Disclaimer : L'univers et les personnages de Stranger Things ne m'appartiennent pas.
Relations : Steve Harrington / Eddie Munson, Mike Wheeler / Will Byers (et Lucas Sinclair / Max Mayfield, si on est tatillon)
Rated : T pour l'univers du canon
Rappel : Cette fic compte 10 chapitres, et est mise à jour tous les jours jusqu'au bout ! Nombre de mots de ce chapitre : 5 557 ! :)
Et voilà, c'est le dernier chapitre ! J'espère que ça vous aura plu tout du long !
Surtout n'hésitez pas à me laisser vos avis, j'adore les recevoir :D
Enjoy !
. . .
- Chapitre 10 : Les amis ne mentent jamais -
Mike
(2 avril)
Mike cherchait l'occasion de lui parler depuis des jours. Ces mots qu'il avait prononcés le soir où El s'était battue contre Vecna… il n'aurait pas dû dire les choses comme ça. Il aurait dû trouver une autre manière de… Il avait été malhonnête. Et quelque part, il avait la sensation qu'El le savait. Durant leurs deux jours de trajet jusqu'à Hawkins, puis depuis deux autres jours qu'ils étaient rentrés, elle lui avait à peine adressé la parole. Ils n'étaient pas fâchés, seulement… il y avait toujours quelque chose d'autre à faire. A leur arrivée, ils s'étaient mis au courant de tout ce qui était arrivé à Hawkins depuis le départ de Mike, du premier meurtre de Vecna jusqu'à la nuit où il avait bien failli parvenir à ouvrir une faille géante entre la ville et le Monde à l'Envers, en passant par l'implication d'Eddie et tout ce qu'ils avaient dû faire pour en réchapper. Bien sûr ils étaient allés voir Max à l'hôpital. A vrai dire, ils y allaient tous les jours. Nancy avait conduit El à chacun des portails pour qu'elle tente de les refermer. Ce qu'elle avait fait. Aussi, ils passaient le reste de leurs journées dans la cabine, pour la remettre en état. Et puis, Hopper était revenu.
C'était… c'était beaucoup de choses, en très peu de temps, et Mike n'avait pas trouvé le bon moment pour lui parler.
Le soir de leur arrivée, la mère de Will avait appelé chez lui. Chez Mike. Elle avait eu sa mère à lui et avait demandé si Jonathan était bien là, et si elle pouvait lui parler, comme s'il était là en vacances, comme si elle savait qu'il avait quitté la Californie avec son frère, El et lui. En vérité, elle savait beaucoup de choses. Mike n'était toujours pas sûr de savoir comment. Elle avait passé de longues minutes au téléphone avec Jonathan, et beaucoup de « Quoi ? », « Hein ? », et « Attends » avaient été prononcés. Ensuite, les yeux un peu humides, Jonathan avait dit à El que sa mère voulait lui parler.
Mike jeta un œil dans sa direction. Elle déplaçait des cartons, les mettait dans les bonnes pièces.
Joyce et Hopper étaient arrivés à Hawkins dès le lendemain du coup de téléphone. Il y avait deux jours maintenant. Comment parler à Elfe, au milieu de tout ça ? Il n'avait pas pu. Il n'avait pas réussi. Mais il voulait.
Le gros des travaux avait vite avancé, avec les adultes – Joyce et Hopper, mais aussi sa sœur et les autres. Steve n'était pas en vacances comme eux, mais il était passé un soir pour donner un coup de main. Il avait dit qu'il reviendrait en fin de semaine, aussi. Eddie n'avait pas le droit de faire d'efforts physiques, mais il était passé les voir la veille et l'avant-veille avec des pizzas pour le déjeuner – des pizzas qu'Argyle avait considérées « correctes ».
Mike croisa le regard de Will et se détourna vivement, bêtement, s'activant avec son balai. Il n'avait pas beaucoup parlé à Will, non plus. Il s'était vraiment comporté comme un idiot, avec lui. Le jour qui devait l'emmener en Californie, il avait presque espéré… rater son vol, ou… ou que sa mère tombe en panne, ou… C'était ridicule. Il avait pensé à ce voyage le moins possible, jusqu'à ne pas y penser du tout. Bien sûr il voulait voir El ! Il voulait voir… sa petite amie. Mais il avait redouté… tellement redouté de revoir Will. Il avait peur que ce soit… bizarre. Et ça avait été bizarre.
La faute à qui, bien sûr.
