Merci à Namerra, Wado21, Yz3ut3, soodarling, Elowlie, Maddie42, Pakalos et Blondie81 pour vos reviews.

Bonne lecture.


Chapitre 59

Le tournant

"Sanji ! Le traitement a fonctionné, les bactéries ont disparu !"

Le blond se retourna d'un bloc vers le médecin qui venait de faire irruption dans sa cuisine, les yeux écarquillés. Il était en train de faire mijoter un bouillon qui agrémenterait ses légumes pour le déjeuner et ne l'avait pas entendu approcher, perdu dans ses pensées. Sa nuit puis son réveil auprès du sabreur occupait en effet toute son attention depuis qu'il avait ouvert les yeux et avec la multitude d'évènements qui s'étaient enchainés, il avait même presque oublié qu'il avait pris la veille la dernière dose du traitement concocté par Franky avant de tenter de faire atterrir la navette.

"Je, euh… Tu es sûr ? balbutia-t-il finalement, déboussolé.

- Absolument certain ! Les analyses sur les échantillons tests montrent que le nombre de bactéries a drastiquement diminué et j'ai demandé à Law de le confirmer. Il est arrivé à la même conclusion !"

Le cœur battant, Sanji dévisagea sa marmite et, sans réfléchir, s'avança au-dessus du liquide bouillonnant pour inspirer à fond, les yeux fermés. Il n'avait rien senti de différent depuis ce matin et il avait préparé le petit déjeuner de la même manière que d'habitude, c'est-à-dire en se fiant à sa mémoire et à sa vision plutôt qu'à ses autres sens. Mais peut-être était-ce parce qu'il avait été distrait ? Sanji inspira plus fort encore mais après plusieurs secondes à respirer profondément pour tenter de percevoir les épices du bouillon, hormis la vapeur qui lui brûlait légèrement le visage, il ne perçut rien.

"Je ne sens aucune différence, avoua-t-il en jetant un coup d'œil au petit renne, inquiet.

- Les bactéries sont peut-être encore déposées sur tes cellules mitrales même si elles ne fonctionnent plus. Il faudra probablement un peu de temps pour que ton organisme les expulse, le rassura le médecin.

- D'accord…

- Est-ce que tu veux que je t'examine pour en être sûr ? lui demanda son ami devant son air déconfit.

- J'aimerais bien, admit le blond. Je sais que tu as vérifié avec Law mais si tu le vois directement sur mon corps, je serais plus tranquille.

- Ça ne prendra qu'un instant pour te prélever quelques cellules !"

Chopper se dirigea avec entrain vers l'infirmerie et le cuisinier déposa aussitôt ses ustensiles pour le suivre après avoir coupé le feu sous sa marmite. Comme il s'asseyait ensuite sur le lit, le petit renne prépara son kit de prélèvement avant de grimper sur un tabouret pour être à hauteur du visage de son patient. Quelques secondes plus tard, il retira le long coton tige de son nez et le déposa dans un tube à essai.

"Law peut regarder directement à l'intérieur de ton bulbe olfactif avec une room si tu le souhaites, lui offrit le médecin en mettant à chauffer sa préparation.

- Non, je te fais confiance. Si tu me dis que tu observes la même chose, ça suffira.

- Pas de problème, je n'ai besoin que de quelques minutes.

- Parfait, je vais attendre."

Chopper hocha la tête avant de rajouter un liquide dans son tube à essai et Sanji s'efforça de souffler, laissant son regard se perdre au-delà du hublot de l'infirmerie pour s'occuper. Ses pensées dérivèrent alors à nouveau vers ce qu'il avait partagé la veille avec Zoro et le cuisinier se sentit se détendre. Il avait beau être terriblement nerveux par rapport à ce que le petit renne allait lui annoncer, c'est vers le sabreur plus que toute autre chose que son esprit le ramenait.

