Dans le ciel glacial du Canada, alors que toute l'équipe s'inquiétait pour eux, Strange tenait Daisy par les bras face à lui. Ils ne tombaient pas, ils volaient.
— Si je te lâche, tu t'écraseras comme un boulet de canon, dit-il.
— Alors faites-le.
— Pourquoi. Donne-moi une seule bonne raison de te tuer.
Daisy serra les mâchoires et jeta un coup d'œil sous elle. Elle reporta aussitôt son attention sur Strange et celui-ci esquissa un sourire.
— Que dois-je faire pour que tu cesses de m'en vouloir à ce point ? demanda-t-il.
— Sortir de notre vie.
— Cela ne sera pas possible, je suis amoureux de l'Agent Ross.
Daisy ronfla dédaigneusement.
— Comment un homme comme vous peut-il comprendre l'amour ?
Strange plissa les yeux.
— Oh, je vois...
Il avisa alors un avion de ligne non loin et se posa sur son dos, sans un bruit, afin de ne pas affoler les passagers. Il fit ensuite asseoir Daisy devant lui et lui prit les mains.
— Montre-moi ta vie, dit-il.
— Pourquoi ferais-je ça ?
— Pour que je puisse comprendre pourquoi tu as autant de haine en toi, pourquoi tu la diriges vers moi, même si je pense que tu n'es pas jalouse de mes capacités, mais bel et bien de ce je partage avec Everett.
Daisy détourna la tête. Elle observa les environs puis baissa le nez et serra les lèvres.
— Si je le fais, vous ne viendrez plus au SHIELD ?
— Il y a peu de chances, mais je pourrais éviter de me montrer à toi, s'il n'y a que ça pour tempérer ta haine.
Daisy plissa le nez. Elle observa ses mains dans celles de Strange et nota alors les cicatrices qui ornaient ces dernières. Elle remarqua également que ses mains à elles devenaient bleues alors que les siennes demeuraient chaudes.
— Si tu ne te décides pas, dans dix minutes, tu mourras de froid, prévint alors le magicien.
Daisy hésita puis inspira et agrippa les mains de l'homme.
— À la bonne heure.
— Qu'est-ce que je dois faire ? demanda la jeune femme en observant la cape rouge l'envelopper pour lui tenir chaud.
— Penses à ta vie et emmènes-moi dans un endroit, n'importe lequel, mais un endroit qui te tiens à cœur, soit parce que c'est un bon moment, soit parce qu'il est mauvais. Les mauvais moments permettent d'en savoir beaucoup plus sur les gens, mais c'est souvent une épreuve pour eux de les revivre.
— Avec Ross, vous avez fait ça ?
— Oui. Et là, c'est moi qui ai cédé.
— C'est-à-dire ?
— Montre-moi d'abord tes souvenirs, et ensuite, je te parlerai de moi.
Daisy pinça la bouche. Elle avait peu de souvenirs vraiment heureux de quand elle était enfant. Orpheline, elle avait vécu dans des foyers, en familles d'accueil, puis dans la rue avant de tomber sur une bande de jeunes gens qui s'amusait à hacker tout ce qui pouvait se hacker en échange de quelques billets. Elle décida donc de conduire le Docteur Strange dans ses souvenirs les plus récents et les moins pénibles, mais petit à petit, d'autres lui revenaient en mémoire et ils se déplaçaient automatiquement vers eux.
.
— Où sommes-nous ?
Le décor venait encore de changer, pour la troisième fois, et cette fois-ci, c'était une sorte de sanctuaire chinois qui les entourait.
— Autre-Monde, répondit Daisy. C'est là que j'ai rencontré ma mère, Jiaying...
— Elle est morte, c'est ça ?
— Mon père l'a tuée, oui, elle était obsédée par le fait d'avoir une sorte d'armée d'Inhumains pour contrer les humains et prendre le pas sur eux. Aujourd'hui, HYDRA s'occupe de ça pour elle...
Une femme chinoise apparut soudain en sortant d'une maison. Grande et élancée, brune, le visage taillé à la serpe, elle était belle, mais son regard noir transperçait n'importe qui et les cicatrices sur son visage lui donnaient un air patibulaire à souhait.
— Quel était sa capacité ? demanda Strange.
— Après avoir été exposée au Terrigène, elle s'est retrouvée capable d'absorber la force vitale des Inhumains pour se maintenir en vie. Elle s'en est servie pour rester jeune pendant plusieurs décennies, devenant rapidement une sorte d'icone des Inhumains qui venaient se réfugier ici, à Autre-Monde. Quand elle a rencontré mon père, Calvin Johnson, elle vivait en Chine et travaillait dans un laboratoire avec lui. Quand je suis née, nous étions une famille heureuse, mais HYDRA a découvert les capacités de ma mère et l'a enlevée pour faire des expériences. Un certain Reinhardt l'a dépecée vivante, mais comme elle ne montrait aucun signe de pouvoirs particuliers, il l'a laissée pour morte. Mon père l'a alors retrouvée, il a mis ses morceaux dans un sac et l'a ramenée dans son laboratoire pour la recoudre et laisser ses pouvoirs la soigner, d'où les cicatrices.
Strange grimaça.
