Milo, Kanon, Isaak et Camus furent vite de retour dans le temple d'Héphaïstos. Tous leurs compagnons d'arme s'étaient assis autour d'une grande table ronde. Ils bavardaient encore et échangeaient à propos des guerres menées et à venir. Seiya, Hyoga, Ikki, Shun et Shaina purent raconter leur bataille contre Arès. Aiolia discutait avec Marine et lui demandait si son intégration au temple culminant se passait bien. Elle avait formé un binôme avec Ikki pour veiller sur l'armure du lion, et leur cohabitation semblait bien se passer. Ikki se montrait respectueux envers elle. Elle le décrivait comme un colocataire très calme et toujours disponible pour un entraînement. À côté, Dohko et Shiryu discutaient à propos de Shunrei. Alors que dans son coin, Mû semblait attristé. Il se demandait où se trouvait son élève. Il avait espéré voir Kiki parmi les chevaliers d'or pour avoir de ses nouvelles. Il n'avait pas l'habitude de laisser ses sentiments sortir. Pourtant, le chagrin le gagnait en ne pouvant pas revoir le sauvageon roux. Après tout, il avait veillé sur lui depuis qu'il était un minuscule bébé.

— Est-ce que Kiki va bien ? osa demander l'ancien Bélier.

Seiya lui adressa une grimace tout en regardant derrière l'épaule de Mû. Il lui fit ensuite un geste du menton. L'homme aux cheveux lavande se retourna pour voir le visage de son élève. Kiki flottait juste derrière lui, à sa hauteur et vêtu de l'armure du Bélier. Il lui adressa un grand sourire idiot et poussa un « bouh ! » en ricanant. Le petit malin s'était téléporté pour ne pas être vu tout de suite. Mû fit un bond, et s'empressa d'attraper son élève sous le bras pour lui écraser son poing sur la tête, ébouriffant ses cheveux du même geste.

— Toi, alors ! grogna Mû en lui faisant un shampouinage.

— Ha, tu me décoiffes ! hoqueta Kiki en se débattant.

— Tu ne peux vraiment pas t'empêcher de faire des enfantillages. Quand vas-tu te conduire comme un chevalier digne de ce nom ?

— Je voulais voir si tu allais remarquer mon absence, ria l'adolescent.

— Et on doit supporter ça tous les jours, fit remarquer Shaina d'un air amusé.

— Oui, comme tu peux le voir ; Kiki va très bien. Tu peux être rassuré, ria Seiya à l'attention de Mû.

D'un coup, tout le monde cessa les bavardages. Héphaïstos venait de rejoindre le groupe en compagnie de la déesse Aphrodite ; qui se trouvait être son épouse. La femme divine se tenait à son bras et lui caressait la main. Elle était aussi belle qu'on pouvait se l'imaginer. Un visage d'une rare perfection, des lèvres pulpeuses et de longs cheveux blonds aux reflets roses. Une robe moulante mettait ses formes de déesse de l'amour en valeur. Aphrodite accorda un regard doux à Athéna, et s'empressa de venir vers elle pour la saluer ; lui témoignant son affection et ses regrets pour les querelles du passé. Athéna le lui pardonna. Car, étant réincarnée, elle ne se souvenait pas des disputes qui avaient causé la guerre de Troie.

La déesse Aphrodite tourna ensuite la tête vers Kanon. Le dragon des mers avait récupéré sa monture, et lui caressait le bout du nez. Elle eut une expression surprise tout en glissant son attention sur Bucéphale, puis sur Kanon et son cosmos ;

— Poséidon est ici aussi ?

— Non, l'âme de Poséidon est toujours scellée, lâcha Kanon.

— Mais... tu as son cheval divin, et son aura. Comment est-ce possible si tu n'es pas lui ? s'étonna de plus belle Aphrodite en s'approchant.

— Son cheval ? répéta Kanon d'un air confus. Bon, je sais que je n'me suis pas beaucoup montré depuis quatre mois... mais de là à me confondre avec Poséidon, c'est fort.

— C'est la monture divine de Poséidon. Un animal immortel avec de grands pouvoirs. Il l'accompagnait lors d'anciennes guerres saintes. Ce cheval ne laisse personne d'autre que lui le monter. Et tu as le cosmos de Poséidon, ou du moins son aura... comment as-tu fait ça ?

