BÉNÉVOLENTS - 4 ÉCLOSION
3 Mission d'observation
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37006.21 (21 juin 2270)
Jim reprit sa place de Capitaine, et Spock celle de l'officier en second et scientifique. Tout était revenu à la normale. La pluie de paperasse administrative recommençait à s'abattre sur eux.
Jim se surprit à trouver toute cette bureaucratie incroyablement futile. Le temps de leur vie sur Silicia, leurs principales préoccupations avaient été beaucoup plus pragmatique, plus "essentielles" : participer à la vie des habitant·es de la ville de Eden signifiait veiller à ce que chacun·e mange à sa faim et soit en bonne santé. Mais aussi encourager leur épanouissement culturel, améliorer leur quotidien, contribuer à assurer à toustes une vie plus confortable et plus sûre, contribuer à l'éducation des plus jeunes et prendre soin des plus âgés devenus dépendants… jamais Jim ne s'était senti aussi utile, jamais il n'avait autant eu la sensation de faire réellement parti d'un tout harmonieux.
Spock échangea un bref regard avec Jim, il partageait ce même ressenti irrationnel et totalement inadapté. Il l'éradiqua impitoyablement de son esprit. Leur place était désormais dans cet espace-temps, à bord de l'USS Enterprise NCC-1701. La nostalgie n'était pas une option acceptable, seul le présent comptait. Chacune des formalités administratives qu'ils devaient accomplir avait son utilité.
Jim soupira intérieurement. Il se ressaisit et ne se déroba pas à ses devoirs de Capitaine. Il sourit aimablement aux enseignes. Il prit chaque pad, les lut, les signa, il compléta chaque document et formulaire avec professionnalisme.
L'Enterprise filait vers la planète Vulcain, afin d'y déposer T'Pau, Sarek et son épouse. Une mission tranquille, parfaite pour permettre à Jim et Spock de retrouver leurs réflexes d'avant et réactualiser leurs compétences et savoir-faire. Jim en profita pour parcourir sur son pad le règlement de Starfleet et le fonctionnement global de l'Enterprise.
« Malgré nos 70 années d'une vie si riche sur Silicia, je me souviens de tout ce qui concerne ce vaisseau, et ce, dans les moindres détails, comme si nous étions simplement revenus d'une mission de routine !»
« Il en est de même pour moi. Même un esprit Vulcain ne saurait être capable de conserver en mémoire autant d'information non utilisées sur une durée de vie aussi longue.» Avoua Spock en pianotant sur sa console.
« Alors qu'il y a quelques jours, avant de... mourir, toutes ces connaissances me paraissaient si lointaines.»
Jim contempla ses mains, il les revit telles qu'elles étaient... deux jours auparavant, toutes ridées.
«C'est vraiment très étrange, de se souvenir d'avoir été si vieux, d'être mort, et d'être encore en vie, dans un corps si jeune.»
« Nous méditerons sur ce thème ce soir.»
« Oui, tu as raison. Chaque chose en son temps...»
Le souvenir de l'une de ses premières nuits sur Silicia lui revint en mémoire, de son si profond désespoir et cette phrase de Spock. Il la répéta lentement dans son esprit.
« Ri svizh-tor dular svi'vesh [Ne vous attardez pas dans le passé,]
ri rirun'uh n't'fa'wak [ne rêvez pas de l'avenir,]
puthakau'uh n'kashkau svi'la'pon [concentrez l'esprit sur le moment présent]
Ni dungi dular elik. [Alors, seulement vous serez libre.]
... je choisi d'être libre. »
Jim adressa un sourire charmeur à l'enseigne qui lui tendait un pad à valider. La voix professionnelle de la Lieutenante Uhura interrompit ses pensées.
─ Capitaine, nous recevons un message de Starfleet-commande.
─ Est-ce confidentiel ?
─ Non, Capitaine.
─ Alors mettez-le sur l'écran principal.
Une Amirale au visage sévère parut à l'écran.
─ Amirale T'Karra. Sourit Kirk
Elle ne s'embarrassa pas de fioriture et alla droit au but, de sa voix froide coutumière :
─ Capitaine Kirk, nous vous donnons l'ordre de faire un détour vers les coordonnées que nous allons vous transmettre. Votre mission est d'étudier une anomalie qui se déplace rapidement vers Vulcain. Le USS T'Khut, un des vaisseaux de Halitra t'Khasi (flotte Vulcaine), a tenté de l'intercepter, il a disparu.
