Soulagé d'un gros poids, Ross décida finalement, après un mois passé au SHIELD, de demeurer un de leurs agents et se mit au travail en puisant dans tout ce qu'il avait appris en étant à la CIA. Ses compétences bien réelles furent rapidement un atout pour son équipe et bien que Daisy ne lui fasse pas confiance, les autres commençaient à se faire à l'idée.

— Où part-on, ce matin ?
— Canada.
— Qu'y a-t-il là-bas ? Un Inhumain ?
— En effet, et celui-ci pourrait nous poser des gros problèmes, à nous et à la planète.

L'équipe était dans le bureau de Coulson pour un briefing. L'antenne du SHIELD basée à Montréal avait émis le souhait d'une assistance et plusieurs autres bases avaient missionné des agents pour les aider.

— Cinquante agents ont été demandés, parmi eux, il y a onze Inhumains aux capacités toutes différentes, expliqua Coulson.
— Onze ? Mais on affronte quoi, le Yéti ? demanda Fitz.
— Pas exactement...

Coulson attrapa une petite télécommande et activa l'écran derrière lui. Une vidéo, filmée depuis un hélicoptère, montrait le sol gelé des terres au nord du Canada, à quelques encablures de la ligne du pôle.

— Ce cratère de dix mètres de diamètre et d'une centaine de profondeur a été creusé par notre Inhumain. Contrairement aux nouveau-nés que nous affrontons, celui-ci est parfaitement conscient de ce qu'il fait.
— Et pourquoi fait-il ça ? demanda Daisy.
— Aucune idée, mais il faut l'arrêter. Le Permafrost est criblé des micro-organismes tous plus dangereux les uns que les autres, s'il continue de réchauffer le sol, nous pourrions avoir des pandémies mondiales dont nous ne pourrions pas nous relever.
— On dirait un cratère nucléaire, nota soudain May.
— En effet.

Un silence s'installa et Daisy soupira.

— Encore un Inhumain nucléaire ? Mais enfin...
— Celui-ci n'est pas un nouveau-né, comme je viens de le dire, nous pensons que c'est un Agent de HYDRA et que son action est bien ciblée pour détruire une bonne partie du Canada.
— Mais pourquoi ?
— Allez le lui demander.

Daisy se renfrogna.

— On va avoir besoin de l'autre ? grogna-t-elle.

Coulson haussa un sourcil et croisa le regard de Ross qui souffla, mâchoires serrées. Depuis que Strange avait accepté les excuses de Daisy et qu'il était officiellement un allié du SHIELD en cas de gros pépin, deux mois s'étaient écoulés et personne ne l'avait revu. Cependant Ross entretenant toujours une relation amicale avec lui, ne supportait pas quand Daisy devenait aussi méprisante envers lui.

— Probablement, répondit alors Coulson.
— Génial... Appelons le magicien d'Oz alors, qu'il fasse notre tra...
— Ça suffit !

Tout le monde sursauta et regarda vers Ross.

— Agent Johnson, vous avez quel âge, six ans ? dit-il. Vous ne croyez pas que vous devriez passer un peu au-dessus de ces niaiseries ? Vous passez pour une idiote à ressasser tout ça depuis deux mois !
— Agent Ross, je vous en prie... tenta Coulson.
— Il a raison, intervint May.
— May ? s'étonna Daisy. Mais...
— Écoute, Daisy, je t'aime beaucoup, d'accord, mais tu commences sérieusement à nous les briser avec ta rancœur contre le Docteur Strange, enchaîna Mack. Tu n'as plus rien de la solide Quake ; tu ressembles à une gamine à qui on aurait piqué son jouet, c'est lassant.
— Mais Mack... ?

Abasourdie, la jeune femme déglutit, les larmes aux yeux. Soudain, elle tendit le bras, index tendu, en direction de Ross qui se protégea de ses bras.

— C'est de votre faute ! siffla-t-elle. Vous avez ramené ce satané magicien dans nos rangs, c'est de votre faute tout ça !
— Daisy arrête ! tonna Mack. Il n'y est pour rien !
— Si !

Une pelote d'étincelles apparut soudain près de Coulson qui soupira.

— Et voilà, tu es contente ? dit-il en regardant la jeune femme.

Mack lui tenait le poing dans le sien, faisant écran entre Ross et elle. Cependant, lorsque le portail s'ouvrit, ce ne fut pas Strange qui apparut, mais Mordo.

— Maître Mordo ? s'étonna Ross en s'approchant. Que se passe-t-il, vous ne...
— C'est Strange, répondit le moine. Il est blessé.

Les membres du SHIELD se regardèrent.

— Comment ça ? demanda Coulson. Je croyais que seul un magicien...
— Justement. Votre Inhumain, dans le cratère au Canada, ce n'en est pas un, c'est un magicien, Maître Kaecilius. Il semble faire équipe avec HYDRA de la même manière que Strange fait équipe avec vous.
— Nous voilà dans de beaux draps, soupira Fitz.
— Où est Strange ? demanda Coulson.
— Au manoir, mais il est en piteux état et si vous essayez d'affronter Kaecilius sans lui, il vous vaporisera sans aucun état d'âmes.

Mordo regarda ensuite Ross qui jeta un regard à Coulson. Celui-ci opina.

— Simmons, allez-y, voyez ses blessures et faites de votre mieux. Si on a un autre magicien sur les bras, alors ça ne sent pas bon. Les Avengers ?
— Ils sont occupés, malheureusement, répondit Mordo. Je vais tenter de contacter Thor, mais je ne garantis rien.
— Faites de votre mieux.

