Bonsoir à tous ! Je m'excuse pour cette longue attente : fin d'année avec mes élèves et début de grossesse compliquée, ça n'arrange pas les choses. J'ai enfin pu publier ce chapitre, qui est un peu plus long que les autres. En espérant que cela plaise. Bonne lecture :)
La jeune femme fut réveillée par les rayons du soleil qui vinrent effleurer son visage, et soudainement, elle se redressa d'un coup en sursaut. Ses yeux bouffis par le sommeil, elle regarda autour d'elle, pour savoir où elle se trouvait. Autour d'elle, le bureau de Roy était silencieux, calme, et elle s'aperçut qu'elle s'était endormie sur le canapé de l'homme. Elle se rappelait avoir regardé par la fenêtre la veille, sa main sur son arme, mais le reste semblait flou. S'était-elle levée pour rejoindre le canapé, dans lequel le sommeil l'avait happée ? Elle n'arrivait pas à se souvenir. S'était-elle endormie dans le canapé, alors qu'elle devait veiller à la sécurité de l'homme qu'elle avait juré de protéger.
Se frottant les yeux rapidement, elle se redressa complétement sur le canapé, et ses mains trouvèrent une couverture qui avait été déposée sur son dos. Troublée, elle la plia délicatement, avant de chercher d'un regard, son supérieur, qu'elle ne vit pas dans le bureau. Se levant, elle attrapa son arme qui se trouvait sur la table basse en face du canapé, et s'avança doucement vers le labo. Poussant la porte du bout des doigts, elle vit que son supérieur se trouvait dans cette pièce. Sa tête posée sur la table qui trônait au milieu de la pièce, sur une pile de dossier, ses bras repliés, des bouteilles roulant à ses pieds, il ronflait légèrement.
Ne voulant pas le réveiller, elle referma délicatement la porte, avant de se rendre vers la sortie du bureau. Elle regarda vaguement l'horloge accrochée au mur, et vit qu'il était sept heures passées. Elle ne se souvenait même pas quand elle s'était endormie, et elle se mordit la lèvre, en pensant qu'elle avait pu dormir dans ce canapé. Cette mission la troublait fortement, si point qu'elle manquait à ses obligations. Quand elle avait au front, elle avait pris l'habitude de dormir très peu, quelques heures, quelques minutes, et à veiller lors de ses temps de garde. Elle n'était pas du genre à s'endormir pendant les missions, et ne comprenait pas ce qui la rendait si à l'aise.
Fermant la porte derrière elle, avec douceur, elle se trouva dans le couloir du Centre Scientifique, un peu perdue dans cette foule d'étudiants qui commençait à remplir les salles. Errant quelques secondes, elle trouva finalement les toilettes, et se rendit au lavabo pour se rafraichir. Se passant de l'eau sur la tête, frottant ses yeux, elle arrangea ses cheveux, avant d'épousseter son uniforme. Quelques étudiantes entrèrent dans la pièce, et Riza vit sur leurs visages des interrogations, des questionnements, peut-être des inquiétudes vis-à-vis de l'arme qu'elle portait à la ceinture.
Ses yeux se cherchant dans le miroir, elle soupira longuement. Chaque nuit, elle était tiraillée par des cauchemars incessants, violents, traumatisants. Elle perdait chaque soir de longues années de sommeil, n'arrivant pas à sortir de cette toile d'araignée, mais elle s'était résignée. Et pourtant, elle n'arrivait pas à saisir ce qu'il avait pu se passer la veille pour qu'alors elle ne puisse pas dire si elle avait bien dormi ou pas. Elle serra les dents, s'attendant déjà à ce que son supérieur râle face à son comportement. Grand Basque n'avait pas fini d'avoir des rapports des actions de Riza.
S'assurant que son uniforme soit impeccable, elle se décida de retourner dans le bureau de son supérieur, et alors qu'elle se rendait vers la pièce de Roy Mustang, elle croisa l'homme qu'elle avait rencontré la veille. Une tasse de café fumante à la main, il s'apprêtait à entrer dans le bureau, poussant la porte avec son pied.
« Lieutenant ! Bien le bonjour ! s'exclama-t-il, en faisant sursauter quelques étudiants qui passaient près d'eux, Vous allez bien ?
- Bonjour Edward, dit-elle se faisant force pour ne pas dire « Monsieur Elric », Très bien merci, et vous ? Vous êtes bien rentré hier ?
- Ça me fait plaisir que vous m'appeliez Edward ! sourit-il en ouvrant la porte et en s'y engouffrant, J'ai pu rentrer chez moi rapidement. Win était heureuse.
- Il s'agit de votre femme ?
- Oui ! Je vous la présenterai, vous allez l'adorer. Elle est géniale. »
Riza garda le silence, un peu gênée par l'extrême enthousiasme d'Edward, et l'homme sirota une gorgée de son café, avant de crier dans le bureau :
« Yo, Mustang! T'es debout mon vieux !
- Il est dans le labo, indiqua Riza, Il dort.
- Encore ? Mais on a un cours dans pas longtemps ! Ce n'est pas croyable ça ! »
Edward râla contre son ami, avant de se rendre vers le labo, suivi par la militaire. Poussant la porte, il eut une seconde d'arrêt en observant son ami endormi, avachi sur la table, et soupira longuement en regardant les bouteilles.
« Je n'aurais pas dû lui laisser les bouteilles, souffla-t-il doucement, Lieutenant, vous pouvez faire quelque chose pour moi ?
- Oui ?
- Je reviens. Je vais lui chercher des affaires propres. Il ne peut pas faire cours comme ça. Je vais aller lui chercher un médicament contre la gueule de bois, murmura-t-il, Restez ici. Je reviens. Je m'occuperai de le réveiller. »
Posant sa tasse sur le bureau, délicatement, il repartit vers la porte du labo, et elle l'entendit sortir du bureau. Seule dans le labo, elle se retrouva un peu embarrassée par la situation, ne sachant pas quoi faire, ou se mettre dans la pièce, alors elle se contenta d'observer l'endroit. Autour d'elle, se trouvaient des machines scientifiques qu'elle n'avait jamais vu dans sa vie, et s'en approcha doucement, pour en voir les détails. Fronçant les sourcils, elle tenta de comprendre quel était le but de chaque bouton, de chaque manivelle, et de chaque cadran. Lors de ses études, Riza se souvenait que les Sciences avaient été des sujets d'apprentissages qu'elle avait appréciés, même si elle n'était pas assidue lors de ces journées de cours. Si Havoc était l'esprit rebelle, et libre de ses amis, et que Rebecca était assez scolaire et l'élève préférée de leurs enseignants, le cas de Riza était plus délicat. Elle n'avait pas été tant rebelle que ça, mais elle n'avait pas été non plus du nombre des élèves très sages. Elève un peu effacée dans la classe, elle se laissait souvent entrainée par Jean dans les bêtises qu'il faisait. Elle avait été très passionnée par des sujets à l'école, mais n'aimant pas travailler, elle ne le faisait pas, donc ne récupérait pas de bonnes notes. Si l'école était un lieu délicat, elle était restée un lieu de paix pour Riza, qui ne se voyait pas ramener des devoirs chez elle. Le peu de devoirs qu'elle pouvait faire, qu'elle avait envie de faire, qu'elle avait le temps de faire, elle le faisait avec le père de Rebecca, qui prenait toujours un peu de temps pour elle.
Enfant assez effacée, elle n'avait jamais trop dérangé ses professeurs. Peut-être avaient-ils plus de clémence à la lumière de la vie de Riza, ou avaient-ils abandonnés l'idée de l'amener vers les apprentissages. Ce ne fut qu'à l'Académie que Riza se dévoila pleinement. Suivant les cœurs juvéniles pleins d'espoir pour le pays, elle s'inscrit à l'Académie Militaire. Les trois amis avaient chacun leur raison. Rebecca était celle qui était très patriotique dans le groupe. Vivant dans l'Est, Rebecca avait été touchée profondément par la situation des guerres civiles, et des insurrections. Elle avait voulu s'enrôler dans l'armée, pour aider, pour protéger, pour sauver les populations les plus brutalement touchées par les guerres. Jean, quant à lui, dans un esprit de rébellion avec le système, n'avait pas eu trop le choix. Ses parents lui avaient bien proposés de reprendre la boutique familiale, mais le jeune homme n'avait pas voulu. Forte tête, il s'était enrôlé un samedi matin brumeux, sans réveiller sa mère, pensant que l'armée était le seul métier qu'il pouvait faire. Riza, quant à elle, avait trouvé en l'armée une terre d'asile à sa douleur, une fuite de l'Est, vers des terres plus éloignées. Elle avait trouvé un cadre militaire, strict, mais rassurant, lui fournissant une paix intérieure. Dans la boue, suante, fatiguée, éreintée, Riza avait trouvé une tranquillité très fragile. L'armée n'avait pas pansé ses blessures, si comblé ce vide émotionnel en elle, mais cette structure militaire, avait permis aux cauchemars d'être moins violents.