─ Qu'entendez-vous par disparu, Amirale ? S'étonna Kirk
L'Amirale T'Karra était Vulcaine. Elle n'utilisait jamais de termes aussi flous. Cela intrigua vivement Jim et Spock
─ Disparu. Sans laisser aucune trace de résidu, comme si cet objet l'avait totalement désintégré, ou absorbé. Votre mission sera de rester aussi proche que possible de cette anomalie afin de l'observer et de me transmettre vos conclusions. N'entrez surtout pas en contact avec elle, nous avons reçu des informations selon lesquelles celle-ci aurait aussi fait disparaître un vaisseau de reconnaissance Klingon.
─ Voudriez-vous nous transmettre les informations dont vous disposez, Amirale T'Karra?
La voix de l'Amirale se fit tranchante :
─ Nous ne disposons d'aucune autre information, Commandant Spock. Nous ne savons rien de plus.
─ Cette mission va s'avérer dangereuse. Qu'en est-il des passagers que je devais ramener sur Vulcain et du Commodore Benth'am ? Allez-vous nous envoyer une navette afin de venir les chercher ?
T'Karra tiqua imperceptiblement avant de répondre sèchement :
─ Vous avez vos ordres, Capitaine. Veuillez les suivre avec célérité.
Mais Kirk savait à présent lire entre les lignes de l'impassibilité Vulcaine.
« L'Amirale T'Karra a beau paraître froide et psychorigide, elle est profondément mal à l'aise. Elle est parfaitement consciente que ses ordres mettent la vie de nos passagers en danger, et cela lui déplait»
Spock ne le contredit pas.
« Elle a toujours eu le plus grand respect pour toutes les formes de vie. La situation doit être extrêmement grave, cette anomalie représente une importante menace pour T'Khasi»
L'écran s'éteignit, laissant la place à un silence.
─ Lieutenant Sulu, mettez le cap sur les coordonnées transmises par l'Amirale T'Karra, à vitesse maximale. Lieutenant Uhura, convoquez une réunion, priez nos invités de se joindre à nous immédiatement dans la salle de réunion principale.
Illes restèrent une demie seconde sans réagir : Kirk avait donné ses ordres avec une tranquille détermination et une voix douce…
─ Aye Capitaine.
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Toustes prirent place autour de la table. Kirk expliqua rapidement la situation.
─ Je suis vraiment navré de mettre ainsi vos vies en danger. Conclut-il avec sincérité
Amanda fut la première à réagir :
─ Si j'ai bien compris, cette anomalie met en péril la vie de toute la planète. Ces vies passent avant les nôtres. Comme le dit le proverbe Vulcain : les besoins de la majorité l'emportent sur ceux de quelques-uns ou d'un seul !
Kirk, bien que resté impassible, ne put repousser un pincement de souffrance brûlante : cette phrase faisait remonter à la surface de son esprit une nébuleuse de souvenirs enfouis et indistincts. Ce n'était pourtant pas la première fois que cette règle influait sur le cours de leur vie. Les Lh'mh'thl en avaient usé et abusé. C'était une douleur... étrange. Cette réaction attira l'attention de Spock, qui ne fit cependant aucun commentaire.
Sarek était extrêmement fier du courage de son épouse, il contint habillement cette émotion.
─ Mon épouse a parfaitement résumé ma pensée.
Sous la table, il posa la main sur le genou de Amanda. Elle glissa aussitôt sa main sous la sienne, paume contre paume, et initia un ozh'esta [baiser des doigts], comme le feraient deux jeunes gens secrètement amoureuxses. Décidément, l'âge n'avait pas de prise sur la tendre malice de son épouse. Sarek ne fit rien pour la repousser, ce contact marital était satisfaisant.
T'Pau posa sur Amanda un regard faussement neutre. Son neveux Sarek avait décidément fait un choix judicieux en épousant cette Femme. La noblesse de son comportement et de ses paroles faisait honneur au clan S'chn t'gai.
─ J'envisage cette situation de la même façon.
─ En ce qui me concerne, cela fait partie des risques du métier. Ajouta le Commodore Benth'am.
