- Albus, nous devons parler
- Pas maintenant, Severus, je suis occupé.
- Albus, c'est important.
- Venez me voir pour le thé samedi.
- ALBUS ! Maintenant.
Le Directeur posa le parchemin qu'il lisait sur la pile de paperasserie qui ne cessait d'augmenter depuis le début de l'année scolaire à sa gauche et regarda son Maître des Potions d'un air grave.
- Bien, je vous écoute.
Severus se leva et commença à arpenter la pièce de long en large. S'arrêtant devant une étagère couverte de bibelots en tous genres, magiques et moldus, il soupira profondément et se tourna vers son employeur.
- Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
Il émit un bref rire sans joie en reprenant les propres mots de Miss Granger.
- Mardi soir, la semaine dernière, je terminais ma ronde et revenais vers mes quartiers, quand j'ai trouvé Miss Granger le visage en sang qui remontait des donjons après le couvre-feu, naturellement.
- Que faisait-elle là ? Et qui l'a agressée ? Pourquoi n'y a-t-il pas de rapport disciplinaire sur cet incident ?
- J'y arrive, un instant. Voyant le sang sur son visage, j'ai résisté à mon impulsion première de lui retirer vingt points pour ne pas avoir respecté le couvre-feu. Je lui ai plutôt demandé ce qu'elle faisait là.
S'approchant d'une armoire en bois lustré, le professeur sortit de sa poche une fiole contenant un souvenir et la vida dans la pensine qu'il venait de sortir du meuble. Il envoya le tout sur le bureau du directeur. Puis il reprit ses aller-retours dans le bureau, attendant qu'Albus ressorte de la pensine.
Quelques instants plus tard, sortant du souvenir, ce-dernier se leva et se dirigea vers la cheminée un instant. Les sourcils froncés, il s'abîma dans la contemplation des flammes un instant, maugréant de temps en temps.
- Severus…
- Albus ?
- Je crains que nous ayons un gros problème. Il y a en effet quelque chose qui ne tourne pas rond. Avez-vous refait une analyse des protections de l'École, ces derniers temps ?
Severus récupéra son souvenir puis renvoya la pensine dans l'armoire. Il alla se servir un whisky. L'étagère sous la pensine était toujours fort bien pourvue en la matière. Il s'assit sur le canapé, attendant que son employeur lui révélât ce à quoi il pensait.
Albus se servit également et s'assit face à son professeur.
- Toutes les semaines, je fais une analyse complète des protections entourant l'école. Cela fait partie intégrante de mes attributions en tant que Directeur. Depuis la rentrée, il y a une anomalie. Je n'ai jamais vu ça, et j'ai du mal à identifier le problème. Initialement, j'ai mis cela sur le compte de l'afflux de nouveaux élèves, entre le nombre légèrement supérieur d'élèves intégrant leur première année et les délégations étrangères pour le Tournoi. Mais Poudlard m'a fait comprendre que le problème ne vient pas d'un étudiant. Mes soupçons se sont naturellement portés vers mon confrère bulgare. Si ce que soulevait Miss Granger l'autre soir était avéré…
- C'est plus que probablement avéré. Et maintenant, tout fait sens…
- C'est-à-dire ?
- Des ingrédients disparaissent de mes stocks régulièrement depuis début septembre… Des ingrédients qui ont poussé mes soupçons vers une jeune Gryffondor qui a déjà produit une potion largement trop compliquée pour une deuxième année…
- Du polynectar ?
- Je le crains.
- Bon, pour l'instant, nous ne faisons rien. Nous sommes en plein milieu de la semaine. Cela ne va faire que causer de l'agitation. Samedi matin, nous irons cueillir notre estimé collègue au saut du lit. Enfin, je le convoquerai dans mon bureau et vous m'y rejoindrez. Vous pourriez opportunément disposer de quelque potion facilitatrice ?
