Au petit matin, tout le monde était rassemblé dans les locaux du SHIELD local et, à l'infirmerie de la base, les trois Inhumains se remettaient de leurs émotions. On les avait catalogués, inscrits dans les différents fichiers, et la jeune femme aux pouvoirs nucléaires avait été temporairement neutralisée à l'aide de gantelets faits dans un alliage de nickel, de fer, de cobalt, de manganèse et de chromium, qui l'empêchait de rapprocher ses mains l'une de l'autre pour créer une réaction nucléaire.

— Vous allez faire quoi d'eux ?

— La fille a très peur de ses pouvoirs, ce qui est compréhensible, nous allons l'envoyer au Sanctuaire et un Inhumain l'en débarrassera, répondit Woolf.

— Et les deux autres ?

— Ils sont un peu perturbés, mais ils semblent avoir envie de reprendre une vie normale, donc dès qu'ils seront remis de leurs émotions et que tous les tests seront terminés, nous les enverrons eux aussi au Sanctuaire.

Daisy opina et se détourna pour s'approcher d'une vitre sans tain qui donnait sur l'infirmerie. Elle croisa les bras. Soudain, un halo orange se refléta dans la vitre et elle pivota aussitôt en brandissant ses mains.

— Non ! s'exclama Woolf. C'est le Docteur Strange, Agent Johnson, c'est un ami.

Daisy demeura immobile, en garde, quand l'anneau d'étincelles dorées s'ouvrit sur ce qui semblait être un salon. Un homme apparut alors et traversa le halo comme si c'était un pas de porte.

— Agent Woolf, dit-il.

— Docteur Strange, que me vaut votre visite ?

— Vous êtes occupé, je repasserai un autre jour...

— Non, je vous présente la délégation américaine du SHIELD, et notre Directeur, Philip Coulson.

— Intéressant, répondit Strange.

Son regard bleu se posa ensuite sur Daisy qui haussa un sourcil. D'un geste de la main, Strange lui plaqua les bras le long du corps.

— Tu ne peux absolument rien contre moi, jeune fille.

— Ne soyez pas impoli avec Quake, Strange, marmonna Woolf en croisant les bras.

Strange plissa les lèvres puis libéra Daisy qui roula des épaules.

— Vous avez une drôle de manière de saluer les gens, chez les Avengers, dit-elle.

— Sans doute parce que je n'en suis pas un ?

Daisy serra les mâchoires. Woolf se racla ensuite la gorge et présenta les autres membres de l'équipe de Coulson.

— Et voici leur dernière recrue, l'Agent Ross, termina-t-il.

Strange observa le jeune homme blond appuyé nonchalamment d'une fesse sur un coin de canapé, les bras croisés. Il plissa les yeux puis se détourna vers Woolf.

— Ma visite n'avait pour but que de vous informer que je suis intervenu, hier soir, dans votre piètre tentative de sauver ces créatures, dit-il.

Woolf se redressa.

— Seigneur... Que s'est-il passé ? demanda-t-il.

— Oh, un champignon atomique a soufflé l'usine et menacé de raser la moitié de la ville. Heureusement, je suis intervenu et j'ai pu remonter le temps jusqu'à un point où personne n'avait encore fait de mal à personne.

Strange coula un regard vers Daisy qui piqua un fard. Agacée, elle tourna les talons et quitta le bureau.

— Elle est chatouilleuse, nota Strange.

— Vous l'avez titillée, répondit Coulson.

Strange haussa un sourcil. Il aperçut alors du coin de l'œil que Ross l'observait d'une manière un peu trop attentive pour que ce ne soit que de la curiosité.

— Je dois repartir, dit alors le magicien. La prochaine fois que vous intervenez sur des nouveau-nés Inhumains, tâchez de savoir à l'avance ce dont ils sont capables. Je commence à en avoir assez d'empêcher la fin du monde toutes les deux semaines depuis que le SHIELD s'est installé en Chine, Woolf.

— C'est noté, répondit l'Agent du SHIELD, un peu embarrassé.

Strange inclina ensuite la tête pour tout le monde, franchit son anneau et disparut dans un éclat d'étincelles.

— Mais pour qui il se prend celui-là ? gronda Mack.

— Allons, c'est grâce à lui que beaucoup de catastrophes ont été évitées ces dernières années, répondit Woolf. Stephen Strange était un chirurgien de renom au Etats-Unis quand il a eu un très grave accident de la route qui l'a privé de ses mains. Un chirurgien incapable de se servir de ses mains ne sert plus à rien, aussi, afin de guérir, il est venu en Inde, à la recherche de l'Ancien, une personne soi-disant capable de l'aider. Il n'avait cependant pas prévu qu'il allait devenir un magicien capable de voyager dans le monde entier à l'aide d'un portail comme vous avez pu le voir...

— Et ce truc de remonter le temps, là ? demanda May.

— Oh ça ? Il ne l'a pas appris, du moins, il se l'est approprié, et je dois avouer que c'est très pratique, mais il est vrai que ces dernières années, à cause de HYDRA, il a dû intervenir assez souvent pour éviter que le monde ne pâtisse...

