TITRE : Le Mensonge du Siècle

RÉSUMÉ : Draco Malfoy, détective privé, se spécialise en crimes de super-héros. Un événement soudain le plonge en eaux profondes. UA.

GENRE : UA / Romance x Fantasy x Suspense

RATING : M

NOTES : Est-ce que ça se voit que j'ai (presque) fini la série The Boys et tout aimé du concept au point de baser une fic entière dessus ? Moui, je pense. Est-ce que ça se voit qu'écrire une histoire sombre, voire une histoire tout court, m'avait terriblement manquée ? Think so, too. Très bonne lecture à tous ! xo.


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Le pub semblait miteux.

Non pas que Draco se soit attendu à un bar lounge cinq étoiles ou même au rooftop de la Tour Lumos. Mais le pub paraissait réellement miteux.

Logé au fond d'une étroite impasse au sol jonché d'ordures, sa seule présence était indiquée par une pauvre enseigne dont le néon menaçait à tout moment de rendre l'âme. L'ampoule incertaine surplombait une lourde porte en fer rouillé sur laquelle Draco frappa quatre grands coups avant de reculer d'un pas, sa main de nouveau dans sa poche. La moitié d'une minute s'écoula, puis le petit judas rectangulaire fut brusquement coulissé, révélant deux pupilles dilatées et suspicieuses.

« Code ? » lui aboya-t-on.

« Cet oasis sera ta tombe. » récita sagement Draco.

Il laissa à la paire d'yeux le temps de l'ausculter des pieds à la tête, plisser des paupières, le scruter à nouveau. Puis la petite ouverture fut refermée tout aussi vigoureusement. Et plus rien ne se passa.

Draco resta froidement immobile devant la porte, regard fixe et méninges en ébullition. Dans son esprit, des ébauches de plans B et C assurant chacun son entrée prenaient déjà rapidement vie. D aussi, se rappela-t-il en traçant le relief du neuf millimètres caché sous son imper.

Clic.

Quand soudain, un entrebâillement. Aussitôt après, la ruelle obscure se trouva baignée du même halo bleu électrique qui éclairait le vestibule du pub, un lointain martèlement de house retentissant en sourdine. Draco relâcha silencieusement son souffle puis avança vers la porte entrouverte. Personne ne mourrait, finalement.

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L'escalier menait droit vers les entrailles de la Terre. Draco n'en voyait plus la fin. À chaque marche descendue, le halo bleu de l'entrée devenait un souvenir, avalé par les abysses et ses pulsations musicales frénétiques. Lorsque tout autour du blond ne fut plus que pénombre, l'escalier rendit enfin son corps au sol.

Ainsi enterré, la bâtisse n'était plus un pub quelconque, mais l'antre même de la luxure. L'atmosphère y était étouffante, poisseuse. La house auparavant audible de loin vrombissait à présent dans un martèlement anesthésiant qu'entrecoupaient rires gras et soupirs lubriques. Draco progressa précautionneusement vers l'avant, un pied devant l'autre, ses yeux s'habituant à la noirceur jusqu'à lentement y distinguer des ombres, des formes, des corps mêlés ou gisant seuls sur les ottomanes, en clairs états de défonce.

À quelques mètres de là s'érigeait l'îlot d'un bar faiblement éclairé autour duquel quelques têtes reconnaissables étaient attablées. Aucune présence choquante pour ce que Draco connaissait déjà d'elles, mais juste pour le spectacle, il ralentit un peu le pas.

Il y avait Nymphadora Tonks, encore dans son costume de Shape Shifter, qui attendait qu'une magnifique rousse fasse couler du champagne droit dans sa bouche tout en la doigtant sous sa jupe. Il y avait George Weasley, à demi-noyé dans ce qui semblait être son sixième verre de whisky, le regard affreusement vide. À sa droite, Colin Creevey se préparait cinq lignes blanches à l'aide de sa carte bleue d'adolescent millionnaire, un garde du corps posté juste derrière lui. Alecto Carrow était aussi de la partie avec, à sa droite, un homme pâle et titubant qu'elle mordait régulièrement au bras pour faire ensuite couler son sang dans un verre à shot et savourer lentement son contenu, canines à l'air libre.

Draco poursuivit son chemin.

Le point de rendez-vous n'était pas dans l'espace de débauche principal, mais dans une plus petite pièce mitoyenne où la musique résonnait en échos feutrés. Les murs en pierres y maintenait une température ambiante supportable et les lampions verts en hauteur permettaient de voir sans trop être vu. Une poignée de tables s'y trouvaient aussi et Draco s'installa à l'une d'entre elles, regrettant aussitôt de ne pas avoir au moins commandé un Manhattan au bar pour occuper ses mains.

