Chers lecteurs et surtout lectrices, dont je sais qu'ils/elles me suivent discrètement, en France, en Belgique, aux États-Unis, mais aussi en Espagne, en Italie, au Japon, en Norvège, etc…
Je suis en vacances, d'où mon exceptionnelle productivité. Par ailleurs, cette histoire touche tout doucement à sa fin. Je vous remercie pour votre lecture et me permets encore une fois de vous encourager à me communiquer vos retours. Par ailleurs...les avertissements habituels... Merci en particulier aux quelques fidèles qui me suivent et bonne lecture.
La première idée qui s'impose est celle de la douleur. Ou plutôt non. Ce n'est pas une idée mais une réalité, un fait terrible et immuable.
Cuisante. Déchirante.
Elle vient du bas. De l'arrière de son corps.
« J'ai reçu une fessée » est la pensée primitive élémentaire. Elle ignore encore où elle est, qui elle est, ce qu'elle, mais elle sait déjà qu'elle a été sévèrement punie.
Drillée par des années de pratique, elle évalue, avant même de se souvenir de son nom, la gravité de ses blessures. Brûlures. Morsures. Piqûres. Déchirures. La peau est entamée. La sensation très particulière du sang séché, sur la chair.
A-t-elle taché les draps ?
Certains adultes ne supportent pas ça.
Son nom, son identité lui reviennent d'un coup, comme si sa personnalité se remettait en place, atterrissait soudain, son âme rentrant dans son corps.
Je m'appelle Emma Swan et j'ai été battue. Elle ouvre des yeux vitreux, éblouis de lumière. Des formes vagues dansent devant ses pupilles.
Du mouvement, à côté d'elle. Des sons. Une voix familière. Mais elle ne saisit pas les mots.
Elle bat des paupières. Il faut évaluer l'environnement. Savoir s'il y a du danger.
Un corps, agenouillé à ses côtés, vêtu de lilas. Elle soupire de soulagement en comprenant qu'il s'agit d'une femme. Un contact, dans ses cheveux. La douceur même. Une main lui caresse la tête. La créature amicale se penche sur elle. Un baiser à l'arrière du crâne. Soudainement, les bruits deviennent intelligibles. Des lamentations. La main si douce lui dégage la nuque, des lèvres humides à la lisière de la chevelure. Et la plus belle voix du monde. « Oh ! Ma poupée ! Pardonne-moi ! »
« Regina ? » baragouine la sauveuse, la voix brisée. Et elle tente de se redresser en prenant appui sur ses coudes.
Deux paumes, avec une délicatesse inconcevable, poussent sur ses épaules, l'empêchant de se relever.
La voix aimée, affolée, pleine de sanglots, l'arrête. « Non ! Ma chérie ! Ne bouge pas ! Attends ! »
Emma obtempère, reprend la place des oreillers, contre la tête de lit. Elle n'y voit pas encore très clair, ne saisit pas encore vraiment la situation. Mais elle sait que son amante l'a fessée, hier, jusqu'au sang. Elle sait qu'à présent, la reine pleure et manifeste de l'inquiétude.
Désireuse de rassurer sa moitié, la princesse, la voix pâteuse de sommeil, articule péniblement : « Regina ! N'ai pas peur ! »
Une sorte de rire hystérique lui répond. Des mouvements erratiques. Les froufrous, presque assourdissants, des draps qu'on soulève. Le choc des pieds royaux, sur le tapis. La forme mélia quitte son champ de vision. D'autres bruits. Une porte. Des pas précipités, qui s'éloignent. La reine descend les escaliers. Fuit-elle ? La vieille terreur de l'abandon l'écrase soudain.
Elle se hisse sur les coudes, malgré la douleur qui lui vrille les reins, hurle : « Regina ! » Presque aussitôt, un bruit de course, encore plus hâtif. Avant même que la sorcière ait fait irruption dans la pièce, la voix musicale, suffocante, lui répond : « Je suis là, mon bébé ! Je viens te soigner ! » Et la présence sacrée surgit. Toute la chambre s'illumine d'espoir.
Emma pleure comme un nourrisson, lorsque la souveraine, avec d'infinies précautions, vient s'agenouiller à côté d'elle, les jambes repliées, déposant divers objets sur la table de chevet.
- J'ai cru que tu étais partie !
Les mains qui peuvent se révéler si sanguinaires se posent sur elle. L'une sur sa tête, l'autre sur sa joue.
- Jamais, ma chérie ! Les dieux savent pourtant que je devrais te laisser tranquille !
Se révoltant, la victime consentante manifeste son désaccord.
- Pourquoi tu dis ça ? Je ne veux pas être toute seule !
Les larmes aveuglent la magicienne, obturent sa voix rauque.
- D'accord, d'accord, mon ange. Tu peux compter sur moi. Vraiment !
Après avoir prêté ce douloureux serment, Regina se penche vers la table de nuit. Tournant la tête, le shérif remarque alors qu'elle y a déposé un verre d'eau fraîche, deux cachets blancs, plusieurs tubes de pommade. La mairesse encourage, de sa voix la plus tendre, sa dulcinée à se redresser légèrement, ce qui provoque un petit gémissement de douleur. Puis, avec douceur et patience, elle lui fait avaler les pilules, l'incite à vider le verre. « Ce sont des antalgiques très puissants, mon trésor ! Tu dois attendre environ cinq minutes, qu'ils fassent de l'effet. » Touchée et pressée d'avoir moins mal, Emma prend ses médicaments, puis repose sa tête lasse sur ses avant-bras.
Sa Majesté se place ensuite à genoux, plie son corps compact en deux, dans une posture de yogi, appuie son front au milieu du dos nu, les mains crispées sur les côtes, un peu trop apparentes à son idée, et éclate en sanglots.
La sauveuse est tétanisée. Ne sachant quoi faire, elle reste allongée, immobile. Elle se sent à présent tout à fait réveillée. Jugeant qu'il faut permettre à la belle brune d'exprimer ses émotions, elle attend.
Lentement, la douleur reflue. Bientôt, ce n'est plus qu'un élancement ardent, qui s'impose par moments, comme le flux et le reflux des vagues. Mais c'est supportable.
Alors, le shérif murmure, de sa voix rocailleuse : « Regina ? »
La souveraine se redresse. Comme bouger n'est plus aussi impossible, la princesse, avec une lenteur souffreteuse, déplace ses longs membres, cherche à se mettre à genoux. Les yeux sombres de la magicienne s'écarquillent d'angoisse, et elle cherche à arrêter sa poupée détériorée. « Non ! Mon bébé ! Qu'est-ce que tu fais ? Ne bouge pas ! » « Je dois aller aux toilettes. » répond l'enfant martyre.
Ceci arrête immédiatement les protestations régaliennes. Avec des gestes d'infirmière expérimentée, la divine monarque, toujours hoquetante, aide sa bien-aimée à se relever. Lorsque celle-ci se retrouve debout, nue et frissonnante, à côté du lit, elle lui demande avec angoisse si elle veut enfiler une robe de chambre. Ayant obtenu un discret hochement de tête, la maîtresse de maison, après s'être assurée que l'objet de son affection tenait debout, va chercher un peignoir de soie dans la penderie, le drape soigneusement autour des larges épaules. Emma est en sueur. Elle tremble légèrement.
Le cheminement vers les toilettes est lent et laborieux. La jeune femme a l'air de boiter des deux jambes. Elle geint à chaque pas.
Affreusement contrite et embarrassée, ce qui ne lui ressemble guère, Regina s'assure des désirs de l'être aimé. Comme celle-ci demande, de l'angoisse plein ses beaux yeux de jade, à être laissée seule, la reine acquiesce, ferme loyalement la porte, mais attend, l'oreille aux aguets.