Kirk contint un soupir de dépits
─ Je vois. Il sera noté dans le rapport que vous avez librement choisi de…
Outrée, la lieutenante Agan se leva vivement. Elle frappa la table du plat de la main, et s'emporta avec véhémence:
─ Mais enfin, Capitaine ! Vous ne pouvez décemment pas laisser ces civils risquer leur vie en restant à bord !
Benth'am protesta aussitôt :
─ Je ne suis pas un civil !
Elle croisa les bras avec réprobation et le toisa de toute sa hauteur.
─ Vous êtes un Commodore, vous n'avez pas à vous retrouver en première ligne !
Cet idiot pontifiant était une huile de Star Fleet et probablement un homme peu fiable. Il lui répugnait de l'avoir dans les pattes dans une situation de danger.
─ Cette lieutenante n'a cependant pas tout à fait tort en ce qui concerne nos invités, Capitaine. Ajouta Bent'ham en se tournant vers Kirk
Agan était parfaitement dans son rôle de responsable de la sécurité, cependant, le fait que Kirk ne fasse rien pour dissuader les Vulcains étonnait le Commodore. Ce n'était pas là le jeune homme qu'il avait connu.
─ Croyez-vous, Amiral, que j'ai une chance, même infinitésimale, de faire changer d'avis des Vulcains lorsqu'ils ont pris une décision fondée sur la base d'un raisonnement logique ? Je n'ai pas l'intention de perdre mon énergie à me battre contre un mur.
Il y avait une sorte d'ironie larvée dans la voix de Kirk… ainsi qu'une sorte de… tristesse désabusée.
« Tu ne peux pas protéger des personnes contre leur gré.» Rationalisa Spock en Ahngel
« Je déteste la pensée que je vais mettre leurs vies en danger. L'un de mes devoirs est de protéger la vie de mon équipage et de nos passager·es»
─ Vous pouvez les obliger à partir ! Gronda Agan.
Elle avait posé les mains posées sur les hanches, et paraissait plus redoutable que jamais
─ Non, Lieutenante. Répondit Spock tranquillement. Aucune régulation de Starfleet ne nous donne le droit d'expulser Dame T'Pau, l'Ambassadeur Sarek et son épouse. Illes n'ont commis aucun acte de trahison.
─ Et Dame Amanda? Demanda Agan avec une sorte de désespoir
La Dame lui adressa un gentil sourire:
─ Ne vous inquiétez pas pour moi, Lieutenante. Et puis, vous êtes là pour nous protéger.
─ Je ne peux pas vous protéger de tout!
Kirk posa ses yeux sur sa Belle-mère, illes échangèrent un regard complice.
─ Je pense qu'il faut être encore plus têtu qu'un Vulcain pour en épouser un.
Spock resta parfaitement impassible, alors que Sarek haussa un sourcil. Amanda ne put se retenir de rire, tandis que des sourires amusés parcouraient l'assemblée.
─ Mon Épouse a toujours su faire valoir sa volonté et ses opinions.
─ Puisque rien ne vous fera changer d'avis, souhaitez-vous les unes et les autres rejoindre la passerelle lorsque nous seront en vue de cette anomalie ? Proposa Kirk.
─ Oui, autant regarder cet ennemi droit dans les yeux. Répondit Benth'am avec un orgueil bravache.
Cela changeait de ses journées de paperasserie dans un des bureaux de Starfleet commande.
─ Nous ignorons actuellement si cette anomalie constitue réellement un ennemi, Commodore. Le contredit Spock tranquillement.
─ Des vaisseaux sont certes portés disparus, mais rien ne prouve qu'ils aient été détruits. Poursuivit Kirk comme s'il finissait la phrase de son second.
Benth'am allait répondre à ces propos surréalistes quand Sarek prit la parole à son tour :
─ En effet. Approuva-t-il. Bien qu'inattendu, ce raisonnement est parfaitement logique.
─ Cette anomalie est peut-être le vaisseau d'un peuple Alien qui n'a rien compris de nos us et coutumes. Suggéra Kirk. Ou pas. Nous n'en savons rien.
─ La peur de l'inconnu est notre seule réelle ennemie. Conclut Spock.
Il y eut un silence. Le Capitaine et le Commandant avaient déroulé leur argumentation avec une calme douceur, Benth'am se surprit à ne pas se sentir offensé d'avoir été contredit.