Du coin de l'œil il vit Elfe entrer dans sa chambre et dans un sursaut il se hâta de la suivre – il passa la porte, la repoussa derrière lui.
-El.
Elle se retourna vers lui et il se sentit bête, avec son air empressé et son balai dans la main droite. Elle pencha légèrement la tête sur le côté, comme elle faisait parfois quand elle était surprise. Mais elle ne semblait pas surprise surprise. Plutôt étonnée. Et sans doute à cause de désastre qui devait être en train de s'étaler sur son visage à lui.
-El, je voulais… commença-t-il. Je voulais te dire…
-Moi aussi je voulais te parler, Mike, intervint-elle.
La surprise fit descendre sa nervosité d'un cran. Il fronça les sourcils.
-Ah oui ?
El posa son carton sur son bureau. Tous les murs de cette pièce avaient été réparés, et en plus du bureau il y avait de nouveau un lit utilisable, une étagère. C'était presque une chambre habitable.
-Avec tout le reste qui changeait, j'avais tellement…
Elle s'interrompit, et Mike put voir même de dos qu'elle soupirait. Elle se retourna, s'appuyant contre son bureau, les mains sur le bord du bois, et elle lui donna l'impression d'être bien plus adulte que lui.
-Je n'aurais pas dû crier sur toi, et demander que tu dises… certaines choses.
Mike écarquilla les yeux, se dépêcha de poser son balai contre le mur près de lui.
-Non, non, je…
Mais Elfe l'interrompit.
-Mike.
Il se retournait vers elle à temps pour entendre son prénom sortir de sa bouche, et ce regard… doux ? Mais pas doux comme quand ils étaient encore un vrai couple. Un peu triste, aussi. Un peu… angoissé. Mike se mordilla le coin de la lèvre, malgré lui – c'était de sa faute, tout ça. C'était de sa faute, si Elfe se sentait… comme ça. D'une façon ou d'une autre, il avait merdé. De plusieurs façons, même. D'un paquet de façons, à vrai dire.
-Je voyais bien qu'on s'éloignait, disait Onze. Et c'est pas seulement toi…
Elle regardait en l'air, puis ses mains en les plaçant devant elle. Mike eut l'impression que ses yeux étaient humides. Il voulut faire un pas vers elle, mais ne bougea pas d'un pouce. Quelque chose lui échappait. Comme toujours, quelque chose lui échappait.
-Tout le reste changeait. Hopp était parti et… et on était loin de Hawkins.
Elle avait la voix de quelqu'un qui avait la gorge serrée. Mike ne savait pas quoi faire, ou quoi dire. Il avait l'impression qu'il ne savait jamais quoi faire ou quoi dire. Il était entré dans cette pièce pour lui dire que… qu'il n'était pas… ou plus… mais maintenant il se sentait complètement dépassé. Il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait. Aucune idée.
-Et les gens là-bas… Je ne voulais pas que la dernière chose normale dans ma vie s'arrête, ça me rendait- ça me rendait dingue !
Elle avait définitivement des larmes dans les yeux, et la gorge de Mike se serra à son tour. Ça y était, il devinait ce qu'il se passait.
-Mais la vérité c'est… c'est que moi aussi… je m'éloignais de toi.
Elle releva les yeux vers lui et Mike se rendit compte que les siens aussi étaient humides, maintenant. Pourquoi ils étaient comme ça ? Pourquoi ils ne pouvaient pas se dire les choses, simplement ? C'était bien hypocrite de sa part, bien sûr, lui le célèbre Mike « tout me passe au-dessus de la tête » Wheeler. Il en était douloureusement conscient.
-On… on était des enfants quand on s'est rencontrés, et…
Elle baissa les yeux de nouveau.
-C'est normal, que les choses changent, souffla-t-elle.
Mike cligna des yeux, une fois. Il n'avait jamais entendu quelque chose de si mature dans la bouche d'Onze. Ni de personne dans le parti, d'ailleurs. Il ne… il ne savait pas quoi dire. Il était venu pour rompre, et la rupture lui était offerte sur un plateau. Mais… il ne comprenait pas. Will avait dit… dans le van, il avait dit… Elle releva les yeux vers lui, et son visage devait être éloquent parce qu'elle eut un petit sourire, coupable.
-J'ai… parlé avec Hopp, admit-elle.
-Mais- mais la peinture ? s'entendit bredouiller Mike.
El pencha légèrement la tête sur le côté.
-La peinture ? répéta-t-elle.
-Oui la peinture ! s'exclama Mike. Celle que tu as demandé à Will de peindre ?