Elle compte six minutes sur sa montre, au cours desquelles elle ne cesse de se demander si elle doit prononcer le nom de sa protégée, s'assurer qu'elle n'a pas besoin d'aide. Finalement, le bruit de la chasse d'eau, suivi de gémissements de douleur. Les larmes emplissent à nouveau les yeux de la sorcière.
Emma sort des toilettes, pâle comme un linge, dégoulinante de sueur. Le retour vers la chambre est encore plus pénible que l'aller. Lorsque les deux femmes arrivent au milieu du couloir, la voix enrouée de la princesse immobilise Sa Majesté. « Je voudrais prendre un bain. »
Il faut soigner ses blessures. Est-ce une bonne idée, de tremper des plaies dans l'eau savonneuse ? Elle a en tout cas pu constater ce matin qu'en effet, les horribles entailles ne se sont pas infectées. Et après, quelle pommade utiliser ? Celle pour les écorchures ? Les abrasions ? Ou les profondes excoriations doivent-elles être considérées comme des lésions ?
La voix impatiente, presque capricieuse, l'arrache à ses réflexions. « On va à la salle de bain ? »
Impossible de la contrarier. « Oui, mon bébé…Doucement, d'accord ? »
La souveraine demande à l'élue de son cœur si elle veut prendre une douche. Obtenant une réponse positive, elle règle minutieusement la température de l'eau. Surtout pas trop chaud !
Regina s'enquiert des désirs de la dame de ses pensées, à propos de la moindre broutille, reçoit souvent des réponses évasives. « Comme tu veux… » « M'est égal… »
Finalement, craignant qu'elle ne glisse, elle prend sa douche avec elle, la nettoie avec d'infinies précautions, puis lui fait couler un bain et la fait grimper, non sans peine, dans la baignoire. Hésitant à imposer sa présence, elle lui demande si elle préfère prendre son bain seule. « Non ! » répond sans ambages l'enfant trouvée, « Je ne supporterai pas que mes fesses touchent la faïence. Tu dois surélever mes cuisses, comme l'autre fois. » S'exécutant, la sorcière se retrouve sous sa compagne. La tête dorée est appuyée contre sa poitrine, le corps chéri avachi sur elle. Alors, comme il n'y a plus rien à faire pour le moment, la reine recommence à pleurer.
Tournant son joli visage, se tordant le cou, Emma cherche à regarder sa partenaire.
- Qu'est-ce qu'il y a, mon amour?
Madame le Maire hoquète. Mais elle répond de bonne grâce.
- C'est dur…
- Quoi donc ?
- De constater à quel point je suis monstrueuse.
- J'étais d'accord, ma reine…
- Bien sûr, mon ange…Tu seras toujours d'accord pour tout. C'est bien là le problème.
- Mais non…du moment que nous sommes consentantes toutes les deux, on peut faire ce qu'on veut.
- En théorie, oui, ma puce…Mais ce n'est pas vraiment du consentement…Tu veux tellement me combler que tu ne tiens aucun compte de tes propres limites…Tu m'as laissé te battre jusqu'au sang…
- Les écorchures sont superficielles, Majesté. Crois-en ma vieille expérience. J'ai connu bien pire.
- Ce n'est pas un argument. C'est au contraire une des raisons pour lesquelles je ne devrais pas te faire souffrir, alors que je t'aime plus que tout ! Et puis…ce n'est même pas le pire…
- C'est quoi le pire ?
- J'ai…
La sorcière n'a jamais cessé de pleurer, durant ce curieux dialogue à cœur ouvert. Mais ses pleurs s'emballent, deviennent incontrôlables, ne donnant d'autre choix à la princesse que d'attendre une réponse qui se fait désirer.
« Dis-moi, ma reine ! » l'encourage la nymphe martyrisée.
- J'ai…j'ai bu ton sang…
Emma encaisse le coup. Elle n'avait pas vu la chose sous cet angle.
- C'est beaucoup dire, tu ne crois pas ?
- Non ! Oh ! Non ! Tu ne me connais pas encore, ma puce ! Et c'est pour cela que tu m'aimes, hélas ! J'ai gouté ton précieux sang, sur ta chère peau, déchirée par mes soins. Et j'en ai aimé la saveur. Tu n'as donc pas encore compris que, une fois que j'ai pris goût à quelque chose, je ne peux plus m'en passer ? C'est précisément ce qui me rend si dangereuse, mon bébé ! J'aime boire tes larmes ! Maintenant, c'est ton sang que je désire ! C'est du vampirisme ! Peut-être même du cannibalisme !
- Regina…tu exagères…Ce n'est pas si grave !
Vaincue, la belle brune cesse d'argumenter. La sauveuse la laisse sangloter durant près de dix minutes, puis recommence à essayer de la consoler.
- Allons, calme-toi, mon amour…
Comprenant que pousser plus loin la discussion est parfaitement inutile, Sa Majesté s'apaise graduellement, dépose un petit baiser sur la joue pâle.
- Tu vas me soigner, maintenant ?
- Bien sûr, mon trésor !
- Quelle pommade tu vas utiliser ?
Emma a l'air de demander ce qu'il y aura comme dessert au déjeuner.
- Euh…je ne sais pas…celle contre les écorchures, peut-être…Qu'est-ce que tu en penses ?
La belle tête blonde, assombrie par l'eau, acquiesce contre la fastueuse poitrine.
- C'est parfait…et comme nous sommes seules tout le week-end, je voudrais qu'on en fasse un thème…
Regina fronce les sourcils, sans comprendre.
- Un thème, ma poupée ?
- Oui…le thème de mon cul…
Un silence abasourdi accueille cette expression insensée, et le rire de la princesse, incroyablement cristallin, éclate.
- Durant la journée, quand tu me croises dans la rue, quand tu viens me voir au commissariat, ou même dans la maison ou dans le jardin…et même quand tu ne m'as pas sous les yeux, combien de fois par jour tu penses à mon cul ?
La reine déglutit. Voilà une question qu'elle ne s'était jamais posée.
- Je ne sais pas, mon ange, mais…vraiment beaucoup…
La fée tentatrice se tord encore une fois le col, pour regarder le visage de madone. Et simultanément, Madame le Maire sent que le long corps athlétique se rehausse légèrement. Soudain, le fessier tant convoité, objet de tous les désirs, entre en contact avec son giron…et s'y frotte, malgré les blessures. Regina sent les sillons creusés par la règle, voit le joli visage d'ange se chiffonner de douleur, et sourire en même temps, dans une expression de perverse innocence.
« Ma chérie ! Arrête ! » s'écrie-t-elle. Les nobles mains se posent de part et d'autre de la taille souple, cherchent à faire cesser le mouvement. « Tu vas te faire encore plus mal ! »
« Ça va déjà beaucoup mieux ! » répond la petite. « Mes pouvoirs de guérison sont entrés en action, je le sens bien. Et puis, tes médicaments sont drôlement efficaces. On va sortir de l'eau et tu vas me soigner. Tu me mets ce que tu veux, tout le week-end. Je peux porter une nuisette. Je peux rester nue en-dessous de la taille, si tu préfères. Comme ça, tu peux me prendre quand tu veux. Même pas besoin de demander. Quand tu en as envie, tu m'écartes les jambes ou les fesses, et hop ! Penchée sur la table, ou couchée sur le dos, sur le canapé, comme tu le désires. Je peux m'étendre sur le ventre, en travers de tes genoux, pendant que tu me fais la lecture. Tu peux me mettre de la pommade toute la journée, tout le week-end. Franchement, ça, ça me plairait. Je peux même manger dans cette position. Je peux me courber sur le plan de travail, tout près de toi, pendant que tu fais la cuisine. J'ai faim ! J'adorerais des lasagnes aujourd'hui ! Et une mousse au chocolat ! Et demain, un énorme steak, avec une salade croquante et des frites maisons ! Et je peux te faire profiter de mes seins, aussi ! Je peux… »
« Tais-toi ! » la coupe la sorcière en la serrant avec emportement. Mais elle sait déjà que chaque proposition fait naître dans son esprit malade une autre idée, encore plus perverse, encore plus extrême.
