Des mains lui parcoururent les flancs, leurs doigts agiles caressant chaque parcelle de sa peau alors qu'ils remontaient vers ses épaules avant de redescendre sur son torse. Son dos s'arqua, et il gémit quand une langue tiède glissa le long de sa verge tendue, sa bouche émettant un sifflement indescriptible qui fit rire doucement celui qui lui donnait un tel plaisir. Il sentit le matelas autour de lui s'affaisser et le corps chaud de son amant le recouvrir avant que sa bouche ne soit prise pour être dévorée par celle de l'autre. Il miaula elle fut relâchée et un rire chaud vint titiller son cou.

- Tant de désir en toi, Harry, son amant siffla, ses mots devenant à chaque fois plus sibilant. Tu es à moi.

Harry se redressa violemment, ses yeux parcourant l'obscurité tandis que son cœur semblait vouloir sortir de sa cage thoracique, son t-shirt trempé de sueur. Quand il réalisa où il était et que ce qu'il avait vécu n'était qu'un rêve – ou cauchemar selon la façon dont on prenait la chose – il se passa une main sur le visage et soupira. Un rêve. C'était juste qu'un rêve, se répéta-t-il.

- Harry, tu ne peux pas continuer comme ça ! Martela Hermione avec un froncement de sourcils. Elle passa son regard sur son ami avec inquiétude. Tu ne tiendras jamais à ce train-là. Ça fait combien de jours que tu n'as pas fait une nuit complète ?! Demanda-t-elle.

- Un peu plus d'une semaine maintenant, soupira-t-il en s'affalant un peu plus dans le fauteuil moelleux sur lequel il s'était effondré après être descendu.

Comme il s'y était attendu il n'avait pas réussi à se rendormir la nuit passée et il commençait vraiment à ressentir les effets de ses quasis nuits blanches.

- Et tu es sûr que ce n'est pas des visions que tu as, demanda Ron, celui-ci cassant machinalement la patte d'une chocogrenouille avant de la mettre dans sa bouche, un regard intense posé sur son devoir de métamorphose. Ça pourrait nous être vachement utilise, tu sais.

- Harry nous le dirais si c'était des visions, n'est-ce pas Harry ? Coupa Hermione.

- Heu, oui, bien sûr …

Ce n'était pas comme si il pouvait vraiment leur dire en quoi consistaient ses rêves/cauchemars ! Déjà qu'il avait eu du mal à les convaincre que tout allait bien quand il avait enfin réussit à retourner au château cette fameuse nuit, il ne manquerait plus qu'il leur avoue ce qu'il se passait ! Il leva les yeux vers le ciel quand Hermione plissa ses yeux suspicieux.

- Ecoute Hermione, je fais le vide à chaque fois avant d'aller me coucher et je médite toujours un peu aussi. Ça aide, je te le jure ! Le livre que tu m'as trouvé est une mine d'or !

Enfin, son amie sembla apaisée par ses dires et elle reprit une position confortable sur le canapé. Il continua

- J'irais voir Séverus après les cours, lui demander si il lui reste de la potion sans-rêve. Il ne tiendra pas une nuit de plus de toute façon.

La journée passa avec une lenteur exaspérante. Son cerveau ne parvenait à enregistrer qu'une information sur deux et ses yeux se fermaient toutes les deux minutes sans son accord. Il gémit presque de soulagement quand la dernière heure de cours sonna sa fin et il prit lentement le chemin des donjons. Tout ça c'était la faute de Voldemort. Depuis cette nuit durant laquelle le mage noir l'avait … courtisé si on peut dire, il n'arrivait plus à dormir correctement. Depuis presque deux mois maintenant les nuits où il avait dormit sept heures sans interruption n'étaient pas nombreuses, et c'était seulement grâce aux potions sans-rêve que le maître des potions daignait bien lui donner qu'il arrivait à tenir.

