Bonsoir à tous !

Pour ce nouveau chapitre, encore peu de dialogues et beaucoup de descriptions, mais l'intrigue avance !

Adenoide : Pour le coup, Harry est un ado typique (plus ou moins) : il ne parle pas de ses émotions, et garde tout enfoui, jusqu'à exploser soudainement, sans raison apparente (la fameuse goutte qui fait déborder le vase), il veut avoir l'air indépendant et adulte, donc il ne demande pas d'aide... Quant à parler de ses sentiments, pas question ! Un peu comme moi quand j'étais ado, mais avec de la Magie et quelques traumatismes en plus.

Bonne lecture !


Chapitre 15 : Début

14ème jour de Notuilë

Année 1

Le Gryffondor décida de prouver à son professeur qu'il méritait mieux que son indifférence ou son mépris. Il décida de lui prouver qu'il méritait son approbation et son respect, voire même son amitié.

C'est avec cette nouvelle détermination qu'il suivit Cal tout l'après-midi.

Mais la nouvelle détermination d'Harry ne dura pas longtemps. Dix jours plus tard, alors qu'il n'avait même pas encore commencé à apprendre à canaliser sa Magie, elle avait déjà disparu, remplacé par la gêne, ainsi qu'un mélange de honte et de manque de confiance en soi.

Et la raison en était simple : Harry n'arrivait à rien.

Il se sentait plus nul que jamais, et pensait que, sans doute, si les humains ne méritaient pas tous le mépris des Quendi, lui le méritait.

Ses journées se suivaient et se ressemblaient, dans une routine déjà bien rodée.
Tout d'abord, il était réveillé peu après l'aube par la douleur, toujours constante, et qui ne partirait jamais. Puisqu'il lui était impossible de se rendormir, il se levait et se préparait. Il lui fallait attendre environ deux heures avant que Eleriná puisse lui rendre visite et le soigner. Avant de venir le voir, elle devait passer chez ses autres patients, les personnes âgées de son peuple, qui, comme lui, avaient besoin de soins journaliers.

Les trois jours qu'il avait passé à l'infirmerie, elle avait pu s'occuper de lui en priorité, car il était son plus proche patient. Mais maintenant qu'il vivait chez Cal, dans la maison la plus lointaine de tout le village, ce n'était plus possible. Il ne pouvait donc qu'attendre.

Ainsi, il commençait toutes ses journées dans la douleur, ce qui ne l'aidait pas à garder le moral. Il était habitué à avoir mal, mais cela restait usant, pour le corps comme pour l'esprit.

Cal profitait de ses deux heures où il devait éviter de bouger pour lui apprendre le Quendi. Et là, il avait l'impression d'être idiot, et de ne rien retenir, malgré tous ses efforts. Le Quendi n'était pas une langue facile, et il n'arrêtait pas de se tromper entre les différences subtiles des mots, parfois presque trop subtiles pour l'oreille humaine.

Il ne tentait plus de dire quoi que ce soit depuis le premier jour, où voulant dire quelque chose, il s'était trompé en beauté et n'avait reçu pour toute réponse qu'une grimace de son hôte. Une grimace légèrement amusée, comme Harry apprendrait à les reconnaître par la suite, et que Cal avait tentée de cacher pour ne pas décourager son élève, mais qu'Harry avait tout de même vu et confondu avec du mépris.

Il était désormais tellement effrayé de mal faire, de dire une bêtise et de se ridiculiser encore plus devant son professeur qu'il n'osait plus rien tenter. Alors qu'il avait au départ prévu de parler autant que possible le Quendi pour l'apprendre le plus vite possible, il avait décidé de ne le parler que lorsque c'était nécessaire, c'est-à-dire lors des cours. Même quand Cal s'adressait à lui en Quendi, il lui répondait en anglais. Bien que cela n'arrivait que rarement, Cal n'étant pas très bavard, et Harry très silencieux et renfermé.

Lors des leçons, il se contentait de répéter ce que lui disait Cal, et de copier sur du parchemin tout ce qu'il lui apprenait, tout le vocabulaire et les règles de grammaire. Et la nuit venue, au lieu de dormir, il relisait inlassablement les mots de vocabulaire qu'il avait noté, essayant ardemment de tout apprendre par cœur, et n'y arrivant jamais. Sans compter sur la fatigue qui s'accumulait au fil des jours, entre les nuits trop courtes et les journées très remplies, et qui le rendait encore moins efficace.