Consciente de son pouvoir, Emma rit doucement, saisit la main de sa maîtresse, lui embrasse les doigts.
- Je pourrai téter ?
- Bien sûr, mon ange !
- Au salon ! On tire les rideaux et tu m'allaites après le petit-déjeuner, d'accord ?
Les jolis sourcils sable se froncent légèrement.
- Je ne t'en demande pas trop ? Tu peux utiliser ta magie pour ça ? Pas la peine de me soigner autrement qu'avec la crème. Comme je te l'ai dit, les plaies sont très superficielles.
Regina se mord les lèvres, acquiesce complaisamment.
- Il n'y a pas de problème, ma chérie…Je vais continuer à être prudente pendant…peut-être trois jours, mais tout est pratiquement redevenu normal.
Un sourire d'ange convalescent illumine le visage d'elfe. Fourrant sans prévenir son pouce dans sa bouche, elle se met à le sucer, ce qui fait palpiter, sous l'eau, la vulve royale.
Après quelques secondes, elle extirpe son doigt d'entre ses lèvres gourmandes et demande :
« Alors…tu as trouvé la réponse, maintenant ? Combien de fois par jour tu penses à mon cul ? »
La magicienne pousse un profond soupir, puis se rend : « Une moyenne de cinq-cents-trente-huit fois… »
Les blessures toutes neuves de la princesse sont en effet relativement bénignes, quoiqu'extrêmement douloureuses. Les chères petites fesses guérissent très vite. Dès le lendemain, il ne reste qu'une collection de minces cicatrices brunâtres. Le surlendemain, quelques marques décolorées, blanches sur un fond encore très rouge.
Emma marche avec précaution, jusqu'au mardi, jour où elle se remet au jogging et à ses exercices quotidiens.
Et la vie reprend son cours, amoureuse, confortable, intéressante, intensément sexuelle, ponctuée par les fessées du vendredi. Bien que la reine, à chaque fin de semaine, s'efforce, à sa manière fragmentaire, d'endiguer sa violence, elle rend systématiquement les armes. Et les raclées de la princesse deviennent de plus en plus impitoyables, de plus en plus avilissantes.
Successivement, tous les instruments de supplice sont employés. La victime découvre, la semaine suivante, le nom de l'horrible lanière de cuir double, qu'elle avait débusquée dans le placard, parmi les premières acquisitions de la souveraine. C'est un tawse…un instrument, lui apprend Wikipedia, utilisé anciennement en Écosse. Cela provoque d'abord des contusions, puis des éraflures. La canne finit également par être utilisée, avec son cortège de zébrures bordeaux. L'énorme ceinturon sert lui aussi, bien plus redoutable que la légère sangle de cuir à laquelle elle épingle son insigne, et dont elle avait déjà reçu six mémorables coups, dans le bureau du maire. La férule, bien sûr, dont la particularité est de frapper simultanément l'ensemble de la croupe, ce qui fait irradier la douleur, depuis les hanches jusque dans l'anus. Puis la cravache. Puis la verge, qui se brise malencontreusement sur sa chair, lui enfonçant en prime quelques échardes dans la peau. Les deux femmes lui trouvent une remplaçante, dans la forêt, dès le lendemain.
La magie renaît, plus puissante que jamais, et bientôt, l'enchanteresse n'hésite plus à avoir recours à ses pouvoirs pour soigner sa dulcinée. Après tout, c'est bien la spectaculaire vengeance qui a drainé son corps de son énergie. Regina semble établir un nouvel équilibre. D'une part, elle maîtrise de mieux en mieux l'art de la soi-disant discipline domestique à laquelle elle soumet l'objet de son affection. Elle sait, avec de plus en plus de précision, comment, où, quand frapper, à quelle cadence, combien de minutes consacrer aux séances de fouet, quel temps de recouvrement accorder à son amante, de sorte que les sorts de guérison peuvent n'être employés que de façon parcimonieuse. Bien sûr, des accidents surviennent. Parfois, elle se laisse emporter, et la gravité des meurtrissures dépasse ses intentions. Dans ce cas, elle utilise ses pouvoirs consciencieusement, sans jamais franchir certaines limites. Et soigner la princesse est un si grand bonheur !
Emma, de son côté, se donne corps et âme, comme elle l'a toujours fait, mais avec une sorte de mysticisme simplet. Elle n'a pas oublié que sa reine, effrayée par son propre comportement, a évoqué la possibilité de la quitter. À chaque fois que son esprit inquiet divague vers cette journée fatale, rejoue la scène qui s'est produite dans la roseraie, puis la tumultueuse réconciliation, une terreur sans nom s'empare de son âme, bien supérieure à celle que lui inspire la vision de l'élue de son cœur, une cravache ou autre férule à la main.
Aussi passe-t-elle sa vie, à guetter les moindres désirs de sa partenaire, afin de les assouvir à la seconde, se collant à elle, lui offrant son visage angélique, ses cheveux d'or, sa bouche d'églantine, ses seins, ses fesses de marbre, son sexe perpétuellement humide et accueillant. Elle se montre douce, enjouée, malléable, incroyablement prompte à l'orgasme. Elle mange avec une goinfrerie d'ogre crève-la-faim, dessine dès qu'elle en a l'occasion, écoute avec passion les musiques que lui propose sa reine, ainsi que les nombreuses lectures, choisies avec sérieux.
Après « Belle du Seigneur », plusieurs livres viennent trôner successivement sur la table du salon. Des auteurs, anglo-saxons ou étrangers, viennent compléter la culture, de moins en moins lacunaire, de l'ancienne orpheline, abandonnée de tous. Dickens, Steinbeck, Dos Passos, Paul Auster, Céline, Gabriel Garcia-Marquez, Virginia Woolf et même des auteurs romantiques tels que les sœurs Brontë, Victor Hugo ou Alfred de Musset. Bientôt, le vocabulaire du shérif n'a plus rien à envier à celui de la mairesse, même si sa verdeur naturelle refait régulièrement surface.
Une routine étrange s'installe. En journée, les deux femmes travaillent. Chacune a atteint ce zénith professionnel, où nul ne songe plus à remettre sa légitimité en question. La rumeur du philtre d'amour a bizarrement apaisé certaines tensions. Snow, toujours inquiète pour sa progéniture, semble avoir compris (du moins c'est ce qu'elle pense) ce qui motivait certains malaises, au sein du ménage, dont elle admet de mieux en mieux la pérennité. Leroy lui-même abdique une part de sa méfiance, à l'égard du chef de la ville, sans nécessairement se montrer plus aimable. Quant à Gloria…elle a l'air de s'habituer, à sa façon revêche, à la présence de la blonde…réalise que celle-ci ne disparaîtra pas de sitôt. Le jeudi soir, à moins d'imprévus de plus en plus rares, tant Storybrooke est devenue paisible, le couple se rend au manège, et la souveraine parvient, à deux reprises, à faire enfourcher, pour une promenade courte, au pas, une jument particulièrement placide à sa fonctionnaire.
