Un meilleur monde – partie 8

OOC : Bonjour à tous. Je vous présente la huitième partie de cette histoire alternative. J'espère que vous apprécierez. Bonne lecture !

« Tu ne reverras jamais la lumière du jour. Toi qui devais tellement apprécier le printemps du Wutaï... »

Ophelia avait arrêté de respirer.

Tout était arrivé si vite... c'était comme si elle ne faisait pas partie du décor. Qu'elle était simplement spectatrice de tout ce qu'elle voyait.

La créature qui l'avait attaquée, celle de la taille d'un loup, avait explosé dès l'instant où elle et la boule d'énergie étaient entrées en contact. Mais sous ses yeux abasourdis, le nuage noir ne disparut pas. Non. Il se déplaça avant de se reformer quelques mètres plus loin.

L'instant d'après, celui qui avait envoyé la boule d'énergie apparut dans son champ de vision, se plaçant entre la créature et Ophelia, avant de foncer droit sur la créature qui s'était rematérialisée.

Ophelia ne saurait dire ce qui la déconcertait le plus... Qu'elle ait été attaquée par une créature pouvant se transformer en nuage. Une créature aussi dangereuse qui vivait aussi près de son village du Wutaï...

Ou le fait que celui qui s'était interposé se déplace aussi vite. Ses mouvements étaient si rapides qu'elle ne fut en mesure de discerner ses traits. Il n'y eut qu'un flash lumineux qui traversa les ténèbres de la créature, ne lui laissant aucunement le temps de se défendre ou, au moins, de s'échapper.

Ce fut cette puissance qui la tétanisa... Ophelia ne put que regarder, bouche bée. Elle entendit les cris de douleur de la créature, suivi d'un rire tonitruant masculin.

Ce rire... cela aurait pu être le rire du diable...

Pendant de brèves, très brèves secondes, l'homme s'arrêta. Il lui faisait dos, mais Ophelia remarqua seulement qu'il tenait deux gunblades qu'il utilisa pour tirer. Finalement, il rangea l'une d'elles dans son fourreau, avant de se téléporter derrière la créature.

Enfin, il la re-dégaina, et la créature fut foudroyée par un éclair lumineux. Ce coup-ci lui fut fatal. Après un ultime cri d'agonie, le nuage noir se dissipa de manière définitive, laissant place au bleu du ciel et au vert des arbres.

A son tour, la lumière s'éteignit progressivement... Et Ophelia put enfin voir le visage de l'homme qui s'était interposé entre elle et le danger.

L'homme était très grand. Au moins un mètre quatre-vingt-dix. Ce qui fut le plus surprenant fut la couleur blanche de ses longs cheveux qui lui atteignaient le bas du dos. Cette crinière d'un blanc pur lui faisait presque penser à un lion. Il portait également un long manteau blanc et noir, mais en observant attentivement, Ophelia remarqua de petites taches rouges l'ayant éclaboussé.

Du sang... ? Il s'était blessé ?

Quand elle abaissa le regard vers ses bottes, elle remarqua le bleu translucide qui lui rappela cette couleur.

La couleur du Mako.

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent de stupeur et d'horreur... Et immédiatement, Ophelia manqua de s'effondrer.

L'homme ne s'adressa même pas à elle. Il ne lui demanda pas si elle allait bien.

Non. Il n'y eut rien de tout cela. L'homme s'était seulement retourné, avant de se téléporter devant elle.

L'une des gunblades se retrouva sous la gorge de la jeune femme.

Même si Ophelia était à genoux, l'homme s'en moquait. Un sourire mauvais s'afficha sur les lèvres de son « sauveur ».

« Qui est-ce que je dois tuer, maintenant ? Toi, peut-être ? »

Non... il ne l'avait pas sauvée !

Pendant un instant, Ophelia se demanda si elle n'aurait presque pas préféré être dévorée par la créature à la place.

Sa voix était rauque, profonde...

Paralysée par la peur, Ophelia releva péniblement la tête vers lui, le métal froid et souillé de la lame s'appuyant sur sa gorge, prête à la lui trancher à la moindre incartade.

Lorsque ses yeux rencontrèrent les siens, elle fut frappée par ce bleu qu'elle avait rencontré la veille. Ce même bleu de la SHINRA, cette même couleur...

Ces cheveux blancs...

Une odeur familière lui frappa aux narines. L'odeur de la sueur, du Mako, du sang... Cette odeur l'avait violemment marquée. Et pas seulement en tant que produit de la SHINRA...

« Cela se passera mieux si tu es saoule. »

Non...

« ... Il est temps. »

Ce visage... ces yeux...

Tu vas te faire casser en deux.

Immédiatement, la sueur perla le front d'Ophelia. Ses doigts s'engourdirent en même temps que son cœur se mit à tambouriner.

Le seul éclat de ces yeux « purs » fut suffisant pour faire remonter les souvenirs à la surface. Des souvenirs qu'elle avait souhaité refouler, qu'elle avait voulu oublier et croire qu'ils étaient arrivés à quelqu'un d'autre...

Non... avait-elle envie de crier. Non ! Non ! Non ! Cela ne pouvait pas être...

« Comptes-tu te dresser sur ma route ? » la railla l'homme, comme s'il paraissait jouir de sa peur.

Le métal de la gunblade s'appuya légèrement contre sa gorge. Ophelia ne bougeait pas, restant parfaitement immobile.

Ces souvenirs là-bas... enfermée dans une cellule... dans les laboratoires de la SHINRA...

Le souvenir du bain, de la « chambre de l'amour »...

Le champagne... et l'homme qui entrait en elle. Un parmi tant d'autres. Mais même si elle avait été plusieurs fois soumise à ce programme d'imprégnation, même si elle avait été forcée à interagir avec d'autres sujets mâles, elle se souvenait de lui.

De cet homme.

Et plus que tout... il partageait les yeux de l'enfant qu'elle recherchait actuellement.

« Hé bien, alors ? As-tu perdu ta langue ? Le toutou te l'a dévorée ? »

Ophelia ne répondit pas. On aurait dit une statue. Le sourire de l'homme s'effaça quand bien même la lueur condescendante ne quitta pas ses yeux. Il semblait véritablement s'amuser de cette situation.

Mais au bout d'un temps qui lui parut interminable, l'homme finit par retirer sa gunblade de dessous sa gorge, avant de la ranger dans son fourreau. Il releva la tête vers les arbres, songeur.

Immédiatement, les pensées fusèrent dans l'esprit d'Ophelia.

Non... Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'elle le rencontrait ici ? Pourquoi est-ce qu'elle le revoyait ?

Pourquoi... Pourtant, elle avait quitté la SHINRA. La SHINRA était tombée trois ans plus tôt ! Elle n'existait plus. Elle s'en était libérée, elle avait trouvé un travail, un appartement...

Etait-il ici pour la ramener à la SHINRA ? Etait-il ici pour la tuer... ou pour lui faire pire encore ?

Les larmes perlaient ses yeux, mais Ophelia les réprima. Non... elle était terrifiée, mais elle ne voulait pas... elle ne voulait pas...

Tout cela parce qu'elle avait voulu poursuivre un enfant... Peut-être avait-elle poursuivi un esprit.

Et voilà qu'elle le rencontrait...

Qu'avait-elle fait ?

« Je suis désolé. Je n'ai pas l'habitude d'interagir avec les humains. Mais j'ai été tellement habitué à Deepground que dès que je pose un pied dehors, je me dois de sortir mes armes. Enfin. Le randonneur n'a pas eu autant de chance que vous. »

Deepground...

Probablement disait-il la vérité. Pourtant, son ton sonnait faux. Il n'était pas désolé. Ophelia était seulement une gêne qui se dressait sur sa route.

Un randonneur... Ses mots firent tressaillir Ophelia.

- Le sol doit être très confortable, pour que vous restiez assise comme ça aussi longtemps, se moqua-t-il, les bras croisés sur sa poitrine.

Est-ce qu'il la reconnaissait ? Se souvenait-il de...