─ Vos paroles sont sages. Déclara T'Pau.
T'Pau chassa à nouveau de son esprit un vif sentiment de fierté. Tout comme Amanda et Sarek, son petit-neveu et son époux étaient de dignes représentants de leur famille.
Elle prit conscience qu'elle éprouvait désormais de l'attachement à leurs égards. Elle avait choisi une vie de célibat et de solitude, afin de se consacrer entièrement au service de son peuple. Elle avait accompli le rituel du Kolinahr, et purgé son esprit de toutes ses émotions par la pratique de la médiation et de la logique pure...
Et voilà qu'elle se surprenait à éprouver de l'attachement : elle considérait Sarek et Amanda comme son fils et sa fille, Spock et Jim comme ses petits-enfants… C'était à la fois déroutant, et agréable. D'autant plus inconcevable que cela ne remettait pas en cause son équilibre mental, ni ses facultés logiques... d'ailleurs, n'était-il pas logique d'éprouver de l'attachement pour des membres aussi honorables de sa famille ?
Elle se souvint des enseignements et de la biographie de Surak-le-sage, le Noble Ancêtre de leur Clan. Celui-ci avait noué des liens affectifs profonds avec son Adun'a (épouse) qui était aussi sa T'hy'la, il avait aimé ses enfants. Tout cela n'avait en rien nuit à sa pratique de la logique, de la maîtrise des émotions et de la non-violence.
La voix désagréable de l'Amiral Humain la tira de ses réflexions... encore une émotion! Il allait lui falloir méditer pour se débarrasser de celle-ci.
─ Un vaisseau Alien? Est-ce votre intuition qui vous fait dire cela ? Demanda Benth'am qui connaissait ce sixième sens dont faisait souvent preuve son ancien élève.
─ Non. Mentit Kirk. C'est simplement une probabilité logique parmi d'autres.
Benth'am n'avait pas besoin de savoir qu'il se sentait irrationnellement attiré par cette anomalie. Il éprouvait une sorte de... besoin? de la voir, de l'étudier, de savoir ce que c'était. L'esprit de Spock soupira presque : il était lui-même en proie à cette même attirance irrationnelle.
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La journée se déroula sans événement particulier. Plutôt que de tourner en rond, Benth'am s'invita sur la passerelle. Il discuta longuement avec Kirk sur le fonctionnement de l'Enterprise.
Lors du souper, Benth'am rejoignit la table de Kirk, Spock et sa famille. Curieux d'en apprendre un peu plus sur les étranges habitants de la planète Silicia, il posa de nombreuses questions. Kirk et Spock y répondirent dans la mesure où celles-ci n'entraient pas dans le cadre de la vie privée.
Amanda se permit elle aussi de les interroger sur l'éducation des enfants, et sur l'enfance de ses Petits-enfants en particulier. Elle n'évoqua pas leur rêve commun.
Le sourire de Kirk se fit lumineux quand il parla de Naële, Chal-wov et T'Hen, en termes certes mesurés, mais qui ne masquaient qu'imparfaitement sa fierté et son amour de père. Spock intervenait de temps en temps pour préciser certain détail, d'une voix neutre. Ils parvinrent à ne pas évoquer la présence de Leonard, pour ne pas révéler le fait qu'il était encore en vie.
T'Pau et Sarek écoutèrent sans intervenir, ni éprouver de réprobation. Un père Humain aimant ses enfants, il n'y avait là rien de plus logique et normal. La façon de parler de Spock les déconcerta un peu au début. Il était parfaitement Vulcain, ne laissait entrevoir aucune émotion, aucun sentiment. Et pourtant sa voix tranquille était douce et sereine.
Sarek sentait que Amanda se retenait de se lever pour embrasser leurs fils, comme si elle percevait des choses que lui ne voyait pas.
Avec du recul, Benth'am avait encore du mal à réellement assimiler ce fait étrange, cette surréaliste vie supplémentaire. Kirk et Spock n'avaient aucune raison de mentir. Il avait lu les rapports de leurs missions sur Elládha et sur Eshtar. Ces Lh'mh'thl n'étaient pas le fruit de leurs imaginations. Il contint brièvement une étrange jalousie : ces deux hommes allaient avoir deux vies en une. Même s'ils étaient morts relativement jeunes sur Silicia.
