Résumé :

« — Tu veux venir à la plage avec nous ?

Kuroo s'arrêta, prit de cours par la demande.

— Quoi ?

— Tu veux venir ? répéta Sugawara. »

Note : bon je me suis chié avec le résumé au dernier chapitre mais je n'ai pas voulu tout supprimer pour ça, j'espère que ça n'aura pas générer trop de confusion.

TW : Agression/ Discrimination/Panique

Chapitre 29 : Tout ce que l'on ramasse

— Tu veux venir à la plage avec nous ?

Kuroo s'arrêta, prit de cours par la demande.

— Quoi ?

— Tu veux venir ? répéta Sugawara.

— Euh, quand ça ?

— Ce week-end ! Tu peux venir avec tes copains si tu veux ! Viens, on est presque tous là ! J'ai juste pas réussi à joindre Chris.

Voyant que ses petits-amis n'avaient pas remarqué qu'il s'était arrêté, Kuroo dut se remettre en marche pour ne pas les perdre de vue.

— Il est retourné dans sa famille pour les vacances. Vous voulez aller où ?

— Shichigahama.

— C'est où ça ?

— Miyagi.

Kuroo fit de nouveau une halte. Il réussit à capter le regard de Bokuto et lui fit signe de l'attendre. Il s'écarta pour s'installer en retrait de la foule.

— Mais c'est super loin !

— Super loin, comme tu exagères !

— C'est pas genre, cinq heures de route.

— Si.

Kuroo ne sut que répondre à cela.

— Les parents de Daichi ont un complexe hôtelier là-bas.

— Euh, OK, mais…

— Allez, on a tous réussi à se libérer, viens.

Le brun fut finalement rejoint par Kōtarō.

— C'est qui ? demanda-t-il.

— Suga.

— Il veut quoi ?

— Il demande si on veut venir à la plage avec eux… Mais genre, dans la préfecture de Miyagi, les parents de Sawamura ont un complexe là-bas apparemment.

— Trop cool, grave ! répondit Bokuto sans l'ombre d'une hésitation. Attends je demande à Keiji et Kenma s'ils peuvent venir.

Il détala à toute vitesse et revenu quelques secondes plus tard à bout de souffle.

— Ils ont dit OK !

Bon, bah apparemment ils étaient partis pour Shichigahama.

-/-

Ils se retrouvèrent deux jours plus tard aux aurores sur le parking de l'université. Tout ce petit monde avait encore les yeux lourds de sommeil, mais l'euphorie pouvait déjà se faire sentir. Après un court papotage de mise au point et la répartition des glacières, ils furent prêts à partir.

— Il nous reste encore une place, annonça Kenma après avoir rapidement compté le nombre de personnes, constatant qu'il allait falloir que quelqu'un vienne avec eux.

Yamaguchi leva la main avec la même intensité que s'il venait de se porter tribut pour les Hunger Games. Personne ne fut dupe, son enthousiasme n'était pas bien dur à deviner. Il poussa Tsukishima du bras pour lui empêcher de prendre sa place et se rua dans leur direction. Arrivé à leur hauteur, il leur offrit un immense sourire et déposa son sac à dos dans le coffre encore ouvert.

— Kenma conduit et tu t'assois pas devant, lui murmura Kuroo.

Yamaguchi fit la moue.

— Kuroo, je suis venu pour toi tu sais, tu es mon ami et je…

— Arrête de mentir, je sais très bien pourquoi, le coupa le brun, amusé.

Le plus jeune leva les yeux au ciel mais ne fit aucun autre commentaire.

Après ça ils se mirent finalement en route. Le voyage se fit sans encombre, enfin, du moins pour Kuroo qui avait joué les enfants turbulents à l'arrière de la voiture. Sans surprise, Bokuto, Yamaguchi et lui-même formaient un trio terrible et ils avaient passé les quatre heures trente de route à raconter des âneries et jouer à des jeux improbables. En arrivant, ils rencontrèrent brièvement les parents de Sawamura : un couple charmant d'une soixantaine d'années qui les avaient accueillis avec enthousiasme et bienveillance. Ils les accompagnèrent jusqu'à une petite maison en bois nichée dans un petit coin boisé qui devait être à peine cinq minutes de la plage. Une fois les clés récupérées, ils les saluèrent chaleureusement avant de repartirent accompagné de leur fils.

— Tada ! annonça Sugawara en arrivant sur le palier.

L'endroit était charmant, l'extérieur avait été aménagé pour pouvoir faire des barbecues, à l'intérieur se trouvait une petite cuisine et deux salles de bain. Ils arrivèrent finalement dans une grande pièce vide, une dizaine de futons pliés et rangés dans un coin.

— On va tous dormir là ? demanda Kuroo.

— Ya une autre pièce à côté mais oui, j'avais pas précisé, on avait pas villa avec sept chambres…

— Cool ! clama Bokuto en se ruant à l'intérieur. Ça me rappelle le collège ! J'ai déjà trouvé ma place, déclara-t-il en se plantant dans un coin de la pièce.

Kuroo parut beaucoup moins enthousiasme.

— Ça te dérange ? demanda Sugawara, inquiet.

— Non pas moi, je me dis juste que je suis pas sûr que Kenma va…

— J'ai déjà booké une chambre, annonça le blond sans relever les yeux de son téléphone. Désolé Sugawara-san, merci de votre invitation. Il s'inclina pour le remercier.

— Pas de soucis, lui répondit ce dernier dans un sourire bienveillant. Désolé de ne pas l'avoir précisé.

— Pas de problèmes. L'hôtel et à quelques minutes d'ici. Keiji, tu viens avec moi, ces cons vont pas me laisser rentrer seul.

— D'accord, répondit le brun derrière lui.

Kenma releva les yeux vers eux.

— Vous voulez venir ?

— Non, je reste là, déclara Kōtarō qui avait déjà choisi son futon.

— Je reste aussi, déclara Kuroo.

— Ok, on y va pour déposer les affaires, on vous rejoint après, à toutes à l'heure.

Et sur ce ils repartirent.

Passer la commotion chaotique de l'arrivé, ils réussirent à s'organiser pour s'installer correctement. Ils décidèrent de partir directement pour la plage, ils trouveraient surement de quoi manger là-bas.

— Bon allez on se bouge ! râla Tsukishima.

— On attend Oikawa, lui répondit son partenaire.

— Mais il fout quoi !

— J'arrive !

