Bonjour bonjour ! J'ai écrit ce texte assez vite, et j'en suis plutôt contente ! En le relisant, je me dis que j'aurais pu parler de beaucoup d'autres types d'amour, que j'aurais pu évoquer les mariages blancs ou autres... Mais j'avoue peur que ce soit redondant, je l'admets humblement, déjà que j'ai peur que ce le soit un peu !

Honnêtement je ne pensais pas que ce texte allait ressembler à ça quand je l'ai écrit. Ne vous attendez pas de l'histoire ici : ce n'est qu'une humble déclaration d'amour à l'amour, par le point de vue de Midnight. Un message de paix, d'espoir et d'amour que j'avais envie de véhiculer. Désolée si c'est un peu moralisateur ou peu subtil, je l'ai écrit sans vraiment me prendre la tête, ce fut très spontané !

Bref, ce texte est donc pour le défi 4 : j'ai choisi l'UA Wedding planner !

Bonne lecture !


Kayama Nemuri avait beau être célibataire et libre comme l'air, elle prenait l'amour bien plus au sérieux que la plupart des femmes mariées. En plus de représenter un sentiment absolument MER-VEIL-LEUX, il s'agissait de son moyen de gagner de l'argent, à présent ! Son travail consistait à organiser la journée la plus importante dans la vie d'un couple : le mariage !

Par conséquent, des couples, elle en avait vu passer. Elle connaissait tellement de formes d'amour différentes, à présent. Nemuri se rappelait que lorsqu'elle s'était lancée dans la profession, son esprit se fermait beaucoup à tout ce qui différait de ce à quoi elle avait l'habitude. A l'époque, quand elle pensait amour, elle songeait au schéma classique du couple hétérosexuel de la même origine, où l'homme était plus âgé que la femme, qu'ils souhaitaient fonder une famille pour perpétrer le nom masculin et leurs valeurs communes. Pourtant, au fil du temps, la patronne de l'agence Midnight – spécialisée sur tout ce qui concernait la nuit de noces, mineurs prenez garde en lisant leur affiche ~ – lui avait confié l'organisation de mariages bien différents de sa vision étriquée de ce que devait être un couple. Si au début, Nemuri avait eu du mal à s'y faire, les années avaient fait leur œuvre. A présent, combattait aux côtés des manifestants pour que chaque forme d'amour soit acceptée. Son métier, en plus d'une passion et d'un gagne-pain, était pour elle sa manière de participer à la bataille pour que chaque couple soit égal aux autres.

Bien sûr, elle avait souvent affaire au schéma classique sacralisé par la société, que les conservateurs idéalisaient jusqu'à punir ceux qui n'y entraient pas. Un homme et une femme, tous deux Japonais de sang et de résidence, qui parlaient d'avenir, d'enfant. Que la femme travaille ou non, elle parlait de sa future vie conjugale avec un grand sourire, tandis que son mari la couvait d'un regard affectueux. Si Nemuri se sentait incapable de ne serait-ce que penser à devenir une femme au foyer, elle ne ressentait aucun mépris pour celles qui y aspiraient. En revanche, à ses yeux, ce choix devait toujours leur appartenir. Malheureusement, elle avait aussi rencontré des duos qui ne s'accordaient pas. L'homme ne devenait pas le mari de la femme en l'épousant, mais son dominant. Et elle, pour plaire à sa famille et que la pression sociale la laisse souffler, elle acceptait cette situation, bien qu'à contrecoeur. Dans ces moments-là, Nemuri haïssait son besoin de gagner de l'argent. Elle aimerait tant pouvoir refuser d'organiser le mariage qui scellerait le destin de cette femme… Mais ce n'était pas son rôle. Alors elle ne pouvait que serrer les dents en faisant son travail du mieux qu'elle le pouvait, sans toutefois se retenir de balancer ses quatre vérités à l'homme. Parfois, il demandait lui-même à changer de wedding planner, ce qui lui convenait bien, même si elle devait ensuite faire face à l'éternel sermon de la patronne…

Elle avait beau travailler au Japon, Nemuri rencontrait des gens qui naquirent ailleurs. Que ce soit un seul membre du couple ou alors les deux, la wedding planner comprit bien vite que l'origine ne changeait rien à l'amour. Blanc ou Noir, européen ou asiatique, chrétien ou musulman, toutes ces caractéristiques n'influençaient pas l'amour. Oh bien sûr, certaines cultures voyaient ce sentiment sous un angle différent du bien ; Nemuri avait appris tant de choses en les écoutant ! Souvent elle n'était pas d'accord, parfois elle ne comprenait pas, mais toujours elle respectait. Tant que personne ne discréditait la vision de l'autre, à quoi bon se mépriser ? Au final, ils faisaient tous partie de l'espèce humaine. Ils aimaient tous.