Sexuellement, le fétichisme de Sa Majesté explose, comme s'il n'avait été jusque-là qu'un bourgeon en attente de floraison. Chaque week-end, après la fessée, pourrait être un court-métrage intitulé « le cul d'Emma ». La capacité physique de la sauveuse à enchaîner les orgasmes est mise à rude épreuve, car la sorcière s'est aperçue que la jolie blonde subit un véritable conditionnement. Le plaisir que prend sa maîtresse à lui tanner le cuir déteint forcément sur elle, et c'est après les pires corrections qu'elle atteint les sommets les plus élevés. De plus, le déferlement d'ocytocine et de prolactine, dans son corps éprouvé, agit comme le plus efficace des antalgiques, et Regina en arrive à considérer la jouissance de sa bien-aimée comme un devoir sacré.
Bien sûr, Son Altesse ne peut pas passer chaque fin de semaine nue, les fesses cramoisies et striées de raies sanguinolentes, vautrée sur le providentiel coussin, attendant minute après minute que son amante quitte sa cuisine pour venir l'aider, en empoignant ses hanches et en imprimant à son bassin un doux mouvement de va-et-vient, frottant son clitoris contre l'une de ces opportunes protubérances, si avantageusement placées.
Il faut bien sortir, manger (Regina estime que les dieux de l'Enfer seraient en droit de la foudroyer si elle dérogeait à la sainte obligation de nourrir celle que sa malédiction a plusieurs fois failli faire mourir de faim), rendre parfois visite aux amis et à la famille Charmant.
Ainsi s'écoule la vie, entre l'amour fou, une culpabilité dévorante, des souffrances de plus en plus extrêmes, l'omniprésence exacerbée d'une sexualité dévoyée, perverse, passionnée, à sens unique. Les tétées deviennent quotidiennes. Au réveil, Emma, tel un chiot nouveau-né, saisit un sein plantureux, à l'aveuglette, en enrobe le téton de ses lèvres humides, se met à sucer sans préambule, en attendant que l'enchanteresse, arrachée d'exquise façon au sommeil, fasse jaillir le nectar. Le shérif respecte toutes ses promesses, et bien plus encore. Deux semaines après l'usage de la règle, l'extension magique du clitoris se reproduit. Et la brune redécouvre l'inexprimable bonheur de pénétrer la blonde, dans tous ses orifices.
Le petit Neal fait sa rentrée scolaire. Bien vite, il s'impose à la tête de la classe, ce qui amène Snow à faire, une fois de plus, des comparaisons malencontreuses, sûre qu'elle est que son aînée n'a pu être bien brillante. Le fait qu'elle ait parfaitement raison sur ce point provoque chez Emma, entre les murs blancs du manoir, moult crises de larmes, qui attisent secrètement la haine comprimée de la reine à l'égard de celle qui aura joué successivement le rôle de sa belle-fille et celui de sa belle-mère. Le sujet devient si douloureux, si récurrent, que David lui-même, à sa manière pataude, tente plusieurs fois de s'interposer, de faire comprendre à son épouse que revenir sans cesse sur les échecs passés de l'enfant qu'ils ont abandonnée à la naissance, la livrant à elle-même et aux pires sévices, n'est peut-être pas une si bonne idée.
Le mois d'octobre arrive, dans le Maine, avec ses forêts orangées, ses lacs glacés, qui ont l'air de se préparer au givre de l'hiver.
Emma va fêter ses trente-six ans.
Pour l'occasion, Henri regagne Storybrooke, pendant cinq jours entiers… Et il en profite pour présenter Camille à ses mères. La jeune fille est souriante, pas timide mais assez réservée, peu habituée visiblement au luxe de la grande maison maïorale. Elle parle un bon anglais, teinté d'un étrange accent, que Son Altesse Blonde n'a jamais entendu. Malgré l'insistance de Regina, le couple s'installe chez Granny.
Le jour de la naissance de la sauveuse a toujours été teinté d'une nuance douce-amère, puisqu'il correspond à son abandon. Aussi, la souveraine déploie-t-elle tous ses talents de femme amoureuse, pour en faire un événement exceptionnel.
Le 22 octobre tombe un vendredi. Une modeste célébration familiale est prévue le lendemain, avec les Charmants, mais Sa Majesté tient à ce que la date exacte soit fêtée en petit comité. Seuls Henri et Camille sont donc invités au manoir pour le dîner. La mairesse n'a eu de cesse, tout au long de la semaine, de harceler sa protégée sur ses préférences. Le résultat est pour le moins hétéroclite. Après d'innombrables chips, tranches de saucisson et autres olives, une soupe aux oignons, agrémentée de croûtons à l'ail maison et de longs filets de fromage fondu, est servie, suivie, d'une gigantesque entrecôte saignante par personne, de frites, mais également d'oignons frits (pas ceux de chez Granny…Regina les a épluchés, coupés en rondelles et fait frire elle-même), de champignons à la crème et de petits pois aux lardons.
Le dessert a été l'objet de négociations sans fin, car la reine a conçu l'ambition de découvrir quel était le gâteau d'anniversaire ultime, pour sa compagne, et de le confectionner. Après qu'une trentaine de parfums, de décorations, d'accompagnements différents, eurent été envisagés, le chef-d'œuvre est né de l'esprit de la plus gourmande des orphelines, ainsi que des mains de son aimante dominatrice.
C'est une monstruosité au chocolat et au caramel, à deux étages, fourrée d'une crème au beurre dans laquelle se cachent des morceaux de fruits, certains confits d'autres frais, enrobé d'un épais glaçage blanc à la vanille, parsemé de fraises entières, de rondelles de bananes, mais aussi de fleurs rouges, roses et jaunes, en sucre et pâte d'amande…La reine a passé deux jours à élaborer la recette et à créer cette pièce maîtresse, dont les quatre convives, fait inouï compte tenu de l'appétit de la princesse (Henri n'est pas en reste…l'hérédité, sans doute), ne parviennent pas à bout. Il faudra en apporter de larges parts aux Charmants.
Après le repas, Madame le Maire, sans tenir compte de l'évidente gêne de son fils et de son hypothétique future belle-fille, saisit avec sérieux les mains calleuses de sa dulcinée, lui demande gravement si le dîner lui a plu. Ayant récolté une réponse enthousiaste, pleine d'une extatique reconnaissance, elle dépose un long baiser sur les lèvres encore saupoudrées de sucre glace, tandis que les deux étudiants toussent, se raclent la gorge et échangent soudain des commentaires avisés sur la décoration de la salle-à-manger. Emma s'éloigne légèrement, étouffant un rire confus. « Il est peut-être temps de débarrasser la table…Il se fait tard. Je pense qu'Henri et Camille devraient regagner leur chambre. D'ailleurs, on est tous attendus chez Granny demain, à midi. »
En réalité, il est encore tôt. Regina soupçonne d'une part un désir de permettre aux jeunes tourtereaux de se retrouver dans l'intimité, de l'autre le projet de la remercier de manière adéquate…car, anniversaire ou pas, on est vendredi…La divine monarque n'a, c'est le moins qu'on puisse dire, aucune réticence à ce sujet. Pourtant, saisissant l'être aimé par la main, elle l'encourage à se lever, ce qui lui attire un regard interrogateur, vaguement inquiet. « J'ai quelque chose à te montrer, ma puce ! » Et elle entraîne sa fonctionnaire dans le couloir, tout en jetant aux deux autres convives : « Vous pouvez venir aussi, les enfants ! »
Le quatuor emprunte les escaliers. La souveraine, vêtue d'un ensemble-tailleur délicieusement féminin, arbore un sourire énigmatique et satisfait. Emma porte un simple jean, et son beau chandail blanc, que le maire a surveillé durant tout le repas, de crainte des taches. Le doux visage affiche une expression intriguée et anxieuse. Camille et Henri suivent, la main dans la main. Bien que tous deux aient une vague idée de ce qui va se produire, la maîtresse de maison sait ménager le suspense.