Il réprima un frisson quand le froid qui habitait continuellement les cachots le frappa, et il resserra un peu plus sa cape autour de lui. L'hiver était maintenant là et il avait déjà hâte que le printemps revienne, ne serait-ce que pour que l'intérieur du château soit un peu plus chaud. Les courants d'air glacial au détour d'un couloir étaient une horreur. Il ignora les regards qui se tournaient vers lui, les chuchotis et les insultes à peine dissimulées, trop habitué pour que tout cela l'atteigne vraiment. Oh, les insultes faisaient toujours mal, mais était-ce regrettable de dire qu'il s'y était habitué malgré lui ? Le monde sorcier n'avait fait que jouer à pile ou face avec lui depuis sa première année … n'était-il pas normal qu'au bout de sept longues années il s'y soit fait ? Ce ne fut qu'au bout d'un long moment qui ne dura réellement que quelques minutes qu'il arriva devant les quartiers du redoutable, de l'impitoyable, de l'effroyable maître des potions qui dévorait des premiers années innocents pour son petit déjeuné. Il étouffa un ricanement oh, si Séverus savait ce qu'il venait de penser !

Il avait à peine frappé deux fois le bois dur avant que la porte ne s'ouvre à la volée sur la silhouette sombre du professeur assise derrière son bureau. Il haussa un sourcil et entra, sursautant légèrement quand la porte claqua derrière lui.

- Les troisièmes années ont encore fait exploser leurs chaudrons ? S'enquit-il quelque peu rhétoriquement, et le regard noir que lui lança le professeur fut réponse suffisante. Il renifla d'amusement, ce qui lui attira un regard meurtrier.

- Pour ta gouverne, Potter, il s'agissait des troisièmes années et des premières années. Ils ne sauraient pas faire une simple potion contre les furoncles même si leur vie en dépendait, siffla l'adulte avant de reposer la plume qu'il tenait en main. Qu'est-ce qui me vaut ton agréable visite ?

Le ton était sarcastique à souhait mais Harry ne s'en offusqua pas. Depuis qu'ils avaient mis leurs différents plus ou moins de côté il était venu à comprendre que c'était dans le caractère de l'homme d'être toujours – ou presque – sarcastique.

- Est-ce qu'il te reste de la potion sans-rêve ? Demanda-t-il de bout en blanc en prenant place sur le siège faisant face au bureau. Le maître des potions haussa un sourcil circonspect, son regard analysant le jeune homme avant de se lever pour aller dans sa réserve personnelle. Harry l'entendit chercher, le tintement des fioles de potions clair dans le silence de la pièce, mais il ne fallut que quelques secondes au maître des potions pour trouver ladite potion dans le désordre ordonné qui régnait dans cette pièce.

- Tu ne veux toujours pas que j'organise un peu mieux ta réserve ? Demanda-t-il quand la potion lui fut tendu, et il s'empressa d'ajouter au regard assassin qui lui fut lancé, d'accord, d'accord, je me tais ! Si Séverus s'avait s'y retrouver là-dedans, qui était-il pour venir bousculer ses habitudes ?

Ils restèrent en silence un long moment, lui perdu dans ses pensées et l'autre de retour sur ses copies. Ses yeux se posèrent sur la fiole dans sa main. Cette nuit il pourra dormir sans faire aucun rêve, mais qu'en sera-t-il de la nuit d'après ? Ou de la suivante ? Il se sentit soudain léthargique. Après cette nuit-là, certes il avait fait des rêves on ne peut plus étranges, mais il s'était rendu compte qu'il pourrait difficilement battre Voldemort avec ses connaissances actuelles, et ce même avec l'entraînement qu'il faisait en cachette avec ses amis.

'Certain dirait que pour mieux combattre ses ennemis il faut en apprendre le plus possible sur eux'. Il avait dit ça au mage noir sur un coup de tête pour gagner du temps mais, au plus profond de lui-même, il considérait vraiment cette option. Sûrement il n'avait pas été le seul à penser comme ça ? Avec toutes les guerres qui avaient eues lieu au cours de l'histoire … Sans s'en rendre compte ses poings s'étaient refermés autour de la petite fiole, et ses sourcils s'étaient froncés. Il prit sa décision.

- Séverus ? Il releva les yeux et attendit que l'autre face de même. Je vais avoir besoin de ton aide.


Une fois n'étant pas coutume, Harry se retrouvait en train de se battre pour sa propre vie, et accessoirement celle de ses amis et de tous les innocents qui se retrouvaient être victimes collatérales. La différence cette fois ? Il n'était pas la cible de l'attaque. Pour tout dire il n'était même pas certain que les Mangemorts étaient au courant qu'il se trouvait là. Du moins au début. Maintenant si l'un d'entre eux ne l'avait pas encore remarqué – et avec les deux trois qu'il avait déjà stupéfixés ça l'étonnerait – il voulait bien danser un tango avec McGonagall !

