avec Voldemort. La séparation a été brutale et putain de douloureuse. J'ai besoin du contact de Lucifer.
-Pas avant le retour de Dumbledore, répliqua fermement Noah.
-Est-ce qu'il... Lucifer... est-ce que tu sens...
-Il sait que nous sommes là. Je sais que tu redoutes les effets du Doloris, mais il n'est pas fou.
Noah hésita. Il ne trahirait pas son amoureux. Harry paraissait dans un état semblable à celui de l'année précédente en revenant du cimetière. Alors, il avait été incapable de lâcher son jumeau, incapable de se séparer de lui. Noah lui offrit une main et agit de la manière qui était sienne. Il observa, prêt à aider, à découvrir, à réparer.
Il remarqua qu'Harry cillait sans cesse, tentant de chasser une poussière dans son œil. Le soleil qui se levait mettait en valeur des reflets roux dans sa chevelure de jais. Il dévisagea ensuite son amour. Ses tâches de rousseur clairsemaient toujours le dessus de son nez, en revanche ses cheveux roux rebiquaient de façon bien plus rebelle qu'auparavant au niveau des pointes. Et ces yeux que Noah chérissait et connaissait par cœur -il dut faire abstraction de l'océan de douleur qu'ils étaient devenus- avaient changé. Des pointes de vert caractéristiques aux yeux noisettes, les iris, depuis les pupilles, avaient commencé à virer au vert plus profond.
L'espace d'un instant, pour sauver Sirius et James, Lucifer avait forcé un phénomène que le monde magique ne maîtrisait pas.
-Est-ce que tu ressens encore ses émotions ? s'enquit Noah.
-Nous partageons uniquement les plus fortes, comme la colère ou la tristesse, depuis le retour de Voldemort.
-Mais pas au moment du voile.
Harry le fusilla du regard.
-Qu'est-ce que tu veux, Noah ? J'aimerai que tu m'expliques, qu'est-ce qui vous terrifie, Lucifer et toi, dans ce lien ? La connexion avec Voldemort est anormale mais une conséquence de la prophétie. Nos trois esprits étaient comme fusionnés à ce moment là. Juste après que...
Harry se tut. Ses yeux se voilèrent et sa tête retomba mollement sur ses épaules. Il n'avait jamais aussi peu ressemblé à son père qu'en cet instant. Noah avait en face de lui un enfant fragile, perdu, endeuillé. Sachant qu'il réagissait mal au contact, il s'abstint de tenter autre chose que de presser sa main un peu plus.
-Noah Weber, l'interpella le portrait du professeur Undercliffe. J'ai un jour vu Cygnus Weber avec votre expression. Le regret profond de ne pas avoir protégé les votres, l'impuissance face à leur souffrance, la révolte contre les institutions et le chagrin partagé. Vous possédez la même volonté de protection, la même dignité, la même facilité à vous indigner contre le pouvoir en place. Ne vous isolez pas, Noah Weber. Vous n'avez failli à aucun devoir, pas encore. Soyez fier.
Le garçon esquissa un sourire triste. La cheminée du directeur s'embrasa et des flammes vertes, sortirent Albus Dumbledore puis James Potter.
Le directeur déposa son phénix dans son nid, juste au dessous de son perchoir, tandis que Noah détaillait l'Auror. Faisant suffisamment confiance à Harry pour se tenir à l'écart de Lucifer, l'adolescent se leva pour affronter l'homme. Plutôt que de renvoyer Susan et Luna à Poudlard, voire Square Grimmaud, voire chez Amélia Bones, il les avait entraînées avec lui en sachant pertinemment qu'elles devraient y affronter, sinon Voldemort, ses sbires. Un adulte responsable n'avait pas à faire courir ce danger à des enfants de quatorze et quinze ans.
Il avait certes sauvé son meilleur ami d'un destin funèbre, et payé le prix comme en témoignait le sang séché qui formait des grumeaux au niveau de sa tempe jusqu'à s'étaler sur sa joue. Il était intervenu entre Noah et Avery sans se poser la moindre question, avait dévié un sort de découpe qui aurait pu causer de sales dégâts. En tant qu'Auror, doué, professionnel, dévoué, Noah n'avait rien à lui reprocher.
En tant que personne, néanmoins, il décida de faire fi de son éducation pour défier James Potter. Il était responsable du fait qu'Harry et Lucifer se soient rués vers Voldemort et aient tenté de l'affronter. James Potter ne s'approcherait pas de ses fils tant que ceux-ci ne seraient pas remis.
-Non, déclara-t-il.
-Pousse-toi, Noah, ordonna l'homme, agacé. Je dois vérifier leur état.
-Non, monsieur Potter. Le professeur Dumbledore va s'en charger. Votre proximité ne fera qu'aggraver leur état. Harry n'a pas l'énergie de s'opposer, mais il ne veut pas que vous le touchiez.
