Chapitre XXXIX-Paris
Chloé a organisé un petit diner chez elle avec quelques amies de son école de marketing, Anna et Adrien. Le futur doctorant arrivera avec un peu en retard à cause d'un de ses cours enseignés pour valider ses diverses unités d'enseignement. La jeune femme est, quant à elle, satisfaite d'avoir validé son équivalent master et de pouvoir commencer à s'insérer dans le monde du travail. Quelle idée de vouloir effectuer autant d'années d'études !
Chloé a voulu organiser une soirée plus intimiste pour profiter de son ami nouvellement de retour car la fête organisée par Nino était beaucoup trop bondée à son goût. Alors que Chloé essaie de mettre à l'aise une Anna un peu en retrait en évitant que ses autres connaissances ne s'attardent sur des sujets sur lesquelles la fleuriste ne peut pas rebondir comme la mode ou les évolutions de la bourse cette année, Adrien finit par faire une apparition dans son nouvel appartement offert par son papounet en cadeau de fin d'étude.
Vêtu d'un simple tee-shirt blanc et d'un jean noir qui s'arrête au niveau de sa taille, son meilleur ami est tout à fait charmant. Surtout qu'il a entre les mains un Bordeau qui semble coûter une petite fortune.
« Ah ! Le roi de la soirée est enfin arrivé !
-Pas la peine d'en faire des tonnes Chloé. Tu me mets un peu la pression là… Marmonne le blond en rougissant légèrement comme s'il avait une seule raison de s'inquiéter.
-Adrien je te présente Hélène, Clarisse, Djenn et Anna. Les filles, vous le connaissez déjà.
-A travers les magazines seulement… répond Djenn pour détendre l'atmosphère. Curieuse de découvrir le calme et sulfureux petit ange de la mode.
-Parce que tu es vraiment surnommé comme ça ? s'étonne Anna en roulant des yeux.
-Oui ! Par beaucoup même ! Je me demande comment ils peuvent mettre autant d'antonymes dans la même appellation d'ailleurs ! Je suis ravi de rencontrer les personnes capables de supporter Chloé…
-Ne dis pas de bêtises sinon je ressors des dossiers sur toi ! » menace la concernée en lui balançant un coup de coude.
Toute l'assemblée rit dans une ambiance bon enfant. Et à son grand contentement, le reste de la soirée se passe dans une ambiance agréable. Et Chloé est plus que ravie de voir Anna et Adrien s'entendre aussi bien au point de rentrer ensemble un peu plus tard. Savoir que ses deux amis les plus précieux s'entendent aussi bien lui réchauffe le cœur.
Alix se sent de plus en plus comme chez elle dans ce bar où elle a commencé à travailler à temps plein après l'obtention de sa licence et l'arrêt prématuré de ses études. Faire un peu d'alternance dans cet établissement où elle a travaillé toutes ses années estudiantines a été une des meilleures décisions de son année. Ainsi, malgré son salaire ne dépassant pas le SMIC pour l'instant, la rousse a pu prendre en location un appartement avec Marinette dans un arrondissement moins cher que le centre de la Capitale. La skateuse aurait même pu aller en banlieue mais son amie a fait une fixette pour rester proche de chez ses parents.
Alors qu'Alix prépare un diabolo fraise pour l'un de ses clients, ses yeux dérivent sur la fresque taguée qu'elle a composée pour décorer la porte des toilettes de l'établissement. Beaucoup de personnes ayant déjà photographié sa création, la jeune femme se demande si elle ne pourrait pas de faire de même sur un des murs vierges. Elle pourrait ainsi faire payer à nouveau une commission au propriétaire. Surtout qu'elle a d'autres idées pour rafraichir cet établissement vieillissant pour attirer une nouvelle clientèle.
Lorsque Marinette rentre du travail après une journée exténuante passée à se battre avec Steve sur un élément à supprimer ou non de leur nouvelle collection, elle n'a qu'une envie, c'est rentré dans son lit et ne jamais en sortir. Elle entend le ronflement sonore d'Alix dès qu'elle franchit la porte de leur petit appartement. La jeune femme soupire afin de libérer Tikki de son sac à main.
