Après cette aventure au Canada plutôt hors du commun, même pour le SHIELD, la surveillance sur HYDRA fut encore plus renforcée après les révélations de Kaecilius sur la mission qu'il avait réalisée pour eux. Trompé et humilié, il avait frôlé la mort et ne rêvait désormais plus que d'une chose, les détruire.

— Vous êtes en train de me dire qu'on a plus un magicien consultant, mais deux ?
— Quake, je sais ce que tu ressens à leur sujet, mais pour une fois essaie de faire preuve de réserve et range tes crocs.
— Je ne suis pas hargneuse ! aboya la jeune femme.

Mack haussa un sourcil ; Daisy rougit et croisa les bras. Mack regarda ensuite Coulson qui haussa les épaules avec une grimace. Malgré toutes les tentatives du Docteur Strange pour faire entendre raison à Quake, elle demeurait jalouse de lui, pis encore depuis que Ross avait annoncé que Kaecilius, l'ennemi de Strange, avait retourné sa veste et désirait s'allier au SHIELD à son tour pour mettre HYDRA hors d'état de nuire une bonne fois pour toutes. C'était trop pour elle, mais elle n'avait pas le choix, ou plutôt si, c'était soit elle coopérait et tenait sa langue et sa rancœur, soit elle quittait le SHIELD, tout simplement.

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— May, qu'est-ce que je peux faire ?

La réunion du matin venait de se terminer, le SHIELD était de retour à la base après avoir déposé Strange à New-York trois jours en arrière, du moins avait-il sauté de l'avion, aussi simplement que cela, et tout le monde pouvait espérer quelques jours de repos en assurant quelques petites missions de routine dans les environs.

— Tu voudrais faire quoi, honnêtement ? demanda May en entrant dans le réfectoire. Vous n'êtes pas pareils, les magiciens et toi, vos capacités sont différentes, tu les avais en sommeil en toi, elles ont été activées par une technologie alien ; eux, ils ont souffert pour en arriver où ils sont. Vous n'êtes en rien comparables et tu n'as aucune raison d'être jalouse.
— Je ne suis pas jalouse.
— Je pense que si.

Jemma et Fitz entrèrent dans la pièce à leur tour et tous prirent place autour d'une table.

— Tu n'es pas jalouse de leurs pouvoirs ou de leur mépris pour les autres créatures aux capacités surhumaines, reprit Jemma. Tu es jalouse parce qu'ils sont bien plus respectés que les Inhumains qui sont vus comme des monstres la plupart du temps et neutralisés par le SHIELD depuis des années.
— Dans un sens, Strange aussi est un monstre, intervint Fitz. Il manipule la réalité, il peut te faire tourner la tête d'un geste de la main et avec ça il voyage à travers un portail d'un point à un autre comme si on avait ouvert une porte. Il y a de quoi être fou de jalousie c'est une évidence, parce qu'aucun Inhumain n'est capable de ça.
— Gordon peut se téléporter, rappela Daisy.
— Seulement à un endroit qu'il connaît déjà. Les magiciens ouvrent des portails n'importe où dans ce monde du moment qu'ils ont les coordonnées GPS du point de chute ou une image en tête.

Daisy serra les lèvres. May déposa la cafetière au centre de la table et une volée de tasses avant de s'asseoir.

— Est-ce que tu ne serais pas aussi jalouse de Ross, par hasard ? demanda-t-elle.
— De Ross ? Pourquoi est-ce que je... Oh, tu veux parler de sa relation avec Strange ? Non, non, je ne suis pas jalouse, je veux dire, ouais, si, un peu, parce qu'ils ne se connaissaient pas il y a deux mois et voilà qu'on les croirait ensemble depuis dix ans... N'importe qui rêverait de trouver son âme sœur comme ça au détour d'un couloir et...

Repensant à Lincoln, tué quelques années en arrière, Daisy haussa les épaules. Elle s'excusa soudain et quitta le réfectoire. Les trois autres ne tentèrent même pas de la retenir.