Kuroo tourna les yeux et échappa un pouffement en voyant l'accoutrement de son ami. Ne vous méprenez pas, il était formidable, comme à son habitude. Mais le brun ne pensait pas que sa diva-attitude pouvait aller si loin. Oikawa fit donc son apparition, vêtue d'une sorte de poncho blanc, d'un large chapeau de paille et d'une immense paire de lunette de soleil. Il ne lui manquait plus que le chihuahua, et il passait presque pour une milliardaire américaine s'apprêtant à se rendre sur sa plage privée de Miami. Oikawa baissa ses lunettes, haussant un sourcil en voyant le regard que Kuroo lui portait.

— Un problème ?

— Non, son sourire s'élargit, je t'adore.

— Je préfère ça, lui répondit le châtain en remontant ses lunettes de soleil.

Ils arrivèrent sur la plage à peine quelques minutes plus tard. L'endroit avait déjà été envahi par des hordes de familles à bambins hurleurs, mais leur enthousiasme était tel qu'ils n'y firent même pas attention. Ils traversèrent la plage et réussirent à trouver un coin assez dégagé pour pouvoir tous s'y installer. Alors que la plupart d'entre eux s'étaient contentés d'installer une serviette à même le sable, comme des honnêtes gens qu'ils étaient, Oikawa avait carrément ramené son mobilier d'extérieur : il s'était étendu sur un transat pliable installé à l'ombre d'un parasol rose bonbon, toisant du regard un groupe d'enfants jouant dans l'eau tout en sirotant un breuvage encore inconnu dans ce qu'il semblait être une coupe de champagne.

Kuroo, amusé, s'approcha de lui.

— Je vois que t'es bien installé.

L'interpellé lui prêta un regard mais ne prit pas la peine de lui répondre.

— Tu bois quoi ?

— Du jus d'orange.

— Dans une coupe de champagne ?

— J'avais que ça sous la main.

— T'avais qu'une coupe de champagne sous la main ? insista le brun, très peu convaincu.

— Oui. Et c'est plus élégant.

Kuroo pouffa.

— Il est où Iwaizumi ?

Oikawa lui montra nonchalamment une direction. En se tournant, le brun put effectivement apercevoir Iwaizumi, en train de discuter avec Sawamura, assis à même le sable.

— Apparemment il préfère s'asseoir par terre, en plein soleil.

Kuroo fronça les sourcils :

— Vous vous êtes engueulés ?

Son intervention troubla profondément son interlocuteur :

— Non pourquoi ?

— Pour rien.

— Babe ! entendit-il hurler dans son dos.

L'interpellé se tourna, Kōtarō lui faisait des grands gestes tout en courant dans leur direction.

— Viens, on va dans l'eau ! scanda-t-il en arrivant à sa hauteur.

— Ok, mais attends j'ai pas mis de crème solaire.

— Ah ouais moi non plus attends.

Il repartit à toute berzingue.

— Cassez-vous c'est mon coin d'ombre, râla Oikawa.

— Oh, ça va, tu peux…

— Woh Oikawa, j'adore ton poncho !

Bokuto venait de revenir, crème solaire à la main. Le compliment prit de cours le châtain.

— Merci.

— Sans dec ça te va super bien, ça fait trop classe. Ça te dérange si on s'assoit là pour le moment ?

— Non pas du tout.

Kuroo en resta soufflé quelques instants : les pouvoirs de séduction de Kōtarō étaient vraiment impressionnants… Il finit par échapper un sourire en coin que son ami ne manqua pas de remarquer. Il leva les yeux au ciel mais ne fit aucun autre commentaire.

Kuroo s'enduisit le corps de crème, et aida Bokuto à en mettre dans le dos. Son petit-ami lui rendit la pareille, mais bien que la volonté y soit, cela finit par ressembler plus à un gommage très abrasif étant donné que Bokuto n'arrêtait pas de faire tomber le tube dans le sable et de lui refoutre la moitié de la plage sur le dos par la même occasion.

— Allez viens !

Bokuto l'attrapa par le bras et courut en direction de l'eau. En arrivant au bord, Kuroo tenta de le faire lâcher prise, il ne tenait pas à rentrer directement dans l'eau sans avoir eu le temps de s'habituer à la température. Bokuto ne le laissa pas faire et continua d'avancer. Le brun tenta de le stopper de nouveau, mais il tira de plus belle. La force qu'il y mit fut tel que Kuroo bascula en avant et ils se retrouvèrent tous deux complètement submergés.

— Oh bordel Ko…

Bokuto explosa de rire, et cela suffit à dérider le brun.

— Attends viens on va plus loin, déclara-t-il avant de commencer à nager.

Kuroo comprit bien vite qu'il n'avait pas son mot à dire et le suivit.

Ils s'arrêtèrent quelques mètres plus loin. L'eau leur arrivait maintenant jusqu'en haut du dos. Bokuto lui sourit, il passa un bras sur ses hanches et l'attira à lui. Avant qu'il n'ait pu faire quoique ce soit d'autres, il le stoppa :

— Babe, je t'adore, mais ya du monde-là.

Bokuto roula des yeux et échappa un soupire. L'air penaud qu'il affichait se transforma bien vite en une expression machiavélique. Avant même que Tetsurō ait le temps de réagir, son petit-ami lui balaya les jambes d'un mouvement rapide et poussa sur son torse pour le faire basculer en arrière. Kuroo se retrouva sous l'eau avant même qu'il n'ait pu faire quoique ce soit pour se débattre. Bokuto plongea avec lui, et attrapa son visage pour l'embrasser. Kuroo échappa un sourire et lui rendit son baiser.

— Fourbe, dit le brun une fois retourné à la surface.

Son vis-à-vis se contenta d'échapper un sourire, visiblement satisfait de sa ruse.

— On aurait peut-être dû attendre sur la plage, je sais pas comment Kenma et Keiji vont nous retrouver.

— Mmm, t'inquiètes babe, ils vont nous trouver. En plus Kenma a le numéro de Yamaguchi.

— Yamaguchi qui est là ? observa Kuroo, en désignant son ami du doigt qui était à quelques mètres d'eux en train d'essayer de faire couler son partenaire.

— Oh, se contenta de répondre Kōtarō, ils vont trouver. Tiens regarde, ils sont là, continua-t-il en lui désignant la plage.

En se tournant Kuroo put effectivement deviner la silhouette de ses deux autres amoureux. Sans plus attendre il repartit vers le rivage pour aller à leur rencontre.

— Vous nous avez trouvés facilement ?

— Oui, lui répondit Kenma sans rentrer dans les détails.

Il planta le parasol qu'il avait à la main dans le sable.

— On est parti avec ça ? demanda le brun.

— Non, je l'ai acheté.

— Oh… mais il est immense.

Le parasol en effet avait une circonférence assez imposante. Assez pour faire de l'ombre à cinq alligators en hyperthermie.

— Comme ça on peut tous s'y installer.