Elle fronça doucement les sourcils.
-Je n'ai jamais… demandé à Will de peindre quoique ce soit.
Le cœur de Mike s'arrêta de battre, un instant. Avant de repartir à toute vitesse. El eut l'air inquiète.
-Est-ce que… tout va bien ? demanda-t-elle.
-Oui, répondit Mike aussitôt – peut-être un peu trop aussitôt. Oui. Tout va bien.
Est-ce que tout allait bien ? Il n'était pas sûr. Il pensait à Will, dans ce van. Il pensait à ce qu'il lui avait dit, sur Onze.
-Est-ce qu'on est toujours… hésita-t-elle, le regard bas.
-Amis ? dit-il, précipitamment.
Elle releva les yeux vers lui, presque par en dessous, hocha doucement la tête.
-Oui ! s'exclama Mike. Bien sûr El ! Bien sûr qu'on est amis !
Il fit les deux pas nécessaires pour la prendre dans ses bras et la serra avec toute la force de son soulagement – elle eut un petit rire, comme si elle était soulagée elle aussi.
-Okay, souffla-t-elle.
Et ça lui arracha un petit rire, à lui aussi. Il la relâcha et elle s'essuya vivement les yeux du revers de la manche, les yeux bas mais souriante. Mike n'en revenait toujours pas du soulagement qu'il ressentait. Ça le rendait ridiculement gauche de nouveau. Pas qu'il était connu comme la plus adroite des personnes du monde. Ni émotionnellement, ni physiquement, ni rien du tout.
-Est-ce que tu vas… rit Elfe. Me laisser retourner à mes cartons ?
-Oh ! fit-il en faisant un pas en arrière. Oui ! Oui, bien sûr !
Il récupéra son balai, faillit le faire tomber, le rattrapa de justesse. Ça la fit rire, d'un rire gentil, comme quand ils étaient amis, avant. Maintenant. Le poids que ça venait d'enlever de sa poitrine était indescriptible. Elle sortit devant lui, laissa la porte ouverte, retournant vers le porche. Il la regarda faire, son balai dans ses deux mains. El ne retournait pas en Californie, après les vacances. Elle voulait rester là, avec Hopper. A vrai dire, Joyce restait là, elle aussi. Enfin, elle allait retourner à Lenora pour organiser la vente de la maison et tout ça, mais d'après ce que Mike avait compris elle allait faire des allers-retours entre là-bas et Hawkins jusqu'à ce que la vente soit faite, son nouveau travail le lui permettait. Et puis elle resterait ici. Avec Hopper, et Elfe. Ils allaient même acheter une vraie maison, et tout ça. Avec l'argent de la vente. Ses yeux tombèrent sur Will. Il poussait des gravas vers la sortie avec son balai. Ce qui Mike était censé faire, lui aussi.
Will, lui, allait retourner en Californie. Il allait finir son année, là-bas. Mike recommença à se mordiller le coin de la lèvre, malgré lui. Argyle devait ramener le van, alors il était parti la veille, après les pizzas. Mais Will partait samedi matin, en avion, avec sa mère et Jonathan. Samedi. Dans trois jours.
Trois jours. Mike avait trois jours.
Son cœur battait fort dans sa poitrine.
Il n'aurait jamais le courage.
Il regarda Will donner quelques coups de balai sur le pas de la porte, pour forcer les derniers cailloux à sauter les rainures de l'entrée. Il se retourna et leurs regards se croisèrent à nouveau. La surprise ne poussa pas Mike à se détourner, pourtant, et malgré la forte chaleur soudaine dans son ventre il garda ses yeux dans les siens. Will eut un petit sourire, et Mike sourit en retour. Il avait envie d'aller le voir, maintenant. De le prendre dans ses bras. Will détourna les yeux le premier, alla vers la cuisine, et Mike baissa les yeux sur son balai.
Il ne pouvait pas faire ça. Il devait lui parler, d'abord. Il s'était comporté comme un vrai con. Il devait des excuses. Il devait… mille excuses. Et seulement là, s'il avait l'immense chance d'être pardonné, alors peut-être qu'il pourrait… peut-être qu'il dirait… et avec plus de chance encore, Will ne le détesterait pas.
Mais la journée passa, et tout son courage se volatilisa. Il se volatilisait toujours au dernier moment, il marchait vers Will, déterminé, et se dégonflait à l'instant même où ses yeux se posaient sur les siens. « Oui, Mike ? », « Tu voulais quelque chose, Mike ? ». Et lui, bredouillant, comme un idiot. « Hm, non, je… », « H-heu, non, non, c'est bon… ».