L'Auror leva sa baguette, flamboyant de colère, terrifiant d'assurance, faible d'orgueil.
-Ce n'est pas un gamin arrogant de quinze ans qui va me donner des ordres. Personne ne m'a jamais insulté ainsi, tu vas t'excuser sur le champ.
-Peut-être que si vous aviez été insulté et remis à votre place plus souvent, vous seriez une meilleure personne, s'opposa Noah. Je ne vous laisserai pas les approcher.
Il leva le menton, prêt à entamer un énième duel.
-Impe...
-James ! tonna Dumbledore.
La formule mourut sur les lèvre de l'Auror. Le directeur regagna son bureau et fit apparaître une nouvelle chaise. D'où venait sa prédiction pour le zinc, Noah l'ignorait.
-Vous ne lèverez plus jamais votre baguette sur l'un de mes étudiants, fussent-ils vos fils ou l'un de ses amis, suis-je clair ?
La voix du directeur était glaciale. L'homme rangea son arme, mécontent, et fusilla du regard l'adolescent, le défiant de sourire à sa victoire. L'arrogance et l'ego surdimensionné de James atterraient Noah. Se réjouir était aux antipodes de ce qu'il ressentait en cet instant. Epuisé, terrifié, il s'efforçait de tenir pour ce qui était juste, et devoir gérer un parent défaillant l'écoeurait. Pernelle et Ebenezer étaient régulièrement absents, certes, mais ils écoutaient leur fils, respectaient ses souhaits, et leurs rapports, sans être idylliques, étaient tout à faits sains.
-Les amis d'Harry ne sont pas présents, pas plus que Sirius. Je demande à ce que Noah Weber sorte, ceci ne le concerne pas.
-Ah, dit Dumbledore. Malheureusement, il vient d'apporter à vos fils une aide immense en les ramenant à Poudlard et en assurant leur sécurité le temps que nous mettions les choses en ordre. Il est également sous la bénédiction de l'un de ses ancêtres concernant ses liens avec Lucifer. S'il refuse de sortir, il est libre de faire appel au fantôme en question, qui viendra trancher sur la question, et je doute que ce soit en votre faveur ce soir, James. Lucifer a besoin de Noah et pour le moment, Harry a besoin de tenir la main de Noah également. Je vous promets que ce jeune homme peut être digne de toute votre confiance, y compris celle que vous refusez même d'accorder à vos propres amis.
Sous la pression du regard de Dumbledore, James, mécontent, s'assit dans le dernier fauteuil disponible.
-A présent que ces amabilités sont résolues, Harry, tu seras soulagé d'apprendre qu'aucun de tes camarades ne souffrira des conséquences de ce soir. Nymphadora Tonks et Sirius Black vont devoir rester quelque temps à Sainte Mangouste, néanmoins j'ai bon espoir en ce qui les concerne.
Harry leva les yeux, amorphe.
-Pourquoi vous me dites ça ? Pour que je me sente coupable d'avoir foncé au ministère comme un imbécile ? C'est le cas. J'ai failli faire tuer Sirius, que je voulais sauver, j'ai voulu jouer les héros.
Dumbledore leva une main pour l'interrompre.
-Non, Harry. Ce n'est pas contre toi que tu dois être en colère, mais contre moi. Je suis entièrement responsable de ce qui s'est produit ce soir. Néanmoins, j'aimerai en discuter avec Lucifer, toi et votre père, et je vais avoir besoin de votre aide pour le faire revenir à lui.
James bondit de son siège.
-Quoi ?
Il écarta délicatement le Survivant pour s'agenouiller auprès de son second fils. La terreur dans ses yeux et la douceur dans ces gestes convainquirent Noah de le laisser faire. Durant son examen, ni lui ni Harry n'intervinrent pour signaler qu'il s'agissait de la seconde fois ce soir là que Lucifer paraissait vide et absent. Ils s'abstinrent, parce que James avait toujours trouvé le moindre détail pernicieux pour accuser son enfant d'avoir failli à son devoir, d'avoir été un poids, d'avoir une santé mentale fragile, d'être différent. James fit tourner les poignets du rouquin, manipula son corps avec douceur, pour terminer par ses yeux.
-Je crains que l'arrêt brutal de la connexion à l'esprit de Voldemort et à celui d'Harry ait causé un intense traumatisme, expliqua le directeur. Cependant, je ne peux toujours pas vous laisser vous toucher de nouveau, sous peine de provoquer la tentation d'atténuer la douleur par la reprise d'une connexion entre vous qui serait dangereuse.
-Ce n'est pas ça, Albus, dit fermement l'Auror. Il est en état dissociatif.