— Elle finira par apprendre, assura Jemma. C'est une jeune femme grandie trop vite qui n'a pas l'habitude d'attendre pour avoir ce qu'elle veut.
— Toute sa vie, elle a pris les choses quand elle le voulait, enchaîna Fitz. Travailler pour le SHIELD est une aubaine, mais nous souffrons tous chacun de notre côté de notre situation d'agents secrets qui nous empêche de tout dire à l'élue de notre cœur.

Il esquissa un sourire pour Jemma qui sembla rougir légèrement et May opina en silence. La porte de la salle s'ouvrit alors et Ross entra en sifflotant, les mains dans les poches. Le sifflement se tut net quand il remarqua que ses trois collègues le fixaient.

— Allons bon, qu'est-ce que j'ai encore fait ? demanda-t-il en allant se servir du café.

Il nota la disparition d'une cafetière et se servit de l'autre avant de se tourner vers ses collègues.

— Rien du tout, Everett, répondit Jemma avec un sourire. Nous nous inquiétons un peu pour Daisy, c'est tout, et vous êtes naturellement venu dans la conversation, c'est tout.
— Naturellement, hein...

Avec un soupir, Ross prit une chaise et s'assit à la table.

— Je sais ce que vous vous dites tous, à propos de Strange et moi, mais vous avez faux, dit-il. Nous nous connaissons depuis des années, pour ne pas dire des siècles, en vérité.

Jemma, May et Fitz échangèrent un regard un peu perdu.

— Traduction ? demanda Fitz.

Ross esquissa un sourire puis entreprit de leur raconter l'histoire derrière sa rencontre avec le si mystérieux Docteur Strange et leur lien aussi unique que solide. Quand il se tut, les trois autres étaient silencieux.

— Comment est-ce possible ? demanda May. Je veux dire, en travaillant pour le SHIELD, j'ai croisé l'impossible plus d'une fois, mais là...
— Je ne sais pas comment ça fonctionne, c'est au-delà des compétences de Stephen, répondit Ross. Mais après avoir vu mon... moi d'une autre réalité, et l'avoir vu lui aussi, dans cette même réalité, d'avoir discuté avec eux, je ne peux pas ignorer tout ça, c'est impossible. Le miroir des destinées ne peut être trompé, on ne peut pas lui faire afficher quelque chose de faux, c'est une relique magique qui plusieurs milliers d'années et le fait de nous avoir vus ensemble, encore et encore, vie après vie... Je suis obligé d'y croire.
— La jalousie de Daisy n'a donc pas à être, soupira Fitz. Cela nous ôte un souci de l'esprit, mais il reste le fait qu'elle n'aime pas les magiciens.
— Et tant qu'ils seront plus forts qu'elle, elle ne les aimera pas, répondit Ross. Elle ne supporte pas l'idée de ne plus être le bouclier du SHIELD.

Il agita son poignet droit où se trouvait le bracelet en argent offert par Strange, et ses trois compagnons demeurèrent silencieux.

— Elle devra faire avec de toute manière, dit-il ensuite en se levant. Je n'ai pas l'intention de partir d'ici avant quelques années, et encore moins de mettre mon homme de côté pour épargner son ego. Bonne journée.

Il inclina la tête et quitta la pièce.

— Ça, c'est dit, dit Jemma.
— Ça risque de clasher.
— Et on fera avec jusqu'à ce que Daisy se lasse ou qu'elle soit blessée et que Strange ne lui sauve la vie, ce qui pourrait arriver plus tôt qu'on ne l'imagine, vu la tête brûlée qu'est notre Quake adorée, répondit Fitz.

Les deux femmes sourirent puis ils se servirent du café et changèrent de conversation, passant à un sujet plus léger pour l'organisation d'une petite fête d'anniversaire pour l'un de leurs collègues.

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Son café à la main, Ross longeait le couloir principal de la base pour regagner sa chambre quand il sentit une brûlure au poignet droit. Il fronça les sourcils et leva le bras. Sur les maillons du bracelet offert par Strange pour le contacter en cas de besoin, des runes étaient en train de se graver toute seules et il s'arrêta près du bureau de Coulson, posa son café sur le rebord de la fenêtre et observa le bijou.

