Le retour au manoir Strange fut brutal, autant que l'arrivée à Londres, mais Ross parvint à rester sur ses pieds. La cape de Strange l'empêcha de faire une culbute et il se rattrapa au bureau en soupirant.
— C'est la seule et unique fois que nous faisons ça, dit-il en se redressant. Oh bon sang, j'ai mal partout...
Repoussant sa cape, Strange était silencieux.
— Ils nous ont menti, dit-il soudain.
— Hin... lâcha Ross.
Strange haussa un sourcil.
— Ce qui veut dire ?
— Je vous en prie, soupira Ross. Sherlock et Watson sont amants depuis des années, cela se voyait dès notre arrivée ! Un aveugle l'aurait vu.
Il secoua la tête, regarda sa montre, puis soupira.
— Je vais rentrer au SHIELD et leur dire que vous n'accepterez de collaborer avec nous que si Daisy vous fait des excuses. D'ici-là...
Il détacha le bracelet d'argent de son poignet et le posa sur le bureau.
— Everett... tenta Strange.
Mais le jeune homme secoua la tête et quitta le manoir, les mains dans les poches. Il avait besoin de prendre l'air, il trouverait bien un moyen pour regagner la base du SHIELD plus tard.
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Dans le bureau de Coulson, pendant ce temps, Daisy se faisait rudement sermonner. Assise sur une chaise, la tête rentrée dans les épaules et le visage fermé, elle encaissait les remontrances de l'homme qu'elle respectait comme s'il était son père.
— Je devrais vous mettre à pied, vous entendez ? C'est inadmissible !
Daisy serra les mâchoires. Ses mains agrippèrent les accoudoirs du fauteuil.
— Cet homme va nous causer des ennuis ! répliqua-t-elle soudain. Il hait les Inhumains, nous ne sommes rien que de « pauvres créatures » à ses yeux !
— Et il a raison ! Les Inhumains n'ont pas mérité ce qui leur arrive ! Personne ne devrait avoir à découvrir ses capacités extraordinaires de façon aussi brutale ! Lui, il a tout appris, il est ce qu'il est aujourd'hui parce qu'il l'a voulu, pas vous !
Surprise que Coulson soit du côté de Strange, Daisy demanda à prendre quelques jours de repos. Coulson les lui refusa et l'assigna à sa chambre pour les prochaines soixante-douze heures. La jeune femme, furieuse, quitta le bureau en faisant claquer la porte. May apparut une seconde plus tard.
— Coulson, on a un appel de Ross, il voudrait qu'on aille le chercher à New-York.
— Pourquoi le doc ne le renvoie pas ?
— Ils se sont... disputés.
— Je vois... Dites à Yo-yo de prendre le Quinjet pour le récupérer et amenez-le-moi.
— Entendu, Monsieur.
Coulson s'écroula dans son fauteuil et planta son point dans sa joue. Quelle journée ! Il soupira ensuite et décida de s'occuper un peu en attendant le retour de l'Agent Ross et son rapport.
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Quand Ross fut de retour à la base après un voyage très silencieux duquel Yo-yo ne parvint pas à le tirer, il se rendit d'abord chez lui pour se changer puis se présenta à Coulson à qui il fit son rapport en omettant bien sûr toute l'histoire concernant Strange et lui, y compris leur voyage dans les souvenirs de l'ancien Agent de la CIA et celui dans cette ancienne vie. Il ne comprendrait pas.
— Des excuses publiques ?
— Il n'acceptera de s'occuper à nouveau des affaires avec les Inhumains que si Daisy s'excuse pour son comportement et je suis d'accord avec lui, répondit Ross. Elle n'avait aucun droit de l'attaquer ainsi, s'il n'avait pas réagi en me poussant derrière lui, j'aurais volé à travers le hangar !
— L'ultimatum concerne tous les SHIELD ?
Ross opina.
— Et où est le bracelet ? demanda alors Coulson.
— Je le lui ai laissé.
Le Directeur fronça les sourcils puis soupira, appuyé contre son bureau, les bras croisés.
— Je ne sais pas ce qu'il y a entre lui et vous, Ross, et je ne veux pas le savoir, mais si vous vous êtes disputés à cause du SHIELD, alors il serait mieux que la collaboration cesse dès maintenant.