Noah empêcha Harry d'obéir à ses instincts, le maintenant à une distance raisonnable de son jumeau. James se releva et passa une main dans ses cheveux.
-C'est quelque chose que l'on vous apprend à reconnaître, dans la formation d'Auror, parce qu'une victime ou un de vos collègues peut l'expérimenter. Cela se produit en cas de traumatisme intense, ou dans le cas de Lucifer, de Syndrôme de Stress Post-Traumatique. L'esprit se déconnecte de la réalité et revit l'expérience sous forme de flash-back. Il peut survenir des pertes de mémoires, une confusion quant à l'identité, l'espace-temps... Je pense que Lucifer nous entend, même s'il n'est pas forcément capable de comprendre le sens de la conversation. Je connais les méthodes de bases pour aider la fin de la dissociation, mais je préférerai qu'un médicomage s'en charge.
-Il s'en est sorti seul, tout à l'heure, objecta Harry. Ne t'avise pas de le lui reprocher ! Lestrange lui a lancé un Doloris, et il est devenu absent. Il était physiquement capable de nous suivre, mais c'est tout. Tu n'as pas idée de ce que j'ai pu ressentir ! L'espace d'un instant, j'ai cru qu'il était dans le même état que les parents de Neville !
Dans un mouvement de pure rage, le Survivant balaya tous les objets qui se trouvaient posés devant lui. Les tableaux poussèrent des exclamations outragées.
-J'AI CRU QUE JE L'AVAIS PERDU !
Un gémissement plaintif sortit des lèvres de Lucifer, ce qui eut pour effet de ramener aussitôt le silence.
-Il a essayé de se débattre, contre la possession de Voldemort. Il a essayé de partir, je l'ai senti, de couper toute connexion entre nous deux, mais Voldemort... il était beaucoup plus puissant. Lucifer a essayé de se dissocier pour se protéger de la souffrance, tu n'imagines pas à quel point c'était atroce, nous aurions préféré mourir que de subir cette putain d'ignominie une seconde de plus. Sauf qu'il était piégé par la possession. Et quand on nous a séparés... J'ai senti quelque chose se déchirer à l'intérieur de moi.
Noah fut le seul à remarquer que Dumbledore fermait les yeux. Qu'il venait de voir ses pires craintes confirmées, et que personne autour de lui ne savait en quoi elles consistaient.
Ce furent tout d'abord les deux mains qui encerclaient ses poignets. Puis le bras autour de ses épaules. Un murmure à son oreille, répétant son prénom. Deux yeux noisettes, avec à peine une touche de vert, principalement du marron clair, derrière une paire de lunettes carrées. Tout ce qu'il voyait, sentait, entendait, mais qui soudain, parut avoir une présence, une existence.
Puis, lorsqu'il se fut assuré que la souffrance physique s'était dissipé, il fut assailli par le bruit ambiant du bureau. Les portraits qui murmuraient, les mots de James, la respiration forte d'Harry, sa jambe qui tressaillait. La lumière vive l'aveugla. Il ferma les yeux, attendant que son corps se réajuste à ce qui l'entourait.
-Je suis là, dit-il enfin.
Un soupir de soulagement collectif salua sa réponse. Noah l'étreignit de toute la force de son amour. Le directeur attendit patiemment qu'il puisse regarder autour de lui. James se trouvait toujours à ses côtés, ses yeux si transperçants que Lucifer s'agita, désireux d'y échapper.
-Nous devons discuter de ce qui s'est produit ce soir. Nous avons failli perdre Sirius, et j'en suis entièrement responsable. C'est un homme courageux, intelligent, énergique et de tels hommes n'ont pas coutume de rester chez eux à se cacher pendant que d'autres courent des risques. Néanmoins, vous n'auriez jamais dû penser qu'il était nécessaire pour vous de vous rendre au Département des Mystères. Nous aurions dû vous impliquer de manière différente. J'aurai dû vous expliquer pourquoi Voldemort voudrait vous y entraîner, et m'assurer moi-même de la connexion entre vos esprits.
Albus Dumbledore paraissait las.
-Allez-y, Dumbledore, siffla James. Expliquez-nous pourquoi mes garçons ont une nouvelle fois fait face à un tel traumatisme qu'ils en tremblent encore de douleur !
-Vous en êtes tout aussi responsable que moi, sur ce point, James, trancha l'homme, glacial.
Harry cessa d'inspecter ses lunettes et de frotter ses yeux.
-A partir de maintenant, je vous autorise à vous toucher de nouveau, Lucifer, Harry. Noah, je ne peux que vous conseiller d'échanger vos sièges.
Lucifer sentit vaguement l'adolescent se tendre à ses côtés. Les événements de la soirée lui revenaient en détail. Il fixa la main qui tenait toujours sa baguette avec dégoût. L'impardonnable avait fusé de leurs lèvres, sans effets. Il se détacha de tout contact humain pour se rouler en boule.