— D'où vous sortez, vous ?

Il détacha le bracelet et nota que son poignet était légèrement rougi par la chaleur qu'avait dégagée l'objet. Il serra alors les doigts et un frisson lui descendit dans le dos.

— Bordel de... ! s'exclama soudain Coulson dans son bureau.

Ross jaillit dans la pièce où une pelote d'étincelles venait de se former à environ un mètre du sol.

— Vous l'avez appelé ? demanda le Directeur.
— Pas intentionnellement, assura le jeune homme. Regardez le bracelet a changé, il n'y avait pas de runes avant et...

Le portail s'ouvrit soudain et les deux hommes le regardèrent, s'attendant à trouver Strange en face d'eux, mais il n'y avait rien.

— Qu'est-ce que... ?

Coulson se leva lentement et contourna son bureau. Ross s'approcha du portail en fourrant le bracelet dans sa poche et en tirant son pistolet.

— Restez derrière, Directeur, j'ai un mauvais pressentiment.
— J'ai un bras bionique, n'oubliez pas, répondit ce dernier.
— Très juste. Mais restez derrière quand même.

Il s'approcha ensuite du portail et passa la tête à l'intérieur. Coulson saisit le dos de son blouson, juste au cas où il aurait à le tirer à lui si le portail se refermait, mais il demeura ouvert et étrangement immobile.

— C'est tout noir, nota alors Ross. On dirait que la maison est vide...

Coulson appuya son oreillette.

— Agents May, Johnson, Mackenzie, Fitz et Simmons, dans mon bureau, dit-il. Maintenant.

Ross revint en arrière et l'équipe apparut au complet une minute plus tard. En découvrant le portail et Ross avec son arme à la main, ils se regardèrent sans comprendre.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda May. Où est le Doc ?
— Pas là, justement, répondit Coulson.
— Le portail s'est ouvert quand j'ai découvert des runes en train de se graver d'elles-mêmes sur le bracelet, ajouta Ross en tendant ledit bijou à Jemma. Elles n'y étaient pas jusqu'à maintenant.
— Je ne sais pas les lire, mais avec un ordinateur, je pourrais sans doute, répondit-elle.
— Au boulot. Daisy, May, Mack, vous venez avec nous, on va aller jeter un œil. C'est le Sanctum de Strange de l'autre côté ? demanda ensuite le Directeur.
— Il fait trop noir, répondit Ross en secouant la tête. Mais je pense que oui.
— Bon, eh bien allons-y.
— Je passe devant.

Daisy franchit aussitôt le portail et Ross soupira d'agacement avant de la suivre.

— Tâchez de ne rien détruire, le manoir pourrait vous en faire passer l'envie, dit-il en la rejoignant de l'autre côté. Oh, mince...
— Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? demanda Daisy.

Coulson et May s'empilèrent derrière Ross et Daisy et s'écartèrent ensuite du chemin en regardant autour d'eux. Un bruit sourd résonna soudain dans la bâtisse et May fit signe à tout le monde de se taire puis de se disperser dans le manoir.

Le portail avait conduit le groupe dans le hall d'entrée du manoir de Strange et même si l'endroit était empreint de mystère, les quelques fois où Ross était venu, il ne s'y était jamais sentit autant oppressé. Et l'endroit était sans dessus dessous comme si une tornade était passée.

— Il se passe quelque chose ici, dit-il à voix basse.
Je me sens observée... répondit Daisy dans son oreillette.

Il y eut des assentiments de la part des trois autres et Ross s'ébroua, pris d'un frisson désagréable, avant de reprendre son chemin. En passant près d'un interrupteur, il souleva le commutateur, mais rien ne s'éclaira.

— Le film d'horreur classique, marmonna-t-il.

Il avisa ensuite une porte entrouverte, la poussa du pied et découvrit une pièce vide. Il retourna dans le couloir et inspira. Un sentiment d'angoisse venait de s'emparer de lui. Il secoua la tête et reprit son exploration, pistolet en avant. Au bout de plusieurs minutes, il était de retour dans le hall d'entrée sans rien avoir trouvé et il décida de monter au premier étage. Il y retrouva Coulson.