À défaut, il repêcha son téléphone de sa poche et balaya machinalement ses récentes notifications — mail d'huissier, pop-up du Slytherin Times, propositions d'affairesfoireuses à prix foireux, quatre appels anonymes, 'Escobar est rentré' de Noor, six appels manqués de sa mère. Aucun signal téléphonique, hélas, et le blond finit donc par ranger son portable. Puis ravaler un juron de semi-choc. Sans même qu'il n'ait entendu ou senti son arrivée, Veritas était déjà installé devant lui et le dévisageait fixement.

Draco se devait d'être honnête : dans un contexte différent, jamais il ne l'aurait reconnu. D'aussi près, le super-héros paraissait simultanément identique et étranger aux posters de l'Ordre saturant les panneaux publicitaires de la ville. Une capuche engloutissait une bonne partie de son visage et sa veste en cuir faisait fondre son corps dans l'obscurité, tel un fantôme porté par ses propres habits. Le bleu vif de ses yeux trahissait toutefois le camouflage et rendait son regard hyper-alerte malgré les impressionnantes cernes surplombant ses pommettes.

« Repos nécessaire » avait annoncé Lumos à son sujet, un mois et demi plus tôt. Résultat d'une mission anti-Mangemorts l'ayant vraisemblablement laissé dans un état critique. Par principe, Draco ne croyait jamais sur parole les communiqués officiels. Avoir baigné dans l'aristocratie lui avait appris que toute vérité présentée au public était soit édulcorée, soit fabriquée. Mais face au creusement des joues de Veritas, aux clignements surnaturels de ses paupières et à cette foutue jambe qu'il faisait bouger nerveusement sous la table, force était de constater que certaines vérités pouvaient encore exister.

Ses esprits repris, Draco se redressa sur son tabouret pour prononcer :

« Ver… »

« Non. » l'interrompit le héros, et sa voix caverneuse était aussi aux antipodes des spots télévisés où l'éclat de son sourire rendait aveugle. « Je ne suis pas là. Je n'ai jamais été là. Nous n'avons pas eu cette conversation. »

Draco hocha simplement la tête. Le secret-défense, il savait faire.

« Quelle conversation dois-je donc oublier ? » reformula-t-il.

Veritas plongea une main à l'intérieur de sa veste, mais se ravisa au tout dernier moment. Ses yeux papillonnèrent ensuite d'un bout à l'autre de la pièce, s'attardant sur une table puis sur une autre avant de se reposer sur Draco, un poil exorbités. Tout en lui transpirait la terreur.

« À toute fin utile, personne ne m'a suivi. » lui fit alors savoir le blond.

« Personne ? » s'assura Veritas.

« Certain. »

« Et qu'est-ce qui vous le prouve ? »

Draco retint un magistral roulement d'yeux, reconnaissant le scénario habituel. Ce moment vu et revu où le héros face à lui sous-estimait ses capacités d'être humain médiocre. Draco se devait alors de rétablir l'équilibre en rappelant qui, ici, menait la danse.

« Le fait que je fasse ce métier depuis près de huit ans et qu'aucune personne n'ait encore réussi à me filer, qu'elle soit faite de collant et de cape ou bien de chair et d'os. » siffla-t-il d'une voix polaire. « Maintenant, soit on entame cette conversation qui n'a jamais eu lieu, soit je me tire et vous restez dans votre merde. Pour rappel, c'est vous qui m'avez contacté. Pas l'inverse. »

Veritas s'humecta les lèvres, sa jambe bougeant de plus en plus vite, mais finit par hocher la tête. Il ferma ensuite les yeux pour prendre une profonde inspiration. En les rouvrant, le bleu de ses iris sembla plus éclatant encore qu'avant.

« Je quitte l'Ordre cette semaine. »

Draco s'accorda très exactement trois secondes pour écarquiller les yeux. Wow. Cédric 'Veritas' Diggory, seconde coqueluche des Huit, plus beau sourire de l'année selon Glamour et Marie-Claire, qui désertait l'Ordre du Phénix trois mois seulement après avoir renouvelé son contrat ? Ça, c'était du putain de scoop. Mais il n'était pas Rita Skeeters, alcoolique chronique des potins. Il était Draco Malfoy, détective spécialisé en crimes. À la quatrième seconde, sa figure redevint impassible.

« Et je suis censé l'ajouter à mon agenda ? » feignit-il l'indifférence.

