La ligne 5
Auteur : PlumePlume
Disclaimer : l'univers et les personnages de Supernatural appartiennent à ses créateurs et je ne tire aucun profit financier de cette histoire.
Pairing : Dean / Castiel, alias destiel
One-shot écrit dans le cadre du défi "Une histoire par jour", du serveur Discord "Le Petit Salon d'Ecriture". Cette histoire correspond aux thèmes 132 "Tu viens de t'évanouir, tu ne vas pas bien.", 133 "L'histoire se passe dans les transports en commun" et 139 "Un personnage perd connaissance".
L'idée d'une fic Destiel coffee shop / college me chatouillait depuis longtemps, donc c'est maintenant plus ou moins chose faite ! J'espère que ça vous plaira :)
Bonne lecture !
Chapitre 3 : L'homme qui tomba
Dire que Dean se rongeait les sangs aurait été un doux euphémisme. Il avait renversé plus de tasses durant cette semaine que pendant les deux dernières années. À tel point que Jo l'avait forcé à prendre une après-midi de libre, en informant Sam de son état, afin que le traître puisse veiller à ce que Dean se repose correctement. Dean avait eu beau jurer tous les saints qu'il allait bien, sa petite sœur de cœur s'était montré intraitable, et Dean s'était retrouvé planté dans le canapé de l'appartement qu'il partageait avec son frère, une tasse de tisane à l'odeur douteuse entre les mains (soi-disant « anti stress » et « régénérante »), alors que Sam lui mettait un épisode de Dr. Sexy, sa série préférée. Dean marmonna que son repos forcé aurait été beaucoup plus efficace si Sam lui avait servi de la tarte et une bière à la place de la tisane, mais il ne récolta qu'une calotte bien sentie derrière les oreilles de la part de son petit frère.
Dean attendit que son géant de petit frère ait disparu dans la cuisine pour sortir son téléphone d'entre deux coussins du canapé, là où il l'avait planqué pour éviter que son frère ne le lui confisque pour, il citait, « t'empêcher de te rendre malade à le regarder à tout bout de champ, dans l'attente de je ne sais quoi, puisque tu t'obstines à ne rien vouloir me dire, jerk ». Dean déverrouilla l'appareil et, comme les trois cents dernières fois, il ressentit un désagréable pincement de déception au cœur en ne voyant aucun nouveau message.
Cas ne l'avait jamais contacté, et ça inquiétait sérieusement Dean. Certes, il y avait mille explications possibles, à commencer par le fait que Cas, fatigué comme il était, aurait très bien pu tout simplement perdre le bout de papier, ou alors oublier de le contacter à la fin de son harassante journée. Mais Dean ne pouvait pas s'empêcher de s'imaginer que c'était beaucoup plus grave. Il ne pouvait pas non plus s'empêcher de se sentir responsable s'il était arrivé quoique ce soit à Cas. Il n'aurait jamais dû le laisser aller en cours dans cet état en premier lieu, peu importe si ça le faisait pour un gros lourd vaguement flippant, il s'agissait de la santé de Cas ! Dean se passa une main sur le visage, il sentait une migraine poindre à l'arrière de son crâne…
ooo
C'était une fin de jeudi après-midi, Dean était en train de se frayer un chemin à travers la terrasse prise d'assaut par les touristes, pour délivrer sa commande – un thé glacé et une part de framboisine – à un client installé à l'autre bout du café. Le téléphone de Dean vibra dans sa poche. Son cœur s'emballa, comme à chaque fois qu'il recevait un message, ces deux dernières semaines. Cependant, Dean prit son temps pour servir la commande, échanger quelques mots et un sourire poli avec le client puis rejoindre calmement l'arrière du comptoir avant de sortir son téléphone.
Son doigt plana quelques instants au-dessus de l'écran, hésitant à le déverrouiller. Il avait fini par redouter la vague de déception qui le frappait comme une claque à chaque nouveau message. Dean inspira brièvement avant de faire glisser son doigt sur le verre. Il ouvrit l'application de message avec appréhension et son souffle se bloqua dans sa gorge en découvrant un nouveau message d'un numéro inconnu.