Après les cours de Quendi, qu'il avait aussi en fin d'après-midi et en début de soirée, il avait cours de combat. Combat à mains nues, à l'épée ou à la dague. Ou du moins était-ce ce qui était prévu, jusqu'à ce que Cal découvre l'état physique de son élève. Oh, Harry n'était plus blessé, non ! Il était juste humain, et donc naturellement moins rapide, moins fort, moins souple, moins endurant, moins tout ce que l'on voulait, qu'un Quendi.

Et Harry lui-même n'était pas le modèle de la force et de la virilité humaine. Au contraire, à cause de son enfance, il était plus petit et plus maigre que la moyenne, et il peinait à manger plus. Il avait aussi de légers problèmes respiratoires, dus à son long enferment dans le placard et aggravés par son séjour dans les cachots de Voldemort. Sans compter ses muscles atrophiés et ses os fragiles à cause de son manque de calcium…

Bref, Harry n'était pas en très bonne forme physique – euphémisme du siècle.

Il était donc logique que, plutôt que de commencer immédiatement l'apprentissage du combat, il commence avec une remise en forme. C'est pour cela que ces dix derniers jours, il se contentait de courir pendant des heures, de faire des exercices d'assouplissement et de musculation.

Mais comment rester optimiste et déterminé face à ce programme lorsqu'on était essoufflé en dix minutes, que l'on n'arrivait pas à enchaîner plus de dix pompes et que l'on se faisait railler par des enfants de quatre ans qui s'amusaient à se moquer de vous et de votre nullité, sans véritable cruauté, mais avec la méchanceté innocente des petits. Ils ne pensaient pas à mal, ils trouvaient ça juste amusant et ridicule.

Ainsi, son entraînement physique n'était pas plus une réussite que son entraînement de langue.

Son professeur ne l'aidait pas, le regardant fixement lors des leçons, d'un regard dérangeant par son intensité, ne montrant aucun signe d'encouragement ou de contentement, seulement quelques grimaces discrètes quand Harry se trompait.

Cela n'aurait pas dû autant décourager Harry, car il ne le connaissait que depuis deux semaines. Pourtant, l'avis de son professeur lui était très important, et il voulait à tout prix obtenir un signe de satisfaction de sa part. Mais jusqu'à présent, il était loin d'en avoir reçu.

Tout cela minait la faible confiance en lui qu'avait Harry. Il était devenu certain d'être un idiot, incapable d'apprendre quoi que ce soit.

C'est pour cela qu'au bout de dix jours à peine, il était à bout. Depuis dix jours, il dormait à peine, ne mangeait pas plus. Il était visiblement épuisé et à deux doigts de craquer.

Tout vola en éclat lors du premier véritable cours de combat.

Le séjour dans les cachots de Voldemort avait laissé plus de traces chez le brun qu'il ne l'avait cru de prime abord. Il avait cru s'en sortir presque sans séquelles, si ce n'est la douleur physique et ses légers problèmes respiratoires. Il avait cru avoir l'esprit suffisamment fort pour ne pas être marqué par son séjour. Après tout il n'avait fait aucun cauchemar, et à part son léger malaise la première fois qu'Eleriná l'avait approché, il allait parfaitement bien : ni crise de larmes ni crise de colère.

Harry aurait dû savoir que cela ne voulait pas pour autant dire qu'il s'en était sorti facilement. Certes, le choc avait bloqué tous ses cauchemars, mais un nouveau choc, comme celui qui eut lieu ce jour-là, suffit à les débloquer. Les nuits suivantes allaient être difficiles pour l'adolescent. Certes, il n'avait ressenti aucun malaise en approchant Eleriná ou Cal, mais justement c'était Cal, son sauveur, et Eleriná, la douce Guérisseuse. Jamais il n'avait été proche d'un autre Quendi. Lors du Conseil, il avait été séparé des autres par la table. Et lors de la visite du village, ils étaient tous restés éloignés.