S'avançant vers son supérieur, doucement, portant son attention sur lui, elle vit qu'il ne s'était toujours pas éveillé. Combien de bouteilles avaient-ils bu hier soir avec Edward, et combien de ces bouteilles qui roulaient au sol appartenaient à Roy, seul ? L'odeur d'alcool était si forte, que Riza avait de fortes nausées en s'approchant de l'homme, et elle doutait fortement qu'Edward était celui qui avait bu ses bouteilles. Attrapant délicatement les bouteilles qui trainaient au sol, pour les placer dans la poubelle, qui était dans la salle, elle se demanda ce qui avait poussé son supérieur à boire autant. Ce n'étaient pas quelques bouteilles qui étaient ça-et-là, mais un comportement étrange. Qu'avait-il à célébrer la veille pour boire autant ?
Rangeant la salle peu à peu, elle s'approcha encore plus de son supérieur. Endormi, il avait posé sa tête sur la table, et son corps se soulevait peu à peu à mesure de ses respirations. Assoupi ainsi, il semblait apaisé, plus calme, ressemblant plus à un petit enfant qu'à ce supérieur froid, direct, et distant qu'elle connaissait. Pourtant, même s'il était endormi, il ne semblait pas totalement en paix. En s'avançant encore plus près de lui, elle vit que son front était froncé, comme par contrariété, et elle se demanda à quoi il pouvait penser alors que son visage se grimaçait violement. Quelques gouttes de sueurs perlèrent à son front, pour se perdre sur son visage, et comme par automatisme, Riza prit un mouchoir sur la table, pour l'essuyer, comme elle l'aurait fait pour Rebecca ou Jean.
« Monsieur, soupira-t-elle, Il faut vous réveiller, vous avez un cours à donner. »
Le visage de l'homme se renfrogna, comme un enfant réveillé par ses parents, et il soupira longuement avec de ronfler encore. La lieutenant, un peu embarrassée par la situation, le bouscula un peu en lui poussant l'épaule, mais l'homme ne s'éveilla pas non plus. Comprenant qu'elle ne réussirait pas, elle rangea les bouteilles, finissant de mettre au propre le labo, avant de tourner les talons pour ressortir de la pièce. Soudain, sa main fut attrapée par la main de son supérieur, et en se retournant, elle vit, un peu étonnée, qu'il avait agrippé son poignet, fermement.
« Monsieur ? s'inquiéta-t-elle, alors qu'elle sentait son emprise sur elle. »
L'homme ne répondit pas à ses interrogations, mais ne lâcha pas le poignet de la jeune femme, rendant presque désagréable ce toucher. Pourtant, la jeune femme ne se débarrassa de la main de son supérieur, et vit son visage déformé par la peur. Il respirait de manière saccadée, violente, et la prise sur le poignet de la jeune femme s'intensifiait.
« Monsieur ! répéta Riza plus fort, alors que son poignet devenait de plus en plus douloureux. »
Sursautant violement, l'homme lâcha d'un coup le bras de la jeune femme, et se redressa d'un coup, les yeux hagards, les gouttes de sueurs maquillant son visage. Se relevant avec difficulté, sa respiration était toujours haletante et saccadée, et ses yeux parcouraient la pièce rapidement, comme à la recherche de quelque chose, ou quelqu'un. Il ne semblait pas avoir vu la jeune femme, et ne semblait même pas remarquer ce qui se trouvait autour de lui. Troublé, il s'avança vers un de ses bureaux, fit quelques pas, et trébucha en tombant au sol. Rapidement, par instinct, la jeune femme le rattrapa en grandes foulées, et s'agenouilla à ses côtés, pour l'aider. Il porta sa main à son cœur, et sa respiration ne se calma pas, alors qu'elle se mettait à son niveau.
« Monsieur Mustang, souffla-t-elle, Calmez-vous Monsieur. Vous êtes au labo. »
L'homme s'apaisa quelque peu au fur et à mesure que la voix de la jeune femme se faisait entendre, et il s'assit au sol, tout en reprenant sa respiration lentement. Ses yeux sombres cherchèrent ceux de la jeune femme, et son visage se décrispa petit à petit.
« Vous allez bien Monsieur ? demanda-t-elle doucement, en masquant son inquiétude, Vous voulez que j'aille chercher de l'aide ?
- Lieutenant, murmura-t-il, son souffle sur le visage de la jeune femme, De l'eau. »
Sans répondre, la jeune femme se redressa, pour aller chercher de l'eau sur la table et l'apporter à son supérieur, qui semblait émerger d'un long rêve. A en juger par ses yeux bouffis et sa mine refrognée, cela ressemblait plutôt à un cauchemar. Riza recula de quelques pas, alors qu'il buvait à grandes gorgées l'eau proposée, et qu'il se releva complétement. Regardant autour de lui, il semblait complétement hagard, comme s'il ne comprenait pas très bien l'état dans lequel il se trouvait. Il se passa une main sur le visage en soupirant, puis sans même un regard vers la militaire, il la poussa presque pour aller dans son bureau. Elle le suivit du regard, puis ses pas les rapprochèrent alors qu'elle allait elle aussi dans la pièce, en gardant encore son silence.
« Quelle heure ? demanda-t-il, tout en s'asseyant sur la chaise derrière son bureau.
- Il est bientôt l'heure d'un de vos cours Monsieur. Monsieur Elric est allé vous chercher des affaires. Il va revenir.
- Hum, répondit-il, en se massant le crâne, Vous êtes restée toute la nuit ?
- Oui Monsieur.
- Très bien.
- Yo Roy ! cria Edward en entrant dans la pièce, les mains chargées, Enfin réveillé vieux ? Ta tête te travaille ?
- Elric de bon matin ne hurle pas s'il te plait, marmonna Roy.
- Je t'ai apporté des vêtements propres, et voilà des médicaments pour calmer ta gueule de bois. Mets du parfum aussi tu pues l'alcool.
- Je ne te permets pas ! s'indigna l'homme.
- Moi je me permets ! Allez bouge-toi, on va être en retard. Je t'attends dehors. Lieutenant, après vous, proposa Edward en montrant la porte. »
La militaire, comprenant que son supérieur avait besoin d'un peu d'intimité pour se changer, le laissa seul dans la pièce, et sortit à la suite d'Edward Elric. Ce dernier soupira longuement alors que Riza fermait la porte, en la regardant.
« Il n'a pas été trop désagréable Lieutenant ? demanda-t-il avec douceur.
- Pas du tout. Il s'est simplement réveillé.
- Tant mieux. Roy est quelque peu…colérique quand il veut. »
La jeune femme garda le silence, ne sachant pas quoi répondre à cela. Depuis qu'elle connaissait l'homme, elle l'avait trouvé plus que désagréable. Il avait un comportement qu'elle n'arrivait pas à complétement à saisir. Elle connaissait des hommes colériques, dont son supérieur à l'armée, mais rien ne ressemblait tout à fait à Roy Mustang. Dès qu'elle croyait s'attendre à une réaction de sa part, tout à fait autre chose lui explosait à la tête. Il oscillait entre une mauvaise humeur récurrente, et une agressivité latente, et pourtant lors de quelques moments, elle pouvait simplement entrevoir un homme perdu, dans sa propre colère, comme s'il ne savait même pas pourquoi il était désagréable.
Son supérieur sortit quelques minutes après du bureau, une forte odeur de parfum masquant les effluves d'alcool, ses cheveux trempés en arrière, les gouttes tombant sur les vêtements propres qu'Edward avait trouvés. Il ne dit pas un mot, et en voyant son visage fermé, Riza comprit que les rayons de soleil ou il était agréable avaient laissé placer à une pluie glaçante. Il poussa presque les deux comparses pour marcher, et Edward le suivit en soupirant, avant de saluer quelques étudiants dans les couloirs.
Après simplement quelques mètres, ils se retrouvèrent dans une cafétéria bondée, et Riza vit quelques étudiants les regarder, sans franchement être étonnés de voir leurs professeurs, plus par curiosité. Alors qu'Edward allait vers le buffet, Roy alla s'installer dans une zone délimitée pour les professeurs, à une table éloignée des autres enseignants, qui lui adressèrent des salutations auxquelles il ne répondit pas. Installé, l'homme se passa la main sur le visage, et sans même regarder la jeune femme murmura :
« Des œufs et du café Lieutenant. »
Comprenant l'injonction, et serrant les dents pour ne pas lui répondre qu'elle n'était pas son esclave, la jeune femme acquiesça et rejoignit Edward, qui les mains pleines d'assiettes semblaient heureux d'enfin manger. Lui offrant un petit sourire, il lui montra le buffet d'un geste, avant de rejoindre Roy au loin.
