Retiré dans un chalet en Suisse, ayant laissé toute technologie derrière lui, Ross passait les plus paisibles vacances de sa vie. Aucun bruit mécanique autre que le four ou le ventilateur, pas d'ordinateur, pas de téléphone portable - du moins juste en cas d'urgence - bref, c'était le paradis.

— Trois semaines de bonheur suprême... soupira-t-il de plaisir, avachi sur une chaise longue au soleil.

Il lui restait encore deux semaines à passer ici, et il allait les apprécier, ça oui !

Malheureusement, son bonheur se fendilla bien vite quand, qui loin, il entendit le sifflement caractéristique d'un drone.

— Je rêve... Ils m'ont retrouvé...

Il sut immédiatement que c'était la CIA qui le cherchait et qu'elle l'avait trouvé, mais il lui restait encore deux semaines de vacances, et il n'avait aucune envie de retourner au Pentagone maintenant ! Il ignora donc le drone et rentra chez lui en claquant la porte.

Tandis qu'il se faisait à déjeuner, l'oreille tendue pour écouter si le drone volait toujours dans les environs, un vrombissement digne d'un tremblement de terre secoua soudain le chalet. Le mot « avalanche » traversa l'esprit du jeune homme et il se réfugia dans les toilettes, le seul endroit suffisamment petit et solide pour être emporté par la coulée sans exploser. Mais rien ne se passa. Le vrombissement s'arrêta au bout deux ou trois interminables minutes, et le silence revint, jusqu'à ce quelqu'un toque à la porte.

Surpris, Ross passa le nez dans l'entrebâillement de la porte des toilettes. Le chalet n'avait qu'une seule pièce et les zones étaient séparées par des paravents. Depuis sa cachette, il voyait donc la porte d'entrée et, déglutissant, il tendit l'oreille tout en cherchant à se rappeler où il avait rangé son pistolet et les munitions.

— Il est pas là.

— Le drone l'a vu il y a cinq minutes.

Un homme et une femme.

— On entre ?

— Par effraction ?

Ross grimaça. Le chalet n'était pas à lui, c'était une collègue de la CIA qui le lui avait loué, s'il revenait en lui tendant une facture de serrurier, elle n'allait pas apprécier... Quittant sa cachette, le jeune homme se glissa jusqu'à son lit, prit son arme dans le tiroir de la table de nuit, le chargeur dans le pot de chambre sous le lit, puis assembla le tout en s'approchant de la porte discrètement. Il jeta un coup d'œil par la fenêtre en passant, remerciant les voilages semi-opaques, et s'adossa contre non loin de la porte, pistolet prêt.

— Identification ! aboya-t-il. Je suis armé !

— Ah, tu vois bien qu'il est là, répondit la femme. Je suis l'Agent May, du SHIELD ! Ouvrez-vous nous, Agent Ross.

— Pourquoi je ferais ça ? Je ne connais pas cette agence. Dégagez de chez moi tout de suite !

— Bon. On entre.

Ross recula prestement pour éviter la porte d'entrée enfoncée d'un grand coup de pied qui se rabattit sur lui.

— Il est passé où ? demanda l'homme.

— Juste là, répondit Ross en pointant son arme sur les deux intrus. Dites-moi immédiatement qui vous êtes, comment vous avez trouvé cet endroit et ce que vous me voulez !

— Je vous ai déjà dit mon nom, répondit la femme, agacée.

— Et moi, je suis l'Agent Fitz. Baissez cette arme, nous ne vous voulons aucun mal.

— Je suis en vacances ! répliqua Ross. J'ai encore deux semaines, je n'ai pas l'intention de vous écouter babiller sur je ne sais quelle menace ! Je ne connais même pas votre organisation !

— Et si vous arrêtiez de crier un peu ? demanda alors May, les sourcils froncés. On ne vous veut aucun mal, au contraire, on voudrait vous proposer un nouveau travail, Agent Ross.

Celui-ci rentra le menton et observa le couple devant lui, en tenue de combat. Il baissa alors son arme et la glissa dans la ceinture de son pantalon, dans son dos.

— Redites-moi qui vous envoie ?

— Le Directeur Coulson, répondit May. Nous avons eu vent de vos exploits au Wakanda et nous aurions aimé vous avoir dans nos rangs, pour protéger plus efficacement la Terre, même si les Avengers semblent bien décidés à la réduire en charpie.

— May... soupira Fitz. Bon, vous en dites quoi, Ross ?