Benth'am remarqua le regard acéré et méfiant que Agan posait sur lui. Cette femme était décidément trop méfiante, elle était sans doute une dangereuse paranoïaque. Comment Kirk et Spock avaient-ils pu lui accorder leur confiance ? Il fallait qu'il les mette en garde dès que possible.
Autour d'elleux, le silence était grand. Les membres de l'équipages prêtaient une oreille attentive à ces passionnantes conversations. Illes tentèrent d'imaginer Kirk et Spock dans le rôle de parents attentifs et aimants. Kirk avait toujours eu une attitude à la fois autoritaire, compréhensive et protectrice. Très protectrice. Malgré son apparence de froide indifférence psychorigide, Spock était fait du même bois : plus à l'écoute qu'il n'en avait l'air, et prêt sans aucune hésitation à donner sa vie pour en sauver d'autres. Toustes le savaient bien.
C'était là la plus étranges des aventures que leur Capitaine et leur Commandant n'aient jamais vécue, une calme épopée, visiblement heureuse, sur une planète primitive, qui avait durée toute une vie.
Comprenant la raison de ce silence, Kirk conclut leurs conversations en révélant qu'ils avaient ramené avec eux des encyclopédies de Silicia. Elles comprenaient de nombreuses photographies et explications au sujet de la faune, la flore, de l'environnement de cette planète. Ils avaient aussi des livres qui narraient les contes et légendes des Ahngels. Spock et lui avaient utilisé la fonction auto-scan du réplicateur afin de les mémoriser dans la bibliothèque numérique. Ces informations étaient de ce fait accessibles à toustes. Dans les heures qui suivirent, ces fichiers furent les plus consultés de toute la bibliothèque.
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Quel soulagement de retrouver enfin leur quartier! Le Commodore n'avait à aucun moment été impoli ou désagréable, mais Jim percevait en lui un quelque-chose d'indéfinissable qui le poussait à rester sur ses gardes.
Pour le moment, Jim éprouvait surtout un besoin de calme et de silence. Spock le comprenait parfaitement car il ressentait la même chose. Ils se douchèrent et revêtirent une tunique Ahngel. Puis ils prirent place sur leurs coussins de méditation.
« Lors de notre réunion, j'ai perçu en toi un affect qui m'a déconcerté »
« Quel affect? » Plaisanta doucement Jim. «Comme tous les Humains, j'en ai mille par seconde»
« Lorsque Ko-Mehk [Mère] a évoqué la maxime Vulcaine sur la priorité sur les besoins de la majorité*»
La phrase Vulcaine s'inscrivit en leurs esprits : Spunau bolayalar t'Wehku bolayalar t'Zamu il t'Veh.
Jim soupira:
« C'est… parfaitement irrationnel, même pour moi. Ces mots font resurgir en moi des rêves que je fais depuis notre retour. Ils semblent si réels que j'ai l'impression que ce sont des souvenirs, mais c'est impossible. Si je mets de côté l'enlèvement de Bones, je n'ai jamais vécu de tels événements aussi douloureux.»
« Voudrais-tu me les montrer?»
« Leurs teneurs sont hautement émotionnelles.»
« Je vois, c'est pour cette raison que tu ne m'en avais pas parlé auparavant »
« Ce ne sont que des rêves, des délires de mon imagination »
« Je saurai le gérer.»
Jim ferma les yeux et libéra son premier cauchemars-souvenirs :
Spock s'était enfermé dans la chambre de réaction du dilithium*. Un "autre" Spock : celui-ci devait être âgé d'une cinquantaine-soixantaine d'années. Il était assis sur le sol, mortellement irradié. Il avait agi ainsi pour sauver l'Enterprise. Jim se trouvait de l'autre coté de la vitre de protection, il était désespéré. Spock voulut savoir si le vaisseau était sauvé, Jim le lui confirma.
Spock prononçait ces mots fatidiques d'une voix éraillée : « les besoins de la majorité l'emportent...»
Jim compléta la sentence mortelle : «...sur ceux de quelques-uns… »
Et Spock la conclut : « … ou d'un seul ».
Spock glissa lentement sur le sol, il articula dune voix enrouée : « J'ai toujours été et je ne cesserai jamais d'être… votre ami. »
Le cœur de Jim se serra encore plus douloureusement à cette déclaration d'amitié.