— Rien, répondit l'homme à la question silencieuse. Il y a combien d'étages ?
— Cinq ou six je crois, et des centaines pièces... Cette maison est l'antre de la magie, il y a des choses qu'on ne voit pas de l'extérieur.
— Hm, ouais... Bon, continuons.

À nouveau, le bruit sourd qui les avait accueillis se fit entendre et Ross leva la tête en fronçant les sourcils. Soudain, une ombre jaillit des ombres et leur sauta dessus. Coulson déploya le bouclier de son bras et l'étoffe rouge de la cape de Strange s'enveloppa dessus en s'agitant, visiblement paniquée.

— Du calme ! s'exclama Ross en tendant les mains. Calme-toi, qu'est-ce que tu as ?

Il attrapa l'épais tissu doublé et Coulson rangea son bouclier, mais la cape échappa des mains de Ross et se jeta derrière une bibliothèque.

— Elle a l'air terrorisée... commenta Coulson.

À nouveau, le coup sourd retentit. La cape jaillit de sa cachette et s'enroula autour de Ross qui laissa échapper un cri de surprise quand elle l'étrangla.

— Doucement ! s'exclama-t-il.
— Hé, hé ! répliqua Coulson en saisissant la cape par le col. Maintenant tu vas te calmer, compris ! Sinon tu finis dans la cheminée !

La menace fut radicale. La cape se figea et dégringola des épaules de Ross qui se retourna. Il la ramassa, la plia et soupira.

— C'est une relique extrêmement puissante, dit-il en caressant l'étoffe. Elle est capable de prendre ses propres décisions et si quelque chose l'a effrayée à ce point, alors j'ai peur que nos magiciens...
— Ne pensez pas à ça, coupa Coulson. Continuons. Ce bruit m'intrigue. On dirait quelqu'un qui tape sur un truc, non ?

Ross sembla réfléchir un moment puis opina. Il avisa alors un sac en toile pendu à une patère et glissa la cape dedans en passant le sac en travers de son torse. Coulson lui fit ensuite signe qu'il repartirait d'un côté et lui de l'autre, puis ils se séparèrent.

Perturbé par la cape agitée comme si elle avait vu un fantôme, Ross reprit l'exploration du première étage. Il entendit vaguement Coulson demander où se trouvaient les trois autres et chacun répondant, mais il était un peu ailleurs et il savait pertinemment que c'était ce qu'on éprouvait quand on savait que la personne à laquelle on tenait était en danger. Pourtant, la dernière fois que Strange avait été massacré par Kaecilius, il n'avait rien éprouvé sinon de l'inquiétude, mais là, c'était autre chose, c'était de l'angoisse, presque de la terreur et il craignait de découvrir une vision d'horreur à chaque porte qu'il poussait.

Il n'en fut rien et au bout d'un temps qui parut interminable, toute l'équipe se retrouva au sommet du bâtiment, dans la grande pièce avec la verrière qui éclairait largement l'endroit.

— C'est sympa ici, nota May.
— C'est le bureau de Strange, répondit Ross en s'approchant d'une large table qui croulait sous les papiers et les livres.

Il fouilla rapidement dessus et souffla par le nez en observant la pièce. Il fronça ensuite les sourcils, traversa le groupe de ses camarades et tira les deux vantaux de la porte qui donnait dans la chambre de son amant.

— Vide, dit Daisy en entrant. À quoi vous vous attendiez ?
— À rien, mais j'ai une drôle d'impression... Je le sens, je perçois la présence de Stephen dans le manoir.

La cape dans la sacoche jaillit soudain en faisant sursauter tout le monde et se mit à voler autour de la pièce comme un oiseau perdu. Elle s'accrocha au montant du lit et y resta suspendue un moment avant de repartir. Daisy lui décocha rapidement une vibration et la cape se raidit et tomba sur le sol.