Remplissant une assiette d'œufs, la jeune femme hallucinait du changement d'attitude de son supérieur, qui encore une fois lui prouvant qu'elle ne pouvait pas savoir comment il allait réagir. L'homme semblait avoir assez bu la veille, et ne semblait pas d'humeur joyeuse et agréable aujourd'hui. La jeune femme ne voulait pas le déranger, de peur qu'encore une fois elle se retrouve dans le bureau de Basque Grand à justifier un énième rapport. Cependant, elle sentait que ses dents se serraient de colère : s'il n'avait pas été son supérieur, elle ne l'aurait pas laisser parler ainsi.
Portant son assiette, et le café, elle revint vers la table ou Roy se terrait dans le silence, en face d'un Edward qui lui continuait à parler, sans attendre de réponse. La jeune femme s'installa à coté de son supérieur, alors qu'elle glissait vers lui son petit déjeuner. Il ne la remercia pas, tira du bout des doigts l'assiette vers lui, avant de commencer à manger avec appétit.
« Vous ne déjeunez pas Lieutenant ? demanda Edward, en la regardant.
- Je n'aime pas bien déjeuner le matin.
- Cette cafétéria est bonne, vous devriez vous laisser tenter.
- Quel est votre emploi du temps aujourd'hui ? demanda-t-elle, en changeant de sujet.
- Nous avons un cours commun. Il s'agit des deuxièmes années en Humanités. Nous faisons toujours ce cours ensemble depuis des années.
- Il dure longtemps ce cours ?
- Trois heures. Mais vous allez voir, les étudiants sont tops. Nombreux mais tops. Roy tu as prévu les documents pour le cours ?
- Hum, répondit-il sans lever les yeux de son petit déjeuner.
- Je suppose que ça veut dire oui, ironisa Edward, Ils sont dans la salle.
Roy acquiesça d'un geste de la tête, sans répondre, avant de porter son café à ses lèvres. Il ne semblait pas vouloir parler, et Riza vit Edward soupirer avant de lui jeter une serviette dessus en râlant contre son mutisme. Roy ignora son collègue ou ami, Riza ne pouvait pas le dire, et attrapa la serviette pour s'essuyer le coin de la bouche. Puis, alors qu'Edward se levait pour aller se resservir à la cafétaria, Roy chercha dans la poche intérieure de sa veste, pour en sortir une flasque et Riza redouta le pire. Quand il l'ouvrit, sans même se cacher, elle put sentir l'odeur forte d'alcool embaumer ses narines. De pudeur, elle se tourna un peu, pour le laisser faire, et entendit qu'il versait le contenu de sa flasque à l'intérieur de sa tasse de café.
Quand Edward revint, elle entendit son supérieur ranger la flasque, comme si de rien était, et le jeune Elric ne fit aucun commentaire. Riza leva les yeux vers l'horloge qui trônait au milieu de la cafétaria, et elle s'interrogea sur le genre de vie que l'homme menait pour boire aussi tôt du whisky dans son café.
« Tu as vu Winry hier ? »
La voix rauque de Roy avait brisé le silence, alors qu'Edward avalait son deuxième petit déjeuner, et Riza tourna le regard vers lui, alors qu'il s'était installé dans le fond de sa chaise, et regardait son ami. Le jeune homme releva le regard vers Roy, comme étonné de la question, surpris qu'entendre sa voix.
« Oui, elle n'était pas très heureuse de me voir rentrer aussi tard !
- Tu n'avais cas lui dire que tu étais avec moi.
- Ça aurait été pire ! Elle n'arrête pas de me dire que depuis que je te connais, je fais la fête plus souvent !
Ça fait longtemps qu'on n'a pas fait la fête d'ailleurs.
Tu rigoles ! La dernière fois au bar ! On a mal fini ! »
Roy sourit doucement, surprenant Riza avec un énième changement d'attitude, et les yeux de son supérieur cherchèrent les siens, avec une légère insistance, gênant un peu la militaire.
« Regardez Lieutenant ! intervint Edward, en sortant de sa veste une photographie, Ma petite femme. »
La jeune femme accepta de regarder la photographie, et elle sourit en découvrant la photographie d'un mariage, avec un Edward plus jeune, presque sortit de l'adolescence, tout sourire dans un costume blanc, alors qu'à ses côtés, dans ses bras, les larmes aux yeux, mais le sourire aux lèvres, une jolie jeune femme blonde, aux yeux clairs, qui semblait être aussi jeune qu'Edward.
« Vous étiez si jeunes, dit-elle presque sans le vouloir.
- On s'est marié quand on a eu 19 ans, sourit Edward, Dans notre campagne.
- Vous vous connaissez depuis longtemps ?
- On a grandi ensemble, à Resembloom. Sa grand-mère nous a élevé, moi et mon frère.
- Vous avez un frère alors.
- Plus jeune que moi. Il n'habite pas à Amestris. Avez-vous des frères et sœurs Lieutenant ?
- J'ai grandi comme vous Edward, confia-t-elle plutôt à l'aise avec le jeune homme, Chez ma meilleure amie. Elle a une grande fratrie, on était souvent très nombreux à la maison.
- Vous n'avez pas grandi avec vos parents ? demanda Edward, curieux.
- Elric, intervint Roy d'un ton sec, On a cours. On stoppe cette conversation ennuyante et on va travailler. Je veux rentrer chez moi. »
Sans attendre réellement de réponse de la part d'Edward et Riza, l'homme se leva, en prenant son assiette et sa tasse, quittant la table sans un regard. La gorge sèche, qui s'était serrée à l'évocation de ses parents, Riza sentait son mal de crâne revenir à la charge, emmenant avec elle les voix qui encraient ses nuits. Se reprenant doucement, en respirant lentement, elle se leva, pour suivre son supérieur, sans poser de questions, alors qu'Edward râlait derrière sur le caractère de Roy, mais qui les suivait quand même.
Alors que Roy était déjà sorti de la cafétaria, Riza dut allonger le pas pour le rejoindre, et finalement marcher à quelques pas derrière lui, alors qu'Edward courait derrière eux. Ils marchèrent quelques minutes, empruntant des escaliers pour rejoindre les étages supérieurs, courant après le temps qui filait.
Finalement, ils arrivèrent dans une salle immense, ou des centaines d'étudiants pouvaient prendre place, dans un grand amphithéâtre, ou trônaient en bas les deux bureaux larges des professeurs. Ne sachant pas quoi faire, la jeune femme entreprit de faire le tour de la salle, pour observer les issues de secours. Il était absolument hors de question qu'un autre incident se produise, pas sous sa surveillance. Pendant ce temps, Roy et Edward commencèrent à discuter du cours, de termes et de notions qui dépassaient un peu la jeune femme, tout en sortant des placards des dossiers.
« Monsieurs Elric et Mustang ? »
Deux agents de sécurité se tenaient devant la porte, interpellaient les deux enseignants sans entrer dans la classe. Edward posa ses affaires sur le bureau, pour les rejoindre, et Riza s'avança pour écouter discrètement ce qu'ils disaient. De ce qu'elle pouvait discerner, les deux agents expliquaient au professeur qu'ils devaient faire le tour de la classe, et qu'ils resteraient dans le couloir pour prévenir tout problème. Edward semblait assez contre l'idée que deux gardes restent devant sa salle, ne voulant pas que ses étudiants ne paniquent pour rien, mais la décision semblait avoir été prise plus haut.
Alors qu'elle continuait à errer dans la pièce, elle sentit une main dans son dos, et sans se tourner comprit que son supérieur se trouvait à ses côtés. Elle pouvait sentir son odeur forte, se mêler aux effluves d'alcool et de café, et sa voix rauque amena l'explication que Riza attendait :
« Allez vous assoir là-bas Lieutenant.
- Vous ne préférez pas que je reste debout pour surveiller ?
- Je vous préfère assise Lieutenant. »
Dans son dos, elle sentit la main de son supérieur exercer une pression, et comprit qu'elle ne pourrait pas s'opposer. Il la mena vers la table, la plus proche de l'entrée de la classe, alors que les agents de sécurité faisaient le tour de la salle, et Roy alla chercher sur son bureau des affaires. Riza assise, il déposa devant elle, un vieux carnet, qui semblait déjà utilisé qu'il ouvrit à une nouvelle page, et de quoi noter.
« Le cours dure trois heures Lieutenant. Occupez-vous pendant ces trois heures.
