Chapitre 11 : Les deux perdants

Le lendemain matin, un samedi, premier jour du week-end, Harry choisit d'attendre de nouveau un certain temps avant de sortir de son lit, et de ne pas prendre de petit déjeuner. Après être finalement descendu dans la salle commune, et alors qu'il cherchait Hermione des yeux, ce fut Ginny qui vint le trouver.

— Salut, Harry, lui dit-elle. Ça te dirait de parler un peu ?

— Heu, oui, bien sûr, lui répondit-il. Tu sais où est Hermione ?

— Elle est devant la cheminée, en train de tricoter. Elle m'a dit que ce serait une bonne idée que je te parle.

— D'accord, alors, qu'est-ce que tu veux me dire ? lui demanda Harry, qui s'attendait face à l'attitude de Ginny à une annonce de soutien similaire à celle que lui avait faite Neville la veille.

— Je voulais juste te dire... commença-t-elle, tu sais, j'ai moi aussi été possédée par Tu-Sais-Qui.

— Oui, c'est vrai, répondit Harry.

Il lui semblait tout à coup évident que Ginny voudrait lui parler de sa propre expérience de possession par Voldemort, lorsqu'elle venait de rentrer à Poudlard et s'était retrouvée en contact avec l'ancien journal intime ensorcelé du mage noir, datant de l'époque où lui-même était élève au sein de l'école de sorcellerie.

— Eh bien, je crois que... peut-être qu'on pourrait en parler ? lui demanda-t-elle.

— Bien sûr, lui répondit Harry. Tu veux... tu veux qu'on aille faire un tour ?

Ginny acquiesça et après que Harry ait été dire bonjour à Hermione, ils prirent tous les deux la direction du trou menant hors de la salle commune pour aller se promener un moment dehors.

— C'est vrai que ce n'est pas exactement la même chose, moi, je ne me rendais pas compte de ce qu'il se passait, lui dit Ginny alors qu'ils marchaient le long de la rive du lac, dans le froid de cette matinée de la fin du mois d'octobre, après un long moment pendant lequel ils avaient tous les deux évité soigneusement d'aborder le sujet. Mais je pense que tu dois savoir que ce n'est pas ta faute. Tu te rappelles comme j'avais peur, après que tu sois venu me sauver dans la Chambre des Secrets ? Je pensais qu'on me renverrait de Poudlard pour ce que j'avais fait.

— Mais tu n'avais rien fait de mal, dit Harry en lui souriant. Tu avais seulement ouvert le journal de Jedusor, tu n'avais aucune raison de t'en méfier.

— Toi non plus, tu n'as rien fait de mal, Harry, lui dit Ginny, dont Harry savait qu'elle essayait de se montrer réconfortante, mais il ne lui était jamais venu à l'esprit de se considérer coupable de quoi que ce soit après le très mauvais moment qu'il avait passé deux nuits plus tôt. Cependant, disposer du soutien de Ginny, comme de celui de Hermione, comme de celui de Neville et de Fred et Georges, représentait beaucoup pour Harry.

— Merci, répondit-il. Je ne me considère pas coupable de quoi que ce soit, mais je pense que je peux comprendre la réaction des autres élèves... je ne sais pas comment je réagirais moi-même, si...

— Je pense que tu réagirais comme tu as réagi quand j'ai moi-même été possédée, lui répondit Ginny. Tu as toujours tout donné pour combattre Tu-Sais-Qui, je pense qu'il n'y a rien de plus injuste que ce qui t'arrive, Harry.

Ils continuèrent de parler un moment. Bientôt, il fût temps pour Harry de prendre la direction des portes d'entrée de l'école, pour réaliser ses deux heures de ronde habituels du samedi matin. Il n'avait aucune idée du comportement dont ferait preuve envers lui son équipier du jour, le sixième année de Poufsouffle Barrett Rhodes, celui-ci s'étant toujours montré amical jusqu'ici. Lorsqu'il l'eut rejoint, le garçon de Poufsouffle lui tendit la main comme à son habitude, bien que Harry sentit une certaine froideur dans son regard. Ils marchèrent ensemble comme à leur habitude dans les parties les moins fréquentées de Poudlard, mais cette fois sans échanger un mot, l'élève de Poufsouffle jetant parfois des regards méfiants en direction de Harry, ce qui eut le don d'irriter celui-ci, mais il n'en dit rien, préférant attendre la fin de ses deux heures de ronde pour pouvoir retrouver l'attitude amicale de Hermione. Enfin, sa montre indiquant midi, ils se serrèrent la main et Harry retourna en direction de la tour de Gryffondor. Une fois rentré dans la salle commune, il rejoignit Hermione, assise seule à une table et qui écrivait son devoir de Potions. Il choisit de travailler sur le même devoir qu'elle, afin de pouvoir bénéficier de ses conseils, plutôt que de faire ses exercices d'occlumancie qu'il remit à plus tard dans la journée. Au repas du midi, Harry se retrouva moins seul que pour les repas du jour précédant. En effet, Ginny vint s'asseoir devant Hermione, Fred et Georges prenant de leur côté place à côté et en face de Harry, afin de lui remonter le moral. La suite de la journée fût sans histoire, une nouvelle session du club de duel permettant à Harry de se défouler, alors que Hermione savait à présent pratiquer le sortilège du Bouclier. En conséquence Harry fît face à un nouvel état de fatigue magique après la fin de la séance. Au repas du soir, les jumeaux Weasley se mirent de nouveau à côté de Harry pour manger, Lee Jordan étant cette fois-ci avec eux. Au grand soulagement de Harry, celui-ci se montra tout comme les jumeaux aussi amical qu'à l'ordinaire envers lui. Quand vint l'heure pour lui de monter dans son dortoir, Harry craignait encore de croiser les regards hostiles de Dean et Seamus, mais ceux-ci se contentèrent de l'ignorer. Il profita du temps passé dans son lit avant de s'endormir pour pratiquer ses exercices d'occlumancie.

