Hello !
Voilà le dixième texte : on quitte à nouveau Drago et Harry pour... Lucius et Narcissa ! Je l'ai peut-être déjà dit ailleurs mais, Drago n'est pas mon seul personnage préféré. J'aime aussi beaucoup sa famille, et même si j'ai encore peu écrit à leur sujet, j'avais envie de m'y essayer ici, pour cette nouvelle contrainte. A nouveau, je crains de ne pas suffisamment la respecter car l'aspect érotique peut peut-être paraître secondaire mais... je vous laisse en juger.
Je souhaitais malgré tout partager avec vous mon ressenti : ce texte est peut-être le moins "réfléchi" jusqu'à présent, et je crois que c'est aussi mon préféré (peut-être que c'est lié, qui sait). Je me suis sentie... émue en l'écrivant, et je suis assez satisfaite du résultat, qui m'a surprise moi-même en s'écrivant de lui-même, sans même que je doive y songer. Il offre peut-être plus de contexte et de sentiments que la plupart des autres mais... est-ce que c'est vraiment plus mal ? Je pense que plus les jours avancent, plus je me "lasse" d'écrire du sexe en tant que tel. Cela est, pour moi, très loin d'être négatif, au contraire : j'avais besoin de ce temps pour m'essayer à l'écriture érotique (voire peut-être "pornographique", sous quelques aspects) sans me soucier de grand-chose d'autre, et c'est maintenant seulement que je peux repartir de là pour construire autre chose autour, quelque chose de plus doux en l'occurrence, qui perd en sexe pour gagner en... en quoi ? En histoire, peut-être. Je ne sais pas trop. Quoi qu'il en soit, l'apprentissage et l'impression qu'il me donne sont vraiment positifs pour moi. Ce défi m'aura réservé bien des surprises, et je crois qu'il en aura encore !
Bonne lecture à vous et merci d'être là !
Jour 10
LES ORIGINES
Entre les hauts sapins bordant le parc du manoir Malefoy, le rire cristallin de Narcissa ressemblait presque à un bruissement d'eau.
— Essayez un peu de vous tenir, Monsieur..., articula-t-elle en pouffant tandis qu'elle se retournait, chancelante, vers la porte massive de leur demeure, s'arrachant difficilement aux lèvres de son époux.
Elle présenta sa paume, doigts serrés les uns contre les autres, là où aurait dû se trouver la serrure, et la porte se déverrouilla longuement dans un bruit caractéristique. Elle la poussa, tomba presque contre elle quand les mains de Lucius revinrent maladroitement retrousser les pans lisses de sa robe noire. Elle rit encore, venant frapper les mains qui lâchèrent aussitôt ses hanches alors qu'elle avançait de quelques pas dans le hall baigné d'une lumière presque blanche, qui venait de la cage d'escalier.
— C'est toi qui me demandes de me tenir, 'Cissa ? Allons, sois sérieuse…
L'intéressée se retourna vers son mari encore debout dans l'encadrement de la porte, les volutes de sa robe virevoltant autour de son corps long et fin. Ses doigts délicats les attrapèrent au vol et elle roula d'une épaule comme une adolescente, arborant un sourire pincé, joueur et engageant, dont elle seule avait le secret. Lucius poussa contre le chambranle sur lequel il s'était appuyé pour se redresser et avança vers elle. A reculons, elle se maintint à distance, se repliant vers l'entrée de la cuisine.
Lucius ne se lassait plus de la regarder. Il avait vécu des mois, même des années, dans la terreur de ne plus jamais pouvoir le faire. Pire, il s'était préparé à la dernière fois que ses yeux auraient pu se poser sur elle, certainement morte dans la poussière de leur salle à manger du rez-de-chaussée, réquisitionnée et devenue salle de réunion pendant la guerre, complètement détruite et refaite depuis.
D'un pas de loup, patient et soupesé, il la suivit tandis qu'elle riait en ondoyant dans sa robe, secouant doucement le menu mais délicieux rebondi de ses seins serrés dans son corset. Les longues mèches de ses cheveux blonds, légèrement ondulées en leurs extrémités, caressaient distraitement les creux de ses clavicules, ses épaules presque dénudées par le col échancré, la naissance de son décolleté, la pliure blanche de sa poitrine.
