Disclaimer : Aucun personnage ne m'appartient.


Malgré la douce beauté de la journée, le ton comme les humeurs étaient moroses à Palm Glade. Jim Longworth enquêtait sur la mort d'un petit garçon de huit ans, disparu quelques jours plus tôt et retrouvé seulement dans la matinée. En plus de cette affaire mystérieuse, qui le plaçait sur une pente glissante car il avait failli envoyer un suspect à l'hôpital, il savait qu'en cette période de l'année, son collègue et meilleur ami ne serait pas à prendre avec des pincettes. La cause selon Jim : l'anniversaire de Carlos qui aurait lieu le lendemain. Le policier avait parfaitement noté ce fait qui survenait tous les ans et dont il comptait cette fois lui parler : son ami était distant tous les ans. Laissant cela de côté pour le moment, il espéra que le légiste ne serait pas trop hargneux après avoir du autopsier le corps du petit. Carlos Sanchez aimait son travail sauf le dimanche, quand celui-ci le privait d'un parcours de golf ou d'un bon moment en famille pour à la place enquêter sur le décès d'un enfant. Et il n'était pas le seul, ces affaires mettaient la plupart des policiers ou scientifiques au tapis, le moral au plus bas.

Trouvant Carlos dans son laboratoire alors que celui-ci était supposé être à la morgue, Jim expira. Il ne se rendait presque jamais à la morgue sauf s'il avait envie de le taquiner durant l'autopsie. Cependant, le déroulement trop mou de l'enquête le dérangeait et il espérait quelques détails mais n'y ayant pas trouvé Carlos, il était passé au laboratoire. Son bureau, ceux de Jim ou de Colleen étant vides de toute présence, il n'y avait pas beaucoup d'endroits où Carlos pouvait exercer sa profession et par chance, il le trouva.

- Je t'ai attendu à la morgue. Ça va ?

Son ami hocha juste la tête en fixant le vide, assis.

- Oh non, ça ne va pas. Je te connais.

Malgré l'air constamment sérieux de Carlos, Jim avait repéré quelque chose. Il prit une chaise qu'il posa face à la sienne et resta sans rien dire.

- Cesse de me fixer comme un suspect ! grogna Carlos.

- Pourquoi tu dis que ça va alors que tu as la tête ailleurs ?

- Parce qu'un "non" est toujours suivi par une ribambelle de questions auxquelles personne ne veut répondre. Moi surtout !

- C'est vrai ça ! sourit Jim.

Restant un moment sans rien dire, Jim sut que le brun allait perdre patience en le voyant planté près de lui et il préféra en venir aux faits.

- Pauvre gosse. Mais au moins son corps a été retrouvé, peut-être que ça soulagera sa famille.

- Ne te fais pas d'illusions, Jim.

Fixant le plus jeune, il haussa les sourcils.

- Ils le croyaient kidnappé alors dans ce cas-là, il y avait encore une chance pour eux qu'il réapparaisse vivant. Maintenant ils pleurent parce qu'ils le savent mort et probablement assassiné, alors je n'y vois aucun soulagement.

Jim resta sans voix après avoir entendu ça. Il avait encore parlé trop vite et il avait tendance à oublier que Carlos était père lui aussi.

- C'est vrai, pardon.

Il laissa quelques secondes passer, le temps que Carlos n'ait digéré ses propres paroles trop crues.

- Tu es là parce que tu penses à elles ?

- Qui ?

- Tes filles ! précisa Jim.

Surpris, Sanchez se redressa sur sa chaise.

- Ah non ! Je pensais que le gamin pouvait avoir chuté, c'est tout. Ce sont les seules conclusions auxquelles je parviens et qui tiennent debout, tout le reste ne mène à rien de solide.

Longworth se releva en lui tapotant le bras.

- Ça ne pourra être précisé qu'après l'autopsie.

- Qui est faite !

Étonné, le blond se rassit immédiatement en se demandant si Carlos n'était pas en train de lui mentir.