Et s'il était resté calme jusqu'à présent, maintenant que les cauchemars étaient revenus, cela n'allait pas durer longtemps. Avec les cauchemars revenaient les souvenirs, et les révélations terribles que lui avait faites Voldemort. Si Harry était resté calme en songeant à tout cela, il aurait fallu craindre pour sa santé mentale…

Mais avant toute chose, Voldemort, et plus encore ses Mangemorts, lui avaient laissé un souvenir indélébile, outre ses cicatrices : la Peur. Et avec elle la honte, la honte de son premier réflexe face à une attaque.

En effet, lui, le valeureux Gryffondor, qui avait fait face à Voldemort et à de multiples créatures depuis ses onze ans, s'effondrait maintenant à la moindre violence ! Dès le premier coup, il abandonnait et se recroquevillait, terrorisé.

Lors de ce premier cours de combat, Harry avait été décidé à réussir, et à impressionner son professeur. Il avait déjà manié l'épée de Gryffondor, et avait réussi à tuer le Basilic avec, donc ça ne pouvait pas être si difficile.

Cal avait décidé de commencer avec le combat à l'épée, car le combat à mains nues demandait une bonne forme physique – quoi que le combat à l'épée aussi mais moins –, ce qu'Harry n'avait pas, et le tir à l'arc demandait une adresse qu'il n'avait pas non plus. Cal voulait donc commencer par « le plus facile ».

Ce qui était une bonne idée. Cal avait seulement mal calculé ce qui serait le plus facile pour Harry.

Le cours avait bien commencé.

Il y avait eu l'échauffement, qui consistait en une répétition moins fatigante de ce qu'il faisait tous les après-midis depuis dix jours. Il s'en était plutôt bien sorti, vu que l'échauffement n'avait pas été trop dur. Ensuite était venu le début de l'entraînement en lui-même.

Harry avait d'abord appris les huit mouvements de base du combat à l'épée. Il avait répété l'enchaînement des huit mouvements pendant deux heures, jusqu'à ne plus pouvoir soulever l'épée de bois que lui avait confié Cal – bien sûr, il n'allait pas commencer avec une vraie épée, ce serait trop dangereux et il était à 100% certain de se blesser.

A la fin de ces deux heures, il arrivait à faire les huit mouvements et même à les enchaîner. Par contre, niveau grâce et fluidité, c'était un bon zéro pointé. Mais ce qui lui importait, c'est qu'il avait réussi à faire ce qui était demandé.

Après une pause de dix minutes, histoire pour Harry de reposer un minimum ses muscles, ils avaient commencé un combat. Cal voulait tester son agilité et ses réflexes plus que son niveau de combat. Mais il n'avait rien pu évaluer.

A peine Harry avait-il vu l'épée se diriger vers lui, menaçante, que des flash-backs l'avaient envahis – le fouet de Dolohov, le poignard de Bellatrix. Il s'était figé de terreur, avant de se laisser tomber au sol, se roulant en boule, en pleine crise de panique.

Il s'était cru de retour dans les cachots de Voldemort, il avait cru avoir rêvé et n'avoir jamais été sauvé.

Cela aurait pu s'arrêter là si sa Magie ne lui avait pas échappée et avait envahi le Champs où ils s'entraînaient, dévastant les lieux et éjectant les Guerriers sur plusieurs mètres. Seules leur force et leur agilité supérieures leur avaient évité des blessures graves. Mais Harry ne s'en était même pas rendu compte, trop plongé dans ses visions d'horreur.

Ce qui l'avait sorti de sa crise était une voix, une voix grave et rassurante, qui l'appelait et lui répétait sans cesse « Tout va bien », « Harry, reviens, tu n'es plus là-bas ». Cette voix lui rappelait quelque chose, ou plutôt quelqu'un, qui le faisait se sentir en sécurité, alors il s'était accroché à cette voix. Peu à peu, elle l'avait ramené vers la réalité, et il avait reconnu la voix de Cal.

Il avait ensuite pris conscience qu'il était en plein milieu d'un Champs d'entraînement complètement ravagé – probablement par lui –, qu'il était affalé sur son mentor, qui lui-même avait une légère coupure à l'arcade sourcilière et les vêtements chiffonnés. Et qu'une fois de plus, il avait tout foutu en l'air et tout raté.

Et penser qu'il n'était même pas capable de se battre, alors que c'était la seule chose qu'on lui demandait depuis cinq ans, se battre contre Voldemort, l'avait fait s'effondrer. Il avait complètement craqué, et avait totalement vidé son sac sur son professeur qui n'avait absolument rien demandé.