Finalement, Regina les dirige vers le bout du couloir de l'étage, et s'arrête en face de l'une des deux chambres d'amis. La sauveuse regarde la porte fermée, puis sa compagne, puis son fils, ainsi que sa petite amie toute neuve, suspendue à son bras. Cette dernière se sent visiblement de trop. Elle vient après tout de faire connaissance avec ces deux femmes, ces deux mères du garçon dont elle est tombée amoureuse. « Entre, ma chérie ! » murmure la magicienne. « Mais…c'est la chambre d'amis. » répond Emma. « Je crois que je n'y suis entrée qu'une fois. Personne ne l'utilise jamais. » Les beaux sourcils noirs de la reine, si finement dessinés qu'ils semblent peints, se froncent légèrement. Un début de contrariété s'impose à cet esprit complexe. Car la jolie blonde appréhende la situation…a-t-elle peur ?
Sentant le malaise, peut-être, Henri passe soudain entre ses deux mères, en s'écriant : « Moi, je vais voir ce qu'il y a là-dedans ! Avec toi, il faut s'attendre à tout, pas vrai, maman ? » Et avant qu'aucune des trois femmes n'ait pu l'en empêcher, il ouvre la porte et pénètre dans la chambre.
Durant le court instant où le silence s'installe dans le couloir, troublé seulement par le bruit des pas du jeune homme, qui semblent faire le tour de la pièce, la souveraine voit les yeux d'émeraude se braquer avec un certain affolement sur Camille. Mais la voix du fils bien aimé la tire de sa torpeur, étirant le sourire vermeil de la sorcière.
« Oh ! M'man ! Tu vas adorer ! »
« Allez, va voir, ma chérie ! » murmure Regina en poussant doucement sa compagne.
La princesse entre, s'immobilise sur le pas de la porte. C'est une chambre aussi spacieuse que la leur, située sur un coin de la maison. Les murs ont été peints en jaune pâle, l'une de ses couleurs préférées. D'immenses baies vitrées font entrer à foison le soleil couchant d'automne. Henri a allumé toutes les lampes. La lumière est généreusement fournie par un lustre central et des appliques, simples et élégantes, en forme de cygnes.
Une salle de sport complète a été aménagée.
Un tapis de course dernier cri, près d'une fenêtre, équipé de tout le matériel possible, permettant bien sûr d'adapter la vitesse, de mesurer le rythme cardiaque, de choisir le terrain, mais aussi d'écouter de la musique et de regarder Netflix. Dans un coin, de puissants haut-parleurs permettent toutes les extravagances auditives. Un banc de musculation multifonction, plus imposant que tout ce que la sauveuse a pu voir dans les nombreuses salles qu'elle a fréquentées. Des rangements, artistiquement disséminés, exposent toutes les sortes de poids et haltères possibles. Des Kettlebells, des Dumbells, des disques de fonte, des balles lestées, des haltères et des barres, prévues pour supporter jusqu'à deux cent cinquante kilos. Une machine leg press, montant à deux cents. Des tapis, des appuis pour les étirements. Une barre de traction à la hauteur adaptable. Dans un autre coin, un punching ball. Un énième espace de rangement, avec diverses sortes de gants, de genouillères, de protections pour les coudes et les chevilles. Et en plein milieu oscille, pendu au plafond, un gigantesque sac de sable.
Emma demeure immobile, stupéfaite. Elle tourne plusieurs fois sur elle-même, cherchant à tout voir. Camille est entrée également. Henri, Regina et la jeune fille ont à présent le regard fixé sur la jeune femme blonde, guettant une réaction qui se fait attendre. Henri sourit de toutes ses dents, conscient, bien qu'il en ignore presque tout, que sa jeune mère biologique n'a pas été gâtée par la vie, heureux que celle qui l'a élevé la chérisse à ce point. Sa petite amie, elle, semble assez perplexe. Quelque chose, dans cette famille, l'intrigue, bien qu'elle se sente très touchée par le mal que s'est visiblement donné la mairesse, pour gâter sa compagne. Le visage de vestale de la reine finit par exprimer des doutes. L'être aimé tarde véritablement à réagir. En désespoir de cause, elle murmure.
- Mon ange…s'il y a quelque chose qui ne te plaît pas, je peux…Je n'ai pas mis de vélo…Je sais que tu n'aimes pas beaucoup.
Mais l'enfant trouvée l'interrompt, se rapproche d'elle, les yeux démesurément écarquillés.
- Qu…quand tu as fait tout ça ? Je n'ai rien vu, rien entendu…
En voyant le beau regard d'émeraude se tourner furtivement vers Camille, la magicienne comprend, tout à coup. Les deux femmes ignorent si Henri a révélé à sa petite amie que l'une de ses mères est une puissante sorcière, que l'autre possède également des pouvoirs magiques, inutilisés la plupart du temps mais bien présents, que lui-même est issu d'une famille royale, originaire d'un monde parallèle que l'on appelle la Forêt Enchantée, etc, etc… Il y a fort à parier que non, car la liaison est encore neuve, et qu'Henri est un garçon prudent. Emma craint donc que sa partenaire n'ait eu recours à un enchantement, pour faire naître comme un champignon, cette salle de sport à domicile, qui correspond à ce dont elle a toujours rêvé, sans osé l'espérer. Et bien entendu, le sujet ne peut être abordé sans fard, devant la jeune Belge.
La divine monarque cherche à rassurer son amante, sans se dévoiler.
- J'ai fait tout installer quand tu étais au commissariat, ma puce ! En fait, ça n'a rien de bien compliqué, une fois qu'on a choisi le matériel. Il ne m'a fallu qu'un jour, pour faire repeindre et aménager, un autre pour faire tout monter.
L'ancienne délinquante se détend tout à coup, comme cela lui arrive parfois. Aussitôt, ses grands yeux limpides se posent sur sa compagne. Elle se rapproche lentement. Ses prunelles de jade se remplissent de larmes, en même temps qu'un sourire coruscant illumine ses traits purs.
« Oh ben ! En fait, il se fait tard ! » s'écrie soudainement Henri. « Tu as raison, M'man ! On va aller dormir, histoire de digérer ce festin et d'être prêt à en refaire un chez Granny, demain. En plus, on repart pour Boston dans l'après-midi…on va déjà préparer nos bagages. »
Se plaçant entre les deux femmes, il saisit sa mère brune par les épaules, l'embrasse sur les deux joues, ne résiste pas lorsque celle-ci l'enlace affectueusement en lui murmurant : « À demain, mon chéri ! » Ensuite, c'est au tour de Camille, qui tend une main avec hésitation. Mais la mairesse la prend d'autorité aux épaules, l'embrasse sur le front en disant : « Merci de prendre soin de notre fils ! Je suis très heureuse qu'il vous ait rencontrée. »
Assez embarrassée, la jeune fille répond : « Euh…de rien, Madame…Vous l'avez très bien élevé. Merci pour le repas. C'était extraordinaire. »
Entretemps, Henri a pris sa mère blonde dans ses bras. Il est à présent aussi grand qu'elle. Très émue, Emma le serre avec emportement, l'embrasse sur la tempe, sur les cheveux. « Bon anniversaire, M'man… » lui chuchote-t-il à l'oreille. Pour sa part, il lui a offert des boucles d'oreille. « Profite bien de ta nouvelle salle de jeux ! Tu l'as méritée. » Puis, tandis que celle qui deviendra très bientôt sa fiancée s'approche à son tour de la mère biologique de son amoureux, avec laquelle elle se sent bien plus à l'aise (au point qu'elle se décide enfin à l'appeler « Emma »), il se tourne une dernière fois vers la reine-mère, lui décoche un sourire en coin : « Tu ne pouvais pas mieux choisir, maman ! » Et enfin, prenant sa petite amie par la main, il lui fait dévaler les escaliers.