— Oh, trop cool ! s'exclama Bokuto qui venait de les rejoindre.

Ils aidèrent à préparer leur petit camp et s'y installèrent. Leur petit coin ombragé fit rapidement des jaloux, et ils se retrouvèrent bientôt presque à l'étroit sous le parasol. Cela ne sembla chagriner personne, Kenma était en compagnie de son bien aimé rouquin et de son partenaire, Akaashi conversait avec Sawamura et Sugawara, et Kuroo et Bokuto s'étaient ligués contre Tsukishima pour lui rendre la vie impossible.

— Oh les gens ! entendirent-ils hurler.

Tous se tournèrent vers Yamaguchi qui venait de faire son apparition, accompagné de Nishinoya et Tanaka.

— On a trouvé un filet de volley ! scanda-t-il une fois qu'il eut repris son souffle. Venait on joue ! Ça fait tellement longtemps !

— Grave, répondit Bokuto !

— On a pas de ballon, remarqua Sugawara.

— Si ! répondit Nishinoya en brandissant fièrement le-dit ballon.

— Ok, accepta finalement Sugawara.

— Kenma ? demanda Kuroo en se tournant vers le blond.

Ce dernier grimaça, visiblement très peu enthousiasmé par l'invitation. Alors qu'il allait répondre, Hinata lui signa quelque chose. Cela suffit à le convaincre et il acquiesça avant de se lever. Il ne pouvait vraiment rien refuser au rouquin.

— Keiji ? demanda Kuroo en se tournant vers l'intéressé.

— Je préfère ne pas participer, lui répondit-il. Je me suis blessé il y a quelques années, je ne pense pas que ce serait bien judicieux.

— Moi aussi, intervint Sawamura, mais on peut faire l'arbitrage, proposa-t-il.

Akaashi opina.

— Je vais demander à Oikawa, annonça Kuroo.

— Je viens avec toi.

Le brun fut d'abord surpris de l'intervention de Kageyama, mais il hocha simplement la tête et ils partirent ensemble.

— Yo, Oikawa, on fait une partie de volley, tu veux venir ? proposa Tetsurō une fois arrivé.

Le châtain haussa un sourcil :

— Non.

— Allez viens !

— T'es un lâche.

Kuroo se tourna vers Kageyama, surpris de l'intensité de son intervention.

— Pardon ?

— Un lâche, répéta-t-il.

Oikawa soupira. Il se releva, retira ses lunettes de soleil, se défit de son poncho, et braqua son regard sur Kageyama :

— Je vais vous défoncer, grogna-t-il.

La réponse, ou la menace plutôt, sembla ravir le plus jeune qui échappa un sourire à la limite de la démence. Oh... Il n'était pas au courant que ces deux-là entretenaient... ce genre de relation... De la rivalité, chouette... Dans quoi avait-il accepté de s'embarquer au juste ?

Ils rejoignirent le reste du groupe et se dirigèrent tous en direction du terrain improvisé.

— On est combien du coup à jouer ?

— Douze.

— Ça se joue pas en deux contre deux le beach-volley normalement ? remarqua Tsukishima.

Tous se turent, déstabilisés par la remarque.

— On s'en fout, on fait six contre six non ?

Cela sembla contenter tout le monde.

Ils commencèrent à se répartirent en équipe en essayant de concilier les postes où ils étaient le plus à l'aise, ce qui s'avéra plutôt compliqué étant donné le nombre de passeurs essayant tant bien que mal d'imposer leur position.

— Attendez, faut qu'on se répartisse intelligemment, faut pas que ça soit trop déséquilibré, remarqua Tsukishima.

Remarque intelligente si l'on constate les différences de tailles pouvant exister et…

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

Nishinoya n'avait pas l'air d'apprécier grandement ce que venait de dire le blond. Kuroo avait comme l'impression que cela n'était pas lier à un problème de mensuration.

— Bah on va pas mettre tous les alphas ensemble et…

— Oh okay, c'est comme ça, le coupa Nishinoya, tu nous sous-estimes c'est ça ?

— Pas du tout, je dis juste que sur une base biologique…

— Oh ta gueule Tsukki, le coupa son partenaire.

— Quoi ? je dis juste que…

— Ok, alpha contre oméga, répliqua Nishinoya. On va vous exploser !

Tsukishima maintenu son regard.

— Tu pourras pas dire qu'on t'avait pas prévenue.

— Tu vas te prendre une sacrée claque.

— Euh… intervint Kuroo, on va où nous ? demanda-t-il en désignant Tanaka, Iwaizumi et lui-même.

— On prend les bêtas, commanda Nishinoya tout en maintenant le contact visuel avec son adversaire.

— Ok.

— Bah non pas OK, on est trop, remarqua Azumane.

— On garde Iwa-chan ! s'empressa de trancher Oikawa.

Le concerné souffla, mais rejoint tout de même son partenaire

— On fait vraiment ça ? demanda Sugawara.

Kageyama haussa les épaules et rejoignit le reste des alphas.

— Je voulais être avec Shôyo, maugréa Kenma.

— Je voulais te défoncer ta tête de chieur, grommela Oikawa à l'intention de Kageyama.

— C'est con, se contenta de répondre ce dernier.

Ils se mirent en position. D'un côté, l'équipe oméga, composée de Kenma, Bokuto, Kuroo devant, Noshinoya, Azumane et Tanaka à l'arrière. De l'autre, l'équipe alpha, avec Hinata, Kageyama, Tsukishima, Oikawa, Yamaguchi et Iwaizumi.

L'équipe alpha lançait le jeu. Ils furent retardés par Yamaguchi et Tsukishima qui étaient toujours en train de se chamailler, mais chacun partit sur une extrémité du terrain et le match put enfin commencer. Kuroo se tenait prêt, commençant déjà à analyser la formation de l'équipe adverse, espérant que ses vieux réflexes ne soient pas encore trop rouillés. Yamaguchi prit le premier service. Le brun tenta de calculer la trajectoire qui n'était autre que… la tête de Tsukishima apparemment.

— Tadashi tu fais chier ! Ça compte pas ! râla Oikawa.

— D'où ça compte pas ?

— Ils se tirent dans les pattes, on va pas être pénalisé pour leurs conneries !

— Ça va OK je recommence, on commence pour de vraie, annonça Yamaguchi qui venait de récupérer le ballon.