-Je sais ce que vous ressentez, murmura Dumbledore.
-NON VOUS NE SAVEZ PAS ! tonna Harry. VOUS N'AVEZ AUCUNE IDEE DE CE QUE NOUS RESSENTONS ! VOUS N'AVEZ PAS EU LA CERTITUDE DE PERDRE LA MOITIE DE VOUS-MÊME ! VOUS N'AVEZ PAS JETE LE SORTILÈGES QUI A TUE VOTRE MERE DE VOS MAINS, COMME ON L'ATTENDAIT DE VOUS, SANS QUE CELA METTE FIN A VOS SOUFFRANCES COMME ON VOUS L'AVAIT PROMIS ! VOUS NE SAVEZ RIEN !
Lucifer dégringola de son siège pour vomir sur le sol. Il n'arrivait pas à faire face. Il avait jeté l'Avada Kedavra, et il n'existait aucun retour en arrière. Il devait se distancer. Partir, loin de Noah, loin de sa tante, loin de ses amis, parce que ce soir là, il avait bien failli devenir un meurtrier, et qu'il se refusait à ce qu'ils en côtoient un. Il tenta de se relever et tituba jusqu'à la porte verrouillée.
-Qu'est-ce que ça veut dire ? s'exclama James. Tu as... tu as tenté de tuer Voldemort ce soir ?
-EVIDEMMENT ! QU'EST CE QUE TU CROYAIS ? BIEN SÛR QU'ON SAVAIT QUE C'ETAIT UN PUTAIN DE PIEGE, AVEC LUCIFER ! IL A CREE UNE STRATEGIE ENTIERE, POUR SAUVER SIRIUS, BRISER LA PROPHETIE EN MÊME TEMPS, ET AFFRONTER VOLDEMORT ! ON S'EST REPARTIS LES TÂCHES, ON VOULAIT...
Harry s'interrompit pour vomir à son tour. Sa colère enflait dans les tripes de Lucifer. Son jumeau parlait pour deux, comme à l'accoutumée. James voulut aider son enfant à se relever, Noah s'interposa. Lucifer restait appuyé contre la porte, transpirant d'une atroce sueur glacée et ruisselant de larmes.
-Laissez-nous sortir, ordonna Harry.
-Non, dit simplement Dumbledore. Tu peux continuer de casser mes objets si tu le veux, j'en ai trop.
-S'il vous plaît, supplia Lucifer. Nous voulons juste sortir dehors, là où personne ne pourra être blessé.
-Personne ne sera blessé physiquement ici, lui promit le directeur. Nous devons parler. En l'instant, vous êtes meurtris, révulsés par votre propre personne, persuadés que tous ceux qui vous entourent devraient être loin de votre influence néfaste. C'est une réaction entièrement saine, qui prouve que vous êtes humains.
Avec un cri de rage, Harry enleva une nouvelle fois ses lunettes et les envoya se briser contre le mur derrière le bureau. James paraissait paralysé, tandis que Noah...
Noah.
Peut-être aurait-il mieux valu qu'il sorte. Dans son regard naufragé, Lucifer comprit qu'une telle proposition le blesserait irrémédiablement. Il s'était battu pour être à ses côtés en dépit de ses doigts en piteux état.
Il ne pouvait pas décider de le laisser à l'écart. Son thérapeute le lui avait inculqué. Les décisions de Noah n'appartenaient qu'à lui. Il se rapprocha de son meilleur ami et refoula ses larmes afin de ne pas l'influencer.
-Est-ce que tu veux partir ? s'enquit-il. Est-ce que tu vas pouvoir vivre avec moi en sachant les actes que j'ai commis ?
-Assied-toi, répondit le Poufsouffle. Je veux que tu entendes ce que le professeur Dumbledore va t'expliquer. Je veux que James Potter entende, et qu'il écoute.
Lucifer comprit en cet instant que le recul de ce garçon qu'il aimait tant lui avait permis de saisir quelque chose de primordial, que lui-même ignorait encore. Il obtempéra, prenant garde à ne pas effleurer qui que ce soit.
-Il est des choses que l'on oublie aisément, commença le directeur. La jeunesse en fait partie. J'ai oublié mes jeunes années, votre père également. Vous ne pouviez pas savoir ce que nous ressentions, comprendre notre point de vue. Nous avons oublié ce qui nous semblait injuste à votre âge, oublié que vous étiez aptes à comprendre, et soigneusement omis le fait que nous n'étions qu'en périphérie de votre situation.
-Vous contrôlez tout, Dumbledore, siffla James entre ses dents serrées. Inutile d'essayer de vous dédouaner.
Le directeur, pourtant épuisé et contrit, jeta un tel regard à l'Auror que celui-ci s'immobilisa.