Zoro n'avait pas eu besoin qu'il retrouve ses sens pour désirer son corps et avoir envie de posséder son cœur. C'est pourquoi Sanji avait totalement lâché prise la veille. Porté par la journée incroyable qu'il avait vécue, il avait su qu'il ne trouverait pas de meilleur moment pour sceller sa nouvelle relation avec l'escrimeur et lui communiquer tout l'espoir qui l'animait à cette perspective. Qu'il retrouve son goût et son odorat ou pas ne changerait rien à ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Zoro le respectait au-delà de ses compétences et de sa fonction. Il ne s'arrêtait pas à une simple vision de cuisinier qualifié ou de combattant efficace, il le percevait de manière entière parmi la myriade de facettes que Sanji pouvait laisser entrevoir, et même s'il n'était parfois plus tout à fait le même.

Ce n'était d'ailleurs pas si étonnant. Le blond lui-même ne s'était jamais dit que son estime pour le sabreur avait diminué en constatant qu'il lui manquait un œil, au contraire. Il avait admiré son compagnon parce que cette blessure n'avait jamais été une excuse et Zoro avait dépassé son handicap pour porter fièrement sa cicatrice comme la preuve de sa progression vers son but.

Alors si le cuisinier devait dire adieu à deux de ses sens, il ferait de même. Il prouverait à quiconque en douterait qu'il n'avait pas besoin de son odorat ni de son goût pour continuer à être le meilleur cuisinier pour son équipage. Et ça ne l'empêcherait pas de trouver All Blue ni d'en profiter. Il découvrirait une autre façon de l'apprécier et s'il ne pouvait pas goûter lui-même aux trésors de cet océan légendaire, il savait que lire leurs effets sur le visage de ses compagnons compenserait largement ce manque.

Bien sûr, Sanji espérait de tout son cœur récupérer ses sens. Il ne se souvenait même plus de toutes ces années où respirer les odeurs et décoder les saveurs faisaient partie de son quotidien de manière toute aussi naturelle que respirer. Il n'avait jamais pris le temps d'apprécier ce cadeau pourtant indispensable avant d'en être privé. Il avait ainsi la sensation de découvrir une nouvelle raison pour laquelle il pouvait se montrer reconnaissant envers ce qu'il possédait déjà.

Il en appréciait d'autant plus tous les détails auxquels il n'avait jamais porté attention auparavant et qui participaient pourtant à toute la saveur de sa vie au même titre que ses plus grandes avancées : la chance de ne jamais avoir abîmé ses mains malgré tous ses combats depuis son enfance. La chance de ne pas souffrir des conséquences de son vice, la cigarette. La chance d'être témoin chaque jour des pitreries de l'équipage. De sentir la caresse du soleil sur sa peau et de pouvoir contempler la mer à l'infini. D'avoir un corps peut être imparfait pour certains mais qui n'en était pas moins d'une résistance extraordinaire.

"L'analyse est formelle ! Les bactéries sont en train de mourir et certaines se sont déjà détachées de ton bulbe olfactif ! Tes cellules ont un aspect tout à fait normal, ce n'est plus qu'une question de temps, Sanji !"

Le petit renne s'était tourné vers son ami, rayonnant, et le cuisinier lui rendit son sourire, tout aussi radieux. Il ne s'en était pas vraiment aperçu jusqu'à maintenant, mais il se sentait plus fort aujourd'hui également. Prêt à affronter son destin. Car quoi qu'il se passe désormais, le blond ferait face. Parce qu'il n'était pas seul et parce qu'il possédait suffisamment de ressources en lui.


"Capitaine !"

Law chancela sous le poids de son navigateur qui s'était jeté dans ses bras mais il ne put s'empêcher de sourire malgré lui : son équipage lui avait terriblement manqué. Sans en avoir l'air, le chirurgien avait guetté toute l'après-midi l'arrivée du sous-marin, prétextant avoir besoin de prendre l'air pour arpenter la plage. A peu près à l'heure dite, l'appareil avait percé la surface des eaux et Law avait senti son cœur s'apaiser à cette vision familière. Il n'avait ensuite pas fallu longtemps pour que l'écoutille s'ouvre et que ses compagnons se précipitent à sa rencontre.