Cela ne paraissait pas être le cas. Autrement, il aurait montré davantage de réaction. Ou peut-être s'en moquait-il. Et de toute manière, même s'il la reconnaissait, ce n'était qu'un produit de la SHINRA. Cela ne l'empêcherait pas de faire ce qu'il avait à faire !

Elle voulait se relever... mais ses jambes étaient incapables de bouger. L'homme la toisa avec lassitude, avant de finir par s'abaisser à sa hauteur.

Dès l'instant où il la saisit brusquement par les épaules, le cri de terreur se noya dans la gorge d'Ophelia.

« N'oubliez pas : je veux qu'elle soit désirable et qu'elle éveille les instincts de l'autre sujet. »

Cette fois, c'était sûr ! Il allait la tuer ! Il la ramènerait à la SHINRA ! Il allait la...

L'homme la força à se remettre debout. Ophelia manqua de tomber à nouveau et elle ne sut par quel miracle ses jambes tenaient encore. L'homme l'épousseta légèrement avant de reculer, l'ombre d'un sourire au coin de ses lèvres.

Il ne fit pas plus. Il ne chercha pas à la prendre par le poignet, à l'entraîner avec lui...

- Je vous fais peur ? susurra-t-il, le ton mielleux.

Ophelia frissonna à nouveau. Sa réaction signifiait tout et sembla lui plaire.

- Tant mieux si c'est le cas. Vous êtes chanceuse, aujourd'hui. En temps normal, j'aurais profité d'un temps de répit pour chasser ici... et vous auriez sûrement été une proie acceptable, ajouta-t-il en la détaillant de haut en bas.

Une... proie ?

- Mais bon. Je suis un peu occupé. Pour la faire courte, je suis à la recherche de quelqu'un, expliqua-t-il. Je suis un Empereur clément. Je pense vous épargner car vous pouvez peut-être répondre à mes questions.

Un Empereur... qu'est-ce que cela signifiait ? Le seul Empereur qui existait ici était Maître Godo.

L'épargner... et si elle ne pouvait pas répondre à ses questions... ?

- Je suis à la recherche d'un enfant de huit ans. Pardon... de cinq ans. C'est mon portrait craché. Cheveux blancs, yeux bleus... on m'a dit qu'il était par ici ?

La bouche d'Ophelia se dessécha alors qu'un sentiment glacial lui traversa l'échine.

C'était une blague... non... cela ne pouvait être qu'une blague...

- C'est mon fils et je suis un père inquiet, avoua l'homme, sarcastique.

« Pardon... »

Ophelia crut qu'elle allait s'évanouir. Oui... oui, elle aurait dû le savoir ! Elle aurait dû s'en douter !

Après tout, cela avait du sens. Un enfant avec cette apparence... cela ne pouvait être qu'avec cet homme. Les autres qu'elle avait porté... elle les avait tous perdus. Soit en raison d'une fausse couche, soit parce qu'ils étaient mort-nés...

Le seul enfant qui avait survécu... elle avait entendu son premier cri... elle n'avait même pas pu le prendre dans ses bras...

Et elle l'avait rencontré... alors qu'ils étaient ensemble ? Cet enfant avait été avec cet homme et ils s'étaient perdus de vue ?

- Eh bien, j'attends, s'impatienta l'homme.

L'esprit d'Ophelia s'embruma. Que devait-elle répondre ? Oui. Elle pouvait bien lui dire qu'elle l'avait croisé, qu'elle l'avait trouvé évanoui dans la rue, qu'elle l'avait recueillie et pris soin de lui mais qu'il s'était échappé par la suite...

En temps normal, elle aurait tout fait pour aider un parent à retrouver son enfant. Mais cet homme... Non. Il était un produit de la SHINRA et il était hors de question qu'elle lui fasse confiance. Il avait massacré cette créature en quelques secondes. Il était parfaitement capable de s'en prendre à un enfant.

Parce que si l'enfant et lui s'étaient séparés... c'était sûrement pour lui échapper, non ? Parce qu'il avait voulu s'enfuir, empêcher son père de le retrouver... pourquoi ? Parce que son père prévoyait quelque chose de sinistre pour lui ? En temps qu'expériences de la SHINRA ?

Elle ne sut par quel courage elle parvint à secouer la tête pour indiquer qu'elle ignorait de quoi il parlait. Pourtant, elle tremblait comme une feuille.

Pas question qu'il le retrouve. Pas question qu'il l'emmène avec lui en sachant ce que la SHINRA était capable de faire.

Certainement pas son...

- Dommage, soupira-t-il.

Il ne ressortit pas son arme pour autant, ce qui décontenança la jeune femme. L'homme semblait... déçu. Ce fut bref, mais elle put percevoir une trace d'inquiétude dans ses yeux bleus.

Elle entendait encore ses mots.

« Cela se passera mieux si tu es saoule. »

- Vous venez du village, hein ? la questionna l'homme. J'imagine que vous n'avez trouvé personne qui correspondait à sa description, n'est-ce pas ?

Encore une fois, elle répondit par la négative.

C'était presqu'inespéré... mais elle sentait que les choses seraient bien pires si elle le conduisait au village après ce qu'il avait infligé à cette bête. Il pourrait s'en prendre aux villageois, à ses parents...

Non. Pas question. Encore une fois, sa réponse le décevait.

- Je suis inquiet, vous savez, dit-il avec un ton qui laissait présager le contraire. Malheureusement, on dirait bien que je me suis trompé d'endroit et qu'il ne s'agissait pas de la bonne piste. Mais cela ne fait rien. Je sais déjà quelle sera ma prochaine destination.

Il semblait confiant... extrêmement confiant.

- Dites-moi. Sauriez-vous comment je peux me rendre à Edge ? Ensuite, je vous laisserai tranquille.

Edge ?

Peu importe. L'enfant n'avait pas pu aller aussi loin en si peu de temps... Et s'il se tenait à l'écart du village...

- ... Il faut se rendre au port et... prendre le bateau pour ça, articula-t-elle avec difficultés.

- Hm. On dirait que vous savez parler.

Mais sa réponse parut lui faire plaisir.

- Le bateau... oui, cela a du sens, fit-il. Quelle direction dois-je prendre pour me rendre au port ?

Mais alors qu'Ophelia était sur le point de lui donner l'itinéraire le plus rapidement possible pour qu'il la laisse tranquille, l'homme leva la main pour l'interrompre.

- J'ai une meilleure idée. Et je pense que cela peut marcher. Pourquoi est-ce que vous ne me conduiriez pas vous-même à Edge ?

La couleur quitta le visage d'Ophelia.

Quoi ?

- Je suis recherché, avoua l'homme. Et vous connaissez le monde des humains bien mieux que moi. Alors, un guide ne serait pas de refus. Et vu votre apparence, ajouta-t-il en la détaillant à nouveau, ce sera plus facile pour moi de me fondre dans la masse. Quelqu'un avec une femme au bras passera davantage inaperçu.

Non... non...

- Oui, oui. Faisons ça. Ne vous inquiétez pas. Aussitôt que je serais à Edge, je vous laisserai repartir. Et en échange, vous ne craindriez rien des Chiens de l'Enfer. C'est la créature qui vous a attaquée.

Ophelia garda le silence.

- Alors ? Marché conclu ?

Hors de question... ce serait du suicide ! Dans quoi s'embarquerait-elle ? Mais même si son ton sonnait poli et affable, elle sentait qu'il n'accepterait pas un « non » de sa part. Ses pensées fusèrent, désespérément à la recherche d'une réponse à lui fournir.

Mais avant qu'elle ne soit en mesure de le faire, une voix les interpella derrière eux.

- Aika !

Le cœur de la jeune femme rata un battement.

La voix de son père... Au loin, elle put apercevoir ses parents courir dans leur direction.

Oh, par Leviathan...