Le lendemain, Harry choisit de prendre son petit déjeuner dans la grande salle, préférant apaiser son appétit plutôt que de fuir éternellement les regards des autres élèves. De nouveau, Fred et Georges vinrent s'asseoir à ses côtés. Tout d'un coup, alors qu'il entamait son porridge, et alors que le flot habituel des chouettes et hiboux envahissaient la Grande Salle en couvrant le bruit des conversations par celui de leurs bruissements d'ailes, Hermione fit signe à Harry de regarder en direction des volatiles qui faisaient des cercles en l'air pour trouver leur destinataire, et il pût alors voir que Hedwige se dirigeait vers lui. Celle-ci portait à la patte un courrier dont l'enveloppe portait une écriture que Harry reconnut comme étant celle de Sirius. Harry supposât que Hedwige était d'elle-même allée trouver Sirius dans sa maison de Londres pour qu'il lui apporte son soutien. Harry échangea un regard éloquent avec Hermione, ne pouvant en dire plus en présence des deux autres qui n'étaient pas au courant de l'innocence de Sirius. Ayant fini leur petit déjeuner, ils décidèrent de se rendre dans une salle de classe vide pour lire la lettre et éventuellement écrire une réponse à Sirius. Harry ouvrit l'enveloppe et lut la lettre en compagnie de Hermione.

Harry,

Dumbledore m'a mis au courant pour la phase de possession que tu as subie jeudi soir. Comment se fait-il que tu n'aies pas immédiatement prévenu Dumbledore après que ta cicatrice a commencé à te faire plus mal que d'habitude ? Et pourquoi ne m'as-tu pas envoyé de courrier à ce sujet ? Tu sais pourtant bien que Voldemort attend la moindre occasion pour te faire du mal ou pour t'isoler des autres. Maintenant, je veux que tu suives à la lettre tous les conseils que Dumbledore te donnera pour te sortir de cette situation. Si j'ai bien compris, il veut t'enseigner l'occlumancie. Il s'agit d'une forme extrêmement avancée de magie et il te faudra faire preuve du plus grand sérieux si tu veux faire les progrès nécessaires pour empêcher Voldemort de revenir dans ton esprit.

J'aimerais pouvoir te parler directement sans passer par l'intermédiaire du courrier, est-ce que tu pourrais me donner la date de ta prochaine sortie à Pré-au-Lard pour que je puisse y être présent ? Je te ferais parvenir les indications permettant de me retrouver là-bas dans une autre lettre.

Sirius

Harry avait terminé de lire, et se sentait troublé. Il s'était attendu à ce que Sirius lui reproche son absence de communication à propos de ses douleurs à la cicatrice, mais pas à ce qu'il lui propose de le rejoindre à Pré-au-Lard, en prenant le risque de se faire repérer maintenant que même son apparence de chien était connue des serviteurs de Voldemort. Une part de lui-même voulait enjoindre Sirius de ne pas se rendre à Pré-au-Lard, afin de ne pas prendre le risque d'y être reconnu, mais une autre part, qui prenait le dessus dans son esprit sur la première, ressentait de la joie à l'idée de pouvoir revoir Sirius et lui parler sans passer par l'intermédiaire d'une lettre ou d'une cheminée de l'école, ces dernières étant certainement à présent surveillées. Après avoir pris le temps de réfléchir, il fit part à Hermione de son intention de donner à Sirius la date de leur prochaine sortie à Pré-au-Lard, deux semaines plus tard. Celle-ci s'opposa fermement à cette idée.

— Harry, si le professeur Dumbledore ne veut pas que Sirius quitte sa maison, c'est qu'il ne doit pas le faire, lui répondit Hermione. Tu ne dois pas l'encourager à désobéir aux ordres de Dumbledore. Est-ce que ton comportement lorsque ta cicatrice te faisait plus mal que d'habitude ne t'a rien appris ?

— Écoute, Hermione, lui répondit Harry. Je serais d'accord avec toi si nous ne savions pas l'un comme l'autre que nous pouvons nous cacher sous ma cape d'invisibilité et nous rendre sans danger vers un endroit libre de tous regards. Est-ce que tu te rends compte de ce que ça représente pour Sirius de ne pas avoir le droit de sortir de la maison dans laquelle il a souffert pendant toute son enfance ? Moi je le sais, parce que c'est ce que je dois vivre chaque été chez les Dursley.

Hermione se mordilla la lèvre.

— Je ne sais pas, Harry, lui dit-elle. Le professeur Dumbledore n'imposerait pas une telle situation à Sirius s'il pensait que ce n'était pas absolument nécessaire. Pourquoi ne pas lui en parler ? Peut-être qu'il pourra t'arranger une entrevue dans son bureau. La cheminée qui s'y trouve est certainement utilisable par la poudre de cheminette et non surveillée.

— Mais si Dumbledore refuse, il saura que Sirius veut me parler directement, répondit Harry sombrement. Et ensuite, il fera pression sur Sirius pour qu'il ne vienne surtout pas me voir.

— Harry, réfléchit, répliqua Hermione, tu ne voulais pas toi-même qu'il revienne près de Poudlard, l'année dernière.

— Oui mais à ce moment-là, Sirius était libre de ses mouvements, il n'était pas encore prisonnier comme c'est le cas actuellement.

— Et il l'est pour une bonne raison, lui dit-elle avec ferveur. Si des Mangemorts venaient à le repérer, même sous sa forme de chien, ils n'auraient qu'à alerter les aurors qui n'auraient plus qu'à faire prisonnier Sirius, ils pourraient même l'attaquer eux-mêmes pour le forcer à révéler son identité.

— Comme je te l'ai dit, lui répondit Harry, nous prendrons la cape d'invisibilité, et il nous demandera certainement de nous rendre à la caverne où nous l'avons vu l'année dernière, qui était loin de tout regard, nous n'aurons qu'à faire le chemin jusqu'à cette caverne nous-même sous la cape.

Hermione semblait à présent désespérée.