- Bien Monsieur. »
L'homme ne répondit pas, et sans regarder la jeune femme, sortit de la poche de sa veste une pomme qu'il déposa sur sa table, étonnant la jeune femme. Fixant la main de son supérieur, elle vit que ses doigts tremblaient légèrement : était-ce l'alcool qui faisait trembler ses membres ainsi ? Elle ne pouvait pas le dire.
Levant les yeux, elle le vit retourner à son bureau, s'assoir sur la chaise, en soupirant, avant de prendre les feuilles et les disposer devant lui. Quelques secondes après, les agents de sécurité allèrent à la porte pour garder l'entrée de la salle, et les étudiants entrèrent dans la salle dans un chaos général, alors qu'Edward saluait ses élèves, avec un grand sourire.
Ainsi, les élèves allèrent s'installer à leur place, emplissant peu à peu l'immense amphithéâtre, le bruit se fit taire, mourant peu à peu sur les lèvres des jeunes, alors qu'ils attendaient le début du cours.
« Bienvenue à tous, ouvrez votre cahier, nous allons commencer le cours. »
La voix de Roy vint marquer le début de leur cours, installant une aimance paisible dans la classe, propice à l'apprentissage, et alors qu'Edward prenait la suite, la voix des professeurs furent les seules à être entendues.
Pendant ces trois heures, Riza, assise au premier rang, assista au cours, avec grand intérêt. Tout comme la première fois, ou elle avait vu Roy enseigner, elle semblait comme hypnotisée par son supérieur. Il semblait qu'à chaque fois qu'il devait prendre la parole devant ses étudiants, il regagnait en confiance, et maitrisait complétement son sujet. Se levant, marchant, écrivant au tableau, interrogeant certains élèves, montant, et descendant les marches, il semblait envahir toute la salle. Il n'était plus l'homme froid, qui lâchait quelques mots quand il le souhaitait bien, dardant son regard sur le monde comme si personne ne méritait ses yeux sombres. Il semblait à l'aise, plus ouvert, même s'il gardait une certaine distance avec les étudiants autour de lui, gardant cette position supérieure qu'il semblait tant apprécier. Edward, quant à lui, n'avait pas exactement la même attitude que Roy. Son sourire ne le quittait pas, il sollicitait davantage les étudiants, voulant avoir leur avis, discutant avec eux avec plus d'aisance.
Cependant, même si Edward semblait avoir l'attention des étudiants, naturellement, Riza ne pouvait détacher ses yeux de l'homme, dont elle assurait la protection. Elle suivait ses moindres gestes et déplacements, son regard continuant de balayer la pièce, vérifiant les fenêtres, les portes, à l'affut du moindre risque. Elle semblait fascinée par l'attitude de Roy, qui n'était jamais la même, comme si plusieurs hommes vivaient en lui, l'habitaient, étaient la source des comportements qu'elle ne comprenait pas. Il marchait lentement, son pied frôlant la terre, ses mains pianotant sur les bureaux à mesure qu'il frôlait les étudiants vérifiant d'un œil les notes qu'ils prenaient. Lorsqu'il passait près de la jeune femme, elle ne sentait plus les effluves d'alcool de la veille, mais l'odeur musquée de son supérieur, forte, et présente.
A la fin du cours, Edward tapa sur une cloche à la porte, signalant la fin de leur intervention, et les étudiants presque automatiquement rangèrent très vite leur affaire, avant de fuir la salle, dans la précipitation la plus immédiate, tel une nuée d'insectes dans le même chaos qu'à leur arrivée.
Alors qu'Edward et Roy discutaient avec quelques étudiants à leurs bureaux, Riza rangea le carnet que Roy lui avait prêté, sur lequel elle avait annoté quelques idées du cours, suivant comme une réelle étudiante, véritablement intéressée par le cours, même si elle n'avait pas réellement saisi toutes les informations et les notions. D'un coup d'œil, elle vit que les agents de sécurité aidaient les étudiants à sortir de la pièce, tout en continuant à sécuriser l'endroit.
Après quelques secondes, la militaire se leva, le carnet contre elle, pour retourner vers son supérieur, mais elle se retrouva nez à nez avec un homme devant elle, tout sourire, son sac sur le côté, visiblement attendant une réaction de sa part. Fronçant les sourcils, elle tenta de passer à côté de lui, l'esquivant, ne comprenant pas ce qu'il lui voulait, mais l'homme vint attraper son bras, la forçant à se tourner pour lui faire face.
« Ça va Riza ? Tu vas bien ? »
Un homme blond, grand sourire éclatant, les joues ombrées d'une légère barbe de quelques jours, des yeux marrons chaleureux : sa tête lui disait quelque chose, et à la fois, elle avait du mal à trouver ou elle l'avait déjà vu. L'homme dut voir à la tête de Riza qu'elle n'arrivait pas à saisir d'où il venait, et son sourire devint tendre avant de lui dire :
« Tu ne me remets pas c'est ça ? Ce n'est pas grave je peux comprendre. Michael Fisher. Le gars du bar. De la dernière fois. Chez toi ! »
« Et merde ». Cette pensée traversa si vite l'esprit de la jeune femme qu'elle se demanda si elle ne l'avait pas murmuré à voix haute. A présent qu'elle connaissait son nom, les souvenirs en bribes lui revinrent. Elle ne l'avait pas reconnu de suite, peut-être sans le vouloir, ou peut-être avait-elle su dès le départ qui il était. Mais maintenant, elle se rappelait de cette soirée, pas exactement toute la soirée, mais quelques passages. Elle était sortie avec Rebecca et Jean comme à son habitude, un jour ou l'homme avait eu une soirée de libre, dans un bar non loin de celui dans lequel il travaillait. Elle se souvenait de la file d'attente, pour entrer dans l'endroit, si prisé par les habitants de la capitale, puis quelques verres floutaient sa mémoire. Et dans la brume de ses souvenirs, elle se vit parler avec ce jeune homme, sous le regard amusé de ses amis, danser avec lui, et visiblement alcoolisée, rentrer chez elle accompagnée, et le reste n'était que des passages colorés dans la nuit.
Revenant à la réalité, elle vit que le sourire de l'homme en face d'elle s'était quelque peu figé, et elle en déduit qu'il devinait à son visage qu'elle ne semblait pas trop vouloir lui parler.
« Excuse-moi, se confondit-il, Je t'ai vu de loin pendant le cours, je pensais venir te parler. Mais ce n'est pas un bon moment je crois ? Je dérange ?
- Non, ce n'est pas ça ! rattrapa-t-elle, comprenant qu'elle devenait impolie. Michael c'est ça, oui je me souviens.
- Ah tant mieux ! s'exclama-t-il, le sourire aux lèvres, Je me disais que peut-être tu ne m'avais pas reconnu, ou que tu ne voulais pas me parler. »
« Un peu des deux » pensèrent la jeune femme, en serrant les lèvres, soutenant le regard de l'homme, gênée par la situation, mais essayant de ne pas paraitre à nouveau impolie.
« C'est marrant de te rencontrer ici ! continua-t-il, Tu m'avais dit que tu étais de l'armée, as-tu une mission ici ?
- Je ne peux pas parler de mes missions, répondit-elle d'un ton ferme.
- Ah oui c'est vrai excuse-moi, c'est juste que ça m'étonne de te voir ici !
- Tu suis le cours de Monsieur Mustang et Monsieur Elric alors ? demanda-t-elle en espérant changer de sujet.
- Oui, je trouve ce cours passionnant. Il n'est pas vraiment dans mon cursus, c'est un cours en plus. Monsieur Elric est un prof génial sur le campus ! Passionnant ! »
Riza sourit, sans trop savoir trop quoi répondre, et ses yeux se déportèrent sur le côté vers son supérieur, dont elle sentait le regard appuyé sur elle. L'homme continuait de discuter avec Edward, mais elle vit son regard fuir vers elle, et à juger par l'irritation qui colorait ses yeux, il ne semblait pas si heureux qu'elle discute au lui de venir travailler. Se redressant, comprenant que l'homme s'impatientait, elle reporta son attention vers Michael, bien décidé à couper court à cette conversation au plus vite.
« Je suis désolée, mais je vais devoir y aller, dit-elle soudainement.
- Pas de problème, j'ai un cours aussi. Est-ce que je te reverrai au Centre ?
- Probablement, répondit la jeune femme.
- Tant mieux, affirma le jeune homme tout sourire, Passe une bonne journée Riza, à une prochaine fois j'espère ! »
Après un dernier sourire immense, qui étonna la jeune femme, il partit sans rien dire de plus. Rassemblant à nouveau ses affaires, elle oublia la scène qui venait de se dérouler, avant de rejoindre son supérieur.
A présent, les étudiants avaient tous quitté peu à peu la salle, et Edward parlait en rangeant des affaires, alors que Roy fixait la porte, sans rien répondre.