… Mauvaise image.

Il plongea de justesse pour éviter un sort rouge, la lumière frôlant le bout de ses cheveux et les carbonisant par la même occasion, et il répliqua avec un 'stupéfix' qui envoya l'autre s'écraser face contre terre. Il en profita pour se faufiler à l'intérieur d'une maison partiellement détruite pour respirer un peu. Le souffle erratique, il s'adossa à un mur pour reprendre sa respiration. Non mais franchement, ça devenait vraiment ridicule. Il s'avait qu'il avait la poisse, mais tout de même ! Il ne cherchait même pas les ennuis cette fois !

Un gémissement apeuré le fit tourner la tête, son cou craquant sous la vitesse du mouvement, et son sang se glaça quand il vit non loin de là où il se trouvait, cachée derrière une table renversée, une femme dont il ne pouvait apercevoir que la tête, qui le regardait avec terreur.

Et merde, pensa Harry. Cette femme était clairement une Moldue, sinon elle aurait déjà transplanné de là. Il jura à nouveau quand une autre tête apparue, cette fois celle d'un enfant qui ne devait pas avoir plus de dix ans.

Où est-ce que les Aurors sont quand on a besoin d'eux ! Cria-t-il dans sa tête alors qu'il levait les mains devant lui en signe de paix. Ce geste parut pourtant affoler encore plus la femme car celle-ci poussa un petit cri et s'empressa de ramener son enfant vers elle, et il se fustigea quand il se rappela qu'il tenait toujours sa baguette dans une main.

- Non, non, non, n'ayez pas peur ! Tenta-t-il. Je ne vais pas vous faire de mal. Est-ce que vous êtes blessée ? L'enfant ? Continua-t-il sur un ton qu'il espérait calmant, et la femme le regarda avec méfiance, son regard allant de sa baguette à lui avant de faire 'non' de la tête. C'était déjà ça.

Il regarda tout autour de lui, mais la seule issue qu'il voyait était celle par laquelle il était arrivé et qui menait droit au combat. Une partie de la maison était détruite et il ne savait pas si elle tiendrait longtemps avec tous les sorts qui fusaient dehors. Il fallait qu'il trouve une autre solution pour les faire sortir de là.

- Est-ce qu'il y a une autre sortie, demanda-t-il. Une porte arrière ? Une fenêtre ? Il faut vraiment que vous partiez d'ici. Son ton était pressant, probablement trop il le savait, mais il savait aussi qu'un Mangemort pouvait apparaitre à n'importe quel moment. Il coula un regard vers le passage par où il était passé, s'attendant presque à en voir un arriver, mais quand rien ne se passa au bout de quelques secondes à part le bruit d'explosions et les cris, il reporta son attention sur son problème actuel. Heureusement pour lui, la femme ne prit qu'un instant de plus – où était-ce une explosion retentissant un peu trop près d'eux, faisant trembler les murs – pour se décider.

- Il y a- il y a une porte … à l'arrière … dit-elle dans un murmure. Il opina de la tête et lui fit signe de lui montrer le chemin.

Quelques minutes plus tard et quelques maisons plus loin, il s'arrêta derrière une bâtisse, lança un sort de protection autour d'eux au cas où, et happa le premier Auror qu'il trouva sur son passage. La jeune recrue – un ancien Auror n'aurait pas sursauté et poussé un glapissement en sentant une main agripper son bras – le regarda avec des yeux écarquillés. Il ne pouvait que compatir – une bataille avec des Mangemorts aguerrit n'était pas l'idéal pour débuter – et il se dépêcha de lui indiquer les deux Moldus qu'il avait laissé, avec un ordre sous-entendu de les conduire à l'abri.

- Allez ! S'écria-t-il quand elle resta pétrifiée, et elle sursauta à nouveau avant de s'éloigner vers la maison qui abritait la petite famille. Il s'en voudrait probablement un petit peu d'avoir été aussi sec avec elle plus tard, mais le moment était mal choisi pour les hésitations. Il passa une main distraite sur son front brûlant et scanna les alentours.

