Chapitre 2

Il laissa une larme s'échapper. Elle roula sur sa joue et finit sa course en s'écrasant sur son épaule. Lucius le gifla. Un Malfoy ne pleurait pas! Un Malfoy était fort! Il ne pleurait pas comme une fillette. Non. Draco se reprit, se composa un masque neutre puis releva la tête pour regarder son père dans les yeux.

- Je m'excuse, père.

L'adulte grogna.

- Dans la chambre. Je ne veux plus te voir.

L'enfant déglutit mais s'exécuta tout de même. La chambre. Il l'a détesté. Une pièce blanche, vide, une pièce d'isolement qui rendait fou. Il devait s'y rendre lorsqu'il ne respectait pas les règles des Malfoy. Et dans ce cas, il avait enfreint trois règles. Un Malfoy se devait d'être pur, un Malfoy était fort, un Malfoy ne devait rien à voir avec les Moldus. Hors, l'enfant avait ramené un chat impur, venant du monde Moldu, et il avait pleuré lorsque son père avait ordonné à un elfe de tuer la bête. Devant eux.

Une grande pièce blanche, un coin pour la toilette mais rien d'autre. Dans la chambre, on ne pouvait avoir conscience du temps qui s'écoulait, on ne pouvait rien faire à part penser, et Draco pensait en ce moment. Il avait fait une erreur. Et il ne devrait jamais recommencer. Lucius venait de briser quelque chose en lui. Et Draco savait pourquoi il avait mal, il avait eu de l'espoir, et on venait de le lui reprendre. Plus jamais il ne voudrait ressentir ça. Alors plus jamais il ne sortirait du droit chemin.

Il se promit cela lorsqu'il entendit un bruit de transplanage. Un elfe. La créature se prosterna devant lui et couina.

- Maître Malfoy a fait savoir à Dobby que le petit maître devrait rester dans la chambre trente six heures.

Ensuite la créature fit apparaître une chose au sol. C'était un chat mort, il aurait paru vivant si Draco ne l'avait pas vu être tué plus tôt. Guimauve. Trente six heures à penser. Ses yeux s'écarquillèrent et un hoquet d'horreur lui coupa le souffle, il bégaya.

- M-mais…

- Dobby vous apportera des coupelles d'eau, mais vous ne pourrez pas manger.

L'elfe partit dans un bruit sonore, laissant le cadavre dans la pièce. Draco resta un instant figé, choqué. Cette bête était à l'origine de sa punition. Mais cette bête l'avait fait sourire. C'était un présent d'Eros. C'était précieux. Draco trembla et il s'entendit hurler, hurler à mort. La pièce était insonorisée mais il hurla. Puis il éclata en sanglots. L'enfant se roula en boule et prit Guimauve dans ses bras, en guise de peluche. Il se balança d'avant en arrière et s'excusait. C'était une litanie de "pardon, pardon, pardon, pardon". Brisé. Ça il l'était. Mais c'était un Malfoy. Il s'en remettrait.

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C'était la fin des vacances, Draco venait de rentrer dans Poudlard avec les autres élèves, les premières années étaient surexcitées, exaspérant le blond. La répartition terminée, ce fut Serdaigle qui comptait le plus de premières années, Dumbledore fit son discours ennuyeux et tous purent commencer à manger lors de sa fin. Blaise attaqua immédiatement.

- Où est ton chat?

- Mort.

Lâcha Draco, complètement détaché. Le brun fut silencieux et éclata de rire, suivi par les Serpentards qui les avaient écoutés.

- Très drôle! Dit une troisième année.

Malfoy haussa un sourcil, étonné.

La suite fut des braillements peu intéressants, venants des lions principalement, un brouhaha qui lui donna un mal de tête, et enfin, la délivrance! Le dîner était fini, le sorcier put se rendre dans son dortoir. En temps normal il aurait dû aller dans les nuages. Mais il ne pouvait pas. Éros était néfaste, c'était le principal porteur de son espoir. Il ne devait plus le voir. Plus jamais.

Et pendant des années, il tenta d'oublier Éros et ces histoires farfelues. Des années, où il tenta de se comporter comme un Malfoy se le devait, en vain…

Il se surpassa dans l'art de l'harcèlement, des insultes, de l'injustice et de la lâcheté. Il fuyait tous les moments qui lui demandaient de l'empathie ou de la compassion. Draco fut un vrai petit soldat, rendant fier son père. Mais il ne put tenir bien longtemps. Ses vieux démons revenant le hanter.

