Il n'était pas très tôt lorsque Boya se réveilla.
Il avait mal absolument partout, avec l'impression dérangeante d'être un vieux steak qui avait été mâchouillé par un chien affamé. Il fit circuler son qi plus vite dans ses méridiens pour au moins parvenir à se redresser dans le lit ravagé sans gémir de douleur
Enfin, le lit… La chambre entière était un champ de bataille. A croire que des gens s'y étaient entretués tellement la pièce était en ruines.
Boya en eut simultanément un peu honte et une grande fierté de sale môme. Il resta allongé sur le flanc le temps que la douleur de son arrière train se calme suffisamment pour qu'il s'assoit sur le lit sans grimacer.
S'il s'écoutait, il ramperait jusqu'à la baignoire que quelqu'un avait rempli pour lui et qui fumait gentiment, sans doute grâce à un talisman pur la garder chaude.
Il patienta encore un peu avant de ramper. Il était au chaud sous la couverture et marinait confortablement dans l'odeur de son amant et de leur nuit endiablée.
Un soupir d'irritation lui échappa lorsque Boya réalisa que QingMing était déjà levé. Comment cet animal pouvait-il être déjà debout alors que lui avait l'impression de s'être fait rouler dessus par une caravane entière ? Un grognement échappa au chasseur. Il se força à se trainer jusqu'à la baignoire. Le talisman sur le coté n'était pas écrit de sa main. Sans doute le demi-démon avait-il eut pitié. Ou alors il avait voulu être gentil ? Marrant comme ni l'un ni l'autre ne collait avec le nordiste. Et pourtant… Ce n'était pas un oubli de ses propres ablutions, sinon, l'eau n'aurait pas été purifiée, elle ne serait pas chaude et… oui, on y avait ajouté un petit sachet de camphre qui infusait depuis déjà un petit moment.
Boya se plongea dans l'eau chaude. Ses muscles maltraités se dénouèrent lentement sous l'action conjointe des plantes médicinales et de la chaleur. Lorsqu'il se sentit un peu plus humain, il décrassa les fluides séchés sur sa personne, se lava les cheveux, puis entreprit le long travail de se transformer de créature licencieuse en digne fashi. Cela lui prit pas mal de temps.
Lorsqu'il sortit enfin de sa chambre avec son uniforme en cuir sur le dos, l'épée au côté et enfin prêt à couper en deux de la racaille démoniaque, ce fut pour tomber sur son amant tranquillement installé devant un rouleau, déjà CINQ bouteilles d'alcool à coté de lui et des petits gâteaux qui n'attendaient que son envie de les dévorer.
l'estomac de Boya gronda. Il mourrait de faim lui-même. Et de faim physique cette fois. Pas de sauter encore sur le renard pour le ravager une fois de plus. A un moment, il fallait aussi se remplir la panse. S'il ajoutait à ça l'encens qui rependait une délicate odeur de magnolia, on pouvait dire que Boya était déjà ronchon.
Comment QingMing pouvait-il être si détendu après leur fin de journée et leur nuit ? C'était comme s'il n'avait pas un muscle un peu raide alors que Boya devait malgré tout cacher ses courbatures.
Il pinça les lèvres. Les robes blanches cachaient parfaitement deux queues du renard démon mais Boya en voyait la forme légère sur le sol sous la soie.
Quelle indécence !
Il soupira et alla pour partir. Il ne lui ferait même pas grâce d'un commentaire à ce dépravé.
"- Bonjour Boya Daren." Salua QingMing sans meme levé les yeux de sa lecture.
Que lisait-il de si important ? En plus il était mal rasé. La nuit n'avait pas été plus douce que pour le chasseur hein ? Sans doute les mains du demi-démon tremblaient elles encore un peu trop lorsqu'il s'était levé pour qu'il se rataille le museau proprement.
Boya condescendit à tourner la tête vers lui.
"- Vous prenez un verre ?"
Et ce petit sourire moqueur là ? Boya avait juste envie de le faire disparaitre de son visage. Plusieurs solutions étaient possible, mais la plus part contenait l'idée de lui mettre quelque chose dans la bouche pour remplacer l'alcool.
Boya se tourna vers lui, exaspéré. Il fallait que le demi-démon arrête de lui donner envie de le chiffonner si tôt le matin alors qu'ils avaient des trucs à faire. Ça devenait ridicule.
Alors Boya se rencogna derrière ce qu'il savait si bien faire : se mettre en colère.
"- Vous buvez si tôt le matin ?" Et qu'on soit presque midi n'était qu'un détail. "Vous ne partez pas ?" Mine de rien, ils avaient des démons à tuer pour réveiller des dieux-gardiens mine de rien. Ça n'allait pas se faire en deux bâtons d'encens, une bouteille de bière et trois gâteaux de riz.
"- Rien ne presse."
QingMing but encore un peu d'alcool de prune. Il était délicieusement tiède et rependait une odeur délicate qui se mêlait parfaitement avec l'encens de magnolia.
Boya baissa les yeux sur les bouteilles. Est-ce que le demi-renard était déjà ivre ?
Mais une sensation désagréable remonta dans le dos du chasseur.
Démon.
Un démon arrivait dans son dos.
Il se figea pendant un instant, à la suspicion croissante de QingMing.
Ce corniaud de chasseur n'allait pas…
Boya dégaina son épée.
QingMing saisit son éventail et bondit lui aussi.
Il n'eut que le temps de repousser légèrement le tueur en arrière pour lui éviter de couper en deux l'un de ses shishen mais pas sans y sacrifier quelques mèches, du bon alcool qui ne méritait pas ça et… Ha non, QingMing parvint in extrémis à rattraper la coupelle en céramique avant qu'elle ne tombe par terre.
Il la présenta à sa petite shishen avec quelque chose de triomphant dans l'œil. Il savait à quel point Mi Chong adorait ce service. Si un élément en était brisé, elle serait inconsolable. Pire, elle voudrait surement la tête de Boya. En même temps, il arrêta Boya d'une main sur le torse avant qu'il ne tente à nouveau de s'en prendre à la petite démone papillon. Dans un combat à mort entre elle et lui, il n'aurait pas mis son argent sur le tueur. Mi Chong était une barbare quand il fallait. Elle pouvait même en remontrer à Snow Hound quand elle était en colère.