— J'ai porté l'esprit de Poséidon dans un collier. Bucéphale a dû tout simplement me prendre pour son maitre.

Suite aux paroles de Kanon, Isaak s'avança vers la déesse. Il sortit une petite boîte de sa poche. Il présenta le collier qui conservait l'âme du dieu des mers.

— La déesse Amphitrite lui avait mis ça, dit Isaak. Elle voulait que Poséidon lui vole son corps. Heureusement, il n'a pas réussi.

— C'est très fâcheux, admit la déesse Aphrodite en récupérant le collier. Son esprit a dû se fracturer quand il a tenté de s'emparer de votre ami. Un morceau de son cosmos a dû rester dans son corps. Cela signifie que les pouvoirs de Poséidon sommeillent en lui.

— Et... c'est un problème ? s'inquiéta Saga en jetant un regard à son jumeau.

— Si une trop grande quantité de ce fragment de cosmos fusionne avec le sien, répondit la déesse. Celui-ci pourrait se retrouver avec les pouvoirs de Poséidon et ses desseins. Il deviendrait une menace directe pour la Terre. La mer ne peut cohabiter avec la Terre. Ces deux mondes se livrent une lutte sans merci depuis la nuit des temps. Sa place ne serait plus ici, parmi vous. Mais là-bas...

— Impossible, mon frère n'est pas Poséidon, assura Saga. Il ne ferait jamais rien de tel, et nous resterons unis quoiqu'il arrive. Il nous suffira d'éloigner ce collier de lui.

— J'espère que vous avez raison... murmura Aphrodite.

— Bien sûr que j'ai raison, s'agaça Saga. Mon frère a prouvé sa loyauté envers Athéna. Il a prouvé qu'on pouvait lui faire confiance et qu'il se battrait toujours au nom de la justice. J'ai été un frère abominable dans le passé, mais aujourd'hui, je le défendrais au péril de ma vie. Je ne peux accepter d'entendre de tels mots. Il est ma famille.

Kanon semblait touché par les mots de Saga. C'était la première fois que son frère le défendait ainsi et lui témoignait aussi ouvertement son soutien.

— Je n'en doute pas, dit Aphrodite. Mais tu ne peux nier que ton jumeau appartient à la mer, à présent. Rien ne pourra changer ça, pas même sa loyauté envers Athéna.

Athéna, qui écoutait, préféra intervenir. Elle posa sa main sur celle d'Aphrodite afin de calmer les tensions ;

— Je vais m'occuper de Poséidon. Je vais sceller à nouveau son âme dans une urne. Et on la placera dans un endroit où plus personne ne pourra troubler son repos.

— Bien, faisons ça tout de suite, approuva Aphrodite. Mettons cette urne en lieu sûr. Nous reviendrons aussitôt après pour discuter de la suite.

Tout le monde acquiesça, et observa les deux déesses s'éloigner avec le bijou. Kanon se tourna alors vers son frère pour lui témoigner sa gratitude :

— Saga, merci.

— C'est normal... répondit Saga d'un air triste. J'ai cru que je t'avais perdu pour la seconde fois... je ne veux pas reproduire les erreurs du passé. Ni celles de Shion.

— Parce qu'il pensait que j'étais le jumeau maudit...

— Oui. Et j'ai été assez stupide pour le croire. Et je lui en veux... je lui en veux tellement. Ce que tu as enduré toutes ces années, c'était pas juste. Il n'avait pas à t'enfermer dès ton plus jeune âge et nous éloigner l'un de l'autre. Je ne laisserais jamais plus personne dire du mal de toi.

Les larmes coulaient sur les joues de Saga. Il avait toujours été trop émotif, surtout lorsque le sujet de leur malédiction était abordé. De plus, en vouloir à Shion était d'autant plus difficile, qu'il l'aimait comme un fils pouvait aimer son père. Car, l'ancien pope les avait choyés malgré toutes ses erreurs commises et pensait bien faire. Saga tenta d'essuyer l'eau sur ses joues par pudeur. Kanon lâcha un long soupir devant les regrets de son frère. Il serra les dents et prit Saga dans ses bras. Il prenait une expression agacée, comme si ce câlin lui avait demandé la lune. Mais au fond, il était heureux de pouvoir partager un tel moment avec son jumeau. Derrière, Aiolos les observait avec un éclat plein d'émotions dans les yeux.