« Alors Marinette ! Prête pour une petite virée chez les gardiens ? demande la kwami toujours aussi enjouée.
-Pour être honnête, non. Mais on ne peut pas échapper à son travail de gardienne, n'est-ce pas ?
-C'est vrai que c'est difficile mais la réunion mensuelle devrait être plus courte que prévu. Et normalement, Akar Adung ne devrait pas revenir sur la nécessité d'avoir un disciple sous ton aile.
-Oui mais il va peut-être me cuisiner sur les papillons qui sont apparus il y a quelques mois à New York alors que je n'ai strictement rien trouvé. » soupire la gardienne avant de se transformer.
Résolue à participer à cette réunion en participant le moins possible et en observant Goba jouer avec ses billes, la gardienne de la boite chinoise utilise les lunettes de Kaalki pour se téléporter jusqu'au Tibet pour une réunion sur place.
Le mariage de Nino et Alya est littéralement grandiose. En même temps, étant respectivement tunisien et réunionnaise, on ne pouvait pas s'attendre à une union qui ne serait pas faite dans les plus grandes pompes. Les klaxons résonnent avec éclat dans les rues à leur sortie en mairie. Pour Marientte, malgré tout le stress et l'organisation, son amie n'a jamais autant ressemblé à une princesse. C'est son grand jour et la jeune demoiselle d'honneur, titre légèrement étrange dans ce mariage hybride, a hâte d'aider son amie à se changer pour enfiler sa deuxième tenue, une magnifique keswa bordeau et dorée qui se mariera parfaitement aux magnifiques courbes de la jeune femme, lorsqu'elles seront arrivées dans l'immense domaine loué pour accueillir la ribambelle d'invités.
Voir sa meilleure amie pouvoir enfin officialisée son amour avec son mari réchauffe son cœur. Même si les préparatifs ont été plus que chaotiques et l'entente entre les deux familles était plutôt bancale au départ, les festivités sont littéralement exceptionnelles. Tout l'argent et l'investissement dépensés semblent un peu plus justifier lorsqu'elle tient compagnie à Alya qui se fait bichonner sur un des lits mis à disposition dans sa chambre personnelle finement décorée.
« Je suis vraiment contente que tu sois avec moi, sinon j'aurais vraiment fini par craquer Mari.
-Tout se passe pour le mieux, t'inquiètes…
-Tu sais qu'au départ, j'étais vraiment réticente à ce mariage ? Genre c'est surtout qu' avec la pression de nos deux familles, fallait officialiser le truc tu vois… Mais en vrai… Je crois que je suis contente… Tu crois que j'ai fait le bon choix de m'être mariée avec Nino ?
-Dans tous les cas, t'as déjà la bague au doigt ma belle, rétorque la maquilleuse avant de s'affairer sur sa chevelure sans ménagement alors que la concernée arrache à un léger cri.
-Il y a le divorce sinon Alya. Mais tu sais, tu as déjà supporté Nino depuis le lycée. Vous vous comportez déjà comme un vieux couple et vous vous êtes déjà séparés au cours de ces dernières années. Pourtant vous êtes là ensemble, non ?
-C'est vrai… Tu crois que c'est normal que je doute encore même après être sortie de la mairie ? demande Alya émue aux larmes.
-Mais non… Et je suis certaine que Nino est sans doute stressé de son côté également. Tu devrais lui en parler.
-Ben oui après avoir bien profité du lit, Bam ! Tu parles ! Un homme peut être plus ouvert après le sexe si ce n'est pas un gros con ou qu'il n'est pas trop épuisé. Sinon faudra le faire avant mais peut-être qu'il y aura pas la petite partie sucré après… » Déclare l'esthéticienne sans se démonter faisant rire aux éclats les deux meilleures amies.
Toute la soirée, les musiques savamment choisies par Nino font bouger sur le dancefloor jeunes et moins jeunes alors que les flashs, la nourriture et les rires coulent à flot. Les parents des partis respectifs sont plutôt satisfaits du déroulé et les deux mariés finissent par se décoincer au fil des festivités.