— Qu'es-tu devenue entre-temps ?
— Le SHIELD m'avait récupérée et donnée à une famille d'accueil, mais j'étais une enfant rebelle, je me suis sauvée à plusieurs reprises et j'ai fini avec une bande de gars pour faire les quatre cents coups.
Le décor changea alors et Strange regarda la rue où ils se trouvaient. Daisy sourit.
— C'est ce jour-là que ma vie a basculé, dit-elle. Je travaillais pour Rising Tides à l'époque et je m'amusais à pirater des sites censés être inviolables. On s'est alors fait chopés par le SHIELD et Coulson m'a donné une chance de reprendre une vie normale. J'étais consultante informatique d'abord, puis je suis devenue un Agent, et le meilleur d'entre eux.
— Ce n'est pas la modestie qui t'étouffe en tous cas.
Daisy plissa le nez.
— Tu as beaucoup divagué, reprit le magicien. Mais tu n'as pas souffert au point de haïr les relations entre les autres personnes que tu côtoies. Jemma et Fitz sont amoureux et pourtant, tu ne leur fais pas une scène, si ?
Daisy serra les lèvres et secoua la tête.
— Quand j'ai perdu Grant, j'ai cru que tout mon monde s'écroulait, dit-elle alors. Il était un Agent de HYDRA depuis le début, il nous a tous bernés et moi j'étais folle amoureuse, je me voyais finir ma vie avec lui et...
L'illusion des souvenirs disparut soudain et Daisy ferma les yeux. Une larme glissa sur sa joue et s'envola aussitôt. Strange soupira.
— Maintenant dis-moi, dit-il. Es-tu jalouse de moi, ou de ma relation avec Everett ? Ou des deux. Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, je ne t'ai pas snobée, tu le sais, n'est-ce pas ?
Daisy baissa le nez.
— Je n'avais aucunement l'intention de vous faire mal, répondit-elle. Je voulais simplement vous tester. J'avais entendu parler de vous avec les Avengers, mais je ne pensais jamais vous avoir en chair et en os devant moi. De plus, quand Coulson nous a annoncé qu'il avait fait une demande pour recruter l'Agent Ross, le Champion du Wakanda, celui qu'on voyait partout à la télévision...
— C'était trop d'un coup, j'imagine.
— Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, Docteur, je...
— Tu es une enfant, voilà tout. Tu as encore tant de choses à apprendre sur ce monde et les gens qui y vivent ! Tu es une bonne personne, un très bon Agent, mais tu as de grosses lacunes au niveau des relations avec les gens. Tu ne sais pas faire.
— J'ai été échaudée, c'est normal, non ?
— J'imagine que oui.
— Vous avez déjà aimé, vous ?
Strange haussa un sourcil devant la spontanéité de cette question puis esquissa un sourire.
— Oui, mais elle ne m'aimait pas en retour. Elle ne m'aime toujours pas du reste, mais aujourd'hui, cela m'est égal, car mon âme a retrouvé celle qui lui a été assignée et que même si je le voulais, je ne pourrais pas tomber amoureux d'une autre personne.
— Ross ?
Strange opina.
— Vous m'aviez dit que si je vous parlais de moi, vous me montreriez votre vie, rappela alors Daisy. Je sais que vous avez eu un très grave accident de voiture, mais...
— Donne ta main.
Daisy obéit. Ils étaient toujours assis sur le dos de cet avion de ligne, enveloppés dans la cape magique rouge, face à face. Soudain, ils se retrouvèrent dans les couloirs d'un hôpital.
Une femme apparut, en pyjama bleu de chirurgien. Un homme qui la dépassait de deux têtes la rejoignit en souriant.
— Ah, je suis ravi qu'ils aient nommé une technique de mon nom, dit-il, amusé.
— C'est vous, ça ? sourit Daisy.
— Avant mon accident, oui.
— C'est dingue comme quelques poils sur le menton vous changent un homme !
Strange rigola doucement.
— Ce soir-là, je devais aller à une charité, dit-il. J'ai invité Christine, mais elle a refusé, donc je m'y suis rendu seul...
Le décor changea et ils se retrouvèrent suspendus dans les airs à quelques mètres d'une route à flanc de montagne. Strange tenait Daisy par la taille et la jeune femme observa la voiture de sport bleu sombre qui semblait glisser sur le bitume sans vraiment respecter les lignes au sol. Soudain, un camion jaillit en face et la voiture fit une embardée et sortit de la route pour s'envoler et aller s'écraser dans le ravin, une dizaine de mètres plus bas.
— Oh, Seigneur ! s'exclama Daisy en plaquant ses mains sur sa bouche.
— J'étais en train de consulter des radioscopies qu'un collègue m'avait envoyées d'un cas très particulier, répondit Strange, tendu.
Il serra les mâchoires et Daisy posa une main sur son bras.
— Partons, proposa-t-elle. C'est trop difficile, je le vois bien...
Le décor changea de nouveau. Cette fois-ci, retour à l'hôpital, quelques jours plus tard. Daisy s'approcha d'un lit où gisait un homme amoché, avec les deux mains bandées posées sur des plateaux suspendus.
— Vos mains...