Ophelia voulut leur crier de reculer, de rester loin, mais les deux étaient déjà proches. Sa mère poussa un cri de surprise à la vue de l'inconnu aux cheveux blancs tandis que son père se redressa de toute sa hauteur, s'avançant à grands pas dans leur direction au cas où sa fille aurait besoin de secours.

- Eloignez-vous de ma fille, vous !

L'homme ne changea pas d'expression. Il se contenta de hausser les épaules.

- On ne faisait que discuter. Je lui demandais simplement de me servir de guide pour me conduire jusqu'à Edge, répondit-il, le ton léger.

- J'ai dit : éloignez-vous de ma fille ! gronda Wataru sans cesser d'avancer. Aika, reviens ici !

Ophelia hocha la tête et se hâta de rejoindre sa mère. Toutefois, l'homme ne chercha pas à la poursuivre.

- Hé bé. Les humains ne sont pas plus accueillants qu'à Deepground, nota-t-il. J'avais fait une promesse mais à croire qu'ils méritent bien d'être massacrés.

- Je vous conseille de déguerpir d'ici ! Les monstruosités de la SHINRA telles que vous ne sont pas les bienvenues au Wutaï ! lui rétorqua Wataru avec haine.

Ophelia ferma les yeux.

La haine de son père envers la SHINRA... Non. Il fallait juste qu'ils quittent les lieux le plus vite possible. Qu'ils avertissent les autres ! Godo... Godo saurait peut-être les défendre contre un SOLDAT du Deepground...

Non... Le Wutaï avait été mis à genoux par le légendaire Sephiroth. Mais qu'importait ! Ils devaient partir d'ici !

L'homme ne réagit pas. Il se contenta de commenter, d'une voix sans émotion.

- Dites-moi quelque chose que je ne sais pas déjà.

- Ces cheveux blancs, ces yeux bleus... vous n'avez pas assez fait souffrir la Planète comme ça ? Il faut que vous en rajoutiez ? Ne remettez plus les pieds ici et je vous interdis de vous approcher de ma fille ! Autrement, l'Empereur en sera averti, croyez-moi !

L'homme esquissa un sourire narquois, trahissant un intérêt non dissimulé face à la répartie de Wataru.

- Cela tombe bien, je suis Empereur aussi. Un Empereur contre un autre... ce serait un combat plutôt amusant, approuva-t-il.

- Papa ! le supplia Ophelia. Laissons tomber et allons-nous-en !

- Toi, tu restes où tu es et tu me laisses parler ! cracha son père. Ne vois-tu donc pas les ennuis que tu nous apportes ? En voulant chasser un esprit qui a pris l'apparence d'un enfant aux cheveux blancs, tu finis par tomber sur l'une de ces sales machines qui non seulement, t'a souillée mais qui, en plus, a réduit notre nation à genoux !

Un lourd silence tomba suite aux mots de Wataru.

Ophelia pria Leviathan pour que l'homme n'ait pas fait le rapprochement, mais malheureusement, ce dernier avait tout entendu.

Immédiatement, son sourire disparut de son visage, laissant place à une expression indéchiffrable. Pourtant, son ton fut aussi tranchant qu'un couteau dès lors qu'il s'attarda sur Ophelia pour la dévisager :

- ... Un « enfant aux cheveux blancs » ? répéta-t-il d'une voix sourde.

C'était un cauchemar... c'était un mauvais cauchemar ! Elle allait se réveiller...

- Je vous ai dit de déguerpir ! gronda Wataru. Foutez-le-camp et cessez de souiller notre patrie par votre présence ! Vous n'êtes qu'une abomination !

Mais ses mots eurent le même effet que celui de tomber dans l'oreille d'un sourd.

Par la suite, tout se précipita. Tout s'enchaîna très vite... Et Ophelia ne saurait décrire de manière détaillée ce qui se produisit par la suite.

Elle se rappela seulement que l'homme qui se considérait comme étant un Empereur s'était téléporté derrière Ophelia pour l'attraper par la gorge, l'attirant vers lui tandis qu'il dégainait une gunblade de son fourreau.

Elle avait entendu sa mère crier.

- Où est-il ? gronda l'homme, la fureur brûlante dans ses yeux froids.

Il était prêt à lui briser la nuque ! Ophelia eut du mal à articuler, encore moins quand il resserra son emprise puissante autour de son cou frêle.

- Où est-il ? siffla l'homme à nouveau.

- Aika ! hurla sa mère. Non ! Je vous en supplie !

- ... Je ne sais pas ! Je l'ai recueilli... quand... je l'ai trouvé par terre, inconscient... et il a disparu ! parvint-elle à articuler. J'ignore où il est parti mais je l'ai...

L'homme ne se calmait pas. Il ne la lâchait pas. Ophelia se mit à tousser.

- Je... l'ai cherché partout... il est introuvable...

- Eloignez-vous de ma fille ! cria Wataru. Haruka, ma lame! Donne-moi mon katana !

L'homme desserra lentement son emprise. Mais sa rage ne disparut pas. Alors que Wataru empoigna son katana, l'homme abandonna son cou avant de l'agripper par la taille, faisant tourner Ophelia autour d'elle-même de façon à ce qu'elle se retrouve contre sa poitrine. Dans sa main libre, sa gunblade qu'il pointa sur Wataru.

- Ne vous mêlez pas de ça ! Elle va me conduire à mon fils. Et vous serez chanceux si elle vous revient en un seul morceau ! gronda l'homme.

- Non !

- Lâchez ma fille et affrontez-moi comme un homme ! Espèce de monstre ! rugit Wataru en tenant fermement son katana.

Ophelia devina un sourire amer sur le visage de son bourreau.

- Vous étiez dans l'armée ? Dans ce cas, allez-y. Attaquez si vous tenez à votre fille. Attaquez de toutes vos forces.

Non !

En dépit de son âge avancé, Wataru s'élança sur l'homme, son katana en avant, le désir de protéger sa famille devenant sa force.

C'était fini ! Elle le savait ! Elle perdrait son père !

Il parvint à bloquer le premier coup du SOLDAT, mais l'instant d'après, il valsa dans les airs et heurta le tronc d'un arbre. Le katana se planta dans la terre et Wataru se tint le bras, qui était plié en angle droit. Immédiatement, Haruka se précipita vers lui, apeurée.

- Chéri !

- Estimez-vous heureux que je ne vous l'ai pas sectionné, cracha l'homme avant de relâcher Ophelia, seulement pour l'agripper par le poignet de façon à ce qu'elle ne s'échappe pas. Je suis Weiss l'Immaculé, Empereur de Deepground. Retenez bien ce titre.

Non !

Non... c'était la vision d'horreur à laquelle elle s'attendait... qu'il l'emmène loin de sa famille... qu'il la re-conduise à la SHINRA pour qu'elle serve à nouveau de sujet d'expérience...

Mais avant qu'ils ne se séparent, Weiss se tourna vers la famille d'Ophelia. Il s'adressa à Wataru, une voix aussi dure que la pierre :

- ... Pour ce que cela vaut, je comprends ce que vous ressentez. Même si j'imagine que vous ne me croirez pas.

- Aika ! l'appela désespérément Haruka. AIKA ! Non ! AIKA !

Le visage de sa mère ruisselant de larmes fut la dernière image que vit Ophelia.

L'instant d'après, Weiss l'avait déjà emportée.


« Grand frère... Grand frère ! Au secours ! »

Encore le même simulateur... Cette fois-ci, ils étaient en plein milieu d'une plaine d'herbes sèches.

Autour d'eux, les cadavres des recrues qui les encerclaient. Des enfants de son âge... Ils n'avaient pas été assez forts et ils avaient tous été emportés soit par la puissance combinée des deux frères, soit par le Behemoth qui se cachait quelque part à l'intérieur de la simulation. A cinq ans, les ténèbres s'agitant autour de lui, Nero courait difficilement après son grand frère qui ne lui lâchait pas la main.

Le drapeau se trouvait dans la forêt. Pour l'atteindre, Weiss essayait tant bien que mal de se frayer un chemin, se déplaçant de manière aléatoire afin que les deux ne soient pas une cible facile.