C'était pire le matin, et le soir. Parce que Will dormait chez lui. Au début Mike avait été terrifié à l'idée que sa mère leur dise de partager sa chambre, mais elle avait offert à Elfe de dormir avec Nancy et aux frères Byers de s'installer au sous-sol, tandis qu'Argyle quand il était toujours là avait dit qu'il dormirait dans son van. Mais même en partageant un toit, c'était comme s'ils étaient des fantômes l'un pour l'autre. Ils se croisaient dans un couloir, pour avoir la salle de bain, les toilettes, partageaient la table du petit déjeuner sans prononcer un mot entre ses parents et ses sœurs, revenaient dîner le soir à la maison tous ensemble, et au moment de se dire bonne nuit…
Mais il devait faire quelque chose. Il devait faire quelque chose. Il n'arrivait pas à le regarder dans les yeux plus d'une poignée de secondes et les choses étaient toujours bizarres et distantes et ça se voyait que Will faisait comme si de rien était mais Mike ne voulait pas que ça reste comme ça ! Et surtout, il ne voulait pas qu'il reparte en Californie alors qu'il restait ce, ce… ce malaise entre eux ! C'était insupportable. Et c'était entièrement de la faute de Mike.
Une fois Hopper revenu, il leur avait proposé de venir avec Joyce et lui dans sa caravane. Elfe avait dit oui tout de suite, un oui sonore et enthousiaste, en lui sautant presque au cou. Jonathan avait eu l'air gêné, avait dit que c'était très gentil, mais que la caravane risquait d'être un peu étroite pour cinq personnes et que comme il ne restait pas longtemps de toute façon, il se contenterait très bien du sous-sol des Wheeler. Mike savait pourquoi. C'était pour sa sœur. Mais il n'avait rien dit. Et quand Will avait dit, vaguement, que ça ne le dérangeait pas non plus d'être au sous-sol, que ce n'était que pour quelques jours de toute façon, en détournant vaguement le regard, Mike n'avait rien dit non plus.
Mais le vendredi soir, alors que les frères Byers avaient récupéré leurs vêtements du voyage, que la mère de Mike avait offert de laver avec les leur, qu'ils avaient reçu leurs billets d'avion et parlé de l'heure du départ au dîner, Mike ne tenait plus en place. Ils partaient à onze heures du matin, et sa mère et Joyce avaient accepté que Nancy et Jonathan aillent chez Steve après manger, « juste quelques heures, et puis on revient dormir là, promis ».
A vrai dire, Mike avait tenu trois minutes dans sa chambre assis sur son lit avant que ses nerfs ne le mettent sur ses pieds – il devait lui parler, et il devait lui parler maintenant.
Mais Will était dans la salle de bain, Mike entendait toujours la douche couler.
Tant pis. Il marcha avec résolution vers sa porte et descendit en vitesse jusqu'au sous-sol pour l'y attendre – en vitesse parce que s'il ralentissait ou qu'il attendait que Will y soit pour s'y rendre il se dégonflerait, comme toutes les autres fois. Alors il descendit, en chaussettes, et se planta assis sur le canapé déplié. C'était simple, Will allait descendre et Mike ne pourrait pas se défiler, cette fois. Il ne pourrait pas faire comme s'il se trouvait là par hasard, ou pour une autre raison que le voir. Plus de « hm, non, non », plus de « oh, rien… ».
Mike commença à se mordiller le coin de la lèvre. Puis sa jambe se mit à faire de petits rebonds nerveux. Puis il se leva, une main dans les cheveux. Puis il se mit à arpenter la pièce, agité.
Il n'avait aucune idée de ce qu'il allait dire, ou comment il allait le dire. Il devait des excuses, ça c'était évident. Mais comment il allait expliquer ces choses qui lui étaient passé par la tête ? Comment il allait expliquer ce qu'il… ce qu'il voulait expliquer.
-C'est simple, Mike, marmonna-t-il en croisant les bras – il porta son pouce droit à ses lèvres pour mordiller la peau de son ongle. C'est simple, tu n'as qu'à dire la vérité.
Il regardait le sol, ne s'arrêtant qu'une seconde avant de faire demi-tour.