Cette fois-ci il servit avec l'attention d'emmener le ballon de l'autre côté du filet. Cependant, tout ne se produit pas aussi bien que ce qu'il avait anticipé : premièrement, la trajectoire du ballon fut totalement modifiée dès le premier coup de vent, deuxièmement, il n'avait absolument pas pris en compte la résistance du sable, et il se vautra au premier mouvement rapide qu'il entreprit. Il ne fut pas le seul, il vit Bokuto à sa gauche se retrouver sur les fesses et la moitié de l'équipe adverse glissa également et se retrouva tête la première dans le sable. Heureusement pour eux, la trajectoire de la balle fut tellement modifiée qu'elle finit hors des limites du terrain.

— Hum … Le point va à l'équipe oméga, annonça Sawamura.

Tous semblèrent assez troublés par cette entrée de jeu assez catastrophique. Kuroo baissa les yeux, il devait réétudier ses points d'appui pour pouvoir se mouvoir efficacement dans le sable. Il fallut encore quelques minutes pour qu'il puisse vraiment s'y habituer, mais il reprit rapidement confiance. Le reste des joueurs eurent aussi un temps d'adaptation, les premiers points se gagnèrent sur des sorties de jeux et des vautrages inattendues, mais très vite ils réussirent tous à plus ou moins maitriser ce nouvel environnement et les choses sérieuses purent enfin commencer.

Kuroo était à l'affut, réussissant à garder son calme pour analyser le jeu. L'équipe alpha réceptionna la balle, elle passa rapidement, arriva à Tsukishima qui sauta pour smasher. Le brun réagit rapidement et suivit son mouvement, il le vit tourner son regard et échappa un sourire en calculant sans problème la trajectoire et arrêta le ballon qui retomba sans avoir pu traverser le filet.

— Point à l'équipe oméga, 12 à 8, annonça Akaashi.

Kuroo sourit pour lui-même. En tournant les yeux il découvrit que le blond le fixait toujours.

— Quoi ?

Tsukki échappa une grimace, étrange mélange de sa nonchalance ordinaire et de…crainte ?

— Tu fais flipper à sourire comme ça.

— Comment ?

Kuroo échappa le même sourire que précédemment, qu'il savait un tantinet démoniaque.

— Celui, là.

— Je t'intimide la grande perche ?

Tsukki leva les yeux au ciel.

— Je sais pas pourquoi tu m'appelles comme ça, on fait quasiment la même taille.

— J'ai pas dit que j'étais pas moi-même une grande perche.

— Tu…

Ils se turent en même temps. Le ballon passa juste à côté d'eux et vain s'écraser derrière Kuroo. En tournant la tête, le brun trouva le regard d'Hinata qui le salua jovialement.

— Ji ! râla Kenma.

— Désolé je me reconcentre, promit-il au reste de ses coéquipiers.

Oikawa servit, et le ballon arriva vers eux à une vitesse inouïe. Alors que Kuroo pensait qu'il allait perdre le point, il entendit hurler dans son dos « Rolling thunder ! ». Nishinoya réceptionna le service avant de rouler dans le sable. Azumane récupéra la balle qui fut interceptée par Kenma, qui fit lui-même la passe à Bokuto. Il vit Tsukishima se déplacer rapidement pour bloquer l'attaque, mais Bokuto réussit à faire passer smasher entre le bloc s'étant élevé face à lui. Le ballon s'écrasa de l'autre côté du filet sans avoir pu être réceptionné.

— Point aux omégas, 13 à 9.

— T'as vu ça Keiji ! hurla Kōtarō.

— Oui j'ai vu, lui répondit son partenaire dans un sourire.

Bokuto sortit du terrain pour aller s'accroupir devant lui, commençant à babiller gaiment. Kenma souffla et alla le récupérer par le col de son T-shirt. Bokuto se laissa faire, mais réussit à poser un baiser sur la joue d'Akaashi avant de se faire trainer sur le terrain.

Le jeu reprit.

Pour le moment, son équipe avait l'avantage. L'équipe adverse comptait de bons joueurs certes, mais ils étaient encore trop désordonnés pour être vraiment efficaces. De leur côté, ils avaient réussi à se synchroniser assez rapidement et fonctionnaient dans un système jusqu'alors efficace. Ils remportèrent le premier set 25 à 23. Le second reprit et ils eurent un peu plus de mal à se démarquer cette fois, l'équipe alpha avait réussi à s'organiser, et leur stratégie payait. À moins que… Cela faisait plusieurs fois que Kuroo voyait Kageyama envoyer le ballon à son partenaire avec des trajectoires improbables que le rouquin ne réussissait pas à intercepter, cela leur donnait l'avantage, mais il peinait à comprendre ce qu'ils étaient en train de mijoter. Ils cessèrent leur manège et leur jeu se synchronisa de nouveau. Son équipe remporta le second set, bien plus péniblement cette fois, mais ils avaient encore assez de jus pour continuer sur cette lancée.

— Eh oh l'arbitre là, la neutralité ! râla Bokuto.

Kuroo tourna les yeux, comprenant qu'il était en train de s'adresser à Sawamura qui était en pleine conversation avec son partenaire. Aux vues de leurs expressions respectives, il ne faisait aucun doute qu'ils étaient en train de converser stratégie. Daichi n'avança rien pour sa défense et retourna s'asseoir à côté d'Akaashi. Sugawara fit signe à ses coéquipiers de le rejoindre et ils conversèrent jusqu'à ce que le jeu reprenne. Leurs petites messes basses avaient porté leurs fruits, ils réussirent à prendre l'avantage à mi-set et l'écart se creusa peu à peu. 24 à 23 pour l'équipe alpha. 25 à 24. Kuroo se remit position, s'ils perdaient le point maintenant, l'équipe alpha l'emportait et ils repartaient pour un quatrième set. À ce rythme, il n'était pas sûr de pouvoir prendre l'avantage ensuite, courir et se mouvoir dans le sable était bien plus fatiguant, le vent commençait à se lever, et bien que Kuroo soit agréablement surpris de constater qu'il n'avait pas exactement tout perdu de ses vieux réflexes, sa résistance à l'effort elle était bien moins impressionnante que dans ses jeunes années. Dans sa vision périphérique, il vit Hinata sauter, désynchronisé du reste de son équipe. La hauteur de son saut était impressionnante, surtout lorsqu'on considérait le fait qu'il n'avait pas d'appui stable dans le sable. Kageyama réceptionna la balle et réussit à l'envoyer avec une précision inouïe pile au point d'attaque. Hinata frappa le ballon qui s'écrasa de l'autre côté du filet sans qu'ils n'aient pu rien y faire.

— 26 à 24, le set va à l'équipe alpha.

Un cri de victoire échappa à ses adversaires. Hinata, rayonnant, sauta dans tous les sens, avant de se jeter sur son partenaire.

