Le trajet fut court, à peine cinq minutes, et quand le petit avion s'amarra à quelque chose en plein ciel, Ross, un peu moins grognon qu'au départ, sembla très intéressé.
— Quinjet arrimé, on peut y aller, annonça May.
— Arrimé à quoi ? demanda Ross en défaisant son harnais.
— Au Bus, répondit Fitz. Suivez-moi.
Un bus ? songea l'Agent de la CIA.
Il emboîta ensuite le pas à Fitz et ils longèrent plusieurs couloirs étroits aux murs noirs et à la moquette grise. Seul le bruit des moteurs de l'avion - Ross avait conclu qu'ils s'étaient arrimés à un énorme avion - déchiraient le silence. Mêmes leurs pas étaient assourdis par la moquette.
— Nous y sommes, dit soudain Fitz.
Une porte coulissa et ils entrèrent dans la pièce principale du Bus, au second étage.
— Bienvenue à bord de la base aérienne du SHIELD, Agent Ross ! s'exclama un homme en s'approchant.
— Euh... merci. Vous allez me dire ce que je fais ici, maintenant ? Pourquoi ma Directrice m'a demandé de suivre vos agents et de ne pas poser de questions ?
— Oh, droit au but, j'aime ça, sourit Coulson. Everett, vous avez été transféré au SHIELD, lâcha-t-il ensuite avec un grand sourire. Bienvenue !
Ross demeura impassible... avant de tourner les talons et de partir.
— Mais ? s'étonna Coulson. Bah où il va ?
— Je vais le chercher, dit Daisy en lui emboîtant le pas.
— Fitz, il était réticent à venir ?
— Totalement. Il ne nous connaît pas, il se fiche royalement de ce que nous faisons, il s'est contenté d'obéir à Haspel.
Coulson serra les lèvres.
— Je vois. Ça risque d'être plus compliqué que je pensais alors...
— Monsieur, pourquoi lui ? demanda alors Mack.
— Sans lui, le Wakanda aurait été perdu, répondit Coulson. Il a été embarqué là-dedans sans le vouloir, et il s'es retrouvé avec une balle dans le dos, dans un laboratoire ultra sophistiqué où une jeune femme de même pas vingt ans a su réparer sa colonne vertébrale.
— Ouais, j'admets que ça peut perturber, mais il a vu des choses qui devraient lui donner envie d'en savoir plus ? Je veux dire, quand j'ai débarqué ici, j'étais comme lui, et maintenant, je ne partirai pour rien au monde.
Coulson sourit.
— Rentrons chez nous, laissons Daisy discuter avec lui.
Mack et Fitz opinèrent et chacun retourna à son poste.
.
Dans le hangar, pendant ce temps, Ross était assis en tailleur au sommet d'une des grosses caisses de matériel entreposées là. Quand il vit Daisy au pied de la caisse, il croisa les bras et tourna la tête. La jeune femme le rejoignit agilement.
— Vous ne devriez pas réagir comme ça, dit-elle. Être un Agent du SHIELD, c'est un super job. C'est dangereux, okay, mais c'est super, on découvre plein de trucs, on se fait des amis, des ennemis, ou les deux...
Daisy leva les yeux au ciel puis posa ses mains sur ses cuisses, bras tendus. Elle sentit le regard de Ross la parcourir un instant.
— C'est quoi ces trucs ? demanda-t-il en montrant ses avant-bras du menton.
— Ça ? Une sorte d'armure, pour protéger mes os.
— Mais encore ? Vous n'en avez qu'aux bras ? demanda Ross en secouant la tête.
Daisy inspira.
— Un des trucs bien avec le SHIELD, répondit-elle. C'est qu'on apprend des choses, sur les autres, mais surtout sur soi. Il y a quelques années, nous avons combattu un ennemi qui nous a donné du fil à retordre. J'ai retrouvé ma mère dans un sanctuaire, dans les montagnes chinoises, où les gens anormaux se réfugiaient pour vivre leur vie paisiblement.