-Tu n'as qu'à dire, Will, je… non, plutôt, il y a des choses que je…
Il était tellement pris par ce qu'il allait dire, comment il allait le dire, et l'angoisse qui l'englobait rien qu'à l'idée d'ouvrir la bouche en sa présence, qu'il n'entendit pas la porte du sous-sol s'ouvrir et se refermer, ni les premiers pas dans l'escalier de bois. Ce fut donc faisant les cent pas, se marmonnant à lui-même, que Will le trouva. Et il n'avait… jamais vu Mike comme ça. Il le regarda, quelques secondes, mais il ne faisait pas attention à lui.
-Mike ?
Il sursauta, se tourna vivement vers l'escalier. En plein milieu des marches, Will le regardait les sourcils froncés, en chaussettes, dans le pyjama que Mike lui avait prêté, et il se sentit pris au dépourvu un instant.
-J- j'aurais dû appeler, lâcha-t-il précipitamment.
Il vit Will plisser légèrement les yeux, et se dépêcha de continuer alors qu'il descendait les dernières marches.
-Je ne savais pas quoi faire… avec… ton absence.
Il grimaça aussitôt, il avait dit ça bien trop bizarrement.
-On n'avait jamais été séparés avant, ajouta-t-il – et son cœur battait ridiculement fort d'anxiété. Enfin, à part quand tu…
Il s'interrompit, détourna les yeux, nerveusement – il s'humidifia brièvement les lèvres mais il avait la bouche tellement sèche que ça ne fit quasiment rien. C'était du typique Mike Wheeler, venir pour présenter des excuses et rappeler à son meilleur ami la pire partie de sa vie, à savoir son enlèvement par un véritable monstre, dans un véritable monde parallèle maléfique. Il ferma brièvement les yeux, frappé par à quel point il pouvait se montrer stupide.
-Ce que je veux dire c'est que… je ne m'attendais pas à…
Mais il se tut. Il rouvrit les yeux, pour se rendre compte que non seulement il ne tenait pas en place tellement il était anxieux, mais Will le regardait toujours sans bouger et sans rien dire et qu'il n'avait toujours pas fait la moindre excuse. Il se força à déglutir.
-Quand je suis venu en Californie, j'avais peur que ce soit… bizarre. Entre nous. Et ça a été bizarre !
Il se détourna, une main nerveuse soudain dans ses cheveux, de nouveau bien trop agité. C'était atroce. Ça se passait exactement comme il l'avait imaginé. Il n'arrivait pas à organiser ses pensées et sa bouche disait n'importe quoi dans le désordre. Mais il ne pouvait plus s'arrêter.
-J'avais peur qu'on soit plus… qu'on soit plus comme avant, admit-il. Et c'est ma faute. Je sais que c'est ma faute. J'aurais dû appeler. J'aurais dû écrire plus.
Will sentit son cœur se serrer, il fit un pas hésitant en avant.
-Mike, non, tu… t'avais raison, moi aussi j'aurais pu…
-Non, Will !
Mike se retourna vers lui et ses yeux transpercèrent Will de part en part. Ils étaient pleins de… quelque chose, qu'il n'arriva pas à reconnaître.
-C'est toi qu'avais raison, disait Mike. Si je mets trois mois à répondre à une lettre, évidemment que tu ne vas pas avoir envie de m'appeler !
Est-ce que c'étaient des larmes, cette humidité dans son regard ? Le cœur de Will se mit à battre plus fort. Il n'était pas sûr de savoir ce qui était en train de se passer. Mike détournait déjà le regard, le corps tout entier nerveux.
-J'avais juste- j'étais…
Il se tut. Le silence soudain fut écrasant. Ça faisait des années que Will n'avait pas vu Mike au bord des larmes, comme ça. C'était lui, le garçon qui pleurait. C'était lui, le sensible, la fillette. Mike tenait tête. Mike prenait les décisions pour le parti, protégeait ses amis. Enfin, le Mike de son enfance, en tout cas. Will avait envie… envie de le prendre dans ses bras, de lui enlever ses problèmes – mais il ne savait même pas ce qu'était le problème, exactement. La culpabilité ? Pour trop peu de lettres, trop peu d'appels ? Ça ne collait pas. Pas du tout. Déjà, parce qu'il s'était déjà excusé, pour ça. Quand Mike parla de nouveau, il avait la gorge nouée.
-Tu me manquais.
Will retint son souffle, malgré lui.
-Je n'avais pas envie de t'écrire des lettres, j'avais envie… j'avais envie que tu sois à Hawkins avec moi- avec, avec nous. Et je- je ne savais pas comment t'écrire ça sans que ça paraisse… sans que ce soit…
Mike baissa les yeux, couvert de honte.