"Ça a l'air d'aller beaucoup mieux ! se réjouit Shachi en arrivant à sa hauteur pour le saluer à son tour.

- C'est le cas mais le traitement que je prends est loin d'être terminé, répondit le chirurgien comme Bepo continuait de se frotter à lui avec bonheur.

- On a ramené tout ce que le médecin des chapeaux de paille a demandé ! lui apprit Penguin en désignant un énorme sac dans les bras de Jean Bart.

- C'est une bonne nouvelle, nous arrivions vraiment au bout de leurs réserves. Comment y êtes-vous parvenus d'ailleurs ? Dois-je m'attendre à voir débarquer la Marine ou des pirates en colère que vous auriez volés ?

- Non, non, on a fait très attention, Capitaine ! lui assura Shachi. On s'est servi dans une banque et on a troqué quelques objets !

- Quel genre d'objets ? s'étonna Law. Nous ne possédons rien de si précieux.

- Oh, vous savez, des choses qu'on a trouvées ici ou là…"

Le chirurgien haussa un sourcil mais avant qu'il n'ait pu questionner davantage son ami, Penguin se mordit les lèvres.

"On n'a pas pu éviter de passer par un hôpital aussi, lui avoua-t-il. Tout ce qui est petit matériel est introuvable ailleurs... Mais on sait que ces établissements n'ont pas beaucoup de moyens alors on a vraiment pris le minimum et on leur a laissé de l'argent de la banque !" ajouta-t-il devant les sourcils froncés de son capitaine.

Tous les pirates de l'équipage des Heart savaient que Law n'aimait pas s'en prendre aux hôpitaux publics. Sans doute par respect pour le travail de ses parents et sa propre expérience, il savait que le personnel y était souvent en difficultés financière autant que matérielle alors il mettait un point d'honneur à ne pas les accabler davantage. A leur plus grand soulagement cependant, le chirurgien ne sembla pas leur en vouloir.

"Je vous remercie d'avoir fait ce déplacement même si j'aurais aimé être inclus dans la décision, leur fit-il finalement remarquer.

- Il n'y avait pas de temps à perdre, Capitaine, on ne voulait prendre aucun risque, soupira Shachi. Et puis…"

L'équipage échangea un coup d'œil et le chirurgien les interrogea du regard.

"Eh bien ?

- Le Capitaine aurait dit non et on aurait dû aller à l'encontre de son ordre, compléta alors l'ours polaire.

- Bepo !"

L'ours cligna des yeux comme l'équipage le foudroya du regard et face à eux, Law fronça le nez.

"C'est bien ce que je craignais. Vous êtes prêts à passer outre ma permission malgré ma fonction.

- Ce n'est pas ça, Capitaine, tenta de lui expliquer Penguin.

- C'est juste que c'était plus prudent, insista Shachi. Être malade sur Grand Line, c'est vraiment dangereux, vous nous le dites souvent !

- Le Capitaine ne se préoccupe pas assez de lui-même, c'est normal qu'on le fasse pour lui", intervint à nouveau Bepo.

Estomaqué, Law se tourna vers lui tandis que le reste de leurs amis grimaçait franchement. Même si le navigateur n'avait pas tort, c'était une mauvaise idée de l'évoquer si ouvertement devant le concerné.

"Je sais parfaitement m'occuper de moi-même. Je suis médecin, rappela ainsi sèchement le chirurgien à son second.

- Si quelqu'un d'autre de l'équipage avait été dans le cas du Capitaine, il n'aurait pas hésité mais pour lui-même, c'est différent", pointa Bepo.