— Détruites. Elles sont entrées en collision avec le pare-brise lors de l'impact, aucun os n'a été épargné et pour les sauver, mon collègue a fait de son mieux, mais il m'a... Non, c'est faux, il m'a sauvé la vie.
— Qu'alliez-vous dire ?
— À l'époque, je l'ai haï parce qu'il avait pratiqué une chirurgie qui allait me priver de mes mains pour le reste de ma vie. Jamais plus je n'aurais pu pratiquer un acte de neurochirurgie minutieux comme je le faisais jusqu'alors. Mais s'il n'avait pas pris cette décision, je ne serais pas devant toi aujourd'hui.
Daisy opina. Le souvenir se déplaça ensuite dans le temps, elle vit rapidement le Docteur Strange faire des exercices avec ses doigts en tirant sur des élastiques, avant de décider d'abandonner.
— La science ne pourrait jamais me rendre mes mains, expliqua-t-il. J'ai baissé les bras, ma vie était finie. J'ai alors décidé de changer de méthode et j'ai fait des recherches qui m'ont conduit à Katmandou, à la recherche d'un temple bouddhiste nommé Kamar-Taj. Je n'avais plus rien à perdre, moi l'athé dans toute sa splendeur qui se tourne vers la religion la plus ancienne du monde...
Daisy observa le temps défiler à nouveau et découvrit un Docteur Strange au bout de sa vie, habillé comme un vagabond, avec une barbe de trois semaines, errer dans les rues surpeuplées de Katmandou, jusqu'à tomber sur un moine mystérieux.
— Mordo, sourit Daisy en le reconnaissant. C'est lui qui vous a tout appris ?
— En effet. Sans le savoir, je suis tombée sur un Temple particulier qui enseignait à ses apprentis de voir au-delà du visible. L'Ancien m'a fait passer des épreuves, elle m'a fait découvrir des choses que je ne pensais même pas possibles... Exit l'idée fixe de retrouver mes mains et ma vie d'avant désormais, je l'ai suppliée de m'apprendre. Elle m'a dit non et m'a jeté dehors.
Daisy pouffa. Elle observa le souvenir du Docteur quand il suppliait qu'on le laisse entrer dans le temple avant de s'asseoir dos à la porte, dépité. Lorsque celle-ci s'ouvrit et qu'il bascula à l'intérieur, lâchant un « merci » à peine audible, Daisy se mit à rire.
— Quand avez-vous rencontré Ross ? demanda-t-elle ensuite.
— Oh, bien après. Ces souvenirs datent d'il y a deux ans, maintenant, et après avoir vaincu Kaecilius une fois et empêché ses plans de détruire le monde, j'ai commencé à surveiller le SHIELD puisque les Avengers n'avaient pas besoin de moi.
— Ils savent très bien détruire le monde sans aide, ronchonna Daisy.
— En effet ! rigola Strange. Je me suis donc retrouvé à empêcher les Agents inexpérimentés de se retrouver face à des créatures « magiques » incapables de se contrôler et de détruire le monde. Jusqu'à ce que j'aille en Chine.
— Où vous nous avez sauvé la mise une nouvelle fois.
— Et où j'ai rencontré l'Agent Ross. Je n'ai pas compris ce qu'il se passait tout de suite, j'ai remonté le temps et je suis rentré au manoir, mais il m'obsédait, je n'arrivais pas à me le sortir de la tête. Ma cape m'a alors proposé d'utiliser un artefact que l'un de mes prédécesseurs avait ramené.
— Il fait quoi ? Il vous montre le futur ?
— Non, le passé, et plus précisément les vies passées.
Daisy fronça les sourcils.
— Je lui ai demandé de me montrer les vies passées de Everett Ross et le miroir s'est arrêté sur l'une d'elles, la dernière en date, avant celle-ci, où lui et moi sommes amants depuis de nombreuses années. Je suis le Détective Sherlock Holmes, et lui, le Docteur John Watson.
— Rien que ça ! sourit Daisy.
— Oui. Mais quand j'ai voulu en voir plus et que j'ai entendu le violon de Sherlock, j'ai pris peur. Je ne savais pas ce qu'il se passait, du moins si, mais je refusais de l'admettre. Je n'ai pas le temps de m'occuper d'un compagnon humain à la vie brève et si fragile.
— Et pourtant, vous avez fini par accepter, on dirait, non.
— Il semblerait, mais uniquement parce que c'est mieux ainsi.
— C'est-à-dire ?
— C'est-à-dire que si nous continuions à repousser ce qui nous lie, nos vies allaient devenir infernales et je n'aurais jamais pu continuer à travailler avec le SHIELD.
— C'est comme divorcer de son mari et devoir continuer à travailler dans la même boîte que lui.
— C'est ça. Sauf que Ross n'est pas mon mari, c'est encore pire, il est mon âme sœur et quoi que je fasse, même si je mets une galaxie entre nous, nous finirons par tomber l'un sur l'autre un jour.
— Donc autant accepter dès le début au lieu de souffrir... Ça fait quoi de rencontrer son âme sœur ?
— Du bien ? sourit Strange. Tu as l'impression de le connaître depuis toujours alors que tu ne l'avais encore jamais vu, tu connais tout de lui alors que tu n'as fait aucune recherche et tu sais à quoi il ou elle pense avant même qu'il le formule.