— De quoi, j'en dis quoi ? Vous débarquez chez moi, pendant mes vacances, vous défoncez la porte et vous me dites que vous avez un boulot à m'offrir... Vous croyez quoi, que je vais sauter au plafond en hurlant de bonheur ? La dernière fois que j'ai eu affaire à des gens spéciaux, j'ai pris une balle dans le dos.

— Certes, admit Fitz. Et je ne vous promets pas que bosser au SHIELD sera de tout repos, mais...

— Allez-vous-en.

May et Fitz se regardèrent, surpris. Ross retira le pistolet de sa ceinture, défit le chargeur, puis jeta le tout sur la table de la cuisine avant d'aller finir de se préparer son déjeuner.

— Agent Ross, tenta May. Vous ne semblez pas comprendre ce que nous sommes venus vous proposer...

— Ah non ? Ce que je comprends, c'est que vous faites partie d'une organisation secrète dont je n'ai jamais entendu parler et que vous débarquez avec un... un avion, je pense, pour...

Ross leva une main sans finir sa phrase avant de se détourner. Fitz et May échangèrent un regard avant de sortir. Ross lui suivit du regard à travers la fenêtre et grimaça en découvrant le petit avion posé dans le champ devant la maison. C'est un jet, mais il n'en avait jamais vu qui avait une telle apparence. Les deux visiteurs grimpèrent dedans par l'arrière ouvert et Ross secoua ensuite la tête.

Mais bon sang, pour qui elles se prennent ces agences gouvernementales secrètes ? ronchonna-t-il pour lui-même.

Il jeta un morceau de viande dans la poêle devant lui et l'asticota avec une fourchette pendant quelques secondes avant de la retourner. Il sentit alors une présence derrière lui et jeta un coup d'œil dans le fond de la casserole suspendue devant lui. C'était le jeune homme. Il se retourna.

— Vous ne comprenez pas quoi dans ce que j'ai dit ?

— Le Directeur voudrait vous parler, répondit simplement Fitz en tendant un téléphone.

— Qu'il aille au diable !

Fitz grimaça.

— Désolé, Directrice Haspel, il ne veut pas vous parler...

Ross fit aussitôt volte-face et se jeta sur Fitz en lui arrachant le téléphone des mains.

— Directrice Haspel ? Je suis désolé, je pensais que c'était leur Directeur, je... Oui, Madame, je sais, je... Non, je...

Ross fusilla Fitz du regard qui sortit.

— Madame, écoutez, je suis en vacances et je... Quoi ? Non, j'ai encore deux semaines, je...

Ross baissa le nez et opina.

— Bon. D'accord. Très bien, Madame... Non, je veux dire, oui, je vais... Oui, d'accord, si c'est pour protéger le pays, alors j'imagine que je n'ai pas le choix... Bien, Madame, à vos ordres.

Ross déglutit et hocha la tête.

— D'accord. Et mes affaires ? Bon, entendu. Oui, Madame, bonne journée à vous aussi.

Ross baissa le téléphone et Fitz reparut en tendant la main. Ross le lui tendit et retourna à sa viande.

— Emportez votre déjeuner, on part tout de suite pour notre base, dit Fitz.

— Je veux quand même récupérer ma valise ?

Le ton était acerbe et Fitz opina.

— Nous vous attendons quand le Quinjet. J'enverrais quelqu'un réparer la porte, ajouta-t-il en regardant les morceaux de bois qui émaillaient le tapis de l'entrée.

Ross marmonna et déposa son steak dans une boîte en plastique avant de disparaître derrière un grand paravent en bois finement sculpté. Fitz quitta la maison et remonta dans le Quinjet en soupirant.

— Il va nous poser des problèmes ? demanda May.

— Je ne pense pas, mais il semble un peu effrayé et c'est parfaitement normal après ce qu'il a subi au Wakanda.

— Pourtant, c'est un Agent de la CIA, il est habitué aux missions secrètes...

— Certes, mais le SHIELD c'est encore autre chose, on fait et on voit des choses dont la CIA n'a même pas conscience... Même le Président n'est pas au courant, parfois.

May pinça la bouche. Elle tourna ensuite la tête et observa l'Agent Ross, son sac à la main, qui hésitait à monter dans le vaisseau. Fitz lui prit son sac et le glissa dans un filet contre un mur.

— Asseyez-vous et attachez-vous, on rentre à la base et le Directeur Coulson vous expliquera tout, dit-il.

Sans un mot, Ross obéit et se sangla sur un siège. Fitz rejoignit May dans le cockpit et le Quinjet décolla aussitôt sa rampe refermée.