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LA BOÎTE DE PANDORE
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Coucou !
Merci à Marly McKinnon, Maya et Ccie, Sun Dae V et Tiph' l'Andouille pour leurs retours sur le chapitre précédent ! Comme d'habitude, petite dédicace à Pamphile.
Il s'agit du tout dernier chapitre, donc je vous remercie avec un peu d'émotion d'avoir suivi cette petite histoire jusqu'au bout. C'était un plaisir de lire vos réactions ! J'espère que vous apprécierez cette fin, et dans tous les cas, je vous dis à très vite pour d'autres publications, parce que j'ai bien l'intention de FINIR les projets que j'ai commencé haha.
Bisous, prenez soin de vous et... bonne lecture !
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oOoOo
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A Victoire Weasley,
43 Winston Way
Londres, Royaume-Uni.
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Lettre du 4 décembre 2029
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Chère Victoire,
Promis, cette lettre est la dernière que je ne t'écrirais jamais. Plus tard, je la confierai à Michelle pour être sûr qu'elle arrive jusqu'à toi. Peluche n'est pas digne de confiance et après tout, elle connaît ton adresse.
Pardon d'être parti si brusquement.
Après mon départ, j'ai passé plusieurs heures dans mon lit, les yeux vers le plafond, à me demander ce que je faisais encore en vie. Et puis j'ai entendu un grand BAM à ma porte. La voix de Michelle.
« Si vous ne répondez pas tout de suite, Mr Lupin, nous défonçons la porte !
— Vous... quoi ? »
Je me suis approché, à moitié sonné.
« Mr Rothschild a un bélier ! Les nazis n'ont pas peur de la violence !
— Mais je ne suis pas nazi !
— Ne dites pas de bêtises, Mr Rothschild, on a tous vu votre moustache à la fête des voisins l'année dernière !
— J'étais déguisé en Charlie Chaplin ! »
Profond soupir de l'autre côté de la porte.
« Ça n'explique pas le goût pour Wagner et les saucisses.
— Quel est le rapport entre les nazis et les... »
J'ouvre la porte en grand, trop fatigué pour éprouver de la colère.
Michelle, Leïla et Mr Rothschild qui tient un « bélier » à la main (c'est un balai-brosse), se figent devant moi. Mon cœur bat à cent à l'heure. Ma main actionne à nouveau la poignée comme un réflexe.
Michelle se précipite sur la porte pour la bloquer de son pied avant que mon bon sens ne me hurle de la refermer. Elle me fixe de ses yeux hagards. La chantilly montée sur sa tête ne ressemble plus à grand chose. J'essaie de pousser sur la porte mais ma voisine tient bon, plus forte, plus solide que moi, et j'abandonne tandis que cette vieille folle s'introduit contre ma volonté dans mon appartement.
« Êtes-vous allé la voir, Mr Lupin ?
— Je... »
Je me fige. Michelle a tout raconté aux autres. Je le vois dans leurs yeux, même dans ceux, fins et noirs, de Mr Rothschild qui se tient légèrement à l'écart, mi-curieux mi-gêné.
« Vous avez parlé ?
— Oui, on a... on a parlé.
— Ah ! »
Ils attendent des précisions, clairement, mais je ne vois pas ce que je pourrais leur dire.
« Elle s'est trouvé un banquier alpiniste qui a l'air charmant. »
Leïla baisse les yeux. Michelle s'est figée, stupéfaite ; son regard s'adoucit d'une compassion infinie. Je ne sais pas ce qui m'arrive. J'ai eu beau choisir une ironie mordante, presque détachée, à cet instant, c'est comme si ces mots déchiraient quelque chose en moi. Un poids m'oppresse la poitrine avec la force d'une évidence.
Je recule d'un pas.
« Merci Mr Rothschild, déclare ma voisine, vous pouvez ranger votre bélier, vous avez été bien utile.
— Comme vous voudrez, Michelle. »
Mr Rothschild emporte loin de nous son vieux balai-brosse.
Toute la fatigue du monde me pèse soudain. Je titube dans mon salon sous le regard inquiet de Leïla, trouve avec soulagement mon vieux canapé, je me sens tomber alors que tes paroles me giflent en pleine figure.
Je suis avec le même homme depuis trois ans.
Michelle s'assied à côté de moi. Leïla s'éloigne précipitamment, revient une minute plus tard armée d'une fournée de scones, fait chauffer de l'eau dans ma cuisine. Mon autre voisine me regarde avec une douceur que je ne lui connais pas.
« Elle a refait sa vie », je souffle d'une voix brisée.
Je pourrais lui dire que c'est de sa faute. En envoyant les lettres, Michelle a déchiré l'illusion. Elle a libéré les maux et m'a refusé l'espoir. Un espoir vain, bien sûr, elle le sait puisqu'elle vit avec chaque jour. Un espoir qui doit la ronger plus que je ne l'imagine.