— Harry, lui dit-elle, si Sirius se fait prendre, si tu te fais prendre en sa compagnie, tu sais très bien que maintenant que V... Voldemort –Harry fût pris par surprise par le soudain élan de courage de sa meilleure amie, c'était la première fois qu'elle prononçait le nom du mage noir en sa présence-, que maintenant qu'il est capable de t'imposer sa présence dans ton esprit, beaucoup de gens se méfient de toi, pensent qu'il pourrait se servir de toi pour accomplir ses projets. Le monde de la magie dans son entièreté doit déjà connaître l'histoire de ce qu'il s'est passé il y a deux nuits.

Bien que toujours troublé par l'audace inattendue de Hermione, Harry, toujours buté, resta sur sa position.

— Je suis persuadé que tout va bien se passer, dit-il d'un ton catégorique.

Hermione affichait toujours le même air inquiet, puis elle prit un air résigné.

— Très bien, Harry, lui dit-elle. Nous irons voir Sirius lors de la prochaine sortie à Pré-au-Lard, mais dis-lui bien qu'il devra se montrer très discret et que nous aurons la cape d'invisibilité avec nous.

Harry acquiesça, heureux que Hermione se range de son avis, et ils décidèrent de rédiger immédiatement une réponse à Sirius, une courte lettre dans laquelle ils lui donnaient la date du prochain week-end à Pré-au-Lard, Harry réservant les informations sur tout ce que lui avait dit Dumbledore pour leur rencontre à Pré-au-Lard.


Harry reçut la réponse de Sirius le mardi matin, après une autre journée passée à devoir faire face aux regards méfiants sinon ouvertement hostiles des élèves qu'il rencontrait dans les couloirs. La lettre de Sirius était très courte, et se contentait de leur dire de se rendre, le jour convenu à 14h, cachés sous la cape d'invisibilité afin de ne pas être suivis, derrière la « Cabane hurlante », plus proche pour eux, leur dit-il, que la caverne qu'il occupait l'année précédente.

Ce soir-là avait lieu le dîner d'Halloween, la Grande Salle étant comme à son habitude décorée pour l'occasion, mais Harry ne trouva pas les chauves-souris qui volaient en nuages autour des tables plus engageantes que les citrouilles géantes posées sur celles-ci et évidées pour ressembler à des têtes rieuses, le professeur Gobe-planche s'étant chargée d'entretenir le potager de l'école en l'absence de Hagrid. Cependant, et à la grande surprise de Harry, il passa finalement un assez bon moment, du moins comparé aux autres repas qui précédaient directement celui-ci. En effet, Fred, Georges et Lee Jordan, ainsi que Ginny et Neville avaient choisis de s'asseoir aux côtés de Harry et de Hermione à la table des Gryffondor, afin de permettre à Harry, pensait-il, de se sentir entouré en ce jour de fête.

Durant les deux semaines qui suivirent, cependant, Harry dût faire face aux mêmes regards accusateurs et chuchotements sur son passage venant des autres élèves de l'école. Même ses devoirs de préfet étaient devenus plus difficiles, mais pour une raison inverse de celle à laquelle il faisait face jusqu'alors : alors que jusqu'ici, les élèves avaient pour habitude de contester presque chacune de ses décisions, ils semblaient maintenant comme terrifiés à chaque fois qu'il leur faisait une remontrance. Le jeudi après-midi devait avoir lieu sa ronde avec Anthony Goldstein, un élève de Serdaigle de la même année que lui. Bien que celui-ci le salua tout d'abord comme à son habitude, il se révéla par la suite particulièrement acerbe envers lui, choisissant, contrairement à l'autre équipier de ronde de Harry, Barrett Rhodes, qui était lui resté silencieux pendant toute la durée de leur ronde, de lui faire part de ses remarques corrosives quant au fait que les élèves de l'école avaient parfaitement raison de se méfier de lui.

— Enfin, Harry, lui dit-il, rends-toi compte de ce qui t'arrive. Tu parles avec la voix de Tu-Sais-Qui, et demain qu'est-ce que tu feras ? Tu jetteras un sort sur tous les ennemis de Tu-Sais-Qui qui te trouveront sur leur chemin ? Moi-même, j'ai hésité à faire ma ronde avec toi. J'ai failli demander au professeur Flitwick de me donner la permission de la faire seul de mon côté.

Harry aurait volontiers répondu à son équipier qu'il n'était en rien responsable de ce qui lui arrivait, et que Voldemort serait bien peu capable de lui faire faire quoi que ce soit de dangereux, le professeur Dumbledore lui ayant assuré que le simple contrôle de sa voix avait fait ressentir à Voldemort une douleur au moins aussi vive que Harry lui-même. De plus il se doutait que le garçon de Serdaigle n'avait pas demandé au professeur Flitwick la permission de faire ses rondes seul simplement parce qu'il s'attendait à une réponse négative, cependant il choisit de garder le silence et de supporter sans rien dire les remarques dénuées de tact de son équipier.

Alors que les professeurs de leur côté faisaient preuve d'une parfaite indifférence envers le prétendu danger représenté par Harry, le professeur Rogue se montrait quant à lui toujours aussi hostile envers Harry. Mais un autre aspect des cours de Potions se fit jour. Maintenant qu'il avait conscience de l'existence de la legilimancie, Harry prit conscience que Rogue, qui lui avait toujours donné l'impression exécrable de pouvoir lire dans ses pensées, pouvait très bien utiliser la legilimancie, et il prit à présent soin d'éviter son regard autant que possible.

Toujours touché par la somme des devoirs, des rondes, de ses devoirs de préfet ainsi que de ses entraînements de Quidditch, Harry avait renoncé à s'informer en plus sur l'occlumancie, face à l'ampleur de la tâche et la complexité des volumes portant sur la question qu'il avaient déjà ouverts. Il comptait sur Hermione pour lui donner des conseils sur le sujet, car celle-ci disposait de beaucoup plus de temps libre que lui, n'ayant presque jamais à réaliser les exercices pratiques de maîtrise des sorts appris en cours que leur imposaient leurs professeurs, car elle savait très rapidement les lancer à la perfection. Harry n'avait cependant pas renoncé à chercher avec Hermione chaque dimanche matin dans la bibliothèque de nouvelles informations sur les moyens utilisés par Voldemort pour améliorer le « rituel de Transmutation de l'Âme ». Ils continuaient de rechercher des informations sur la magie incantatoire, aussi appelée « magie modulable » par les ouvrages les plus récents et les plus techniques portant sur le sujet.