Daisy baissa le nez.
— Quand j'ai rencontré Lincoln, je pensais qu'il était mon âme sœur, nous nous entendions si bien... Ensuite, il y a eu Ward, et là...
— Et depuis ?
Daisy secoua la tête.
— Je ne veux pas retomber amoureuse et le voir mourir à nouveau.
— Tu es jeune, tu as encore le temps de voir venir, tu ne resteras pas un agent de terrain toute ta vie.
La jeune femme ne répondit pas. Strange lui proposa alors qu'ils rentrent sur le Zéphyr One et Daisy accepta.
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À bord de l'avion, au même moment, May repéra un objet qui venait dans leur direction.
— Quelque chose arrive sur nous, dit-elle aux autres.
— Missile ?
— Non, c'est humain.
— C'est Daisy et Strange, répondit Mordo.
— Ouvrez la baie, ordonna Coulson.
Tout le monde se rua ensuite dans la soute et quand Strange se posa sur la rampe en relâchant Daisy, celle-ci contourna le groupe sans un mot et disparut. Jemma et May lui emboîtèrent le pas tandis que les hommes restaient avec le magicien.
— Pas de leçon, prévint-il à l'intention de Coulson. Il fallait que cela soit fait. À présent, j'ose espérer qu'elle a compris que je ne suis pas son ennemi.
— Je ne vous demanderai donc rien, Docteur, répondit le Directeur. Mais la prochaine fois que vous enlevez un de mes agents, dites-le-moi au moins !
— J'y penserai.
Coulson marmonna puis tourna les talons. Mack et Fitz le suivirent ; Ross demeura sur place et serra les lèvres avec un mince sourire.
— Ça va la tête ? demanda alors son compagnon en effleurant les deux pansements sur sa tempe.
— Ce n'est qu'une bosse, rien de grave, répondit celui-ci. Vous nous avez fait des frayeurs, cela a-t-il porté ses fruits, au moins ?
— Je pense. Nous verrons avec le temps. De toute manière, je ne pense pas demeurer avec le SHIELD bien longtemps, une fois que j'aurais tué Kaecilius, je n'aurais plus de raison.
— Hm, et moi alors ?
— Allons Everett, peu importe où vous êtes basé dans le monde, je peux vous trouver, vous le savez parfaitement, sourit Strange.
Il l'attira à lui en nouant ses mains dans son dos et Ross souffla par le nez en posant son index sur l'Œil d'Agamotto. Strange lui releva le menton.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Rien, je suis juste un peu inquiet pour ce qu'il va se passer. Vous risquez encore une fois de sortir de ce combat amoché, peut-être même mort et...
— Allons, ne vous en faites pas, je ne peux pas mourir, vous avez oublié ? Tant que le Sanctum est debout, son Maître ne peut pas mourir.
— Rien ne me le prouve et vous voir brisé m'a fait plus de mal que je le pensais.
Strange esquissa un sourire et prit son compagnon dans ses bras. Celui-ci se laissa étreindre et quand il recula, le magicien l'embrassa une longue seconde.
— Si jamais, nous nous retrouverons dans notre prochaine vie, dit-il en appuyant son front contre celui de l'agent.
— Bah voyons ! s'esclaffa Ross, amusé. Je n'ai pas fait taire ma nature pour vous regarder mourir en me disant « ce n'est pas grave, tu vas le retrouver plus tard » ! Stephen, vous ne devriez pas plaisanter sur ce genre de choses.
— Pardon, mon amour...
Il retourna l'embrasser et Ross le repoussa en rigolant.
— Ça suffit, oui ?
Le Docteur pouffa dans son cou et le relâcha ensuite. On se racla alors la gorge et Daisy approcha, les mains dans le dos.
— Désolée de vous déranger, mais on arrive, dit-elle, les yeux baissés.
Elle se détourna aussitôt et Ross laissa échapper un ronflement nasal amusé.
— Ne vous moquez pas des gens, le sermonna Strange. Cela vous retombera dessus un jour.
— Si peu.
Après un dernier baiser, auxquels chacun prenait un peu plus goût à chaque fois, le couple rejoignit la passerelle du Zéphyr qui se posa dans les neiges du nord du Canada quelques minutes plus tard
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— Tout le monde a bien compris ce qu'il a à faire ?
L'équipe regarda Coulson.
— Récapitulons une dernière fois.
— Je localise Kaecilius dans le temple et je m'y téléporte avec l'Agent May, dit Mordo. De là, j'ouvre un portail pour tout le reste du groupe une fois que l'endroit est sécurisé.
— Je m'occupe ensuite de Kaecilius et nous rentrons, acheva Strange.
Coulson leva les yeux au plafond.
— Vous ne pouvez pas vous en empêcher, hein ?
— Et quoi, Kaecilius est mon ennemi, pas le vôtre. Je me contre-fiche de ce qu'il cherche là-dessous, il m'a humilié, il doit payer. Vous aurez tout le temps d'explorer le temple après.
Coulson agita alors une main, signe qu'il laissait tomber.
— Faites comme bon vous semble, dit-il en se détournant.