- Naturellement, si cela peut rendre service… Pour en revenir à Miss Granger, comment connaît-elle Maugrey ? Elle m'a dit qu'après ses leçons, il la soignait…
- Miss Granger est une étudiante spéciale, mon ami. Avide d'apprendre et de découvrir. Elle a demandé à avoir accès à quelques enseignements spécifiques. Minerva s'est empressée de répondre favorablement…
- Évidemment… Bien, je vous verrai samedi matin. Envoyez-moi un patronus quand Maugrey sera en route. Enfin, qui qu'il soit…
0o0o0
Le soleil peinait à briller ce samedi matin. D'épais nuages s'acharnaient à le masquer, imposant aux habitants du château une matinée glaciale et humide. Bien qu'il fut plus de huit heures du matin, peu d'élèves se trouvaient dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Le directeur termina son premier thé du jour et se leva. Passant derrière le Professeur de Défense, il l'invita à venir le rejoindre dans son bureau aussitôt après son repas. En effet, il avait d'importantes informations à discuter avec l'ancien auror. Il quitta ensuite la Salle et monta préparer son bureau pour l'entretien du matin.
Lorsque douze minutes plus tard, la gargouille annonça l'arrivée imminente du Professeur Maugrey, Dumbledore envoya un patronus à son Maître des Portions.
- Ah, Alastor, merci de m'avoir rejoint. J'ai besoin de vos lumières.
- A quel propos, Directeur ?
- Eh bien, dans un peu plus de trois semaines aura lieu le premier week-end à Pré-au-Lard. Si l'on prend en compte l'augmentation considérable du nombre d'élèves qui s'y rendront, je ne suis pas certain que nos protocoles de sécurité soient tout à fait adaptés…
Les deux sorciers s'abîmèrent dans la revue des protocoles en question.
Quelques instants plus tard, la cheminée du bureau s'activa, ouvrant le passage au Professeur Rogue. Entendant le bruit, Maugrey se leva en tirant sa baguette. Il ne vit jamais arriver le Stupefix du directeur. L'homme s'écroula au sol. Severus plaça son corps en position assise sur une chaise à laquelle il colla son futur ex-collègue. Il l'y ligota pour faire bonne mesure. Dumbledore et le Maître des Potions s'installèrent ensuite dans des fauteuils confortables et l'attente commença.
Une grosse demie-heure plus tard, le prisonnier commença à gémir. Le directeur lui retira son œil magique ainsi que sa jambe de bois. Une fois la transformation effectuée, Dumbledore et Rogue se regardèrent, interdits.
- Croupton Junior ?
- C'est impossible, répondit Albus. Il est mort à Azkaban il y a quelques temps déjà…
- Albus, est-ce le moment de sortir cette petite fiole magique que vous avez mentionnée cette semaine ?
- Donnez-lui le Veritaserum, Severus.
0o0o0
Quelques instants plus tard, la dose de potion ayant rempli son œuvre, les deux sorciers arpentaient le bureau directorial de long en large, selon un schéma propre à chacun, sans toutefois jamais se heurter ni même se rencontrer.
- Albus, je crains qu'il ne nous faille changer de stratégie.
Le directeur se dirigea vers le captif bâillonné, qui leur jetait à tour de rôle des regards mauvais. Il lança un sortilège informulé, qui plongea Croupton dans un sommeil comateux.
- Je vous écoute, Severus. Maintenant que Barty ne le peut plus…
- Il a suffisamment recouvré de pouvoir et de forces pour avoir un semblant de corps physique. Quelques uns de ses plus fanatiques serviteurs se regroupent pour accélérer et terminer le processus. Nous ne pouvons pas laisser cela se faire.
- Que suggérez-vous alors, mon garçon ?
Ignorant la pique paternaliste de son employeur et ami, Severus se dirigea vers l'un des fauteuils faisant face au bureau du directeur. Il s'assit et commanda du thé à son elfe. Comprenant le message le directeur regagna son propre fauteuil et attendit que le thé n'arrive. Il ajouté une larme de brandy à chaque tasse et prit n bonbon au citron.
- Il faut regrouper l'ordre et commencer une nouvelle campagne de recrutement.
- Sur quelles bases, Severus ? L'usage illégal d'une potion surveillée par le ministère, sur un enseignant dont nous n'avons découvert la supercherie que grâce à une jeune fille de 14 ans ?
- Hmmm… Nous pourrions trouver une manière plus flatteuse de présenter les choses… Ceci dit, Fol Œil peut être fier de son élève. Elle a manifestement pris très à cœur son mantra de vigilance constante !
- Certes, je ne manquerai pas de le lui signaler dès que Madame Pomfresh m'autorisera à lui rendre visite… Pourrez-vous lui concocter la potion pour faire repousser ses cheveux ?
- Non, je le préfère comme ça. Cela lui donne un air de clochard tout à fait seyant…
- Severus ?
- A votre santé, mon cher !