Pour ce qui était des entraînements de Quidditch, Harry avait appréhendé la réaction des trois filles de l'équipe de Gryffondor après son épisode de possession par Voldemort, et, bien que celles-ci ne firent pas preuve d'hostilité ouverte envers lui, celui-ci ne put manquer de remarquer que leur attitude à son endroit se révélait bien moins chaleureuse qu'à l'ordinaire.

Arrivé le jour de la sortie à Pré-au-Lard, Harry alla chercher sa cape d'invisibilité qu'il cacha dans la poche de sa robe de sorcier et redescendit trouver Hermione dans la salle commune. La perspective de retrouver Sirius enchantait Harry, après deux semaines à faire face à un sentiment d'intense solitude. Après avoir franchi les deux battants ouverts en grand du portail de l'école, et vérifié qu'ils n'étaient visibles de personne, ils se cachèrent tous les deux sous la cape et prirent la direction du village de Pré-au-Lard. Une fois arrivés au village, ils suivirent plusieurs rues en prenant garde de ne pas se trouver sur le passage d'autres passants jusqu'à ce qu'ils aient quitté la zone habitée et se retrouvent finalement face à la « Cabane hurlante », une sinistre bâtisse située à l'écart du village, aux fenêtres obstruées par des planches et au jardin envahi par les herbes sauvages.

Ils ouvrirent le portail, après avoir vérifié que personne ne se trouvait dans les environs, et contournèrent la maison pour se retrouver sous la partie de sa façade qui était cachée au reste du village. Sirius n'était pas encore présent, mais il ne tarderait pas, car il était tout juste l'heure à laquelle ils étaient censés se retrouver. Ils sortirent tous deux de sous la cape.

Hominum revelio ! lança immédiatement Hermione, en tenant droite sa baguette.

— Il n'y a personne d'autre que nous dans les environs, dit-elle à Harry.

Ils n'eurent pas à attendre plus d'une minute avant qu'un léger pop ! ne leur indique que Sirius venait d'arriver derrière eux en transplanant.

— Harry, Hermione, comment allez-vous ? demanda immédiatement Sirius, qui affichait un sourire radieux.

Harry était tellement heureux de revoir son parrain qu'il ne voulait pas ternir ce moment en lui rapportant le sentiment de solitude que le comportement des autres élèves de Poudlard envers lui lui inspirait, bien qu'il sache que Sirius devait s'en douter, étant lui-même considéré par le monde des sorciers comme un dangereux assassin en liberté.

— Mais au fait, où est Ron ? demanda Sirius après que Harry et Hermione l'aient salué.

La question de son parrain arracha une grimace à Harry.

— Lui et moi, on n'est... on n'est plus vraiment ami, lui répondit-il.

— Harry et Ron se sont disputés, continua Hermione pour lui. Depuis, ils ne se parlent plus.

— C'était le pire moment pour perdre ton meilleur ami, lui dit Sirius, compatissant. Mais si je me rappelle bien, vous vous étiez déjà disputés l'année dernière, et vous aviez finis par vous réconcilier. Tu penses que ce sera possible, cette fois-ci ?

— Je ne sais pas, répondit Harry. Je crois qu'il est jaloux de mon statut de préfet et... Mais il s'arrêta de parler, rougissant légèrement. Il avait failli exprimer ouvertement devant Hermione ses soupçons suivant lesquels Ron ne lui avait pas pardonné d'être aussi proche d'elle cette année en raison de leur statut commun de préfets.

Son parrain lui mit la main sur l'épaule pendant quelques instants, et Harry lui fit un léger sourire, son visage toujours marqué par la tristesse qu'il avait ressentie en repensant à la perte de l'amitié de Ron.

— Tu sais, Harry, il y aurait un moyen pour toi de briser ton isolement, au moins pendant les prochaines vacances de Noël. Que dirais-tu de venir passer ces vacances chez moi, à Londres ? Le soir de Noël, je recevrais certainement la visite d'anciens membres de l'Ordre du Phénix, ce serait pour toi l'occasion de rencontrer ceux que tu ne connais pas encore.

— Oui, je serais très heureux de venir ! répondit Harry avec un grand sourire.

— Et toi, Hermione, qu'en dis-tu ? lui demanda à son tour Sirius, en se tournant vers elle. Vous pourriez visiter ma maison, qui est bien assez grande pour trois personnes, un hippogriffe et un elfe de maison.

— J'en serais très honorée, répondit Hermione, souriant elle aussi au parrain de Harry. J'avais l'intention de passer les vacances de Noël à Poudlard pour que Harry ne se retrouve pas tout seul. Mes parents ne verront aucun inconvénient à ce que je passe mes vacances chez vous, je leur ai déjà dit que vous étiez innocent des crimes qui vous étaient imputés par les journaux télévisés et la presse moldus.

Sirius se montra de très bonne humeur durant tout le reste de la conversation, Harry se doutant qu'il souffrait de la solitude dans sa maison de Londres, avec pour seule compagnie un hippogriffe et un elfe de maison qui lui rendait la vie difficile. Harry lui parla du « rituel de Transmutation » dont Sirius n'avait jamais entendu parler et du projet de Voldemort de disposer de la présence à Poudlard d'un groupe composé d'élèves qui fassent preuve de discrétion et de fidélité envers lui, Sirius assurant alors à Harry que Dumbledore avait sans doute la situation bien en main, mais Harry savait qu'il lui disait cela uniquement pour le rassurer, comme l'avait fait Lupin le jour de son départ pour Poudlard. Il lui parla ensuite de la prophétie, Sirius se montrant stupéfait face à la tâche qui attendait Harry de devoir vaincre Voldemort. Enfin, après que Harry ait parlé à Sirius des conditions qui avaient faites de lui le garçon annoncé par la prophétie, Sirius expliqua à Harry ce que le professeur Dumbledore entendait par le fait que ses parents aient défié par trois fois Voldemort :