Mordo opina. Ross et Jemma franchirent ensuite le portail et le moine les conduisit jusqu'à la chambre de son ancien élève. Quand ils entrèrent, ils trouvèrent Stephen Strange gisant dans son large lit, couvert de bandages et à peine conscient.

— Mais il lui a fait quoi ?! s'exclama Jemma en s'approchant vivement. Mon Dieu...On dirait qu'il a été piétiné par des éléphants...
— Entre Kaecilius et Strange, ça dure depuis un moment, expliqua Mordo. Ils se détestent, ils se battent pour le pouvoir de l'Œil et comme seul un magicien peut en tuer un autre, si Kaecilius parvient à tuer Strange, il s'emparera du talisman et remontera le temps pour pouvoir prendre le contrôle sur le monde entier.
— C'est possible ? demanda Ross, surpris.
— En théorie, oui, en pratique, jamais personne ne l'a encore fait.
— Il est très mal en point, dit alors Jemma. Sans appareils je ne saurais pas dire à quel point, mais ce n'est pas bon... Peut-il aller à l'hôpital ?
— Il ne veut pas.
— Il ne va pas avoir le choix... Je vais retourner chercher du matériel à la base, on ne peut pas le déplacer tant que je ne saurais pas exactement ce qu'il a, répondit la jeune femme.
— Je vous y conduit.
— Je reste avec lui, répondit Ross.

Mordo opina, rouvrit un portail directement dans le laboratoire de Jemma et l'ancien agent de la CIA se retrouva seul dans la grande chambre. Il regarda ensuite Strange, inspira, et s'approcha du lit.

— Hey... Vous êtes encore vivant ?

Strange laissa échapper un rire qui se mua aussitôt en grimace de douleur. Il tapota le lit du bout des doigts et Ross s'y assit en posant la main blessée sur ses genoux.

— Vous êtes dans un sale état... Il ne vous a pas loupé...

Barré d'une cicatrice sanguinolente partant du front à droite jusqu'à la commissure des lèvres à gauche, le visage de Strange n'était plus que chairs traumatisées. Son œil gauche était fermé et le droit avait de la peine à demeurer ouvert. Ross remarqua alors une larme qui glissa de l'œil gauche et il serra les lèvres.

— Vous allez vous en sortir, assura-t-il en posant sa main sur celle sur ses genoux. D'accord ? Vous n'avez pas le droit d'abandonner maintenant, vous entendez ? Vous avez déjà battu Kaecilius une fois, vous le referez.
— Il est trop puissant... Le Terrigène...

Strange laissa échapper un râle de douleur et Ross pâlit. Il tira alors son téléphone portable et contacta le SHIELD.

— Directeur, c'est Ross. Non, il l'a massacré, il est défiguré, mais j'ai encore pire... Kaecilius a été infecté par le Terrigène... Je ne sais pas comment, mais... Bon, très bien.

Ross posa son téléphone près de lui et la main de Strange se serra sur ses doigts. Il le regarda et repoussa une mèche noire qui touchait la plaie de son visage.

— On va vous sortir de là... dit-il.
— Occupez-vous de lui d'abord... souffla le magicien. Mes pouvoirs me soigneront...
— Vous mourrez avant et ce n'est pas une option envisageable, vous le savez.

Strange eut un mince sourire.

— Et dire que c'était à moi de vous protéger...
— Il faut un début à tout, sourit Ross en retour.

Strange leva alors la main et la posa contre la joue de son compagnon qui ferma les yeux un instant.

— Ne m'abandonnez pas, Everett...
— Pourquoi ferai-je une telle chose ?
— J'ai peur...

Ross serra les lèvres et la main du magicien glissa et retomba sur ses genoux. Il la prit dans les siennes et soupira.

— Reposez-vous, je suis là, dit-il.

Strange opina lentement et ferma ensuite les yeux. Le portail de Mordo se rouvrit alors et Ross pivota. Jemma s'approcha en poussant un radiographe mobile, suivie par Mordo chargé comme un mulet.

— Comment va-t-il ? demanda Jemma.
— Il dort.
— Tant mieux. Je vais pouvoir lui faire passer un scanner.
— Ici ? s'étonna Mordo.
— Oui, c'est une nouvelle technologie mobile que j'ai mise au point avec Fitz, c'est très pratique quand on est en mission. Je vais l'installer au-dessus du lit, déposez tout ce bazar dans un coin.

Mordo obéit puis s'approcha pour aider la jeune femme à déployer son scanner mobile. Ross quitta le lit et s'éloigna, n'ayant rien de mieux à faire. Il découvrit alors Cléa dans une pièce adjacente et la rejoignit.

— Il va mourir ?

Elle était inquiète.

— Non, Jemma ne le laissera pas mourir, répondit Ross.
— Il faut appeler le Docteur Palmer, dit la jeune fille. C'est son amie, elle aidera votre amie à le soigner.
— As-tu son numéro de téléphone ?
— Le Maître l'a quelque part, je vais chercher ça dans son bureau, je...
— Je vais y aller, dit Ross en posant ses mains sur ses épaules. Assieds-toi et ne t'inquiète pas, d'accord ?

La jeune fille opina vivement tout en se massacrant les petites peaux des doigts. Ross retourna ensuite dans la chambre et demanda à Mordo s'il connaissait le Docteur Palmer.

— Bien sûr, il faut aller la chercher ?
— Cléa pense qu'elle pourra aider Jemma.
— Christine est sa meilleure amie et un très bon chirurgien, opina Mordo. Je vais la chercher tout de suite et je vous la ramène.
— Merci, répondit Jemma. Un coup de main n'est jamais superflu, surtout que je ne suis pas docteur en médecine... Enfin pas de ce niveau-là.