« Non, non,je ne vous ai pas appelé pour…ce n'est absolument pas pour ça que… je ne suis pas… » s'emporta Veritas avant de regagner son calme et poursuivre plus bas : « C'est la raison de mon départ qui m'a poussé à vous contacter. »

Draco haussa un sourcil, l'incitant sans un mot à continuer.

« J'ai… fait des recherches sur vous, ce mois-ci. Beaucoup de recherches. »

« Pourquoi ? » voulut-il immédiatement savoir.

« Je voulais m'assurer que vous ayez les épaules pour ce que je prévoyais de vous confier. » confia Veritas. « Et puis j'ai vu ce que vous avez fait dans l'affaire Dolohov. C'était, quoi, plus d'une trentaine d'enfants enfermés en cages dans ces laboratoires clandestins ? Et tout ça pour les expériences sordides d'une bande de héros mal lunés. »

« Hun-hun. »

« C'est.. ça m'a retourné l'estomac. Vraiment. » souffla Veritas.

« Hun-hun. »

« Ça a dû être un travail d'enquête titanesque. » insista-t-il. « Et éprouvant. »

« Oui. » répondit cette fois-ci Draco, car pourquoi mentir ; il avait failli vomir en découvrant ce que renfermait le disque dur de Dolohov.

Veritas s'humecta de nouveau les lèvres, regagnant son habituel état d'angoissesilencieuse. Mais lorsqu'il se pencha en avant, soudainement proche du détective, une certaine détermination fut décelable sur ses traits émaciés.

« Ce que j'ai découvert est pire. » préfaça-t-il.

Ding. Draco se rapprocha à son tour, instinctivement happé.

« Pire ? Dans quel sens ? »

« Dans le sens mensonge du siècle. »

Ding, ding. Le blond sentait déjà monter en lui l'adrénaline habituelle.

« Quel mensonge ? »

Lorsque Veritas ouvrit la bouche pour répondre, ce fut comme si une force invisible vola ses mots de justesse puis musela sa bouche de force. Stupéfait, Draco l'observa simultanément trembler, secouer la tête et grogner, la mâchoire toujours scellée, comme en combat féroce avec une présence opérant depuis ses propres entrailles. Une fois la lutte terminée, le héros releva la tête, l'air plus exténué encore qu'une minute plus tôt. Malgré la luminosité basse, le blond vit une traînée de sang s'écouler de sa narine droite et prit note de la nonchalance avec laquelle Veritas l'essuya d'un revers de main.

« Je ne peux pas le dire. » poursuivit le héros, la respiration courte. « Je… je ne peux vraiment rien dire. »

« Mais est-ce que moi, je peux le deviner ? » suggéra son voisin.

Veritas hocha vigoureusement la tête puis sortit de sa veste deux feuilles pliées en quatre. Dans une dernière poussée de paranoïa, il écuma encore la salle au peigne fin, puis, une fois satisfait, posa ses preuves sur la table. De ce que Draco parvint à en distinguer, il s'agissait de deux photos. La première, reconnaissable entre toutes, représentait le visage de Voldemort. La seconde montrait un ranch perdu dans les plaines, une croix fièrement érigée sur la toiture la plus haute. D'un index insistant, Veritas pointa l'habitation, une expression sinistre sur le visage.

« C'est là. » affirma-t-il. « Tout commence ici. »

« Quoi donc ? »

Veritas pointa aussitôt l'autre image du doigt.

« Voldemort ? C'est ici que sa vie commence ? C'est ici qu'il est né ? » tenta de deviner Draco.

Veritas secoua la tête puis tapota plus impatiemment encore le front de Voldemort.

« C'est ici qu'il a fait sa première victime ? Qu'il a perdu son apparence ? Qu'il habite ? C'est à cet endroit que ses parents ont habité ? » énuméra en vrac Draco.

Veritas secoua plus vigoureusement encore la tête puis, après un dernier soupir fataliste, ouvrit la bouche pour parler. Cette fois-ci, la douleur sembla si aiguë qu'il enroula ses bras autour de sa tête encapuchonnée, de violents spasmes secouant ses épaules. Fort heureusement, la musique résonnait juste assez dans la pièce pour masquer ses gémissements plaintifs. Mais face à une telle manifestation de souffranceinexpliquée, Draco écarquilla une nouvelle fois des yeux, médusé malgré lui.

« Je peux pas… je peux pas… je peux plus. Peux plus. » chuchota Veritas, las, un mince filet de sang suintant cette fois-ci de la commissure de ses lèvres. « Mais vous… vous, vous pourrez. »

Draco le vit pousser les feuilles vers lui d'une main gantée et tremblante puis se mettre sur pied, sa démarche toute aussi fragile. Et lorsque leurs deux regards se rencontrèrent à nouveau, le bleu des yeux de Veritas parut complètement éteint. Il regardait Draco sans le voir, désormais.

