Bonjour à tous et à toutes ! Je viens aujourd'hui vous présenter mon texte sur le défi 3 ! Je suis un peu moins fière de celui-ci, je ne sais pas trop pourquoi, mais j'espère qu'il vous plaira quand même !

Thème 3 : Si vous faites partie de la Team Vilains: un personnage du camp des vilains dans le canon est un héros.

Je vous souhaite une bonne lecture !


Ses lames lui paraissaient soudain plus lourdes, à présent qu'elles se retrouvaient tâchées de sang. Akaguro poussa un profond soupir en songeant qu'il allait à nouveau passer une bonne heure à les nettoyer. Il détestait que ses armes soient sales, il avait l'impression que cela diminuait sa dextérité.

Un gémissement le coupa dans ses réflexions. Le héros se retourna d'un geste vif vers le vilain au sol, prostré en position fœtale, qui marmonnait des bouts de phrase incompréhensible. Son œuvre s'étalait sur ses bras et ses jambes ; ses vêtements déchirés laissaient apparaître sa peau tailladée. Plusieurs filets de sang s'écoulaient de ses plaies, contribuant ainsi à l'illusion qu'il se trouvait en danger. Akaguro lâcha un « tss » méprisant. Ce gamin qui avait cru bon de jouer au vilain essayait de se faire passer pour la victime auprès des autres héros, il n'était pas dupe. Ses blessures étaient voyantes, certes. Il était néanmoins un professionnel dans le maniement des armes blanches : il avait fait en sorte que ses coupures soient douloureuses, qu'elles saignent pour permettre à son alter d'agir, sans présenter un risque mortel pour ce bouffon.

– Je suis désolé, couina ce dernier d'une voix trop pitoyable pour être naturelle. Ne me tuez pas...

Akaguro ne prit même pas la peine de répondre. Il se contenta de lui adresser un regard si empli de mépris que le gamin tressaillit – sans comédie aucune, ce coup-ci. Il laissa un sourire victorieux étirer ses lèvres. Son allure effrayante, bien plus proche de celle d'un vilain que d'un héros, pouvait se révéler très utile pour impressionner les faibles caractères comme cet abruti qui avait voulu se donner quelques frissons à l'aide d'une prise d'otage.

Stain se détourna de sa victime, désintéressé. L'abruti ne pourrait pas aller bien loin, de toute manière. Le héros rangea ses katanas dans les fourreaux qu'il portait au dos et vérifia que les poignards accrochés à sa ceinture n'étaient pas tombés durant le – très rapide – combat. A sa plus grande satisfaction, ses plus petites armes n'avaient pas bougé d'un millimètre, comme s'il venait de ne fournir aucun effort. Ce qui, à ses yeux, était le cas.

– Au rapport, les gamins, lança t-il d'une voix autoritaire qui ne laissait aucune place à la discussion.

La fille s'avança la première. Malgré l'hématome violacé qui marquait sa joue, un sourire éclairait toujours son visage rond. Quand Stain regardait cette gamine, toujours contente d'être là et d'aider, il ignorait si elle l'agaçait ou s'il l'aimait bien. En tous cas, même lui devait bien admettre qu'elle possédait le caractère idéal pour l'héroïsme. Altruiste mais pas naïve, indépendante mais pas égocentrique ; malgré son alter limité, elle parvenait toujours à se révéler utile, en particulier lors des missions de sauvetages auxquelles il les faisait participer, elle et ses deux camarades.

– Nous avons neutralisé le complice, monsieur Stain, expliqua t-elle. Ingenium s'occupe actuellement de le remettre à la police. Quant à Deku, il se trouve avec les otages et porte les premiers secours aux quelques blessés. Aucun mort ni blessé grave.

Akaguro se contenta de hocher la tête. Quand il avait été pratiquement forcé de prendre ces trois gamins en stage, il s'était attendu à ce qu'ils deviennent trois boulets dans ses pattes. Or finalement, ils ne le gênaient pas. Même, ils l'assistaient plutôt bien. Stain en était le premier surpris.

La dernière fois où il avait croisé des jeunes de Yuei, il avait rencontré des adolescents qui parlaient de devenir héros pour la gloire ou l'argent. Entendre des objectifs aussi matérialistes, aussi puérils le mettaient hors de lui. Le fait que les gosses se prennent pour des apprentis héros pour de telles raisons témoignait bien de l'état actuel de leur société : malade. Si les débuts de la profession héroïque, après l'apparition des alters et la hausse de la criminalité, avaient été pleins d'espoir, l'idéalisme avait fini par se dégonfler. Tellement de héros se complaisaient dans ce pays où ils combattaient quelques vilains de bas étages de temps en temps pour se dégourdir les jambes, récoltaient les lauriers et allaient ensuite se prélasser chez eux, une bière à la main. Ceux qui se battaient vraiment pour que le monde évolue de la meilleure des manières se comptaient sur les doigts d'une main, à présent.