Il rejoignit Fitz et Simmons un peu plus loin et Ross soupira.
— Vous restez ici, dit alors Strange en l'entraînant un peu plus loin.
— Pas de problèmes. Je vais vous guider depuis l'avion, avec Fitz et Simmons, et tout ira bien. Tâchez de ne pas vous faire tuer.
Strange esquissa un sourire. Mordo l'appela alors et il le rejoignit. L'opération commençait.
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Lorsque le portail magique s'ouvrit, Mordo observa les alentours en demeurant prudemment dans le Zéphyr One avant de franchir le passage, suivi par May, arme à la main.
— Il fait froid ici, nota aussitôt la femme.
— Vous êtes à près de cent mètres sous la surface, répondit Jemma dans son oreillette. Qu'est-ce que vous voyez ?
— Pour l'instant, rien du tout, répondit Mordo.
Il leva une main et la passa le long du tunnel qui s'étirait devant eux. Une rangée de lampes de mine apparut en s'éclairant au fur et à mesure, réchauffant illusoirement l'endroit.
— Voilà qui est mieux, souffla May dans un long nuage de vapeur. Avançons.
Le moine opina et, emmitouflés dans des manteaux arctiques, ils longèrent les ampoules en silence, prêts à se défendre, au cas où.
— Ce couloir semble avoir été percé avec la chaleur... nota May en passant sa main gantée sur la forme arrondie du boyau aux parois très lisses.
— Nous ignorons quels sont les dons que le Terrigène a donnés à Kaecilius, intervint Coulson. Soyez très prudents.
— Est-ce qu'il a pu conserver ses pouvoirs de magicien ? demanda May à Mordo.
— Aucune idée, mais il se peut que la brume les ait amplifiés... Il était déjà très puissant avant, donc je n'ose même pas imaginer.
May plissa le nez. Ils reprirent leur avancée dans le boyau, les ampoules apparaissant au fur et à mesure qu'ils marchaient, et après une bonne dizaine de minutes sans rien trouver d'autre que de la glace, ils firent une pause pour boire un peu.
— Je suis congelée... souffla May.
Mordo acquiesça en se frottant les mains. Soudain, il y eut un bruit de chute dans le boyau, en provenance de leur destination et tous les deux se figèrent. May serra sa prise sur son pistolet et fit quelques pas, le dos contre la glace. Les lampes de Mordo ne la suivirent pas et elle se pencha en s'approchant d'un virage.
— Je vois de la lumière, chuchota-t-elle en revenant. À environ cinquante mètre.
— Allons-y alors.
Mordo coupa les lampes magiques et après que leurs yeux se sont habitués à la faible luminosité de l'endroit, ils reprirent leur chemin. En effet, deux minutes plus tard, ils débouchaient sur une plate-forme qui surplombait une immense caverne.
— La vache... souffla May. Vous voyez ça, là-haut ? demanda-t-elle ensuite.
Elle portait une caméra sur sa poitrine et Ross acquiesça dans son oreillette.
— Ça n'a pas été creusé récemment, dit-il. Ces piliers sont là depuis longtemps.
— Kree ? demanda May.
— Aucune idée, répondit Fitz. Soyez prudents.
Mordo indiqua soudain quelque chose en bas de la caverne de glace. Le sol était fait de dalles grises en grès, apparemment, et elles représentaient un dessin. May s'empressa de le montrer aux autres via sa caméra.
— Inconnu, répondit Jemma dans l'oreillette.
— Bon, donc ce n'est pas humain, admit May.
— Vous voyez Kaecilius ?
— Nope. On continue.
Un silence accueillit la décision et May avisa un large escalier de grès qui descendait depuis la plate-forme où ils se trouvaient. Ils arrivèrent en bas après quelques minutes de descente prudente et Mordo tenta de repérer Kaecilius dans la caverne, mais il était introuvable.
— Sans ses pouvoirs de sorcier, je suis incapable de le détecter, dit-il en secouant la tête. Vous pouvez traquer les Inhumains ?
— En cours, répondit Jemma. Je détecte une présence, droit devant vous, à environ vingt mètre, elle est immobile et ses signes vitaux son très faibles, ajouta-t-elle ensuite.
May indiqua à Mordo d'avancer et ils suivirent les indications de Jemma. Ils tombèrent rapidement sur ce qu'elle avait détecté et son identité les surpris.
— Maître Kaecilius ? s'étonna Mordo en s'approchant aussitôt.
— Mordo, reculez ! ordonna May en tendant son arme.
L'homme qu'ils cherchaient était affalé devant eux, adossé à un des piliers de la caverne. Il était en piteux état, couvert de plaies sanglantes et le dallage sous lui était teinté de noir.
— Kaecilius, répondez-moi.
L'ancien magicien sursauta et laissa échapper un râle en reconnaissant Mordo. Il leva une main déjà bleue et tendit l'index mollement vers un endroit situé derrière May qui se retourna. Mordo remarqua alors que Kaecilius avait la gorge tranchée. Il baissa la tête.
— Je vais mettre fin à tes souffrances, mon frère, dit-il.
— Non... souffla le magicien. Str... ange...