« Z'avez du cash sur vous ? » demanda-t-il d'une voix déconnectée, du sang sur le menton.

Draco ausculta Veritas avec la même minutie qu'avait eu le vigile de l'entrée. En un peu plus d'un mois, la moitié de sa masse musculaire de super-héros avait fondu. Un mois de plus et ses vêtements l'avalaient tout entier. Ses mains étaient ensevelies dans ses poches, tel un adolescent timide, et sa jambe semblait toujours prise de soubresauts incontrôlables. Ils n'étaient-ils pas tous dûs aux séquelles de sa mission — Draco n'était pas dupe.

Il sortit tout de même un billet de cinquante de son portefeuille pour le tendre vers l'avant et regarda Veritas l'empocher avec la rapidité d'un voleur. Puis, sans un regard ni un adieu, l'ex-joyaux de l'Ordre tituba d'un pas souffreteux vers la sortie, abandonnant le détective à leur table de rendez-vous.

Ni une ni deux, Draco glissa les preuves photographiques dans son imper et suivit à distance Veritas jusqu'à la salle principale. Là, il observa le héros marcher vers le bar, tapoter l'épaule de Colin Creevey puis entamer une discussion avec lui, tous deux indifférents à Nymphadora Tonks dont la tête fouinait à présent sous la jupe de l'escorte rousse. L'échange entre les deux hommes fut bref ; billet dans la paume contre sachet de pilules. La seconde suivante, Colin s'occupait déjà du prochain client.

Sa dose rangée dans sa veste, Veritas releva la tête et, malgré la distance, logea ses yeux droit dans ceux de Draco. Une seconde, deux secondes. Trois. Vous, vous pourrez. Puis il réajusta sa capuche et disparut dans l'obscurité.

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« Avant, c'était un réel combat pour que mon fils se brosse régulièrement les dents ! » explique une voix-off féminine peinée par-dessus d'entraînants accords de ukulélé.

Une femme en tablier monte les escaliers, une panière à linge sous le bras. Tandis qu'elle longe le couloir de l'étage, la porte entrouverte de la salle-de-bain attire son attention et la pousse à ralentir, Sourcils froncés, elle jette un coup d'oeil dans la petite ouverture et inspire bruyamment, prise de surprise.

« Anthony ! » tonne-t-elle en ouvrant la porte en grand.

À l'entente de son prénom, le garçon de huit ans se redresse en sursaut, sa Nintendo fautive entre les mains. La caméra fait un gros plan sur ses yeux coupables qui vont de gauche à droite, puis sur ses mains qui dissimulent un peu trop tard la console derrière son dos.

« Il inventait chaque fois de nouvelles excuses pour ne pas le faire. » continue la voix-off.

« Pourquoi ne t'es-tu pas encore lavé les dents, mmh ? » le réprimande sa mère à l'écran.

« Euh, parce qu'un alien a mangé ma brosse ! » hasarde Anthony avec un haussement d'épaules.

La caméra suit le regard de sa mère qui se pose sur les trois brosses à dents contenues dans le gobelet du lavabo. Elle secoue ensuite la tête avec une figure de dépit, ses paupières brièvement closes.

« Je ne savais vraiment pas comment l'y convaincre. » déplore encore la voix-off.

Plan suivant. Elle est à présent en train de pousser un caddie dans l'aile de supermarché dédiée à la toilette du corps. Parmi la section des dentifrice, un tube spécifique attire son attention et elle l'attrape pour l'observer ensuite avec fascination.

« Jusqu'à ce que je découvre le dentifrice Veritasmile ! » annonce la voix-off d'une intonation guillerette. « Avec son bon goût fruité et sa pâte colorée, mon fils a retrouvé l'envie de se brosser les dents matin, midi… et soir ! »

« Yes, un Veritasmile goût grenadine ! » jubile une seconde plus tard Anthony en découvrant le tube du supermarché sur le recoin du lavabo de la salle-de-bain. « Mon préféré ! »

L'instant d'après, la caméra le montre en train de se brosser les dents avec une mine joyeuse tandis que la voix-off narre :

« Et avec sa formule anti-caries qui reminéralise et protège l'émail, son hygiène dentaire n'a jamais été aussi impeccable ! »

Tandis qu'Anthony observe ses dents blanches dans le miroir, la caméra se déplace pour montrer le reflet de sa mère qui est toujours à la porte, en tablier et panière à linge. Ses sourcils ne sont plus froncés et une risette éclaire à présent son visage.

« Regarde, tu as le même sourire que Veritas, maintenant ! » se réjouit-elle.