Après s'être contenté de pleurer pendant plus de dix minutes, Harry lui avait ensuite raconté toute sa vie, insistant sans cesse sur le fait qu'il n'avait survécu que par chance et grâce aux sacrifices de ses proches, qu'il n'était pas le Sauveur que tout le monde attendait, qu'il n'avait rien de particulier et qu'il n'était même pas doué à l'école. Il s'était excusé de ne pas être celui qu'ils attendaient, d'être une source continue de déception. En fait, toutes les insultes que lui avaient lancé les Dursley pendant son enfance lui étaient revenues à la figure. Lui qui pensait qu'ils n'avaient plus aucune influence sur lui…

Il avait beaucoup parlé, s'était beaucoup excusé et avait un peu pleuré aussi, même s'il avait essayé de s'en empêcher. Cet épisode lui avait fait comprendre qu'il était très fragile, à cause de tout ce qu'il avait vécu – les Dursley, les épreuves à Poudlard et son séjour au cachot –, et qu'il avait probablement besoin d'un psy plus que d'un professeur.

Il avait toujours tout refoulé mais maintenant il ne pouvait plus, il arrivait à sa limite.

Cal semblait l'avoir compris aussi – bien qu'Harry ne soit pas sûr du fait que les psys existent chez les Quendi –, car il le laissa parler, et vider tout ce qu'il avait sur le cœur, sans s'intéresser aux Quendi autour d'eux, qui les regardaient d'un drôle d'air, ou à ses propres blessures.

Puis, une fois qu'Harry cessa de parler, la gorge enrouée d'avoir trop été utilisée, il prit à son tour la parole.

Harry fit de son mieux pour écouter ce que lui disait Cal, malgré sa fatigue, sa migraine et ses yeux qui se fermaient tous seuls. Les mots de son mentor étaient pour lui comme du miel, doux et sucrés, réconfortants.

Cal lui disait qu'il se trompait, qu'il n'était ni faible ni bon à rien.

Qu'il avait lu dans son esprit et son âme la première fois qu'ils s'étaient rencontrés et qu'il y avait vu une grande force morale et beaucoup de détermination.

Que c'était cette détermination qu'il devait retrouver, et qu'avec un eu de confiance en soi, cela ferait des miracles, et qu'il pourrait enfin révéler qui il était vraiment.

Qu'il avait vécu une vie horrible, et très solitaire, mais que maintenant c'était fini, car Cal serait là pour le soutenir, pas seulement à cause de la prophétie, mais juste parce qu'il en valait la peine.

Que désormais, ils allaient rester ensemble, devenir une famille. Qu'Harry ne serait plus jamais seul, qu'il pouvait lui faire confiance.

Et qu'en aucune façon il ne le décevait. Qu'il était normal que son enferment, et les tortures qu'il avait subies aient laissées des traces, mais qu'il ne devait laisser ce fait déterminer le reste de sa vie. Qu'il était resté debout jusqu'à maintenant par la seule force de sa volonté, et que c'était maintenant au tour de Cal de le soutenir et de m'aider à se reconstruire.

« Et pardon, pardon de ne pas avoir cherché plus loin que ce que tu montrais. Mais maintenant je serais là, pour toujours. Je t'en fais le serment. »

Et Harry sut qu'il disait la vérité, car il sentait la Magie tournoyer autour d'eux, scellant ce Serment Inviolable et s'en faisant le témoin. Il sut qu'en effet, il ne serait plus jamais seul, et que Cal serait là pendant les prochains mois pour le remettre sur pieds. Il sut que Cal serait prêt à tout pour soutenir son nouveau petit frère, que ce soit dormir avec lui pour repousser les cauchemars ou avoir de longues discussions pour exorciser ses démons.

Il sut qu'ils allaient avoir besoin de temps et de persévérance pour réussir à tourner la page et à repartir en avant. Heureusement, du temps ils en avaient. Et de la persévérance, cela ne dépendait que de lui et de sa détermination. Et Cal semblait persuadé qu'il possédait de la détermination à revendre…

Harry sut qu'il avait trouvé le pilier de sa vie, la seule personne qui le soutiendrait et sur qui il pourrait compter, alors que tous les autres comptaient sur lui. La seule personne qui ne verra en lui qu'Harry, et non Harry Potter le Sauveur.