Ross serra les lèvres. Mordo disparut dans un portail et le jeune homme s'approcha ensuite du lit.

— Je peux aider ? demanda-t-il en observant l'appareil blanc qui était déplié au-dessus du lit de Strange.

Ressemblant à une énorme lampe pliable, il se déplaçait sur un rail posé sur le sol. Son bras télescopique surplombait Strange et Jemma s'en détourna alors pour pianoter sur un ordinateur posé sur la table de chevet.

— C'est tout en place, répondit la jeune femme. Je vais lancer le scanner.

Ross opina et observa son compagnon gisant sous le drap, atrocement mutilé. Une douleur sourde lui serra alors les entrailles et il se promit de tuer Kaecilius en personne si jamais il en avait l'occasion. Laisser vivre un homme dans un tel était inhumain !

Le bruit ténu du scanner qui se déplace sur son rail tira Ross de ses pensées et il observa une lumière longer le corps de Strange. Immobile, celui-ci observait le plafond et sa seule main valide se crispait de temps en temps sous la douleur qu'il devait éprouver.

— Vous avez de la Morphine ? demanda soudain Ross.
— Oui, bien entendu, dans le sac rouge.

Ross ouvrit le zip sur le dessus et sortit une boîte en plastique avec des seringues pré-dosées. Il revint vers le lit, le contourna et grimpa sur le matelas côté libre en repoussant le drap.

— Ça vous soulagera un moment, dit-il en appuyant la seringue dans le muscle de la cuisse du magicien.

Strange tressaillit puis soupira de soulagement et Jemma haussa un sourcil. La douleur devait être atroce pour que la Morphine agisse aussi rapidement. La lampe du scanner s'éteignit alors et la jeune femme regarda son écran et grimaça.

— Mon dieu... Le troupeau d'éléphants n'était pas une métaphore, dit-elle.

Ross s'approcha et serra les mâchoires.

— Il n'a plus un os en un seul morceau... Je suis désolé, Everett, mais je ne pourrais rien faire sinon soulager ses douleurs.
— Il m'a dit que ses pouvoirs le soigneraient, mais...
— Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas...

Ross se détourna et s'approcha d'une fenêtre. Un portail s'ouvrit alors et Mordo apparut, suivit de Christine Palmer et d'une femme au crâne chauve en tenue de moine.

— Docteur Simmons, voici le Docteur Palmer et notre Maître, l'Ancien, présenta Mordo.
— Enchantée de vous connaître, même si j'aurais préféré dans des circonstances différentes. Docteur Palmer, je viens de scanner le Docteur Strange et c'est pas du tout...

Christine regarda l'écran et laissa échapper un gémissement.

— Tu me les auras toute faites, hein ? dit-elle en regardant Strange qui dormait. D'abord cet accident de voiture et maintenant ça... Qui va te réparer, cette fois, hein ?
— Ne le sermonnez pas, répondit l'Ancien. Je vais le soigner, je lui dois bien cela.
— Vous allez vous épuiser, objecta Mordo. Vous devriez garder vos forces pour anéantir Kaecilius une bonne fois pour toutes.
— Je le devrais, en effet, mais ce n'est pas à moi de régler son compte à Kaecilius, mais à Stephen. Lui seul à la puissance nécessaire pour cela.
— Pas dans cet état, nota Christine.

L'Ancien haussa un sourcil puis elle s'approcha du lit en écartant le scanner d'un geste gracieux de la main.

— Venez, dit alors Mordo en poussant tout le monde dans la pièce adjacente. Laissons-la travailler en paix.

Dans la chambre, l'Ancien grimpa sur le lit et s'assit en tailleur. Fermant les yeux, elle entreprit d'entrer en communication spirituelle avec Strange et profita allègrement de sa faiblesse pour s'introduire dans son esprit.

— Le Sanctum ? Quel choix de décor peu original...
— Et qu'aurais-je dû choisir, selon vous ?

L'Ancien pivota et sourit à son ancien disciple.

— Tu as vu quand quel état tu es ? dit-elle. Tu aurais dû me le dire que tu allais affronter Kaecilius.
— Je m'en suis déjà sorti la première fois, je ne pensais pas qu'il allait me battre cette fois-ci.

Strange croisa les bras.

— Ton corps est en mille morceaux, je vais t'aider à la réparer, mais tu ne pourras pas affronter Kaecilius seul s'il a été infecté par cette brume venue des étoiles.
— Le SHIELD a de puissants Inhumains dans ses rangs. Ils m'aideront.
— Daisy aussi ?

Strange se renfrogna.

— Elle n'aura pas le choix.
— Elle te hait, tu sais ?
— Et je m'en fiche, l'Ancien, pour moi tout ce qui compte, c'est que les humains soient en sécurité, je me fiche des Inhumains et vous le savez !
— Du calme, t'énerver ne sert à rien.

Strange soupira et se frotta le visage.

— Everett est dévasté, dit alors la femme. Il ne le montre pas, mais il a très peur de te perdre. Votre lien est bien plus puissant que je ne l'imaginais. Tu es amoureux ?
— Je ne pense pas... Je tiens à lui, nos âmes sont liées depuis la nuit des temps et notre libre-arbitre ne nous autorise pas à être séparés, mais je ne pense pas être amoureux de lui.
— Et lui ?

Strange haussa les épaules.

— Quand tu seras sur pieds, discutez sérieusement, suggéra l'Ancien. Avoir une personne pour qui nous comptons nous transcende, Stephen, et peu importe qu'il soit du même sexe que nous ou pas, du moment que sa présence nous fait du bien, c'est l'essentiel.
— Everett m'apaise, admit Strange. Il a peur de notre lien, mais chaque fois que nous nous voyons, je sens que je lui ai manqué.
— C'est une bonne chose. À présent, retires-toi dans ton palais mental que je puisse répare les dégâts de ton corps, tu veux ?
— Vous allez vous épuiser...
— Je suis plus solide que j'en ai l'air, sourit l'Ancien.