Kuroo tourna les yeux vers ses coéquipiers. Tous captèrent son regard, et il sentit que leur motivation était commune : ils allaient l'avoir ce dernier set. Ils changèrent de camp et en profitèrent pour peaufiner leur stratégie, Kuroo remarquant les failles qu'il avait pu noter dans l'équipe adverse, suggéra ce qu'il pourrait être fait afin de s'en servir à leur avantage. Tous l'écoutèrent attentivement, acquiesçant, ou ajoutant leurs observations. Ils se replacèrent et se tinrent prêts à recommencer. Le jeu reprit nerveusement, l'équipe alpha avait la niaque, et ses coéquipiers eux commençaient à s'essouffler, ce qui ne fit rien pour arranger l'écart commençant à se creuser entre les deux équipes. À moins que… Oikawa se plaçât pour servir, service qu'il savait redoutable. Kenma et lui s'étaient retrouvés à l'arrière, les rotations précédentes avaient déjà déséquilibré leur jeu. Ils se préparèrent à réceptionner mais le ballon ne les atteint pas, se prenant dans le filet. Oikawa s'excusa vaguement auprès de son équipe, et ils durent effectuer une rotation. Bokuto se retrouva derrière la ligne d'attaque avec eux. Kuroo fronça les sourcils, inquiété par la position actuelle qui n'était pas vraiment à leur avantage. Ce fut sans compter sur le talent de ses coéquipiers (et lui-même mais il ne voulait pas non plus faire son vantard). Bokuto en profita même pour marquer de sa position, pas un sou déstabilisé par l'avancée du jeu. Ils réussirent à reprendre l'avantage et finirent par retrouver une position qui les arrangeait tous. Ils réussirent à remonter la pente, passèrent même devant l'équipe adverse. Ils étaient maintenant à deux doigts de la victoire. L'équipe alpha, peut-être déstabilisée, renvoya la balle avec une force disproportionnée.

— Elle sort.

Et elle sortit en effet.

Balle de match. Ils étaient tous prêts à en découdre, à donner tout ce qui leur restait jusqu'à ce que leurs jambes s'écroulent. La tension était palpable. Le ballon fut remis en jeu, et Kuroo vit dans sa vision périphérique le reste des joueurs de son équipe se mettre en place. L'équipe alpha se tenait elle aussi prête à retourner le jeu, à saisir la dernière chance qu'ils leur restaient ! Ils réceptionnèrent le service sans encombre, Kenma récupéra la balle et… fit une seconde main. Le ballon traversa tout juste le filet et retomba mollement de l'autre côté. Les onze autres joueurs la regardèrent, là, sur le sable, décontenancés.

— Euh… commença Daichi.

— Le point va à l'équipe oméga, 28 à 26. L'équipe oméga l'emporte.

Le silence s'étendit encore quelques secondes, avant qu'un cri victorieux ne leur échappe. Ils se jetèrent tous l'un sur l'autre, célébrant leur victoire. Kenma réussit à s'échapper à temps pour ne pas se retrouver au milieu de la mêlée.

— J'arrive pas à croire qu'on ait perdu sur une bidouille, dit Oikawa, dépité.

Kenma haussa les épaules. Ils avaient certes remporté leur dernier set de manière peu impressionnante, mais ils l'avaient remporté tout de même. Hinata passa sous le filet pour se précipiter vers Kenma, commençant à signer à toute vitesse.

— Il dit qu'il est content d'avoir pu jouer et… qu'il a hâte de recommencer, traduit Kageyama qui avait suivi son partenaire.

— Je crois qu'il avait compris, notifia Kuroo.

Les deux autres n'avaient même écouté Kageyama, continuant leur discussion sans lui prêter attention.

— Je disais ça pour toi.

Le brun tourna les talons et s'en alla. Kuroo en resta coi, incapable d'interpréter ce qui venait réellement de se passer. Il revint à lui lorsque Bokuto lui sauta sur le dos en hurlant de joie.

— Woh c'était dingue ! Je m'étais pas amusé comme ça depuis un bail !

— Moi aussi.

— Keiji ! hurla Kōtarō à deux centimètres de ses oreilles.

Leur petit ami s'était relevé pour venir à leur rencontre.

— T'as vu ça c'était dingue !

Le brun échappa un sourire tendre.

— Oui.

— C'est nul par contre que t'aies pas pu jouer, comme au lycée.

— J'aurais été dans l'équipe adverse de toute façon.

— Oh ouais… Mais quand même ! Et puis t'as vu, j'ai même pas boudé ?

— J'ai vu ça.

— Bouder ?

— Oui… Kōtarō avait la fâcheuse tendance à nous faire des moods swing en plein jeu et…

— Et il jouait comme de la merde jusqu'à ce qu'on le console, termina Kenma qui venait de le rejoindre.

— Hey !

— Comme quoi, la thérapie ça paye, marmonna Kenma comme si de rien n'était.

Kōtarō ne sembla que peu apprécier.

— Je plaisante, ajouta Kenma, se rapprochant d'eux pour embrasser Kōtarō.

Bokuto descendit de sur son dos pour venir enlacer son partenaire.

— Bon ! Vous payez votre tournée ou pas ! brailla Nishinoya.

Ils hurlèrent tous en chœur, tels des Vikings prêts à aller vaincre leur ennemi. Peu à propos certes, mais assez motivant tout de même. Kuroo sourit pour lui-même et suivit le reste de ses amis.

-/-

Le réveille de Kuroo le lendemain matin se fit avec une certaine amertume. Certes il avait passé une formidable soirée le jour précédent, mais il avait peut-être une fois encore un peu abusé de la boisson. Il avait commis l'erreur de ne manger qu'une part de pizza, ce qui n'avait en rien aidé à la stabilisation de son état d'ébriété ni au bon fonctionnement de ses organes. Son foie était à l'agonie, son estomac en bouillit et ses reins prêts à disjoncter. Amer réveille donc. Il se consola un peu lorsqu'il ouvrit les yeux et constata que Kōtarō était endormi sur sa poitrine. Il ferma de nouveau les paupières et passa une main dans les cheveux de son amoureux. En analysant un peu plus ses sensations, il sentit un poids contre son flanc droit. Il avait pris l'habitude ces derniers temps de se réveiller au milieu d'un amas de bras et de jambes enchevêtrées, rien de bien alarmant jusque-là. Kenma peut-être ? Il dégagea sa main pour chercher à tâtons. Sentant sa tête, il passa sa main dans ses cheveux longs pour les caresser. Il entendit un ronronnement lui répondre et il sourit. Cependant, quelque chose clochait… La texture de ses cheveux, sa carrure et son odeur, le son de ses ronronnements... Kuroo s'arrêta et ouvrit de nouveau les yeux.

— Yamaguchi ?