Il ne leur restait plus que quelques mètres... quelques mètres et ils seraient à l'abri, derrière les arbres...

Un rugissement émana derrière eux, éclatant presque les tympans de Nero.

Ce fut trop tard ! Le Behemoth avait surgi de nulle part et avait plaqué le cadet au sol. Sous le choc, l'enfant lâcha la main de son grand frère.

« Weiss ! »

Paralysé par la peur, Nero essaya tant bien que mal d'invoquer ses pouvoirs. Mais il avait beau crier, supplier, le Behemoth était immense. Ses canines s'approchèrent dangereusement de sa gorge, la bave atterrissant sur son front.

Restrictor répétait qu'il n'était pas assez fort... que sans la puissance des ténèbres, il ne valait rien. Rien du tout !

Il allait le dévorer... Terrifié, Nero cessa de supplier et ferma les yeux. Mais avant même que le Behemoth ne lui ouvre la gorge, le cadet vit l'éclat d'une épée apparaître dans son champ de vision.

Weiss poussa un hurlement de guerre et transperça le flanc du Behemoth, le sang bleu giclant sur son visage.

« Eloigne-toi de Nero ! » cria Weiss tandis qu'il le lacéra avec fureur.

En même temps qu'il forçait l'épée dans la blessure qu'il venait de lui infliger, l'aîné utilisa tout le poids de son corps pour libérer Nero de son emprise. Choqué, la respiration sifflante, le cadet prit quelques secondes pour récupérer son souffle. A côté de lui, Weiss redoubla ses assauts sur le Behemoth, son corps et sa rapidité ne formant qu'une boule de lumière blanche sur le champ de bataille.

Il ne l'avait pas abandonné, pensa Nero. Le drapeau était à leur portée, mais Weiss était resté pour le défendre !

Le Behemoth gronda de douleur. Alors que Weiss leva l'épée pour le décapiter, le Behemoth l'envoya valser dans les airs d'un seul coup de queue. Weiss atterrit lourdement quelques mètres plus loin, son épée se plantant dans le sol à côté de lui.

Au bord de la mort, le Behemoth prit son élan, prêt à l'emporter avec lui.

Hors de question ! Cette fois-ci, Nero ramassa un pistolet que l'une des recrues avait fait tomber. Sans prendre la peine de savoir s'il était chargé ou pas, Nero se plaça devant Weiss, le braqua sur le Behemoth et lui tira dessus.

« Eloigne-toi de mon frère ! »

Il valait autre chose... Il y avait plus que les Ténèbres en lui !

Une fois. Deux fois. Trois fois. Nero manquait à chaque fois de lâcher le pistolet en raison de la puissance des tirs. A son tour, le cadet fut aspergé du sang de la bête. Même si le Behemoth ne survivrait pas longtemps, il tenait encore debout. Immédiatement, Weiss reprit son épée et vint prêter main-forte à son cadet.

Quelques secondes plus tard, le Behemoth tomba au sol, raide mort. Nero lâcha son arme, mais Weiss la rattrapa avant qu'elle ne tombe et la lui replaça dans les mains.

« Il faut récupérer le drapeau avant la fin du temps imparti ! On n'a plus que dix secondes ! »

Nero cligna des yeux, fixant avec terreur la créature qui avait failli tuer son frère adoré.

« Nero ! On est la raison de vivre de l'un et de l'autre ! Ne me laisse pas tomber maintenant ! »

Nero se retourna vers lui.

Oui... il avait raison. S'ils ne récupéraient pas ce drapeau, Restrictor les tuerait.

« ... Jamais ! Je ne te laisserai jamais tomber, mon frère adoré ! »

Il agrippa la main de Weiss et les deux foncèrent ensemble vers l'emplacement où était planté le drapeau.


Il ne saurait dire pour quelle raison il se remémorait ce souvenir si particulier alors qu'il combattait actuellement les créatures qu'on appelait « les Chiens de l'Enfer. »

En tout cas, ils correspondaient à la description évoquée dans les dessins de Shiro. Des créatures noires, de la taille d'un loup, aux canines tranchantes, qui se dissipaient pour se multiplier ailleurs dès lors que les armes humaines les touchaient. Se tenant dos à dos, Vincent et Nero faisaient feu ensemble sur les entités. Tir après tir, Nero gardait sa position face aux créations du dénommé Charon, les faisant reculer.

Si on lui avait dit qu'un jour, il ferait équipe avec Vincent Valentine... Non. Toute cette situation était surréaliste. Mais il devait l'admettre : Vincent était un allié de poids. Dire que la divinité qu'il abritait était le fils de Chaos...

Est-ce que cela signifiait quelque chose ? En tout cas, il aurait dû le recruter, pensa Nero alors qu'il envoya un coup de pied dans l'une des entités, le faisant valser dans les airs.

Oui... Ces entités étaient certes terrifiantes pour des êtres humains normaux... Mais Nero avait vu pire dans sa vie. L'image de ce Behemoth, l'image de Restrictor, l'image d'Hojo prenant possession de son frère adoré en étaient des exemples.

Nero savait... il savait qu'il devait les absorber pour que Charon le reconnaisse. Pour qu'il sache que c'était lui, l'Hôte d'Erebus. Ainsi, il les forcerait à fusionner. Alors qu'il vidait son chargeur sur l'un des Chiens pour le ralentir, Nero prit une lourde inspiration, s'y préparant mentalement.

Il savait qu'il en tomberait malade... Cela ne lui plaisait pas, mais il devait le faire.

C'était leur idée, après tout... Provoquer les évènements pour mieux y faire face par la suite...

« Nero ? » l'interpella Vincent derrière lui.

Nero ne répondit pas. Il se contenta de fermer les yeux en même temps que les ténèbres le recouvraient.

« Ne me laisse pas tomber maintenant ! »

Non. Jamais il ne laisserait tomber Weiss. Il ne l'avait jamais fait et il ne le ferait pas aujourd'hui.

N'hésitant plus, Nero déversa ses ténèbres sur les Chiens de l'Enfer restants, prêt à les engloutir en lui.

Qu'à cela ne tienne.

Dès que le dernier Chien de l'Enfer disparut dans les Ténèbres, il y eut un temps de quelques minutes, permettant à Nero de reprendre ses esprits.

Il eut l'espoir que cela irait... que son corps, son organisme était paré face à toute entité qu'il absorbait en son être. Après tout, il était le plus puissant Tsviet de Deepground après Weiss.

Mais dès que ce temps de repos prit fin, Nero sentit la nausée monter en lui. L'instant d'après, il s'effondra avant de se mettre à vomir dans son masque.

Et merde...

« Nero ! »

Vincent accourut pour le rejoindre. Le sang se mêlant la matière noire qu'il crachait, le corps de Nero fut soudainement pris de confusion.

C'était le destin... Ils suivaient le destin.

Weiss...

Je ne te laisse pas tomber, se répéta-t-il comme un mantra alors qu'il se laissa glisser dans l'inconscience.

Ce n'était rien du tout à côté du fait qu'il le reverrait bientôt. Cela valait le coup.


Charon n'avait pas halluciné. Peut-être était-ce la connexion avec la Rivière de la Mort que son Rôle lui octroyait. Peut-être était-ce dû aux mots du Gardien qui l'avait rendu très anxieux au cours de ces derniers jours.

Mais il l'avait bel et bien senti.

Quelque chose était entré dans la Rivière de la Mort... avant de s'en échapper.

Le Nocher ne sut comment réagir à ça. Mais il ne lui avait pas fallu bien longtemps pour comprendre ce qui s'était produit.

Parce que, pour la première fois depuis une éternité, les Ténèbres au sein de la Rivière de la Mort avaient réagi. Elles lui avaient parlé.