...

Le temps que les deux déesses reviennent, tous les chevaliers restaient à table pour discuter. Héphaïstos ramena à boire et des gobelets pour qu'ils puissent se rafraîchir. Des boissons à base de fruits tropicaux fermentés et aromatisés avec des épices furent servies. Elles étaient très appréciées sur Mü. Des coupelles pleines de mangues, de raisins, de bananes et papayes furent aussi mises à leur disposition. Milo récupéra un verre et en profita pour ressortir ses partitions de musique. Il continuait de composer sa chanson pour Aiolia. L'ancien Lion assis près de lui jeta un regard sur la feuille, et souriait.

— Tu es encore sur cette chanson ? demanda Aiolia.

— Je voulais t'en faire la surprise, admit Milo tendrement. Mais visiblement, je suis très nul pour cacher des secrets. C'est une chanson que j'écris pour toi.

— Vraiment ? J'ai hâte de l'écouter.

— Quand toutes ces histoires avec ma mère seront derrière nous, j'aimerais faire des projets avec toi, dit Milo. Enfin, avec notre chat et Lithos, bien sûr. On pourrait devenir une vraie famille.

— Oui, nous pourrions quitter le temple et nous trouver un petit chez nous, approuva Aiolia. Depuis le temps qu'on en rêve. On aura notre maison à nous, et on pourra envisager un peu plus. Tu sais, voir mon frère aussi heureux, ça me donne du courage pour nous deux.

Étant assis l'un à côté de l'autre, Milo glissa sa main sur celle d'Aiolia qu'il tenait sous la table. Il lui caressa les doigts quelques instants en lui adressant un sourire. Puis, il retrouva sa place initiale en se repositionnant sur sa chaise. Les deux déesses revenaient déjà. Elles avaient placé le bijou dans une urne scellée, puis l'ont caché dans le temple d'Héphaïstos en attendant de pouvoir la ramener sur Terre.

— Bien, dit Saori en prenant place. Nous devons mettre au point un plan pour empêcher Amphitrite d'attaquer la Terre. Avez-vous des suggestions ?

— Déjà, on a aucune chance contre sa foutue armée, assura Kanon. Même avec nous tous réunis, on se fera massacrer. Ils sont bien trop nombreux et elle est peut-être capable de les faire revenir à la vie en boucle.

— Je le confirme, approuva Isaak. La déesse Amphitrite peut faire revenir les morts à la vie autant qu'elle le souhaite grâce à Davy Jones.

— Davy Jones ? interrogea Saori.

— Davy Jones est son sceptre, expliqua Isaak. Il lui confère ce pouvoir : tout ce qui termine dans les mers appartient à Davy Jones. Celui qui possède ce sceptre contrôle tous les damnés ramenés à la vie. Et la voix magique d'Amphitrite lui permet de contrôler encore plus facilement cette armée.

— Donc, si nous récupérons Davy Jones, nous pourrions empêcher cette armée d'attaquer ? en conclut Saga.

— C'est l'idée, admit Isaak. Mais je ne suis même pas sûr que ça puisse marcher. Dans tous les cas, il faudra attaquer le château d'or de Poséidon si nous voulons le récupérer. Elle le cache là-bas.

— Il faut aussi que je récupère ma nouvelle armure, déclara Milo. La scale du scorpion des mers ne sera pas de trop pour nous aider. La dernière fois où je l'ai vue, elle se trouvait dans le Colisée.

— Il faut aussi décider de qui viendra, dit Saga d'une voix plus grave. Nos sérums pour respirer sous les mers sont limités. Nous ne pouvons pas emmener tout le monde.

— Nous avons peut-être une solution à ce problème, dit la déesse Aphrodite. Athéna et moi allons prier ensemble pour que vous puissiez partir sous les mers. Cette prouesse devrait être possible si on s'y met toutes les deux. Mais votre temps sera limité. Vous ne pourrez vous rendre au royaume des mers et y respirer que le temps de nos prières.

— Dans ce cas, ça sera largement suffisant, dit Saga. Ça nous laissera suffisamment de temps pour ramener le sceptre d'Amphitrite, ainsi que la scale de Milo.

— Isaak et moi, on connait bien le château, annonça Kanon. Il y a beaucoup de marinas qui montent la garde. On vous guidera pendant qu'on mènera l'assaut là-bas.