- Quoi ? Ben tu l'as faite quand ?

De son air satisfait et un brin supérieur, Carlos croisa les bras.

- Tout de suite dès l'arrivée du corps, pendant que tu étais parti pour faire du gringue à ton infirmière. Désolé d'avoir le sens des priorités.

- Nianiania ! Tu es bien content que Callie soit là de temps en temps pour t'appuyer.

- C'est plus pour lui rendre service mais oui, elle peut voir les choses sous un angle différent. Mais c'est plus toi que ça arrange, lieutenant. Et même dans ces moments, vous ne faites que vous tourner autour. C'est exaspérant parce qu'on dirait que vous ne savez pas ce que vous voulez.

Il questionna son ami qui parut ailleurs tout à coup, mais ce dernier resta sans rien dire. Jim ne cessait de grogner intérieurement contre le meurtrier - si meurtrier il y avait - car son ami scientifique ne rejetait pas l'hypothèse d'une poursuite ayant entraîné une chute, et il le savait très intelligent. Le petit Alexio Cortes avait été retrouvé près d'un marais, seul et le crâne fracassé. L'objet de sa mort demeurait à ses côtés, une pierre dont l'apparence pouvait faire parvenir à ce résultat : pointue et couverte de son sang. Cependant la terre était glissante au bord de l'eau et peut-être que l'enfant avait cru voir quelque chose nager à travers la vase, ayant ensuite la curiosité de se pencher. Il aurait glissé et serait tombé en voulant se rattraper. Jim avait soutenu cette théorie étant donné l'environnement. L'isolement du marais n'empêchait aucun promeneur de passer par-là, ils étaient fréquents et il n'y avait aucun animal dangereux.

- Oui mais disparu depuis des jours et aujourd'hui, il apparaît dans un endroit où il aurait du nous être signalé avant, je ne pige pas.

Les deux hommes avaient recommencé à débattre.

- Justement, s'il s'agit d'une chute... regarde le temps qu'il fait depuis des jours, il y a de quoi dissuader une grenouille de mettre le nez dehors. Même un prédateur ne trouverait rien à pourchasser alors si personne ne sort, personne ne le voit.

DRING

Regardant son téléphone, Jim fronça les sourcils puis fixa Carlos à s'en attirer des moqueries.

- Oh la tête ! Quoi ? Tu veux ma photo ?

Rigolant en jugeant son mauvais caractère, Jim décrocha sans lui répondre.

- Celui-là, je te jure. Allô ? Daniel, je peux savoir pourquoi tu ne ramènes pas tes fesses ? T'es rentré dormir ou quoi ?

- C'est lui au téléphone ?

Râlant de nouveau, Carlos en vint à imaginer que son assistant était reparti tranquillement mais Jim étant du genre à parler sans réfléchir, il n'en dit plus.

- Ah d'accord ! Bon ben c'est super, je vais le dire à Carlos.

- Me dire quoi ? S'il est rentré chez lui, ça va barder.

- Pourquoi tu vas imaginer ça ?

Haussant les sourcils, Carlos souffla :

- C'est toi qui me dis ça ?

- Il a du boulot comme nous mais il voulait éviter de bouger pour si peu.

- Ben bravo ! Je le retiens. Alors accouche, il t'a dit quoi ?

- La trace longue près du marais provient d'un vélo.

Attentif, Carlos tendit l'oreille.

- Un vélo ? Dis-m'en plus.

- Probablement un dérapage. Un vélo de petit modèle, donc son vélo vu la fraîcheur des traces et on a de la chance qu'elles soient encore là parce qu'il a replu depuis. D'après Daniel, qui je précise est justement retourné sur les lieux pour jeter un œil, les branches d'arbres tombées au-dessus ont empêché l'eau de tout souiller. Il a été repêché dans le marais il y a vingt minutes, il était caché par la vase. Sa mère vient de confirmer que le petit Alexio était parti avec, elle est dévastée.

