Bonsoir, bonsoir !

On se retrouve pour le neuvième défi ce soir : encore et toujours du Drarry (j'ai récupéré mes chers et tendres darlings, aha), plus précisément une suite directe du texte 7 (Dentelle). Je ne sais pas si j'ai suffisamment respecté la contrainte mais j'avoue que j'ai profité d'elle pour me lâcher sur les sentiments, aha. C'est donc une scène beaucoup plus douce que vous vous apprêtez à lire ici. J'espère que vous apprécierez !

Bonne lecture à vous.


Jour 9

MAISON


La main de Drago, souillée de son propre sperme, s'agrippa fermement à la hanche d'Harry tandis qu'il bougeait à l'intérieur de lui en d'ultimes mouvements de bras, ses doigts y butant plus sèchement pendant qu'Harry éjaculait. Dans ces moments-là, bien sûr, aucun d'entre eux ne se souciait de se salir, soi ou l'un et l'autre. Ça faisait même partie de ce qui les excitait, c'était une part non négligeable de leur plaisir, symbole peut-être un peu vicieux de leur appartenance réciproque.

Drago haleta sous ce dernier effort, ignorant la légère crampe qui raidissait son bras au niveau du coude et ne s'autorisant à ralentir que lorsqu'il sentit les épaules d'Harry commencer à se détendre. Il ressortit délicatement ses doigts de lui et se laissa mollement retomber en arrière, la fraîcheur des draps s'avérant bienvenue contre sa peau encore brûlante. Il ferma les yeux sans s'inquiéter de sentir Harry s'enlever de ses cuisses ni même d'entendre le bord du lit grincer sous son poids lorsqu'il se leva.

Harry ne supportait pas d'avoir les mains collantes, et il fallait toujours qu'il aille immédiatement se les laver. Il n'appréciait pas non plus de s'attarder dans une position sexuelle, quelle qu'elle soit, n'aimait pas que Drago reste en lui après qu'il ait joui. C'étaient de toutes petites choses qu'ils avaient développées et apprises ensemble, l'un de l'autre, l'un avec l'autre. Au fil des années, les habitudes s'étaient créées d'elles-mêmes. Loin de devenir une routine morose, elles conservaient la saveur et le parfum du rituel.

Toutefois, quand Drago entendit Harry pester contre quelque chose, il ne put que rouvrir les yeux et se retenir de rire en le voyant, dos au pied du lit, écarter avec dépit la dentelle qu'il avait salie quelques secondes plus tôt. Par-dessus son épaule, Harry le foudroya du regard et Drago se pinça les lèvres en se redressant, évitant machinalement de poser ses doigts sur les draps – même si Harry les avait, lui, déjà condamnés.

— Désolé, sourit-il en venant délicatement faire glisser le tissu le long de ses cuisses, veillant à ce que les taches humides n'atteignent pas davantage sa peau.

— Tu ne l'es pas vraiment, le gronda sombrement Harry tandis que Drago se penchait pour faire tomber la lingerie à ses pieds.

— Non, avoua-t-il éhontément en revenant déposer un baiser juste au-dessus de ses fesses.

Pour se venger, Harry tendit une main vers ses cheveux et le décoiffa méchamment avant de prendre la fuite vers la salle de bain, titubant encore un peu sur ses jambes.

— C'est ça, fuis, rit Drago en ne résistant toutefois pas à sa manie de glisser ses doigts – seulement les propres – dans ses mèches emmêlées.

Il se rallongea, recouvrant le calme presque aussitôt. Le silence après le sexe paraissait toujours plus intense, ou peut-être était-ce seulement lui qui y était plus sensible, comme si ses oreilles entendaient pour la première fois. Quelque part dehors, un oiseau gazouillait, un voisin – idiot – était en train de tondre, et des enfants devaient sûrement se baigner encore ailleurs, car il perçut de lointains éclats de voix et de rire, recouverts d'éclaboussures et autres vaguelettes. Devant lui, il entendit le robinet d'eau s'ouvrir, l'écho du jet s'adoucir lorsqu'Harry passa ses mains dessous.

Il n'y avait pas que l'ouïe qui renaissait, il y avait aussi la peau et l'odorat. Drago pouvait sentir la chair de poule hérisser le duvet de ses bras tandis qu'à l'intérieur, les muscles se décontractaient lentement. Il sentait la fraîcheur des draps se diffuser comme un réconfort à l'intérieur de ses membres légèrement endoloris, et puis sa respiration redevenir peu à peu longue et paisible, plus sereine qu'elle ne l'était jamais dans d'autres moments. Sous ses paupières closes, il voyait comme de minuscules points de lumière blanche qui pétillaient dans tous les sens avant de s'éteindre. C'était son feu d'artifices personnel, le plus beau de tous.

Et l'odeur… celle du sexe, bien entendu, qui, paradoxalement, n'était perceptible qu'après le sexe. Drago n'aurait jamais pu la décrire. Il était convaincu qu'elle faisait partie des parfums les plus subjectifs qui soient, comme, dans un autre registre, l'odeur maternelle ou celle de la liberté. Elle était un subtil mélange d'eux, voilà tout.