Lucius releva ses yeux vers ceux, toujours aussi vifs malgré les années, de sa femme. Comme à chaque fois qu'il les croisait, il retomba éperdument amoureux d'elle, comme il l'avait fait le premier jour. Ils étaient plus jeunes alors, pensaient que les apparences étaient ce qui comptait le plus et que les rôles qu'ils allaient avoir à jouer impliquaient qu'ils ne rient jamais trop fort ni ne se désirent trop ardemment. Mais Narcissa portait déjà des robes qui la faisaient ressembler à une vague océanique, et son sourire – quand elle souriait – avait les fossettes typiques de ces personnes qui semblent vous dire : « Tu ne me connais pas, tu ne me connaîtras jamais vraiment ». Elle était brillante, dans tous les sens du terme. Elle l'était restée, malgré tout. Malgré la guerre.
Et puis la guerre enfin s'était terminée. Ils avaient enterré leurs morts, et avec eux beaucoup d'autres choses. Leur peur viscérale de mourir à chaque seconde, leur sens prétendu du devoir, et toutes ces couches de peau qu'ils devaient porter pour honorer leur nom, leur lignée, leurs ancêtres ou quoi d'autre encore. Honorer quoi… Quand on n'a même pas le droit d'embrasser son fils ou d'étreindre sa femme ?
Ils avaient abandonné ensemble l'idée d'être puissants, riches et craintivement respectés. Ils s'étaient promis de s'aimer seulement, et de s'en contenter, toujours. De mourir tard, avec, à défaut d'autre chose, l'impression d'avoir vécu.
Et ils vivaient, comme des enfants. Ce nouveau souffle de vie les avait rendus libres. Même à la table de la branche française des Malefoy, rien ne les avait empêché d'être eux-mêmes, complices et désormais insouciants de tout. Mais qu'est-ce que ça avait été long ! Lucius ne comprenait plus comment il avait pu supporter tout cela des années durant – toute son existence, en réalité –, toutes ces discussions vaines, tous ces contentements de soi-même, échangés entre hommes forts et imbus de leur personne. Le rire de sa femme était mille fois plus passionnant que leurs considérations politiques et leurs opinions sur le statut du sang. Et puis, elle était si belle, belle pour de vrai, parce qu'elle avait enfin tous les droits de l'être, parce qu'elle était sans chaînes, parce qu'elle avait des ailes.
Le dos de Narcissa heurta l'élégant plan de travail derrière elle, et Lucius vint la capturer avec bonheur, sa bouche fondant contre la sienne, dans la sienne, embrassant son sourire et puis sa langue. Elle répondit au baiser, plus que cela encore elle l'encouragea, l'enflamma. Son bras frêle s'était enroulé autour de la nuque de Lucius et elle se laissait gracieusement pencher contre le rebord du meuble, offrant enfin ses hanches et son ventre aux paumes masculines.
La main droite de Lucius s'empressa de retrouver l'ouverture dans le long tissu sombre, et glissa ses doigts dans la fente de la robe, retrouvant avec joie un peu le grain de sa peau, frais et frémissant. Quand il frôla une nouvelle fois le doux pli de sa cuisse près de son pubis, il perdit contenance contre ses lèvres et cela arracha un autre sourire cruel et amusé à sa femme.
— Il t'en faut peu pour t'émouvoir, Lucius, siffla-t-elle avec malice avant de déposer un baiser chaste mais lourd de sous-entendus au coin de sa bouche.
— Faux, répondit-il en laissant ses doigts glisser le long de la pliure vers l'étroit espace entre ses jambes. Il me faut toi.
Narcissa ne portait rien sous sa robe. C'est quand elle avait retiré sa lingerie devant lui, à l'entrée du parc, qu'il avait su à quel point il avait besoin de la toucher.
— Enfin chez nous, avait-elle dit comme si ça justifiait qu'elle se déshabille au beau milieu des jardins.