Les jeunes s'imprégnaient inconsciemment de cet état de pensée, de ce point de vue intolérable qui considérait l'héroïsme comme une profession ordinaire, qui ne méritait pas davantage d'investissement qu'une autre. Ils en venaient à penser la même chose et perpétrait à leur tour cette infamie. Quand Stain entendait des discours de héros blasés ou des racontars d'adolescents sans ambitions, il bouillait. Ces gens ne méritaient pas le titre de héros. Ce n'étaient que des bouffons, des imposteurs, des lâches. Ils ternissaient la profession en se comportant d'une manière aussi outrageante et ne servaient strictement à rien dans la lutte contre le véritable mal.

Enfant, Akaguro avait rencontré des héros de ce genre. Son cœur plein d'admiration pour ces gens qui essayaient de changer le monde s'était rempli de glace face à la réalité. Quelque chose s'était brisé en lui, car à ses yeux, il venait de subir la plus violente des trahisons possibles. Il avait petit à petit commencé à regarder ces soi-disant sauveurs de l'humanité sous ce nouvel angle désabusé ; il avait remarqué leurs frasques une à une. Il en était venu à penser que ces gens n'étaient bons qu'à faire les couvertures de magasines people au même titre que les starlettes locales, que cette voie se ternissait davantage d'imposture chaque fois que quelqu'un y posait un pied.

Puis All Might était apparu.

Akaguro avait redécouvert ce que le mot « héros » signifiait. Si les dictionnaires se décoraient encore de photos, celle d'All Might serait accrochée à la définition de ce mot, il n'en doutait pas. Cet homme n'était intéressé ni par l'argent ni par la gloire ; s'il oeuvrait, ce n'était pas pour se rendre célèbre en arrêtant des criminels. Non, il souhaitait mettre fin aux agissements de personnes perdues ou malfaisantes et protéger leurs victimes. All Might se battait parce qu'il avait connu le chaos et l'avait vaincu, qu'il ne voulait plus jamais craindre pour la société. S'il souriait toujours en se battant, c'était pour le peuple. All Might ne pensait pas à lui, il ne songeait qu'à ceux qu'il devait aider. Lui, il était un véritable héros. Parce que son objectif était de changer la société, et qu'il y parvenait. Son nom suffisait à faire diminuer le taux de criminalité japonais.

Avant son apparition, Akaguro avait abandonné son désir de devenir un héros. Devenir comme les autres bouffons, non merci. Après All Might, cette ambition lui était revenue et il avait tenté sa chance. Ce système pourri, il œuvrerait à son tour pour le changer de l'intérieur. Il lutterait aux côtés d'All Might contre la criminalité, mais surtout contre cette société peu prompte à se bouger pour s'améliorer. A force de se battre pour ce en quoi il croyait, il s'était hissé dans la hiérarchie jusqu'à créer sa propre agence, et ce malgré son physique repoussant et son alter peu ragoûtant. Stain avait des méthodes moins orthodoxes que la moyenne, ce qui lui avait valu quelques avertissements de la commission héroïque, mais qu'importait ? Tant qu'il ne tuait pas quand il pouvait l'éviter, il préférait user de ses propres moyens. Ce ne seraient pas ces bureaucrates le cul vissé à leur chaise qui lui apprendrait comment il devait accomplir son devoir.

Quand il avait appris que les trois gamins qu'il devrait superviser étaient des élèves d'All Might, Stain avait espéré qu'ils ne le décevraient pas. Qu'ils suivaient bien la voie de leur maître. Finalement, bien qu'il ne pouvait pas dire qu'il les appréciait humainement parlant, il savait reconnaître qu'ils feraient tous trois de bons héros.

Si la fille avait fait ses preuves, les deux garçons n'étaient pas non plus en reste. Le premier était le cliché du délégué avec un balai dans le cul, mais sa vitesse, son sérieux et son altruisme faisait de lui un bon élément. Malgré sa reconnaissance de son potentiel, Stain le l'aimait pas beaucoup : il avait tendance à se la jouer un peu et à prendre les commandes quand personne le lui demandait. Quand cela arrivait, le héros se faisait un plaisir de lui rappeler qui était l'apprenti et qui était le professionnel.

Le troisième était celui qui l'intéressait le plus. Il s'agissait de l'apprenti personnel d'All Might. Au début, Stain était tombé de haut : All Might avait-il réellement choisi ce nabot chétif et pleunichard comme successeur ? Mais qu'est-ce qui lui était passé par la tête ? Akaguro assumait son traitement injuste à son égard au début du stage : il lui imposait des exercices plus difficiles que les autres car il voulait voir ce qu'il avait dans le ventre. Les deux autres avaient essayé de protester, en vain. Et malgré cette animosité évidente, le gamin n'avait jamais lâché prise. Même si cela lui prenait des heures, il terminait toujours toutes tes tâches avant de venir le voir pour lui faire son rapport. Quand il participait à de vraies missions aux côtés des trois héros, il montrait sa force, sa détermination et surtout, sa bonté de cœur sans failles qui n'était pas sans rappeler celle de son mentor. Ils partageaient la même envie de sauver les gens et de sauver la société.