« Vraiment ? » souffle Anthony avant de s'exclamer : « Oh ! »

Car soudain, Veritas en personne se matérialise dans son reflet. Il porte son célèbre costume gris métallisé et ses cheveux bruns sont plaqués en arrière, une mèche unique tombant sur son front. Il adresse un clin d'oeil de connivence un brin charmeur à la mère puis sourit à un Anthony absolument émerveillé.

« Wow, Veritas ! » prononce le garçon, sa brosse à dent sur le cœur. « C'est… c'est bien toi ? »

« En personne, bonhomme ! » déclame le super-héros d'un ton énergique. « Ohlala, mais qu'est-ce que tes dents sont propres ! »

« C'est grâce à ton dentifrice ! Il nettoie super bien et en plus, il sent trop, trop bon ! » pépie Anthony. « Merci Veritas ! »

« Pas de quoi, mon grand ! » répond le super-héros avant de présenter sa paume gantée en l'air. « Allez, tape m'en une ! »

Des étoiles pleins les yeux, Anthony frappe sa paume dans celle de Veritas qui sourit juste après à l'objectif, une étoile d'éclat brillant au coin de ses dents blanches et alignées. L'écran principal devient ensuite flou et une panoplie de dentifrices disposés en « V » apparait juste après au premier plan, la gamme d'arômes allant de la menthe simple à la papaye de Guinée.

« Avec le dentifrice Veritasmile, votre enfant se brossera toujours les dents avec le sourire, parole de Veritas ! » termine le super-héros dans une voix-off de velours. « Un produit Lumos. »

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Draco observa le pourcentage progresser dangereusement vers 100%, la jauge affichée à l'écran déjà remplie aux trois-quarts.

Il en était à sa seizième recherche inversée, quatorzième recherche par pixels, dix-septième recherche satellitaire, onzième recherche colorimétrique et rien. Aucune correspondance pour ce fichu ranch planté au beau milieu de nulle part donné en indice par Veritas. L'endroit aurait tout aussi bien pu exister sur Mars ou être créé via modélisation 3D. C'est pourquoi, lorsque l'inévitable « NO MATCH » clignota en rouge sur l'ordinateur, Draco sut sans même se retourner l'expression exacte qu'affichait Noor.

« Tu veux savoir mon avis ? » prononça-t-elle par-dessus son épaule.

Draco se pinça l'arête du nez puis bougea distraitement sa main en l'air en guise de feu vert. Elle aurait poursuivi avec ou sans, de toutes les façons.

« C'est une colossale perte de temps. »

« Pas sûr. » contra-t-il en entamant une recherche par filtre thermique dans la foulée.

« Tu te fends le crâne depuis quatre heures et demi sur une photo pixelisée d'un lieu inexistant fournie par un héros junkie bientôt déchu. » résuma succinctement Noor, sa tirade ponctuée d'un fritch d'ouverture de canette.

« Qui n'est autre que Veritas de l'Ordre, pour rappel. » rétorqua Draco. « Donc pas n'importe quel 'junkie' d'une ligue héroïque régionale spécialisée en sauvetage de chats et incendies de buisson. »

Il y eut le slurp prolongé d'une première gorgée, puis :

« Ok. Qu'est-ce que ça change ? »

« Tout. Personne ne mettrait en danger une si haute réputation en proposant de me rencontrer en public sans avoir une excellente raison. »

« Sauf si l'excellente raison en question est une très claire phase de paranoïa engendrée par un excès de dope qui pousserait à se sentir poursuivi par un danger imaginaire. » Des doigts ébènes aux ongles couleur lavande attrapèrent l'extrémité de la seconde photo pour l'agiter négligemment en l'air. « Et puis quel manque d'originalité, niveau danger. Je veux dire, Voldemort ? C'est lui, le supposé menteur du siècle ? Je pensais qu'on avait déjà découvert que l'eau mouillait. »

« Oui, bon, tu permets ? » siffla Draco avant de lui prendre la feuille des mains pour la reposer plus loin.

« Bref. » bailla Noor. « Dossier foireux. Héros foireux. Perte de temps. Passons à autre chose. »

« Veritas m'avait l'air parfaitement cohérent et sain d'esprit par message. » maintint Draco.

Certes, à la réception de son premier courriel crypté, le détective avait cru à un canular. Envoyé depuis un deux-pièces quelconque situé à l'opposé des beaux quartiers de Slytherin — oui, Draco avait retracé sa provenance —, l'email lui avait semblé trop vague et suppliant pour un membre des hautes sphères de ce monde. Mais par curiosité, il avait tout de même continué l'échange. Et petit à petit, l'urgence comme l'identité de son interlocuteur lui avaient semblé authentiques.