Est-ce qu'il savait qu'il était là ? Est-ce qu'il allait venir si c'était le cas ? Il ne pouvait empêcher ces questions d'aller et venir dans son esprit tandis que l'inquiétude et l'appréhension se livraient bataille à l'intérieur de lui. L'autre n'avait jamais raté une occasion lorsqu'il y avait moyen, aussi il ne serait pas surprit de le voir débarquer au milieu de ses hommes, prêt à se frayer un chemin jusqu'à lui. Il ne fut donc pas surprit de le voir juste après avoir mis hors d'état de nuire un autre Mangemort, mais la façon dont ils se rencontrèrent, elle, fut quelque peu inorthodoxe…

Sonné, le cœur battant, il mit quelques secondes à reprendre ses esprits et encore quelques-unes de plus pour qu'il comprenne qu'il avait dût percuter quelque chose alors qu'il contournait au pas de course un bâtiment en ruine. D'instinct sa première réaction fut de chercher sa baguette, et il fut immédiatement soulagé de sentir encore le bois de celle-ci dans sa main. Puis il releva la tête, prêt à lâcher son tempérament envers la personne qui visiblement ne savait pas regarder où elle allait, seulement pour que les mots soient étranglés dans sa gorge et ne se transforme en une sorte de couinement.

Au risque de se répéter ; pourquoi, au grand Pourquoi, ce genre de chose n'arrivait qu'à lui ?!

Les yeux écarquillés, il ne devait son salut que par la surprise visible dans les yeux rouges tout aussi écarquillés que les siens, si ce n'est que l'autre se remit bien plus vite que lui. Quand son cerveau lui indiqua qu'il venait bel et bien de petit un, perdre une chance inespérée de se débarrasser d'un Seigneur Noir un peu trop obsédé par lui et de deux, laisser passer une chance de s'enfuir loin dudit obsédé, il fut à deux doigt de se laisser aller.

Puis son instinct lui donna un coup de pied aux fesses et il se redressa d'un coup, reculant tellement vite qu'il manqua de tomber en arrière.

Il faut dire que le fin sourire qui s'étira lentement sur les lèvres de l'autre sorcier n'était pas très rassurant …

- Harry Potter, juste la personne que je voulais voir. Le sorcier se redressa sans efforts, une main époussetant distraitement sa robe. Je dois avouer que je ne m'attendais à recevoir un rapport urgent disant que tu te trouvais ici.

- Quoi, tu t'attendais à ce que je fuisse devant tes Mangemorts, railla Harry en jetant un regard dégoûté vers là où il avait laissé l'homme encapuchonné. D'ailleurs tu perds ton doigté, Tom, tes hommes tombent comme des mouches !

S'il pensait mettre l'autre en colère, celui-ci ne fit que hausser les épaules.

- Des jeunes recrues. Aujourd'hui était leur test, et je vois qu'ils ont échoués - lamentablement, continua-t-il nonchalamment, mais son regard se fit plus sombre et Harry en éprouva presque de la peine pour eux. Presque. Ils recevront un châtiment adéquate à leur échec, mais pour l'instant, ses yeux se posèrent à nouveau sur Harry, affamés, nous avons des choses à terminer toi et moi.

Harry sentit le feu lui monter aux joues, son esprit – le traitre – lui envoyant des souvenirs qu'il préférait de loin être enfoui au plus profond de son subconscient. Il fit involontairement un pas en arrière, causant le rictus du Seigneur Noir de s'agrandir. Il força ses jambes à s'arrêter et toisa l'autre.

- La seule chose que j'ai à finir avec toi, Tom, c'est de te mettre hors d'état de nuire ! Siffla-t-il haineusement, un sort fusant de sa baguette sans qu'il n'ait eu besoin de prononcer la moindre incantation. Il envoya un 'bombarda' en direction du mur à sa droite et n'attendit pas de voir le résultat. Il tourna les talons et se mit à courir.

Il n'était pas lâche. Il ne courrait pas pour s'enfuir. Il savait très bien que s'il entamait un combat avec l'autre sorcier alors que tant de gens étaient potentiellement encore présents – sans compter les Moldus – alors ils risquaient tous de devenir des dommages collatéraux.

Et ça, Harry le refusait. Malgré ce que ses amis pouvaient dire, ce combat était entre le Seigneur noir je-me-crois-mieux-que-tout-le-monde et lui !

Il pouvait presque entendre les autres le sermonner alors qu'il serpentait entre les ruelles : ne t'éloigne pas des autres Harry, il faut rester groupé Harry, qu'est-ce qui ne va pas dans cette chose quasi inexistante que tu appelles un cerveau Potter.