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Draco était en plein entrainement de quidditch. L'autre folle d'Ombrage disait que le quidditch devait disparaitre mais heursement elle n'était pas directrice! Il pensait comme un bon nombre de serpentard qu'il fallait se méfier d'elle. Bien qu'elle humiliait les gryffondors, elle était un peu trop avare de pouvoir à leur avis.

Il fut sorti de ses pensées par l'éclat doré du vif d'or. Il se précipita vers lui et oublia ses problèmes pour s'amuser un peu.

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L'entraînement finit, il s'était dirigé vers les vestiaires, à peine dedans le serpentard entendit les élèves parler de Potter et de ses petites réunions pour former une armée. C'était fatigant…

Malfoy savait très bien à quoi ressemblait une guerre, et ce n'était certainement pas pour les enfants. Le survivant n'était qu'un gamin qui tentait de reprendre un tant soit peu de contrôle, en vain. Il avait vu le niveau déplorable de l' AD, à se demander s' ils avaient compris ce qu'il se passait.

Surtout qu'ils n'étaient pas très discrets…

Il finit rapidement sa douche et enfila tout aussi rapidement ses vêtements, faisant bien attention à ne pas sortir sans être totalement séché. Une chose qu'il avait retenue, sortir avec les cheveux mouillés alors qu'il neigeait était une très mauvaise idée!

Zabini sortit en même temps que lui et babilla joyeusement à ses côtés, faisant soupirer de lassitude le blond. Blaise, Théo et Pansy étaient peut-être les seuls qu'ils considéraient comme de bon amis… Il avait beaucoup changé mais une chose ne bougeait sans doute jamais, il n'aimait pas être entouré.

Ils marchèrent un moment, Draco n'écoutait que très peu de ce que disait le brun.

- Tu es aussi bavard qu'une beuglante, tu le sais ça?

- Tu me le dis tout le temps donc je pense que oui. Mais sinon je pense savoir où se cachent les piafs!

Draco s'arrêta soudainement, désespéré.

- Tu ne pouvais pas le dire directement?

- Ba…

Malfoy leva les yeux au ciel et reprit la marche.

- Et donc?

- La Salle Sur Demande! J'ai trouvé ça dans un livre sur Poudlard, c'est une salle-

- Je sais ce que c'est Blaise, pas la peine de répéter trois paragraphes entiers que je connais par cœur. Et oui, ils se cachent là bas.

Le brun le dévisagea et ce fut lui qui s'arrêta.

- Comment tu connais- tu cette salle?! Tu ne nous en avais jamais parlé! Et comment tu peux savoir s'ils sont là-bas?

Malfoy continua sa route tout en disant.

- Blaise réfléchit deux minutes. Je suis un Malfoy, père m'a fait lire tous les livres possibles et inimaginables sur Poudlard. Je connais la Salle Sur Demande depuis longtemps.

- Où est -elle ?

Le blond s'arrêta, se retourna et sourit mystérieusement.

- Secret.

Le brun soupira et le rattrapa.

- Tu veux quoi en échange?

- Je ne te dirai rien.

Son ami grogna.

- D'accord, mais si les grygry sont là-bas pourquoi tu ne les as pas dénoncés?

- Pitié! Si je les dénonce maintenant plus rien ne se passera cette année, plus de traque, plus de peur dans les yeux des lionceaux. La fin d'année serait ennuyante à en mourir.

L'autre serpentard cligna des yeux un instant et sourit.

- Un vrai serpentard.

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- Ce que ça doit être génial d'être un Malfoy!

Cette simple phrase fit basculer le principal concerné dans un tourbillon qu'il avait longtemps fui.

C'était un excellent élève, surpassant largement les autres apprenti-sorciers de toutes les maisons. En tant que Sang-pur Draco se devait de ramener des points à sa maison, avoir d'excellentes notes et réussir dans tous les domaines, que ça soit a Poudlard ou en dehors, il se devait d'être parfait.

Physiquement aussi, il le devait, une peau blanche sans cicatrices et imperfections, des yeux gris glaçants, des cheveux blonds comme tous les Malfoy, un corps convenablement musclé et des tenues irréprochables. Personne ne pouvait le nier, Draco Malfoy était très agréable à regarder.

Le blond pouvait parler politique et avoir rapidement de bons arguments, gagnant toujours des débats que ce soit avec des adultes ou des élèves. Ses connaissances semblaient infinies, les traditions des Sang-pur, l'histoire de sa famille, l'histoire de toutes les familles, la magie blanche, les runes, la magie noire, la fabrication des potions complexes ou interdites.