En guise de dernier test, le blond avait demandé un virement de onze fois son habituel honoraire, juste pour être fixé. Si mascarade il y avait, la ruse s'arrêterait immédiatement là. Mais le soir même, la somme exacte était sur son compte. Et trois jours plus tard, le regard exténué de Veritas soutenait le sien.

« J'ai moi aussi l'air parfaitement saine d'esprit quand je sers à mes clients leurs petits mochas caramel surmontés de crème fouettée. » répliqua Noor. « Et pourtant, ma dose de Lexapro a été augmentée ce week-end. »

Draco poussa un très, très profond soupir pour seule et unique réponse. S'il aimait avoir le dernier mot, Noor aimait avoir la dernière syllabe, et ce depuis la maternelle.

« Je sais que c'est le procédé habituel. » concéda-t-elle enfin, flairant certainement sa fatigue. « Tu vois une piste, tu l'explores. Si ça marche, tu creuses. Si ça ne marche pas, tu passes à autre chose. Je comprends. Mais il ne faut pas forcer ce qui ne donne aucun fruit. »

« Compris. » coupa court Draco qui pianotait plus hargneusement encore sur son clavier.

« Et là, ce bout d'image couplé à la tête du Mangemort le plus connu du pays, ça ne donne absolument rien. » continua Noor.

« Ok. »

« Alors autant mettre tout cela de côté pour l'instant et se concentrer sur ce qui nous donnera concrètement des fruits. »

« D'accord. »

« Et par fruits, j'entends fric. »

« J'avais pigé. »

NO MATCH. Draco contempla l'énième échec de sa soirée le narguer en lettres rouges sur l'écran, son poing serré sous la table.

Une partie de lui savait que Noor avait raison — ce qui était toujours horrifique à admettre pour son égo. Les récents contrats n'étaient pas florissants, la pandémie ayant vraisemblablement purifié tous les héros de leurs penchants criminels, et soit les affaires restantes manquaient de piquant, soit les montants proposés frôlaient le ridicule. Hélas, il fallait bien se nourrir et l'héritage laissé par son géniteur ne se comptait désormais plus qu'en miettes.

L'autre partie de Draco, celle qui rêvait de sang et de grandeur, voulait se persuader d'avoir enfin trouvé le Graal. Veritas de l'Ordre l'avait contacté, lui. Finies les petites enquêtes de secteurs ; il était temps de faire place à la conspiration du millénaire. Celle qui consacrait une vie d'enquêteur, créant un avant et un après. Un super-héros de l'Ordre avait fait appel à lui, merde. Il avait réellement voulu y croire.

« Veritas t'a dit qu'il démissionnait cette semaine, c'est ça ? » le ramena sur Terre la voix de sa meilleure amie. « Attendons de voir s'il le fait réellement puis poursuivons ce dossier. »

« Il le fera. » répondit machinalement Draco, la tête encore dans les nuages d'une carrière rêvée.

« Mouais. » douta Noor.

Draco redescendit de son fantasme pour lui adresser un regard en coin. Elle était semi-perchée sur son bureau en short effilochée et t-shirt blanc (très certainement le sien, d'ailleurs), ses dreadlocks rehaussées en chignon sur sa tête.

« Oh donc tu vois aussi l'avenir, maintenant ? » lança-t-il en lui faisant face d'une rotation de chaise de bureau. « Tu sais ce qu'il fera demain ? Ce qu'il portera ? Tu connais son futur taux exact d'inspirations et d'expirations ? »

« Non, mais on parle un mec capable de te virer des milliers de Gallions d'un claquement de doigts et de te demander quelques piécettes pour payer sa came trois jours plus tard. Donc niveau comportement cohérent, franchement, on repassera. » répliqua Noor avant de lever sa canette en l'air. « Écoute, attendons d'abord qu'il redescende de son trip, qu'il dorme dans son palace de la Tour Lumos, qu'il se fasse un bon petit masque revigorant au réveil… et puis là, qui sait ? Peut-être qu'il quittera effectivement l'Ordre dans la semaine. Ou dans le mois. Ou dans la décennie… »

Draco regagna son ordinateur, minimisa l'onglet dédié à Veritas et rouvrit un dossier d'enquête préexistant, laissant Noor poursuivre en arrière-fond :

« …ou dans le quart de siècle. Ou dans cinquante ans. Ou à sa retraite. Ou sur son lit de mort. Sont-ils même autorisés à démissionner en plein contrat, maintenant qu'on en parle ? »

« Bondage l'a fait en 2015. » répondit distraitement son voisin.