Au cours de la nuit, il finit par ne rester que les plus jeunes qui commencent à se déchainer principalement sur des musiques moins orthodoxes. Rap, pop, zouk, la musique déchire les sonos sans faillir. Et au cours de toute cette soirée, Marinette et Adrien sont restés greffés l'un à l'autre dès que leur devoir de meilleurs amis et de témoins ont été remplis et surtout qu'ils se sont assurés que la tension de leurs amis s'est amenuisée.
Très vite, ils ont retrouvé la proximité qu'ils avaient à New York. Au fond, ils ne s'étaient pas tant parlé que ça à la soirée organisée quelques jours plus tôt par Nino. D'abord entourés de leurs autres amis, puis finissant seuls à une fenêtre, un verre à la main et une horde de pâtisseries dans les mains, ils n'ont pas arrêté de discuter. De parler de leur vie respective, de leur projet, de leurs amis, de leur joie face au bonheur de leurs amis, des étoiles et de leurs significations avant de dériver vers des sujets qui ne peuvent sans doute être abordés que la nuit, lorsque l'on est seul.
« Dire que quand j'étais plus jeune, je rêvais de marier alors qu'Alya se foutait de toutes ses conventions ! C'est marrant de voir que ce soit elle qui soit une princesse aujourd'hui alors que je ne suis plus certaine de mon premier vœu, s'amuse la brune avant d'enfourner un zouza dans sa bouche.
-Parce que tu rêvais de te marier ? demande Adrien surpris. Je pensais que c'était juste la mode.
-Ben oui mais j'avais un deuxième rêve. Devenir une princesse en me mariant, avoir une maison, deux enfants Emma et Louis, une petite maison proche de chez mes parents et un hamster dont je n'ai toujours pas trouvé le nom d'ailleurs… »
Le blond éclate de rire à cet aveu, attendri.
« A part le hamster, mon rêve était à mille lieues de ça…
-Alors quel était votre rêve Monsieur Agreste au lieu de vous moquer des aspirations d'une femme si douce et innocente ? Demande Marinette taquine.
-Je ne me moquais pas de vos rêves, Princesse. J'étais simplement surpris. J'ai toujours rêvé de vivre sur une ile déserte et vivre comme bon me semble. Libre.
-Loin de tout ? demande la brune en s'empêchant de frissonner à ce prénom qui semble si familier prononcé par ses lèvres fines rougies par la boisson. Tu ne rêvais pas d'amitié ou d'amour ?
-Bien sûr. Mais on peut trouver des amis partout sur ce globe, n'est-ce pas ? Et l'amour, j'en ai toujours voulu en excès. Au point de me perdre moi-même dans ce sentiment en ne prenant pas en compte l'avis de l'objet de mon affection… Mais c'était avant. L'amour n'est pas un médicament.
-Oui, parfois l'amour n'est pas suffisant pour maintenir une relation en place. » répond mélancoliquement Marinette avant de suivre le regard brillant de son ami fixé sur la constellation des Gémeaux.
Son profil angélique est étrangement sombre sous la clarté des étoiles. Son âme semble se fondre dans la noirceur et l'infini du ciel avec une facilité qui déconcerte Marinette. Adrien est tout simplement beau, sous cette lueur, lui ouvrant une partie de son cœur avec une facilité déconcertante.
« Tu sais… Moi aussi je n'ai pas toujours pris en compte à tes sentiments en interagissant avec toi au collège.
-Je pense que tout le monde était plus ou moins gênant à cette période de notre vie…Répond doucement Adrien en reposant ses yeux émeraudes sur elle avec une tendresse suffocante.
-J'étais au moins à huit sur l'échelle de Richter de la gêne…
-Ahaha ! Peut-être bien… répond Adrien malicieux avant de se prendre un cou sur la tête. Hé !
-Bien fait, rétorque Marinette avant de reprendre un verre d'eau.
-Quelle violence… Dire qu'on est censés être amis.