Spock posa sa main sur la paroi, il fit le signe du Taal « Longue vie et prospérité» Dit-il en un adieu.
Jim posa sa paume contre la sienne... et Spock rendit son dernier souffle.
«Non!»
Et Jim était resté là, impuissant, assis de l'autre côté de la vitre de protection, tout contre Spock, tétanisé de stupeur, muet de douleur… il avait perdu son ami le plus précieux… tout cela à cause des manigances vengeresses de Kahn!
Mais aux dernières nouvelles, Khan Noonien Singh et son clan résidaient sur la planète Ceti Alpha, et tout se passait pour le mieux. Leur colonie était prospère. Jim prenait soin de s'informer régulièrement de leur sort. Et lorsqu'une menace de catastrophe naturelle s'était présentée, Starfleet avait aussitôt envoyé une équipe de scientifiques qui avaient réglé le problème. Certain·e avaient même fait de choix de rester sur Ceti Apha.
L'Augment était toujours marié avec Marla McGivers, l'ancienne lieutenante historienne de l'Enterprise. Illes étaient les parents d'une fillette nommée Artémis, en excellente santé, et déjà d'une stupéfiante intelligence, comme son papa. Une seconde naissance était déjà prévue... Pourquoi Kahn voudrait-il se venger de Jim Kirk?
Jim montra à Spock son second cauchemar:
Spock et Jim étaient dans un vaisseau étrange et maléfique, un vaisseau dont l'ordi était une entité vivante, ils étaient en compagnie d'une jeune femme… leur épouse commune …?!
Celle-ci avait sacrifié la "lumière" de sa vie pour les sauver tous…
et Jim et Spock se mourraient de douleur*…
Le cœur de Spock se serra douloureusement, oui, lui aussi se "souvenait" de cette réminiscence, de cette femme-lumière débordante d'amour. Il n'existait aucune autre Sishen en ce monde, aucun autre Être capable d'émettre de la lumière, ils n'en avaient jamais rencontré aucun...
Les images mentales de Jim en firent surgir d'autres dans l'esprit de Spock :
Lorsque leurs missions d'exploration avaient pris fin, Spock était devenu Ambassadeur. Il venait de comprendre qu'il était arrivé un drame: il avait perdu Jim!
Les faits confirmèrent son intuition : l'Enterprise-B avait disparu de façon inexplicable dans les jours qui avaient suivi sa cérémonie son lancement. Jim en avait été l'invité d'honneur.
Jim avait été son T'hy'la et il ne s'en rendait compte que maintenant que leur lien se distendait. Il n'y avait aucun survivant à cette catastrophe. Spock ne comprenait pas : pourquoi l'illusion que Jim était encore vivant persistait-elle en lui ?
78 années plus tard, Spock ressentait à nouveau une sorte de déchirement, comme si… non ce n'était pas possible, Jim ne pouvait pas mourir deux fois !
Un certain Capitaine Picard vint pourtant lui confirmer la mort de son Ami Bien-Aimé, Jim avait donné sa vie pour le sauver lui alors qu'ils étaient coincés dans un nexus temporel…
Il n'y avait à sa connaissance aucun vaisseau du nom de l'Enterprise-B, et si ce Jean-Luc Picard existait vraiment, Spock l'ignorait.
La seconde réminiscence qui s'empara soudain de l'esprit de Spock était encore plus éprouvante émotionnellement. Même Jim ne put se retenir de frémir :
Un jeune Jim, blond aux yeux bleus, était enfermé dans le sas d'entrée de la chambre de réaction du dilithium. Il était impossible d'ouvrir ce sas tant que le cycle de décontamination n'était pas achevé.
Jim avait fait la seule chose logique à faire pour sauver l'Enterprise : il assommé Scotty et était allé lui-même réaligner les injecteurs de plasma dans la salle de régulation saturée de radiations mortelles. La vie de l'équipage passait avant la sienne !
Spock tomba à genoux devant la vitre du sas. Jim était assis sur le sol. Il tourna ses yeux vers ceux de Spock, il voulut savoir si le vaisseau était sauf. Spock lui confirma qu'il avait sauvé l'équipage
Jim haleta : « J'ai peur, Spock. Aide-moi. Comment fais-tu pour choisir de ne pas éprouver d'émotion? »
Les larmes envahissaient ses yeux de Spock : « Je ne le sais pas, en ce moment, je n'y parviens plus.»