« Bondage ? » répéta Noor.

« L'ex-fiancée de Lightning. Catwoman version BDSM. Tu la connais. Je bosse. » marmonna Draco, les yeux rivés sur l'écran.

« Ooh, Pansy Parkinson ! Mmh. » reconnut aussitôt Noor et un lent sourire lascif étira ses lèvres. « Mmmh. Bondage. Quelle femme. Quel fouet. »

Draco émit un bref ricanement moqueur puis replongea dans ses recherches.

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« …et pour une société qui se dit démocratique, il est assez effrayant que personne ne ressente une seule once de dissonance cognitive, ne serait-ce que sur ce plateau. » tonna Ginevra Weasley. « Parce qu'il n'y a rien de démocratique dans un système qui valorise automatiquement ceux dotés d'habilités surnaturelles et ostracise tous les autres. Rien de démocratique non plus dans… »

« Ostracise ! » s'exclama Marissa Blair avec un rire incrédule. « Comme vous y allez, madame la Sénatrice ! »

« Rien de démocratique… » poursuivit Ginevra.

« Je suis Moldue et je ne me sens aucunement mise au banc de la société du simple fait de ne pas détenir de pouvoirs. Bien au contraire ! »

« Rien de… »

« Et dois-je vous rappeler que la vice-présidente de Lumos est elle-même Moldue ? Cela n'a jamais… »

« Écoutez, madame Blair, je vous ai laissé votre temps de parole et je vous demande à présent de respecter le mien. Merci. » la coupa sèchement Ginevra avant de reprendre : « Rien de démocratique non plus dans le fait de considérer ceux détenteurs d'habilités comme des surhommes divins dont le seul destin serait de diriger le monde, protéger les faibles et vivre dans l'impunité la plus totale. Savoir voler ou faire léviter du métal ne fait de soi une personne plus spéciale qu'une autre. »

« Ne possédez-vous pas vous-même des pouvoirs, madame la Sénatrice ? » interjeta le présentateur de l'émission Table Ronde.

« Absolument, et je ne m'en suis jamais cachée. » acquiesça aussitôt Ginevra. « Mais c'est le fait d'en avoir qui me permet justement d'affirmer que cela ne fait pas de moi une personne plus exceptionnelle ou capable qu'une personne moldue. »

« Mais si demain, je risquais d'être agressée par six hommes dans une ruelle sombre — simple supposition. » élabora Marissa, ses paumes jointes entre elles. « Et que, par miracle, vous vous trouviez sur les lieux à ce même moment, n'utiliseriez-vous pas vos habilités pour me sauver de cette situation et vaincre par la même occasion mes assaillants ? »

« Je ferais évidemment tout ce qui est en mon pouvoir pour… »

« 'Pouvoir' ! » répéta Marissa, sourire victorieux aux lèvres. « Vous admettez alors que grâce à vos habilités surnaturelles, vous seriez plus à même de vous en sortir qu'une personne moldue ! Pourquoi donc critiquer ceux qui utilisent leurs pouvoirs à des fins altruistes ? »

« Vous semblez croire que je suis contre l'usage de toutes habilités, qu'importe le contexte, ce qui n'est pas du tout mon propos. » se défendit Ginevra, un index fermement pointé sur la table. « Ce que je condamne, c'est la glorification automatique des personnes dotées d'habilités surnaturelles. Au mieux, elle conduit à faire peser des attentes trop grandes sur des personnes qui n'ont jamais demandé à en avoir et au pire, elle les déresponsabilise totalement en les érigeant en petits dieux dans un pays où tous les citoyens devraient être égaux devant la loi. »

« Oh mais on peut parfaitement être égaux devant la loi et observer une hiérarchie. Vous faites de la politique, non ? Alors vous devriez le savoir. » répliqua Marissa, ses lèvres rouges incurvées en un rictus. « Je ne me sens pas inférieure à la présidente de notre pays, mais j'accepte l'autorité légitime qu'elle a sur moi. Après tout, je l'ai élue pour qu'elle serve les intérêts d'un peuple dont je fais partie. Je ne me sens pas non plus inférieure à Lightning, Nagini, Veritas ou à un quelconque autre super-héros de l'Ordre du Phénix, mais je reconnais leur autorité sur moi, car je la sais tout aussi légitime. Qui d'autres se dévoue nuit et jour pour rendre ma ville et de mon pays plus sûrs ? Vous, peut-être ? Que faites-vous, d'ailleurs, pour protéger et servir nos concitoyens ? »

« Je les mets en garde sur les risques de tout remettre entre les mains d'une seule poignée de héros comme vous le faites actuellement, madame Blair. Je les sensibilise sur la charge mentale que cela peut représenter pour une personne d'entendre depuis son enfance 'tu as intérêt à intégrer l'Ordre, tu as intérêt sauver le monde' juste parce qu'elle sait allumer et éteindre une lumière par la pensée. Je les informe sur le danger de considérer ces personnes comme toutes-puissantes et vider leurs actes de toutes conséquences. Je les mets en garde contre ce qui a brisé ma famille toute entière. Voilà ce que je fais. » débita Ginevra d'une traite.