Dix secondes plus tard, la porte d'entrée claque, ce qui fait grimacer Regina.
La blonde est toujours plantée en face de la brune, les yeux humides, les lèvres et le menton tremblants. Lorsqu'elle rompt enfin le silence, c'est d'une voix altérée d'émotion.
- Tu…tu as fait tout ça pour moi ? Ça a dû te coûter une fortune !
Regina sourit, hausse une épaule.
- Tu m'as dit, un jour, que la salle de sport te manquait… Comme ça, tu pourras reprendre tes exercices de musculation, ma puce…Quand tu veux, à l'heure que tu veux. Et tu n'as pas besoin de faire attention au bruit, j'ai fait renforcer l'insonorisation. Et puis, il pleut souvent, dans le Maine. Je pourrai arrêter de craindre que tu ne t'enrhumes, à courir sous la pluie.
Un sourire en coin, étonnamment semblable à celui d'Henri, enjolive la face, toujours très ébranlée, de la sauveuse.
- Donc, c'est une façon de plus de me garder entre les quatre murs de cette maison…
Le sourire pourpre de la sorcière fait écho à celui du shérif.
- Peut-être…
Une expression assez grave vient compliquer et enrichir les traits fins de Regina.
- Et puis, cela te permettra de varier tes exercices, mon ange ! Je finis par m'inquiéter, de te voir courir jour après jour, parfois sept fois par semaine…Je me suis renseignée sur Internet. C'est trop. Ce n'est pas bon pour tes chevilles, ni pour tes genoux…
Emma avance encore d'un pas, comblant le vide qui demeurait entre elle et sa bien-aimée, lui saisit les mains avec un certain emportement.
« D'où les protections… » dit-elle avec un mouvement de tête en direction des racks qui abritent les genouillères et autres harnachements.
La reine répond d'un hochement de tête.
N'y tenant plus, éperdue de reconnaissance, la sauveuse finit par verser quelques larmes, colle un gros baiser sur la bouche pulpeuse.
Réalisant enfin que son cadeau plaît à l'élue de son cœur, la mairesse la serre contre elle.
« C'est parfait, mon amour ! Personne…personne n'a jamais fait une chose pareille pour moi… » assure la princesse, la voix plus rauque qu'à l'ordinaire. « Tu sais… » ajoute-t-elle, « Tu peux aussi profiter de l'installation, des tapis, du matériel audio, pour faire ton yoga… » Le beau sourire s'élargit, et, fait assez exceptionnel, la gardienne de l'ordre public saisit dans sa grande main l'une des fesses de sa partenaire, caresse, presse doucement la chair rebondie, à travers la jupe. « Inutile d'essayer de le cacher…je sais que ce n'est pas la magie qui te donne cette incroyable paire de miches ! »
Surprise et charmée, la souveraine émet un petit rire, ne cherche en aucune manière à éloigner les mains baladeuses de son amante.
Devenue soudain très espiègle, la détenue d'autrefois enfouit son museau dans le cou de sa maîtresse, et chuchote : « On est vendredi, Regina…c'est mon anniversaire…Je veux te remercier comme il faut… » Comme lisant un script écrit d'avance, la belle brune réprime un frisson. « Tu n'es pas obligée, ma poupée… » Décidée à faire céder la dame de ses pensées, ce qui ne sera très certainement pas difficile, Emma renchérit : « J'en ai envie…J'y tiens. Et je veux quelque chose d'exceptionnel, pour fêter ce grand jour, et le merveilleux cadeau que tu m'as fait… » Les mains calleuses, remarquablement puissantes, continuent à fourbir, à peloter le généreux fessier de la sorcière. Cette dernière commence à perdre contenance. Ses doigts cuivrés, aussi élégants que sont abîmés ceux de sa princesse, se posent d'eux-mêmes, comme par mimétisme, sur la croupe, bien modelée par le jean. « Ma puce…ta fessée ne peut pas être trop sévère…Il faut que tu puisses t'asseoir chez Granny, demain… » La fonctionnaire de police répond en secouant doucement la tête, contre le cou cuivré. « Ne t'inquiète pas pour ça. J'en ai vu d'autres, tu le sais…Mais je veux que, cette fois, tu puisses me fesser et me prendre comme un homme, en même temps. »
Les paumes de la magicienne s'immobilisent sur le petit postérieur tant convoité. Surprise et dubitative, elle s'éloigne, contemple sa bien-aimée, l'air interrogateur.
« Ça fait trois semaines, depuis la dernière fois…Je pense que c'est raisonnable. Tu m'as donné ton lait ce matin. Le moins qu'on puisse dire, c'est que je suis repue, après le festin de roi que tu m'as concocté. Si c'est nécessaire, tu me soigneras avec les pommades…ça laisse suffisamment de magie pour une extension du clitoris, non ? »
Regina réfléchit, songe un instant à arguer que la combinaison de deux des plus grands plaisirs qui existent, selon ses critères du moins, devrait survenir à l'occasion de son anniversaire à elle…Mais c'est en février. Quatre longs mois à attendre…La petite, c'est un fait établi, aime être pénétrée de cette façon…Et puisque c'est elle qui le propose…
« D'accord ! Merci, mon cher petit ange ! » Emma ne répond que par un sourire éblouissant, en la saisissant par la main et en l'entraînant vers la salle de bain. Parvenue devant la porte, elle dépose encore un baiser, sur les lèvres charnues. « Prépare-toi tranquillement. Moi, je vais me laver dans celle de la chambre d'amis, d'accord ? » Un petit rire nerveux. « Heureusement qu'on en avait deux… » Puis, redevenant sérieuse, elle ajoute. « Qu'est-ce que tu veux que je porte ? » La reine doit réfléchir quelques instants. « Ton déshabillé noir. » Hochement de tête blonde, exhalant une bonne volonté à toute épreuve. « Très bien. Quand tu es prête, envoie-moi un message, comme d'habitude. » Prise d'un léger doute, elle demande encore : « Tu as bien de la potion en stock ? » La belle brune acquiesce avec empressement. « Oui…j'en garde toujours, maintenant, dans le placard. » Un sourire charmant, couleur d'églantine. L'idée qu'elle est parvenue à faire oublier à la maîtresse de maison que la table n'a pas été débarrassée traverse l'esprit du shérif.
Lorsqu'apparaît le feu vert, sur l'écran, Emma entre dans la chambre, sans réelle appréhension, quoi qu'un peu timidement. Elle s'est habituée à ces saillies passionnées, qui lui apportent beaucoup de plaisir, et sont accomplies sans la moindre violence. Regina ne s'est jamais décidée, dans ces occasions, à allumer franchement la lumière, mais elle laisse dorénavant les rideaux entrouverts. Entièrement nue, agenouillée sur le lit, pourvue du pénis magique, d'ores et déjà turgescent et rouge, elle adresse à l'objet du désir un signe impératif, ordre irrécusable qui signifie « Viens ici, tout de suite ! » Rougissante, tremblant déjà, la petite lesbienne s'exécute, avançant sur les genoux. Sans la déshabiller, la souveraine la saisit aux hanches, lui fait effectuer un demi-tour, puis la trousse sans préambule, faisant voler la matière légère et satinée de sa courte nuisette, lui envoie une très, très bonne claque, en plein milieu du derrière. « Ouille ! » gémit la jeune femme, à la grande joie de sa compagne, qui l'attire soudain, la plaquant contre son bassin.