Ne fais aucune erreur : je ne suis heureux que tu ailles bien, que ta vie soit belle, que tu ne gardes pas de moi la moindre séquelle. Je savais que ça allait me faire mal, je l'ai toujours su, je tire un trait sur une partie de ma vie, une partie de moi. Je ne cesse de dire qu'il faut que je le fasse mais ce ne sont que des mots. Mon seul acte de courage, ce sont mes cheveux verts.
« Je suis désolée, Teddy », murmure Michelle.
Ma main pioche dans le panier de scone, j'en saisis un sans réfléchir, l'engloutis pour ne pas avoir à lui répondre.
Désolée.
« Vous n'aviez aucun droit d'envoyer ces lettres. »
Elle me regarde, déstabilisée.
« Je voulais simplement... Je voulais vous aider. Vous avez le droit au bonheur, vous aussi. »
Que croyait-elle ? Qu'en jouant la marraine qui tire les ficelles en coulisse, l'histoire se finirait comme un conte de fée ?
« La réalité est décevante, je lâche sans freiner ma colère. Je pensais que vous, plus que tout le monde, vous le saviez.
— Je ne pense pas qu'elle...
— Oh si, elle l'est. Ouvrez les yeux, Michelle. Votre fils n'est plus là. Ravioli n'est plus là. Victoire est... »
Michelle aurait pu me gifler et j'aurais compris. A la place, elle pose sa main sur mon épaule. Mes genoux s'enfoncent contre mon torse comme si j'avais voulu disparaître à travers le dossier du canapé.
« C'est simplement qu'on a plus tendance à se focaliser sur ce que l'on a perdu, plutôt que ce que l'on a retrouvé. »
Derrière la banalité de la déclaration, sa tendance notoire à l'ingérence, son caractère imprévisible, je lis sa tristesse et son espoir. Elle m'attire à elle et je suis comme un gamin entre ses bras, soudain incapable d'éprouver de la colère.
« Vous n'êtes pas seul, Mr Lupin, et moi non plus. »
Elle finit par se lever sans un mot, comme si elle m'avait dit tout ce qu'il y avait à dire, et je reste sur le canapé, seul, à savourer le calme. J'aperçois Leïla dans l'encadrement de la porte qui s'approche avec prudence, s'assied sur un fauteuil à l'écart. Elle s'arrache nerveusement des petits bouts de peau avec ses ongles. Je pourrais briser le silence entre nous mais je ne sais pas quoi lui dire qu'elle n'aurait pas déjà compris.
« Tu n'es pas tout à fait comme moi, pas vrai ? »
Mon cœur manque un battement. Je m'attendais à tout, sauf à cette question.
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
— Ton bâton qui fait de la lumière, ta couleur de cheveux toujours différente, la façon dont tu as collé ces affiches... »
Alors c'est cela qui l'intéresse ? Ni mon passé, ni mes déboires sentimentaux ? Et après tout, qu'est-ce que ça change qu'elle le sache ?
« Je suis un agent secret très particulier. »
Je m'attends à ce qu'elle éclate de rire mais Leïla se contente de soutenir mon regard.
« Prouve-le. »
Elle ne me croit pas. Peu importe. Après tout, à quoi bon toujours mentir ? Mes cheveux prennent devant elle la couleur d'un bouquet de menthe, ma couleur préférée depuis toujours.
Leïla recule si loin que son fauteuil percute le mur derrière elle.
« Je peux même te faire le rose saumon. Cadeau de la maison. »
Je ne sais pas ce qui me passe par la tête, c'est peut-être tes mots, l'absurdité de ma vie, mais je n'attends pas qu'elle se remette des révélations et lui jette un regard de défi, lui parle sans me presser, afin qu'elle intègre chaque mot que je vais prononcer.
« T'as raison, je ne suis pas un agent secret, Leïla, je suis un sorcier. Mes cheveux changent de couleur si j'en ai envie. Mes deux parents sont morts à la guerre, je ne les ai jamais connus. Il y a quelques années, je suis tombé dans la drogue, j'ai perdu mes amis et j'ai perdu la fille que j'aimais. J'ai beau essayer d'en faire quelque chose, ma vie reste un champ de ruines, dépourvue du moindre sens. Tu veux toujours le faire, ce dîner ? »
Elle se tait en soutenant mon regard.
Je ne sais pas pourquoi mon cœur bat si vite alors qu'elle me regarde encore.
« Suis-moi. »
Leïla se lève sans attendre ma réponse, je ne peux que lui obéir, comme une marionnette suspendu à un fil. Je grimpe les escaliers derrière elle, me faufile à mon tour dans son appartement.
Son studio n'est pas large mais clair et lumineux, mieux aménagé que le mien. A l'intérieur, une bibliothèque pleine de livres et au-dessus, une rangée de photos immobiles dépeint un groupe d'amis souriants et heureux. Les murs sont parsemés de citations assez banales, mais positives et motivantes.