Qu'est-ce qu'il foutait là ? Ce dernier échappa un grognement, encore à moitié endormi.

— Continue, le somma-t-il.

Kuroo, bien que déstabilisé s'exécuta. Pack cuddle ? Il tourna les yeux : apparemment non, tout le monde dans la pièce dormait bien sagement dans son futon, chacun de son côté.

— Qu'est-ce que tu fous là ? finit par lui demander le brun.

— Je dors, tais-toi.

Ok…

— J'ai dit tais-toi, pas arrête.

Kuroo dut recommencer ses papouilles comme s'il s'agissait d'un gros chat capricieux.

— Je parlais avec Bokuto et on s'est endormi.

— Sur moi ?

— Oui.

— Ok.

Silence.

— Tu t'es engueulé avec Tsukki ?

— Non.

Il soupira.

— Si un peu. Rien de grave, il me soûl juste.

— Ok.

Ils se turent tous deux.

Alors qu'il allait reprendre, il sentit Kōtarō bouger. Il le vit ouvrit un œil, puis le second. Il lui offrit un sourire, encore désorienté de sommeil.

— Coucou, lui murmura-t-il.

— Coucou, lui répondit le brun.

Kōtarō se redressa pour l'embrasser et s'allongea de nouveau sur lui. Il finit par croiser le regard de Yamaguchi.

— Oh ! t'es toujours là ! Coucou !

— Coucou.

— Ça va mieux ?

Yamaguchi se contenta de hocher la tête. Bokuto lui sourit. Yamaguchi ne répondit rien de plus et enfonça sa tête entre le flanc de Kuroo et son futon, échappant des gargouillements gutturaux proche du grognement, mais bien trop étrange pour être nommé ainsi, ce qui fit rire les deux autres.

— Attends mais ça sent la bouffe !

Kōtarō se redressa aussitôt, écrasant les poumons de son petit-ami au passage, et se rua hors de la pièce. Il fallut un peu de temps à Tetsurō pour s'en remettre. Une fois son souffle retrouvé, il se détacha de Yamaguchi pour se relever.

— Tu viens ? demanda-t-il au plus jeune.

Il lui répondit par un hochement de tête, et Kuroo lui tendit la main pour l'aider à se lever.

Ils se rendirent jusque dans la cuisine : personne. Ils s'aperçurent que les voix venaient de l'extérieur et franchirent la porte : en effet, ils tombèrent sur Sugawara, Sawamura, Iwaizumi et Bokuto installés sur la table en bois de la terrasse. Ils se saluèrent tous et Kuroo s'installa à côté de son petit-ami.

— Café ? proposa Sugawara, cafetière en main.

Il hocha la tête et accueillit avec gratitude le breuvage sacré. Les quatre autres recommencèrent à parler et Kuroo se joignit à leur conversation. Yamaguchi en face de lui resta silencieux.

— Je vais aller faire quelques courses pour le repas, je pensais prendre de quoi faire un barbecue ce soir, dit Sugawara au bout d'un moment.

— Ouais pas mal, mais il est pas un peu tôt là ?

— Il est onze heures Kuroo.

— Oh…

Kuroo, Bokuto et Yamaguchi se portèrent volontaires pour partir avec lui. Une fois tous préparés, ils partirent ensemble en voiture et se rendirent dans le centre commercial le plus proche.

— Allez-y, je vous rejoins, dit Sugawara une fois à l'intérieur, je dois passer à la pharmacie, j'ai presque plus de suppresseur.

Ils acquiescèrent et repartirent.

— Ah merde, on a pas de cadis, remarqua Yamaguchi, je vais en chercher un, on se rejoint devant.

Et encore un de moins.

— On fait la course ! s'exclama Bokuto avant de détaler à toute vitesse.

Bon bah voilà, il était seul maintenant. Et hors de question qu'il se mette à courir !

— Kōtarō, attends !

Ce dernier, déjà bien éloigné, se retourna mais ne s'arrêta pas pour autant de courir. Comme de bien entendu, il finit par rentrer dans quelqu'un. Kuroo leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher d'échapper un rire.

Il vit Kōtarō s'excuser auprès de l'individu qu'il avait bousculé. Cependant, ses excuses ne semblèrent pas ravir l'individu en question. Il ne pouvait pas voir le visage de son petit-ami, mais il vit sa posture changer. Même à cette distance, il vit ses membres se raidir. Quelque chose n'allait pas. Inquiet, il commença à courir dans sa direction. Une fois arrivé à sa hauteur, il constata en effet qu'il ne s'était pas inquiété pour rien : Bokuto avait la tête baisser, dans une posture qui avait plus à voir avec la soumission que la politesse. Il était pétrifié, les mains tremblantes. Alarmé, Kuroo lui prit le bras :

— Ko ?

— Woh, pire que ce que je pensais, tellement désespéré que tu t'fais baiser par un bêta. Avec ta dégaine t'as trouvé aucun alpha pour te faire des niares c'est ça ?

Pardon ?

Il tourna les yeux en direction de l'individu face à eux. Il n'était pas beaucoup plus grand que lui, mais il avait la carrure d'une commode de salle à manger, et sa posture hostile et dominante lui donnait une aura de danger. Ses yeux d'un onyx profond brûlaient d'un mépris hargneux, répugné de ce qui se dressait devant lui.

Kuroo était tellement halluciné de la violence de ses propos qu'il mit du temps à réagir.

— Woh mec ça va pas…

— J'te parle pas à toi, ferme ta gueule.

Pardon ? Ce mec avait sérieusement l'audace de… Alors que Kuroo allait rentrer dans la confrontation prêt à faire éclater une bagarre avec un alpha belliqueux en plein centre commercial, il fut coupé dans son élan : Yamaguchi venait de le saisir par le bras pour lui empêcher d'initier quoi que ce soit.

— Mais qui vois-je ? il avait parlé d'une voix assurée, à la fois mielleuse et défiante. Keisuke, toujours une petite salope ? Qu'est c'que tu fous là hors du territoire sans ta babysitter ?

— Tadashi, grogna son vis-à-vis.

— C'est de pas trouver d'oméga qui voulait bien de toi qui t'a rendu si con ? Non pas que c'était mieux avant, mais je crois qu'on a touché le fond là.

Alors que Yamaguchi allait continuer sur sa lancée, l'alpha face à lui intervint :

— Tais-toi et baisse les yeux.

Sa voix avait grondé terriblement, et Kuroo en eut des frissons. Il vit Yamaguchi se raidir. Sans qu'il n'ait pu lui opposer aucune résistance, il lui obéit : il se tut, et baissa la tête. L'alpha en face de lui sembla se réjouir de le voir si impuissant, un sourire malsain se dessina sur ses lèvres. Kuroo fut lui aussi incapable de réagir, ne comprenant pas vraiment ce qu'il était en train de se produire. Il vit Bokuto profiter de la latence pour repartir en courant.