L'eau se coupa dans la salle de bain et Drago entendit Harry revenir. Ses pas faisaient un bruit caractéristique sur le parquet de la chambre. Sans rouvrir les yeux, il étendit le bras sur l'espace vide du lit, à sa gauche, là où Harry s'était déjà dirigé. Le matelas bougea légèrement, et bientôt Harry fut blotti contre lui, son ventre frôlant ses côtes, l'une de ses jambes s'installant en travers des siennes. Drago tiqua juste pour la forme : il fallait toujours que Harry l'envahisse comme si son corps était un territoire à coloniser.

— Je suis là, lui rappela-t-il avec sarcasme.

Mais Harry n'en eut que faire. Son bras vint se poser autour de son ventre, et Drago le sentit seulement sourire contre sa peau quand son visage se frotta contre lui. Il replia lentement son bras autour de lui, et le bout de ses doigts vinrent deviner la courbe de son épaule.

— Est-ce que tu es en train de me toucher avec tes doigts tout collants de sperme ? le réprimanda aussitôt Harry.

— … Non, mentit – très mal – Drago en écartant son autre bras sur le côté, par-delà le rebord du matelas, comme si ça allait changer quoi que ce soit.

Harry soupira et se tourna à moitié sur le dos pour venir saisir le poignet de Drago dans sa main. Il porta sa paume à ses lèvres, le fit déplier et écarter le pouce, l'index et le majeur, et les suça l'un après l'autre, consciencieusement.

— Tu sais que la salive, ça colle aussi, n'est-ce pas ? se moqua Drago en le regardant faire.

Les dents d'Harry pincèrent la peau fine de sa phalange et Drago grimaça en riant. Harry le libéra et gigota à nouveau contre lui, cherchant à retrouver le confort de sa position initiale. Une fois remis en place, il poussa un profond soupir, et Drago se permit de reposer ses doigts autour de son épaule.

— Maison…, chuchota Harry en battant doucement des cils contre sa clavicule, avant de remonter pour enfouir son visage dans son cou.

Et ce fut au tour de Drago de sourire tandis qu'il l'étreignit contre lui. Pendant de longues secondes, il ne fit rien d'autre que de l'écouter respirer.

Maison. Cette expression enfantine datait de leurs débuts. À ce moment-là déjà, elle ressemblait à une promesse. Au départ, quand la guerre n'était pas encore finie, et qu'ils avaient tous les deux besoin d'un abri où oublier, il fallait promettre que ça irait mieux et que, en attendant, ils seraient ce foyer l'un pour l'autre. Ça avait bien fonctionné et ils avaient beaucoup oublié, surtout ce qui les séparait en temps normal, quand ils n'avaient pas encore songé à s'embrasser pour se faire taire. C'était devenu… insignifiant. Ce qui comptait déjà alors, c'était ce tout petit abri qui, à l'époque, n'était pas plus grand qu'une sorte de… d'impasse couverte les protégeant plus ou moins du déluge.

Ensuite, c'était précisément devenu la maison dans laquelle on revient, le foyer qu'on retrouve après la guerre, fatigué, abîmé et blessé, mais heureux d'être là quand même, heureux d'avoir encore un chez soi au beau milieu des ruines. On redécouvre les murs et les souvenirs qu'ils abritent, leurs parfums typiques, leurs bruits, leurs textures… On se promet de ne plus jamais partir.

Et ils n'étaient plus jamais partis. Beaucoup de choses avaient changé depuis, bien sûr, mais pas cette expression, pas sa vérité. Pas la façon dont Harry se pressait contre son corps après le sexe, presque comme s'il voulait outrepasser la barrière de leurs peaux. Pas ce murmure apaisé près du creux de son cou, dont le souffle souvent le faisait frissonner. Pas la voix bienheureuse et soulagée d'Harry, comme lorsqu'on est profondément reconnaissant de rentrer chez soi. A la maison.

Drago n'avait pas eu beaucoup de maisons, au sens de « foyer ». Il n'avait connu que le manoir Malefoy et Poudlard, avant qu'ils n'emménagent ici, ensemble. Harry lui avait parlé de Poudlard également, mais aussi d'un horrible placard sous un escalier et même de l'étrange habitation Weasley comme d'un foyer. Un jour, il lui avait dit également que le square Grimmaurd aurait pu en être un, si Sirius avait survécu à la guerre. Harry avait expliqué quelque chose d'intéressant sur les foyers, même si, sur le moment, Drago, un peu plus jeune à l'époque, avait seulement levé les yeux au ciel : il avait dit qu'un foyer, ça n'était pas un vrai lieu, mais juste un sentiment.

Drago avait mis du temps à comprendre. Un sentiment de quoi ? De sécurité ? Le manoir Malefoy ne l'avait pas toujours été, et Poudlard – quelle blague – encore moins. D'apaisement et de bonheur inaltérable ? Même problème. De pouvoir être soi en toute liberté, d'être proche des siens, à l'abri du monde extérieur, comme dans une bulle indestructible ? Non plus.

Et puis, auprès d'Harry, il avait appris. Un foyer n'était pas quelque chose de parfait, de beau et infaillible en toutes circonstances. Ils ne l'avaient pas toujours été non plus, ne l'avaient même jamais été et ne l'étaient toujours pas aujourd'hui... Pourtant il n'y avait nulle part hormis là, avec Harry contre lui, où Drago éprouvait aussi pleinement le sentiment de foyer. C'était sa maison. Il y avait peut-être quelques fissures dans les murs, quelques serrures tenaces à déverrouiller et encore quelques poussières à faire…

Mais c'était chez lui.


FIN