Bonjour Dean.
Désolé d'avoir mis autant de temps à t'écrire, avec les partiels de fin d'année j'étais fortement occupé. Je voulais juste t'informer que je ne suis pas décédé, et que je viens de recevoir mes résultats, qui m'annoncent que j'ai validé mon année. J'espère que ça se passe bien pour toi et qu'il n'y a pas trop de monde à ton café, avec les vacances qui arrivent.
Très amicalement,
Le futur chercheur maladroit
Dean souriait de manière incontrôlable alors qu'il relisait pour la cinquième fois le message. Cas lui avait écrit. Cas n'avait pas perdu son numéro. Cas n'était pas mort d'épuisement. Pour un peu, Dean en aurait sauté de joie. S'il n'était pas au beau milieu de son lieu de travail. Avec une Jo beaucoup trop curieuse, qui lui lançait un drôle de regard depuis l'autre bout de la salle… Merde.
Il fourra rapidement son téléphone dans sa poche mais le sourire de la jeune femme lui promettait qu'elle ne le lâcherait plus avant d'avoir eu le fin mot de l'histoire. Dean soupira et s'empara d'un torchon puis s'appliqua à astiquer les machines à café du comptoir, pourtant déjà rutilantes. Ça lui donnait un bon prétexte pour se tenir loin de Jo et ses interrogatoires beaucoup trop intrusifs, ne serait-ce que pour un temps.
Dean profita d'un passage aux toilettes pour répondre à Cas, après avoir enregistré son numéro dans ses contacts.
De : Dean
À : Cas
Salut Cas !
Ravi d'avoir de tes nouvelles ! C'est génial pour ton année, faudra fêter ça ;)
Au café c'est plutôt tranquille, comme d'habitude.
Dean se mordilla nerveusement la lèvre avant de composer un nouveau message. Son doigt hésita un instant avant d'appuyer sur le bouton Envoyer.
De : Dean
À : Cas
Du coup, des plans de prévus pour les vacances ?
Dean se lécha les lèvres, inquiet de paraître un peu trop insistant et de faire fuir l'étudiant. Ne voyant pas de réponse immédiate – après tout, c'était normal, Cas avait mieux à faire que de passer tout son temps coller à son téléphone –, Dean fourra son téléphone dans la poche de son jean et ressortit des toilettes.
Les clients se firent étonnement nombreux cette après-midi-là, à tel point que Dean n'eut pas un moment de répit pour regarder son téléphone. Une part de lui se disait que c'était sans doute mieux ainsi. De toute manière, l'appareil était resté désespérément silencieux depuis que Dean avait répondu. Puis l'attention de Dean fut de nouveau détournée par un client qui l'interpellait. Il sortit son plus beau sourire commercial et repartit, plateaux en mains, dans la valse incessante du service.
ooo
La porte de la réserve se refermait dans un bruit feutré alors que Dean se laissait tomber sur une chaise. Ça faisait des mois qu'il n'avait plus eut mal aux pieds à la fin d'une journée de travail. La porte se rouvrit pour laisser passer Jo, qui lui tendit une bière et se tira une chaise à côté de lui.
– Sacrée journée… Je crois qu'on a battu notre record de chiffre d'affaires !
– J'espère bien ! En tout cas mes pieds s'en souviendront.
Ils échangèrent un sourire puis tombèrent dans un silence apaisé. Dean porta la bouteille à ses lèvres, savourant comme il se devait sa bière bien méritée. Jo finit par se tourner vers lui, d'un air malicieux qui n'augurait rien de bon.
– D'ailleurs, Dean… J'ai vu que tu te laissais beaucoup distraire par ton téléphone ces derniers temps…
Dean roula des yeux.
– Jo…
– Dean ?
Il laissa échapper un soupir à fendre l'âme. Le sourire de Jo s'agrandit.
– Serait-ce en lien avec ta maladresse de ces dernières semaines ? Je ne t'ai jamais vu briser autant de vaisselle auparavant…
Dean détourna le regard, vaguement coupable.