Tout le monde s'était déjà levé pour suivre Kanon et Isaak. Camus eut l'air inquiet en voyant Hyoga suivre le groupe et s'empressa de prendre Milo à part ;

— Qu'est-ce qu'on fait pour Hyoga ? Si on l'empêche de venir sans explication, il ne va pas comprendre.

— Il faudrait une excuse pour l'obliger à rester ici, fit Milo. Par exemple, on pourrait lui demander de garder l'entrée du portail et de ne pas bouger.

— Tu penses bien qu'il ne va pas rester en place, je le connais. Il a bravé mes interdits pour aller retrouver sa mère sous la banquise.

— On pourrait essayer de le tenir éloigné de Natassia, je sais où elle est. Elle réside dans le château et je dois me rendre au Colisée. Je pourrais le prendre avec moi. Mais, ça serait compliqué de les garder éloignés l'un de l'autre malgré tout.

— Ou alors, je l'enferme dans un cercueil de glace le temps de l'expédition, proposa très sérieusement Camus.

— Tu résous toujours tes problèmes en les congelant ? ironisa Milo, horrifié par ses mots.

— Tu n'imagines pas le nombre de fois où j'ai songé à nous enfermer dans un cercueil de glace, répondit Camus. Vu que je n'ai aucune autre solution pour te garder auprès de moi, pour le restant de mes jours.

— Charmant, souffla Milo. Et tu t'étonnes de me voir fuir ?

— Tu as toujours été lâche. Ta fuite ne me surprend pas. Tu ne sais pas mettre tes sentiments de côté et c'est ce qui te perd à chaque fois... Comme toujours, c'est moi qui paye pour tes erreurs, et qui dois les porter pour nous.

— Et toi, t'es pas le pingouin qui glisse le plus vite sur la banquise. Tu sais très bien qu'Aiolia serait venu faire fondre mon côté, et t'aurait laissé dans ton iceberg.

Au moment où Camus voulait attraper Milo pour lui cracher sa façon de penser, une présence invisible le stoppa ;

— C'est comme ça que vous comptez aider Hyoga ? s'écria soudainement Kiki.

Le jeune rouquin venait de se téléporter devant eux. Visiblement, il avait assisté à toute leur discussion et riait en atterrissant sur le sol. Camus et Milo furent tellement surpris qu'ils en tombèrent presque sur les fesses.

— Mais, ça ne va pas d'apparaître comme ça ? lâcha Milo en se tenant le cœur.

— Je pourrais essayer de me téléporter pour vous aider à tenir Hyoga et sa mère éloignés l'un de l'autre, proposa Kiki.

— Tu nous écoutais déjà depuis l'échange en privé avec Kanon ? en conclut Camus.

Kiki se contenta de se frotter le nez en souriant. Il les avait effectivement espionnés pour comprendre ce qu'il se passait.

— Je suppose que ton aide nous serait précieuse, dit Milo. Normalement, Natassia se trouve au château, essaye de la repérer là-bas. Camus et moi, nous irons au Colisée avec Hyoga, et on tentera de le tenir à l'écart du château.

— Il faut qu'on trouve un code, dit Camus. Une phrase, ou quelque chose pour qu'on puisse se comprendre si Natassia approche. Quelque chose qui ne permettrait pas à Hyoga de comprendre.

— Ha je sais, je sais ! fit Kiki. Si l'un de nous la repère, il dira aux autres que Mû a le mal de mer, et qu'il a besoin que quelqu'un lui tienne les cheveux pour vomir.

— Ouais, pourquoi pas, opina Milo. Ça donnera une excuse pour que l'un de nous parte la distraire pendant que l'autre éloigne Hyoga.

Les trois mis d'accord, ils partirent retrouver le groupe. Ils attendaient devant le portail qui menait au monde des mers. Kanon se trouvait devant eux, sur son cheval noir. Le dragon des mers allait les guider. Une fois tout le monde présent, Athéna et la déesse Aphrodite se donnèrent la main. Elles fermaient les yeux et commencèrent à prier ensemble. Un cosmos doré s'échappa des deux femmes merveilleuses et engloba tous leurs chevaliers. Leurs prières allaient leur permettre d'aller sous l'eau et respirer. Une fois le miracle produit, tout le monde put passer le portail et découvrir le monde sous-marin et ses coraux derrière.