En temps normal, Charon en aurait été réjoui. Il avait enfin un échange avec Erebus, avec son père qu'il n'avait pas revu depuis qu'il avait embrassé son Rôle en même temps que Charon avait embrassé le sien. Même si cela ne comblait en rien le manque d'une étreinte paternelle, le manque d'une enveloppe physique, même si cela ne remettait pas en cause ses plans, c'était toujours quelque chose de bon à recevoir.

Mais cela n'avait été en rien une rencontre chaleureuse, familiale, comme autrefois au Jardin. Non. Les Ténèbres s'étaient montrées froides à son endroit. Le ton avait été grave.

« Je préférais te le dire moi-même, pour que tu n'aies pas à soutirer l'information de Cerbère lui-même. »

Charon avait appris que quelqu'un était entré dans la Rivière de la Mort à deux reprises. Et à chaque fois, il s'agissait d'une entité différente.

Le premier avait été un enfant de cinq ans. Comment avait-il pu entrer comme ça ? Il ne saurait le dire. Charon avait au début cru qu'il s'agissait d'un dieu, mais ce n'était pas l'impression d'Erebus. En tout cas, sa présence avait perturbé les âmes qui attendaient la barque sur la Rive. Il avait disparu aussi vite qu'il n'était apparu.

Cette nouvelle avait déjà été suffisamment dure à avaler... Charon n'avait aucune explication. Mais l'autre nouvelle fut bien pire.

Sa sœur Héméra était entrée dans la Rivière de la Mort. Elle en avait libéré des expériences sur Gaia. Des expériences, des copies « S ».

Des copies de Sephiroth... Face à ça, la couleur avait quitté le visage de Charon en comprenant ce que cela signifiait.

« Vous avez intérêt à avoir de bonnes explications, tous les deux. Tu vas m'expliquer pourquoi Héméra a osé faire une telle chose. »

Charon avait juré. Il avait juré qu'il n'y était pour rien. Qu'il ne savait pas pourquoi Héméra avait agi de la sorte. Qu'il ne lui avait pas donnée un tel ordre. Mais Erebus ne l'avait pas cru.

« Tu es le Gardien de la Rivière de la Mort, Charon. C'est TON Rôle à toi. Tu es toujours responsable. Tu es sensé t'acquitter de ta tâche et protéger le cycle de la Planète. »

Alors, leur père croyait que c'était la faute de Charon si Héméra avait agi ainsi ? Il n'avait pas écouté ses explications. Erebus s'était tu.

Dire qu'il se faisait une telle joie de parler à son père... Et quand le moment venait enfin, il se faisait réprimander pour quelque chose dont il n'était pas responsable. Furieux, Charon s'était dépêché de retrouver Héméra.

« Héméra ! »

Il espérait qu'elle lui réponde, cette fois-ci... qu'elle ne garde pas le silence, comme sa famille le faisait si bien depuis qu'ils avaient tous accepté leur Rôle.

Sa sœur n'avait pas répondu tout de suite. Charon n'abandonna pas pour autant et l'appela à plusieurs reprises. Finalement, au milieu du ciel rouge de la Rivière de la Mort, Héméra lui apparut, les bras croisés sur sa poitrine.

« Charon... Mon tendre petit frère. »

A sa vue, Charon se raidit. Tout de suite, sa colère s'envola.

Ne t'inquiète pas, Charon. Ta grande sœur est là pour veiller sur toi. Même si le monde entier t'abandonne, te tourne le dos, je serais encore et toujours là. Je suis la seule qui me soucie de toi, qui te dit les choses comme elles le sont.

Héméra avait une voix douce, maternelle. C'était exactement comme autrefois, quand Charon, petit, se jetait dans ses bras pour qu'elle le réconforte. Elle lui adressa un air empli d'innocence qui lui fendit le cœur.

Il l'avait presqu'oublié... cette innocence infaillible...

- Tu sais que nous ne sommes pas autorisés à apparaître en-dehors de nos Rôles respectifs, lui adressa-t-elle avec sollicitude.

Charon agrippa sa faux, mais ne l'utilisa pas. A sa vue, Héméra lui adressa un sourire ému, sincèrement ravie de le voir.

- Tu m'as tellement manquée...

Elle était... heureuse de le retrouver.

Le Nocher faillit lui répondre la même chose. Oui. A lui aussi. Héméra lui avait tellement manqué aussi. C'était l'une de ceux qui lui avait manqué le plus.

A la voir, on ne dirait pas qu'elle était capable de libérer les copies du plus grand ennemi de Gaia.

- Pourquoi as-tu fait ça ?

Héméra inclina la tête sur le côté.

- Faire quoi, mon frère ?

- Papa me dit que c'est toi... je ne le crois pas, bien sûr. Peut-être que ce n'est pas toi, balbutia Charon.

La voir après tout ce temps, aussi accueillante, lui avait enlevé toute détermination à l'interroger.

- Tu... tu as libéré les copies de Sephiroth de la Rivière de la Mort ? C'est toi, hein ? Pourquoi ?

Héméra marqua un temps avant de répondre. Elle finit par faire un pas vers lui. Son visage ne changea pas d'expression.

Cela lui faisait tellement mal de l'accuser... Mais pourquoi est-ce que son père mentirait-il ? Si ça se trouve, elle n'y était pour rien. Peut-être était-ce un dieu qui avait pris l'apparence de cet enfant de cinq ans, avant de prendre l'apparence de sa grande sœur.

- ... Je voulais t'aider, mon frère.

Charon écarquilla les yeux, n'en croyant pas ses oreilles. Héméra venait tout juste d'avouer ? Lui qui souhaitait lui donner le bénéfice du doute, elle lui révélait qu'elle était bel et bien la responsable ?

- Héméra...Tu te rends compte de ce que tu as fait ? Tu as libéré les clones de Sephiroth ? Mais tu as perdu la tête ?!

- N'était-ce pas ce que tu voulais ? l'interrogea doucement Héméra. Tu as lâché les Chiens de l'Enfer sur Gaia pour rechercher l'Hôte de notre père. Ne voulais-tu pas les faire fusionner pour qu'ainsi, notre père reste avec toi ?

Charon se raidit. Sa gorge était sèche. Il avait du mal à répondre.

- Je voulais t'aider, répéta Héméra dans un murmure.

- Mais cela n'a rien à voir ! On parle de Sephiroth, Héméra ! En les relâchant sur Gaia, tu risques bien de provoquer une nouvelle « Réunion » ! Mais comment as-tu pu ?

Non... il ne comprenait pas. Même s'il était à prêt à tout pour trouver l'Hôte de son père, il n'aurait jamais osé relâcher Sephiroth.

- Et donc ? le questionna Héméra. Je n'ai fait que t'aider, Charon. Tu m'as demandée de t'aider.

- Je ne t'ai pas demandée ça !

- Si. Parce qu'en relâchant davantage d'ennemis sur Gaia, l'Hôte sera plus à même de se montrer. Tu crois que tes Chiens de l'Enfer suffiront ? Et une fois que tu auras découvert l'Hôte, que tu l'auras forcé à fusionner, ne vas-tu pas faire la même chose pour les Hôtes qui sont liés aux autres membres de notre famille ?

Charon demeura scié.

Oui... c'était bel et bien son intention. Mais au point de faire ça... ?

- Tu te rends compte des conséquences, Héméra ? Sephiroth... Le Météore... tu ne te souviens donc pas de ce qu'il a failli provoquer ? Comment pourrais-je te défendre auprès de Minerva ? Et moi... tu sais ce que je risque ?

- Ce n'est pas de notre faute, décréta Héméra en se redressant. Ce n'est ni la tienne, ni la mienne. Quelqu'un a traversé le destin. Et quelque chose l'a suivi. Quelque chose qui menace la Planète. Et... n'oublie pas que Sephiroth n'a jamais réussi à fusionner avec la Rivière de la Vie et a toujours été bien plus puissant que la Rivière de la Mort.

Elle... elle comptait tout mettre sur le dos de Sephiroth ? C'était son excuse ?

Bien sûr, les Fileurs s'étaient manifestés et G avait bel et bien évoqué une menace... Mais pouvaient-ils être certains qu'il s'agissait de Sephiroth ?