« Vous avez apprécié le cours Lieutenant ? lança Edward en la voyant près d'eux.
- Très intéressant. Je ne comprends pas tout, je n'ai pas les mêmes études, mais c'était passionnant de vous écouter.
- Super ! Vous êtes la bienvenue quand vous le souhaitez !
- Avez-vous des cours ensuite Edward ?
- Aujourd'hui, non, répondit-il en souriant, Je vais pouvoir me reposer un peu au labo.
- Ah, vous restez quand même au Centre ?
- Le travail ne s'arrête jamais Lieutenant ! Mais depuis que je suis môme, les Sciences me passionnent.
Et vous Monsieur Mustang ? Vous avez des cours après ? »
L'homme ne répondit pas, se concentrant sur un papier qu'il venait de récupérer sur le bureau, et Riza en déduisit qu'il n'avait pas dû l'entendre. Rassemblant le courage de répéter la question, elle alla la lui poser pour la seconde fois, mais un cri l'arrêta.
« Monsieur vous êtes là ! Si vous saviez comment j'étais inquiet ! Vous auriez pu me prévenir !
- Fuery, soupira Roy en redressant la tête. »
En effet, lorsque Riza se tourna, elle vit le jeune secrétaire entrer dans la classe, talonné par quelques-uns des hommes de mains de Roy. On pouvait voir par son apparence débraillée, ses cheveux ébouriffés, et sa mine fatiguée, qu'alors que Roy avait dormi ici, lui n'avait pas pu gouter au sommeil. Le jeune secrétaire, pourtant si juvénile, et frêle, ne semblait pas impressionné par le regard noir de son supérieur, et alla se planter devant lui pour lui taper l'épaule amicalement. Choquée par le geste, et surtout par la soudaine absence de réaction de la part de Roy, le regard de Riza alla de Kain à Mustang, attendant l'explosion. Qui n'arriva pas. Le jeune homme soutenait le regard sombre de l'homme, qui le fixait.
« Je vous ai déjà demandé Monsieur de me prévenir ! Vous savez comment nous étiez inquiets au Manoir ! Adeline a retourné toute la maison en votre absence !
- Fuery, grogna l'homme, visiblement excédé par son secrétaire, J'étais accompagné. Et je t'ai déjà dit que je ne pouvais pas tout te dire.
- Monsieur, je vous ai cherché dans tous les bars de la ville ! Je rêve de dormir la !
- Allez … Allez… C'est bon Fuery je ne suis pas mort.
- Vous auriez pu ! s'égosilla le secrétaire, qui décidément n'avait clairement pas peur de son supérieur. »
Les lèvres de Roy formèrent un léger sourire, si furtif, et pourtant Riza plongea à nouveau dans l'étonnement. Visiblement, il n'allait pas reprendre le secrétaire, pour son ton plus que familier, et de plus, elle voyait entre eux, une légère affection, entrevue dans la peur de Fuery et le calme de Roy. Cet homme, dont elle-même ne comprenait pas les réactions, et avaient peur des changements d'humeurs, semblait encore plus complexe qu'elle le pensait.
Sans prévenir, Fuery se tourna vers Edward, qui souriait dans son coin, et il s'en prit à lui :
« Monsieur Elric ! Vous étiez avec lui ! Vous aviez promis ! Promis !
- Ce n'est pas un enfant Fuery !
- Il a déjà été blessé la dernière fois !
- Tu ne t'inquiètes pour rien Fuery, rit Edward, le seul adversaire d'hier soir était une montagne de bières. Et en plus nous n'étions pas seuls, le merveilleux Lieutenant est resté toute la nuit ! »
- Sans doute étonné, mais toujours furieux, Fuery se tourna vers la militaire, qui ne comprenait pas trop pourquoi il était tant en colère :
« Bonjour Lieutenant, la salua-t-il, Il faudra que je vous parle au Manoir de tout ça. »
Le ton était très sec, sans être désagréable, mais Riza comprit qu'elle aurait dû lui dire que Roy ne comptait pas dormir au Manoir. Ce qu'elle n'arrivait pas à saisir, était ce qu'elle avait à voir là-dedans, et pourquoi le jeune secrétaire s'inquiétait autant pour un homme adulte, qui découchait un soir. Acquiesçant d'un signe de la tête, Riza se redressa, ses pieds s'alignant, comme un salut militaire, son regard fixant le mur derrière Fuery. Ce n'était pas le moment de répliquer, elle ne savait pas de quel côté pencherait son supérieur.
« Kain, répliqua Roy, d'une voix ferme, Ça suffit. »
Le secrétaire dut comprendre que Roy n'avait plus l'intention d'être calme, car il recula de quelques centimètres, avant de faire un signe de tête et de ne plus rien dire.
« Je rentre Elric, lança Roy, avant de prendre ses affaires.
- Tu ne restes pas bosser avec moi ? Tu n'avais pas un cours toi ?
- Non, une semaine sur deux. J'ai un rendez-vous important ce soir.
- Je te vois demain alors ?
- A demain Elric. »
Sans se retourner, l'homme quitta la salle, suivi de son secrétaire, des hommes de mains et de Riza, qui ne manqua pas de saluer Edward avant de partir. Ils passèrent tout d'abord dans le bureau de l'homme, ou il déposa ses affaires, avant de quitter le campus.
Comme à son habitude, Vato attendait avec patience dans la voiture de son supérieur, et sortit pour lui ouvrir la porte pour qu'il monte à l'arrière. Mais lorsque Kain et Riza tentèrent de monter avec lui, leur supérieur leur fit signe de ne pas le déranger, et de rejoindre les autres véhicules, dans lesquels se trouvaient les gardes du corps. Etonnée, Riza n'eut pas le temps d'intervenir, inquiète de ne pas pouvoir le protéger pendant ce temps, car Vato démarra la voiture, et une autre voiture, démarra en même temps, créant un cortège de sécurité. La jeune militaire, et le secrétaire, sans rien dire, montèrent dans la dernière voiture, et suivirent les véhicules.
En raison du silence qui s'était installé entre eux, Riza attendit quelques longues minutes avant de poser la question qui lui brulait les lèvres :
« Fuery ?
- Hum, répondit-il en regardant le paysage.
- Ne devrions-nous pas être avec Monsieur dans sa voiture ? N'est-ce-pas dangereux ainsi ?
- Monsieur Mustang a l'air de vouloir être seul. Il fait souvent cela. Il est imprévisible. Vous vous y habituerez.
- Je m'inquiète simplement de ne pas pouvoir réagir aussi vite, si je suis loin.
- Il a son caractère. Je lui en parlerais un autre jour. D'ailleurs Lieutenant, je tenais à vous remercier d'être restée hier soir auprès de lui. »
La voix de Fuery s'était adoucie au fil de la conversation, et il tourna un regard bienveillant vers la jeune femme, qui retrouvait le secrétaire avec lequel elle appréciait travailler.
« Je ne fais que mon travail. Vous m'avez demandée de ne jamais le quitter.
- Monsieur Mustang peut être…, commença-t-il en cherchant ses mots, en tâtonnant, Il a tendance à s'emporter en soirée. Si jamais, il n'était pas gérable, sachez que des gardes du corps pourraient aisément venir le … gérer.
- Comment ça ? demanda la jeune femme, Qu'entendez-vous par gérer ?
- Il n'est pas désagréable, ne vous inquiétez pas, la rassura Fuery, sans que la jeune femme y croie, Mais il a des moments … compliqués. Dans ces moments, il est assez complexe à saisir. »
Les mots de Fuery n'aidèrent pas la jeune femme à comprendre la situation, mais au contraire la rendirent d'autant plus confuse. Que voulait dire le jeune homme par « compliqués » ? Roy semblait être imprévisible, cela était certain, mais ou cela pouvait-il le mener ? Pourquoi avait-il besoin qu'on le « gère » ? Pouvait-il se montrer désagréable, blessant, ou violent ? Une sueur froide courut dans le dos de Riza alors que sa main attrapait son bras, comme par reflexe. L'homme lui semblait certes autoritaire, mais il n'avait pas l'air d'être un voyou de quelques sortes. Et pourtant, les mots de Fuery tambourinaient dans sa tête avec force. « Compliqués ». De ce qu'elle avait vu hier soir, l'homme avait un penchant prononcé pour la boisson, mais elle n'avait pas encore vu les moments dont Fuery parlait.
Le secrétaire comprit certainement qu'il avait perdu la jeune femme pendant quelques secondes, et un rire s'échappa de sa bouche, peut être forcé :
« Ne vous inquiétez pas ainsi Lieutenant. Je me suis mal exprimé. Veuillez m'excusez. Oubliez ce que je viens de dire. Simplement sachez que je vous remercie d'être restée hier soir.