Coulson opina puis se redressa.

— Bon, rentrons, dit-il. N'hésitez pas à nous contacter, Agent Woolf, si vous avez le moindre problème.

— Bien entendu. Merci d'être intervenu aussi vite, je devrais vraiment me doter d'une équipe d'assaut comme la vôtre.

— Demandez aux deux Inhumains dans votre infirmerie, on ne sait jamais, sourit Jemma.

— Pourquoi pas. Rentrez bien.

Le groupe laissa Woolf dans son bureau et prit la direction des escaliers pour rejoindre le Zéphyr One stationné au-dessus de la base, camouflé sous son déflecteur. L'équipe monta à bord du gros avion et chacun regagna sa cabine en vue de se reposer pendant les vingt prochaines heures de voyage.

.

De retour dans son manoir, Strange était encore plus silencieux que d'habitude.

— Alors ?

— Alors rien, il m'a regardé, mais je n'ai senti aucun... sentiment particulier émaner de lui.

— Désires-tu seulement quelque chose venant de cet homme ?

L'Ancien pencha la tête et Strange secoua la tête.

— Non, mais il m'intrigue. J'ai l'impression de le connaître, mais je ne sais d'où, ou de quand, et cela m'agace !

— Il te suffirait d'ouvrir un portail jusqu'au SHIELD et de le confronter.

— Vous et vos idées directes... soupira Strange.

L'Ancien sourit.

— Parfois, la meilleure façon d'avoir une réponse est de poser la question, Stephen.

Elle remua ensuite les bras et forma un portail avant de disparaître dedans sans un mot de plus. Strange demeura alors seul et grogna en repoussant les pans de sa cape. Celle-ci s'éloigna un peu puis fit demi-tour et tapota l'épaule de l'homme.

— Quoi ? demanda-t-il.

La cape insista et Strange pivota.

— Qu'est-ce que tu as ?

La capte demeura immobile et soudain, fit volte-face et quitta la pièce. Strange la suivit à l'étage, puis dans la bibliothèque et la retrouva près d'un miroir.

— Ah non, pas question !

La cape s'agita.

— J'ai dit non ! Il n'est pas question due j'utilises ce truc à des fins personnelles !

Strange tourna les talons et la cape sembla baisser les bras. Elle soupira, fit face au miroir, puis alla se suspendre à un des livres qui dépassait de la bibliothèque.

— Tu as décidé de bouder ? demanda alors Strange.

Sa cape demeura inerte et il soupira en revenant sur ses pas.

— D'accord, abdiqua-t-il. Et tu voudrais que je lui demande quoi, au Miroir du Passé ?

La cape se décrocha et s'agita vers un écran de télévision éteint.

— Ross ? demanda Strange. Mais nous ne nous sommes jamais rencontrés...

La cape s'agita à nouveau et Strange soupira.

— Très bien...

Il se plaça alors face au miroir et, du bout de l'index, dessina un symbole magique à quelques centimètres de la surface du verre. La cape se posa alors sur ses épaules et lui enserra le cou comme quelqu'un avide de voir ce qui allait se passer. Le miroir se troubla ensuite comme de l'eau qu'on aurait dérangée et Strange se redressa.

— Montre-moi les vies passées de l'Agent Everett Ross, dit-il.

La surface du miroir ondula un instant puis se figea et des images se mirent à défiler. L'Agent Ross se retrouva alors tour à tour légionnaire romain, prêtre anglican, soldat français pendant la seconde guerre mondiale, moine bouddhiste, père de famille quelconque... Une image se fixa soudain et Strange inspira. Sur le miroir, Ross était présent ainsi que... lui-même.

— C'est moi ? demanda-t-il en s'approchant un peu. Mon Dieu...

Le miroir n'avait pas de son, mais Strange voyait très bien les deux hommes en train de discuter. Ils avaient chacun un large sourire pour l'autre, ce qui reflétait le lien qui les unissait. Quand Ross, qui faisait face au miroir, prononça un mot avant de rire, Strange rentra le menton.

— Sherlock... ? Comme dans Sherlock Holmes, le détective imaginaire ?

La cape se resserra autour de son cou et Strange reporta son attention sur le miroir. Il vit les deux hommes s'enlacer solidement en rigolant avant que « Sherlock » ne recule et n'aille prendre un violon posé sur un meuble Un sapin de Noël trônait juste à côté et visiblement, les deux hommes venaient de s'échanger leurs présents. Lorsque Sherlock se mit à jouer, Strange recula d'un pas.

— Je l'entends ! s'exclama-t-il. J'entends ce qu'il... Ce que je joue au violon !

Effrayé comme il l'était rarement depuis qu'il avait toutes ces nouvelles capacités, Strange éteignit le miroir d'un geste du bras et tourna les talons vivement. La cape demeura sur place, apparemment surprise par la réaction, et quand une porte claqua, elle soupira et alla se suspendre quelque part.