— Bon, dit ensuite la jeune femme. On a fouillé cette maison en bas en haut, il n'y a personne, on fait quoi ?

À nouveau le bruit sourd retentit et tout le monde se regarda.

— Le miroir, dit soudain Ross.

Il tourna les talons et redescendit d'un étage à toute allure. Talonné par ses amis, ils déboulèrent dans la bibliothèque et s'empilèrent les uns contre les autres quand Ross pila devant un objet haut comme lui.

— Sacré truc, dit Coulson en approchant.

Il se figea devant le miroir et le montra du pouce en regardant Ross.

— Pas de reflet ? demanda-t-il.
— C'est un miroir magique, il permet de voir le passé...

Ross se tut et leva l'index.

— Montre-moi ce qu'il s'est passé dans cette maison aujourd'hui ! dit-il en se plantant face au miroir.

La vitre grisâtre et inerte se mit soudain à frissonner comme une télévision brouillée puis une image s'afficha. Strange apparut en discutant, suivit par Kaecilius qui avait un gros livre ouvert sur un bras.

C'est trop dangereux !
Tant qu'on n'aura pas essayé, on ne le saura pas !
Certes, mais quand même ! Tu as déjà frôlé la mort une fois, ce n'est pas suffisant ?
Bon sang, Stephen, ça fait trois jours qu'on cherche HYDRA avec les moyens modernes de cette époque et on ne trouve rien...

L'équipe du SHIELD se regarda un moment puis reporta son attention sur le miroir.

— C'est le bureau, remarqua Mack quand ils entrevirent la baie ronde.
— Il a bien dit « cette époque » ? intervint May.
— Kaecilius est plus vieux que Stephen, répondit Ross. Il a été le précédent Maître des Arts Mystiques, il y a une vingtaine d'années, avant de mal tourner et de vouloir unir la Terre à une dimension ténébreuse pour être réuni avec sa femme et son fils.
— Oh... lâcha Daisy. D'accord...

Un silence s'installa ensuite et les regards retournèrent sur le miroir.

Tu ne comprends pas quoi dans « c'est trop dangereux » ?

Strange fit volte-face et Kaecilius pila, rabattant le livre contre lui, surpris.

Mais ?

Il referma ensuite le livre et le posa sur le bureau.

J'admets que HYDRA utilise des technologies qui nous dépassent, aussi bien toi que moi, continua Strange. Mais ils sont en possession d'un appareil extra-terrestre qui va leur permettre de quitter cette planète, et non pas par la voie de l'espace, mais grâce aux dimensions !
— Ah, voilà une info intéressante, dit Coulson.
Et les dimensions c'est notre domaine, personne d'autre que nous ne peut manipuler la réalité et passer d'une dimension à l'autre !
— Le doc est en pétard... nota Daisy, les bras croisés.
— Les dimensions... souffla alors Ross.
— Hein ?

Se désintéressant du miroir, les regards convergèrent vers l'ancien agent de la CIA.

— J'ai vu un truc sur le bureau...

Le jeune homme retourna dans l'autre pièce et entreprit d'inspecter les papiers étalés sur le large meuble en bois.

— Projection astrale ! Voilà, je savais que j'avais vu ça quelque part !

Le coup sourd retentit à nouveau et soudain, une tasse posée sur le bureau vola et tomba sur le tapis en rebondissant.

— Ils sont là ! s'exclama Mack. Ils sont coincés quelque part entre deux dimensions de notre monde.
— Comment tu connais ça toi ? demanda Daisy.
— Je sais que j'ai l'air d'avoir tout dans les bras, mais je sais aussi lire, rétorqua le mécanicien.

Daisy fit une grimace et Ross tira un parchemin de sous un livre.

— Les magiciens sont capables de se détacher de leur corps physique pour divaguer autour sous forme d'esprit invisible et impalpable. Leurs projections peuvent cependant provoquer des dégâts dans le monde physique en fonction de leur niveau de capacité magique, lut-il rapidement.
— Ça ? demanda Coulson en ramassant la tasse.