- La Déesse finira par te considérer comme étant une menace. Elle finira par t'arrêter et te punir. Minerva ne pensera pas à nous soupçonner quand je t'ai aidé à réaliser ton but, dit Héméra. Tu veux vraiment faire machine arrière après tout ce que tu as accompli ? Tu sais que tu atteindras bientôt ton but final. Alors, pourquoi ne pas laisser ta grande sœur te donner un coup de main ? Minerva sera tellement concentrée sur un possible retour de Sephiroth qu'elle ne fera même pas attention à toi.

- Héméra...

Minerva l'avait laissé utiliser les Chiens de l'Enfer, à partir du moment où ils ne représentaient aucun danger pour la Planète.

Il n'y avait aucun risque qu'elle finisse par changer d'avis, hein ? Pourtant, sa sœur semblait le croire. Héméra ferma les yeux, plongée en pleine réflexion.

- Moi aussi, je souhaite qu'on soit tous réunis. Toi, moi, maman, papa... Ether...

- Ether... tu fais tout cela pour Ether ?

Bien sûr... Héméra avait été inconsolable quand Ether était devenu le Ciel Supérieur, seulement quelques temps après le départ de leur mère... Elle était devenue considérablement silencieuse et souffrait en silence, alors que leur père leur apprenait à tous à accepter d'endosser leurs Rôles respectifs...

- Pour toi aussi, Charon ! Ces temps au Jardin me manquent... les lacs, les nuits étoilées, les fleurs... les jeux qu'on partageait ensemble, cela me manque. Alors, je ne peux qu'approuver ton but. Réunir notre famille comme autrefois.

- Tu le penses sincèrement ?

Pour appuyer ses dires, Héméra l'attira contre elle pour l'étreindre fortement. Son initiative le crucifia et Charon manqua de lâcher sa faux.

Depuis combien de temps n'avait-il pas été étreint par un membre de sa famille ?

Bien trop longtemps... Le Nocher ne perdit pas de temps à lui rendre son étreinte.

- ... Je ne souhaite pas perdre ces souvenirs, Charon, susurra Héméra dans son oreille, la voix tremblante.

- ... Quoi ? Pourquoi perdrait-on nos souvenirs ?

Qu'est-ce que cela signifiait?

Héméra tressaillit dans ses bras. La sentir inquiète l'inquiétait aussi.

- Minerva pense peut-être que ce serait une bonne idée... qu'on perde les souvenirs de notre vie antérieure.

Cette révélation le choqua !

- Elle n'a pas le droit ! cria Charon, une rage meurtrière montant en lui. Comment peut-elle ? Comment ose-t-elle ?

Il en était hors de question ! Minerva lui avait déjà pris sa famille ! Elle ne lui prendrait pas ses souvenirs en plus !

- Raison de plus, fit Héméra en l'étreignant plus fort. Si elle nous voit tous ensemble, heureux en étant réunis... ne penses-tu pas qu'elle changera d'avis ? Qu'elle renoncera ?

- ... Je l'espère. Mais... Mais Sephiroth...

- Tu penses qu'il est pire à côté de la possibilité qu'elle efface nos souvenirs ? Il a été arrêté à plusieurs reprises, rappelles-toi.

Charon ferma les yeux, pesant le pour et le contre. D'un côté, Héméra avait relâché Sephiroth... mais de l'autre, Minerva avait l'intention d'effacer leurs souvenirs. Peut-être avait-elle agi car elle avait senti leur famille en danger ?

Et après tout, si cela leur permettait d'atteindre leur but... Si Minerva posait la question, ils n'auraient qu'à tout mettre sur le dos de Sephiroth. Il était un ennemi connu. Ils ne soupçonneraient jamais Héméra.

Et lui... il s'en tirerait.

- Et crois-moi... je sais ce que je fais. Tu me fais confiance, hein ? Qui a été là pour toi quand le Naga a quitté le Jardin ? J'ai toujours été là pour toi et je le serais toujours.

- ... Héméra...

Elle n'avait pas tort. Charon la serra contre elle en retour. Ses épaules montèrent et descendirent.

« Sache une chose : si tu t'en prends à la Planète, peu importe tes raisons, tu peux être sûr que je te détruirais. Tu as ma parole. »

Pourtant, les mots de G résonnaient en lui. Quand bien même Héméra ne le voyait pas, Charon se mordit la lèvre. Il eut l'impression d'avoir un nœud à l'estomac à la pensée qu'ils étaient peut-être allés trop loin.

Alors qu'il partageait cet instant si rare avec sa grande sœur, Charon fut interrompu par un appel. Un signe, quelque part sur Gaia.

Il entendit le cri d'agonie des Chiens de l'Enfer qu'il avait envoyé. Abasourdi, Charon se détacha du Jour.

Il l'avait senti... Ses Chiens de l'Enfer venaient de rendre leur dernier souffle. Quelqu'un les avait détruits.

Seules les Ténèbres ou la Lumière étaient en mesure de les annihiler...

Il espérait que ce soit la première possibilité. Mais Charon n'osait pas y croire ! Après tout ce temps, il obtenait enfin des résultats ?

- Tu vois, sourit Héméra. On approche de ton but. Enfin, de notre but. N'avais-je pas raison ?

Oui...

Charon lui rendit son sourire. Avec l'initiative d'Héméra, ils auraient plus de chance de trouver l'Hôte de leur père. Et par la suite, l'Hôte des autres membres de leur famille ?

Minerva accuserait Sephiroth... c'était tout bénéfique pour eux. Et puis... comment osait-il douter d'elle ?

Elle était la seule qui l'aidait activement...

- Tu avais raison, approuva Charon avant de se séparer d'elle.

- Notre famille sera bientôt réunie, Charon. Je t'en fais la promesse.

- Tu as toujours tenu tes promesses, la complimenta-t-il. Après tout, nous sommes liés par les règles divines.

L'un des seuls avantages à leurs Rôles...

- Je t'aime, Héméra.

- Je t'aime aussi, petit frère, lui rendit Héméra avant de lui envoyer un baiser, comme elle le faisait autrefois. Cela m'a fait tellement plaisir de te revoir.

- Moi de même, Héméra. Moi de même.

Oui... Comment pouvait-il douter d'elle ?

Il ne lui restait plus qu'à faire apparaître d'autres Chiens de l'Enfer sur Gaia... ainsi, ils repéreraient sa trace.

« Ce n'est jamais de ta faute. »

Les mots de Weiss à l'esprit, Charon s'effaça de la Rivière de la Mort à son tour.


Réunis au QG de l'ORM, ils attendirent avec appréhension que Vincent et Nero reviennent de Cosmo Canyon.

Cette attente fut interminable et plus les secondes passaient, plus la nervosité de Shiro grandissait. Il s'efforçait de se répéter que leur plan tenait la route, qu'ils n'avaient croisé aucun Fileur depuis qu'ils avaient rejoint l'ORM et que par conséquent, cela ne pouvait que signifier qu'ils étaient sur la bonne piste...

Surtout qu'ils n'avaient pas recroisé la route de G depuis leurs « retrouvailles »... ?

Mais en repensant à l'état dans lequel Nero s'était trouvé la dernière fois qu'il avait absorbé les Chiens de l'Enfer, Shiro ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter. Et si cela ne fonctionnait pas, cette fois ? Et si Nero ne survivait pas à cette rencontre avec les Chiens de l'Enfer ?

Il sentit une main sur son épaule. Il leva la tête vers Tifa qui lui adressa un sourire réconfortant.

« Tout ira bien. »

Shiro ferma les yeux, avant d'hocher la tête. Oui. Tout irait bien.

Quelques minutes seulement après cet échange, un portail de ténèbres apparut devant eux. Tout de suite, l'ex-AVALANCHE se plaça en position défensive.

« Vince ! » cria Yuffie, alarmée.

Vincent sortit du portail, tenant Nero qui titubait contre lui. Le portail de ténèbres disparut et Nero s'effondra au sol.

