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Chapitre n°5 :
Un départ prématuré
[An 1 955 après J.C. / -80 avant Yavin]
Tel un point de réconfort au milieu de cette tragédie, la « dose » d'Idunn suivante était prévue quelques années standard après l'affreuse décision édictée par les Nornes. Sigyn put donc bénéficier d'un peu plus de temps auprès de sa famille, et elle en savoura chaque seconde.
Et lorsque l'heure fut venue, elle ne souffrit pas inutilement, comme cela lui avait été promis.
Vaheín voyait avec effroi sa mère vieillir de façon accélérée, le prix à payer lorsque l'on cessait de bénéficier des faveurs d'Idunn. Pour autant, Sigyn refusait de se laisser abattre, bien décidée à vivre pleinement jusqu'à son dernier souffle. La volonté de la voir mourir heureuse était l'unique raison pour laquelle Loki gardait le sourire, même si Vaheín se doutait qu'il s'effondrerait une fois son âme sœur partie.
Ce ne fut qu'une fois bien trop affaiblie pour goûter encore à la vie que Sigyn réclama que l'on abrège ses souffrances.
En ce jour sombre, même la météo était maussade. La pluie assombrissait l'horizon du paysage visible depuis les larges baies vitrées de la chambre conjugale des appartements occupés par Loki et Sigyn depuis toujours. Toute la famille était réunie au chevet de cette dernière – ou presque.
Odin n'était nulle part à proximité du centre des tragiques événements de la journée.
Cela enrageait Vaheín, mais elle rangea soigneusement cette froide colère dans un coin de sa tête pour ne pas gâcher les dernières minutes de vie de sa mère.
Loki était assis près d'elle, tenant sa main fripée dans la sienne. Vaheín pouvait ressentir tout l'amour qui les entourait, aujourd'hui plus que jamais, et elle tenta de se convaincre que la belle vie qu'avait connu Sigyn contrebalançait cette horrible fin.
Elle n'y parvint pas complètement.
Autour du ce lit funèbre, Frigga, Ërinn, Heimdall et Thor les accompagnaient pour ces derniers instants. Frigga avait été comme une seconde mère pour Sigyn, la recueillant sans réserve après le dramatique incident de la carbonite. Ërinn et Heimdall avaient été ses plus proches amis, la première présente à chaque étape de sa maternité, le second un incroyable interlocuteur à la connaissance quasi-infinie. Quant à Thor, même s'il avait été un peu moins proche de sa belle-sœur, cela ne l'avait jamais empêché de l'apprécier et de la respecter – et réciproquement.
Dame Alina, guérisseuse-en-chef du palais, serait celle qui administrerait la potion finale à cette femme dont elle avait autrefois sauvé la vie.
- Vous m'excuserez, je le sais, mais je n'ai plus la force de prononcer un discours, sourit faiblement Sigyn.
- Personne n'avait l'intention de vous réclamer une telle chose ! protesta Ërinn, les larmes aux yeux.
- Je vous aime, tous, souffla la mourante. Merci d'avoir été là pour moi, dans les pires moments comme dans les meilleurs.
- Maman..., couina Vaheín.
Immédiatement, Frigga vint l'entourer de son étreinte parfumée.
- Tout ira bien, ma chérie, la rassura Sigyn.
Le visage de Loki se crispa visiblement, mais il ne dit rien. Il n'en avait probablement pas le courage.
- Je quitte ce monde en paix et entourée de votre amour, conclut sobrement la condamnée.
Cela sembla être le signal que Dame Alina attendait, car elle avança vers sa patiente de longue date avec le gobelet de potion. Doucement, avec précaution, et avec l'aide de Loki, elle souleva la tête de Sigyn et l'aida à boire son contenu. Frigga resserra son étreinte sur sa petite-fille, comme pour l'empêcher de pleurer tandis que la phase finale se mettait en place.
Loki et Alina reposèrent délicatement la tête, couronnée d'une chevelure blanche et clairsemée, de Sigyn sur ses oreillers, et cette dernière ferma les yeux.
- Je vous aime..., répéta-t-elle faiblement.
Elle ne reprit pas d'inspiration. C'était terminé.
Sirannon Omek n'était plus.
Les jambes de Vaheín vacillèrent, mais l'étreinte de Frigga l'empêcha de toucher le sol.