Comme pour tous les Malfoy, Draco était le prince des Serpentards, célèbre, et anti-gryffondor. Insulter l'existence des sang-de-bourbe ou les sang-mêlé n'était qu'une simple routine dorénavant! Bien entendu Malfoy était adoré des Serpents et jalousé des autres.

Sa famille était sa fierté et ses parents des modèles pour beaucoup de sorciers.

Leur richesse était enviée, assez compréhensible, et Draco ne semblait se priver de rien. Nouveaux balais, nouveaux vêtements haut de gamme, cérémonies à tout bout de champ et on en passait.

Alors oui, son avenir était tracé depuis sa naissance, marque des ténèbres, victoire, richesse, pouvoir, mariage, membre du magnemot, héritier...

Oui Draco Malfoy, fils unique de Lucius Malfoy et Narcissa Malfoy, Serpentard jusqu'à la moelle, futur partisan de Lord Voldemort, était parfait.

En même temps, un Malfoy ne pouvait avoir aucun problème !

N'est-ce pas...

Conneries, inepties, mensonges, glamour sur glamour, c'était ce que Draco Malfoy pensait en ce moment.

Lui parfait ?

Si seulement ils savaient!

Il voyait déjà leur tête en l'annonçant. Le fils chéri enlevé à quatre ans, retenu prisonnier jusqu'à ses huit ans par des tarés! Ce serait si jouissif de voir leur tête décomposée! Mais son sourire s'effaça en se remémorant le début.

Comprenant ce qui allait arriver, Draco sourit froidement, remercia la jeune sorcière et partit vers son dortoir, nonchalant en apparence mais au bord de l'explosion mentalement.

Mère m'avait toujours dit de ne pas parler aux inconnus. Mais je commençais sérieusement à m'ennuyer!

Père était au travail et mère venait juste de partir chez une amie. La dame qui devait s'occuper de moi venait de s'en aller dans la cuisine, me laissant seul dans ma chambre.

Il a fait très froid d'un coup et je tremblais un peu. Et puis quelqu'un m'a pris le poignet et m'a demandé de l'aider. C'était bizarre, je ne voyais personne pourtant j'avais bien la sensation d'une main qui me serrait le poignet. D'ailleurs, il venait d'élever ma main pour m'entraîner avec lui. Je l'ai alors suivi, peut-être qu'il voulait jouer à un jeu? Alors cette main m'a entraîné vers la sortie. J'ai essayé de me retirer de sa poigne mais soudainement je fus en dehors du manoir. La seule chose que je vis fut le néant. Soudain et inattendu, je flottai dans le noir complet.

J'ai essayé de me débattre, mais j'étais bloqué, j'ai essayé de hurler, mais j'étais bloqué, j'ai essayé de m'enfuir, mais j'étais bloqué. Je me suis senti assommé et puis plus rien.

- Pendant quatres longues années ils t'ont retenu loin de tout, t'ont entraîné, ils t'ont brisé. D'abord emprisonné et une fois que le petit garçon que tu étais ne ressentait plus rien, cet enfoiré a commencé son œuvre.

Murmura son esprit, Draco soupira.

- Fiche moi la paix.

- Pi-t...ié!

La voix rauque de son tortionnaire le fit sangloter encore plus fort. L'enfant se tortillait sur le sol, hurlant, suppliant, pleurant. On lui avait donné de la nourriture empoisonnée, et celui-ci sentit ses os craquer. Ses yeux exorbités, sa bouche grande ouverte mais les cordes vocales détruites. Pourquoi lui infligeait-il ça déjà? Il avait bien fait ses devoirs pourtant. Le petit garçon avait nettoyé toute sa cellule, il n'y avait plus aucune poussière, comme ils le lui avaient demandé. Ensuite Draco s'était piqué avec des grosses aiguilles qui lui avaient fait éclater une veine mais ce n'était pas très important. Et après il avait dû s' administrer 3 coups de poignard dans la jambe droite, au même endroit.

C'était sa punition pour ne pas avoir tué plus rapidement un de ses colocataires. Normalement quand on lui donnait un poignard c'était soit pour une punition, soit pour tuer. Mais hier son esprit avait été pris d'une crise de lucidité et au moment d'enfoncer la lame dans le corps d'un énième enfant, il avait essayé de s'échapper. Draco avait donc compris que s'évader était une très mauvaise idée et qu'il devrait se donner corps et âme à ses maîtres.

- Tu es pardonné.

Et la douleur disparut. Draco releva péniblement le visage et lâcha une dernière larme.