Mordo déglutit. Le froid ralentissait la mort du magicien, il agonisait peut-être depuis des heures et des heures, mais s'ils étaient arrivés quelques minutes plus tard, ils n'auraient rien pu faire.
— Qui vous a fait ça ? demanda alors May.
Incapable de parler car trop faible, Kaecilius prit la main de Mordo et dessina dans sa paume.
— La bête, dit-il. Quelle bête ?
Kaecilius tenta de déglutir, mais du sang s'échappa de sa gorge et il n'émit qu'un sifflement bouillonnant. Un portail s'ouvrit soudain et Strange apparut, suivit par Daisy. En voyant son ennemi de toujours ainsi amoché, Strange inspira et se baissa devant lui.
— Je vais t'achever, dit-il.
Kaecilius le regarda droit dans les yeux et ferma les paupières un instant. Il dessina mollement quelque chose dans la paume de Mordo.
— Il est soulagé que tu sois en vie, traduisit le moine.
— Pourquoi ?
— Il vient de nous dire que c'est une bête qui lui a fait ça, répondit May.
— Quelle genre de bête ? Un dinosaure ?
Kaecilius émit un râle douloureux. Strange posa une main sur son épaule et l'ancien magicien pu lui parler directement via leurs pensées. Mordo ayant sa main dans celle de Kaecilius, il put entendre et participer à la discussion télépathique tandis que May et Daisy discutaient stratégie un peu plus loin.
Au bout d'un moment, Strange ferma les yeux en détournant la tête. Kaecilius gargouilla quelque chose et Strange le regarda.
— J'aurais aimé que notre dernier combat ne soit pas un meurtre de sympathie, dit-il. Mais je ne suis pas assez cruel pour te laisser mourir sans rien faire.
— Nous n'avons pas besoin de lui ? demanda Daisy en s'approchant.
— Il nous a dit de ce qu'il savait, répondit Mordo.
Daisy opina. Strange approcha alors ses doigts du front de Kaecilius et dessina un symbole enflammé. Il le poussa d'un mouvement de la main et le symbole s'imprima sur le front du mourant qui ferma les yeux puis s'alanguit et s'écroula sur le côté.
— Ramène-le à Kamar-Taj, dit alors Strange.
Mordo opina. Il se releva, invoqua un portail puis souleva le corps dans ses bras et disparut sans un bruit. Le magicien se tourna ensuite vers les deux femmes qui attendaient, silencieuses.
— Allons-y, dit-il.
— C'est quoi cette bête, alors ? demanda May.
— Un Inhumain qui a été enfermé ici depuis que les Krees ont quitté la Terre, probablement. Il est peut-être le premier humain à avoir touché à la brume et cela l'a transformé en un monstre sanguinaire sans aucun état d'âme. Quand HYDRA l'a découvert suite à des fouilles dans le coin, ils ont immédiatement sauté sur l'occasion...
— Mais ils n'avaient aucune idée que même un sorcier ne pourrait pas le contrôler...
Strange baissa les yeux.
— Kaecilius avait conservé ses pouvoirs en plus de ceux offerts par le Terrigène, avoua-t-il. Les deux combinés, il a réussi à atteindre cet endroit, mais quand la bête a été libérée, elle s'est jetée sur lui et il n'a rien pu faire.
— Une fois qu'on aura tué cette bête, on fera sauter l'endroit, dit May.
— Non, il faut le remplir d'eau et le laisser prisonnier des glaces jusqu'à la fin des temps, gronda Daisy. Maintenant on se bouge parce que je me gèle le cul !
Elle s'éloigna en soufflant de la vapeur et May jeta un regard à Strange.
— Ça va lui passer dès qu'elle aura dégommé quelque chose, dit-elle.
— Ensuite, je rentre chez moi et je ne veux plus entendre parler de vous tous avant des années ! répondit le magicien, agacé.
— Y compris Ross ?
Strange lui jeta un regard courroucé puis s'éloigna. May sourit.
— Ne me le contrariez pas, s'il vous plait, Melinda, sourit la voix de Ross dans l'oreillette de la femme. J'aurais aimé l'apprivoiser avant...
May rigola doucement puis rejoignit les deux autres et ils découvrirent une seconde pièce, plus petite, mais toute aussi impressionnante.
— Jemma, tu as quelque chose ici ? demanda Daisy.
— Rien ni personne.
— On continue alors.
Un grondement sourd secoua soudain le sol et May et Strange dardèrent un regard noir sur Daisy qui leva les mains.
— C'est pas moi ! s'exclama-t-elle aussitôt.
— C'est elle, répondit alors May. C'est cette bête...
— Elle doit être un peu plus grosse que nous alors, nota Strange, pensif.
— Vous croyez ? railla Daisy.
Le magicien lui jeta un regard en biais puis May leur intima le silence et ils se dirigèrent vers la source du grondement et des bruits qu'ils entendaient à présent.
Le temple était fait de pierres, du moins, il avait été creusé dans le sol terreux qui se trouvait sous la glace au nord du Canada et décoré de plaques de grès sculptées de motifs inconnus, et des dizaines de mètres de cette même glace servaient de plafond.
— Si jamais ça s'écroule, on est mal... souffla Daisy.