- La prochaine fois, dois-je vous appeler pour vous prévenir ? demanda la jeune femme pour régler cette histoire une bonne fois pour toute, Vous sembliez, tout à l'heure, assez tendu sur le sujet.
- Ah, moi et mon tact ! On n'y reprendra pas ! Je m'excuse si j'ai pu paraître sec, je n'aime pas savoir Monsieur Mustang sans protection… Enfin sans protection, non puisqu'il vous avait ! Encore heureux ! Voilà que nous arrivons Lieutenant. »
Kain sourit à la militaire, alors que la voiture entrait dans la propriété de Roy Mustang, et la jeune femme comprit qu'elle n'aurait pas la réponse à sa question. Le cortège de voitures se gara dans l'entrée, et lorsque Riza sortit de son véhicule, elle vit Roy monter les marches pour aller chez lui, Fuery essayant de le rattraper.
Dans le hall d'entrée du Manoir, Adeline attendait, fermement, l'air agitée, et quand Roy fut fasse à elle, un énième soupir s'échappa de sa bouche.
« Monsieur Mustang, salua-t-elle. »
Son ton assuré montrait tout son agacement, mais au contraire de Fuery, elle ne cria pas, ne leva pas la voix, et n'osa pas plus s'approcher de son supérieur. Elle semblait choisir une stratégie tout à fait différente, qui consistait à le fixer, en pinçant des lèvres.
« Je vois que vous allez bien Mustang, j'en suis ravie, continua-t-elle, ses mots aussi piquants qu'une rose.
- Je vais bien Adeline, affirma l'homme, Et vous ?
- Je ferai savoir à Monsieur, l'interrompit-elle, que son petit déjeuner a été donné à Monsieur Fuery ce matin. A défaut d'être jeté.
- Petit malin, sourit Roy en se tournant vers son secrétaire, qui rougit de honte.
- Monsieur doit savoir que nous nous inquiétions, lâcha la gouvernante.
- Je sais… Je sais… Je préviendrai la prochaine fois, rumina Roy. »
Tout comme les quelques minutes de conversation entre lui, et Fuery au Centre, cette scène choqua Riza. Elle voyait ce grand supérieur, se faire sermonner comme un enfant, n'osant même pas reprendre ses employés alors qu'ils le grondaient pour une soirée passée à l'extérieur.
« Je vais me reposer quelques heures, indiqua l'homme, Je suis épuisé. Adeline, pouvez-vous préparer ma tenue pour ce soir ?
- Trois tenues sont déjà posées dans votre chambre Monsieur, répondit Adeline, Choisissez celle qui vous conviendra le mieux. Je peux encore aller en chercher une autre.
- Je vous fais confiance. Fuery ?
- Oui, Monsieur ?
- Je me repose, et ensuite, nous nous voyons pour l'offre que nous devons faire à Monsieur Kimblee.
- J'ai préparé le dossier, j'attendais votre retour.
- Je tâcherai de le faire avant de partir. Lieutenant ? »
La jeune femme entendait qu'il l'interpellait s'avança un peu, pour l'écouter. Se retournant vers elle, il lui fit un signe en montrant sa tenue :
« Je n'ai pas besoin de votre protection pour l'instant. Vous pouvez vous changer à l'étage, et vous reposer. Nous avons une chambre à votre disposition. Cela sera toujours plus confortable que la nuit dernière.
- Je vous remercie Monsieur. Quand avez-vous besoin de moi ?
- J'enverrai Adeline vous chercher. J'ai besoin de repos, que personne ne me dérange. »
L'homme n'attendit pas les réponses de ses employés pour commencer à emprunter les marches menant à l'étage, laissant Riza avec Kain et Adeline. Ils le regardèrent disparaitre marche après marche, suivit d'un homme de main pour garder l'entrée de sa chambre.
« Lieutenant, veuillez me suivre. »
Suivant l'ordre de la gouvernante, la jeune femme la suivit à travers le dédale de couloirs, et de marches, pour atteindre la chambre qu'Adeline lui avait présentée quelques jours plus tôt. Pendant que la gouvernante fermait la fenêtre et tirait les rideaux, cette dernière déclara :
« Monsieur dort généralement deux heures quand il rentre ainsi. Des fois plus. Vous avez votre temps libre pendant ce temps.
- Que puis-je faire pendant ce temps ?
- Ce que vous souhaitez. On vous demande juste de rester sur le terrain au cas où nous aurions besoin de votre aide. Cette chambre est attenante à une salle de bain. N'hésitez pas à vous rafraichir. Des habits propres sont dans la commode. Ils sont à votre taille je pense. Vous avez aussi une bibliothèque, un bureau, et un lit. Si vous voulez manger, ou boire quelque chose, je serai dans le grand salon.
- Merci Adeline.
Je vous recommanderai de vous reposer Mademoiselle Hawkeye. »
Alors que Riza allait demander ce qu'elle entendait par cela, la gouvernante la salua avant de repartir et de fermer la porte derrière elle, laissant à nouveau Riza sans réponse. Ils avaient cette habitude désagréable de la laisser dans le flou, sans vraiment s'attendre à ce que la militaire ait des questions.
Une fois seule, la porte fermée, les épaules de Riza s'affaissèrent d'un coup, et elle souffla alors qu'elle s'asseyait sur le siège le plus proche. Passant une main sur ses yeux, elle les frotta comme pour lutter avec la fatigue qui l'assaillait. Lors de la guerre, elle avait pris l'habitude d'enchainer les longues heures de lutte sans dormir, de trouver le repos malgré les tirs de balles et les hurlements de soldats, de se laisser étreindre par le sommeil à même le sol entre la poussière, les douilles et le sang. Depuis, elle pouvait compter les nuits ou les morts ne se réveillaient pas pour la hanter. Pourtant, la nuit dernière, alors qu'elle était censée veiller, elle s'était retrouvée à s'endormir sans le savoir, et son sommeil fut… calme ? normal ? apaisée ? Elle ne trouvait pas exactement les mots pour décrire cette sensation, mais il avait semblé qu'elle avait facilement trouvée le repos, dans cet endroit qu'elle ne connaissait pas, sans protection autour d'elle.
« Je devrais prendre une douche quand même. »
Depuis qu'elle était partie de chez elle, la veille, elle n'avait pas eu de temps, seule, pour elle, et encore moins pour prendre soin d'elle. Encore une fois, il ne s'agissait pas de quelque chose d'inconnu dans son métier, mais elle n'allait pas dire non à une bonne douche.
Entrant à pas de chats dans la salle de bain, elle se demanda si réellement Monsieur Mustang avait accepté qu'elle soit aussi à l'aise au sein de son Manoir. Elle verrouilla la porte derrière elle, vérifiant plusieurs fois, avant d'observer cette salle de bain. La pièce était à l'image du Manoir, spacieuse, luxueuse, neutre dans sa décoration. Des serviettes propres bien pliées, des savons rangés les uns à côtés des autres, une fenêtre ombragée par des plantes donnant sur l'extérieur de la maison.
Pudiquement, elle se déshabilla pliant ses vêtements un par un, comme repoussant l'idée de se doucher chez son supérieur, puis elle se glissa sous la douche. Dès que l'eau brulante toucha sa peau, elle ferma les yeux, comme si les gouttes d'eau emmenaient avec elle, dans leur sillage, tout le stress causé par ces deux jours. Les cris de Basque Grand, l'angoisse d'une mission ratée, le ton de son supérieur, et de ses employés, et ce réveil matinal sur un canapé qui n'était pas le sien. Un à un, les problèmes s'écoulèrent, chassés, de force, par la jeune femme, qui soupira de bonheur face à une douche bien chaude. A présent que l'eau coulait, et qu'elle avait pris un savon pour se frotter avec force, elle oubliait jusqu'à l'homme pour qui elle travaillait. Rien ne pouvait troubler ce moment, qu'elle laissa trainer de longues, et longues minutes.
Revenant que tardivement à la réalité, elle se lava les cheveux rapidement, le corps, et sortit de la douche pour se draper d'une grande serviette de bain. Sur la pointe des pieds, elle sortit de la pièce, emportant avec elle un nuage de buée, pour s'avancer rapidement vers la commode qu'Adeline lui avait montré plus tôt. A l'intérieur, de nombreux vêtements très divers, allant du pantalon à la jupe, en passant par les couleurs les plus fantaisistes. Grinçant des dents, la jeune femme se rappela qu'elle était à son boulot, et que ces couleurs, bien qu'intéressantes, ne pouvaient pas plaire à son supérieur. Choisissant un ensemble dans la penderie à côté, très sobre, d'une chemise et un pantalon, elle entreprit de se rhabiller avant d'entendre qu'on toquait à la porte.
« Mademoiselle Hawkeye ?
