Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.

Note : Recueil d'OS écrits pendant les nuits HPF (une heure pour un texte sur un thème donné), d'où les formats et les ratings variables.

Univers : Saison 1/2 plus ou moins.

Rating : K+.


La belle au bois dormant


Éveillée. Endormie. Nauséeuse. Perdue dans un autre monde.

Elle oublie son nom la première fois qu'elle reprend conscience dans un endroit qu'elle ne connaît pas. Son dernier souvenir est un peu vague, elle entrevoit l'éclat d'une lame argentée dans son champ de vision, sans savoir exactement à quoi elle peut servir. Puis après, il n'y a que le noir, si sombre, rempli de ténèbres qui glissent sur sa peau.

La fois suivante, elle remarque une sensation qu'elle n'avait pas aperçue avant, un élancement un peu particulier qui secoue le côté de sa tête sans lui faire de mal. Elle passe ses doigts sur l'endroit et découvre avec stupéfaction, puis avec horreur, que son oreille a été coupée. Un nom surgit dans son esprit, aussi tranchant que le couteau qui lui a ôté une partie de sa chair. Hannibal Lecter.

Le néant. L'oubli, encore. Les perfusions qui sont liées à son bras. Le liquide qui coule dans ses veines et la maintient dans un état de dépendance qui lui est inconnu.

Abigail ignore si elle est dans un rêve ou dans la réalité. Elle entend des sons discordants, elle voit des couleurs qui se chevauchent. Parfois, elle croit apercevoir Hannibal dans l'encadrement de la porte mais la seconde suivante, il n'y a qu'elle et sa solitude, elle et ce cathéter posé sur sa peau, elle et l'écho lointain d'une voix aux accents lituaniens.

Dormir. Se plonger dans le passé. Entrevoir la lumière.

Elle découvre la chambre dans laquelle elle repose, cet endroit si inconnu qui est différent de la maison dans laquelle elle a grandi. Elle devine que la décoration plutôt sobre vient du psychiatre, de même que les livres qui s'alignent sur l'étagère de la grande bibliothèque qui occupe un pan de mur complet. Elle n'est pas encore en mesure de se lever pour inspecter le reste de la demeure mais elle se doute que tout doit être bien tenu, comme souvent avec Lecter.

Liberté. Ailes ouvertes au vent. Souffle d'air glacé qui l'effleure.

Jamais il ne lui vient à l'idée de quitter les murs de ce repaire dans lequel Hannibal l'a enfermée. Elle déambule dans les pièces avec un livre à la main, sans vraiment le lire. Elle voit passer les saisons, observe le changement des feuilles des arbres, se perd dans la contemplation d'un lieu qui devient peu à peu un tombeau pour elle. Elle n'en sort pas, n'en éprouve pas l'envie, et se plonge dans sa coquille.

Certains jours, elle fixe le miroir de la salle de bain, penche un peu la tête et capte le regard que son reflet lui renvoie. L'Abigail qui lui fait face esquisse un rictus des plus cruels, puis un murmure venu d'ailleurs enfle autour d'elles.

« Tu mérites ce que tu subis, Abigail, persifle la voix féminine qu'elle reconnaît comme étant la sienne.

— C'est faux, répond la prisonnière en tentant d'oublier ce nœud qui se forme dans son estomac et qui lui donne envie de vomir. Je … je n'ai pas demandé à être enfermée ici.

— Oh, je t'en prie, cesse de te mentir. Tu as été l'appât de ton père, tu as entraîné des filles de ton âge à la mort, tu as tué un homme. Que te faut-il de plus pour comprendre que le purgatoire t'attend, si ce n'est l'Enfer ? Tu n'essayes pas de sortir d'ici parce que tu sais bien qu'il n'y a pas d'échappatoire pour toi, pas de lieu où trouver le repos. »

Un sanglot secoue Abigail alors qu'elle s'effondre sur le sol glacé de la salle de bain, serrant ses mains contre son torse. Elle se souvient des crimes de son père, des photographies des victimes étalées à la une des journaux, de ce surnom qui a été donné. La pie grièche du Minnesota. Elle est complice des meurtres de son paternel, elle est complice de tous ces corps disparus à jamais, elle est complice des tueries de Lecter car elle a compris qui il est et ce qu'il a fait.

Plaquée contre la paroi de la baignoire, la jeune fille se noie dans les pires morceaux de sa courte existence. Personne ne pourra la ramener hors de l'eau, elle est déjà à la dérive et suit le mouvement de la folie d'un psychiatre que nul ne saura arrêter.