- Il n'y a aucun courant dans un marais et il n'est pas profond, pourquoi personne ne l'a dragué ?

- Le sang sur la pierre. On pensait plus à chercher un meurtrier, pas la créature du lac noir. Surtout que le petit a été trouvé tard dans un endroit où il n'aurait pas du se trouver de ce temps. Pour nous, un malade lui avait fracassé le crâne avec cette pierre.

S'asseyant sur un petit carré de terre, Jim fixa le soleil en soupirant de soulagement.

- Son vélo a du suivre son élan quand le gamin a essayé de se rattraper. C'est triste mais d'un côté, je préfère ça.

- Si tu le dis... il n'y a sûrement rien de pire que de mourir seul, surtout pour un gosse qui ne se rend pas compte de ce qui lui arrive.

- Ben oui mais Carlos, en tant que père tu préférerais quoi comme...

- Wow !

Ce dernier s'énerva et pour cause, ce genre de conversations tournaient toujours mal.

- Je préférerais ne rien envisager, penser à perdre une de mes filles me fout le cafard. T'es dingue ?

Jim réalisa à quel point il en avait trop dit car même si son ami avait un caractère bougon, il avait des sentiments. Il revint vers lui au moment où Carlos lui tourna le dos, feignant de trouver de quoi s'occuper.

- Pardon, ce n'est pas ce que je voulais dire. Désolé, désolé. Il va quand même falloir le dire aux parents.

- Ça, ce n'est pas mon boulot. Dire que ce gamin est mort seul... et le pire est que ça n'a pas été immédiat.

- Pauvre gosse. Je vais reprendre une affaire, ça me fera penser à autre chose.

- Voilà qui fait plaisir à entendre, lieutenant. Il y en a plein sur le feu, tenez ! Daniel sera là dans dix minutes, il était retourné sur les lieux et apparemment, c'est grâce à lui si l'affaire est classée. Jim !

- Mais euh...

- Quel gamin ! soupira Carlos.

- Vous voulez une nouvelle affaire alors prenez-les, c'est un ordre.

Colleen Manus, qui venait de les surprendre, tendit deux dossiers bien épais à Jim. Ou plutôt elle sembla les lui imposer mais il les ouvrit avec entrain pour oublier le cas de l'enfant. Carlos et elle se saluèrent comme d'habitude, et celui-ci s'occupa de vérifications de dernière minute concernant une analyse de sang dans une affaire de cambriolage raté il y a une semaine. Jim grimaça en feuilletant le premier dossier, et lui qui pensait récolter "mieux" pour le deuxième, rien ne s'arrangea et il enchaîna des grimaces qui firent presque peur à Colleen.

- Oh non ! râla t-il.

- Tu verrais ta tronche... alors ?

Carlos rigola avant de le questionner une nouvelle fois, mais la patronne lui fit un signe négatif du doigt et força Jim.

- Vous n'êtes pas en train de choisir votre menu à la cantine. Vous devez en prendre un.

- Oui mais ça...

- C'est un ou les deux ! coupa Colleen.

- D'accord ! Bon, celui-ci. C'est la merde...

- Vous dites ?

- Non, rien.

Colleen n'insista pas et quitta le labo d'une démarche triomphante, Carlos pouvant maintenant harceler son collègue pour plus de détails. Il se détacha du microscope et croisa les bras en attendant.

- Qu'est-ce que tu récoltes ?

- Ce que je sème apparemment. Tout le monde m'en veut ou quoi ?

- Comme affaire, je voulais dire.

- Le violeur en série.

Carlos grimaça et Jim ne cacha pas sa colère.

- Putain, je déteste les violeurs.

- Comme tout le monde, mais quelqu'un doit le faire.

- En plus, une femme serait plus appropriée pour parler à une victime d'agression sexuelle. Sauf évidemment si la victime est un homme.