Law referma sa bouche qu'il avait ouverte, n'ayant soudain rien à répondre, et l'ours eut un immense sourire.

"Je savais que Chapeau de paille serait le seul à pouvoir faire entendre raison au Capitaine si nécessaire ! C'est pour ça que je lui ai confié le Capitaine !"

Cette fois, le chirurgien s'offusqua.

"Je n'ai pas besoin d'être confié à qui que ce soit et surtout pas à Chapeau de paille ! Hormis Eustass-ya, il est sûrement le plus inconscient concernant sa santé et la prise de risques !

- Concernant le bien-être du Capitaine, Chapeau de paille est le plus à même de réussir quand l'équipage n'est pas là", insista Bepo.

Law fusilla son navigateur du regard à son tour et entre eux, Penguin se racla la gorge.

"En tout cas, Chapeau de paille a… Enfin, euh, il s'est bien occupé de vous visiblement.

- Qu'est-ce que tu racontes ?!"

Penguin recula d'un pas devant le regard noir du chirurgien à présent braqué sur lui et Shachi fit un geste timide dans sa direction.

"On avait l'impression que vous alliez mieux, Capitaine. Ce n'est pas le cas ?

- Bien sûr que je vais mieux, Tony-ya est un médecin compétent mais ça n'a rien à voir avec le fait que Chapeau de paille se soit occupé de moi ! Cet idiot n'a absolument rien fait d'utile et même lui demander de changer des pansements s'est avéré être une mauvaise idée !

- On disait simplement que Chapeau de paille, en tant que Capitaine d'un autre équipage allié, vous avez bien traité", précisa alors Jean Bart.

A ces mots, Law se figea brutalement.

"Oh. Oui, c'est… Dans l'ensemble, c'est le cas, reconnut-il. Je n'ai pas à me plaindre hormis… Enfin, peu importe."

Ses hommes échangèrent un autre long regard et le chirurgien se passa une main sur le visage.

"Dites-moi qu'on peut repartir, soupira-t-il finalement.

- On aimerait bien mais le sous-marin est au bout de ses forces et nous aussi, répondit Penguin, embarrassé.

- On a eu le médecin de l'équipage des chapeaux de paille à l'escargophone et son capitaine veut faire une fête ! lui annonça alors Bepo avec enthousiasme.

- Encore ? Mais il sort tout juste d'un festin ! leur fit remarquer Law, incrédule.

- L'équipage apprécierait une petite pause, Capitaine, insista son ours, les yeux larmoyants.

- Les chapeaux de paille organisent toujours des fêtes réussies, ajouta Jean Bart.

- Leurs plats sont délicieux et ils sont vachement généreux, approuva Penguin.

- Sans compter les divertissements ! renchérit Shachi.

- Très bien, j'ai compris, s'agaça le chirurgien. Amusez-vous avec Chapeau de paille si ça vous chante mais on repart aussitôt que le sous-marin sera en état de prendre la mer et j'y veillerai personnellement."

Sur ce, Law les dépassa en direction de son bâtiment et son équipage l'observa s'éloigner, un immense sourire aux lèvres.

"Merci, Capitaine !"


Law téléporta un nouveau tournevis vers lui, contrarié. Il ne savait pas si c'était la chaleur régnant dans son sous-marin qui lui tapait sur les nerfs mais il avait déposé son manteau et sa casquette avec son nodachi sur une chaise en pénétrant dans la salle de navigation pour évaluer les réparations. Rapidement, il avait ensuite été chercher la boîte à outils de l'équipage et s'était mis au travail. Cela faisait bien deux heures qu'il avait commencé maintenant mais il n'en voyait pas la fin.