Strange esquissa un rictus puis ferma les yeux et disparut. L'Ancien croisa alors ses jambes en tailleur, flottant au-dessus du sol, et entreprit de visualiser toutes les blessures de son ancien élève.

.

— Comment ça se présente, là-haut ?
— Pas très bien, Kaecilius creuse de plus en plus, personne ne sait ce qu'il cherche et il est impossible d'approcher à cause de puissantes radiations émises par quatre Inhumains au service d'HYDRA.
— Un artefact, dit soudain Mordo.
— Quel genre ?
— Je ne sais pas, mais s'il creuse ici précisément, c'est qu'il a déniché quelque chose, soit pour lui, soit pour HYDRA, mais je pense que c'est pour son compte personnel. Il veut l'Œil d'Agamotto, n'oubliez pas, mais tant que Strange sera vivant, il ne pourra pas l'avoir.
— Il l'a massacré, pourquoi ne pas l'avoir tué ? demanda May, agacée.
— Tuer un magicien comme Strange demande énormément de force, répondit Mordo. C'est un Maître de Sanctum, ce n'est pas un magicien normal. Il draine sa puissance du manoir lui-même !

Tout le monde haussa les sourcils. Un portail entre le SHIELD et le manoir avait été ouvert.

— Le manoir ? répondit Coulson.
— Oui, cette maison a été construite par Agamotto en personne, elle se transmet de Sorcier Suprême en Sorcier Suprême et elle a engrangé des milliers d'années de puissance magique, expliqua Mordo.
— Et Kaecilius le sait ?
— Non, sinon il aurait détruit le manoir et tué Strange dans la foulée, grimaça May.
— Il le sait, mais le manoir est indestructible. Il peut être endommagé, mais il se réparera au fur et à mesure des blessures qui lui seront infligées. Nous vous l'avons dit, collaborer avec les magiciens n'est en rien comparable à ce que vous avez toujours connu.

Coulson pinça la bouche et May serra les mâchoires.

— Tenez-nous au courant, dit alors Coulson.
— Entendu.

Le portail se referma et Mordo pivota vers les quatre autres. Cléa avait fait du thé et Christine, Jemma et elle étaient pelotonnées dans un canapé, serrées l'une contre l'autre, inquiètes.

— Ross... Ça va ? demanda alors Mordo en s'approchant du jeune homme qui regardait par une grande fenêtre, les mains dans le dos.
— Comment je pourrais bien aller en le sachant complètement brisé et au seuil de la mort ? répondit l'ancien Agent de la CIA.
— Vous ne vous êtes pas revus depuis deux mois, quand il sera remis, parlez-lui, suggéra le moine.

Ross détourna la tête. Mordo posa une main sur son épaule.

Votre amour pour lui transpire chacun de vos pores, Everett, acceptez-le, vous verrez que tout ira tout de suite beaucoup mieux.

Ross baissa le nez.

Je ne suis pas prêt...
On ne l'est jamais, mais aujourd'hui, il va peut-être mourir, alors parlez-lui, avant que ce ne soit trop tard. Si Kaecilius trouve ce qu'il cherche dans la banquise du pole nord, alors manoir ou pas, Strange est mort.

Ross déglutit, mâchoires serrées, et Mordo retira sa main de son épaule et s'éloigna vers les trois femmes. Il s'assit près de Cléa qui bascula contre lui en se grignotant les ongles.

Dans la chambre de Strange, l'Ancien ouvrit soudain les yeux et regarda autour d'elle. Elle avisa la cape rouge qui flottait de l'autre côté du lit et elle sourit.

— Tu viens soutenir ton maître, toi aussi ? dit-elle en se dépliant. Ne t'en fais pas, il va s'en sortir.

La cape frissonna puis s'étendit sur Strange et l'Ancien inspira. Elle se dirigea vers la pièce adjacente pour prévenir les autres qu'elle avait fait ce qu'elle pouvait.

— Et maintenant ?
— Il faut attendre, répondit-elle. Retournez avec les vôtres, Mordo et moi allons essayer de raisonner Kaecilius. Cléa va rester pour veiller son Maître.

La jeune fille opina. L'Ancien quitta ensuite la chambre via un portail et Mordo se tourna vers le groupe. Il ouvrit un portail en direction du SHIELD et Ross poussa Cléa vers Jemma.

— Elle n'a pas besoin de veiller un mourant, elle sera mieux au SHIELD, dit-il. Je m'occupe de Strange.
— Entendu.

Mordo referma son portail après le passage des femmes puis se faufila dans celui de l'Ancien qui se referma à sa suite. Ross demeura alors seul dans la chambre et s'approcha du lit de son compagnon.

— Vos blessures commencent déjà à guérir, sourit-il en notant que la balafre qui lui traversait le visage cicatrisait doucement.

Strange ouvrit alors les yeux et Ross se mordit les lèvres.

— Vous revoilà... dit-il en s'asseyant au bord du lit. Comment vous sentez-vous ?
— Comme si j'étais passé sous un troupeau d'éléphants...
— Vous avez retrouvé votre humour douteux, c'est une bonne chose.

Strange, dont les yeux avaient dégonflé, regarda autour de lui.

— Où sont les autres ?
— Dispatchés en attendant que vous ayez récupéré. Je suis resté et j'ai envoyé Cléa au SHIELD, elle est terrorisée à l'idée de vous perdre.