– Si tu ne veux pas m'en parler, pas de soucis, mais est-ce que tu pourrais au moins me donner son nom, que je lui envoie un bouquet de fleur de félicitations pour avoir réussi à te mettre le grappin dessus ?
Dean soupira profondément.
ooo
Lorsque Jo le relâcha enfin, il était plus de dix-neuf heures. Dean sortit son téléphone pour envoyer un SMS à Sam pour l'informer qu'il rentrait. Il remarqua alors qu'il avait un nouveau message de Cas. Son cœur fit une embardée alors qu'il cliquait sur la conversation.
De : Cas
À : Dean
Tu me vois ravi de l'apprendre. :)
Concernant les vacances, je pense les passer chez mon frère, qui habite dans le Sud.
Dean ressentit un petit pincement à l'idée que Cas ne restait pas pour les vacances. Il commença à rédiger une réponse, puis l'effaça et à la place bascula sur la conversation avec Sam, pour l'informer qu'il arrivait bientôt. Puis il rangea son téléphone pour monter dans le bus qui venait d'arriver.
ooo
Les dernières lueurs du soleil nimbaient la chambre de Dean d'une lumière orangée des plus poétiques, bien que le jeune homme n'y accorda pas grande attention, trop occupé à pianoter frénétiquement sur son téléphone. Il avait expédié le dîner avec Sam à toute vitesse, engluminant en quelques minutes la moitié de la pizza que son frère avait préparée. Ce dernier lui avait lancé un regard perplexe, mais Dean n'avait même pas pris le temps de relever et s'était enfermé dans sa chambre sans plus d'explications.
Durant son trajet en bus, il avait finalement trouvé le courage de répondre au message de Cas, et depuis l'étudiant semblait intarissable. Leurs échanges s'étaient prolongés tout le trajet, puis Dean avait été forcé de s'interrompre pour manger, avant de reprendre leur discussion de plus belle à peine la porte de sa chambre refermée. Dean avait découvert que Cas maniait le sarcasme avec une dextérité peu commune, ce qui lui arracha plusieurs éclats de rire. Cependant l'étudiant semblait manquer cruellement de pop culture, ce à quoi Dean avait promis de remédier au plus vite, à grands renforts de soirées films. La perspective semblait réjouir Cas autant que lui.
Les sujets de conversations se succédaient, passant tout naturellement des jeux vidéos à la géopolitique puis la mécanique, et ainsi de suite. Cas se révélait être très curieux et ouvert d'esprit, et plus la conversation avançait, plus Dean se sentait tomber pour cet homme qu'il n'avait vu en tout et pour tout qu'à peine deux fois dans sa vie. La conversation finit par revenir sur les études de Cas, et la validation toute fraîche de sa dernière année de licence, validant par la même occasion son diplôme universitaire. Dean soutenu mordicus que c'était un événement à fêter, mais Cas semblait plus réservé à ce sujet.
L'étudiant finit par lui expliquer qu'étant de nature plutôt introvertie, il n'avait, pour commencer, que peu d'amis dans sa promotion. Peu signifiant deux personnes. Et il se trouvait que les deux personnes en question, un certain Balthazar, étudiant étranger en mobilité internationale, et Samandriel, étudiant d'un an le cadet de Cas, avaient déjà quitté la ville pour aller travailler à l'étranger ou à l'autre bout du pays. Laissant Cas sans personne pour célébrer l'obtention de son diplôme…
Dean roula sur le dos et se mordilla doucement la lèvre. Ça faisait plusieurs heures qu'ils discutaient, et il approchait d'une heure du matin. Cas avait clairement l'air intéressé pour discuter avec lui par message, mais ça ne signifiait pas qu'il l'était pour quelque chose de plus concret. Comme aller fêter son diplôme rien que tous les deux… Dans un bar, par exemple… Dean hésita, commença à composer un message, puis l'effaça, le re-formula. Il était tellement perdu dans ses ré-écritures qu'il sursauta en sentant son téléphone vibrer entre ses mains.