— Ton père et ta mère ont fait à plusieurs reprises face à Voldemort, ce sont des choses qui se savaient au sein de l'Ordre, et bien sûr je le savais moi-même directement par ton père. Ils ont toujours été aux avant-postes du combat contre Voldemort, et il est arrivé à plusieurs reprises qu'ils se retrouvent, sur ordre de Dumbledore, à des endroits où les Mangemorts faisaient régner la terreur. La situation pouvait vite se montrer intenable si Voldemort lui-même faisait son apparition, ce qui eut lieu à plusieurs reprises. Cependant, lorsqu'ils ont appris par l'intermédiaire de Dumbledore que Voldemort avait fait d'eux ses cibles principales, il n'était plus question pour tes parents de le défier, surtout après ta venue au monde.

— Dumbledore m'a aussi dit que Neville Londubat était concerné tout comme moi par la prophétie, mais que c'est moi que Voldemort a choisi de prendre pour cible.

— Franck et Alice Londubat étaient deux membres très respectés de l'Ordre du Phénix, et appréciés par le monde de la magie, lui dit Sirius. Eux aussi ont fait face à plusieurs reprises à Voldemort, parfois en même temps que tes parents. J'ai toujours considéré le sort qu'ils avaient connus comme une affaire personnelle, car c'est ma propre cousine qui a été leur principal bourreau, Bellatrix Lestrange, dont le nom de jeune fille était « Black ». Croyez-moi, je serais très heureux de la rencontrer personnellement pour lui faire payer moi-même ses crimes.

— Quel sort ont connu les parents de Neville ? demanda Hermione, dont Harry savait qu'elle ignorait la raison pour laquelle Neville vivait avec sa grand-mère.

— Ils ont été torturés jusqu'à la folie par quatre Mangemorts, peu après la disparition de Voldemort, répondit Sirius, dont Bellatrix et son mari. Ils pensaient que Franck et Alice Londubat sauraient où se trouvait à présent Voldemort, parce qu'ils travaillaient pour le ministère. J'ai entendu plusieurs fois Bellatrix rigoler toute seule comme une folle dans sa cellule en faisant référence à ce crime abject.

Hermione prit un air choqué.

— Je ne savais pas que les parents de Neville avaient connus un tel sort, dit-elle. Neville ne nous en a jamais parlé.

— Dumbledore m'a fait promettre de garder le secret sur ce qui était arrivé aux parents de Neville tant que lui-même ne voudrait pas le révéler, lui dit Harry. J'ai vu le procès des quatre Mangemorts dans sa pensine, quand je suis venu dans son bureau l'année dernière, et Dumbledore m'a dit ce qu'il s'était passé.

La conversation continua pendant un petit moment, puis il fût venu le temps pour Harry et Hermione de donner congé à Sirius. Ils reprirent la direction du village, cette fois-ci sans se cacher sous la cape d'invisibilité. Arrivés dans la rue principale du village, et comme ils disposaient encore d'un peu de temps, ils décidèrent de se rendre aux Trois Balais, le bar principal du village, pour se désaltérer à l'aide d'un peu de Bièraubeurre.

Une fois rentrés dans le bar, Harry aperçut immédiatement Ron qui était assis à une table avec Seamus et Dean, celui-ci ne remarquant pas sa présence. Ils s'assirent à une table au moment même où Ron se levait pour aller chercher la commande de Bièraubeurre des trois garçons. Harry savait qu'il tenait à aller chercher la commande lui-même car il avait un faible pour Madame Rosmerta, la tenancière du bar aux formes généreuses. Lorsque Ron repartit en direction de sa table avec les trois pintes pleines à ras bord du délicieux liquide exclusif au monde de la magie, il remarqua la présence de Harry qui regardait dans sa direction et le fusilla du regard.

— Ne fais pas attention, lui dit Hermione, qui avait vu la scène. Contente-toi de l'ignorer.

Harry avait en effet lui-même jeté un regard méchant en réponse à celui de Ron, que Hermione n'avait pas non plus raté. Lorsqu'ils sortirent finalement du bar pour retourner à Poudlard, Harry fit une autre rencontre inattendue. Cho Chang et son groupe d'amies de Serdaigle prenaient elles aussi la direction du château en même temps que Harry et Hermione. Lorsque celle-ci croisa le regard de Harry, elle lui fit un sourire timide, mais Harry se rendit compte que celui-ci ne lui faisait plus aucun effet, alors qu'un tel sourire, un an auparavant, aurait occupé son esprit au moins jusqu'à la fin de l'après-midi. Cependant il était heureux malgré tout qu'elle ait choisi de lui sourire plutôt que d'éviter son regard comme le feraient la plupart des autres élèves de l'école.

Sur le chemin du retour, Harry sentit soudain sa cicatrice lui faire très mal, sous le regard inquiet de Hermione. Celle-ci lui faisait généralement moins mal depuis sa phase de possession, mais il arrivait parfois qu'elle lui inflige une douleur aussi forte que celles qu'elle lui infligeaient à ce moment-là, lui arrachant des larmes aux yeux, et le forçant à se tenir la tête dans les mains pendant plusieurs minutes sous le regard impuissant de son amie.


Deux semaines plus tard avait lieu le premier match de Quidditch de la saison pour les Gryffondor, qui les opposaient à Serpentard. Bien que subissant l'opprobre du reste du château, Harry se sentait toujours aussi motivé à l'approche d'un match de Quidditch qu'il pouvait l'être par le passé. Il s'entraînait à présent avec opiniâtreté avec le reste de l'équipe, alors que, la dernière semaine avant le match, Angelina exigeait d'eux qu'ils s'entraînent tous les soirs de la semaine où ils pouvaient se montrer disponibles, rentrant au château juste avant l'horaire de fermeture des portes, souvent en nage et les habits recouvert de boue et trempés par la pluie d'automne. Heureusement, Harry pouvait disposer de la salle de bain des préfets pour se prélasser, attendant que tous les membres de l'équipe l'aient utilisée pour y entrer à son tour et y rester aussi longtemps qu'il le voulait, ce qui lui offrait comme autre avantage d'échapper pendant un certain temps aux regards hostiles de ses camarades.