Le magicien serra les lèvres.

— Et vous ? demanda-t-il.
— Devez-vous réellement poser cette question ?

Strange baissa les yeux. Il leva une main gauche rouge et gonflée, et observa les plaies se cicatriser les unes après les autres. Son torse remua soudain et des bruits étranges résonnèrent dans sa cage thoracique tandis que ses côtes se ressoudaient. Il grogna quand sa colonne vertébrale se ressouda à son tour et soupira de soulagement en bougeant une jambe. Il remarqua alors sa cape étendue sur lui et esquissa un sourire.

— Everett ?
— Oui ?
— Je suis désolé.
— Allons bon, pourquoi ? Vous avez pensé pouvoir régler son compte à votre ennemi, vous n'aviez pas prévu qu'il se serait allié à HYDRA.
— J'aurai dû le savoir.

Le poing de Strange se serra et Ross posa une main dessus.

— Et cela aurait-il changé quelque chose ? demanda-t-il. Kaecilius vous aurait massacré de la même manière si vous aviez su qu'il était transformé en Inhumain.

Ross inspira.

— Cependant, un Inhumain n'est pas un magicien, Stephen, dit-il. Un Inhumain ne résiste pas aux pouvoirs d'un magicien.

Strange se décomposa. Soudain, il se redressa brusquement dans le lit et tenta de se lever, mais il poussa un cri de douleur pure et s'écroula à moitié sur le matelas en sanglotant. Ross l'aida aussitôt à se rallonger tandis que la cape rouge s'enfuyait, effrayée.

— Triple idiot ! s'exclama-t-il.

Pétri de douleurs lancinantes, Strange gémit en se rallongeant. Il jura ensuite et tapa du poing contre le matelas. Ross récupéra une seringue de Morphine et la lui injecta.

— Vous n'avez plus intérêt à bouger avant que le dernier de vos os ne soit ressoudé ! gronda-t-il.

Il tourna ensuite la tête vers la cape qui se cachait derrière le miroir.

— Viens, lui dit-il. Empêche ton Maître de faire l'abruti.

La cape sembla hésiter puis elle obéit et s'étendit sur Strange qui grogna.

— Elle me bloque... dit-il.
— C'est le but.
— Everett, bon sang, je ne suis pas un enfant...
— Non, mais vous êtes borné et tuer Kaecilius vous obsède. Vous le ferez, mais pas avant d'être totalement réparé, et je vais demeurer ici le temps qu'il faudra.

Strange fit la moue. Il posa ensuite une main sur sa cape puis inspira et opina.

— Très bien, dit-il. Je sens déjà que mes pouvoirs reviennent, d'ici quelques heures, je serais d'attaque.

Ross hocha la tête et observa le visage du magicien.

— Cette cicatrice est une preuve de guerre, dit-il. Vous devriez la garder.
— Comme un souvenir ?
— Pourquoi pas ?
— Si elle ne vous dégoûte pas...

Ross rigola et serra ensuite les lèvres en secouant la tête. Quand il voulut quitter le lit, Strange lui prit le poignet.

— Reposez-vous, je ne vais pas loin...
— Restez là quand même, votre présence m'aide à guérir plus vite.

Ross haussa un sourcil puis roula des yeux et se rassit au bord du lit. Strange posa une main sur sa cuisse et serra les doigts un instant avant de relâcher ses muscles et de s'endormir, vaincu par la Morphine.

.

Il fallut trois longues heures au Docteur Strange pour que toutes les blessures infligées par Kaecilius soient réparées.

— Levez-vous doucement, appuyez-vous sur moi.

Un bras autour des épaules de son compagnon, Strange posa les pieds sur le sol et prit appui dessus. Il grimaça et se redressa lentement. Quand il vacilla, Ross s'agrippa à lui.

— Ça tourne ? dit-il.
— Un peu... Ça passe.

Le magicien se redressa un peu plus et inspira ensuite. Il fit un pas en avant, détacha son bras de Ross et s'éloigna doucement en se tenant au mur.

— Doucement, Stephen...
— Ça va aller, je sens mes pouvoirs qui reviennent.
— Tant mieux.

Le téléphone de Ross sonna alors et il mit le hautparleur.

— Directeur Coulson, dit-il. Comment ça se passe chez vous ?
Pas vraiment bien, Kaecilius a tué les quatre Inhumains qui le protégeaient...
— Sacrifice, grogna Strange.
C'est le Docteur que j'ai entendu ?
— Oui, répondit Ross. Il a repris du poil de la bête, encore quelques minutes et il sera pleinement fonctionnel.
Tant mieux. On va avoir besoin de lui. On ne peut toujours pas approcher Kaecilius, les radiations générées par les corps des Inhumains sont toujours présentes.
— Je vous ferais passer, répondit Strange.
Prenez votre temps, nous ne sommes plus à une heure près, répondit Coulson.

Il raccrocha ensuite et Ross soupira.

— Une bonne douche vous fera du bien, dit-il. Ensuite, on verra si vous avez tout récupéré et on ira soutenir les miens.
— Les nôtres, corrigea le magicien.

Ross sourit. Strange quitta alors la chambre en vacillant un peu et l'ancien Agent de la CIA soupira. Il entreprit ensuite de ranger les affaires amenées par Jemma et retira les draps souillés de sang du grand lit. Il s'assit ensuite au bord du matelas et serra les mâchoires. Il eut un hoquet et plaqua ses mains sur sa bouche pour l'étouffer. Se relevant, il s'approcha d'une fenêtre, appuya ses mains de part et d'autre et baissa la tête. Soudain, deux bras le ceinturèrent et il se retourna. Il n'eut même pas le temps de réfléchir que Strange l'embrassait en l'adossant au mur. Le baiser fut rude et quand le magicien le brisa, il appuya son front contre l'épaule de son compagnon.