— Ça n'a rien à voir avec le SHIELD, Monsieur, répondit Ross en détournant la tête.
— Ravi de le savoir. Bon, allez vous reposer, je vais tâcher de faire comprendre à Daisy qu'elle n'a pas le choix, que cela en va de la sécurité des siens et nous verrons bien. Le Docteur Strange intervenait régulièrement sans qu'on le lui demande, par soucis de garder le monde en un seul morceau, mais s'il ne se mêle plus de nos affaires, nous risquons une catastrophe. HYDRA est plus actif que jamais, nous sommes à peine assez d'agents pour les tenir à distance.
Ross se contenta d'opiner et quitta le bureau. Il regagna sa chambre et en entrant dans le couloir, il tomba nez à nez avec Daisy. Il la contourna et entra chez lui sans lui jeter un regard. La jeune femme le suivit alors que la porte se refermait.
— Vous n'avez rien à faire ici, Agent Johnson, dit-il en retirant sa veste.
— Je sais que vous rentrez de chez Strange, Ross, répondit la jeune femme. Il y a quoi entre vous deux, hein ?
— Rien qui vous regarde.
— De toute façon ça finira par se savoir et là, vous aurez des problèmes, vous savez ?
Ross pivota vers la jeune femme, un sourcil haussé.
— Et pourquoi aurais-je des problèmes, je vous demande ? Ma vie privée ne vous regarde pas, mademoiselle, de même que je ne m'occupe pas de savoir si vous couchez toujours avec l'Agent Ward !
Daisy eut un hoquet. Grant Ward avait déserté le SHIELD des années plus tôt et s'était retourné contre eux pour rallier HYDRA. Ils n'avaient plus aucun contacts et Daisy espérait même pouvoir le tuer rapidement afin ne plus avoir de poids sur la conscience.
— Strange n'est pas Ward, répondit-elle. S'il y a un problème avec ce magicien de pacotille, personne ne pourra le neutraliser !
— Magicien de pacotille... ?
Ross pinça les lèvres et hocha la tête.
— Sortez de chez moi, lâcha-t-il ensuite.
— Nous n'en avons pas terminé.
— Pour ma part si. Quittez ma chambre, Agent Johnson, ou je vous fais partir de force !
Il dégagea son pistolet à sa ceinture et Daisy rentra le menton. Elle serra les mâchoires puis quitta la pièce à grandes enjambées. Le jeune homme souffla ensuite et alla refermer la porte. Il s'assit sur le fauteuil proche et observa la boîte qui avait contenu le bracelet d'argent.
Il regrettait amèrement d'avoir proposé à Stephen Strange de soutenir le SHIELD de façon officielle dans sa lutte contre HYDRA. Cette histoire avec Daisy allait compromettre toute l'opération, sinon l'annuler complètement, et ses liens avec le magicien seraient mis à mal.
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Se passant une main sur le visage, Ross soupira. Il se souvint de sa discussion avec lui-même, avec Watson, dans la cuisine du 221b Baker Street. Il lui avait assuré que Sherlock et lui n'étaient pas amants, mais il ne l'avait pas cru. La complicité qui liait ces deux-là ne pouvait résulter que de ce genre de relation, mais lui, ce n'était pas ce qu'il voulait avec Strange, il n'avait jamais envisagé de s'enticher d'un homme, aussi loin qu'il se souvenait, jamais !
— Mais je suis obligé de reconnaître qu'il ne laisse personne indifférent, et encore moins moi. Apparemment, peu importe la réalité où nous nous trouvons, nous sommes destinés à nous rencontrer.
Il se frotta les mains et soupira.
— Je vais attendre que Daisy lui fasse ses excuses, ça lui permettra de retomber en pression et de réfléchir à ce qu'il s'est passé dans cette ancienne vie.
On toqua alors à sa porte il indiqua d'entrer. Jemma apparut, un peu hésitante.
— Docteur Simmons ? s'étonna-t-il. Que puis-je faire pour vous ?
— Appelez-moi Jemma, je vous en prie. Pouvons-nous discuter ? En privé ?
— Eh bien, oui... Que voulez-vous me dire ? Votre ami Fitz ne serait pas plus approprié pour une discussion privée ?