Arrivé le jour du match, Harry se sentait en pleine forme pour jouer au Quidditch. L'ambiance était électrique chez les Gryffondor et Harry pouvait sentir que l'hostilité dont ses camarades de sa propre maison faisaient d'habitude preuve envers lui avait beaucoup diminuée, ceux-ci attendant de lui qu'il apporte la victoire à leur équipe. Harry, de son côté, espérait qu'une belle victoire des Gryffondor rétablirait sa popularité au sein de sa maison à un niveau plus supportable, confiant dans le fait que leur équipe était la meilleure qu'ils aient eue depuis longtemps. Ron de son côté se montrait relativement bon, cependant il perdait facilement confiance en lui, ayant du mal à faire face à la pression.

Alors qu'il était regroupé avec le reste de l'équipe dans les vestiaires avant le discours d'Angelina, Harry aperçut Ron dont le visage avait pris une teinte grisâtre, et bien qu'il soit toujours en colère contre lui, il espérait que son ancien meilleur ami ferait bonne figure pour permettre à Gryffondor de remporter une victoire décisive contre leurs rivaux de toujours.

— Bon, leur dit-elle, je veux que vous soyez aussi sérieux qu'aux entraînements. Si vous suivez les consignes que je vous ai données, si vous y mettez autant du vôtre que vous l'avez fait durant ces derniers mois, nous ne pouvons que gagner avec un gros score. Nous connaissons déjà l'équipe de Serpentard pour l'avoir affrontée les années précédentes, ils n'ont que deux nouveaux joueurs, des batteurs, du nom de Crabbe et Goyle. Je ne les connais pas mais ils ont l'air d'être dans le même style très physique et pas très malin.

Harry se retint de jeter un regard complice en direction de Ron, face aux commentaires de leur capitaine sur le compte des deux Serpentard qu'ils connaissaient bien.

— Comme il s'agit de notre premier match, continua Angelina, je veux que nous marquions les esprits, il faudra que nous mettions le plus de buts possibles, et que nous en laissions passer le moins possible. Compris, Ron ? Allez, on y va ! Leur lança-t-elle finalement en prenant devant eux le chemin du terrain, alors qu'une chanson semblait être entonnée dans les tribunes, dont le son était trop atténué par les sifflets et les acclamations du public pour que Harry puisse en discerner les paroles.

Ils entrèrent sur le terrain et prirent place autour de Madame Bibine, la professeure de Vol pour les première années qui officiait aussi comme arbitre des matchs de Quidditch. Graham Montague était le nouveau capitaine de l'équipe de Serpentard, après le départ de Marcus Flint qui avait fini sa scolarité à Poudlard deux ans plus tôt, le championnat de Quidditch n'ayant pas eu lieu l'année précédente en raison de la tenue du Tournoi des Trois Sorciers. Angelina serra la main de Montague qui semblait déterminé à lui écraser les phalanges et, Madame Bibine donnant le coup de sifflet annonçant le début du match, il fut temps pour les quatorze joueurs en plus de l'arbitre de s'envoler en direction du ciel. D'une des tribunes centrales s'élevait la voix amplifiée par magie du commentateur traditionnel des matchs de Quidditch de l'école, Lee Jordan :

— Et c'est le début de ce match qui s'annonce prometteur, l'équipe de Gryffondor disposant de joueurs particulièrement expérimentés cette année. Quant à l'équipe de Serpentard, ils semblent toujours déterminés à préférer les muscles et la carrure à l'intelligence et à l'adresse, avec deux nouveaux batteurs connus principalement pour leurs échecs répétés à enfiler leur robe dans le bon sens chaque matin.

— Jordan ! s'écria la voix étouffée du professeur McGonagall à travers le mégaphone tenu par le commentateur du match. Je vous prierais de vous montrer impartial !

— Oui, professeur, répondit la voix de Lee Jordan. Donc, Johnson a la balle, elle la passe à… non, c'est Adrian Pucey qui récupère le souafle…

Harry de son côté avait rigolé de bon cœur à la plaisanterie de Lee Jordan, tout en continuant de chercher des yeux le Vif d'or en entamant son habituel grand cercle autour du terrain.

— Pucey passe à Montague... Montague a la balle... il se rapproche des buts... il va tirer... ALLER, RON !... et c'est un but de Montague, alors que Ron est parti du mauvais côté et a laissé passer le souaffle.

Harry regarda en direction de Ron. S'il n'était pas fâché contre son ancien meilleur ami, il aurait ressenti de la compassion envers lui, alors que le garçon aux cheveux roux faisait face aux remontrances de leur capitaine qui semblait furieuse contre lui.

— Alors que j'entends le public chanter une chanson, peut-être pour soutenir le gardien de Gryffondor ? Lee s'arrêta de parler. Harry lui-même cessa de chercher le Vif d'or des yeux pour écouter les paroles de la chanson :

Weasley est un grand maladroit

Il rate son coup à chaque fois

Voilà pourquoi

Les Serpentard chantent avec joie

Weasley est notre roi.

Weasley est né dans un trou à rats

Il laisse le Souafle entrer tout droit

Voilà pourquoi

Grâce à lui, c'est sûr, on gagnera,

Weasley est notre roi !

Harry fit une grimace, retournant à sa recherche du Vif, alors que Lee continuait de donner le commentaire du match d'une voix forte, semblant essayer de recouvrir le bruit de la chanson.

— Katie Bell à Alicia Spinnet... qui évite Montague... alors que Fred ou Georges lance un cognard en direction de Bletchley, le gardien de Serpentard... Alicia passe à Angelina Johnson... QUI MARQUE ! … Gryffondor égalise !