Lucius se fichait qu'elle se justifie. C'est lui qui l'aurait mise nue et allongée contre l'herbe si elle ne s'était pas plutôt amusée à le narguer, ouvrant sa robe pour tantôt lui dévoiler la courbe d'une cuisse, tantôt lui laisser entrapercevoir la courbe d'une fesse.
— Enfin chez nous…, répéta-t-il toutefois, dans un souffle, en revenant délicatement l'embrasser.
Entre ses cuisses, le bout de ses doigts caressa la peau fine et légèrement duveteuse de son sexe. Lentement, il écarta ses lèvres intimes en les pressant sous ses phalanges, et recueillit plaisamment le souffle que cela inspira à Narcissa dans sa bouche, elle-même entrouverte par la délicieuse sensation. L'extrémité de son index effleura à peine le renflement de son clitoris mais cela suffit à faire tressauter le creux de son ventre. Lucius le sentit contre son avant-bras. Qu'importait la marque qui noircissait sa peau, puisque c'était la même peau, celle qui lui permettait de sentir sa femme frissonner. Il sourit en mordillant le velours de sa langue mais Narcissa le surprit en léchant subitement sa joue et parvint à le fuir une nouvelle fois, dans un grand éclat de rire.
— Si tu m'attrapes, Lucius, commença-t-elle, les joues légèrement rosies par le jeu. Si tu m'attrapes…
Ses petits pieds reculaient à l'aveugle contre la porte de l'autre côté de la pièce. Quelque chose se raidit dans le dos du Lucius. Narcissa le perçut, ou peut-être n'en avait-elle pas besoin pour savoir ce qu'il se disait.
— Tu auras le droit de me faire tout…
Glissant les mains dans son dos, elle ouvrit la porte. Lucius reconnut le cliquetis habituel et, même s'il savait que plus rien derrière ces murs ne rappelait encore l'immonde salle à manger, il ne put éviter le tremblement dans son cœur.
— …ce que je veux, plaisanta Narcissa en se laissant tomber dans la clarté intense de la pièce, comme elle l'aurait fait dans de l'eau.
Cela eut au moins le mérite de le faire rire, lui aussi, et il pénétra dans ce qui était devenu un généreux jardin d'intérieur avec un peu moins de vigilance. Son pied droit heurta un objet relativement dur et il baissa les yeux vers le sol, puis se pencha pour ramasser ce qu'il crut reconnaître.
— L'Alchimie : aux origines, une étincelle, lut-il en se souvenant vaguement de son propre exemplaire.
Celui-ci portait les initiales « D. M. ». Comme tout enfant unique qui se respecte, Drago était très possessif avec ses affaires. En revanche, il semblait assez ailleurs pour ne plus accorder la moindre importance à l'état de son matériel scolaire.
— Depuis quand notre fils a-t-il perdu tout sens de l'ordre ? sourit Lucius en tournant le livre légèrement poussiéreux dans sa main.
— Oh, déplora théâtralement Narcissa en reconnaissant l'ouvrage, ne me parle surtout pas de ce bouquin. Drago est convaincu d'avoir raté sa dissertation à son sujet, et il ne parle que de ça depuis qu'il est rentré.
— De ça et d'Harry Potter…
— C'est comme ça chaque année, dit Narcissa en roulant des yeux, parlant de cela comme si la guerre n'y avait rien changé – et elle n'y avait rien changé, à vrai dire. Harry Potter et les examens. À l'entendre, il rate toujours tout, et au final…
— Au final, il s'en sort plutôt bien.
Lucius s'approcha de sa femme et ils partagèrent le même sourire, qui montrait qu'ils parlaient de quelque chose de plus que la « simple » réussite scolaire de leur fils.
— Oui… Oui, il s'en sort bien.