De : Cas
À : Dean
Oh. Je viens de voir qu'il est déjà très tard. Je suis désolé de t'avoir tenu la jambe si longtemps. Peut-être que tu es déjà tombé endormi d'ailleurs. En tout cas, je te souhaite une bonne nuit, Dean :)
Dean grimaça. À trop hésiter, il venait de louper l'occasion parfaite. Il soupira et répondit d'un très sobre « Pas de soucis. Fais de beaux rêves, Cas ;) » puis se laissa retomber sur le dos. Il faudra absolument qu'il lui propose de sortir le lendemain. Cas lui avait expliqué qu'il partait le dimanche matin, soit dans deux jours – ou un jour et demi, sachant qu'ils avaient déjà entamé le samedi matin, techniquement. Fort heureusement, Dean ne travaillait pas ce week-end. Il pourrait donc en profiter pour voir Cas avant qu'il ne disparaisse pour deux bons mois. Il soupira et se frotta les yeux, puis la fatigue mêlée du stress accumulé ces dernières semaines s'abattit d'un coup sur lui, et Dean sombra dans un sommeil peuplé d'anges aux yeux bleus.
Lorsque Dean se réveilla, le soleil était déjà bien haut dans le ciel. Il grimaça et ferma les rideaux d'un coup sec, pour se protéger de la lumière. Puis les dernières brumes du sommeil se dissipèrent et il se redressa vivement, cherchant à tâtons son téléphone dans les draps froissés. Il alluma l'appareil et gémit. Onze heures cinq. Abruti de fatigue, il avait dormi toute la matinée. Il se passa une main sur le visage pour achever de se réveiller et se leva d'un bond, pour partir d'un pas déterminé vers la cuisine et la Sainte Machine à Café qu'elle abritait. Il lui faudra au moins ça pour trouver le courage d'inviter Cas à sortir ce soir.
Sam, déjà installé dans le salon, ordinateur sur les genoux, le salua avec un enthousiasme perplexe, mais s'abstint de toute question. Il savait à quel point Dean pouvait être désagréable avant son café du matin. Dean l'en remercia silencieusement. Il se versa une généreuse tasse puis s'installa sur un des tabourets de l'îlot central, téléphone posé à côté de lui, déjà ouvert sur la très longue conversation avec Cas. Il remonta un peu le fil et ne put retenir un sourire. Ils étaient vraiment sur la même longueur d'onde. Ça faisait longtemps que Dean n'avait pas eu de conversations à bâtons rompus avec quelqu'un autre que Sam ou Jo. Il reprit une gorgée de café, qui lui brûla agréablement la gorge, puis se lança dans la rédaction de son message.
De : Dean
À : Cas
Salut Cas ! J'espère que je te réveille pas.
Hier tu m'avais que tu partais dimanche matin, c'est ça ?
Est-ce que ça te dirait d'aller boire un verre avec moi ce soir, pour fêter ta licence ?
Dean se lécha nerveusement lèvres, puis se détourna de son téléphone pour partir en quête de nourriture. Des pancakes constitueraient une distraction parfaite. Tiens, il restait aussi des cupcakes…
Il était en train d'enfourner les pancakes dans le micro-ondes lorsqu'il entendit son téléphone vibrer, sur le plan de travail. Dean inspira profondément puis se détourna des pancakes en train de réchauffer pour consulter son téléphone.
Nouveau message de Castiel. Dean se mordilla la lèvre.
De : Cas
À : Dean
Salut Dean.
Oui, c'est ça, je pars dimanche en fin de matinée.
C'est une excellente idée, je te joindrai avec plaisir. Où et quand veux-tu qu'on se retrouve ?
Une vague de soulagement le traversa. Cas avait dit oui. Il ne l'avait pas effrayé, il ne s'était pas fait des idées… Dean envoya rapidement l'adresse de son bar préféré accompagnée d'une heure puis s'attabla pour savourer sereinement ses pancakes.
ooo
Dean se trouvait ridicule. Tout bonnement grotesque. Il hésitait entre deux chemises contre une lycéenne clichée à son premier rencard… Un instant, il avait pensé à appeler Jo pour demander conseil, mais il savait qu'il n'en entendrait jamais le bout. De même pour Sam, en plus du fait que son frère et sa tignasse de yéti n'avait absolument rien à lui apprendre en termes d'esthétique. Il se résolut donc à utiliser la technique ultime : tirer au sort. Il sortit une pièce de cinquante centimes d'un recoin d'une veste et la lança. Pile. Ce serait donc la chemise grise à carreaux.