— Ravis de voir que les commandes marchent toujours sur toi. On fait moins le fier hein ? Tu peux raconter tout ce que tu veux, je sais ce que t'es vraiment, sale merde. Rends-nous tout un service et va trouver d'un pont d'où te jeter.

Cette fois Kuroo allait vraiment lui en faire voir de toutes les couleurs !

— Keisuke.

Sugawara venait d'intervenir. Il se tenait droit, le visage fermé. Son aura s'était métamorphosée : elle était lourde, imposante, presque glaçante. Kuroo recula, il vit Yamaguchi enfin relever les yeux et reculer pour se placer derrière le prima, à côté de Bokuto.

L'alpha haussa un sourcil, il braqua son regard sur Bokuto, toujours derrière Sugawara.

— Oh je vois, je vois, ça va pleurer dans les jupes de ce prima raté.

Il laissa sa tête dodeliner nonchalamment, toisant l'argenté de haut en bas, les yeux allumés de mépris.

Sugawara ne répondit rien, se contentant de maintenir le contact visuel.

— Je constate que tu fais toujours autant pitié. Heureusement que le clan s'est débarrassé de toi…

— Je suis parti de mon plein gré. Le coupa l'argenté.

Keisuke haussa un sourcil.

— Ils auraient fini par le faire de toute façon, personne n'aurait voulu d'un raté comme toi. Dis-moi, tu te fais toujours baiser par des bêtas ? Putain de déshon…

— Va-t'en, intervint Sugawara.

Sa voix avait grondé, profonde, froide, impérieuse. Sa résonnance fit frissonner Kuroo. L'alpha face à lui maintint son regard. Sugawara ne lâcha rien, et son aura devint de plus en plus imposante. Il vit Bokuto et Yamaguchi finir par baisser les yeux.

Sugawara resta droit, inébranlable

— Va-t'en répéta-t-il.

Keisuke ne put maintenir le contact visuel plus longtemps. Il échappa un grognement mais baissa tout de même les yeux. Il tourna finalement les talons et s'en alla. Sugawara resta sans bouger, toujours en position de défense, jusqu'à ce que l'alpha disparaisse totalement de son champ de vision. Kuroo sentit son aura s'alléger, ses traits s'adoucirent. Il échappa un soupire, et se tourna vers Bokuto et Yamaguchi :

— Vous allez bien ?

Ils hochèrent la tête.

— C'était qui ce con ? demanda Kuroo.

— Techniquement… notre frère, lui répondit Sugawara.

Les yeux de Kuroo en sautèrent presque de leurs orbites.

— Super la famille.

— N'est-ce pas ?

— Kōshi, Je veux rentrer.

Yamaguchi avait parlé dans un murmure, le regard braqué au sol.

Le visage de Sugawara se décomposa un peu plus :

— D'accord, lui répondit-il à voix basse.

Ils repartirent en direction de la sortie sans avoir eu le temps d'acheter quoi que ce soit.

Kuroo se rapprocha de son petit-ami pour lui murmurer :

— Ça va ?

Bokuto croisa son regard. Il tenta de lui sourire mais Kuroo ne fut pas dupe. Il voyait bien qu'il était toujours sous le choc, la peur qu'il avait pu ressentir ne s'était pas encore dissipée. Kuroo s'apprêtait à parler lorsque le téléphone de Bokuto sonna :

— Je vais bien, dit-il directement en décrochant. Oui…je suis avec Tetsurō, Yamaguchi et Sugawara… Je vous explique en rentrant.

Il raccrocha et rangea le téléphone dans sa poche.

— C'était qui ? demanda le brun.

— Kenma et Keiji, ils voulaient savoir si j'allais bien.

— Comment ils ont su que… enfin, voilà ?

Bokuto continua d'avancer sans lui prêter un regard. Il plaça sa main sur sa poitrine et répondit :

— Ils l'ont senti.

Oh… Oui, ils étaient liés après tout.

Ils restèrent tous silencieux jusqu'à ce qu'ils retournent dans la voiture. Ils reprirent la route. Personne n'essaya de combler le silence. Yamaguchi était installé à l'avant, la tête baissée. Kuroo l'entendit tenter de contrôler la cadence de son souffle, mais ce dernier ne fit que s'emballer de plus belle.

— Suga, tu devrais t'arrêter je crois.

L'interpellé croisa son regard dans le rétroviseur, avant de baisser les yeux vers Yamaguchi. Il sortit de la route à la première occasion. À peine la voiture arrêtée, Yamaguchi ouvrit sa portière à la volée et se jeta dehors. Sugawara sortit à son tour et il lui courut après. Yamaguchi tournait en rond, piétinant comme un fauve en cage. À peine l'argenté fut-il arrivé à sa hauteur que le plus jeune se mit à hurler. Ils étaient trop loin pour que Kuroo puisse entendre ce qu'ils disaient, mais il n'en avait nul besoin. Sugawara tenta de rassurer le plus jeune, s'approchant doucement pour éviter de le brusquer.

Kuroo comprenait bien qu'il s'était produit quelque chose qu'il n'avait pas saisi. Il n'était pas bien difficile de deviner que la relation entre ses deux amis et leur « frère » n'était pas des plus cordial, mais il y avait quelque chose de plus. Kuroo se tourna vers son petit-ami, il regardait par la fenêtre, ses yeux, ses traits, trahissaient une sympathie douloureuse pour ce que venait de vivre Yamaguchi. Il s'était produit plus qu'une simple rencontre malencontreuse.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? murmura Kuroo.

Kōtarō tourna les yeux vers lui.

— Je sais pas trop, le mec a commencé à m'insulter…

— Quel bâtard…

— Ouais, mais rien de bien nouveau… T'es arrivé et puis Yamaguchi… Je pensais pas que…

Son discours était décousu, les souvenirs encore trop embrumés pour pouvoir raccommoder leur narration.

— Je pensais que ça irait… Je m'attendais pas à ce qu'il lui fasse ça…

Kuroo attrapa la main de son petit-ami.

— Qu'il lui fasse ça ?

Bokuto trouva son regard.

— C'était une commande.

— Une commande ?

— Une commande d'alpha.

Tetsurō fronça les sourcils. Kōtarō soupira.

— C'est juste… Horrible à vivre. Comme si ton corps te… je sais pas, comme si ton corps ne te répondait plus. Et, tu obéis sans avoir pu te défendre et…

Il vit tous ses muscles se tendre, les mots se perdirent dans sa gorge et il fut incapable de continuer.