… Pas difficile de savoir de qui était la dernière, n'est-ce pas ?

Au moment de prendre un autre virage son pied glissa sur la flaque d'eau d'une canalisation brisée, et il sentit l'air électrique d'un sort fuser juste au-dessus de sa tête pour aller se perdre au loin. Haletant, il osa jeter un regard derrière lui et vit que l'autre le suivait toujours. S'il avait eu le temps de réfléchir, il se serait déjà demandé pourquoi il ne faisait pas de transplanage rapproché au lieu de courir, mais connaissant son sadisme c'était sûrement pour faire durer le plaisir.

Quoi qu'il en soit il n'avait pas le temps de se poser ce genre de questions. Déglutissant il se remit à courir de plus belle jusqu'à atteindre un bâtiment qui n'avait pas encore été trop touché. Il s'y engouffra et monta le premier escalier qu'il vit quatre à quatre. Il n'alla pas jusqu'au dernier étage – Voldemort pourrait très bien s'attendre à ce qu'il veuille mettre le plus de distance possible entre eux – mais s'arrêta au premier et se faufila dans une des premières pièces. Il se permit alors de reprendre son souffle, et regarda les nombreuses étagères qui parcouraient la grande pièce. Des livres par centaines s'accumulaient presque jusqu'au plafond, et il réalisa avec un temps de retard qu'il avait dût entrer dans la bibliothèque de la ville. Des pas pressés se rapprochant le firent sursauter en mouvements et il se dépêcha d'aller se dissimuler derrière une d'elles, son dos collé au bois alors qu'il se tenait près. Son cœur menaçait de sortir de sa poitrine, ses poumons étaient en feu, mais il refoula son stress et se força à prendre plusieurs longues inspirations dans le mince espoir de se calmer.

Il réussit … un peu, jusqu'à ce qu'il entende la voix de l'autre.

- Harry, Harry … ne penses-tu pas être un peu vieux pour jouer à cache-cache ? Railla le mage noir, ses pas traînants résonnants contre le parquet poli de la grande salle. Les vaines tentatives du jeune sorcier pour s'éloigner de lui auraient pût être mignonnes si il n'était pas capable de le suivre à la trace. La magie qui exsudait du jeune homme était comme une lumière dans la nuit et il ne s'en rendait même pas compte.

Il était comme la lumière qui attirait les papillons de nuit.

... Dommage qu'il était dorénavant le seul à pouvoir le sentir. Dumbledore aurait pût lui apprendre à la contrôler, si il n'était pas six pieds sous terre.

L'effort restait tout de même louable, surtout qu'il l'avait probablement fait pour l'éloigner de ses « amis ».

Cette sentimentalité allait devoir être revue si il arrivait à ses fins.

Harry écouta les bruits de pas claquer contre le sol dallé, son souffle se coupant quand, dissimulé dans l'ombre pour ne pas être vu, la silhouette élancée de Voldemort passa sans un regard dans sa direction, sa baguette tenue de façon nonchalante entre ses longs doigts, avant de continuer son chemin. Un frisson le parcouru. Si il arrivait à sortir de la pièce il aurait peut-être une chance de passer inaperçu.

C'est la gorge nouée et le cœur palpitant qu'il avança à pas de loup jusqu'au bout de l'allée, craignant à chaque seconde de voir l'autre mage apparaitre dans son champ de vision. Avec un pincement au cœur il regretta de ne pas être plus doué qu'il ne l'était au sort de désillusion. Hermione pouvait faire disparaitre n'importe qui ou n'importe quoi d'un coup de baguette mais c'était à peine si il arrivait à faire disparaitre ses sourcils. Et malgré ce qu'elle disait, il ne suffisait pas d'écouter en classe pour réussir.

Il y était presque. Plus que quelques mètres et il pourrait sortir en catimini.

Un autre mètre. Son cœur résonnait dans ses oreilles et il ne cessait de regarder par-dessus son épaule sans voir pour autant où se trouvait l'autre.