Le porte-manteau dégringola soudain en faisant sursauter tout le monde.

— Ou ça, dit May en allant le relever machinalement.

Ross continua ensuite de lire dans sa tête et soupira.

— On ne peut rien faire, dit-il. Seul un magicien peut aller les chercher et nous devons retrouver leurs corps pour qu'ils puissent y retourner.
— On n'a rien trouvé dans le manoir, répondit Daisy. Ils seraient où ?

Un globe terrestre posé sur la bibliothèque se mit à tourner furieusement. Daisy haussa un sourcil et chacun se regarda en silence.

— Bon... Admettons, dit la jeune femme. Ils sont ici sous forme de fantômes, coincés dans entre deux dimensions. Par qui et pourquoi, on verra ça plus tard. Le truc c'est, comment on les ramène ?
— J'en ai aucune idée. On peut essayer de contacter Mordo, mais sans un magicien pour ouvrir un portail, on peut p...

Une pelote d'étincelles apparut alors au centre de la pièce et tous les agents s'écartèrent prudemment. Ross esquissa un sourire en secouant la tête. Il sentit alors une main sur son épaule et tourna la tête, mais il n'y avait personne. La pression disparut et il ferma les yeux. Son lien avec Stephen Strange était très fort, à tel point qu'il avait pu le sentir le toucher sous sa forme astrale...

— Bon, et là-bas, c'est où ? demanda May en s'approchant du portail qui venait de s'ouvrir.
— Kamar-Taj, répondit Ross. Le Sanctuaire des magiciens... là où les humains n'ont pas le droit d'aller, et encore moins les Inhumains.

Daisy montra les dents et s'avança alors vers le portail, mais une rune dessinée dans les airs la stoppa aussi sec.

— Conjuguez-moi le verbe « obéir », jeune demoiselle, gronda un homme en franchissant le portail.

Il se planta devant et repoussa sa capuche. Ce n'était pas Mordo, mais un homme de haute taille, typé asiatique, à la mâchoire carrée.

— Je suis Maître Xiang, le nouveau Maître de Kamar-Taj, que faites-vous dans le lieu sacré du Docteur Strange ? Et où est-il ? Qui a invoqué ce portail ?
— Une question à la fois, répondit Coulson en faisant un pas en avant. Nous allons vous expliquer la situation.
— Ce serait nécessaire, en effet.

Sa condescendance fit frémir Daisy qui serra les poings. Ses gantelets crissèrent. Xiang lui jeta un regard bleu avant de reporter son attention sur Ross qui releva le menton. Le magicien plissa les yeux.

— Où est Strange ? redemanda-t-il.
— Allons nous asseoir, répondit Coulson. Vous autres, faites un tour et essayez de voir si on n'a pas manqué quelque chose.
— À vos ordres, répondit May.

Tout le monde sortit dans le couloir et Mack tira les portes du bureau en soupirant.

— Ces magiciens... Je n'y ferais pas.
— Celui-ci a l'air particulièrement revêche, admit Ross. J'espère que Coulson ne va rien lui dire de compromettant.
— Et ça ferait quoi ? lâcha Daisy.

Ross serra les mâchoires et inspira.

— Non ! coupa May comme il allait répondre. Ce n'est pas le moment de vous chamailler. Mack, Daisy, allez voir par là-bas. Je vais avec Ross de l'autre côté.

Sans un mot, Mack saisit Daisy par les épaules et la fit pivoter. Ross souffla par le nez.

— Un jour je vais la piler, dit-il. Ça partira tout seul et je le regretterai, mais...
— Mais elle l'aura mérité. Elle n'a pas à vous parler de cette manière et Coulson en sera avisé.
— Elle a besoin d'une sanction, Melinda...
— Je sais.

Un silence s'installa et May soupira en s'adossant au mur.

— Daisy a perdu deux de ses grands amours, avoua-t-elle. Lincoln était un Inhumain, comme elle, il manipulait l'électricité et il s'est sacrifié pour lui sauver la vie. Ensuite, il y a eu Grant Ward et sa trahison a terminé de briser le cœur de Daisy. Elle ne supporte plus de voir l'harmonie d'un couple et même si elle tolère Fitz et Simmons, elle a des limites.
— Limites que j'ai franchies sans le vouloir et sans même m'en apercevoir, marmonna Ross en se laissant glisser au sol.