En sentant sur son arrière-train nu la présence inexorable du pénis de substitution, incroyablement dur et érigé, Emma demande en bégayant : « Tu…tu veux m'enculer ? » « Plus tard ! » souffle la mairesse, d'une voix extraordinairement gutturale. « Assieds-toi sur moi ! » ordonne le timbre musical, suintant l'autorité. La position est inhabituelle. Regina la pénètre doucement. Ses gestes sont fluides, tendres mais impérieux. Elle est rapidement devenue une experte. Lorsqu'elle se retrouve enfoncée jusqu'à la garde, dans le ventre convoité, les fesses si douces collées contre son aine, la souveraine fait glisser les bretelles du déshabillé, afin de dénuder les petits seins blancs. Les empoignant impétueusement, elle les presse dans ses mains, puis imprime à leurs deux corps un mouvement fluctuant, rythmé. Ses paumes aimantes passent de la poitrine menue aux hanches, caressantes. Il n'y a pour la sauveuse que du plaisir. Même la violente mandale, reçue avant la pénétration, n'a laissé qu'une brûlure sourde, dont le souvenir n'a rien de désagréable.
Lorsque la princesse se met à gémir et à ahaner, la dextre royale quitte son sein droit, dont elle triturait aimablement le téton sensible, et se dirige vers le haut de son pubis, trouvant sans hésitation le petit nœud de terminaisons nerveuses, le maniant avec savoir-faire, jusqu'à leurs délivrances communes. Au moment de l'orgasme, lorsque se contracte autour de l'organe hypersensible l'étroit fourreau muqueux, une giclée de fluide tiède se répand entre elles, éclaboussant en même temps le bas-ventre de la sorcière et le fessier de la sauveuse. S'amollissant soudain, Regina s'assoit sur ses talons, sa protégée toujours sur les genoux. Et tandis que son clitoris, rentrant dans son capuchon comme un improbable astrographe, retrouve une taille normale, elle murmure à sa dulcinée une inépuisable ribambelle de mots d'amour, lui souhaitant encore une fois un bon anniversaire.
La fessée est douloureuse. Très douloureuse. Le bourreau choisit le martinet. C'est une première. Interrogée sur ses expériences passées avec cet instrument, Emma révèle que Monsieur Jones en possédait un, pourvu de petites boules d'acier. À son grand soulagement, l'accessoire de la reine est un simple bouquet de lanières de cuir.
Sa dominatrice la fait étendre sur le ventre, après avoir installé des coussins au milieu du lit, afin de surélever le petit cul, qui a retrouvé, depuis vendredi dernier et la séance de coups de cravaches, toute sa blancheur. La victime reçoit, pour ses trente-six ans, trente-six coups, assénés en succession rapides, une fesse puis l'autre. Bien sûr, elle doit compter. Regina applique les raclées avec des mouvements amples, latéraux, son bras partant de très loin, à droite, puis à gauche, ce qui fait osciller d'une manière ineffablement aguicheuse la jolie croupe. Le martinet écorche considérablement l'épiderme, mais la magicienne, de plus en plus versée dans l'art du fouet, parvient à faire en sorte que le sang ne coule qu'au trentième coup. Après la dégelée, elle jette fougueusement l'instrument de torture, se précipite d'abord vers le visage de l'être aimé, qui relève la tête et lui sourit en sanglotant. Sortant une langue rouge et avide, elle boit ses larmes avec délectation. Après quoi, elle se gorge longuement du petit postérieur martyrisé, léchant le sang, dont elle a découvert il y a peu la saveur, à l'instar du précieux liquide lacrymal. De même qu'Emma a accepté la dacryphilie, elle adopte sans difficulté l'hématophilie. Car rien n'est trop beau pour sa reine. Celle-ci ramone longuement, de la langue, le petit anus frémissant, et enfin, après l'avoir copieusement lubrifiée, à l'aide de vaseline, elle sodomise la jeune femme fraîchement corrigée. La sorcière, ivre de bonheur, pousse un hurlement de plaisir lorsque son aine entre en contact avec le postérieur persécuté, dont elle sent chaque blessure encore suintante.
Ce n'est qu'au petit matin qu'elle nettoiera consciencieusement le sang séché, qui a pris sur l'épiderme martyrisé un aspect de vernis craquelé, et enduira de pommade contre les écorchures la chair rougie, décorée de centaines de petites éraflures, marquée par ses soins.
Les deux femmes arrivent chez Granny à l'heure précise. Si la sauveuse n'est pas particulièrement ponctuelle, qu'en outre elle a peiné, malgré la diligente assistance de sa compagne, à se laver et à s'habiller, Regina, elle, veille sur l'horloge comme sur la préparation d'un philtre magique. L'établissement est presque désert. Il ne se remplira que le soir venu. Neal est le premier à remarquer leur entrée, et il se précipite derechef dans les bras de sa grande sœur en piaillant « Joyeux anniversaire, Emma ! » avec excitation. Ayant anticipé le mouvement, car le petit garçon lui saute toujours ainsi dessus, à chaque fois qu'il la voit, la princesse serre les dents, lutte contre la douleur qui monte de sous son jean, pour faire effectuer à son frère les bonds et rebonds attendus, tout en le couvrant de baisers. Car elle a largement minimisé ses souffrances, hier et ce matin, pour ne pas inquiéter la sorcière ni la faire par trop culpabiliser. Elle parvient à ne rien laisser transparaître, dans les traits fins de son beau visage, en déposant Neal à terre, lorsqu'elle lui ébouriffe les cheveux, lorsque Snow, à son tour, se jette sur elle, l'enlace et l'embrasse, lorsque David fait mine de la soulever, ce qui est absurde étant donné qu'elle affiche sur la toise à peine quelques centimètres de moins que lui, lorsque Granny et Ruby, quittant un moment leur comptoir et leurs fourneaux, viennent aussi lui déposer des baisers sur les joues, lui taper dans le dos et la féliciter pour cette année supplémentaire.
Le petit garçon embrasse également Regina, avec presque autant de tendresse qu'il a étreint sa sœur, car il apprécie grandement la sorcière, admire ses pouvoirs très étendus, bien qu'il n'en ait été le témoin direct qu'en de rares occasions. La mairesse, de son côté, aime son tout petit beau-frère, de tout son cœur loyal, ne cesse de s'étonner de ses grandes qualités, qu'elle ne parvient à imputer ni à la génétique (à moins que certains chromosomes ne surgissent spontanément, et ce au sein d'une même génération) ni à l'éducation des Charmants. Les salutations à l'insupportable couple auquel elle n'a jamais rien pardonné, en réalité, sont largement plus tendues. Mais que ne concéderait-elle pas, pour Emma, et aussi pour son cadet ?
En prenant place dans le box, la princesse tressaille très légèrement. Mais la reine s'en aperçoit et en conçoit soudainement de l'inquiétude. La précieuse peau a-t-elle été plus malmenée que prévu ? Tout en participant à la conversation, en offrant à ses beaux-parents les Tupperware contenant les restes considérables de l'incroyable gâteau, en passant la commande, en s'assurant qu'Emma obtienne tout ce qu'il lui faut et plus encore, la souveraine surveille l'être aimé du coin de l'œil, de plus en plus circonspecte.