« Avec toute la sympathie que je vous porte, madame la Sénatrice, ce n'est pas parce que la tragédie a frappé votre famille qu'elle frappera aussi la nôtre. » asséna sans ciller Marissa. « Le taux de crimes a baissé de 3,8% dans le pays et de 5,9% dans la ville depuis l'année dernière, et ce, grâce au travail acharné des Huit de l'Ordre et des nombreuses ligues héroïques régionales. Alors à moins que vous n'aidiez à faire monter ces taux à 100%, je suggère que vous laissiez les vrais héros faire leur boulot, qu'ils soient glorifiés par la population ou non. »

« Et nous nous interrompons pour une courte page de publicité ! » annonça le présentateur. « Au retour, Table Ronde continue avec un débat sur la séparation entre classes moldues et classes héroïques à l'école primaire qui se fera toujours en compagnie de Ginevra Weasley, Sénatrice et Cheffe du Parti Anti-Héros, et Marissa Blair, Présidente de l'Association du Pouvoir Ordinaire. Restez avec nous sur Slytherin News Channel ! »

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Joue écrasée contre clavier, Draco papillonna des paupières puis grogna, la rétine brutalement assaillie par de vifs rayons de soleil. Escobar avait élu domicile sur sa tête, car les deux arbres à chat du salon n'étaient apparemment pas suffisants, et le blond décala légèrement sa queue touffue de son champ de vision pour vérifier l'heure.

« Et merde. »

10:25, indiquait l'horloge digitale du mur d'en face. Draco se redressa aussi sec, projetant accidentellement en l'air un Escobar encore ensommeillé, puis bondit sur pieds et évita de justesse ses coups de griffes vengeurs. Sans surprise, treize appels manqués de sa mère l'attendaient déjà sur son téléphone. À peine l'eut-il pris en main que le boîtier vibra plus furieusement encore.

« Et merde. »

Il resta pétrifié quelques secondes puis, dans une chorégraphie absolument chaotique, ôta son t-shirt de la veille, délaissa son jean sur le sofa, piocha au hasard un pantalon de smoking, tira à la barbare une chemise de son cintre, noua quatre fois sa cravate, enfonça ses pieds dans une paire de souliers et choisit le huitième appel à la chaîne pour s'exclamer d'une voix essoufflée, à peine la connexion téléphonique établie :

« J'arrive ! J'arrive. Mon taxi est bloqué dans les embouteillages et c'est… »

« Draco. » lui répondit la voix de Noor.

Son semblant de lacets mis immédiatement sur pause, Draco fronça des sourcils, interloqué.

« Noor ? Qu'est-ce que… tu n'es pas au travail ? » demanda-t-il avant de plisser des yeux et scanner l'appartement en recherche de la première arme à proximité. « Où es-tu ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Donne-moi ta localisation. »

« Je suis au taf, relax. » répondit-elle. « Mais allume la télévision. »

« Oui alors, par contre, je suis à la bourre de… » Draco consulta sa montre. « …trente-cinq minutes à la messe célébrant le jour où le cœur de mon géniteur a lâché, donc à part si… »

« Draco Malfoy. » l'interrompit sa colocataire.

« Noor Zabini. » la calqua-t-il en attrapant ses derniers essentiels — portefeuille, écouteurs, joint, neuf millimètres, Tic Tac — juste avant la porte.

« Allume la putain de télévision. »

Avec un soupir infiniment théâtral, Draco attrapa la télécommande et la pointa vaguement vers le moniteur. Aussitôt après, une présentatrice de Slytherin News Channel apparut, ses lèvres et bras bougeant en muet tandis qu'à gauche de sa tête, une photo souriante de Veritas était affichée.

«…et merde. » murmura Draco.

Car sur le grand bandeau étalé au bas de l'écran se lisaient les mots : 'VERITAS RETROUVÉ MORT.'

Ding, ding, ding.

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En espérant que vous aimiez cette introduction ! Et que vous êtes autant fan de Noor que je ne le suis. Vraiment très heureuse de recommencer à poster sur ce profil. Les histoires longues m'avaient manquée. ❤️