Quand il voyait ces trois gamins, Stain se disait que leur société n'était peut-être pas totalement perdue. Si le reste de leur génération suivait l'exemple d'All Might comme ils le faisaient, ils marchaient tous vers un avenir plus radieux qu'il ne l'avait jamais été.

Akaguro n'y croirait que quand il le verrait. En attendant, cela ne l'empêchait pas d'imaginer, de temps en temps, à quoi cette société améliorée pourrait bien ressembler.

– Les gens sont sortis ? s'enquit-il envers la fille.

– Deku s'en occupe, ils seront bientôt dehors.

Parfait. Sans les civils dans le coin, il pourrait accomplir son travail sans risquer de provoquer un scandale. Sa manière d'extirper des informations aux criminels pouvait être choquante d'un point de vue civil. Si la gamine avait été déboussolée au début, elle ne mouftait plus depuis un moment. Stain voyait dans son regard qu'elle n'approuvait pas, mais elle était assez intelligente pour ne pas protester.

– On va pouvoir causer, toi et moi, fit-il d'une voix glaciale en se tournant vers le criminel toujours à terre.

Celui-là couina. Il avait sûrement espéré qu'il en ait terminé avec lui. C'était ne pas bien connaître Stain de penser cela.

Akaguro posa un genou à terre et sortit un poignard de son fourreau. Il posa la pointe de la lame sur le front du vilain, lui arrachant un nouveau cri désespéré.

– Pitié, supplia t-il.

– Déjà, regarde-moi quand tu me causes. Comment tu veux qu'on parle si tu m'ignores ?

L'abruti ouvrit aussitôt ses yeux, révélant des pupilles écarquillées par la terreur. En apercevant les larmes qui menaçaient de courir sur ses joues, Stain ne retint pas un sourire méprisant d'orner ses lèvres.

– C'est mieux. J'ai pas envie de perdre mon temps avec toi, donc tu vas répondre à mes questions. Ne fais pas le malin en essayant de me mentir ou ça finira très mal pour toi, compris ?

Comme il ne reçut aucune réponse, Akaguro appuya sur la lame. Une goutte de sang roula sur le front du vilain pour s'écraser sur son nez.

– Compris ? répéta t-il en haussant le ton.

– C-Compris ! fit le vilain.

– Je préfère ça. Je vais être bref, j'ai pas toute la journée. T'es de mèche avec l'Alliance des super-vilains ?

– Non, monsieur ! Je-Je le jure !

Stain pesta. Sa voix était trop apeurée pour qu'il mente ; il ne faisait pas partie du profil type des subordonnées qui mentaient jusqu'à la mort pour protéger son groupe. En le coinçant, Akaguro avait vraiment cru qu'il avait eu un des membres de cette organisation de pacotille. Quelle perte de temps.

– Tu voulais juste du fric, donc ?

– Oui…

– Pathétique. Va donc pourrir en taule, ça me fera des vacances.

Sur ces derniers mots, il lui laissa une entaille superficielle sur le front avant de l'assommer. Une fois le corps de l'abruti affaissé sur le sol, réduit à n'être qu'une petite chose inoffensive, Stain se tourna vers la fille.

– Toi et les deux autres, livrez-le à la police. Et appelez Spinner pour lui faire un rapport.

Il n'attendit pas sa confirmation pour s'en aller. L'ambiance pestilentielle de la criminalité de bas étage lui donnait envie de vomir. Que l'on se batte pour une cause juste, Stain comprendrait. Il croyait que la fin justifiait le moyen ; dans un autre monde, peut-être aurait-il pu faire un autre choix et se retrouver dans les rangs de ces criminels. Néanmoins, ceux qui ne servaient que leurs propres intérêts et/ou voulaient juste foutre le bordel pour le plaisir ne lui inspiraient que le mépris le plus profond. Il se battait conte eux, les autres, il s'en moquait pas mal. Que les héros qui n'en avaient que le titre s'épuisent contre eux, cela ne le regardait pas.

Stain contempla une nouvelle fois ses lames maculées de sang. Oui, il aurait pu choisir une voie différente pour atteindre son objectif. Au lieu de changer le système de l'intérieur, il aurait pu s'y attaquer de l'extérieur. Au lieu d'assister des adolescents pour les jauger, il aurait pu s'en prendre à eux de front. Au lieu de côtoyer les mauvais héros à longueur de journée, il aurait pu les combattre directement. Au lieu d'intégrer ce chemin, il aurait pu être considéré de la même manière que n'importe quel autre criminel.

Mais maintenant que son choix avait été fait, il s'y tiendrait jusqu'à en crever. Et foi de Stain, celui ou celle qui l'empêcherait de lutter contre ce système pourri n'était pas encore né.e.