Bip. Bip. Bip.
Le son du réveil strident, hurlant qu'aujourd'hui était le jour où je reprenais le travail, me réveilla en sursaut ce matin-là. Je regardai l'heure : 7 h 30. Une partie de moi fut étonnée de ne pas avoir été sorti de ma torpeur nettement plus tôt , vers trois heures du matin environ, par des coups de feu de frustration, une mélodie de violon, ou quoi que ce soit d'autre dont Sherlock fusse capable. Après toutes ces années, je commençais même à le soupçonner de ne pas faire régulièrement entendre de telles agitations par pur ennui, mais peut-être était-il plutôt mû par une morose solitude qui résultait en une demande d'attention. Peu importait, ce matin-là, rien de tout ça n'avait eu lieu.
Aussitôt je rentrai dans la cuisine que je ravalai mes pensées. Le détective était affairé à une expérience inexplicable. Si je ne savais pas quels étaient les tenants et les aboutissants de ces expérimentations, ce dont j'étais certain, c'était qu'était impliqué un bec Bunsen,de l'encre noire, et un pauvre pouce, coupé avec une précision légèrement psychopathe (ou devrais-je dire, sociopathe de haut niveau, comme il s'amuse si souvent à corriger). Dégoûté d'une telle vision dès le réveil, mais après tout, pas réellement étonné, je glissai alors un «Salut. » de ma voix rauque encore endormie.
Sherlock leva la tête, comme réalisant à peine que quelqu'un d'autre vivait dans cet appartement, et tourna la tête, un léger sourire aux lèvres.
« Oh, bonjour, John. »
« Je suppose que la table de la cuisine est occupée, je vais donc petit déjeuner dans le sal- »
Je ne terminai pas ma phrase, car la table du salon était elle aussi recouverte de toutes sortes de bric-à-brac. Plusieurs jouets de Rosie, des papiers, quelques livres, une bouteille dont je serais incapable de décrire le contenu, des crayons gras, quelques articles de journaux et mon ordinateur portable, qui devait peiner à supporter le poids des objets posés sur lui, ne représentaient qu'un dixième de la cascade du désordre ambiant présent sur la petite table. Un long soupir s'échappa de ma gorge. Si seulement Sherlock pouvait m'aider, ne serait-ce qu'un peu…
Sur l'aspect de tâches ménagères, on ne peut pas vraiment dire qu'il ai déjà été d'une grande aide, mais maintenant que je me retrouvais père célibataire, conciliant la garde de ma fille, les enquêtes avec lui et, depuis peu, le travail (il fallait bien payer le loyer), on pouvait dire avec certitude que j'étais dépassé. Finie, ma vie sociale. Du moins avec d'autres personnes que Sherlock, ma fille, Lestrade et Mrs Hudson. Je peinais même à trouver un moment pour discuter avec Molly, ces temps-ci. (Il fallait quand même ajouter que, depuis Eurus, la pauvre esquivait de plus en plus la compagnie du détective, et, me trouvant souvent en sa compagnie, m'évitait aussi par extension.)
Toujours est-il que je me retrouvais donc dans entre le salon et la cuisine, je n'étais pas lavé, encore moins habillé, à chercher un coin potentiellement vide où il y aurait assez de place pour poser un toast et de la confiture, supposant que j'arrivais à récupérer ces ingrédients dans la cuisine, elle aussi envahie par le désordre et un sociopathe qui réalisait des expériences plus que douteuses comme si de rien n'était.
Un nouveau souffle guttural se fit entendre de ma part.
« Arrête de soupirer, John, non seulement tu me déconcentres, mais en plus, cela n'altérera en aucun cas ta situation. »
Je me tournai, fronçant les sourcils.
« Ma « situation » ? »
« Oui, visiblement, tu peines à trouver un endroit disponible pour manger. »
« Et donc, il ne te vient pas à l'esprit de faire un peu de place, ou encore mieux, de virer ta petite expérience ? »
Sherlock leva les yeux et me transperça de son regard clair.
« C'est très important »
« Je pars au travail dans moins d'une demie-heure, tu ne veux pas me laisser un petit espace ? Ranger un peu, pendant que je vais me doucher ? »
« Comme tu le vois, je suis occupé. »
Je pinçai l'arête de mon nez, par agacement en face d'une obstination aussi enfantine
« Sherlock… »
Il baissa un peu la tête et fit, certainement à contrecœur
« Je te ferai un peu de place, d'accord »
Remerciant alors l'esprit mystique qui était parvenu à faire changer Sherlock d'avis, je me retirai dans la salle de bain.
