Plusieurs jours furent nécessaires à Strange pour recouvrer ses forces et si Ross demeura à ses côtés, Daisy, elle, retourna au SHIELD afin de continuer à travailler sur les runes du bracelet et surtout pouvoir retrouver Cléa.
De son côté, Kaecilius préféra rester au manoir et endosser le rôle de Maître du Sanctum pendant la convalescence de son frère d'armes. Il n'avait de toute manière aucun endroit où aller et travailler lui changeait les idées tout en laissant à Strange le temps de se reposer.
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— Non, ça ne sera pas possible.
— Pourquoi ?
— Parce que j'ai dit non.
— Où est Strange ? Je veux lui parler.
Kaecilius soupira et tendit la main vers la chambre du propriétaire des lieux. La femme debout devant le bureau suivit la main du regard et hésita.
— Nous avons enduré une attaque qui nous a laissés affaiblis, expliqua alors Kaecilius. Il a été plus touché que moi, donc pendant qu'il se remet, je suis en charge de ce Sanctum, que cela vous plaise ou non.
La femme souffla par le nez, lèvres serrées. Elle invoqua ensuite un portail et quitta le bureau. Kaecilius marmonna. La porte de la chambre coulissa alors et Strange apparut, en robe de chambre, un sourcil haussé.
— Que voulait Ling Pi ? demanda-t-il.
— Une autorisation pour utiliser la bibliothèque de ton Sanctum, elle est à la recherche d'un homme, un pilleur de tombes, qui lui a volé un artefact précieux.
— Elle ne trouvera rien chez moi, répondit Strange.
— C'est pour ça que j'ai dit non. Où est Ross ?
— Rentré au SHIELD, Coulson a besoin de l'équipe.
Kaecilius opina, les yeux rivés sur les papiers devant lui. Un silence s'installa puis il releva la tête et observa son frère.
— Comment te sens-tu aujourd'hui ?
— Beaucoup mieux, et je te remercie vraiment de prendre mon Sanctum en charge pendant ma convalescence. Je n'ai jamais été aussi faible, cette attente m'agace.
— Je n'ai de toute manière rien de mieux à faire, alors autant que je m'occupe intelligemment.
Strange esquissa un sourire et s'assit devant le bureau, dans un fauteuil en cuir vert.
— Des nouvelles de la jeune Daisy ? demanda-t-il.
— Pourquoi en voudrais-je ?
— Oh, je t'en prie... Ton esprit est un livre ouvert et tu penses à elle tous les jours.
— Non... se renfrogna Kaecilius.
— Cili...
Celui-ci grogna.
— Arrête, c'est une gamine, Jön voulait juste essayer de me rendre la vie moins difficile, ça n'a pas fonctionné, dit-il, les sourcils froncés.
— Tu es sûr ?
— Et quoi ? Je ne suis pas comme toi, moi, mon âme n'est pas liée depuis la nuit des temps à celle d'un autre homme.
— J'espère ! C'est très pénible à vivre, tu sais ?
Kaecilius émit un son nasal dédaigneux puis se redressa en inspirant.
— Cette gamine est aussi brisée que moi, dit-il. Tenter de rassembler les morceaux de son cœur serait une tâche bien trop compliquée pour moi.
— Pourtant, quand elle a réussi à te traîner hors du Sanctum, l'autre soir, ça s'est bien passé, non ?
— Oui, mais ça a vite tourné au vinaigre. Elle a tellement peur de souffrir qu'elle se barricade derrière une agressivité qui est fatiguante.
— J'en connais un autre, hein... répondit Strange en baissant la tête.
— Arrête, j'ai perdu mon fils et ma femme coup sur coup, j'ai le droit d'être en colère contre le monde, non ? se renfrogna Kaecilius.
— Tu es surtout en colère contre toi-même parce que tu n'as pas réussi à sauver Adria. Jön est ici, Cili, il est bloqué sous sa forme astrale, certes, mais il est là et il est conscient de ce qui l'entoure.
— Tu voudrais que cela me suffise ? Un pathétique fantôme que je ne peux pas prendre dans mes bras ?
Strange baissa le nez et serra les lèvres. Une idée lui effleura alors l'esprit et Kaecilius bondit aussitôt.
— Hors de question !
— Ça reste pourtant une idée... intéressante, non ?
— Tu te rends compte de ce que tu proposes ? demanda Kaecilius en se levant. Je ne peux pas lui demander ça, c'est une gamine... !
— Elle a vingt-cinq ans, hein, et si j'en crois ce qui tourne dans son esprit et la puissance de ses bras, elle loin d'être une enfant, crois-moi... maugréa Strange.