- Adeline, je suis en train de m'habiller, répondit la jeune femme, en enfilant plus vite le pantalon dans ces mains.
- C'est pour cela que je suis là, puis-je entrer ? »
Intriguée, mais dérangée, la jeune femme s'habilla rapidement, à la hâte, ne pouvait même pas attacher ses cheveux mouillés qui gouttèrent sur sa chemise. N'attendant visiblement pas la réponse de la jeune femme, Adeline poussa la porte et entra dans la pièce, les yeux au sol, avant d'hésiter et de regarder la militaire.
« Vous vouliez me voir Adeline ?
- Je vois que vous avez profité de la douche, tant mieux, dit-elle avec un sourire, Je venais vous voir car je crains que vous alliez devoir changer vos vêtements.
- Comment cela ? s'étonna Riza.
- Monsieur a demandé une tenue pour ce soir Mademoiselle.
- Pour ce soir ?
- Monsieur a un… rendez-vous ce soir. Vous l'accompagnez.
- Ce soir ? répéta la militaire.
- Oui. Je ne voulais pas vous forcer à mettre la tenue maintenant, mais je crains qu'après vous n'avez le temps.
- Ma tenue ne va pas là ? »
Adeline darda ses yeux sur la jeune femme, la regarda de la tête aux pieds, et fit une moue réprobatrice, avant d'aller vers la porte et d'appeler les femmes de chambres. Ces dernières entrèrent aussi vite qu'Adeline tenant dans leurs mains la tenue que Riza devait porter. Et il ne s'agissait clairement pas d'une tenue qui ressemblait à celle qu'elle portait actuellement.
« Vous voulez que je porte… ça ?
- Je vous l'ai dit, Monsieur doit sortir ce soir. Je vous laisse vous changer. »
Les femmes de chambres posèrent la tenue sur le canapé, et suivirent Adeline à l'extérieur de la chambre. Riza soupira longuement en regardant sa tenue, puis celle sur le canapé, avant de s'en approcher lentement. Elle se déshabilla avec pudeur, avant d'enfiler la tenue, et de se rendre vers le miroir qui trônait là. Elle portait actuellement une robe de soirée noire, légère, aux reflets argentés, loin de son uniforme militaire. Ses doigts caressèrent délicatement le tissu de la robe, et elle n'osa pas penser au prix de la robe qu'elle portait actuellement.
« Mademoiselle ? »
Attachant rapidement ses cheveux, Riza s'approcha de la porte, et en l'ouvrant, elle s'aperçut qu'en plus de la robe, des chaussures à talons attendaient devant la chambre, et cela valut un énième soupir de la part de la militaire. Adeline était à présent seule dans le couloir, attendant patiemment, qu'elle change ses chaussures, ses femmes de chambres ayant disparus.
« Je pensais que vous n'aviez pas besoin de moi jusqu'au réveil de Monsieur Mustang.
- Monsieur n'a pas pu se reposer, expliqua Adeline, Je m'en allais justement le voir. »
Riza acquiesça d'un signe de tête avant de suivre la gouvernante, vers le bureau de l'homme. En entrant, la militaire vit que son supérieur se trouvait installé devant son bureau, un café encore fumant devant lui, Fuery installé auprès de l'homme lui parlant, en lui montrant des papiers.
« Monsieur, puis-je vous déranger ? demanda Adeline en attendant sur le pas de la porte.
- Hum, répondit Mustang sans arrêter de regarder les papiers devant lui.
- Monsieur, Madame Alice a appelé en bas. Je lui ai demandé d'attendre. Souhaitez-vous que je lui demande d'appeler plus tard. »
Roy releva la tête aussi tôt, reposant la tasse de café sur son bureau, et son regard se porta sur Adeline, alors qu'il semblait étonné.
« Alice a appelé ? redemanda-t-il.
- Oui Monsieur.
- J'arrive. Fuery continue sans moi. »
Aussi vite, Roy se leva, presque dans la hâte, abandonnant son travail, et sa discussion avec Fuery avant de rejoindre le couloir, suivi de sa gouvernante. Il n'accorda pas un regard vers la militaire, ni son secrétaire et disparut aussi tôt.
Ses yeux cherchant le regard de Fuery, la jeune militaire vit qu'il s'était levé pour aller préparer un café, avant d'interpeller :
« Prenez une chaise Lieutenant, venez-vous assoir.
- Près du bureau de Monsieur ?
- Je dois finir ce contrat, vous allez me tenir compagnie comme cela.
- Mais Monsieur ne risque pas de revenir ?
- S'il est au téléphone avec Madame Alice, pas de sitôt. »
Alors que la jeune militaire tirait une chaise vers celle de Fuery, avant de s'y installer, l'homme amena à elle une tasse de café fumante, avant de lui sourire et de s'assoir.
« Je vois que vous avez eu la tenue pour ce soir. Tant mieux.
- Ou allons-nous ce soir ?
- Nous sommes invités à une sorte de… soirée. En réalité, il s'agit pour Monsieur d'un rendez-vous purement professionnel. Un contrat doit être négocié.
- Quel genre de contrat ? Dans quel domaine Monsieur travaille-t-il ? »
Fuery la regarda en hésitant, avant d'ajuster ses lunettes, et de prendre un dossier devant lui pour l'approcher. La jeune femme pouvait sentir d'ici son malaise, et la tension que sa question provoquait en lui.
« Monsieur est scientifique. Il travaille dans le domaine médical comme vous le savez. Il a participé à de nombreux brevets scientifiques pour sauver des gens. Ces contrats permettent simplement de … partager ses connaissances. »
Fronçant les sourcils, Riza se demanda ce qui poussait Fuery à mentir ainsi, car elle en était certaine, les mots prononcés par l'homme était emprunt d'un voile de mensonges. Au front, elle avait vu de nombreux prisonniers mentir pour sauver leur vie, et ces mensonges s'étaient miroités dans les paroles des commandants alors qu'ils avaient ordonnés de massacrer ces hommes et ces femmes, victimes ou coupables des insurrections de l'Est. Elle ne savait pas à quel point Fuery lui mentait, mais elle pouvait être sure d'elle-même et de son jugement, les yeux de l'homme n'étaient pas honnêtes. Elle voyait le long de son coup, couler un filer d'angoisse, alors que ses mains machinalement cherchaient parmi les papiers devant lui. Pourquoi ne voulait-il pas réellement avouer le métier de l'homme qu'elle protégeait ? Que se passait-il vraiment au sein de ce Manoir, pour qu'un homme comme Fuery soit obligé de cacher de ses mains les informations contenues dans le dossier, de peur que les yeux de Riza ne s'égare ? Et que contenaient ces contrats pour que la militaire ne puisse être mise dans la confidence ?
« Vous ne buvez pas votre café Lieutenant ?
- Si… Si… »
Elle porta le café à ses lèvres, en essayant de regarder discrètement ce que l'homme remplissait mais elle ne put pas lire les informations, le secrétaire était bien conscient qu'il ne pouvait pas lui montrer. Ils restèrent ainsi de très longues minutes à attendre leur supérieur qui lui ne revenait pas. La militaire se posait d'énièmes questions concernant son supérieur, et sur cet appel, qui l'avait fait littéralement décoller de son siège de bureau. Elle avait déjà entendu Adeline parler de cette « Madame », et elle en avait déduit que Mustang devait être marié. Et pourtant, à son doigt, ne trônait aucune bague qui indiquerait qu'il avait une épouse. Il ne semblait pas être comme Fuery, Vato ou Edward, qui n'avaient pas manqué de parler de leurs familles à Riza, et la jeune femme se dit qu'en plus de n'avoir vu aucun portrait de famille, elle ne l'avait jamais vu accompagné. Mais alors qui pouvait bien appeler son supérieur, et faire en sorte qu'il change à nouveau de comportement, pour courir à elle ?
Pendant que Fuery traitait ses multiples dossiers, elle se perdit dans ses pensées, l'emmenant loin de ce lieu, et ne revint à la réalité que lorsqu'elle sentit la présence de son supérieur à ses côtés. Il s'était installé à son bureau, doucement, un léger sourire aux lèvres, et Fuery lui demanda :
« Madame Alice va bien, Monsieur ?
- Très bien Fuery, je te remercie. Elle t'embrasse.
- J'ai hâte qu'elle revienne au Manoir.
- Moi aussi, moi aussi. As-tu avancé ?
- J'ai contrôlé tout le dossier pour ce soir, cela me semble correct. Vous pouvez vérifier.
- Nous ne pouvons pas nous permettre de rater cette offre, indiqua l'homme, Lieutenant ?
- Monsieur ?
- Puis-je vous demander d'aller garder la porte ? Je ne voudrais pas être dérangé.