Ils avaient convenu de se retrouver au Purgatory à dix-neuf heures. Bien entendu, une heure avant, Dean était déjà en train de tourner en rond devant le bar, l'estomac noué et les mains moites. Il n'y avait aucune raison que ça se passe mal, pourtant. Mais il ne pouvait s'empêcher d'angoisser. Et si Cas décidait de ne pas venir finalement ? Et si son frère lui demandait de venir chez lui plus tôt ? Et si Cas avait réalisé que c'était une mauvaise idée ? Dean se passa une main dans les cheveux et remarqua alors la mère et son enfant à l'arrêt de bus, qui lui lançaient de petits regards inquiets en le voyant gesticuler dans le vide depuis cinq bonnes minutes. Dean leur adressa un petit signe de main, souriant gauchement, et décida qu'il serait mieux au frais dans le bar. Il pourrait même commander un whisky, pour aider à se détendre. Ou peut-être deux…
Finalement, son estomac se révéla beaucoup trop noué pour ingérer quoique ce soit. Dean consulta l'heure de son téléphone et soupira. Il restait encore près d'une demi-heure avec l'heure fatidique. Il se mordilla la lèvre, en maudissant cette stupide idée d'arriver aussi en avance. Dean s'apprêtait à interpeller le barman pour commander quelque chose lorsqu'un mouvement dans son champ de vision attira son attention. Dean déglutit difficilement et se tourna pour faire face au nouvel arrivant.
On ne pouvait pas dire que l'entrée de Cas ne fut pas remarquée. Avec sa chemise bleue cintrée et son jean noir délicieusement moulant, la moitié du bar se retourna sur son passage. L'étudiant balaya la salle des yeux et rougit légèrement en remarquant Dean, installé au comptoir. Dean qui l'observait avec des yeux de merlan fris, la bouche béante. Il la referma pour articuler un « Hey Cas ! » étranglé, et invita l'étudiant à s'installer sur le tabouret à côté de lui. Cas lui répondit par un timide « Hello Dean. » avant de se passer une main nerveuse sur la nuque. Dean se sentit vaguement rassuré de constater que Cas semblait aussi nerveux que lui. L'étudiant reprit, ses yeux bleus venant retrouver les siens.
– Désolé, je sais que tu m'avais donné rendez-vous dans une demi-heure mais je… j'ai pris un peu d'avance.
Dean gloussa.
– Il n'y a pas de mal, je suis arrivé en avance également, donc autant commencer plus tôt…
Ils échangèrent un sourire et tout le stress de Dean s'évanouit.
Dean avait craint que la complicité qu'il avait ressenti lors de leurs échanges par message ne serait pas du tout la même en personne, mais il n'en fut rien. La gêne des salutations passée, c'était aussi agréable et naturel de discuter avec Cas en personne que par écrans interposés. Leur conversation s'écoulait aussi fluidement que s'ils se connaissaient depuis des années. C'était bien la première fois que Dean ressentait ça, surtout avec un presque inconnu. D'après ce que Castiel lui expliqua, ça semblait être de même pour lui.
Lorsque les clients commencèrent à affluer, ils décidèrent de migrer du comptoir jusqu'à une petite table excentrée, dans un recoin du bar, à distance raisonnable des enceintes qui diffusaient à plein volume les grands classiques des musiques espagnoles des années 2000. Malgré son amour inconditionnel du rock, Dean devait bien avouer que le rythme était plutôt entraînant. Une pensée le traversa soudainement. Comme pour y répondre, Cas se tourna vers lui au même instant, l'air embarrassé.
– Hm, la musique est plutôt sympa. Est-ce que tu…
Dean rougit à la demande. Est-ce que Castiel s'attendait à ce que Dean l'invite à danser ? Parce que ce n'était pas du tout dans ses plans. Du tout, du tout… Il s'était déjà suffisamment donné en spectacle sur la piste de danse lorsqu'il était plus jeune, plus jamais. Cas paraissait partager son embarras, il y avait peut-être une alternative. Dean se massa nerveusement la nuque.