Le regard de Jim s'emplit de tristesse, il devait le lui dire, il devait le lui avouer : « Je veux que tu saches pourquoi je ne pouvais pas te laisser mourir… pourquoi je suis revenu pour toi ».
Spock répondit d'une voix vibrante d'émotion : « Parce que tu es mon ami. »
Jim fit un effort pour mettre sa main sur la vitre de protection. Spock y posa la sienne. Leurs doigts s'alignèrent pour former un Ta'al. Ils échangèrent un dernier regard, intense, à la fois si long et si éphémère. Les yeux de Jim se détournèrent, sa main de Jim glissa… il avait peine 26 ans…
De lourdes larmes coulèrent sur les joues de Spock, la douleur de la perte de son T'hy'la se transformait en une rage et une soif de sang... il hurla un nom : Khaaaan!
Ils étaient tous si jeunes, dans cette vie-là, si jeunes et si impétueux.
Ce Khan Noonien Singh était bien différent de leur réalité ou de celui du rêve de Jim. Il était plus jeune, incroyablement retors.
Toutes ces images, toutes les émotions qui y étaient associées paraissaient tellement réelles, si douloureusement vraies. Dans un mouvement réflexe, ils se serrèrent l'un contre l'autre, comme pour vérifier que l'autre était bien tangible, bien vivant. Ils restèrent un long moment ainsi, le temps que ces émotions s'atténuent.
« Serait-ce les souvenirs d'autres vie?» Demanda Jim, troublé. «Des vies que nous aurions eues dans d'autres dimensions spatio-temporelles parallèles ? Nous savons que cela est possible, puisque nous avons rencontré nos doubles dans cet univers miroir»
Ils se souvenaient très clairement de cette journée-là. De l'accident de téléporteur provoqué par un orage ionique*.
« Je ne vois pas d'autres explications rationnelles. Ces images mentales sont trop précises pour être le seul fruit de nos imaginations.»
Jim tenta de plaisanter, mais ces souvenirs avaient laissé des brûlures dans son esprit.
« ...en plus, l'imagination ce n'est pas ton fort, ton esprit est rationnel et scientifique!»
« Tout à fait, je ne vois pas comment toi ou moi aurions pu inventer de tels rêves. Comment aurions-nous pu imaginer ensemble un monde dans lequel nous aurions partagé une épouse commune? »
« Mais surtout, comment se fait-il que nous puissions nous souvenir de ces autres vies ? Si la réincarnation existe réellement, il est communément admis que la mémoire est effacée lors de la mort, ou de la nouvelle naissance.»
Spock hocha imperceptiblement la tête :
« Nous avons déjà bénéficié de deux infractions à cette règle, lors de notre première mort lors de la téléportation, puis lorsque nous sommes décédés de mort naturelle. Nous pouvons émettre l'hypothèse que ces transgressions auraient permis la résurgence des mémoires des autres vies. Cependant, cela nous amène à nous demander pourquoi ces souvenirs n'avaient pas été effacés »
Jim soupira.
« Tout ce que je sais, c'est que Bones me manque atrocement. C'est comme si nous l'avions perdu une seconde fois ! Lui aussi nous a été arraché au nom de cette foutu loi des besoins de la majorité !»
Il marqua un temps d'arrêt avant d'avouer :
« Ma réacclimatation à ce monde est plus ardue que je ne l'avais pensé. Je me sens comme... comme un Ahngel arraché à sa patrie... toutes les connaissances que j'ai conservées de ma vie d'ici me semblent si... vides de sens! »
« Nous avons passé 65.1162% de notre durée de vie sur Silicia. Notre transition a été pour le moins brutale. Il nous faut cependant redevenir ceux que nous étions avant cette… parenthèse»
«C'est impossible, Ashayam, notre vie d'Ahngel nous a forcément fait évoluer. Rien ne sera jamais vraiment comme avant.» Soupira Jim.
« Nous avons certes évolués, mais aucun de nous n'a fondamentalement changé, T'hy'la. Tu sauras t'adapter, comme tu l'as toujours fait.»
« Je ne pensais pas qu'un jour j'éprouverai le mal du pays… j'ai aimé l'endroit où j'ai passé ma petite enfance, mais cela ne provoque aucune nostalgie en moi. En fait je ne suis jamais resté aussi longtemps au même endroit.»