Il cria de surprise quand des cordes s'enroulèrent soudain autour de lui, coinçant ses bras contre lui et lui faisant presque perdre son équilibre. Heureusement pour lui il évita de s'étaler sur le sol, mais il ne put rien faire d'autre avant d'être projeté durement contre le bois dur d'une étagère, sa baguette valdinguant au loin. Son épaule émit un crac menaçant qui le fit crier de douleur, et sa vision se troubla quand ce fut au tour de sa tête de venir cogner contre le meuble. Affaibli et désorienté par le choc, tout ce qu'il put faire quand il fut rudement tourné fut de gémir, puis crier quand ses bras furent levés au-dessus de sa tête, maintenus par un lien invisible.

- Tut, tut, tut, voyons Potter, partir si tôt est tellement impoli, sermonna le Seigneur des Ténèbres, sa baguette tapant doucement dans sa paume. Nous venons à peine de commencer notre petit tête à tête. Il posa le bout de bois sous le menton du jeune sorcier et le força à relever la tête. Les yeux plissés sous la douleur lancinante de son épaule et de sa tête, Harry lança néanmoins un regard noir vers l'autre et siffla

- Va te faire voir, Tom.

Certes, en y repensant ce n'était peut-être pas la meilleure chose à dire alors qu'il était à la merci du plus grand mage noir de tous les temps (… encore), mais la douleur estompait la raison. Il s'en rendit compte au moment même où les mots sortait de sa bouche, et il en eu la confirmation quand les yeux carmins de l'autre s'étrécirent et que ses lèvres se pincèrent.

La brûlure sur sa joue était attendue, mais elle lui arracha tout de même un cri de surprise. Il serra les dents quand il fut à nouveau forcé de faire face à l'autre, le goût métallique du sang sur sa langue.

- Bien que j'apprécie ton insubordination dans la plupart des cas, commença Voldemort, je ne supporte pas ce genre d'insolence. Le ton sec, il resserra sa prise sur le menton du jeune homme, tirant une autre grimace à celui-ci. Suis-je bien clair ? Insista-t-il.

Harry se débattit, essayant tant bien que mal de se concentrer sur sa magie, en vain. Voldemort haussa un sourcil et étira ses lèvres en un sourire sardonique.

- J'allais oublier, il relâcha enfin sa mâchoire pour sortir quelque chose de sa cape. J'ai un petit cadeau pour toi. Il tendit le bras vers ses poignets prisonniers et un clic résonna. Une vague de froid se propagea dans tout son corps, avant de se concentrer juste au-dessus de son nombril et de se dissiper. A la question silencieuse de Harry, il ajouta

- Quelque chose qui m'assurera que tu ne pourras pas m'échapper comme la dernière fois.

Le sourire que lui lança le mage noir le glaça. Comment allait-il s'en sortir cette fois ? Il était seul avec lui, il avait justement fait bien en sorte de s'éloigner suffisamment des autres pour l'être, mais il n'avait pas pensé – du moins il avait fait taire cette idée – que ça pourrait tourner comme ça. Il déglutit, et tressaillit quand il vit une main se lever, s'attendant à recevoir une nouvelle fois un sort douloureux. Aussi il fut surprit quand la douleur à sa tête s'estompa au fil des secondes dans une douce lueur pâle. Il leva des yeux méfiants et surprit vers l'autre.

- Je ne peux pas te laisser dans cet état … du moins pas avant que j'en ai fini avec toi.

Bien sûr. Il aurait dû s'en douter de la part de l'autre. Cependant cela lui permit de retrouver un peu de contenance.

- Je n'ai pas envie de jouer à tes petits jeux sordides, Tom ! Prenant une grande inspiration, il puisa dans ses réserves.

'Ce que tu dois savoir en premier, c'est que cette magie puisera beaucoup plus dans tes réserves que les sorts basiques' lui avait dit Severus. C'est aussi pour cela que cette magie est considérée comme 'noire' parce que, plus un sort est puissant, plus il demande d'énergie et tous les sorciers ne savent pas contrôler cette énergie. Beaucoup en deviennent dépendant et plus ils l'utilisent plus elle devient comme une drogue pour eux'.

'La deuxième chose que tu devras avoir c'est l'intention. Savoir que tu veux utiliser un sort et en avoir la véritable intention sont deux choses bien distincte. Il faudra vouloir l'effet escompté.'

'… Pourquoi tu ne peux pas enseigner les potions comme ça ?'

Sa remarque lui avait valu des picotements dans le bras toute la journée mais Severus avait raison.

Le temps des enfantillages était finit. Il ne pouvait plus se contenter des sortilèges apprit à l'école ou même lors de leurs entraînements.