Il sentit à nouveau la pression sur son épaule et esquissa un sourire en posant sa main dessus.

— Il est là ? sourit May doucement.

Ross opina et déglutit. Il secoua ensuite la tête.

— Vous n'imaginez même pas à quel point je suis perdu dans ma tête, dit-il. J'ai trente-sept ans et je suis tombé amoureux d'un homme alors que je ne les avais jamais regardés de cette manière. J'accepte jour après jour que ma vie pourrait se finir à ses côtés, mais j'ai encore des questions qui fusent « Pourquoi ? » ou encore « Qu'est-ce que maman dirait ? »...

May sourit.

— Mon mari était un Inhumain, révéla-t-elle alors. Je l'ai ignoré jusqu'à ce que nous soyons forcés d'affronter un Inhumain assassin, Lash, qui tuait d'autre Inhumains au hasard et semait la terreur. Il m'a fallut du temps pour comprendre qu'Andrew et Lash étaient la même personne. Aujourd'hui, il est mort et j'ai fait son deuil, mais je n'ai jamais été quelqu'un de très affable avec les gens.
— Vous l'êtes bien plus que Daisy qui semble attaquer tout le temps. Comme si ce n'était pas assez compliqué de gérer ma relation avec Strange, il faut en plus que j'endure la jalousie de Daisy et c'est fatiguant. Cela fait trois mois que je suis au SHIELD et même si je n'ai plus aucune envie d'en partir à présent, il se peut que je demande à être muté loin de Daisy.
— Si vous partez, Strange partira aussi, répondit May en secouant la tête. Nous ne faisons pas de missions avec les Avengers, mais cela arrive que nous ayons besoin de quelqu'un de plus fort que nous et le Docteur Strange est le premier à accepter d'être utilisé, littéralement, selon nos nécessités.
— Ne vous leurrez pas, Melinda, il le fait pour moi, sourit Ross.
— Je n'en doute pas une seconde !

La porte du bureau s'ouvrit soudain et Xiang apparut. Ross et May se relevèrent et le magicien les observa.

— Le Directeur Coulson m'a expliqué, dit-il en les regardant. J'ignore qui a emprisonné Kaecilius et Stephen dans le plan astral, mais pour les en sortir, il faut retrouver leurs corps sans quoi ils erreront jusqu'à ce que leur corps meure.
— Nous pensons que c'est HYDRA, répondit May. Les Inhumains ont parfois des capacités surprenantes et que l'un d'eux soit capable de séparer une âme de son corps physique ne m'étonnerait pas.
— Je vois. Malheureusement, je ne peux pas vous aider, dit Xiang. Stephen et Kaecilius sont libres, ce sont des sorciers accomplis, ils n'ont pas de comptes à rendre à Kamar-Taj et je n'ai pas à leur venir en aide.
— Même pas un peu ? demanda Ross.

Le regard que lui lança Xiang lui donna la réponse et il rentra le menton en opinant. Le magicien tourna ensuite les talons, retourna dans la chambre de Strange et franchit le portail qui se referma sur lui.

— Plus aimable, tu meures...
— En effet...

May posa une main sur le bras de Ross.

— Il est là, dit-elle. D'accord ? Il n'est pas mort, pas encore, donc on va éplucher tous les bouquins de cette bicoque s'il le faut et tâcher de trouver comment les ramener. On trouvera bien un Inhumain capable de projection astrale.
— Vous pensez que le SHIELD en aurait un ?
— Faut demander.

La femme appuya ensuite sur son oreillette pour contacter Jemma et Fitz et leur demander, d'une, où ils en étaient avec les runes sur le bracelet, et de deux, de contacter toutes les bases du SHIELD à travers le monde pour savoir si l'une d'entre elles n'aurait pas un Inhumains « magique » dans ses rangs.