— Je nous ferais remonter le temps, ne vous en faites pas.
— Quelle insolence...
— Ça suffit, tous les deux ?
Daisy et Strange grimacèrent sous la remarque de Coulson dans leur oreillette.
— Au lieu de vous chamailler, vous avez quoi pour moi ?
— Pour le moment, rien de nouveau, Monsieur, répondit May.
Elle lui avait raconté les derniers instants de Kaecilius et depuis, ils s'enfonçaient dans les entrailles du temple Kree à la recherche de cette fameuse bête qu'ils entendaient, mais qu'ils ne voyaient pas. Un nouveau grondement secoua le tunnel et de la glace tomba du plafond en fine poussière.
— On va se presser un peu, d'accord ? proposa Daisy.
Elle accéléra et les deux autres la suivirent sans un mot. Au bout du couloir, ils débouchèrent sur une salle moins grande que la principale, voûtée et au plafond de pierre. Le grognement se fit à nouveau entendre, plus proche cette fois-ci, beaucoup plus proche. Trop proche. Dans un réflexe, Daisy plaqua ses deux compagnons au sol à l'aide de ses pouvoirs et une ombre gigantesque leur passa au-dessus. Strange se releva d'un bond et leva les mains. Aussitôt, la caverne se mit à bouger, les parois ondulèrent, le sol se replia sur lui-même et May s'adossa à Daisy, pas rassurée.
— Dis-moi qui tu es ! demanda Strange d'une voix forte.
Devant lui se trouvait une créature humanoïde, à mi-chemin entre le dinosaure et l'humain, deux fois large d'épaules, avec des bras épais et musculeux terminés par des mains qui auraient fait pâlir des battoires à tapis.
— Monstre ! Dis-moi qui tu es ! réitéra le magicien.
Mais la créature demeura silencieuse, intriguée par les mouvements illusoires de son environnement. Tendant une main, il tenta d'attraper une stalactite apparue devant lui, mais il lui échappa, cela sembla l'étonner et il regarda Strange de ses yeux rouges.
— Reculez, dit Daisy en s'approchant.
— Ne le blesse pas, il a peur, c'est tout, répondit Strange.
— C'est un animal, il n'a pas de conscience !
La jeune femme lança une de ses mains en avant et dégomma un morceau du mur près de la créature qui se protégea de son bras et recula en gémissant. Il regarda ensuite la frêle créature devant lui et, avant même que la jeune femme puisse réagir, il l'envoya voler à travers la pièce en se retournant, la balayant d'un vigoureux coup de queue.
— C'est un dinosaure ! s'exclama alors May. C'est un dinosaure qui a été infecté par le Terrigène, il n'a aucune idée de ce qui lui arrive !
— Faut vous envoyer du matos ? demanda alors Fitz.
— Si tu as des sédatifs suffisamment puissants pour endormir un dinosaure de cinq mètres de long, je prends, répondit May. Daisy, ça va ?
— Un peu sonnée, mais ça va...
— Je vais l'endormir, annonça alors Strange.
— Pourquoi, vous voulez l'apprivoiser ? railla aussitôt Quake. On ne va quand même pas le ramener à la maison !
— Il est inoffensif, répondit May. Il est juste terrorisé. On va le ramener au SHIELD et le laisser continuer sa vie dans un des parcs protégés que nous gérons.
— On a ça ? s'étonna la jeune femme.
— Il est de toute façon exclu de le tuer ou de le laisser à HYDRA, trancha Strange. Si jamais cette créature est lâchée dans une ville, je n'ose imaginer les dégâts qu'elle ferait ! Maintenant, reculez.
May hésita une seconde puis baissa son arme et recula de quelques pas en regardant la créature acculée dans un coin de la pièce. Elle gémit en regardant les trois humains et Daisy serra les mâchoires avant de reculer à son tour. Strange les suivit des yeux jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment loin de l'animal puis il se retourna vers lui et tendit une main.
— On ne te veut aucun mal, dit-il. Tu n'as rien à faire à notre époque, nous allons t'aider, si tu veux bien.
— Je doute que vous puissiez remonter le temps suffisamment loin pour le ramener chez lui, marmonna Daisy.
Elle prit un coup de coude de la part de May et grogna.
— Coulson, où se trouve votre parc pour créatures le plus proche ? demanda le magicien.
— A Alberta, au Canada...
— Ça fait loin, mais si je peux avoir un repère visuel ou des coordonnées ?
— Euh...
Strange roula des yeux. Une pelote d'étincelles apparut alors et Mordo se montra.
— Tu as demandé un portail vers Alberta ? sourit-il. Oh... Belle bête.
— Hadrosaure, ou presque, répondit Strange. On va le conduire dans un parc protégé du SHIELD. Mais, il ne passera pas, là...
Mordo observa son portail et haussa un sourcil avant d'écarter les bras pour l'agrandir. Strange pivota ensuite vers le dinosaure qui avait un regard rouge plutôt expressif et semblait s'être calmé.
— Tu me comprends ? demanda le magicien.
L'animal pencha la tête sur le côté. Il baissa le nez et soudain, une voix profonde et grave s'éleva de sa gorge.
— Comprendre...