— Pardon, dit-il. Je ne savais pas...
— Si vous le saviez, répondit Ross en lui relevant la tête.

Strange le regarda droit dans les yeux, déglutit et Ross sourit doucement. Il lui caressa la joue et retourna l'embrasser une longue seconde.

— Allez prendre une douche, dit-il en suite. Nous aurons tout le temps de parler de tout ça quand Kaecilius sera mort.
— J'aimerais ne pas avoir à attendre...
— Vous n'êtes pas en état de faire quoi que ce soit...
— Serait-ce un sous-entendu sulfureux ? roucoula alors Strange avec un sourire.
— Vous ne le saurez que si vous ratatinez Kaecilius.

Strange sourit et secoua la tête.

— Les humains sont impitoyables, dit-il, amusé.

Ross lui caressa ensuite la joue, passant son pouce sur la cicatrice boursouflée, mais guérie qui barrait désormais le visage du magicien. Celui-ci apprécia le contact puis s'éloigna et disparut dans une pièce adjacente. Le bruit de l'eau qui coule se fit bientôt entendre et Ross se passa la langue sur les lèvres. Il ne s'était pas attendu à ce baiser, il ne l'avait même jamais imaginé, et pourtant, il n'avait rien ressenti, comme si cela avait été normal, il n'avait même pas eu une seconde d'hésitation, de dégoût ou de quoi que ce soit d'autre qui l'aurait poussé à refouler Strange.

— Sherlock, Watson, je vous retiens ! siffla-t-il. Si vous nous aviez dit la vérité, on n'en serait pas là !

Il s'assit alors au bord du lit et soupira. Quand Strange reparut, habillé de son habit bleu, Ross esquissa un sourire.

— Là, c'est mieux, dit-il. Comment vous sentez-vous ?
— Bien.
— C'est tout ?
— D'ici à ce que je fasse face à Kaecilius, je serais en pleine forme.
— Tant mieux. Vous pouvez générer un portail ?
— On va voir cela tout de suite.

Ross aperçut alors la cape rouge qui s'envola et se drapa aussitôt sur les épaules de son Maître.

— Allons-y.

Il se plaça au centre de la chambre et entreprit d'invoquer un portail, mais cela mit bien plus de temps que d'ordinaire et il abandonna au bout d'une petite minute.

— Je vais demander Mordo de venir nous chercher, dit Ross en posant une main sur le bras de son compagnon. Ce n'est pas grave.

Strange opina sans répondre et se redressa en inspirant. Quelques instants plus tard, un portail se forma et Mordo observa son ami avec un sourire.

— Ravi de te revoir sur tes pieds, dit-il. Venez, je vous en prie.

Les deux hommes franchirent le portail et se retrouvèrent dans le Zéphyr One. Ross avisa ensuite Coulson qui lui fit signe de le rejoindre.

— Comment va-t-il ? demanda-t-il.
— Bien... soupira Ross en croisant les bras.
— Il est en état de combattre ?
— Non. Pas pour le moment. Comment ça se passe, en bas ?

Coulson sembla aussitôt inquiet.

— Pas vraiment bien. Kaecilius semble avoir trouvé ce qu'il cherchait, les radiations sont toujours présentes, mais il n'est plus visible dans le cratère.
— Y aurait-il quelque chose là-dessous ? demanda Ross. Pourtant, sous le Canada, il n'y a pas de ruines, si ?
— Pas de ruines humaines, pour le moins, répondit May.

Ross pivota et observa la pilote du Zéphyr One.

— Je vous demande pardon ?
— Nous avons trouvé des ruines qui n'étaient pas humaines un peu partout dans le monde. Elles semblent d'origine Kree, un peuple d'extra-terrestres qui nous ont laissé le Terrigène, notamment. Daisy a découvert qu'elle était une Inhumaine en touchant un Obélisque que nous avons trouvé dans un temple Kree enfoui sous le Brésil depuis des dizaines de milliers d'années.
— Vous pensez qu'il y a une de ces Obélisques, là-dessous ?
— Non, du moins, ce serait possible, mais si Kaecilius a bien été transformé par le Terrigène déjà, cela ne lui servira à rien de toucher un Obélisque de nouveau. Non, il doit y avoir autre chose là-dessous.
— Le seul moyen que je vois pour entrer là-dedans c'est de manipuler la réalité que nous percevons, dit alors Strange en approchant. Mordo vient de me faire un résumé à notre manière.
— Parfait. Et donc, manipuler la réalité ?

Strange tendit la main et le sol de l'avion disparut aussitôt. Tout le monde bondit en poussant des cris et le sol revint ensuite.

— Faut prévenir quand vous faites ça ! s'exclama Jemma, cramponnée à son fauteuil.

Strange esquissa un sourire.

— Malheureusement, manipuler la réalité ne nous permettra pas de franchir les radiations, répondit Coulson.
— Je pourrais, assura Strange.
— Pas question, répondit Ross. Pas dans votre état.
— Alors j'irais, proposa Mordo. Mais je ne suis pas assez puissant pour battre Kaecilius. La seule chose que je peux faire est entrer là-bas et ouvrir un portail.

Un silence s'installa. Daisy, bougonne, assise sur la table, demeura silencieuse. Elle avait clairement soupiré quand Strange avait franchi le portail de Mordo, mais personne ne lui avait prêté attention.