Le sorcier eut un sourire amer. Il se souvenait encore de son emploi du temps dans la cellule. La petite voix continua le cours de ses pensées.

« Après tu as réussi à t'échapper en tuant un sur les trois. Tu as vécu quelque mois dans la forêt, livré à toi-même. Tu sais te battre comme un assassin car tu l'as été, tu sais vivre comme un animal car tu l'as été, ta magie est débordante car on ne t'a jamais appris à la canaliser mais à la faire exploser.

- La ferme.

« Et souviens toi que le temps était différent là bas, quatre ans dans ce monde mais tellement plus dans ta cellule. Souviens toi de-

- LA FERME!

Il avait conscience du ridicule de la situation mais personne ne pouvait le voir, donc il pouvait bien s'énerver contre sa conscience. Il prit le relais de la petite voix malgré tout.

- Le temps n'était en effet pas le même. Je ne saurai dire combien de temps je suis resté dans cette merde. Huit ans? Dix ans?

Dans sa cellule, dans la maison, il n'avait jamais eu conscience du jour et de la nuit. Mais il savait que le temps était ralenti lorsqu'il avait aperçu un sort temporel sur la bâtisse. Son corps était donc resté sous la forme d'enfant malgré les années.

- Après ma fuite j'ai été retrouvé par un cracmol dans une forêt. Il m'a alors emmené voir les aurors lorsque j'ai montré mes pouvoirs. Les psys m'ont demandé ce qui s'était passé, ou je pensais être, mais je n'ai rien dit. Je ne voulais pas qu'on sache ce que j'avais fait. Pour eux j'étais traumatisé et je ne pouvais me souvenir de rien. Après tout, de quatre ans à huit ans, il est rare de se souvenir de traumatismes...

Draco souffla de dépit et continua à murmurer.

- Personne ne sait que j'ai été enlevé car père et mère ne voulaient pas que cela se sache. Ce serait une honte pour eux d'avoir failli à leur rôle de parent, alors ils sont partis de l'Angleterre pour que personne ne soupçonne mon enlèvement. Ils ont fait des recherches bien sûr mais ça n'a rien donné.

Voulant passer à autre chose, il prit une grande inspiration.

Après, c'était en effet vrai que Malfoy avait toute sa maison à ses pieds, ils le suivaient, car le blondinet avait les bons arguments et des idées intéressantes. Mais il n'avait que peu d'amis, et sans son nom, ses alliés partiraient sans aucun doute.

Le serpentard savait qu'elle image il renvoyait aux autres, c'était voulu ! Un meneur, charismatique, élégant, fort, intelligent et proche du seigneur des ténèbres pour certains. Un con, arrogant, lâche, manipulateur, inutile, harceleur et fils à papa pour d'autres.

Mais Draco s'était endurci. Et cela, grâce à son enlèvement. Malfoy avait appris à la dure comment survivre, c'était un assassin, un monstre. Mais aujourd'hui, toutes ses connaissances lui servaient. Quelque part, ça lui avait rapporté beaucoup.

Oh bien sûr, s'il reverrait son dernier kidnappeur, il le ferait payer!Mais il le remerciait avant de l' éventrer!

Personne n'avait, et ne devait, avoir connaissance de sa nature meurtrière. Et c'était pour une raison bien spécifique. Toute sa vie, ils l'avaient protégé. Lucius avait été un père dur, mais protecteur. L'épisode du chat l'avait traumatisé lors de son enfance, et Narcissa avait agi en conséquence. Draco se souviendrait toujours de la trace rouge sur la joue de son père ainsi que son air désolé qu'il lui avait adressé. La chambre avait été exclue des punitions grâce à Narcissa, encore une fois.

Aujourd'hui, Draco comprenait pourquoi Lucius avait été aussi cruel, mais il ne pardonnait pas. Leur relation s'était améliorée à force de menace de la part de sa mère et ils s'entendaient mieux. Mais Draco ne voyait pas un père en Lucius.

Severus avait été un parrain exigeant, mais réconfortant.Il le voyait bien plus comme un paternel que comme un parrain d'ailleurs.

Narcissa, une mère froide mais tendre par moments. Elle l'aimait même si elle avait du mal à le lui montrer.

Dans sa famille, il y avait beaucoup de règles. Mais les règles étaient faites pour être transgressées. Il y avait aussi des valeurs, et les valeurs étaient faites pour être suivies.

Protéger sa famille.

La valeur la plus importante.

Draco protégera sa famille de Voldemort. Cela était une promesse. Il en avait le pouvoir après tout. Assassin contre assassin.

A suivre...