— Seigneur dieu ! s'exclama May. Il parle ! Le Terrigène a...
— Non, pas le Terrigène, répondit Strange. Les Krees.
À la mention de ce nom, l'anima gronda sourdement et Strange soupira.
— Si tu veux, on peut te sortir de là, dit-il en montrant le portail qui donnait sur une plaine herbeuse et ensoleillée. Tu as passé des millions d'années dans la glace, tu es le dernier de ton espèce.
— Dernier...
L'Hadrosaure baissa le nez.
— Pas, ajouta-t-il.
Il se retourna alors et tout le monde se baissa pour éviter la longue queue. Strange croisa le regarda des quatre autres puis s'approcha et contourna un énorme pilier de glace.
— Mon dieu... souffla-t-il. C'est une femelle et elle a des œufs...
— Manquait plus que ça, soupira Daisy.
Strange s'approcha du large nid de terre où se trouvaient, serrées les uns contre les autres, huit gros œufs gris de la taille d'une pastèque. Jetant un coup d'œil au dinosaure près de lui, il se baissa et approcha sa main au-dessus du nid.
— Je sens la vie dans au moins quatre d'entre eux, dit-il. Ils ne sont pas encore prêts. On peut les emmener en sécurité avec toi, ajouta-t-il pour l'animal.
Celui-ci, campé sur ses puissantes jambes, appuyé sur ses mains au bout de deux bras ridiculement maigres, tendit le cou et renifla son nid. Il tourna ensuite son œil vers Strange qui ne semblait même pas ému d'être aussi proche d'une créature censée être éteinte depuis des millions d'années. Il n'en menait cependant pas large, même s'il savait que les Hadrosaures ne mangeaient que des plantes.
— Tu veux ? demanda-t-il.
— Sécurité... Ici.
— Non, répondit May en s'approchant. Tu n'es pas en sécurité ici. D'autres gens comme nous veulent te faire du mal.
— Humain... Venir... Réveiller moi.
— Oui, répondit Strange. Il est venu de te réveiller, mais il ne savait pas.
— Tuer moi.
— Peut-être. Ou peut-être pour tuer d'autres humains.
Le dinosaure reporta son attention sur ses œufs et fit un pas en avant. De ses deux petites mains, il souleva un œuf et se redressa ensuite pour le présenter à Strange qui tendit les mains. Pour la première fois de sa vie, il eut alors la chance inouïe de toucher de ses mains nues un véritable œuf de dinosaure.
— Je sens... son cœur, dit-il soudain avec un sourire nerveux. J'ai un œuf de dinosaure entre les mains...
— Fragile, crut bon de préciser le dinosaure.
Strange rigola et opina.
— Oui, oui, je sais, ne t'en fais pas.
Refermant son portail vers Alberta, Mordo en rouvrit un vers le Zéphyr et Jemma apparut en poussant une couveuse. Un a un, les huit œufs furent déposés dedans puis Mordo rouvrit le portail vers Alberta et le franchit, suivit par Jemma et Daisy qui poussaient la couveuse.
— Moi rester, dit soudain l'Hadrosaure.
Strange se tourna vers lui.
— Non, non, tu viens et tu vas t'occuper de tes bébés.
— Peur.
— Je sais, mais tu seras mieux là-bas qu'ici. Personne ne te fera du mal, tu seras protégée.
La femelle hésita. Strange approcha alors sa main de son large front et effleura la peau épaisse et écailleuse. L'animal ferma les yeux et Strange aussi. Il lui fit un résumé rapide de tout ce qu'il s'est passé sur Terre depuis les dinosaures et, à sa grande surprise, l'animal lui renvoya des images dans l'autre sens, floues et fades.
— Tu es venue ici pour échapper au feu du ciel... dit-il en rouvrant les yeux. Tu es la seule de ton espèce à avoir survécu...
— Moi rester. Petits vivre mieux.
— Ils vont mourir sans toi.
— N'insistez pas, intervint Coulson. Si elle ne veut pas y aller, vous ne pouvez pas la forcer.
— Je suis désolé, mais je ne peux pas la laisser ici non plus, répondit Strange en fronçant les sourcils. Coulson, jurez-moi qu'elle sera à l'abri dans ce parc. Vos hommes n'ont jamais vu de dinosaure vivant de leur vie, sauront-ils s'occuper d'elle ?
— Si elle est coopérative, alors oui.
Le magicien soupira.
— Allez, viens, dit-il en se détournant. Tu verras, c'est joli, Alberta...
Coulson pouffa dans la radio et Strange leva les yeux au ciel. Il s'éloigna ensuite vers le portail de Mordo et se retourna à demi en regardant le dinosaure prostré dans son coin.
— Le noir et le froid, ou le soleil et tes petits, dit-il. Nous allons remplir cette caverne d'eau glaciale quand nous serons partis, tu mourras.
L'animal hésita. Il regarda le nid vide, puis Strange et le portail, et soudain, ferma les yeux en grognant et se dirigea vers le magicien.
— Le Terrigène t'a rendu bien trop humaine, dit-il quand la femelle Hadrosaure lui passa devant. Vous pouvez envoyer les grandes eaux, dit-il ensuite à l'intention du SHIELD.
— Entendu.