« Nero ! »

Pendant un instant, il faillit presque l'appeler « Papa »...

Shiro ne réfléchit pas et fonça vers son oncle pour l'étreindre fortement, rassuré de voir qu'il allait bien. Les yeux de Nero s'ouvrirent avant de se refermer. Sa respiration était sifflante, erratique. Il aurait besoin de soins.

- J'appelle une équipe médicale, dit Reeve Tuesti avant de décrocher son téléphone.

- Qu'est-ce... qu'est-ce qui s'est passé ? l'interrogea Tifa, la voix tremblante.

- Il avait raison, souffla Vincent. Nous sommes tombés sur les Chiens de l'Enfer.

Shiro passa les bras autour du cou de Nero, essayant tant bien que mal de garder son calme.

Son oncle ne le rejeta pas.

- Vous n'avez pas croisé de Fileurs ?

Vincent secoua la tête.

- Non. Rien, à part ces créatures.

Le cœur de l'enfant s'accéléra.

Alors, leur plan fonctionnait. Ils en avaient la preuve. Nero repoussa doucement Shiro avant de se remettre à vomir de la matière noire. Immédiatement, Shiro passa un bras autour de ses épaules pour l'aider à se tenir debout.

- On va te conduire à l'aile médicale, lui murmura Shiro.

- Je t'aide, lui adressa Sonon derrière lui.

L'enfant le dévisagea, surpris. Le visage sombre et fermé, le Ninja n'ajouta rien. Lorsque des soldats armés de l'ORM apparurent dans la salle principale en portant une civière, Sonon aida Nero à s'allonger dessus.

- Shiro. Tu devrais peut-être l'accompagner, lui offrit Vincent. Au cas où il se réveille...

Il n'eut pas besoin d'ajouter plus. Oui. Si Nero se réveillait et s'emportait sur les infirmiers, autant être présent à son réveil. Alors que l'enfant s'apprêtait à suivre les soldats armés, la voix de Sonon s'éleva.

- Il a dit la vérité... Si même lui s'est retrouvé dans cet état en les absorbant, j'aurais pu mourir.

- Sonon, lui chuchota Yuffie.

S'il restait l'existence d'un doute dans l'esprit du Ninja, sur le fait que Shiro et Nero auraient pu leur mentir quant à leurs intentions et aux évènements se déroulant dans le futur qu'ils souhaitaient modifier, cette scène venait de le tuer dans l'œuf. Pas seulement pour Sonon. Mais également pour le reste de l'ex-AVALANCHE.

- A son réveil, déclara Sonon en s'adressant à Reeve, je lui demanderais de m'apprendre à utiliser les Ténèbres. Il faut qu'on élimine ces menaces le plus rapidement possible.

- Charon et Héméra. Il n'y a pas d'autre menace ?

Barret s'adressa expressément à l'enfant. Shiro secoua la tête. Non. Les autres créatures de la Rivière de la Mort étaient liées aux actions des deux divinités. Sans Charon ni Héméra pour les libérer, Cerbère en particulier n'attaquerait pas Gaia.

- Bon, on fait quoi pour Lorraine ? intervint Yuffie en croisant les bras sur sa poitrine. Parce que la mission s'est soldée par un échec !

A la mention du nom de la jeune fille, les poils de Shiro se dressèrent sur sa nuque quand bien même il essayait de ne rien laisser paraître.

- Vous ne l'avez pas trouvée ? lui demanda Cloud.

- Si, mais son père est intervenu avant qu'on n'ait eu le temps de l'aborder, déclara Shelke.

Son père...

- Au moins, on a récupéré son adresse.

Shiro détourna le regard. A sa réaction, Vincent le considéra, concerné.

- Shiro. Qui est-elle pour toi ? Lorraine Satsu ? l'interrogea Yuffie avec fermeté. Tu as dit qu'elle était une « personne qui t'était chère », n'est-ce pas ?

Oui... Plus qu'elle ne pouvait l'imaginer.

Shiro ne pouvait pas mentir à ce sujet. Il acquiesça simplement, sans détailler davantage.

- En effet, dit-il vaguement.

- Alors, quoi ? s'impatienta la Ninja. Si tu nous dis que Charon s'est arrêté de détruire Gaia après qu'il ait été réuni avec son Naga, quel est le rôle de Lorraine là-dedans ?

Shiro inhala.

- Elle a réussi à apaiser Jörmungand, expliqua-t-il. Elle l'a convaincu de donner une chance à Charon, de le laisser s'expliquer.

- Mais on pourrait très bien s'en charger nous-même, non ? s'énerva Cid. Dire à un serpent géant que « non, son maître ne l'a pas abandonné, voici l'adresse d'un thérapeute familial », cela doit être dans nos cordes, non ?

Oui... Mais le destin devait être respecté.

- Cela doit être Lorraine. J'ai essayé d'expliquer la situation à Jörmungand. Il ne m'a pas écouté.

- Et une gamine de cinq ans peut y arriver ? Désolé, mais je n'y crois pas ! Elle aura treize ans quand ça arrivera ! A moins d'attendre qu'elle atteigne l'âge, grogna Barret.

- Je suis d'accord, affirma Tifa. C'est trop dangereux. Sa famille ne nous laissera jamais l'approcher, de toute manière. Encore moins pour la conduire face à un dangereux serpent. Et j'avoue que je les comprendrais.

A nouveau, le silence tomba.

Shiro secoua la tête. Quel imbécile. Comment aurait-il pu croire que cela marcherait ? Qu'il suffirait de demander à Lorraine de les accompagner jusqu'à Jörmungand ? A sa place, il serait terrifié.

- Hé.

La voix de Yuffie s'éleva à nouveau. Tout le monde se tourna vers elle. Elle avait une idée.

- J'y pense... On a dit que Lorraine était celle qui devait apaiser Jörmungand.

- C'est ce qu'on se tue à dire, grogna Cid.

- Mais elle n'est pas obligée de lui parler. D'être face à lui.

Hein ?

- Où veux-tu en venir ? lui demanda Shelke.

- Bah... elle peut peut-être lui écrire ! précisa Yuffie. Elle n'aurait qu'à dire tout ce qu'il y aurait à dire sur papier pour que cela marche. Pas besoin de le rencontrer directement ! On suit le destin, de cette manière.

Shiro fronça les sourcils pour réfléchir.

Oui... Cela pouvait être une manière de faire, mais...

- Peut-on être certains que le Naga sache lire au moins ? suggéra Cloud.

- ... Shiro dit qu'elle aime dessiner, releva Shelke.

Shiro en resta bouche bée. Il n'aurait pas pensé à ça.

- ... Un comics. Elle adore dessiner des comics.

Ils venaient peut-être de trouver la solution...

- Convaincre un serpent géant en lui faisant lire un comics dessiné par une enfant de cinq ans, soupira Barret.

- C'est tiré par les cheveux, releva Red XIII. Mais si cela permet d'éviter une confrontation entre Lorraine et Jörmungand...

- On n'a pas d'autres moyens, je crois, fit Cloud.

Shelke et Yuffie s'échangèrent un regard entendu.

- Tu es géniale, chef, sourit Sonon.

- On la fait dessiner un comics relatant tous les évènements qui ont conduit à la séparation entre Charon et Jörmungand. On le montre à Jörmungand en prétextant qu'il s'agit d'un message de Charon, on les force à se rencontrer et à se réconcilier et le tour est joué ! Les Chiens de l'Enfer auront été invoqués et il n'y aura pas eu de victime !

- Mais il reste le fait que Charon doit quand même détruire la dimension dans laquelle j'habitais avec Nero, les avertit Shiro. Ou plutôt, dans laquelle je suis censé habiter avec Nero jusqu'à mes huit ans.

- Et il demeure un problème, renchérit Shelke. Comment aborde-t-on Lorraine ? Son père nous a interdits de l'approcher.

Yuffie lui adressa un clin d'œil en guise de réponse.