- En effet, mais une femme n'est pas forcément en mesure de casser la gueule à ce violeur quand elle l'alpague. Toi, tu pourras te faire plaisir.

Jim afficha un léger rictus en serrant le poing.

- Ah ça oui !

- Sinon l'autre affaire, c'était quoi ?

- Bonjour docteur Sanchez ! Bonjour Jim !

- Bonjour Daniel !

Daniel s'était pointé à l'entrée du labo avec le souffle coupé, le chauffeur de taxi lui ayant fait une frayeur en "conduisant comme un dingue", donc Carlos dut se répéter en voyant son ami perdu dans des photos horribles à regarder.

- Daniel, salut ! Un infanticide, Carlos.

- Encore ?

- Oui, et je crois avoir eu ma dose d'enfants sur le billard. Quant à cette façon de m'imposer les cas les plus lugubres de la société, je... Carlos, je t'aime. Tu viens de me donner une idée.

Le nez encore dans le microscope, le scientifique répondit de façon détachée comme à son habitude :

- C'est très attentionné de ta part mais aussi bel homme que tu es, j'aime trop ma femme pour la quitter. Surtout pour toi, je ne suis pas désespéré.

- Ah ah ! C'était mesquin, ça. Quoi que pour ma part, tu es plutôt séduisant pour ton âge. Tout bronzé, bien en chair...

- Pour mon âge ? Non mais tu vas te... et puis comment ça "bien en chair" ? Dis que je suis obèse tant que tu y es !

- Je dis que tu as tout ce qu'il faut là où il faut et rien de plus. Tu es plus musclé que tu en as l'air et tu as un peu de graisse, ça donne un équilibre parfait.

Le dévisageant, Carlos recula la tête.

- Tu me détailles ? Tu sais que tu commences à me faire peur, toi ? Si jamais...

- En fait au départ, je voulais souligner que madame Jeff...

- Quand on y pense, vous pourriez être homosexuels tous les deux, docteur Sanchez. Ou bisexuels vu que vous aimez tous les deux une femme, tout repose sur des concours de circonstances.

Et voilà ! En plus de Jim qui venait de couper la parole à son ami, Daniel l'avait suivi sur ce très mauvais chemin en perdant l'occasion de se taire. Lui qui venait d'arriver reçut un accueil des plus mitigés. Carlos leva les yeux au ciel alors que Daniel Green venait de sortir sa première idiotie de la journée, selon lui. Les deux têtes se relevèrent alors que le stagiaire venait d'ajuster sa blouse tout en ravalant amèrement ses paroles face aux yeux plissés et mauvais de Carlos, son regard à lui passant nerveusement de l'un à l'autre. Jim, quant à lui, avait les yeux écarquillés.

- Tu connais le second degré ? râla le scientifique.

- Bien sûr, mais je ne m'en serv...

- Alors mets-toi au boulot.

Le garçon obéit sans attendre mais une fois assis, ne put contenir sa dernière estimation :

- Je ne parlais pas avec humour ni sous-entendu, je disais ça en toute franchise. Les personnes amies étant favorables à ce genre d'humour sont plus susceptibles de se rapprocher sentimentalement ou sexuellement si le contexte le permet.

Se pinçant l'arrête du nez en levant la tête, Jim couina :

- Et il s'enfonce, le malheureux ! Je vais devoir le ramasser à la petite cuillère.

- Rassure-toi, Jim. S'il continue sur sa lancée, il n'y aura plus rien à ramasser.

- C'est bien ce qui me fait peur alors reste cool, d'accord ?

- Ça ne vous a jamais tenté ? s'aventura Daniel, excité par le sujet.

Carlos, qui s'était retourné pour essayer de se concentrer sur une fiche d'analyse sans rapport avec l'affaire, tapota des doigts sur son bureau et montra sans problème à quel point le stagiaire l'exaspérait.

- Tu en as d'autres des comme ça ?