— Oh, ce n'est pas de moi que je voudrais vous parler... Mais de vous, et du Docteur Strange.
Ross ferma les yeux et secoua la tête, lèvres serrées.
— Il n'y a rien entre lui et moi, combien de fois vais-je devoir le dire ?
— Je... Je suis désolée, Everett, mais...
Jemma se mordit la lèvre et attrapa une chaise. Elle s'assit devant le jeune homme et posa ses mains sur ses cuisses.
— Écoutez, je n'ai absolument rien contre les hommes qui se plaisent, d'accord ? Votre vie privée ne me regarde pas, cependant, nous formons une équipe et nous devons pouvoir avoir confiance les uns en les autres. Depuis que vous avez rencontré cet homme, vous êtes distant et prompt à réagir quand on s'attaque à lui.
— Vous avez parlé avec Daisy, je me trompe ?
Jemma esquissa un sourire pincé.
— Et vous a-t-elle dit qu'elle m'a menacé ? demanda Ross.
— Non... Menacé ?
— Elle m'a clairement fait comprendre que si ma relation avec le Docteur Strange, quelle qu'elle soit, se savait ici, j'aurais des problèmes.
Jemma secoua la tête.
— Je ne comprends pas... En quoi cela poserait-il un problème au SHIELD si votre compagnon est le plus puissant magicien du monde ? Au contraire, ce serait un atout de force ! Oh...
Ross haussa les sourcils.
— Elle est jalouse, dit Jemma. Strange est bien plus puissant qu'elle et jusqu'à maintenant, c'était elle qui faisait office de bouclier à l'équipe... Si une autre personne s'y ajoute, même ponctuellement, elle pourrait se sentir inutile.
— Donc elle s'en prend à lui ? Mais pourquoi l'a-t-elle attaqué sans raison ce matin ?
— Je l'ignore... Elle a peut-être voulu le défier ? Le tester ? Je ne sais pas et elle ne me dira rien, même si j'insiste.
— Dites-lui tout de même que si elle essaie à nouveau, je ne donne pas cher de ses os, répondit Ross.
— Il la tuerait ?
— Je ne pense pas, mais il l'humiliera suffisamment pour qu'elle ne recommence pas et garde sa place. Le Docteur Strange n'est pas un Inhumain, Jemma, c'est un humain qui a appris à contrôler les Arts Mystiques. Il mérite d'être respecté et craint.
— Et pas Daisy ?
— Daisy est crainte parce qu'elle détruit tout ce qui ne lui plaît pas, répondit Ross. Elle est en colère en permanence, contre qui, contre quoi, personne ne le sait, et même pas elle, j'en suis certain.
— Vous ne la connaissez pas assez, je pense, pour pouvoir émettre de telles hypothèses, répondit Jemma.
— Peut-être pas, mais n'oubliez pas que je suis un ancien de la CIA, on m'a appris à lire les gens...
— Et lisez-vous le Docteur Strange ?
Ross inclina la tête.
— Bien trop facilement à mon goût. Son intérêt pour moi me perturbe, mais plus j'apprends à le connaître et plus je me dis, non pas que c'est normal, mais que ce pourrait être la continuité logique à notre rencontre initiale.
— Excusez-moi, mais je ne comprends pas. Vous avez été marié, vous semblez aimer les femmes, alors pourquoi... ?
— Je ne saurais pas vous le dire, Jemma, répondit Ross en haussant les épaules. Strange pense que nous étions liés ans une ancienne vie et que nos âmes se sont retrouvées dans celle-ci, je n'y crois pas trop, mais je n'ai aucune autre réponse pour le moment, donc j'accepte.
— C'est une sorte de... d'essai ? J'admets que le Docteur Strange est impressionnant et qu'il a un certain charme qui va avec le bonhomme, mais de là à tomber amoureux de lui...
Ross serra les lèvres avec un petit sourire.
— Vous, vous avez Fitz, Jemma, répondit-il. Moi je n'ai personne depuis bien longtemps et un peu de chaleur humaine me manque. Et je sais que ce n'est pas ici que je la trouverai.