— Et sinon, vous me larguez au-dessus et je lui règle son compte en deux deux, lâcha-t-elle en sautant de la table. Je résisterais aux radiations et mes vibrations m'empêcheront de tomber comme un boulet de canon. Je pourrais détruire le temple dans la foulée et briser les os de ce magicien de pacotille un par un. Dans une heure, c'est réglé.

Serrant les mâchoires, Strange inspira. Mordo posa une main sur son bras, mais son ami se dégagea et s'approcha de Daisy. Ross et Coulson tentèrent de le retenir quand il passa près d'eux, mais sa cape les tint à distance. Saisissant Daisy par le poignet, Strange entraîna la jeune femme dans la baie du cargo en les téléportant.

— Mais qu'est-ce qu'elle a, enfin ?! s'exclama Ross en reprenant son équilibre. Elle tient vraiment à le mettre en colère ?
— Si jamais il perd son sang-froid, toute Inhumaine qu'elle, elle finira en pâtée pour chats, dit Mordo, inquiet.
— Allez-y, dit alors Coulson à May et Ross. Mordo, restez ici, nous allons utiliser votre portail pour entrer dans le temple.

Le moine opina. Ross et May quittèrent la passerelle et se faufilèrent jusqu'à la baie. La voix de Daisy leur parvint avant qu'ils n'y arrivent et ils se cachèrent dans les ombres de la coursive supérieure.

— Pourquoi vous mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas ?! s'exclama la jeune femme. On était très bien sans vous et vos tours de magie de fête foraine ! Il a fallu que le SHIELD aille chercher ce satané petit agent de la CIA pour qu'il vous ramène parmi nous et que tout parte en couilles !
— Everett n'y est pour rien dans l'histoire.
— Ah non ? Parce que c'est de sa faute pourtant ! Il s'est entiché de vous, et vous de lui, et maintenant, regardez où on en est ! Au lieu de traquer HYDRA, on tente de réparer vos conneries de magiciens !

Strange ferma les yeux.

— Tu pourras me jalouser autant que tu veux, jeune femme, cela ne m'atteindra pas, dit-il. J'en suis là grâce à mon apprentissage, à ma persévérance, toi, tu n'as fait que toucher une pierre qui t'a donné des pouvoirs que tu ne contrôles même pas. Nous ne jouons pas dans la même cour et tu le sais !
— Arrêtez de me rabaisser ! Je pourrais vous étaler là maintenant si je le voulais ! répliqua Daisy.

Elle tendit le bras et une caisse de plusieurs centaines de kilos fit un bond sur le côté. Dans l'ombre, Ross se tendit. May posa une main sur son bras.

— Elle ne l'attaquera pas, dit-elle.
— Comment en êtes-vous aussi sûre ?
— Elle le craint, regardez-la, elle tremble de rage et quand Daisy réagit comme ça, c'est qu'elle est terrorisée.
— Que doit-il faire ?

Strange leva soudain les yeux vers eux et May baissa le menton. Le magicien fronça les sourcils puis sembla comprendre et reporta son attention sur Daisy.

— Tente, dit-il alors.

Daisy se figea. Strange ouvrit les bras.

— Attaque-moi une bonne fois pour toutes. Je sors à peine d'une humiliante défaite, je ne suis pas encore à pleines capacités, alors vas-y, fais-toi plaisir.

Ross serra le poing. May lui intima le silence.

— Vous êtes faible, à quoi ça me servirait ? grogna alors Daisy.
— Tu me hais comme si j'étais ton père, mais je ne suis pas Monsieur Jekyll, et je n'ai aucune prétention à être ton adulte de supervision. J'ai déjà une fille, cela me suffit.
— Elle a bien du mérite avec un père pareil ! cracha Daisy.
— Ça suffit, souffla alors Ross en faisant un pas en avant.
— Non ! siffla May en lui prenant le poignet. Laissez-la l'asticoter, quand il perdra son sang-froid...
— Il la tuera !
— Non. Bon sang, Everett, je pensais que vous le connaissiez mieux que ça !

Ross serra les mâchoires et regarda dans la soute.

— Allez-vous-en et laissez-moi régler le compte de ce magicien ! siffla Daisy.
— Allons, je ne suis pas encore remis de son attaque, donc je t'en prie, fais donc.

Strange balaya le sol de sa main droite et le fond de l'avion disparut en ondulant, comme s'il se repliait sur lui-même. Daisy bondit aussitôt en arrière.

— Tu voulais que nous te larguions d'ici, alors je t'en prie ! hurla Strange pour couvrir le bruit du trou d'air qu'il avait généré.

Il tendit ensuite les bras et s'éleva du sol pour passer par-dessus. Daisy recula, apeurée. Elle trébucha sur quelque chose et tomba sur les fesses.

— Allez, attaque-moi, dit à nouveau Strange. Il me semblait que nous avions été clairs, hier, chez moi, tu m'avais fait des excuses, je pensais que tu avais compris que je ne suis pas ton ennemi, Quake !

Pâle, Daisy recula jusqu'au mur et Strange se posa devant elle. Il referma le trou dans l'avion d'un geste de la main et fit face à la jeune femme.

— Allez, attaque, qu'attends-tu ? Qu'est-ce qui te retiens ? Tu l'as déjà fait, au SHIELD, tu m'as attaqué sans aucune raison, tu peux bien recommencer, non ? Tu es une spécialiste dans le genre « je frappe avant de parler » je crois, hein ?
— Arrêtez...
— Pardon ? Que j'arrête ? Mais pourquoi ? Si nous cessons ici, la prochaine fois que je reviendrais, tu m'attaqueras de nouveau. Ta haine contre moi n'a aucune base, Daisy, tu es juste jalouse que je sois plus puissant que toi et que mes pouvoirs soient légitimes !
— C'est faux ! hurla la jeune femme. J'ai tout autant travaillé que vous pour avoir mes pouvoirs ! J'ai souffert, mes os ont été brisés des dizaines de fois, on m'a découpée !
— Et tu crois que cela suffit ? cingla Strange.
— Qu'il arrête... souffla Ross. Si elle explose...
— Elle explosera, mais Strange ne craint rien, je ne m'en fais pas pour lui, répondit May.