-Il y a quinze ans, lorsque j'ai vu la cicatrice sur le front d'Harry, j'ai deviné ce qu'elle pouvait signifier. J'ai deviné que c'était peut-être là le signe d'un lien qui s'était forgé entre toi et Voldemort. Ce soir là, comme nous l'avons vu l'année dernière, j'ai examiné Lucifer, mais il était endormi, blotti contre son frère, et la coupure dans son cou était bien moins nette. Il ne paraissait pas souffrir. Pas un instant je n'ai songé que la protection de Lily, qui s'étendait à vous deux, ni que votre lien de jumeaux avaient pu altérer la situation et changer quelque chose à une prophétie qui m'avait été faite plus de deux ans plus tôt. J'ai commis la même erreur que tous ceux qui ont tenté de vous affronter après moi. J'ai négligé le plus discret des deux frères, négligé que dans sa nature profonde, il ne réagissait pas forcément comme il était attendu d'un Elu.
Harry se saisit de sa main avec autorité, et Lucifer accueillit le contact avec un soulagement intense. Il n'existait plus aucune connexion entre leurs peaux, simplement le réconfort sans magie d'une proximité physique entre deux frères.
-James Potter, continua Dumbledore, était dans le coma à Sainte Mangouste, et les Mangemorts pullulaient encore. Je vous ai placés chez la seule personne apte à vous protéger. Pétunia Evans. Elle a accepté de vous accueillir, à contre-coeur. Et c'est à cet instant que vous intervenez, James. Vous vous êtes réveillé en deuil, terrifié pour vos fils, déterminés à les récupérer coûte que coûte...
Dumbledore s'interrompit et Lucifer fixa son père, horrifié, découvrant un nouveau pan de l'Histoire.
-Avant de continuer, reprit le directeur à mi-voix, je dois vous parler de la prophétie. Il est temps que vous l'entendiez, car puisque vous vouliez détruire l'exemplaire du Département des Mystères, vous aviez compris qu'au moins deux autres personnes la connaissaient. La véritable prophétie se trouve dans mon bureau.
-Pourquoi maintenant ? lâcha Harry. Pourquoi ne pas nous l'avoir fait entendre plus tôt ?
-Parce que vous étiez trop jeunes, trancha James. Nous voulions vous protéger.
-Non, réfuta Dumbledore. Vous savez que ce n'est pas la seule raison.
Lentement, il expliqua pourquoi il avait dédié à Severus Rogue la tâche de leur inculquer l'Occlumencie, pourquoi il ne les regardait plus depuis le retour de Voldemort en Juin, et pourquoi ils avaient ressenti les émotions du Seigneur des Ténèbres à plusieurs reprise. Entre leurs trois esprits s'était créée une connexion, dont Voldemort avait récemment pris conscience, et décidé d'exploiter.
-D'accord, murmura Lucifer, les lèvres brûlantes d'une question qu'il voulait voir résolue depuis des années. Voldemort a une connexion avec Harry et moi. Pourquoi Harry et moi avons-nous une connexion en dehors de Voldemort ?
-De quoi parles-tu ? hoqueta leur père.
Le directeur appuya son regard bleu sur l'adolescent, demeurant silencieux trop longtemps. Dans son absence de réponse, Lucifer comprit qu'il leur dissimulerait une dernière et ultime information ce soir-là, et qu'il leur serait impossible de lui arracher. Dumbledore en était l'unique détenteur, et devant l'esprit un peu trop acéré de son étudiant, lui demandait de ne pas chercher plus loin.
-Uniquement si vous m'en donnez la raison, accepta-t-il.
-Je le ferai tout à l'heure. Pour le moment, je peux uniquement vous proposer un schéma. La connexion avec Voldemort n'est pas constituée de deux lignes qui partent de lui vers vous, mais d'un triangle. En créant une connexion entre lui et vous, il a également créé une connexion dont il est exclu tant qu'il en ignore l'existence. Elle ne doit jamais lui être révélée. J'ai bon espoir qu'il soit désormais suffisamment effrayé par l'expérience de ce soir pour ne plus jamais tenter une telle possession. Il a, et je pèse soigneusement mes mots, souffert bien plus que vous.
Il laissa le temps à Harry d'hurler une nouvelle fois son indignation, mais le Survivant écoutait à présent. Ils étaient trop fatigués, trop meurtris, pour continuer à lutter. Albus Dumbledore parla longtemps, expliqua que son but principal avait été de les garder en vie et innocent. Enfin, il se leva, et leur fit écouter ce qui avait déterminé leur vie jusqu'à présent.
Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche…
il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois…
et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore…
et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit…
Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois…
-Mais je le sais, ça ! protesta Harry. Depuis toujours !