— Il ne faut pas dire cela... Fitz et moi travaillons ensemble depuis que nous avons été recrutés par le SHIELD et nous nous entendons de mieux en mieux chaque année qui passe, chaque épreuve que nous traversons nous rapproche un peu plus encore.
— Mais cela n'est pas pour tout le monde pareil. Je suis un vétéran de la Navy, ma femme a divorcé pour ne pas prendre le risque de voir un jour un Aumônier sur le pas de sa porte. Cela fait vingt ans que je suis seul, Jemma, et même un sorcier revêche qui assure ne pas avoir le temps de se préoccuper d'un compagnon humain peut me contenter. Pour le moment.
Jemma esquissa un sourire.
— J'ai pu avoir un aperçu de votre complicité et je me dis qu'en fait, c'est peut-être une bonne chose que le Docteur Strange travaille avec le SHIELD. Jusqu'à maintenant, il n'intervenait qu'en cas de gros pépin et nous ne le savions même pas puisqu'il remontait le temps pour éviter la catastrophe, mais à présent, ce sera officiel, nous pourrons le contacter dès que la situation nous dépassera et...
— Je pourrais le contacter, Jemma, rectifia Ross. C'est à moi qu'il a donné le bracelet pour l'appeler, n'oubliez pas.
— Serez-vous le seul à prendre la décision ?
— Le Directeur Coulson me donnera l'ordre de l'appeler, mais personne d'autre, c'est la condition qui a été définie.
C'était un mensonge, mais peu importe.
— La seule chose qui empêche cette alliance de continuer, c'est Daisy. Le Docteur Strange veut des excuses.
— Et il les aura. Je vais discuter avec Daisy, je vais la convaincre de s'excuser, même si elle le fera sans aucun doute de mauvaise grâce.
— Ce sera mieux que rien, j'imagine.
— Oui... Allez-vous parler avec Strange ?
— Non. Nous nous sommes accrochés à cause de Daisy et je lui ai laissé le bracelet. Lorsqu'il aura digéré ou qu'il aura eu ses excuses, il reviendra, je ne m'en fais pas pour ça.
Jemma opina. Elle laissa ensuite Ross tranquille et quitta la chambre. Le téléphone du jeune homme sonna au même moment et il le tira de sa poche en se tortillant.
— Tiens, quand on parle du loup... sourit-il en lisant l'écran où s'affichait un message texte du Docteur Strange.
Il lui répondit aussitôt et la réponse ne fit pas attendre. Une pelote d'étincelles apparut et le portail s'ouvrit au milieu de la pièce.
— Je ne suis parti que depuis deux heures et vous voilà déjà ? dit-il à l'homme de l'autre côté.
— Je suis désolé, Everett. Je ne voulais pas que vous partiez en étant contrarié.
— Je l'étais en effet, mais c'est plus de la crainte que de la colère.
— Et je vous comprends, mais cette situation m'énerve et je suis incapable de me concentrer en vous sachant chez vous à ruminer. Êtes-vous occupé, là maintenant ?
— Non...
— Venez alors. Vous m'avez montré votre vie, je vais vous montrer la mienne.
— Ce serait avec...
Il fut interrompu par des coups contre la porte et il leva une main pour Strange qui s'apprêtait à refermer le portail.
— Oui ? demanda-t-il ensuite.
— C'est Coulson.
— Entrez, Directeur.
La porte pivota et Coulson entra dans la chambre. Il referma la porte et afficha un air surpris en voyant le portail au milieu de la pièce.
— Ah, je vois... Vous nous faites donc infidélités, Agent Ross ? C'est le dernier système à la mode en télécommunications ?
— Allons... J'expliquais simplement au Docteur Strange que vous alliez essayer de convaincre Daisy de lui faire des excuses.
Ross croisa le regard de son ami qui fronça les sourcils. Coulson attrapa ensuite la chaise de Jemma et s'assit face au portail.
— Je dois reconnaître que c'est pratique, admit-il. Et cela tombe très bien que vous soyez en conversation, puisque je venais en effet pour parler de Daisy.
— Va-t-elle me faire des excuses pour son comportement ? Je viens de discuter avec le Docteur Simmons et elle m'a dit qu'elle lui parlerait.
— J'ai su la convaincre, elle m'a tenu tête, mais j'ai réussi.