Ses compagnons n'avaient pas menti en affirmant que leur sous-marin avait souffert. Les réserves de carburant étaient au plus bas, les niveaux d'huile et de vidange tout autant, et les panneaux de contrôle avaient été ouverts ici et là, sans doute pour réparer sommairement des courts-circuits causés par le surmenage de l'appareil. Même la charpente extérieure était endommagée et Law devrait sans doute faire hisser totalement le sous-marin hors de l'eau pour vérifier son étanchéité. Dire qu'ils avaient dépensé tous leurs berries quelques jours seulement auparavant pour le remettre en état…

L'engin avait vraisemblablement été poussé à ses limites et Law savait que c'était pour mieux remplir la mission que son équipage avait mené pour lui mais il ne pouvait s'empêcher d'être agacé à cet instant car il se rendait compte qu'un ou deux jours de réparation seraient forcément nécessaires. C'était un ou deux jours supplémentaires à passer sur cette île et surtout, avec les chapeaux de paille.

Le chirurgien n'en pouvait plus. Jusqu'ici, il avait assez bien toléré leur compagnie mais il arrivait à saturation. La musique du squelette le crispait autant que le silence de l'homme poisson lorsqu'il se trouvait parmi eux sur le pont. Les cris apeurés du sniper et ceux de colère de la navigatrice le faisaient grincer des dents. Les danses et les poses invraisemblables du cyborg le désolaient. Même l'empressement du petit renne à soigner ses amis l'excédait désormais. Il ne supportait plus la nonchalance du sabreur et le cuisinier de l'équipage était une énigme qui avait fini par le lasser au vu de sa propension à s'affranchir mystérieusement de ses tourments. Pour sa part, l'archéologue l'avait franchement exaspéré la veille mais le pire demeurait néanmoins leur capitaine. Le chapeau de paille lui sortait par les yeux avec son sourire démentiel plaqué sur le visage à tout bout de champ, sa compréhension insupportable des exigences incohérentes du chirurgien et son amour démesuré dont il ne savait que faire.

Law déposa soudain son tournevis et ferma les yeux, laissant sa tête tomber contre le panneau de commandes froid qu'il était en train de dévisser. Il n'était pas dupe de ses ressentis et il savait pourquoi les chapeaux de paille et leur joie de vivre l'insupportaient à ce point aujourd'hui. Parce qu'ils étaient tout ce qu'il était incapable de devenir, et leur capitaine en tête. Une confiance indéfectible entre eux qui leur donnait la force de se dépasser individuellement. Une foi inébranlable en l'avenir. Une détermination qu'aucun obstacle ne parvenait à émousser.

A l'inverse et malgré sa volonté de forcer le destin, le chirurgien ne parvenait pas à dépasser ses doutes. Il craignait trop son futur et ce qu'il impliquerait. En dépit de ses envies, il redoutait de faire le mauvais choix et de le regretter le reste de sa vie. Il en résultait une colère qui couvait depuis sa fuite face au garçon au chapeau de paille dans l'infirmerie du Sunny et qui avait fini par éclater au retour de son équipage, catalysé par sa discussion avec Nico Robin. Comme s'il pouvait demander de l'aide à quiconque concernant ses appréhensions et ses questionnements. Personne ne pouvait l'aider car le dilemme qu'il vivait était lié à sa propre personne et quand bien même une âme charitable lui offrirait ses conseils, ils n'auraient que peu d'intérêt. Law était seul face à son destin depuis son enfance et personne ne pouvait prendre sa place.

Une vague d'amertume le submergea à cette pensée et il reprit rageusement son tournevis pour déplacer totalement le panneau des commandes qui ne tenait plus qu'à moitié. Qu'avait bien pu fabriquer son équipage ?! Ils n'avaient quand même pas arraché le panneau pour vendre des fils ou des pièces du sous-marin ?!

Law posa brusquement le morceau de tôle sur le sol et examina les composants avec attention. A première vue, il ne manquait rien mais il voulait tout de même vérifier l'intégrité des puces électroniques et il s'apprêtait à téléporter une pince lorsque la porte de la salle de navigation s'ouvrit brutalement. Sous la force du nouvel arrivant, elle rebondit même contre le mur opposé et le métal grinça à nouveau.