- A présent, nous pouvons reprendre, répondit Dumbledore. Ce jour-là, j'ai demandé à James de ne pas vous récupérer. Il avait entendu la prophétie, il vivait dans le monde sorcier, il était en deuil de sa femme. J'aurai dû tenter d'interférer. J'aurai dû demander à Pétunia de vivre avec lui, leur ordonner une alliance. La protection du sang aurait fonctionné, et l'influence de votre tante aurait empêché ce que je craignais, et qui s'est finalement produit.
-Allez-y, gronda James. Dîtes le ! Qu'est-ce que vous me reprochez ? Dites que ce qui s'est passé ce soir est ma faute.
-Pas entièrement votre faute, James, mais vous en portez une grande responsabilité. Ce jour là, vous avez décidé de séparer deux jumeaux. Pétunia a accepté parce qu'elle s'est reconnue en Lucifer. L'enfant qui n'avait pas accompli de miracle, l'enfant le moins aimé, le moins désiré... Elle a eu peur pour son neveu, peur que vous lui fassiez subir ce qu'elle-même a subi. La mise à l'écart inconsciente de ses parents lorsque Lily s'est révélée être une sorcière est devenue la mise à l'écart inconsciente du père lorsque Harry s'est révélé être le Survivant. Mais là n'est pas l'heure des règlements de compte. Ce qui importe, c'est que lorsque le choix de Voldemort s'est porté sur vous et non sur les Londubats, lorsque j'ai cru Harry désigné pour la prophétie, une mécanique s'est mise en place, suivie d'un plan afin qu'il puisse grandir sereinement. Un plan qui comportait de nombreux défauts. J'ai laissé Harry chez vous, et je l'ai laissé grandir chez les sorciers, alors qu'il aurait mieux valu pour vous trois que vous viviez ensemble dans le monde Moldu.
Dumbledore ferma les yeux et s'octroya une longue pause.
-Durant dix ans, vous avez vécu en autarcie, Harry, ton père et toi avez vécu en autarcie. Brisés par la perte de Lucifer et de Lily, vous vous êtes raccrochés l'un à l'autre. Tu as baigné dans les légendes et les faits de guerre héroïque mais également dans la trahison ultime subie par votre famille et une célébrité bien trop complexe à gérer pour un enfant. J'ai mesuré mon erreur lorsque tu es arrivé à Poudlard. Je m'étais tenu en retrait de votre famille, puisque je n'avais pas à intervenir dans votre vie. L'Ordre était dissolu, Voldemort une ombre, et le Royaume-Uni apaisé. Néanmoins, j'avais averti James que la prophétie n'était pas terminée. Nous savions que Voldemort reviendrait, et que tu ne serais plus en sécurité. Nous savions qu'il tenterait de s'en prendre à ce qui restait des Potter. Mais après dix ans passés uniquement avec James, privé de la compagnie d'autres enfants, tu avais été éduqué dans le principe de la prophétie. Tu as appris avant même de savoir parler et marcher que ton destin était de vaincre Voldemort. Il t'a été répété que tu étais le seul à pouvoir lui faire face sans mourir, que tu devais sauver le monde magique. Tu n'étais qu'un enfant, qui a été endoctriné par un discours jour après jour. Sous la pression du monde magique et de ta célébrité, tu es devenu ce qui était attendu de toi. Une personne prête à tout sacrifier, persuadée d'être invulnérable à la mort si elle ne venait pas de Lord Voldemort, persuadée qu'il était de son devoir de sauver les autres à tout instant.
-Et ce n'est pas le cas ? répliqua Harry. Expliquez-moi ! Expliquez-nous, une bonne fois pour toute, ce qui est attendu de nous !
-Je voulais que tu aies une enfance heureuse, normale, saine. J'ai repoussé le plus longtemps possible pour toi les épreuves à affronter, le moment où tu devrais faire un choix. Je voulais te guider du mieux possible, aidé de James. Avant que vous ne m'interrompiez, passons à Lucifer. Arraché à son foyer, placé auprès d'une famille qui le méprisait, auprès d'une tante qui devait gérer son propre deuil et sa propre histoire. Je suis sûr que tu as déjà abordé toutes ces notions avec ton thérapeute, mais il est important qu'Harry et James comprennent exactement ce par quoi tu es passé. Tout l'amour qui t'avait été prodigué a brutalement disparu, créant un manque que tu n'as cessé de combler, sans jamais y parvenir. Pétunia t'a expliqué que ton père ne pouvait pas s'occuper de toi, et tu as compris. Tu as fait preuve de patience, lorsque James est revenu dans ta vie. Tu lui a immédiatement pardonné son abandon, car Harry et toi avez une capacité d'abnégation exceptionnelle. Tu étais prêt à lui donner tout l'amour que tu possédais, et à ce frère qui t'avait été dissimulé également, sans garder rancoeur du fait qu'il ait lui été élevé dans un foyer aimant. Mais ton cas avait déjà été statué par James, mû, si je puis m'avancer, par sa culpabilité de t'avoir oublié dans le cocon protecteur qu'il avait tissé autour d'Harry et lui-même. Tes questions innombrables ont été une fois de plus balayées, tu as aussitôt été accusé de jalousie, alors que tu tentais de comprendre. Mais tu ne t'es pas découragé. Tu as rassemblé ta force d'enfant pour créer un lien avec Harry, jour après jour. Tu as offert à James toutes les ouvertures que tu possédais, jusqu'à... y laisser ton bien-être.