- Je disais juste que comme vous êtes toujours ensemble... vous plaisantez, vous vous disputez et vous vous chamaillez. Comme un couple, quoi ! L'amour n'a pas de sexe.

- C'était une façon polie de te demander de la fermer mais je peux être bien plus cru. Tu voulais une autre affaire, Jim ? Je vais tuer Daniel, tu es content ?

Malgré qu'il fut habitué à la mauvaise humeur de son ami légiste, cet élan de provocation physique et verbale étonna Jim qui était pourtant amusé par la discussion.

- Reste zen, Carlos.

- Docteur Sanchez, décoincez-vous.

- C'était plutôt rigolo, Carlos... laisse !

Posant la main sur son épaule lorsqu'il s'approcha trop vite du jeune homme qui voulait se rattraper, Jim parla avec calme car il remarqua que celui de son meilleur ami s'était volatilisé. Lui qui était pourtant amusé par la situation, voir son ami s'énerver pour si peu le força à détourner la conversation.

- Ne te mets pas dans cet état, c'est un gamin et les jeunes ont tendance à tout tester. Dis-toi qu'il pensera différemment le jour où il épousera sa propre Marisol.

- Si tu lis des magazines pornos ou féminins, grand bien t'en fasse mais n'essaie pas de m'analyser.

Soupirant alors que le Latino gardait le regard rivé sur sa proie en la menaçant, il voulut lui sauver la mise.

- Carlos, il ne voulait pas te manquer de respect alors calme-toi. Il connaît les murailles imposées par la religion ou l'amitié, comme tout le monde. Hop hop, non ! Tu te tais maintenant, Daniel.

- J'allais m'excuser...

- Oui mais non, plus tard.

Green s'installa sur son microscope et se renfrogna devant le sale caractère du patron, ce qui ne l'empêcha pas d'en rajouter une dernière :

- Nous avons passé l'an deux-mille il y a longtemps. Les murailles sont pleines de failles de nos jours, et on appelle ça la tolérance.

Jim rattrapa son ami à temps avant que Daniel ne finisse en pâtée.

- Eh toi, viens avec moi. Il faut que je te parle d'Alexio.

Son ami, perdu, fronça les sourcils.

- Qui ?

- Le petit décédé, Carlos.

- Ah oui, j'oubliais. Comme quoi...

Jim murmura :

- Tiens, garde en tête ce jour où je t'ai vu mater ces filles devant le "Cancun". Ça m'a surpris mais d'un côté, c'est le genre de choses qui montrent que tu n'es pas impénétrable et que tu es capable de te laisser un peu aller. Ce n'est pas pour rien que c'était l'endroit où régnait l'infidélité, gros coquin ! rit Jim.

- Ah la ferme ! En plus je... je t'entends Daniel, alors bosse !

Il soupira en détournant les yeux de son assistant alors que Jim l'éloignait en commençant sa litanie, résumé de son début d'enquête.

- Vous en connaissez beaucoup, des hommes croyants qui trifouillent des cadavres ? Enfin je me comprends. Le métier existe parce que de nos jours, on peut tout faire dans le respect y compris s'occuper des morts... hé !

Aucun des deux n'avait vu Sanchez agir et ce dernier se laissa emporter par son tempérament, cette fois comparable à un volcan. Il saisit Daniel par la blouse et attrapa la première chose qu'il avait sous la main sans même la regarder, mais la seule chose qu'il vit fut la peur dans les yeux du garçon et les bras de Jim qui lui passèrent devant pour le canaliser en lui parlant. Se sentant insister comme un fou furieux sans savoir ce qui l'y poussait réellement, Carlos n'entendit plus que la voix de plus en plus lointaine de son ami.

- Carlos, lâche-le. Hé !

Il dut employer la force car le scientifique commençait à faire de même sur le jeune homme.

- La religion n'est pas une barrière pour moi, sinon je n'aurai jamais tenu un bistouri dans les mains alors ne fais pas comme si tu savais tout de moi.