— Avec quels arguments ?
— Cela risque de moins vous plaire, par contre...
Ross se redressa. Strange l'imita et Coulson les observa tour à tour.
— Daisy vous fera des excuses si vous acceptez de ne jamais venir au SHIELD si vous n'y avez pas été expressément convié.
Strange serra aussitôt les mâchoires.
— Non.
— Non ? Enfin, Docteur...
— Cette jeune femme m'a attaqué, dans votre propre installation, alors que je l'avais en aucun cas menacée ! répliqua Strange. Qui est-elle pour se penser supérieure au Maître des Arts Mystiques, elle une simple créature génétiquement modifiée !
Coulson baissa le menton.
— Stephen, je vous en prie, intervint Ross. Daisy n'est qu'une gamine, elle est jalouse de vous parce qu'elle sait qu'elle ne pourra jamais vous égaler niveau puissance. Elle a peur, c'est tout.
— La peur fait faire des choses stupides, précisa Coulson.
— Oui, je le sais, mais pas contre moi, Directeur. Ce n'est pas moi l'ennemi.
Coulson opina.
— Je vais la chercher ?
— Elle est là ?
— Dans le couloir.
— Dans ce cas, allez la chercher et traversez le portail. Everett vous conduira à mon bureau.
— On sort le grand cérémonial ? sourit Coulson.
— Tant qu'à faire...
Un sourire un peu narquois étira la bouche de Strange. Coulson sortit alors de la chambre et Ross regarda l'homme à son bureau.
— Je délocalise le portail dans le salon, dit celui-ci. Vous retrouverez mon bureau ?
— Oui. Je pense. N'hésitez pas à agiter un peu les doigts, histoire d'impressionner cette jeune femme un peu rebelle.
Strange se mit à rire doucement, inclina la tête, puis leva une main et balaya le portail. Ross reconnut aussitôt le salon où ils avaient passé la soirée de la veille et il opina pour lui-même. La porte se rouvrit ensuite et Daisy entra. Il se leva. La jeune femme pâlit en découvrant le portail et inspira, mâchoires crispées, en regardant Ross.
— Le Docteur Strange accepte de vous recevoir, dit-il. Nous allons traverser son portail et je vous conduirai jusqu'à lui.
— Et sinon, il ne peut pas venir ?
— Daisy... prévint Coulson.
— Pardon, Monsieur.
— Allons-y.
Ross invita les deux autres à passer devant lui puis il les rejoignit et le portail se referma dans son dos.
— Suivez-moi.
Coulson et Daisy lui emboîtèrent le pas en regardant autour d'eux.
— Si les choses bougent, ne regardez pas, dit Ross. Vous êtes dans l'antre du Maître des Arts Mystiques, le Sanctum de New-York...
— Épargnez-nous vos blablas, qu'on en finisse.
Ross jeta un regard noir à Daisy avant de poser le pied sur le grand escalier qui montait à l'étage. Coulson et Daisy la suivirent, impressionnés et, en arrivant en haut, Ross découvrit la cape de Strange qui l'attendait. Elle fila sur la droite quand il la repéra et il sut qu'il devait la suivre.
Bien joué... sourit-il pour lui-même.
Donnant donc l'impression de connaître le manoir par cœur, Ross conduisit Coulson et Daisy à travers un dédale de couloirs sombres, de salles remplies de livres ou d'artefacts inconnus du commun des mortels, tout en suivant la cape magique qui lui indiquait le chemin quelques secondes avant que les deux autres humains ne la voient...
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Bientôt, le trio arriva au sommet de l'immense bâtisse et Ross poussa les portes du bureau de Strange qui les attendait devant la grande verrière ronde. La cape rouge était sur ses épaules et en entendant les portes, il tourna la tête puis pivota.
— Docteur Strange, le salua Coulson. Cette maison est impressionnante.
— Les Sorciers Suprêmes qui se sont succédés depuis Agamotto ont mis leur touche personnelle en rajoutant quelques pièces qui ne sont pas toujours visibles de l'extérieur.
— On dirait Harry Potter... sourit Coulson.
— Oh, ne lui dites pas cela, Monsieur, vous allez le froisser, sourit Ross en retour.