Noah et Lucifer se tendirent. Ils avaient deviné que le directeur avait toujours su pour la tentative de suicide du petit garçon. En revanche, c'était un secret tabou, qu'eux-mêmes n'évoquaient jamais.
-Tu t'es fermé à lui pour te préserver, mais pas à ton frère, qui répondait maladroitement à tes appels. Tu étais décidé à le protéger, à te tenir à ses côtés quoi qu'il t'en coûte, puisqu'il avait ton entière loyauté et ton amour. Ainsi, tu l'as suivi pour la première fois en fin de première année. Quel imbécile ai-je été, ce jour-là, de m'absenter en sachant que Quirell se saisirait de la première opportunité pour dérober la pierre ! Et quelle leçon d'humilité ai-je reçu en apprenant que cinq premières années étaient parvenus à déjouer nos pièges qui devaient être trop complexes pour ne pas poser obstacle, mais tout de même accessibles en cas d'urgence pour récupérer la Pierre Philosophale. Cela t'a été aussitôt reproché. Pendant deux mois, James a répété à Harry que tu voulais sa gloire, ce qu'il a fini par concevoir à son tour. Tout au long des années suivantes, tu as reçu une seule et même injonction. Ne pas être un fardeau pour Harry, le protéger au péril de ta vie, ne jamais lui faire d'ombre, puisqu'il devait vaincre Voldemort, qu'il était le seul à pouvoir agir contre lui, que c'était son devoir. Lorsque l'année dernière, revenant du cimetière en sang, traumatisé mais victorieux, tu as compris que tu étais tout aussi lié à la prophétie de ton frère, tu t'es aussitôt approprié le destin qui lui avait été dessiné.
Noah était blême des récits mais hochait la tête très légèrement en guise d'approbation.
-Comprenez-vous, à présent, les erreurs que James et moi avons commises ? J'ai laissé James entraîner Harry durant les vacances au lieu de lui ordonner de le laisser vivre l'insouciance de son enfance, persuadé que de meilleures armes lui donneraient une meilleure protection, mais négligeant ce qui se passait sous mon nez. Harry devenait lui-même une arme, poussé par la fierté de son père à se dépasser et à sauver tous ceux qui l'entouraient, et Lucifer devenait un bouclier, puis endossait les deux rôles à la fois. Quoi d'étonnant que vous ayez foncé au Département des Mystères avec l'intention de vaincre Voldemort ce soir, puisque nous vous avons inculqué que c'est ce que vous deviez faire ?
-Je ne veux pas que vous me dédouaniez pour avoir jeté un impardonnable.
Les mots écorchèrent la bouche du Poufsouffle, amers de bile. James poussa un grondement.
-Je vous signale, Dumbledore, que sans l'entraînement que j'ai prodigué à Harry, il serait mort en affrontant un Basilik, puis dans le Tournoi des Trois Sorciers. Je n'en ai pas fait un petit crétin arrogant comme j'ai pu l'être et que, visiblement, vous pensez toujours que je suis, j'ai géré sa célébrité...
-Je ne remets pas en doute l'éducation d'Harry, le coupa aimablement l'homme, pas plus que je ne remet en cause celle de Pétunia. J'ai devant moi deux jeunes hommes polis, obstinés, loyaux, et tout aussi attachants. Mais ce soir, nous nous trouvons face aux conséquences de nos actions et de nos réactions. Ils n'auraient jamais dû penser qu'ils devaient au monde de le sauver dès leur onze ans, voire plus tôt si je ne m'abuse.
Ce fut au tour d'Harry et de James de se tendre soudainement à l'évocation codée d'un souvenir.
-C'est un choix qu'ils doivent faire, James, pas une chose qui doit leur être ordonnée. Harry et Lucifer ne doivent rien au monde magique et à ses habitants. Ni autographes, ni bonne conduite, ni exemplarité. Ce sont des enfants qui ont été plongés dans une guerre que les adultes n'ont pas su gérer.
Les jumeaux entrouvrirent les lèvres, sur le qui-vive. A aucun instant auparavant, réalisèrent-ils, on ne leur avait demandé leur avis. Harry se précipitait face au danger, Lucifer le suivait.