- Mais docteur Sanchez...

- Lâche-le maintenant ! Ça va en ce moment ? Viens, on va aller prendre l'air. T'inquiète Daniel, je vais le museler une fois dehors. Carlos a toujours été bourru.

Choqué, le garçon répondit à Jim sans quitter le scientifique des yeux :

- Oui, oui, je vous crois sur parole.

- Allez mon vieux, on lâche tout doucement... allez...

Encore agité, le Latino lâcha enfin la blouse du jeune homme qui se renferma complètement sur son tabouret, peu fier de lui mais approuvant l'ordre de Longworth d'apprendre à se taire quand il le fallait. Jim entraîna son collègue à l'entrée du labo tout en le menaçant de l'enfermer s'il le fallait, puis eut enfin l'assurance de ce dernier de bien se comporter dès lors qu'il aurait pris un bol d'air frais. Et effectivement, une fois dehors, le scientifique se sentit plus serein en fixant le ciel et il ne cacha pas sa honte.

- Je suis désolé.

- Tu peux. Je ne t'ai jamais vu comme ça, qu'est-ce que t'as eu ? J'ai cru que tu allais le tuer.

- Je suis de mauvaise humeur et jusqu'à présent, ça n'a jamais été un crime. Mais je vais en commettre un dans les prochaines secondes si tu n'enlèves pas ta main de là.

- Quoi ? Ah oui ! Tu perds carrément le sens du contact dans tes mauvais jours, en fait ? Tu n'as jamais été comme ça même avec moi. C'est à cause de Daniel et de ses suppositions ?

- Tu auras au moins remarqué une chose utile pour ta survie.

Longworth secoua négativement la tête.

- Je n'en crois rien. Mais j'ai remarqué que tu mets un point d'honneur à être en retard une journée par an. La veille de cette journée annuelle, tu es toujours de mauvaise humeur et ce jour est la veille de ton anniversaire. Voilà pourquoi tu es colérique aujourd'hui, ce n'est pas à cause de la petite référence "gay" de Daniel. Il se passe des choses désagréables pour tes anniversaires ?

- Ça me regarde.

- Je ne te reproche rien, on fait presque tous un truc spécial pour notre anniversaire alors les retards, ça peut s'envisager. Comme tu es scientifique en chef, tu commandes. Mais qu'est-ce que tu peux bien faire pour combler ces retards, toi qui es si pointilleux pour les heures de travail ?

- Ça me regarde.

Le blond haussa les sourcils.

- Encore ? Apparemment c'est personnel... familial peut-être. Perte d'un proche ?

- Pas du tout ! trancha Carlos.

- Quoi qu'il en soit, tu seras en retard demain et je t'attendrai sagement ici comme tous les ans. Tu ne me diras rien en arrivant, j'imagine ?

Jim lui offrit un large sourire alors que Carlos ferma les yeux en expirant. Alors que le blond allait lui remémorer la scène du laboratoire, Sanchez prit les devants.

- Je sais, j'irai m'excuser auprès du gamin. Mais uniquement quand je pourrai le coincer dans une pièce sinon il prendra la fuite.

- Je préfère ça ! sourit Jim.

- Tu crois que je lui ai fait peur ? ironisa le scientifique.

Riant avec lui, Jim conclut :

- S'il est encore au labo, c'est un surhomme. Les stagiaires sont faits pour être malmenés de temps en temps, ça lui passera. En plus, il t'admire tellement que s'en est presque malsain.

Bien que partiellement concentré sur son enquête l'après-midi, Jim se laissa aller à imaginer ce que pouvait organiser son ami à chacun de ses anniversaires. Mystérieux, silencieux, ronchon... si Carlos n'avait perdu personne ce jour, que pouvait-il bien faire chaque année ? Un sourire en coin, Jim se promit de faire une petite virée le lendemain afin de satisfaire sa curiosité. "Je parie qu'il ne sera même pas là" pensa t-il.

à suivre...