Faisant preuve de la même désinvolture désordonnée de son fils – et sans le savoir pour les mêmes raisons –, Lucius relança doucement le livre un peu plus loin, où il atterrit sur un coin de tapis dans un petit bruit sourd. Il encadra les bras de 'Cissa de ses mains, les frictionnant avec tendresse. Redevenue soudain petite fille timide, elle se hissa sur la pointe des pieds en se penchant sur lui pour venir lui prendre un doux baiser de surface. Puis elle recula encore, occupant pleinement l'espace au centre de la pièce. La lumière se mêla à la couleur de sa peau et elle fut encore plus sublime comme ça, là, au milieu de toutes ces plantes et de toutes ces fleurs.
Le lieu était comme le jardin secret de leur famille, ou peut-être… leur thérapie. Il était devenu leur pièce préférée à tous, c'est vrai, mais ça ne signifiait pas que les blessures étaient entièrement soignées. Elle leur faisait du bien, mais – par ce qu'elle rappelait malgré tout – elle leur faisait aussi encore du mal. Narcissa, plus que Lucius ou Drago, savait à quel point il était capital, pour reconstruire réellement un foyer, un couple, une famille, de reconstruire aussi des souvenirs.
— Viens, Lucius, souffla-t-elle encore, et son souffle l'attira à elle comme un sortilège.
Narcissa leva les bras quand il enserra sa fine taille et entoura à nouveau sa nuque, plaquant contre elle les longs cheveux détachés de son époux.
— Dis-moi ce que tu veux, 'Cissa, murmura-t-il contre ses lèvres.
Sa bouche humide glissa le long de sa joue, contre son oreille où elle répondit sur le même ton :
— Ta langue.
Leurs regards se croisèrent. Narcissa souriait toujours, confiante. Lucius déglutit difficilement. C'était absurde, ils avaient depuis longtemps passé l'âge des premières fois et des appréhensions qui leur étaient propres. Et pourtant… pourtant, il n'avait jamais touché son épouse de cette façon-là. Toutes ces choses, ces petits jeux, ces regards animés, ces doigts s'égarant faisaient partie de leur nouvelle vie ensemble, de tout ce qu'ils avaient décidé de découvrir l'un avec l'autre, enfin. En retard de trente ans, peut-être, mais… avec l'émerveillement intacte des amoureux qui se rencontrent. Des amoureux qui ont le droit, aujourd'hui, plus qu'ils ne l'avaient jamais eu à l'époque moins tolérante de leur jeunesse, d'expérimenter, de s'apprendre et surtout d'en avoir foutrement envie.
A sa façon, 'Cissa l'encouragea. Elle libéra sa nuque, appuyant plutôt sa main sur son épaule.
— A genoux, ordonna-t-elle dans un sourire.
Elle aurait pu demander n'importe quoi, Lucius l'aurait fait. Alors il s'agenouilla, levant vers elle un regard qui attendait la suite tandis que ses paumes caressaient envieusement ses cuisses. Les doigts fins de Narcissa écartèrent la fente de la robe, épinglant le tissu contre sa hanche et offrant à ses sens le spectacle de son intimité. Retenant sa respiration, Lucius la contempla un instant avant de venir l'embrasser avec dévotion, sans même devoir y penser, ses yeux se fermant et son souffle se précipitant entre ses lèvres.
La paume de sa femme pesa légèrement sur le dessus de sa tête et il se plia un peu plus à ses pieds, pour que le bout de sa langue puisse venir goûter et étirer la commissure de ses lèvres intimes. Avec précaution, parce qu'il avait peur de lui faire mal – il avait appris que le bout de chair en relief au-dessus de son vagin était extrêmement sensible, et qu'il fallait le toucher avec soin –, Lucius ramena ses mains entre ses jambes et se servit de ses doigts pour ouvrir doucement le sexe de sa femme. Il laissa sa langue se faufiler un peu plus franchement dans ce long creux accueillant, la remontant jusqu'au clitoris qu'il caressa avec moins d'appui, aimant seulement la façon dont cela faisait vibrer la peau tout autour.
Pudique, Narcissa poussait seulement quelques petits soupirs saccadés, mais il n'entendait plus que cela à ses oreilles. Au diable les mariages, les héritages et même les guerres, que de devoirs encore. Ne restaient plus qu'eux, ne restait plus que l'amour.
FIN