- Ne t'inquiète pas... La Grande Yuffie n'a pas encore dit son dernier mot.


Un coup. Deux coups. Trois coups à la porte.

A leur plus grand soulagement, ce fut une femme qui lui ouvrit. Probablement sa mère. Yuffie était certaine qu'elle n'était pas avec sa famille quand elles avaient abordé Lorraine au marché.

« Bonsoir, Madame ! Désolée de vous déranger aussi tard ! Mon nom est Hikari et voici mon assistante Clara. Nous travaillons au studio mangaka du côté de Junon. Nous organisons actuellement un concours de bande-dessinée destinés aux enfants de huit ans. »

Elle avait troqué sa tenue de Ninja contre une tenue typique de « travail ennuyeux bureaucratique à l'ORM », composée d'un tailleur bleu clair. A côté d'elle, Shelke, vêtue dans la même tenue, lui glissa à l'oreille.

- Cinq ans.

- Pardon ! Pour les enfants de cinq ans. Il s'agit d'un concours où il y est très facile d'y participer. Avez-vous des enfants de cet âge, madame—

- Eleonora Satsu.

La femme baissa ses yeux sur la brochure que tenait Shelke. Une fausse brochure qui avait été créée de toute pièce par l'informaticienne, mais qui s'avérait tellement crédible qu'on aurait dit une vraie. Même Yuffie avait cru qu'un véritable concours allait avoir lieu dans la région.

- Oh, oui. J'ai une fille de cinq ans, dit-elle d'un ton qui trahissait son intérêt.

- Elle aime dessiner ? lui demanda Yuffie avec un sourire commercial.

- Oui. Beaucoup. Sa grande sœur la soutient.

- Alors, pourquoi ne pas la laisser participer ? Le thème est très simple : il s'agit de reproduire ce scénario écrit sous forme de comics.

Joignant le geste à la parole, Yuffie glissa le « script » dans l'autre main de la femme.

- Le vainqueur sera l'enfant dont la bande-dessinée aura été la plus fidèle au scénario. Le vainqueur recevra un immense prix. Une Matéria Brasier—

Shelke lui donna un coup de coude. Elle eut bien fait. Les yeux d'Eleonora se plissèrent à la mention de « Matéria ».

- ... Une remise sur cinq mangas de son choix, corrigea Yuffie à contrecœur.

Mais pourquoi ? A la place, elle aurait adoré recevoir une Matéria en participant à un tel concours. Un peu rassurée, Eleonora reporta son attention sur la brochure.

- Eh bien, pourquoi pas ? Je vais en parler à mon mari... mais c'est une très bonne idée ! Ma fille sera ravie. Elle qui a dit qu'elle aimerait devenir écrivaine, plus tard. Elle a une imagination débordante.

- Attention, l'échéance se termine dans deux jours, la prévint Yuffie sans cesser de sourire.

- Mais on peut vous accorder un délai supplémentaire, releva Shelke d'une voix monotone. Si vous vous inscrivez, donnez-moi le nom de votre fille et votre adresse email. Vous n'aurez qu'à l'envoyer à l'adresse de la brochure quand vous l'aurez fini.


Apparemment, le plan avait fonctionné. Yuffie et Shelke étaient revenues au QG de l'ORM, grand sourire victorieux de la part de la Ninja. La mère de Lorraine avait marché et l'avait inscrite au concours. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'ils ne le reçoivent.

Assis sur une chaise, Shiro fixa Nero. Ce dernier était enfermé dans un container rempli de Mako. Il n'avait toujours pas repris conscience, même si son état s'était stabilisé.

Il n'avait pas voulu les accompagner. Vincent le lui avait proposé, mais Shiro était resté ferme. Il ne voulait pas rencontrer Lorraine. Et il ne voulait pas rencontrer sa famille, ni même savoir à quoi ils ressemblaient. Il avait déjà rencontré Mitsuko...

Et même si Shiro avait convaincu Nero de ne pas s'en prendre à eux, c'était au-dessus de ses forces.

Shiro ferma les yeux, serrant les poings sur ses genoux.

Lorraine les aidait... sans le savoir, elle leur serait d'une aide précieuse. Et lui... lui n'avait même pas accompagné Nero sur le champ de bataille. Il avait seulement attendu qu'il revienne, alors que c'était lui qui l'avait entraîné dans tout ça. Lui et tous les autres.

A Deepground, on apprend à manier les armes à quatre ans.

Shiro se leva.

Il jeta un dernier coup d'œil à Nero, avant de se diriger vers la salle d'entraînement. Il n'avait pas de fleuret. Il n'avait pas « Terre »...

Peu importe. Il prendrait une autre arme. Même s'il n'était pas aussi fort qu'à treize ans, cela ne signifiait pas qu'il ne pouvait pas commencer à s'entraîner.

Au moins, de cette manière, il serait toujours plus utile qu'en restant assis là sans rien faire.

Nero approuverait. Il le savait. Shiro quitta l'aile médicale, les portes se refermant derrière lui.


« Réunion »...

Ils étaient nombreux... Aussi nombreux qu'autrefois. Les observant depuis le ciel, G était en alerte.

Les copies de Sephiroth... Il les avait déjà croisés à l'époque, quelques temps après l'incendie qui avait ravagé Nibelheim. Il se souvenait combien ils avaient été redoutables. Encore maintenant, ils ne sauraient être pris à la légère.

Donc...c'était bel et bien lui ? Minerva avait eu raison ?

Sephiroth était de retour... C'était la chose qui avait suivi Shiro à travers la Rivière de la Vie, quand ce dernier avait traversé le destin...

Toute cette mise en scène... tout le désignait. Mais comment est-ce qu'ils avaient pu quitter la Rivière de la Mort ? Charon évoquait Jenova qui avait pris l'apparence de sa sœur pour les tromper, Erebus et lui. Et vu ses capacités d'adaptation, tout était possible. Jenova avait déjà contaminé la Rivière de la Vie, pourquoi ne pourrait-elle pas contaminer la Rivière de la Mort?

Mais G... avait encore un doute. Ou peut-être refusait-il de voir ce qu'il devait voir. Mais ce doute était suffisant pour ne pas croire Charon. Pas après les accusations de Weiss et ce qu'il avait découvert en se connectant à la Rivière de la Vie.

Des clones dont le visage était recouvert d'une capuche... ils se dirigeaient tous vers Edge. Là où les cellules de Jenova avaient été aperçues pour la dernière fois, quand le gang de Kadaj avait terrorisé la population.

Mais G connaissait déjà ce visage... Le Gardien empoigna la Rapière. Il pressa son front contre le métal froid du manche avant de fermer les yeux.

En silence, il pria.

Il n'y a aucune haine, seulement de la joie,

Car la déesse te protège Héros de l'aurore, guérisseur des mondes.

Des rêves de lendemain hantent l'âme blessée.

Tout honneur est perdu,

Les ailes sont arrachées, la fin est proche

A l'époque, G récitait LOVELESS pour paraître arrogant aux yeux de ceux qui avaient été ses seuls amis.

Mais ici... il récitait LOVELESS pour se donner du courage. Pour ressembler à l'ombre du SOLDAT valeureux qu'il aurait dû être autrefois.

Parce qu'il avait peur... Pour la première fois depuis longtemps, G avait peur.

Se sentant prêt, G prit son élan et descendit en piqué vers les clones. L'instant d'après, il se dressait devant eux, prêt à leur faire obstacle et à défendre Edge, bec et ongle.

Le silence tomba. Les clones s'arrêtèrent.

« ... Vous n'êtes pas lui », leur adressa haineusement G. « Il était unique en son genre. Vous n'êtes que des expériences qui ont perdu leur identité pour devenir un avec Jenova. Vous ne méritez pas d'exister. »

Ce fut tout. L'un des clones releva le menton et G croisa son regard.

Ces yeux verts, perçants... les mêmes qu'à l'époque.

« Genesis... »

G se plaça en position défensive.

Enfin, il attaqua.