— Les gens anormaux ? Vous parlez des Avengers ?
Daisy se mordit la joue.
— Non. Des gens comme vous et moi qui, un jour, développent des pouvoirs, des capacités spéciales qui leur rendent parfois la vie infernale.
Ross plissa les yeux.
— Vous avez des pouvoirs, vous aussi ?
— Ma mère était une Inhumaine, mon père un humain, je ne savais rien jusqu'à ce que je sois exposée au Terrigène, une substance qui transforme les gens en pierre à son contact. Si nous sommes des Inhumains, nous brisons la coquille grâce à nos pouvoirs, sinon nous mourrons.
— Je me serais contenté d'un oui, soupira Ross.
Daisy esquissa un sourire. Elle agita les jambes puis tendit le bras gauche et Ross haussa un sourcil.
— La caisse là-bas, dit la jeune femme.
Elle tendit les doigts et la caisse fit un bond en arrière et glissa jusqu'à un mur. Ross ouvrit la bouche de surprise.
— Vous faites... de la télékinésie ?
— Pas exactement. Mon corps produit des vibrations que je peux contrôler. Je m'en sers pour expédier des objets, des gens aussi, pour « m'envoler » et aussi ralentir une chute. Je peux m'en servir comme bouclier, également.
— Donc les brassards... ?
— Avant que Jemma et Fitz ne les conçoivent, quand je me servais de mes capacités, mes os des bras se brisaient. Les vibrations sont trop puissantes pour qu'ils puissent les contenir, et j'ai souffert pendant un bon moment, même si en tant qu'Inhumaine, je suis beaucoup plus solide que les humains. Ces brassards absorbent les vibrations et me permettent de les canaliser plus facilement et plus précisément.
— Je vois... impressionnant...
— Et encore, vous ne l'avez pas vue en plein action, hein Quake ?
— Quake ? sourit Ross.
— Mack, on avait dit que tu me m'appellerais plus comme ça...
— Je sais, mais c'est un super nom de super-héroïne, tu sais ?
Daisy laissa échapper un reniflement puis sauta de la caisse. Mack lui donna une tape sur l'épaule quand elle passa près de lui puis reporta son attention sur Ross.
— Descendez un peu de là. Vous savez, je pense qu'il n'y a pas de meilleur boulot que le SHIELD si vous avez envie de protéger ce monde. Bien sûr, ça peut être dur, on peut être blessé...
— Je suis un Agent de la CIA, je sais ce que c'est d'être sur le terrain.
— Ouais, c'est vrai. Mais avec nous, vous allez voir des trucs qui pourraient vous sembler magiques et...
— Quoi, comme les espèces d'amazones du Wakanda ? grinça Ross. Ou leur roi qui se prend pour une panthère noire et que les balles ne blessent même pas ?
— Dans ce genre, ouais, admit Mack. Ma copine, par exemple, Yo-yo, est capable de courir et de revenir à sa place en un battement de cil.
— Inhumaine ?
— En effet.
— Et vous ? Vous en êtes un aussi ?
— Moi ? Oh non, pas du tout ! Ma force, je la tiens de ces biceps soigneusement entretenus et d'une hargne sans pareille pour défendre la veuve et l'orphelin.
— Vous m'en direz tant...
Un silence s'installa et soudain, un choc et un bruit sourd se firent entendre. Le ventre de l'avion s'ouvrit et toute l'équipe apparut.
— Bienvenue au SHIELD ! s'exclama Coulson en passant devant Ross.
Le groupe s'éloigna et Mack baissa les yeux sur le jeune homme près de lui.
— Allez vieux, on y va, dit-il en posant sa main sur son épaule. C'est pas comme si vous aviez le choix, de toute façon, hein ?
Ross bougonna puis suivit Mack et ils rejoignirent Daisy qui les attendait un peu plus loin. La jeune femme proposa alors à Ross de le conduire dans sa chambre et de le laisser digérer l'information tout en lisant le manuel du parfait petit Agent du SHIELD...