« Il en est de même pour moi, Jim. Cependant, nous devons nous réintégrer en ce monde, nous avons des devoir envers Starfleet»
« Oui, et vis à vis de l'équipage. À présent que j'ai identifié le problème, une bonne méditation va m'être bien utile pour gérer tout ça!»
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À Suivre
... L'objet stellaire avait une forme d'une sphère à peu près ovoïde. Il semblait composé de multiples couches de gaz faiblement lumineux, en rotation autour d'un centre invisible.
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Exceptionnellement, publication un dimanche, car je pars demain en vacances, avec un forfait mobile internet tout riquiqui... une semaine de farniente au bord de la mer pour décompresser d'une année riche en soucis professionnels et personnels...
Christine Les voici repartis pour de nouvelle aventures... au cours desquelles je promets quelques révélations
Merci pour tes commentaires
Spunau bolayalar t'Wehku bolayalar t'Zamu il t'Veh. (Citation de Surak)
les besoins de la majorité l'emportent sur ceux de quelques-uns ou d'un seul
(j'ai comme l'impression que je ressors cette maxime dans chacune de mes StarTrek-FanFiction)
Références
leurs vies précédentes dans les autres espace-temps
• Première reminiscence : Sacrifice de Spock :
- Kahn Noonien Singh apparaît dans Star trek TOS : "Les Derniers Tyrans" (Space Seed), saison 1 épisode 22. (en 1967)
Jim et Spock sortent Kahn de son sommeil cryogénique. Il s'avère être l'un des derniers survivants des guerres eugéniques, un surhomme génétiquement modifié. (Un augment)
Doté d'un charme ténébreux et sauvage, Kahn fascine et séduit la Belle et douce Marla McGivers, la lieutenante spécialiste en histoire. Avec son équipage, Kahn tente de prendre le contrôle de l'Enterprise. Ils échouent et sont envoyés sur Ceti Alpha V, une planète déserte mais habitable qu'ils pourront coloniser. Marla, éperdument amoureuse de Kahn qui lui rend cet amour, décide de partir avec lui.
- Spock meurt le film TOS de 1982 "La Colère de Khan" (Star Trek II: The Wrath of Khan, l'un des meilleurs film Star trek)
Kahn a soif de vengeance : quand la planète Ceti Alpha VI a explosé, celle-ci a déplacé de son orbite le monde sur lequel il avait fondé une colonie, Ceti Alpha V, détruisant son son éco-système. La plupart des membres du clan de Kahn moururent dans cette catastrophe, y compris Marla, son épouse bien-aimée. Il estime Kirk responsable de ce désastre …
- Kahn est joué par le même acteur dans l'épisode de la série et le film : Ricardo Montalbán
• Sacrifice de la femme-lumière :
Dans ma fiction Ha'ge Ohasu (L'Être Lumière), une épopée aux confins des univers connus et inconnus. (et dont le premier chapitre est complètement raté...) Spock et Jim y forment un trouple amoureux avec une jeune femme nommée Ève, dont la présence à leur coté n'est en rien le fruit d'un hasard…
• Sacrifice de Jim Kirk :
le film de 1994 "Star trek : Generation"
Avec le Capitaine Jean-Luc Picard de la série «Next Generation»
Picard retrouve Jim Kirk, que tout le monde croyait déjà mort, prisonnier d'un nexus temporel. Jim se sacrifie pour lui venir en aide.
• Sacrifice du jeune Jim Kirk :
Star trek reeboot 2009 : "Star Trek Into Darkness."
La scène est comme un miroir de celle de la mort de Spock, dans le film de 1982.
Le vaisseau est sur le point d'exploser, à cause des actions de Kahn Noonien Singh (joué par un Benedict Cumberbach magnétique), et Jim se sacrifie pour réparer un élément du moteur, hautement radioactif…
• Episode 10, saison 2 Mirror, Mirror :
« Carnet de bord du capitaine, coefficient espace-temps indéterminé: Nous avons été téléportés à l'intérieur de l'Entreprise alors qu'un orage ionique sévissait. Nous avons retrouvé le vaisseau et le personnel métamorphosés. Tout a changé imperceptiblement. L'honneur et la discipline ont fait place à la brutalité et à la sauvagerie...»
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