0o0o0
Hermione entra dans le bureau du directeur avec une légère appréhension. Il l'avait convoquée en dehors de leurs rencontres habituelles. Elle avait longuement réfléchi après sa rencontre avec le Professeur Maugrey, puis le Professeur Rogue. Polochon lui avait-il fait passer un message ? Mais lequel ? Ou alors, était-ce juste un raton-laveur fou, comme tous ses semblables ? Le Professeur Rogue s'était montré presque gentil, et il avait eu l'air de la croire, contrairement à Harry et Ron. Mais Harry et Ron avaient mal digéré ses cachotteries de l'année passé… Alors cela influençait peut-être la confiance qu'ils ne lui accordaient pas…
- Ah, Miss Granger ! L'accueillit le Directeur d'un ton jovial. Vous tombez bien, entrez, prenez une chaise !
Elle s'installa en regardant autour d'elle. Plusieurs enseignants étaient présents. Les Professeurs McGonagall, Rogue et Maugrey étaient présents. En voyant ce dernier, la jeune fille ressentit un léger malaise. Elle se détourna de ses professeurs et regarda le directeur, attendant qu'il voulut bien lui expliquer le sens de tout cela. Elle essayait de canaliser sa magie pour analyser l'ambiance quasi électrique qui régnait autour d'elle. Le directeur lui proposa un bonbon au citron, qu'elle refusa, et commença.
- Le professeur Rogue m'a fait part de vos soupçons, Miss Granger, concernant le professeur Maugrey. Je tenais à vous informer qu'ils étaient parfaitement fondés. Et j tenais également à vous décerner officiellement, et à titre tout à fait officieux, une médaille et une bourse, pour services rendus à l'école.
- Officiellement officieux, Monsieur ?
- Oui ma chère, je ne peux ébruiter cette affaire, car elle aurait des conséquences désastreuses à bien des égards. D'où l'officieux. Votre récompense figure au registre de l'école, d'où l'officiel…
- Une bourse pour quoi, exactement ?
- Lorsque vous passerez vos ASPICS, vous aurez la possibilité d'entrer en apprentissage, ou d'aller à l'université, pour parfaire votre éducation. Poudlard financera l'intégralité des frais ayant trait à votre scolarité, dans deux disciplines maximum, si tel était votre souhait. L'école ne prendra pas vos frais de logement ou d'alimentation en charge, sauf si vous sollicitiez un apprentissage auprès d'un ou plusieurs enseignants de l'école.
- C'est… Wow… Je… Je ne sais pas quoi dire…
- Moi, je tiens à vous remercie, Miss Granger, intervint le professeur Maugrey. La malle dans laquelle je séjournais depuis la fin de l'été n'était pas exactement confortable… D'après ce que j'ai compris, je dois ma liberté à vos soupçons !
- Euh… La malle, professeur ? Mais vous étiez en classe hier… Je pensais que vous étiez soumis à l'imperio, ou quelque chose…
- Ou bien le subterfuge reposait sur une potion qui vous est félinement familière…
- Du Polynectar ? S'exclama-t-elle en rougissant. Je comprends mieux pourquoi vos soupçons vous dirigeaient vers Harry, Ronald et moi, professeur.
- Quels soupçons, demanda le professeur McGonagall ?
- Quelqu'un se servait dans mes réserves d'ingrédients depuis début septembre. Miss Granger ayant déjà prouvé sa capacité à concocter du Polynectar, ainsi qu'à se servir dans mes réserves, il me semblait tout naturel de regarder dans sa direction…
- Elle a fait du Polynectar ? Mais elle n'est qu'en quatrième année…
- Mais Alastor, c'est même de l'histoire ancienne, reprit le professeur Rogue. Miss Granger a volé dans mes réserves tous les ingrédients auxquels elle ne pouvait pas avoir accès en deuxième année.
- Et ça a marché ?
Tous les regards se tournèrent vers la jeune fille, dont le visage avait pris une superbe teinte pivoine…
- Eh bien, pour Harry et Ronald, cela a parfaitement fonctionné… Mais le cheveu que j'ai utilisé était…
Le professeur Rogue, qui la regardait avec une jubilation cruelle depuis quelques instants, sortit un porte-feuille moldu de sa poche. Il en tira une photo qu'il tendit à ses collègues. L'éclat de rire qui s'en suivit ôta à la jeune sorcière toute idée de sympathie envers le maître des potions.