"La vie, ce n'est pas attendre que les orages passent, c'est apprendre à danser sous la pluie." Sénèque
"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait." Mark Twain
"L'obstination est le secret de la réussite." Charlie Chaplin
Je suis plus du genre à me moquer qu'à les interpréter au premier degré, pourtant je me tais devant le poster en noir et blanc d'un homme à moustache.
« Mr Rothschild m'a offert celui-là, dit Leïla avec un sourire.
— Tu m'as ramené ici pour me convaincre à travers les grands penseurs ? »
Elle secoue la tête, s'approche du coin cuisine et en détache une photo qu'elle me la tend sans un mot. Si je ne reconnais pas immédiatement le lieu, quelques secondes d'observation me suffisent à constater qu'il s'agit de ce que les moldus appellent une piste d'athlétisme. La photo est prise juste au niveau de l'arrivée. Une fille plus jeune que Leïla se jette sur la ligne, en avant, les bras levés, une expression de pur bonheur plaquée sur le visage. Il n'est pas difficile de comprendre qu'elle a gagné.
La fille est Leïla, bien sûr, mais c'est une Leïla différente, et je sursaute en entendant sa voix à côté de moi.
« Ça n'a peut-être pas grand chose à voir, mais je sais ce que c'est d'arrêter quelque chose que tu ne veux pas arrêter. Que tu donnerais tout pour continuer.
— La course ? je demande doucement, plus pour la relancer que parce que j'ignore la réponse.
— J'étais au sommet de ma forme. Les championnats du monde arrivaient. J'étais sélectionnée, tu te rends compte ? Un rêve qui devient réalité. »
Elle baisse les yeux.
« Quand je me suis blessée, je ne voulais pas y croire. Je ne pouvais pas imaginer que mon corps puisse me trahir à ce moment précis, alors j'ai décidé de ne pas l'écouter. J'ai continué à courir quand même. Ignorant qu'en réalité, c'était moi qui étais en train de trahir mon corps. »
Mes yeux s'attardent un instant de trop sur la citation de Charlie Chaplin.
« J'ai trop forcé. Je ne peux plus courir. Sur des petites distances, oui bien sûr, mais pour ce qui est de la vitesse, mes tendons sont devenus trop fragiles, mes pieds ne peuvent pas suivre. Lourde opération chirurgicale à deux semaines du championnat. Alors se reconstruire sur des ruines, Teddy, je connais. »
Leïla prend une profonde inspiration.
« Il n'y a rien de plus dur, mais on y arrive, et ça aide d'être bien entouré. Si tu veux, on peut juste devenir amis... pour commencer. »
Je frissonne.
Les photos qui parsèment les murs, tout comme les mots qu'elle vient de prononcer, me font réaliser tout ce que j'ignore d'elle.
« On pourrait », je murmure.
Elle sourit et c'est un sourire simple et sincère, qui fait fondre un noyau au creux de mon ventre.
« On dîne quand alors, demain soir ? » demande-t-elle.
Tu sais, Victoire, longtemps j'ai eu l'impression d'être pris au piège de ma vie. Je déroule un rêve brumeux, figé au milieu des et si. Et si je ne t'avais pas trahi. Et si je n'avais pas fait n'importe quoi. Je n'en serais pas là, maintenant, à Eastbourne, au chômage dans un appartement miteux. Mais je ne suis plus si sûr de vouloir être ailleurs.
En regardant Leïla, une idée nouvelle me traverse.
Et si je dis oui.
« On peut dire ce soir, à vingt heures. Je n'ai pas envie d'attendre. »
Son sourire reste gravé en moi, empreint de la couleur de la nouveauté, et je me surprends à la savourer.
Juste avant de la rejoindre au petit restaurant de fruits de mer, j'avance pieds-nus sur le sable froid. L'air glacial m'éclaircit l'esprit, ou me le gèle agréablement. Je prends une poignée de sable et en éparpille les grains qui s'envolent au loin.
J'ai compris aujourd'hui que je t'aimerais toujours ou plutôt, que j'aimerais toujours l'idée de toi et moi sans les drames. J'aimerai à jamais ce qu'on aurait pu être, mais je dois aussi en faire le deuil. Parce que toi et sommes le passé et non l'avenir. Tu es un joli rêve mais justement, Victoire, tu n'es qu'un rêve et si la blue m'a appris quelque chose, c'est que les rêves ne remplissent pas. Parfois, les rêves vous trahissent, ils se changent en cauchemars et il faut bien se réveiller un jour...
Tout ce que je te souhaite, Victoire, c'est d'être heureuse. Je te promets de faire ce que je peux de mon côté. Les choses pourraient être pires. J'ai des réserves de scones, des gens qui tiennent à moi, d'infinies plages à explorer et un dîner qui m'attend.
Sans parler des quarante-neuf ans de Michelle qui arrivent bientôt ; avec Leïla, on réfléchit à lui offrir un hamster.
Salue ton banquier alpiniste de ma part, s'il est dans le coin.
Avec tout mon amour (une toute dernière fois),
Teddy
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(FIN)
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