Depuis le texte de loi passé en 20XX sur le mariage pour tous, Nemuri organisait de temps en temps des mariages pour couples homosexuels. Elle s'était très vite rendu compte que le fait de partager le même appareil génital n'empêchait pas les gens de s'aimer avec sincérité. Au contraire ; ceux qui se mariaient possédaient un courage bien triste, car ils osaient officialiser leur relation aux yeux de tous. Malgré la légalisation du mariage entre personnes du même sexe, beaucoup de personnes pensaient encore qu'il s'agissait d'une tare, d'une maladie mentale, ou encore d'une simple « phase » pour se rendre intéressant. Etant profondément hétérosexuelle, Nemuri ne s'était jamais sentie vraiment concernée par la lutte des LGBT+. Maintenant qu'elle avait aidé des couples de ce groupe à se marier, elle corrigeait chaque personne qu'elle entendait faire une remarque discriminante, même s'il ne s'agissait que d'une blague, même si elle devait essuyer mille « vous êtes pas drôle, vous avez vos règles ou quoi ? » pour déconstruire cette homophobie banalisée, celle que les concernés devaient affronter tous les jours. Parfois, certains couples la remerciaient, car elle était la première wedding planner à accepter de s'occuper de leur cas malgré leur sexualité. Nemuri sentait à chaque fois son cœur se serrer. Elle ne devrait pas être remerciée pour ça. Ce devrait être une évidence qu'elle ne fasse pas de différence.

Dans le même thème, Nemuri avait aussi rencontré des personnes transgenres ou non-binaires par son travail. Ayant grandi dans une société qui gardait un tabou extrême sur ces sujets, elle avait mis du temps à comprendre ce que ces deux mots signifiaient, en particulier pour les personnes non-binaires. Les concerné.es prenaient toujours le temps de lui expliquer sans s'énerver ; grâce à iels, elle pouvait à présent expliquer à d'autres dans la même situation qu'elle. Eux aussi subissaient une haine démentielle de la part de la société ; parfois, l'incompréhension devenait du déni. Si on ne comprend pas quelque chose, ça veut dire que ça n'existe pas, non ? pensaient ces personnes. Mais si, Nemuri savait qu'iels existaient. Le sexe biologique pouvait avoir de l'importance ou ne pas en avoir ; cela devait rester le choix de tout un chacun. Le corps n'impactait pas l'amour ; homme ou femme ou ni l'un ni l'autre, cisgenre ou transgenre, le cœur fonctionnait de la même manière. Tous étaient capables d'être attrapé.e par ce sentiment n'importe quand, n'importe où, n'importe comment. Les regards que s'échangeaient les amoureux pendant qu'ils dictaient ce qu'ils voulaient leur mariage ne changeaient jamais, eux.

L'origine sociale non plus ne comptait pas. Les plus pauvres ne possédaient pas les moyens de s'offrir un mariage extravagant ; Nemuri faisait de son mieux pour leur organiser le meilleur possible quand même, afin qu'ils passent un tout aussi bon moment que les personnes riches. Elle n'était pas naïves au point de songer qu'ils ne regrettaient pas leur manque d'argent, mais si elle pouvait combler une partie de ce vide de part son talent, elle le faisait sans hésiter. Pour les plus riches, la liberté que leurs moyens lui offraient la grisait, elle pouvait donner libre-court à son imagination grâce à eux ! Si bien que parfois, ils devaient la réfréner… Riches comme pauvres, tous donnaient à Nemuri l'occasion de pratiquer des exercices différents, et elle les en remerciait pour ça.

La wedding planner pourrait disserter encore des heures sur pourquoi elle aimait tant son travail. Elle pourrait expliquer sans s'arrêter les beautés de la diversité qu'elle rencontrait chaque jour, l'ouverture d'esprit que cela lui procurait. Elle pourrait exprimer longtemps qu'au final, aucun couple ne ressemblait à un autre. Et qu'au final, cela n'avait aucune importance.

L'amour portait, l'amour aidait, l'amour soutenait. L'amour construisait, l'amour détruisait, l'amour palpitait. Souvent il faisait mal, parfois il compliquait les choses, mais jamais il ne voulait nuire. L'amour aimait ; le reste ne dépendait que des gens.

Nemuri était une organisatrice de la célébration de l'amour. Pour elle, il s'agissait du plus beau métier du monde.