Kaecilius secoua la tête.
— Non, c'est une idée totalement stupide, quand bien même voir mon fils en chair et en os serait mon plus grand rêve.
Strange ouvrit la bouche pour répondre quand il éprouva un vif frisson qui lui descendit le long de l'échine.
— Ross ? demanda Kaecilius.
— Ou du moins, le SHIELD.
Kaecilius opina et invoqua un portail en direction de la base secrète de l'organisation gouvernementale. Ross apparut et prit pied dans le manoir, suivit par May et Daisy.
— Agent May, Agent Johnson, qu'est-ce qui nous vaut votre visite aussi délicieuse soit-elle ? roucoula Strange.
— Stephen...
May sourit, amusée, et secoua ensuite la tête.
— Coulson vient aux nouvelles, dit-elle. Mais je vois que vous allez bien.
— Bien est un bien grand mot, répondit Strange. Je ne suis toujours pas capable d'invoquer un portail et je me sens encore très faible. Mais à part ça, oui, je vais bien.
— Bon, tant mieux, parce qu'on aurait un truc pour vous.
— Vous avez retrouvé Cléa ?
— Peut-être.
Strange tourna les yeux vers Daisy.
— Selon des informateurs, elle serait détenue dans une base de HYDRA dont nous aurions probablement les coordonnées, cependant, nous sommes incapables d'entrer, elle se trouve à environ cinquante mètres sous une ville.
— Une ville ? Laquelle ? s'étonna Kaecilius.
— San Francisco.
— Hm, c'est une grande ville, ce sera difficile de trouver cette base...
— En vérité, c'est la base de HYDRA, répondit May. Nous avons découvert qu'une multitude d'agents de cette organisation vivait paisiblement dans un quartier de San Francisco, tous réunis au même endroit, et que, selon notre source, chaque maison posséderait un accès à la base souterraine.
— Nous avons fait des recherches, reprit alors Ross. Selon les archives du cadastre de la ville, le quartier en question est apparu aux alentours des années cinquante et sa construction a été quelque peu particulière, dans le sens où les fondations des maisons étaient un peu trop profondes pour de simples fondations.
Les deux magiciens se regardèrent.
— Et vous attendez quoi, alors ?
May et Ross observèrent Kaecilius.
— Pourquoi moi ? demanda-t-il, bougon.
— Parce qu'ils ne vous connaissent pas, répondit Ross. L'idéal serait que vous soyez incognito dans cette ville...
— Je sens la couille dans le pâté... grogna le magicien en croisant les bras.
— Je parlerai plutôt d'ovaires, grogna Daisy en retour. Leur si géniale idée a été que vous et moi serions sous couverture pour espionner ce quartier.
— Sous couverture... de quel genre ?
May haussa un sourcil.
— Vous vous ferez passer pour Monsieur et Madame Johnson, et vous avez d'ores et déjà mis une option sur l'une des nouvelles maisons qui sont à vendre dans ce quartier, dit-elle avec un sourire.
— Non, répondit aussitôt Kaecilius. C'est hors de question ! Trouvez-vous un autre pigeon !
Il croisa les bras et tourna le dos au groupe. Ross fit signe à son compagnon de le suivre et May leur emboîta le pas. Il ne resta plus que Daisy dans la pièce et Kaecilius soupira d'agacement.
— Je suis aussi contrariée que vous, dit la jeune femme. Je ne veux rien avoir affaire avec vous, magicien, et encore moins me faire passer pour une épouse amoureuse, mais mon travail passe avant tout le reste. J'ai été sous couverture plusieurs fois et même si ce n'est jamais agréable, c'est le but qui compte, non ?
Kaecilius demeura silencieux. Jön apparut soudain devant lui en le faisant frémir.
— Ah, ne viens pas t'en mêler, toi, grogna-t-il en s'asseyant.
Daisy observa le jeune garçon et lui sourit doucement.
— Papa, dit-il alors. Je sais que...
— Non, tu ne sais pas, Jön, le coupa le magicien.
— On ne coupe pas la parole à un enfant, le rabroua aussitôt Daisy, les sourcils froncés.
Kaecilius marmonna.
— Et quoi ? dit-il en la regardant. Vous pensiez réellement que j'allais accepter après que vous m'ayez fêlé une côte pour que je vous fiche la paix ? Vous êtes gonflée, vous savez ? Vous croyez quoi, que Strange et moi sommes à la disposition du SHIELD ?
— Non, bien sûr que non, mais... Tu nous laisse, lapin ? demanda la jeune femme en regardant Jön.
Le jeune garçon opina et disparut dans le mur. Daisy s'approcha ensuite du bureau.