"Hé, t'es là, je t'ai cherché partout ! La fête a déjà commencé, qu'est-ce que tu fais ici tout seul ?!"

Law sentit ses yeux s'écarquiller avant que sa fureur ne s'embrase comme un volcan depuis le fond de son ventre jusqu'à sa tête en passant par son cœur, le submergeant instantanément. Évidemment, il fallait que le Chapeau de paille le pourchasse jusque chez lui sans aucune considération pour ce que lui désirait. De la maîtrise. Du calme. De l'apaisement. Tout ce que l'autre capitaine était incapable de lui apporter étant donné les montagnes russes d'émotions que sa seule présence déclenchait.

"Qu'est-ce que tu fais ici, je n'ai pas demandé de baby sitter à ce que je sache !"

Luffy cligna des yeux devant la silhouette du capitaine des Heart qui s'était brutalement retourné vers lui, le regard noir. Il remarqua que son poing droit tremblait autour de son tournevis qu'il tenait bien trop fort et que son corps tout entier semblait irradier de colère. Le garçon au chapeau de paille fit aussitôt un pas dans sa direction.

"Qu'est-ce qui t'arrive, ça va pas ?

- Ne t'approche pas !"

Luffy se figea, sentant la tension se déverser brutalement entre eux. Face à lui, le souffle court de l'autre capitaine lui rappelait celle d'un animal aux abois et il prit soin de respecter la distance que Law avait exigé. Il planta ensuite résolument ses yeux dans les siens.

"Dis-moi ce qui se passe, Traf. Je peux t'aider."

A ces mots, la fureur du chirurgien sembla s'amplifier et son regard se durcit comme le tournevis se brisait dans sa main droite. Pour autant, Luffy ne détourna pas les yeux.

"Je peux t'aid-

- La ferme ! Pour une fois dans ta vie, ferme-la, espèce de crétin ! hurla soudain le chirurgien de la mort, fou de rage. Tu ne peux pas affirmer des mots pareils alors que tu ne sais rien ! Tu ne peux pas sauver le monde simplement parce que tu en as envie alors arrête de croire que tu vas pouvoir aider la terre entière !

- Je ne veux pas aider la terre entière, répliqua calmement Luffy. Je veux t'aider, toi.

- Je t'ai dit de la fermer !

- Non."

Le ton ferme du garçon au chapeau de paille obligea Law à se reconcentrer et il l'examina un instant, la respiration saccadée et le cœur cognant allégrement dans sa poitrine sous l'effet de l'ouragan de ses émotions. Luffy le contemplait droit dans les yeux et le chirurgien comprit qu'il ne changerait pas d'avis. Luffy ne savait pas se taire et il était le plus inflexible des hommes lorsque sa décision était prise. Il insisterait et reviendrait à la charge, encore et encore. Il continuerait de le harceler tant est si bien que Law finirait par craquer. Le chirurgien allait rendre les armes et ensuite, il ne pourrait plus rien faire. Le destin allait le broyer encore une fois.

Un éclair de rancœur et de douleur pure traversa alors le capitaine des Heart de part en part. Il ne permettrait plus qu'on se serve de lui de cette manière.

"Room."

Une sphère bleue envahit la salle de navigation et dépassa le sous-marin, englobant une bonne partie de la ville et du port. Face à lui, Luffy se contenta de continuer à le fixer en silence et Law lui rendit son regard.

"Shambles!"

Le capitaine de l'équipage au chapeau de paille disparut et un goéland en plein vol se matérialisa à sa place, virant brutalement de bord dans un cri.

Law n'entendit pas un bruit lorsque le corps de Luffy heurta l'océan.


Law refuse encore de s'ouvrir mais dans le prochain chapitre, il devra aller au bout de ses pensées cette fois. Ça va remuer !