Harry fut rassuré par ce cours des évènements, alors qu'il continuait de chercher le Vif d'or des yeux. Malefoy, de son côté, semblait essayer d'éviter de se trouver au même endroit que lui, Harry estimant que c'était parce que le garçon de Serpentard espérait trouver le Vif d'or dans une situation où celui-ci serait hors de sa portée, pour ne pas avoir à affronter la vitesse du balai de Harry, ainsi qu'à son adresse qui jusqu'ici ne lui avait jamais fait défaut, sa seule défaite en tant que joueur de l'équipe de Gryffondor ayant été causée non par un échec à s'emparer du Vif d'or, mais par sa perte de connaissance après que le terrain de Quidditch ait été envahi par une centaine de détraqueurs.

— But de Warrington ! s'écria Lee Jordan. Vingt à Dix pour Serpentard.

Le but de Warrington ne fut pas le dernier des Serpentard. Ils marquèrent encore deux buts d'affilée, provoquant là encore la colère d'Angelina contre Ron, alors que la chanson des Serpentard continuait de résonner dans le stade.

Weasley est notre roi !

Weasley est notre roi !

Il laisse le Souafle entrer tout droit

Weasley est notre roi !

Harry essaya de rester concentré sur la recherche du Vif d'or, alors que le score ne s'améliorait pas en faveur des Gryffondor. Ron semblait s'effondrer totalement, alors que les Serpentard de leur côté ne laissaient s'échapper aucune occasion de faire une entorse au règlement.

— Pucey qui vient de donner un coup de coude à Angelina ! MAIS QUE FAIT L'ARBITRE ?... Oui, professeur McGonagall... L'arbitre, Madame Bibine, qui accorde un penalty largement mérité à Gryffondor... Alicia Spinnet qui s'élance... elle tire... ET BUT ! Quatre-vingt à Quarante pour Serpentard, Gryffondor revient dans la course !

Harry fit une grimace. De toute évidence, son équipe était en train de prendre l'eau, malgré les commentaires d'encouragement de Lee Jordan. C'était maintenant à lui que revenait la tâche de donner la victoire aux Gryffondor, et ce avant de se trouver face à l'hypothétique situation où ceux-ci auraient plus de cent cinquante points de retard sur les Serpentard.

Il continuait de tourner la tête dans tous les sens pour pouvoir apercevoir le moindre éclat fugitif du Vif d'or, mais il ne l'apercevait toujours pas, alors que sa cicatrice se mettait tout à coup à lui faire mal, et alors que la chanson des Serpentard continuait d'emplir le stade, les supporters des Gryffondor semblant aussi inexistants que leur équipe :

Weasley est un grand maladroit

Il rate son coup à chaque fois

Voilà pourquoi

Les Serpentard chantent avec joie

Weasley est notre roi !

Bientôt le score fut de cent vingt à soixante-dix pour les Serpentard, et bien que l'équipe de Serpentard, passé leur manque de fairplay outrancier, semblaient être en train de jouer le match de leur vie, la déroute de la défense de Gryffondor semblait devoir être imputée entièrement à Ron, qui n'avait réussi que trois arrêts depuis le début du match. Le jour était loin où il avait obtenu à la régulière le poste de gardien de l'équipe face à tous ses concurrents. Alors que Serpentard marquait un autre but, Harry aperçut soudain le Vif d'or, qui voletait quelque part entre lui et Malefoy. Une soudaine apparition des rayons du soleil à travers un des nuages qui dominaient le stade avait rendue visible la petite balle dorée, et ce aussi bien à Harry qu'à Malefoy, car celui-ci prenait tout comme Harry la direction à toute vitesse du Vif. Harry se pencha à fond sur son balai, qui donna toute sa vitesse et lui permit de se rapprocher bien plus vite que son concurrent du Vif d'or, une performance qui pouvait être imputée aussi bien à la meilleure qualité de l'Éclair de Feu par rapport au Nimbus 2001 de Malefoy qu'au poids plus léger de Harry par rapport à son concurrent de Serpentard. Soudain, alors que Harry avait parcouru la moitié du chemin le séparant du Vif d'or, une terrible douleur à la cicatrice le prit, qui fendit sa tête en deux, comme le soir où Voldemort avait pris possession de son esprit. Il cessa immédiatement la poursuite du Vif d'or, car à présent c'était sa capacité à se maintenir sur son balai face à la douleur qui était en jeu. Comprenant alors ce qu'il risquait de se passer, Harry prit immédiatement la direction du sol. Alors qu'il s'approchait du sol à toute vitesse, la douleur à sa cicatrice perdit en intensité, et il reprit conscience progressivement du bruit ambient.

Plusieurs choses se passèrent alors en même temps, alors que Harry touchait le sol des pieds, rassuré de n'être pas tombé de son balai pendant qu'il se trouvait à une hauteur depuis laquelle une chute aurait pût lui être fatale : il entendit le tonnerre des acclamations des Serpentard pour leur attrapeur, qui avait de toute évidence réussi à attraper le Vif d'or, après quoi ils reprirent presque immédiatement en chœur leur chanson moqueuse envers Ron, il vit ensuite au-dessus de lui Angelina Johnson qui prenait sa direction de toute la vitesse de son balai avec un air absolument furieux, et il aperçut autour de lui plusieurs personnes qui s'approchaient rapidement, en l'occurrence le professeur McGonagall et Hermione qui couraient vers lui, suivies du professeur Dumbledore qui marchait à grands pas, lui-même suivi de Rogue. Tous sauf Rogue semblaient très inquiets, en particulier Hermione qui fut la première à arriver aux côtés de Harry, alors qu'il faisait à présent face, toujours un peu sonné, aux cris de fureur de Angelina.

— QU'EST CE QUI T'AS PRIS ? TU ES FOU ? lui cria-t-elle. De quel droit as-tu quitté le terrain ? Tu l'avais ! Tu avais le Vif d'or, et tu as pris la direction du sol ? Est-ce que je dois prendre ça pour une demande de démission, Potter ?