-Et- et puis j'ai commencé à rejeter la faute sur toi.
Will ne savait pas quoi dire. Son cœur battait à toute allure. Et quand il releva les yeux sur lui, Mike avait le regard le plus triste de toute la Terre.
-Je suis désolé, Will. Vraiment, je te le jure.
Will aurait dû répondre quelque chose, n'importe quoi. « Ce n'est rien » ou, peut-être, « je te pardonne », mais rien ne venait. Quelque chose lui échappait. Quelque chose qui expliquait l'état de nerf de Mike, à cette heure de la soirée, dans son sous-sol. Quelque chose qui n'était pas seulement le reproche que Will lui avait fait de ne pas assez lui avoir écrit en Californie. Et la simple idée de ce quelque chose lui écrasait les poumons.
Mike se laissa tomber assis sur le bout du clic-clac. Il avait l'air défait, tout surplus d'énergie disparu.
-Ce que tu as dit dans le van…
Will se tendit aussitôt.
-Je ne pense pas que je sois… ce que tu as dit.
Mike regardait ses mains, jouait nerveusement avec ses doigts, mais parlait bien moins fort qu'une minute auparavant. La vérité, c'était que maintenant qu'il avait admis avoir été malhonnête en Californie, qu'il avait admis que c'était de sa faute si les choses étaient bizarres entre eux, il se sentait comme si… comme s'il n'avait plus rien à cacher. C'était tout ou rien, et il avait fait la moitié du chemin. Il n'y avait plus de retour en arrière, maintenant.
-Je pense que… c'est toi, dit-il. Tu fais toujours passer le parti en premier et t'es toujours… t'es toujours là pour nous. Même… même quand on s'est comportés comme des crétins. C'est toi… le cœur.
Il releva les yeux vers Will, qui n'avait pas bougé, qui ne disait rien. Le cœur de Mike battait à tout rompre.
-T'es la personne la plus… la plus facile à aimer que je connaisse.
Il s'avança nerveusement encore plus près du bord du canapé-lit.
-Et-et je… je… je tiens à toi, Will. Vraiment. Et… je ne veux pas te perdre parce que j'ai été un abruti.
Il sentait les larmes lui remonter aux yeux, lui brûler la gorge – merde il allait vraiment le dire. Et il ne pourrait vraiment plus le nier, ensuite.
-T'es mon meilleur ami, Will, dit-il – et ce fut presque une plainte. T'es la personne… que j'aime le plus au monde.
Les grands yeux de Will le regardaient sans répondre, comme s'il était cloué sur place, et Mike ne put pas le supporter une seconde de plus – il détourna vivement les yeux, se releva, agité de nervosité de nouveau, passa une énième main dans ses cheveux, laissa ses jambes l'emmener à droite, à gauche.
-Quand tu m'as dit ce que Onze devait ressentir pour moi, j'ai… je me suis senti tellement coupable ! Lança-t-il sans le regarder. J'étais sûr d'être le pire petit-ami du monde. Je pouvais pas lui dire que je l'aimais, je pouvais pas non plus lui dire que…
Il se mordit la lèvre, grimaçant, changeant de sens.
-Et tout ce temps, elle ressentait ce que tu avais décrit ?
Il se souvenait encore cette sensation d'enfermement, cette culpabilité, cette impression d'être six pieds sous terre. Il ne pouvait quand même pas laisser Onze tomber maintenant, avec tout ce qu'elle traversait et toute ces choses qu'elle pensait de lui. Quel genre de personne ça aurait fait de lui ? Un lâche, un égoïste ? Pire, un menteur ? Mais il n'avait pas menti, il avait aimé être avec Elfe. Le mensonge était venu après, insidieux, sournois. Quand Will avait commencé à lui manquer plus qu'elle. Il s'arrêta de piétiner, une nouvelle main nerveuse dans ses cheveux.
-Ce que j'ai dit à El, pendant sa transe… J'aurais vraiment voulu ressentir ça pour elle. Et je pensais que c'était ce qu'elle avait besoin d'entendre. Je me suis rendu compte en le disant que ce n'était pas…
Il s'interrompit, grimaçant de nouveau.
-Non, ce n'est pas vrai, souffla-t-il. Ça faisait quelques temps déjà que je savais que je ne ressentais plus ça pour elle.
Il avait tellement honte.
-La vérité c'est que… c'est que je…
-Tu… quoi ?