Elle tenait tout de même un Icer, un de ces pistolets paralysants mis au point par Fitz quelques années en arrière, pour neutraliser Daisy, au cas où.

— Réponds-moi, Daisy, tes souffrances suffisent-elles à faire de toi mon égal ? Non. Tes capacités sont impressionnantes, mais face à Kaecilius, tu seras morte avant même de comprendre ce qui se passe. Quand j'ai voulu l'affronter, il m'a massacré, je n'avais plus un seul os entier ! Il m'a fait ça !

Il montra la balafre qui lui barrait le visage et Daisy, toujours assise contre le mur, tourna la tête, les poings serrés. Soudain, Strange la saisit par le poignet et la remit debout. Elle poussa un cri.

— Regarde-moi, petite fille ! s'exclama-t-il. Si tu veux te sacrifier pour une cause perdue, alors je t'en prie, fais-le ! Essaie de l'affronter toute seule, mais quand il te tuera, ne viens pas dire que je ne t'avais pas prévenue !

Il la relâcha alors et tourna les talons. Daisy hoqueta un moment et soudain, se redressa.

— Stephen ! s'exclama alors Ross en se jetant sur la rambarde.

Son compagnon se retourna aussitôt et la cape rouge se déploya, mais l'impact de la vibration de Daisy repoussa le magicien sur deux bons mètres. Un genou et la main droite au sol, il releva la tête et serra les mâchoires.

— Tu veux donc que je te tue ? dit-il. Parce que je n'ai qu'à claquer des doigts.
— Et moi à vous broyer le cœur !

Strange esquissa alors un sourire et se releva en se frottant les mains.

— Je ne suis pas immortel, mais tu ne peux pas me tuer aussi facilement, répondit-il.
— Vous pariez ?!

Daisy tendit le bras et sa vibration heurta de nouveau la cape. Strange n'eut même pas un mouvement de recul. Daisy recommença et entreprit alors de le bombarder en marchant dans sa direction. Soudain, Strange tendit le bras et la jeune femme décolla du sol. Elle vola à travers le hangar et retomba dans les filets accrochés au mur. Elle demeura étendue quelques secondes puis se releva, mais Strange la maintint au sol en traversant la soute. May et Ross le rejoignirent.

— Stephen, arrêtez... tenta Ross.
— Cette petite a besoin d'une correction, mon cher, répondit son compagnon. Je ne cesserai pas tant qu'elle n'aura pas compris, ou qu'elle sera morte.

May tendit alors son arme vers l'homme et Ross posa sa main dessus pour qu'elle la baisse.

— Il a menacé de la tuer, tenta-t-elle.
— Tuez-moi, c'est ça, grinça alors Daisy, plaquée en sol. Coulson vous fera juger et vous serez exécuté !

Strange serra les lèvres.

— Mais quand vas-tu apprendre à te taire ? demanda-t-il. On se demande si tu as eu des parents, vraiment !
— Ouch... souffla Ross. Stephen, elle est orpheline...
— Oh ? Cela explique beaucoup de choses.

Il relâcha alors son emprise et Daisy soupira. May l'aida à se relever, mais quand elle voulut l'entraîner avec elle, Daisy refusa. Strange et Ross s'étaient éloignés de quelques pas et la jeune femme, furieuse, frappa soudain des deux mains et une onde de choc se diffusa jusqu'au couple. La cape se déploya pour les protéger, mais Strange fut propulsé en avant et Ross trébucha. Il tomba lourdement sur le sol métallique et sa tête émit un bruit sourd.

— Everett ! s'exclama May en se précipitant sur lui.

Tombé sur un genou, Strange s'approcha de son compagnon inconscient. Il vit alors rouge, se releva et saisit Daisy à la gorge à distance. Il la plaqua contre le mur et s'envola ensuite. L'instant d'après, le mur derrière la jeune femme disparaissait et les deux tombèrent dans le vide.

— Daisy ! hurla May.

Les alarmes de l'avion se mirent alors à résonner et Mordo jaillit sur la passerelle. Il referma le trou d'un geste de la main et Coulson apparut ensuite.

— Il... bégaya May. Daisy l'a attaqué, il... Strange, il a...
— Il s'est jeté dehors avec elle, termina Ross en se redressant. Oh ma tête...

May se tourna vers lui.

— Combien de doigts ?
— Onze.
— Bon, ça va. Allez debout.

Ross se releva et tituba. May se tourna ensuite vers Coulson à qui elle fit un rapport rapide de ce qui venait de se passer dans la soute en moins de cinq minutes.

— Nous sommes à quatre mille mètres d'altitude ! dit-il, pâle.
— Strange ne la tuera pas, assura Mordo. Elle a grand besoin d'une bonne leçon.
— Mais comment... ?
— Je ne suis pas dans la tête du Maître du Sanctum de New-York, Everett, répondit Mordo.

Ross tapota sa tempe qui saignait et soupira.

— Si elle ne meurt pas, je la tue, grogna-t-il. Ras le bol des petites furies qui se croient supérieures à tous !
— Allez soigner ça, dit alors Coulson.

Ross marmonna et s'éloigna en titubant un peu. Mordo le suivit et May observa son Directeur et ami avec une moue étrange.

— Retournons sur la passerelle, proposa-t-il.