– Désolé, Cas… Ce n'est pas contre toi mais ce n'est vraiment pas mon truc, la danse.
Cas parut se détendre instantanément et lui adressa un petit sourire soulagé.
– Dieu merci, je n'aime pas ça non plus.
Ils échangèrent un sourire complice, se perdant encore une fois dans leur drôle de concours de regard. Dean ne se lassait jamais d'admirer Cas. Son corps, son visage, et surtout ses yeux. Il n'était pas aussi fleur bleue, d'habitude, mais, comme dans beaucoup de domaines, Cas semblait toujours faire exception.
ooo
Ils avaient depuis longtemps perdu le fil du temps lorsqu'une serveuse vint tapoter l'épaule de Cas. Plateau sous le bras, elle désigna l'horloge du pouce avec un petit sourire navré.
– Excusez-moi, c'était juste pour vous dire qu'on va bientôt fermer.
Dean fronça les sourcils et consulta l'heure sur son téléphone. L'exclamation de Cas répondit à sa surprise.
– Une heure du matin ?!
Il lança à Dean un regard effaré.
– Je suis désolé, Dean, je n'ai vraiment pas vu le temps passé.
Dean esquissa un sourire amusé et entreprit de rassembler ses affaires, imité par Cas. La fraîcheur de l'air nocturne les saisit dès la porte vitrée du bar franchie. Cas, seulement vêtu de sa fine (et terriblement moulante) chemise, frissonna. Dean retint un sourire en lui proposant sa veste en cuir, prétextant courtoisement qu'il n'en avait pas le besoin. Cas accepta, les joues rosées, sans doute par le froid et peut-être un peu l'embarras. Certainement pas l'alcool, car, perdus dans leurs discussions, ils avaient à peine bu deux verres chacun de toute la soirée. Ce qui était d'ailleurs une première pour Dean.
Ils se baladèrent quelques minutes dans les rues avoisinantes, illuminées par les réverbères et les enseignes multicolores des magasins qui les bordaient. Pour un soir d'été, il y a très peu de monde dehors. C'était sans doute pour cette raison que Dean osa entrelacer ses doigts avec ceux de Cas. L'étudiant esquissa un petit sourire tendre et son pouce vint caresser doucement les phalanges de Dean.
La tension que Dean ressentait entre eux avait brusquement changé à partir du moment où la serveuse leur avait annoncé la fermeture du bar. Dean pouvait sentir le regarde de Cas peser sur lui, s'attardant sur son visage et sa chemise entrouverte. Il déglutit et se tourna vers Cas, pour le prendre en flagrant délit. Mais, à sa grande surprise, au lieu de détourner le regard en rougissant, l'étudiant se contentant de le fixer dans les yeux avec un sourire joueur. C'était donc comme ça… Dean répondit par le regard le plus obscène et suggestif qu'il avait en stock, et ne se gêna pour déshabiller littéralement l'autre homme du regard. Il sentit ses doigts frémirent légèrement entre les siens.
Ils passèrent devant l'arrêt de bus que desservait la ligne 5, et par laquelle Cas été censé rentrer chez lui, mais prirent tout juste le temps de regarder le panneau d'affichage. Tous deux savaient pertinemment qu'il n'y avait plus aucun bus en service à cette heure de la nuit. Cas jeta un coup d'œil, pour la forme, puis se tourna de nouveau vers Dean, avec un air faussement embarrassé.
– Mince… Je croyais qu'il y aurait des bus…
Dean se prit au jeu et répondit d'un ton mélodramatique.
– Mais comment va-t-on faire ? Tu vas être obligé de dormir sous un pont…
– À moins qu'une âme charitable me propose l'hospitalité ?
Il se rapprocha d'un pas, se plantant à une dizaine de centimètres de Dean, leurs torses se touchant presque. Puis l'étudiant reprit plus bas, sans jamais le lâcher des yeux.
– Te sentirais-tu d'humeur charitable, Dean ?