Strange esquissa un sourire puis son regard se posa sur Daisy.
— Vous nous laissez ? demanda-t-il aux deux hommes.
— Est-ce prudent ? s'inquiéta Coulson.
— Je n'ai encore jamais tué personne, Directeur...
Ce dernier roula des yeux puis Ross l'invita à le suivre et ils s'installèrent dans un petit salon juste à côté.
— Il va lui faire la leçon ?
— Certainement. Il ne lui veut aucun mal, il a juste à cœur de protéger le monde entier, avec tous ses défauts, mais si quelqu'un s'oppose à lui, ce n'est pas bon.
— Je comprends le dilemme, Daisy est le super-héros du SHIELD, après tout, et voilà qu'elle rencontre un rival et que celui-ci est plus puissant et immortel...
— Il n'est pas immortel, mais il vivra bien plus longtemps qu'elle, c'est certain. Je pense que je suis aussi responsable de la colère de Daisy. Je suis le petit nouveau, Champion du Wakanda, vous m'avez débauché et je vous ramène Strange dans la foulée...
— Elle ne vous apprécie pas, c'est un fait, elle me l'a dit, répondit Coulson. Mais cela passera. Vous n'êtes avec nous que depuis un mois, une fois que les choses se seront tassées, tout ira beaucoup mieux.
— Je ne suis personne d'autre qu'un Agent du SHIELD comme un autre ici, mes exploits au Wakanda ne m'ont rien apporté sinon un peu de popularité et la protection du roi T'Challa, mais les Avengers savent ce qu'ils ont à faire et ne s'enquiquinent pas d'un petit humain sans capacités.
Ross esquissa un sourire pincé et Coulson opina.
— Y aurait-il du thé ou du café, dans cette maison ?
— Demandons. Cléa ?
Coulson regarda Ross sans comprendre. Une jeune fille se montra alors dans le salon et décocha un sourire à Ross.
— Vous de retour ? Et à qui ais-je l'honneur ?
— Directeur Philip Coulson, SHIELD, répondit le concerné. Et vous êtes ?
— Cléa, apprentie magicienne. Et bonne à tout faire, aussi...
Ross pouffa.
— Peux-tu nous apporter un peu de thé ou de café, s'il te plaît ? Stephen est en train de sermonner une jeune femme un peu trop bornée, on en a pour un petit moment... expliqua-t-il.
— Oh, je vois... Je vous apporte ça.
— Merci, ma grande.
Cléa sourit, un peu rougissante, puis tourna les talons et Coulson haussa un sourcil en regardant agent.
— C'est une très gentille jeune fille, elle ne sait pas dans quoi elle s'est embarquée en devenant l'apprentie du Docteur, mais elle va s'accrocher. Elle est à bonne école, niveau persévérance.
— J'ai cru comprendre, oui.
Cléa reparut alors avec un plateau et le déposa sur un guéridon qu'elle apporta ensuite entre les deux hommes. Elle s'inclina puis quitta la pièce. Ross entreprit de servir le thé dans les deux tasses, quand deux autres apparurent. Il sursauta et Coulson se redressa. Les porte du bureau s'ouvrirent et Daisy apparut, suivie de Strange.
— Alors ? demanda aussitôt le directeur comme Daisy prenait place à ses côtés, silencieuse.
— Alors ses excuses sont acceptées, même si elles manquaient de sincérité, répondit Strange en s'asseyant près de Ross.
Sa cape se détacha de ses épaules et se suspendit à un lampadaire, désireuse de ne pas se faire écraser sous le royal postérieur de son maître. Daisy et Coulson la suivirent du regard, fascinés, et la jeune femme croisa alors le regard de Strange.
— Je suis désolée, vraiment, dit-elle.
— Oui, et il n'y a plus lieu de l'être à présent, jeune fille. J'ai compris ton dilemme et comme je te l'ai dit, je ne suis pas ton ennemi.
— Vos idées le sont.
— Ne commencez pas, prévint Ross.
Strange posa une main sur le bras de son compagnon qui lui jeta un regard avant d'opiner. Il termina ensuite de servir le thé et Coulson entreprit de finaliser l'alliance officielle entre le SHIELD et le Maître des Arts Mystiques et du Sanctum de New-York.