-Mais si nous ne faisons rien... hésita le Gryffondor. Voldemort va détruire le monde magique. Et nous... nous ne pourrons pas vivre. Nous n'avons pas exactement le choix.
-Nous avons le pouvoir de le détruire, renchérit Lucifer. Un pouvoir qu'il ignore... Nous ne pouvons pas ne pas aider le monde magique. Nous sommes les seuls à pouvoir le faire. C'est injuste, hasardeux, mais il nous a marqués, et nous n'avons pas le droit de négliger ceux qui ont besoin de nous.
-Ce n'est plus une question de droit, répondit calmement Dumbledore. Personne ne vous empêchera de rester inactifs. Personne n'est en pouvoir de vous forcer à affronter Voldemort. Comprenez-vous ? Il faut que ce soit votre décision, votre choix. Bien sûr, il sera influencé par le fait que Lord Voldemort n'aura de cesse de vous pourchasser et de vous éliminer, et par votre plus grande force. Il existe une pièce, au Département des mystères qui reste toujours verrouillée. Elle contient une force à la fois plus merveilleuse et plus terrible que la mort, que l'intelligence humaine, que les forces de la nature. Peut-être est-ce aussi le plus mystérieux des nombreux sujets d'étude qui se trouvent là-bas. Le pouvoir conservé dans cette pièce, vous le possèdez au plus haut point, alors que Voldemort en est totalement dépourvu. C'est ce pouvoir qui vous a poussés à vouloir à tout prix sauver Sirius cette nuit. Et c'est ce même pouvoir qui a empêché Voldemort de vous posséder, car il ne supportait pas d'habiter un corps où cette force qu'il déteste était si présente. Ce pouvoir, Noah l'a utilisé des myriades de fois, et a mesuré sa dangerosité lui-même à la fin des combats.
Le garçon se mit à trembler. Lucifer aurait voulu le presser contre lui, le rassurer, l'aimer de toutes ses forces, or, il ne pouvait se résoudre à le toucher sans son autorisation. Il l'interrogea du regard, affrontant les yeux acier qu'il connaissait par cœur, cherchant dans ces iris argentées striées de clair l'assentiment ou le refus. Il n'y lut que l'amour et le chagrin, la douleur et le désir. Obéissant à son corps, ou à son cœur, le rouquin attira son meilleur ami contre lui et le laissa enfouir son visage contre sa poitrine. Les larmes roulaient sur les joues de Noah lorsqu'il se redressa et posa sa tête sur l'épaule du garçon.
-Vous désirez prendre la responsabilité entière de vos sortilèges de mort. Vous devez comprendre pourquoi ils n'ont pas fonctionné. Ce n'est pas par manque de puissance, mais par manque de volonté. Les Impardonnables demandent une injonction claire du sorcier qui les manie. Vous ne vouliez pas tuer. Vous ne vouliez pas ôter la vie à un être, qu'importent ses actes. Vous avez prononcé une incantation parce que vous pensiez le devoir, sans avoir envie qu'elle réussisse. Non pas parce que vous ne vouliez pas voir Voldemort vaincu et hors d'état de nuire, mais parce que vous refusiez de tuer. C'est une chose importante.
-Alors... nous sommes voués à échouer ? lâcha Harry. Non. Nous devons choisir avant, c'est ça ? Je ne veux pas tuer. Je ne veux plus jamais utiliser ce sort, et Lucifer non plus.
-Vous êtes épuisés, et avez besoin de soins. Ce sont des questions que nous résoudrons l'année prochaine. Un jour viendra où vous serez prêts à faire face à Voldemort, où vous n'aurez pas à utiliser le sortilège de mort.
Harry ravala une répartie cinglante, et Lucifer combattit l'envie de s'endormir sur place, Noah sur son épaule et son jumeau à sa droite. James, secoué, répara les lunettes de son fils d'un mouvement de baguette avant de les lui rendre.
-Je vois flou avec, grogna le Survivant. Est-ce que... la possession de Voldemort peut avoir laissé des dommages ?
-Non, répondit Dumbledore. Je n'ai pas la réponse à cette question. En revanche, je crois que Lucifer, oui.
Le rouquin leva les yeux et regarda son frère, son jumeau. La personne avec laquelle il était venu au monde, qui possédait pour toujours un lien puissant avec lui, mais auquel ils devaient prêter attention.
-Pour sauver Sirius et James, nous avons dû unir nos forces. Durant quelques minutes, nos identités ont consciemment fusionné grâce à la magie, parce que nous le leur avons demandé. J'ai interrompu le processus après, mais durant le temps écoulé, nos corps se sont modifiés pour que notre apparence soit identique. Ta vue a commencé à être ajustée.
Harry s'endormait également. Il hocha la tête, laissa une larme couler sur sa joue, puis se blottit contre son frère.