-Justement. Cela me donne un droit d'attenter à ton intégrité de temps en temps…
-A ce stade, je préférerais recevoir des baisers plutôt que des claques. » répond Adrien faisant s'étouffer Marinette sur le coup.
Après une quinte de toux maitrisée, la jeune femme rebondit sur la dernière phrase du blond.
« Tu es sérieux ?
-Peut-être bien… Pour être honnête, oui. Mais puisque je n'ai rien trouvé de mieux pour mettre le sujet sur le tapis, je le fais de cette manière pas du tout préparée.
-Tu veux dire qu'on flirte depuis tout à l'heure ? demande Marinette horrifiée.
-Mais non… Juste une discussion entre amis. Mais je ne vais pas te cacher plus longtemps que je te désire Marinette. Je n'attends strictement rien de toi. Tu n'as pas à t'inquiéter de quoi que ce soit.
-Mais tu n'as pas peur ?
-Peur ?
-Et si on couche ensemble et qu'on gâche notre amitié ? Qu'est-ce qu'on deviendra après ? Je ne recherche pas de relations pour l'instant…
-Moi non plus. Sans doute jamais d'ailleurs. Mais je vois aussi comment tu regardes et je n'arrête pas de me demander si mes yeux posés sur toi reflètent quelque chose d'aussi beau. D'aussi désirable que la lumière qui se reflètent dans ton regard.
-Je…Je ne veux pas parler d'amour Adrien… Mais pour être honnête, je ne peux pas faire comme toi. Je ne peux pas coucher avec quelqu'un juste pour l'acte ou la chaleur. Les seules fois où je l'ai fait n'ont pas été de bonnes expériences.
-J'ai envie de te faire de l'amour Marinette. Pas de te jeter comme un vulgaire après t'avoir utilisé. Je t'aime et te respecte beaucoup trop pour te faire subir une chose pareille. » murmure Adrien.
-Comme une amie, n'est-ce pas ? Ton regard ne changera pas sur moi même si je pose ma vulnérabilité dans tes bras ? Je n'aurais pas la force d'être forte dans tes bras… avoue la jeune femme avant de le fixer avec une réserve qui secoue le blond.
-Ma vision de toi sera sans doute bien plus claire et plus juste mais je ne vois pas ce qui pourrait faire que je te considère moins que tu ne le mérites. Tu es l'une de mes premières amies Mari et je… »
Sans crier gare, la jeune femme pose ses lèvres rouges sur celles de son interlocuteur, lui coupant le souffle. Le baiser est vif avant de s'approfondir dès que le blond reprend ses esprits. Il ouvre sa bouche pour que Marinette puisse partir à l'assaut de sa langue alors qu'il l'attrape par la taille pour que son corps se moule contre le sien. Une explosion de saveurs et de sentiments percute les cœurs fragiles des deux amants qui s'embrassent jusqu'à avoir la sensation de se noyer l'un en l'autre.
Lorsqu'ils se séparent enfin pour reprendre leur respiration, la jeune femme ne peut s'empêcher de sentir l'effet qu'elle a sur le blond et se frotte ostensiblement sur la proéminence qui commence à poindre sous son pantalon.
« Pas ici Princesse…soupire Adrien alors que ses pupilles dilatées comme celles d'un félin la fixe avec une passion qui frôle l'adoration.
-Je sais bien mais où ? demande-t-elle le souffle coupé lorsque le blond se met à parsemer la peau de son cou d'une pluie de baisers.
-Ma chambre… » Susurre-t-il avant de mordiller gentiment son oreille, faisant glapir silencieusement sa compagne.
Cette nuit-là, les nouveaux amants se sont adorés, cachés aux yeux de tous avec une ferveur inédite qui les a eux-mêmes surpris. Ils ont découvert le corps de l'autre avec une déférence toute particulière. Et plus les bouts de tissus ont fait leur course sur le sol autrefois nu, plus leur amour s'est métamorphosé en un brasier difficile à éteindre.
Et pour avoir une chance d'être avec l'autre, ils auraient fait également les mêmes choix, quelle que soit l'issue de cette nuit passionnée.