Mike releva les yeux vers Will, et ils étaient remplis de larmes. C'était horrible. Ce sentiment, c'était horrible. Il était horrible.
-Me déteste pas, implora-t-il la voix basse, rauque.
Le cœur de Will se brisa en deux – c'était insoutenable, de le voir comme ça. Il fit un pas vers lui, mais il avait tellement peur de l'approcher, comme s'il était fragile, comme si le mauvais geste ou la mauvaise parole aurait pu le briser net.
-Pourquoi… pourquoi je te détesterai ? souffla-t-il.
Mais il savait pourquoi. Il n'y avait pas mille raisons. Pourtant il pouvait encore se tromper, il pouvait très bien tout avoir compris de travers. Il avait dit que Will était son meilleur ami, et qu'il n'aimait plus El – rien ne lui disait que ces deux choses étaient liées. Peut-être qu'il était venu s'excuser pour le manque de lettre, et pour admettre qu'il avait rompu avec sa sœur d'une manière horrible et cruelle et qu'il avait peur que Will lui en veuille pour le restant de ses jours.
Mais Mike n'avait pas rompu avec Onze d'une façon horrible et cruelle. El avait rompu avec Mike, et ça s'était très bien passé. Will et Elfe étaient amis. Ils étaient frère et sœur. Ils se parlaient.
Mike ouvrait la bouche, comme pour lui répondre, mais rien ne venait.
-Je veux dire, souffla Will dans une tentative d'alléger l'atmosphère, à part le fait que tu sois le pire meilleur ami du monde.
Mike eut un éclat de rire qui ressembla terriblement à un sanglot, détournant les yeux, et Will grimaça.
-Désolé…
-Non, non, c'est… t'as raison, souffla Mike dans une ombre de sourire.
Un instant, Will eut la sensation qu'ils se parlaient comme avant. Mike, aussi. Il s'humidifia les lèvres, les yeux toujours sur le mur, cherchant et cherchant et cherchant le courage qui lui manquait. Il pensa à la peinture. La peinture que Will avait peinte, pour lui. Puis qu'il lui avait offerte, en la faisant passer pour un cadeau de leur amie. Il pensa au cœur, sur le bouclier, et prit une grande inspiration.
-Je…
Mais sa voix se bloqua dans sa gorge, et il sentit une larme lui échapper. Merde. C'était pire que tout. Will écarquilla les yeux, se hâta de combler la distance pour le prendre dans ses bras.
-Eh, Mike, c'est rien. Tout va bien, okay ? Tout va bien.
Honteux, Mike s'accrocha fort à lui. C'était presque pire, pourtant. Après la façon dont Mike l'avait traité, ça aurait dû être à lui de le prendre dans ses bras et de lui dire des choses rassurantes. C'était bien ça le problème, d'ailleurs. Mike avait envie de prendre Will dans ses bras. Il avait envie de lui dire des choses rassurantes, que tout irait bien, qu'il resterait toujours près de lui, qu'il était la meilleure personne au monde. Mais si Will savait tout ça, peut-être qu'il n'aurait pas envie de se tenir si près de lui. Peut-être qu'il n'aurait plus envie d'être son ami. Mike ferma les yeux, le serra un peu plus fort contre lui. Il aurait voulu que ça dure toujours. Il se força à penser au cœur, de nouveau. Au cœur, sur la peinture. Ça voulait forcément dire quelque chose.
-Je n'ai pas envie de tu partes, souffla-t-il dans son cou. Je veux… je veux que tu restes ici, avec…
Il prit sur lui, pour ne pas mentir, pour ne pas dire nous, ferma les yeux plus fort encore.
-Avec moi.
Les bras dans son dos étaient tellement apaisants, et pourtant Mike avait l'impression d'être un voleur. Les pouces de Will traçaient de doux arcs de cercle sur son tee-shirt.
-Ce n'est que pour quelques semaines, répondait-il, doucement. Je serai de retour en juin.
-Je sais. C'est juste… et si on s'éloigne, encore ?
-Après tes superbes excuses ? Pas moyen.
Ça arracha un nouveau petit rire à Mike, qui sonna drôlement à travers ses larmes. Il se concentra sur la caresse de ses doigts dans son dos. Ça voulait forcément dire quelque chose.
-Alors tu me détesteras pas, c'est sûr ? souffla-t-il.
-Mike, il n'y a rien que tu pourrais faire ou dire qui me ferai te détester.