Le prénom sonna à ses oreilles comme un ronronnement, et Dean attrapa Cas par les hanches pour se pencher, lui glissant à l'oreille :
– Plutôt, oui. Mais je te préviens, je n'ai pas de canapé…
Cas frissonna délicieusement.
– Aucun problème…
Satisfait, Dean lui planta un baiser dans le cou, juste sous l'oreille, puis l'entraîna par la main à travers les ruelles.
ooo
La porte de l'appartement se referma derrière eux et Dean remercia silencieusement son frère d'avoir décidé de passer le week-end chez sa copine. Il se retourna pour trouver Cas à deux pas de lui, fixant son torse d'un air presque emprunté. Dean ne put retenir un sourire moqueur. L'enfoiré l'avait allumé sur tout le chemin et voici qu'il était timide alors qu'ils arrivaient enfin à la partie sérieuse…
Il pencha la tête pour croiser le regard de Cas, le forçant à relever la tête à son tour. Dean lui adressa un petit sourire et lui glissa doucement :
– Hey, Cas, ça va ?
L'intéressé rougit et détourna à nouveau le regard. La main de Dean vint lui caresser la joue avec délicatesse. Cas finit par sourire à son tour et attrapa la main de Dean dans la sienne, puis il se tourna pour embrasser la paume.
– Merci, Dean.
Dean lui embrassa le front.
– Ça va mieux ?
– Ça va mieux.
Ils se regardèrent puis Dean entraîna Cas pour s'asseoir sur le canapé. L'étudiant ne put s'empêcher de noter :
– Serait-ce un canapé, sur lequel nous sommes assis ?
Dean roula des yeux, amusé.
– En effet, c'est un canapé. Et je pourrai même te laisser dormir tout seul dessus, si tu continues comme ça…
En réponse, la main de Cas se glissa sur sa cuisse, alors que le visage insolent de Cas se plantait à deux centimètres du sien.
– Tu n'oserais pas…
Dean se pencha et leurs lèvres s'effleurèrent, mais il se détourna pour lui murmurer à l'oreille :
– On parie ?
Dean sentit deux mains se poser sur ses joues, suivies des lèvres chaudes de Cas sur les siennes. Une douce chaleur se propagea dans sa poitrine alors qu'il répondait avec joie au baiser, une main sur la nuque de Cas et l'autre agrippé à sa taille, glissée sous la veste qu'il lui avait prêtée.
Il sentit Cas fondre contre lui et le baiser se transforma en quelque chose de beaucoup plus passionné alors que Dean se faisait allonger contre le canapé. Il grogna de satisfaction en sentant Cas à moitié allongé sur lui, comme une couverture chaude et moelleuse. Une couverture qui l'embrassait foutrement bien, aussi. Puis les mains de Cas se mirent à se balader sur – et rapidement sous – sa chemise, et Dean perdit pied.
ooo
Des gazouillis d'oiseaux tirèrent Dean de son sommeil bienfaiteur. Il mit quelques instants à réaliser où il était et que la couverture douillette enroulée autour de lui était en fait Cas. Dean sourit et caressa avec tendresse les deux bras qui entouraient sa taille. Ils avaient réussi à trouver leur chemin jusqu'à la chambre de Dean, apparemment. Dean en était le premier surpris. Cas s'était révélé étonnement enthousiaste, le moment de gêne passé… Dean amena une des mains de Cas à ses lèvres et s'appliquer à baiser chacune de ses phalanges, ne s'arrêtant que lorsqu'il sentit l'autre homme remuer dans son dos. Dean commença à se tortiller pour lui faire face mais Cas resserra son étreinte et lui embrassa doucement la nuque.
– Hello Dean.
Dean sentit son cœur fondre.
– Hey Cas.
FIN
Et voilà, c'est déjà fini ! N'hésitez pas à me faire part de vos impressions :)
Si cette histoire vous a plu, je peux vous conseiller une autre fanfic, un AU Destiel entre dentist!Dean et teacher!Cas, sur fond de Gabriel qui a des caries à force de s'empiffrer de sucreries : Le dentiste, disponible sur mon profile FF.
Merci d'avoir lu et à bientôt :)