Une vingtaine de minutes plus tard, tous les quatre se tenaient devant le portail étincelant que Strange avait ouvert directement dans le hangar du SHIELD, surprenant tout ceux qui y travaillaient.
— Vous rentrez avec nous ? demanda Coulson alors que Daisy avait déjà traversé.
— Dans un moment, répondit Ross.
— Ne rentrez pas trop tard, sourit le Directeur en retour.
— Monsieur...
Coulson lui fit un clin d'œil puis franchit le portail qui se referma dans son dos. Ross se tourna ensuite vers Strange qui pencha la tête et haussa un sourcil.
— Auriez-vous quelque chose à me demander ?
— Demander, non... Dire, plutôt.
— Subtilité.
Ross sourit et inspira.
— Vous savez, comprendre que Sherlock et Watson nous avaient menti sur leur relation m'a fait très peur, et m'a mis en colère aussi, reprit-il. Je ne sais pas ce que Sherlock vous a dit, mais...
— Il ne m'a rien dit sur leur relation, mais il m'a donné des conseils pour... apprécier le moment présent, répondit le magicien.
— Mais encore ?
— Vous vous souvenez que je vous avait dit, il y a de cela un mois à présent, que je n'avais ni le temps ni l'envie de m'occuper d'un compagnon à la vie si ténue ?
— Comment l'oublier... Ce genre de flèche vous atteint droit au cœur.
— Et je m'en excuse. Sherlock a réussi à me faire relativiser. Everett, je ne suis pas immortel, je peux être tué par un autre magicien, mais je vivrais bien plus longtemps que vous, que Daisy, que ses enfants et ses petit-enfants. Mon maître est née en l'an mille trois cent... Elle n'est plus la Sorcière Suprême depuis que j'ai réussi à m'emparer du pouvoir de l'Œil, mais elle demeure très puissante et très crainte. Je ne suis pas quelqu'un d'ordinaire.
— Je comprends, et je ne vous demande rien. J'ai pris conscience, tout à l'heure, avant que vous ne m'envoyiez ce message, et grâce à Jemma Simmons, qu'au final, peu importe si nous aimons les hommes ou les femmes, il se peut qu'un jour, l'un ou l'autre trouve grâce à nos yeux et nous satisfasse, même un court laps de temps. En ce qui nous concerne, vous et moi, c'est encore autre chose parce que nos âmes sont liées depuis la nuit des temps, mais je suis convaincu que nous ne devrions pas juger un homme parce qu'il a décidé un jour qu'un homme lui apporterait ce qui lui manque présentement.
Strange esquissa un sourire.
— Et que vous manque-t-il, Everett Ross ?
Ross sourit et Strange posa une main sur son épaule en serrant les doigts. Il lui effleura la joue de son pouce et l'attira ensuite dans ses bras. Ross recula quelques secondes plus tard et le magicien posa son front contre le sien en soupirant avant de se redresser.
— Rentrez chez vous, dit-il. Nous aurons bien d'autres occasions de nous revoir.
Il tendit alors la main et le bracelet d'argent apparut. Ross esquissa un sourire, le prit et recula. Il inclina la tête et Strange ouvrit son portail, juste assez pour que son compagnon s'y faufile, après quoi il le referma et s'écroula contre le mur dans son dos. Il se laissa glisser au sol et Cléa apparut. Elle se faufila sous son bras et se serra contre lui. Il l'embrassa dans les cheveux.
— Je n'ai pas d'enfant, mais tu es la prunelle de mes yeux, Cléa, dit-il doucement. Tu es toujours là quand j'en ai besoin.
— N'est-ce pas le but d'un apprenti ?
— Peut-être.
Cléa sourit. Quand elle avait émis le souhait, devant l'Ancien, de choisir le Docteur Strange comme Maître, celle-ci l'avait immédiatement défendue, arguant qu'il était trop puissant pour elle, trop impitoyable, mais Cléa avait tenu bon et avait su convaincre Strange. Six mois plus tard, elle ne partirait de cette maison pour rien au monde, elle s'abreuvait de l'enseignement de cet homme à la fois torturé et parfaitement lucide, et elle aspirait bien à devenir aussi puissante que lui.