Alors Mike s'éloigna un peu, juste assez pour qu'ils puissent se voir. Il avait toujours le cœur battant et la gorge tellement serrée. Will le regardait vraiment comme s'il pensait ce qu'il disait – jusqu'à la douceur de son sourire, jusqu'à l'humidité dans ses yeux.
-Rien, répéta-t-il doucement.
Will le regardait comme s'il était la personne la plus importante au monde et Mike se sentit submergé d'émotion. Ça voulait forcément dire quelque chose. S'empêchant de réfléchir, il se pencha, et l'embrassa. Ça ne dura qu'un instant, et Mike regretta aussitôt – toute chaleur quitta son visage et il fit un brusque pas en arrière.
-Pardon, fit-il d'une voix blanche.
Will avait les yeux écarquillés, les joues rouges.
-P- pardon, je…
Il fallait partir. Il se lança vers les escaliers – mais Will saisit sa main.
-Attends !
Mike se retourna, coupé dans son élan, et ils se regardèrent. Le cœur de Mike battait à tout rompre.
-Attends, Mike, répéta Will.
Sa voix n'était ni sévère, ni en colère. Elle était douce. Comme Will. Mike regarda leurs mains jointes, et la façon dont Will reprit mieux la sienne, comme pour la tenir, plus que le retenir. Mike referma doucement ses doigts sur les siens, incertain. Quand il releva les yeux vers Will, il vit qu'il souriait.
-Recommence ?
Mike sentit son cœur se gonfler dans sa poitrine.
-Vraiment ? souffla-t-il.
Will eut un petit rire, en approchant de lui, lui prenant l'autre main. L'instant suivant, il se penchait sur lui, et Mike sentait pour la deuxième fois ses lèvres contre les siennes. Cette fois-ci, il ferma les yeux. Elles étaient douces, et chaudes. Il monta une main contre la joue de Will, soupirant de bonheur. Il sentit la main qu'il venait de lâcher se glisser contre sa taille, s'accrocher à son tee-shirt. Il serra son autre main dans la sienne, entrelaça leurs doigts.
Quand ils se séparèrent, ils étaient à bout de souffle, et Mike fut le premier à en rire – il n'arrivait pas à croire sa chance. Ils restèrent front contre front un instant, et quand Will ferma les yeux Mike les garda ouverts. Il le regarda, le cœur léger. Si beau et si doux. Il le reprit dans ses bras, de nouveau submergé par ses émotions – Will referma aussitôt ses bras dans son dos, agrippa son tee-shirt.
-Je t'écrirai, cette fois, souffla Mike dans son cou.
Will eut un petit rire, mais il devait savoir qu'il le pensait.
-Je t'appellerai tous les jours.
C'était une promesse.
-Enfin, dès que tu m'auras écrit le numéro de téléphone de l'endroit où vous allez vivre.
Will rit de nouveau, mais cette fois il recula assez pour pouvoir le voir, et glissa une main sur sa joue – il avait les yeux humides, mais Mike voyait bien à son sourire que c'étaient des larmes de joie. Et son sourire le fit sourire, lui. Merde, il était… tellement amoureux de lui. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait réussi à se convaincre du contraire si longtemps.
-Ce sera la première chose que je t'écrirai, promit Will, amusé.
Mike ne pouvait plus s'empêcher de sourire. Il était tellement heureux. Un jour il lui dirait. Il lui dirait à quel point il l'aimait.
-Tu vas me manquer, Will.
-Mike ! appela sa mère du rez-de-chaussée – ils levèrent vivement les yeux vers la porte fermée, s'écartèrent par réflexe. Tu es en bas ?
-Oui, j'arrive ! cria Mike en réponse.
Il regarda la porte un instant encore, le cœur battant, attendant une réponse ou un mouvement, un bruit, mais sa mère ne répondit rien, n'ouvrit pas la porte. Il se retourna finalement vers Will, qui avait un sourire mi-gêné, mi-amusé.
-Hm… bonne nuit, Will, sourit Mike.
Il se sentait bête comme tout, mais léger aussi. Il hésita un instant, mais un instant seulement, et il se pencha une dernière fois sur Will pour poser son sourire contre le sien. Et puis il retourna vers l'escalier de bois, remonta les marches deux à deux.
-Bonne nuit, Mike.
Et sur un dernier regard plein de tendresse, referma doucement la porte derrière lui.
Fin
Et voilà ! \ o /
Encore une fois, j'espère que ça vous a plu ! Et j'adorerai avoir vos avis :D
Ciao ciao ! ~
Chip.