- Bien sûr. »
La jeune femme se leva, mal à l'aise dans ses vêtements et traversa la pièce sous le regard de son supérieur, pour rejoindre l'entrée de la pièce et d'attendre ainsi. Et elle attendit. Des heures durant. Debout à écouter les murmures des deux hommes, sans toutefois arriver à concilier chaque information ensemble pour comprendre ce qu'il se passait. Ils travaillèrent toute l'après-midi ainsi, ne mangeant pas, buvant café sur café, laissant la militaire dans l'entrée de la pièce, attendre que leur réunion soit terminée.
Ce ne fut que vers la fin de l'après-midi, pointant vers le début de soirée, que Fuery rangea chaque dossier en indiquant à son supérieur qu'il était bientôt l'heure d'y aller.
« Je vais me changer. Je vous rejoins dans la voiture. Faites un brin de toilette Fuery. N'oubliez pas le dossier.»
Alors que leur supérieur disparaissait encore, sans un regard, ni un mot vers la militaire, plongée dans la confusion depuis des heures, Fuery demanda à Riza de l'aider à porter les dossiers. Ils descendirent aux voitures, qui attendaient déjà, et Riza fut étonnée de voir le nombre de gardes du corps présents ce soir. Il semblait qu'il y avait bien le double que d'habitude qui attendaient armés près du cortège de voitures.
Kain s'approcha du rétroviseur du véhicule, et tenta d'arranger sa tenue, qui était composée d'une chemise et un gilet de costume très simple. Il nettoya ses lunettes, tenta de se coiffer à la va-vite, avant d'aller voir chaque chef des gardes du corps pour leur parler. Puis, lorsqu'il revint vers la jeune femme, il semblait à nouveau suant de stress, et elle put voir combien cette soirée n'était pas signe de calme.
« Allons-y Monsieur arrive, je le vois avec Adeline. »
Montant à l'arrière de la voiture et Kain à l'avant la jeune femme s'approcha du secrétaire pour murmurer à l'homme :
« Avec cette tenue, je ne peux ranger mon arme, est-ce normal ?
- Il vaut mieux éviter que vous soyez armée. Mais s'il y a un problème, sachez que je porte une arme Lieutenant. Pour vous.
- Monsieur n'aura pas de problèmes ce soir ?
- Seule la soirée nous le dira Lieutenant, lança Roy en entrant dans la voiture, J'aimerais éviter de me faire à nouveau tirer dessus.
- Ca n'arriva pas, lancèrent en même temps Kain et Riza. »
Leur supérieur eut un léger sourire, et passant son bras par la fenêtre indiqua aux hommes de démarrer. Vato expliqua que la demeure ou ils allaient se trouvait à l'extérieur de la ville, dans un domaine privé, mais qu'ils iraient assez vite, vu l'heure déjà tardive.
Lors du trajet, Riza entendit Fuery relire les informations du dossier dans sa barbe et se parler à lui-même, alors que Vato conduisait prudemment, et alors qu'elle tentait de regarder le paysage, son supérieur l'interpella :
« Je vois que vous avez changé de tenue, Lieutenant.
- Adeline me l'a demandée. Elle a précisé que vous préféreriez que je sois ainsi ce soir.
- Je préfère, répliqua-t-il d'une voix lente, Heureux qu'elle vous aille ainsi.
- Je vous remercie Monsieur, répondit Riza avec prudence. »
Ses yeux rencontrèrent le regard de son supérieur, et elle vit qu'il s'était habillé avec beaucoup de soin, arborant un costume gris anthracite, des plus délicats. Ses cheveux coiffés en arrière, découvrait son visage qu'elle ne voyait jamais en entier, et il s'était rasé de prêt. Cette soirée devait être très importante pour lui.
« Tout à l'heure, commença-t-il, Était-ce un ami à vous ?
- Pardon ? s'étonna la jeune femme.
- Le jeune homme. A la fin du cours. Vous sembliez le connaître.
- Il… Non, ce n'est pas un ami Monsieur, il me demandait simplement des informations sur le cours, mentit-elle ne voulant pas dévoiler sa vie à Roy.
- Je vois, répondit-il simplement, La prochaine fois, soyez plus rapide à mes côtés. Je ne souhaite pas d'autre incident. »
La jeune femme répondit par un signe de tête, gênée par la situation, et le reste du trajet se finit dans le silence le plus profond. Ils quittèrent les lueurs de Central, et l'agitation de la ville, pour rejoindre, non loin, un immense domaine s'étendant sur des hectares.
En entrant par le portail, des gardes du corps, armés jusqu'aux dents, procédèrent à la fouille de chaque véhicule, créant une fille d'attente, et ils vérifièrent leurs identités plusieurs fois avec soin. Une fois ce poste de contrôle passé, les voitures rejoignirent un parking, ou déjà des dizaines et des dizaines de véhicules étaient garés.
Une fois sortie du véhicule, tenant la porte à son supérieur, la jeune femme put voir au loin une demeure, comme celle de Monsieur Mustang. Mais si Roy habitait un Manoir, il s'agissait ici d'un château majestueux, bordé des plus belles fontaines, et jardins. Elle entendait déjà l'agitation, le bruit, la musique et les rires, alors qu'ils approchaient de l'entrée de l'endroit, ou des hommes et des femmes en tenues de soirées faisaient la queue.
Derrière eux, les hommes de Roy montaient la garde, se postant dans les jardins, vérifiant chaque entrée et sortie du bâtiment, et elle vit Vato s'allonger à l'arrière de la voiture, comme pour se reposer.
A mesure qu'ils marchaient vers l'entrée de la bâtisse, Fuery devenait de plus en plus frêle, tentant de contrôler son stress, en tenant fermement ses dossiers contre lui.
« Monsieur Mustang ! s'exclama l'homme à l'entrée, celui qui était sensé à nouveau vérifier les identités des invités, Quel plaisir de vous avoir.
- Le plaisir est le mien.
- Et vous êtes accompagnés ?
- Mon secrétaire, Fuery. Vous l'avez déjà vu. Et, il s'agit de la dame qui m'accompagne ce soir, répondit en souriant Mustang.
- Très bien, je note cela Monsieur. Bienvenue. Passez une bonne soirée. »
Ils entrèrent dans le hall, poussés délicatement par les gardes à l'entrée, et Riza eut le souffle coupé en voyant la beauté de l'entrée. De sa vie, elle n'avait jamais vu un endroit aussi resplendissant : tout semblait luxueux, étincelant, choisit avec soin. On leur servit de suite un verre d'alcool, alors qu'on les menait vers la salle de bal, et à nouveau Riza ne put empêcher ses yeux d'aller des teintures, aux peintures, aux couleurs, à l'orchestre, aux tables bien dressés, et aux invités qui riaient. Était-ce ainsi que les hauts de ce monde passaient leurs soirées, loin des angoisses des habitants ?
« Mustang ! Mon bon vieux Mustang ! »
La voix familière les interpella, et en quelques secondes, elle sentit son supérieur l'attirer à lui, pour glisser son bras sous le sien, et d'y placer sa main. Fuery à leurs côtés déglutit, alors qu'apparaissait l'homme qu'elle avait déjà vu au Manoir Mustang, le dénommé Kimblee.
Ce dernier, tout sourire, soigneusement habillé et coiffé, s'avança les bras ouverts vers Roy, et Riza frissonna en le voyant marcher vers eux. Quelque chose n'allait pas dans la manière avec laquelle il les regardait. Riza ne pouvait pas dire quoi, mais elle sentait que chaque pas qui le menait à eux, les rapprochaient d'un danger.
« Enfin, Mustang, Je suis heureux de te voir.
- Kimblee, salua Roy avec un sourire.
- Bienvenue dans mon humble demeure. Nous all ns pouvoir parler affaires. Je vois que tu as ramené ton larbin, comme à ton habitude.
- Kain me suit la ou je vais.
- Peu importe, lança Kimblee en explosant de rire, Je vois quelque chose de bien plus intéressant. Madame, enchanté de vous revoir. »
L'homme lui proposa sa main, pour attraper celle de Riza, et le frisson s'intensifia alors qu'elle sentait le souffle de l'eau sur ses doigts. Quand il releva les yeux, pour les planter dans ceux de la jeune femme, elle crut vaciller. Ce regard. Elle l'avait déjà vu quelque part. Elle en était certaine. Ses yeux. Elle était sure de les avoir vu dans ses cauchemars. Comment connaissait-elle l'homme ? Elle ne pouvait s'en rappeler.
« Je sens que la soirée va être plus intéressante, murmura Kimblee en apposant un baiser sur sa peau »
Au contact de ses lèvres sur sa main, Riza sentit son cœur battre plus fort, et l'angoisse la parcourir. Une crainte la parcourut : Que son instinct dise vrai. Cette soirée était un danger pour eux.