— Il t'a fait ça aussi ?

— Non.

— Ok…

— Non. Mais même si la commande ne m'était pas destinée, ça m'a un peu secoué.

Tetsurō attira son petit-ami à lui, il le sera. Il se sentait impuissant face à ce qu'il pouvait ressentir, frustré de ne pas avoir pu agir comme il le fallait. Mais ce n'était pas à lui de prendre autant de place. Pas maintenant. Il sentit Bokuto resserrer sa prise autour de lui. « Je t'aime » lui murmura-t-il. « Moi aussi » lui fût-il répondu. Il sentit son étreinte se défaire et il le libéra.

Kōtarō se détacha de lui pour s'affaler dans son siège, levant les yeux au plafond.

— Je pensais pas que ça pouvait marcher sur un autre alpha…

Kuroo fronça les sourcils.

— Vraiment ?

— Tu peux pousser un autre alpha à se soumettre, c'est ce qu'a fait Suga. Mais pour la commande… Je sais pas.

Kōtarō ne continua pas plus loin dans sa réflexion. Il releva les yeux en direction de la fenêtre. Kuroo en fit de même. Yamaguchi avait cessé de tourner en rond, sa colère s'était dissipée, il avait explosé en larme. Sugawara lui parlait, mais leurs voix étaient toujours trop lointaines pour qu'ils puissent comprendre ce qu'ils se disaient. Le plus jeune s'écroula. Tetsurō vit son visage se tordre de chagrin, de haine aussi, d'une acceptation encore douloureuse. Yamaguchi s'accroupit au sol, Sugawara en fit de même. Kuroo les regarda encore un moment. Peut-être qu'il ne devrait pas intervenir, que c'était mieux qu'il reste en dehors de tout ça. Mais il n'en avait strictement rien à foutre. Il ouvrit la porte et sans même prendre le temps de la refermer, se précipita dans leur direction. Il s'installa à côté de Yamaguchi, et sans un mot, le prit dans ses bras. Les larmes de son ami redoublèrent. Sugawara se joint à eux.

Ils tournèrent tous trois la tête en entendant la porte de la voiture claquer. Kōtarō s'approcha d'eux. Son regard accrocha celui de Yamaguchi. Quelque chose passa entre eux. Sans qu'un mot ne soit échangé, ils s'étaient compris. Ils se détachèrent de Yamaguchi, ce dernier se tourna vers l'oméga se tenant toujours debout face à lui. L'aura de Kōtarō avait changé, cela Tetsurō pouvait le sentir. Il s'accroupit en face de Yamaguchi, leur regard ne s'étant toujours pas défait l'un de l'autre. Bokuto ferma les yeux, et s'approcha du plus jeune pour poser son front contre le sien. Le contact bouleversa Yamaguchi qui échappa une nouvelle salve de larmes. Elles avaient perdu de leur nature corrosive, elles n'étaient plus qu'un lourd flot enfin délivré. Ils restèrent comme ça quelques secondes. Bokuto brisa finalement l'échange, mais le contact visuel se forma de nouveau. Yamaguchi baissa finalement la tête :

— Merci, murmura-t-il.

Ils reprirent la voiture et retournèrent auprès des autres. Tsukishima fut le premier à s'apercevoir de leur retour. À la seconde où son regard trouva celui de son partenaire, il se précipita vers lui. Yamaguchi le retrouva à mi-chemin. Keiji et Kenma les remarquèrent à leur tour et vinrent également à leur rencontre. Ils enlacèrent immédiatement leur partenaire, qui leur rendit leur étreinte. Akaashi se détacha un peu de Bokuto pour tourner son regard vers lui. Il prit sa main dans la sienne et la serra fort. Kōtarō le raconta ce qui s'était produit, minimisant les faits au maximum pour éviter de les inquiéter.

La commotion initiale passée, ils retrouvèrent leur dynamique. L'évènement, en apparence, fut complètement oublié. Ils parvinrent tout de même à se procurer de quoi faire leur barbecue le soir venu. L'ambiance bonne enfant qui leur était si propre s'installa de nouveau, les rires effacèrent les dernières traces d'inquiétude pouvant encore subsister. Au bout d'un moment dans la soirée, Tsukishima vint trouver Kuroo qui était reparti récupérer des bières dans la cuisine.

— Merci.

— J'ai pas pu faire grand-chose tu sais…

Sa réponse agaça visiblement le blond. Kuroo échappa un sourire :

— C'est normal.

Tsukishima maintenu quelques secondes son regard, avant d'acquiescer.

— Babe, tu peux prendre…

Bokuto se tut en s'apercevant de la présence du blond. Leurs regards se trouvèrent. Ils n'avaient pas non plus besoin de mots pour se comprendre. Un sourire se dessina sur les lèvres de Bokuto, il hocha vaguement la tête. Tsukishima face à lui s'inclina pour le remercier, puis ils retournèrent dehors.

Ils partirent le lendemain matin. Yamaguchi fit de nouveau le trajet avec eux. Il s'installa à côté de Kōtarō. Kuroo les regarda interagir. Le séjour leur avait permis de tisser un lien tendre, d'une nature qui se rapprochait de celui pouvant exister entre Kenma et Hinata, renforcé par ce qu'ils avaient vécu ensemble.

Kuroo sourit pour lui-même et tourna les yeux vers la route. La mer s'évanouissait peu à peu derrière la ligne d'horizon. Il la regarda disparaitre, apaisé par la pensée qu'elle n'était jamais très loin.

Tout ce qu'on ramasse
bouge
à marée basse

Fukuda Chiyo-ni.

-Fin du chapitre-

Vous vous attendiez peut-être à un chapitre tout mims ? Allez, vlan, prenez donc un soupçon de angst, finit les marshmallows, voilà un peu d'huile de foie de morue !

Je promets, les… deux prochains chapitres sont relativement chill, après ça, je ne promets rien !

Sur ce, à très vite.

Prochain chapitre : « Hanabi »

« Il arrivait parfois que des évènements étranges surviennent dans la vie d'un individu. Cela était plutôt courant même. Les mythes oraux, les livres et même internet regorgeaient d'histoire comme cela : une ombre mystérieuse croisée au coin d'une rue, un crissement dans une maison vide, un bruissement dans une forêt sinistre. Le japon qui avait vu grandir Tetsurō avait nourri son imaginaire d'étranges personnages, de Yokais et autres créatures mystérieuses. Cependant, il ne fallait pas avoir étudié le paranormal pour comprendre qu'il était en train de vivre un évènement hautement improbable : il était seul, sur un quai de métro, à Tokyo. »

See you