D'un coup il relâcha la magie qu'il avait accumulée dans ses mains, et il projeta en même temps Voldemort loin de lui avec un 'Repulso' informulé. Il ravala un cri quand ses bras retombèrent, presque sûr maintenant que quelque chose n'allait pas avec son épaule. Une main tenant fermement celle-ci – et ignorant le magnifique 'bracelet' que l'autre lui avait si gentiment offert – il se mit à courir.

Il n'était pas dupe. Il savait très bien qu'il n'arriverait pas à s'en sortir tout seul dans son état, mais dans son esprit il ne pouvait s'empêcher de penser à ce qu'il pourrait arriver si les autres … non, il ne devait plus penser comme ça, il avait besoin d'aide et d'urgence ! Avec une nouvelle détermination il leva sa main,

- Spero-

Son souffle fut coupé net. L'incantation fut terminée avant même qu'un simple souffle de fumée ne se forme. La grande porte de l'entrée de la salle se referma dans un grand bruit sec alors qu'il tombait au sol, l'isolant complètement et, avec la sensation piquante d'une autre magie effleurant sa peau et se propageant dans toute la salle, il sut d'instinct qu'il n'y avait plus d'issue possible.

Une main le retourna sur son dos, pressant sur son épaule blessée et lui arrachant un cri de douleur. Il essaya de se déloger, mais ses jambes et le bas de son corps étaient coincés par le corps plus lourd de l'adulte. Voldemort se pencha vers lui, rapprochant son visage du sien et, bien que son expression restait neutre, son regard, lui, le fit trembler. Haletant, son épaule brûlante de douleur, il dévisagea le mage noir qui avait l'outrecuidance de ne pas être ne serait-ce qu'un peu essoufflé. A le voir, on aurait dit qu'il ne faisait qu'une agréable balade pour se divertir.

… Ceci dit, pour lui c'était probablement le cas.

La puissante magie de Voldemort emplissait la pièce autour d'eux et Harry suffoquait presque sous celle-ci. Brûlante et tentatrice, elle était comme l'homme lui-même et Harry comprenait mieux comment tant de gens s'étaient retrouvés sous sa coupe.

'La magie noire peut être très addictive, Potter, fait très attention en l'utilisant qu'elle ne t'utilise pas à son tour.' La mise en garde de Severus résonna dans sa tête. Combien de personnes s'étaient laissé séduire par elle ? Par lui ?

Comme si il lisait dans ses pensées un rictus étira légèrement les lèvres de Voldemort et sa magie qui glissa contre la sienne se fit plus douce, plus séduisante.

- Je t'ai pourtant bien dit que je n'en avais pas fini avec toi, susurra-t-il, et il fallut un instant à Harry pour comprendre que l'autre parlait fourchelangue.

- Et je t'ai déjà dit que je ne voulais rien avoir à faire avec toi !

Si le bas de son corps était pris au piège, alors il allait utiliser la seul partie de son corps qu'il pouvait encore mouvoir. Priant Merlin pour que cela fonctionne il agrippa la robe de l'homme avec son bras valide, se redressa grâce à elle, et percuta sa tête avec celle de l'autre avec autant de force qu'il pouvait. Son cri de douleur se mêla à celui du mage noir et il fallut quelques instants à Harry pour réaliser qu'il pouvait sentir ses jambes.

Il se recula d'abord en glissant sur le sol lustré avant de se relever péniblement, ses yeux plissés et titubant tandis que sa vue peinait à revenir à la normale. Il recula encore quelques pas, jusqu'à que son dos vienne cogner la porte fermée. Il jura.

Non loin de lui Voldemort maudissait le jeune homme alors qu'il laissait sa magie faire son effet contre la douleur. Il savait que le jeune homme avait la tête dure, mais il ne pensait alors pas que c'était aussi littéralement. Un sifflement de colère lui échappa lorsqu'il vit le jeune impertinent se relever. Encore et encore il le défiait sans jamais se laisser faire. Un rictus étira ses lèvres cette fois il allait le faire ployer, et plus jamais il n'oserait se dresser contre lui. Il avait fini de jouer.

Trois pas rapide suffirent à le mener jusqu'à l'autre et il se délecta du glapissement qui lui échappa quand il se saisit de ses poignets pour l'immobiliser.

- C'est fois, siffla-t-il, je vais m'assurer de te briser pour de bon.