— Miss Johnson, je vous prierai de laisser Potter tranquille, s'il vous plaît, lui lança le professeur McGonagall d'un ton sec. Harry, est-ce que tout va bien ? Est-ce qu'il s'agissait d'une nouvelle crise ? lui demanda-t-elle d'un ton soudain plus doux et dans lequel perçait l'inquiétude.

— Oui, je vais bien, marmonna Harry. J'ai senti une douleur très forte à ma cicatrice et j'ai eu peur qu'il me fasse tomber de mon balai... que Voldemort me fasse tomber de mon balai.

Hermione était tremblante à ses côtés, et ne dit pas un mot. Le professeur Dumbledore et le professeur Rogue étaient arrivés à leur hauteur.

— Harry, il faudrait que tu te rendes à l'infirmerie, lui dit avec douceur le directeur.

— Non, je vais bien, répondit Harry, qui avait encore un peu mal à la tête. C'était juste une douleur passagère mais je pense qu'il... qu'il a essayé de me faire tomber de mon balai.

— C'était à craindre, malheureusement, répondit le professeur Dumbledore, mais heureusement tu as fait le bon choix en prenant immédiatement la direction du sol. Évidemment, tu te rends compte qu'il n'est plus question pour toi de continuer à jouer au Quidditch ni même de t'entraîner dans ces conditions. Maintenant, Harry, je voudrais que tu ailles à l'infirmerie.

Harry hocha la tête en signe d'assentiment, prenant soudain conscience qu'avec le Quidditch disparaissait sa dernière chance de redorer son blason auprès des autres élèves de Gryffondor. Il quitta le terrain en compagnie du professeur McGonagall et de Hermione, tenant toujours son balai dans la main, et alors que le chant moqueur des Serpentard continuait de résonner dans un vacarme assourdissant à travers le stade.


Tard ce soir-là, Harry rentra seul dans la salle commune, alors presque vide. Après que Hermione soit venue le voir brièvement pour savoir comment il se sentait et qu'ils se furent souhaités bonne nuit, il prit la direction de son dortoir en évitant les regards des quelques élèves qui étaient toujours présents dans la salle. La nouvelle réalité s'était faite jour dans son esprit : il ne pourrait plus jouer au Quidditch avant d'être capable de maîtriser parfaitement l'occlumancie, une autre des contraintes que lui imposait Voldemort, un autre sacrifice qu'il devait faire à cause du mage noir.

Quand il fut entré, Dean, Seamus et, contrairement à son habitude, Ron, lui lancèrent des regards noirs, alors que Neville semblait de son côté gêné par la situation. Harry prit la direction de son lit pour se cacher immédiatement derrière ses rideaux. Mais avant qu'il ait atteint son lit à baldaquin, Ron s'approcha de lui, l'air furieux.

— Alors, Harry, tu es parti te cacher pour que je sois le seul à prendre un savon ? lui dit-il d'un ton maléfique. Tu t'es enfui parce que tu n'es même pas capable de contrôler ta propre tête ?

Harry avait cru tout d'abord que Ron ne se rendait pas compte de ce qu'il avait subi, mais il comprit en entendant son deuxième commentaire que celui-ci en était parfaitement conscient. Il sentit alors un sentiment de colère froide monter en lui face à l'injustice caractérisée dont faisait preuve son ancien meilleur ami.

— Tu te doutes que je n'avais pas le choix, Ron, n'est-ce pas ? lui dit-il en essayant de garder le peu de calme qu'il lui restait. Mais tu t'en fiches, c'est ça ?

— Pas le choix ? répondit Ron, dont c'était à présent la colère qui perçait à travers sa voix. Et tu crois que j'avais le choix, moi, de rester dans les buts alors qu'on prenait l'eau et que j'entendais le chant des Serpentard me transpercer les tympans ?

— Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? répondit Harry, qui ne cherchait plus à cacher sa propre colère, à présent. Et autant que je sache, c'est toi qui a pris l'eau, pas le reste de l'équipe, Ron.

Ron lui jeta un regard haineux.

— Ok, je n'ai pas été bon, lui lança-t-il. En fait, si tu veux tout savoir, j'ai donné ma démission à Angelina, qui l'a refusée parce qu'elle ne voulait pas perdre un second élément de l'équipe, après toi. Mais ne fais pas comme si j'étais responsable de la défaite.

— Je n'ai jamais dit ça, lui répondit Harry. Je suis le seul responsable, ok ?

Il espérait qu'en faisant profil bas, Ron se montrerait moins offensif envers lui, alors qu'une part de son esprit protestait sourdement face à cette absence de fierté. Ron, cependant, continuait de le fixer avec toujours dans les yeux le même regard furieux.

— J'aurais juste aimé que tu ne me jettes pas à la figure ce qui est arrivé alors que tu sais bien que je ne pouvais pas…

— Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? le coupa Ron d'un ton hargneux. Tu vois, moi aussi je peux le faire, Harry.

— Bravo, Ron, lui répondit Harry avec dépit. Finalement, tu as bien appris ta leçon des Serpentard, ajouta-t-il dans son désir de blesser son ancien meilleur ami.

Ron sortit immédiatement sa baguette magique, l'air furieux, Harry fît de même, sans savoir à quoi il devait s'attendre de sa part. Immédiatement, Neville s'interposa entre eux alors que Seamus et Dean restaient immobiles, terrifiés.

— Calmez-vous, dit le garçon au fort embonpoint. Vous ne comprenez pas que c'est ce qu'il veut… Vous-Savez-Qui… il veut que nous nous combattions les uns les autres plutôt que de nous unir contre lui !

Les paroles de Neville eurent pour effet de rendre sa clarté à l'esprit de Harry. Il baissa sa baguette.

— Tu as raison, Neville, lui dit-il. Excuse-moi, Ron. Je n'aurais pas dû te dire ça.

Ce fut la fin de leur altercation, et Harry put finalement se retirer derrière les rideaux de son lit à baldaquin, comme il avait voulu le faire initialement. Cependant, cette nuit-là, quand il trouva finalement le sommeil, la partie de son esprit qui s'était récriée par fierté contre ses propres paroles de conciliation lancées à Ron avait de beaucoup prise le dessus dans son esprit.