Henri et Camille arrivent un peu tardivement. Le jeune homme taquine et complimente sa mère blonde, qui a pris soin de mettre les jolies boucles d'oreille en forme de cymbales, qu'il lui a offertes la veille. Il révèle innocemment le merveilleux cadeau de sa mère adoptive à celle qui l'a enfanté, donnant ainsi sans le vouloir à Snow l'opportunité d'arguer que son héritière fait trop de sport, de toute façon.
La mairesse se mord les lèvres. Ne pas révéler son agacement. Ne pas gâcher l'anniversaire d'Emma.
À la fin du dîner, Neal, fatigué de rester assis, passe sous la table pour se glisser sur les genoux de sa grande sœur et réclamer un câlin. La princesse cède sans rechigner aux désirs du petit, heureuse évidemment, d'être aimée. Mais le poids pourtant léger lui arrache une grimace, et même un petit gémissement de douleur, qui achève d'inquiéter Regina…et que, finalement, remarque Snow.
« Tu as mal quelque part, ma chérie ? » demande-t-elle de sa voix suraigüe.
En père attentif, David sourcille, observe son enfant, voit l'expression un peu contractée qu'elle tente de dissimuler. « Neal, viens t'asseoir près de nous, mon grand. Ta sœur est fatiguée. » Le petit garçon renâcle un peu mais, comme la magicienne qui l'émerveille lui demande avec douceur d'obéir, il jette un œil un peu troublé à son héroïne, puis quitte à regret son giron.
« Tu as tes règles ? » demande la princesse Blanche-Neige, de but en blanc.
Emma, regrettant amèrement le malheureux jour, plusieurs années auparavant, où, cédant à une pulsion profondément infantile, voulant expérimenter sans doute les conseils avisés d'une mère, elle lui a parlé de ses cycles anormalement irréguliers et parfois affreusement douloureux, se cache le visage dans les mains. De très pâle, son teint passe au rouge brique. « Maman, par pitié ! » murmure-t-elle.
« Oh ! Neal, regarde, il y a de nouveaux jeux ! Si on allait les essayer ! » s'écrie soudain le prince charmant. Et il se lève précipitamment, entraînant son fils. Le petit garçon, trop heureux d'avoir l'opportunité de jouer à des jeux vidéo, ne se fait pas prier. Il semble n'avoir rien remarqué du malaise. Henri, qui a lui aussi viré à l'écarlate, quitte également le box. Apitoyé par l'évidente gêne de sa fiancée, il l'attire à sa suite en déclarant : « Viens, Camille ! Allons montrer à mon oncle que les Belges sont les meilleurs à Mario Kart ! »
L'instant d'après, seules Regina, Snow et Emma demeurent assises autour de la table.
La reine est livide. Se penchant vers sa belle-mère, elle retrousse ses lèvres pourpres, montre les dents, fait des efforts inouïs pour maîtriser le ton de sa voix : « Mary-Margaret ! On dirait que personne ne t'a jamais parlé de la notion de pudeur. Emma a trente-six ans depuis hier. Et même si elle en avait douze, ce ne sont pas des choses à faire. » Avec cette insupportable ingénuité, d'autant plus crispante qu'elle est authentique, l'ancienne chef d'état hausse une épaule. « Neal ne sait pas de quoi il s'agit…Et David et Henri sont tous les deux au courant du fonctionnement de l'appareil génitoire féminin, figure-toi. Je me fais du souci pour ma fille, voilà tout. Il n'y a rien de mal à ça. Tu veilles à ce qu'elle soit suivie par un gynécologue ? »
Alors que Sa Majesté s'apprête à répondre, et vraisemblablement à exprimer son ire, la princesse se lève soudain, en étouffant encore un geignement. Son amante et sa mère la regardent toutes les deux, inquiètes chacune à sa façon, l'une par ignorance, l'autre en toute connaissance de cause. « Je…je vais aux toilettes. » Et l'orpheline se dirige, en s'efforçant presque avec succès de ne pas boitiller, vers le fond du restaurant. Regina et sa jeune belle-mère l'observent, jusqu'à ce qu'elle ait disparu derrière la porte arrière. Puis, avec la brusquerie qui la caractérise, la souveraine se lève également. Se penchant d'un air menaçant, elle siffle entre ses dents, avec toute l'hostilité dont elle est capable, « Je vais l'attendre. Ne t'avise pas de nous suivre ! »
Les toilettes des femmes sont vides, heureusement. Emma en profite pour uriner. Le simple fait de s'asseoir sur la cuvette lui provoque des sueurs froides. Après s'être essuyée, elle reste en position, plusieurs minutes. Elle sait que se relever sera également douloureux. Le fait d'avoir la croupe nue est un soulagement provisoire. Elle passe doucement une main sur une fesse, puis sur l'autre, sent sous ses doigts la présence des éraflures. Elle aurait cru la guérison plus avancée, à cette heure. Il est vrai qu'elle a expérimenté le martinet, hier, pour la première fois…enfin pour la première fois depuis qu'elle a atteint l'âge de quatorze ans. Ramenant sa paume devant elle, elle s'arrête de respirer. Il y a un peu de sang. Regina a pourtant nettoyé les plaies. La crème est bien plus efficace, d'habitude. Jetant un œil à sa culotte, elle constate que quelques taches rouges et humides en maculent le coton. Réalisant qu'elle se sent un peu fiévreuse, l'idée d'une infection possible s'impose. Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi avec le martinet ?
Rentrer au manoir, s'ouvrir de ses inquiétudes à Regina. Elle saura forcément quoi faire. De toute façon, se dit-elle en regardant sa montre, Henri et Camille vont bientôt reprendre la route. Elle peut bien supporter de rester assise encore un peu. Qui sait quand elle reverra son fils ? Elle se relève, se rhabille péniblement, s'essuie le front avec du papier toilette.
En ouvrant la porte, elle fait un bond. Regina se tient juste derrière, arborant une expression inquiète, dont elle sait qu'elle lui est adressée, en même temps qu'une mine profondément courroucée, dont elle sait qu'elle concerne Mary-Margaret. Mais dès que la magicienne aperçoit le visage blême de l'être aimé, seule l'ombre de l'inquiétude demeure.
- Oh ! Ma puce ! Je suis désolée ! On va rentrer.
Emma s'appuie au chambranle, acquiesce doucement, tâche de rassurer sa compagne d'un sourire.
- Oui…c'est mieux, je pense. J'ai vraiment mal. Je ne suis pas sûre mais j'ai peur qu'il n'y ait un début d'infection. Je ne comprends pas comment c'est possible. Ce qui m'ennuie, c'est…qu'est-ce qu'on va leur dire ?
S'approchant, la belle brune caresse doucement la joue pâle. D'une voix aussi tendre que possible, elle murmure : « Ne t'inquiète pas pour ça, ma chérie. L'autre idiote est déjà persuadée que tu as tes règles. Ça fait une excuse toute trouvée. C'est ma faute, mon ange. Pardonne-moi. Je n'aurais pas dû utiliser le martinet, alors qu'on ne l'avait jamais essayé. La canne ou la férule, ça aurait été mieux. »
Une exclamation indignée relève la tête d'Emma, dont les yeux, immédiatement, s'écarquillent d'horreur. La mairesse se retourne précipitamment.
Mary-Margaret apparaît, de derrière le muret qui forme une sorte de couloir, à l'entrée des commodités. Son visage blanc, effaré, délirant de rage, montre bien qu'elle a tout entendu. S'approchant de Regina, ses petits poings serrés à ses côtés, elle stridule plutôt qu'elle ne parle. L'ensorceleuse se fera plus tard la réflexion que, si elle avait eu son arc sous la main, elle lui aurait sans hésiter décoché une flèche.
« Tu bats ma fille ! » lui crie-t-elle.