— Je suis désolée de vous avoir repoussé de cette manière, dit-elle. J'ai eu peur, d'accord ? J'étais fatiguée, la journée avait été longue et j'ai eu peur parce que je me suis sentie glisser vers quelque chose que je savais que je ne maîtrisais pas.
— Maîtriser... souffla Kaecilius en reniflant. Bien sûr, Quake a besoin de tout maîtriser, tout le temps, n'est-ce pas ?
Le ton était tellement acide que Daisy serra les mâchoires. Quand elle serra également le poing et que son gantelet crissa, Kaecilius l'observa un moment.
— Quel homme sain d'esprit voudrait sortir avec vous, de toute manière ? lâcha-t-il. Vous êtes un danger public, Daisy Johnson !
La vibration qui le frappa soudain à l'épaule le fit reculer d'un pas et il s'adossa à la bibliothèque en grognant. Il sentit ensuite une main entourer sa gorge et il releva la tête.
— Maître Kaecilius, vous avez beau être un magicien très puissant, dit Daisy. Si je balance une vibration sur votre larynx, je vous brise la nuque en une fraction de seconde. Et sans Sanctum, vous mourrez.
Le magicien releva le menton et blêmit. Les doigts de Daisy se relâchèrent alors et sa main retomba le long de son flanc. Ils restèrent immobiles une longue seconde avant que Kaecilius ne lève les bras et ne l'enlace solidement malgré la douleur de son épaule droite.
— Vous êtes une idiote, dit-il. J'avais raison quand je disais à Strange que vous ne saviez faire qu'une seule chose quand vous avez peur, vous réfugier derrière la colère...
La jeune femme soupira puis recula et leva son visage vers le magicien qui lui effleura la mâchoire de son index.
— Ce bouclier est bien trop lourd pour vous, dit-il.
Il retourna s'asseoir au bureau et Daisy pivota vers lui.
— Je n'ai pas d'autre choix pour ne pas souffrir, répondit-elle. Si je ne me barricade pas derrière cette haine que j'éprouve pour mes ennemis, je me fais bouffer. Ça a toujours été ça sera toujours.
— Je ne vous le souhaite pas.
— Pourquoi ?
— Parce que le jour où vous aurez un enfant, Daisy, vous comprendrez que ce n'est plus pour vous que vous vous battez, mais pour lui. Il passera toujours avant vous, vous serez blessée, parfois dans vos chairs, plus souvent dans votre âme, pour le protéger.
— Je n'ai pas l'intention d'avoir des enfants, trancha Daisy. Le problème est réglé.
Elle se détourna alors et Kaecilius laissa échapper un ricanement.
— C'est d'accord, dit-il alors.
— Pardon ?
— La couverture dans ce quartier pour le SHIELD, c'est d'accord.
Daisy secoua la tête.
— Pourquoi avoir changé d'avis comme ça ?
— Parce que vous avez besoin de voir ce que cela fait de vivre avec quelqu'un sans être un super-héros.
— Je ne...
Kaecilius pencha la tête.
— Vous pensiez sérieusement que vous alliez pouvoir rester dans ce déguisement pendant cette mission ? Daisy, il se pourrait qu'elle dure des semaines, des mois peut-être avant que nous trouvions un moyen d'entrer dans cette base. Nous allons peut-être devoir nous faire passer pour des agents de HYDRA, vous allez devoir être convaincante et adhérer à leur paroles...
Daisy serra les mâchoires. Kaecilius leva alors une main et Daisy soupira en décroisant les bras.
— Sérieusement ?
Le magicien sourit. Il observa ensuite la jeune femme vêtue de la robe blanche à fleurs bleues dont il l'avait affublée lorsqu'ils étaient sortis dans les rues de New-York, quelques jours en arrière. La porte de la chambre de Strange coulissa alors et les trois autres esquissèrent des sourires.
— Daisy, cela faisait bien longtemps que je ne t'avais plus vue ainsi habillée, dit May. C'est en quel honneur ?
— Elle doit être sous couverture, non ? répondit Kaecilius. Donc autant prendre l'habit de Madame Toutlemonde dès maintenant.
— Devons-nous comprendre que vous acceptez ? demanda Ross.
— En effet. J'ai des comptes à régler avec HYDRA, ils ont prétendu m'aider, ils m'ont trahi, laissé pour mort, puis attenté à ma vie une seconde fois quand ils se sont rendu compte que j'avais survécu. Quand tu m'as tué, Stephen, j'ai perdu le Sanctum de Londres, désormais, je suis un magicien sans attaches et j'ai bien l'intention de le leur faire payer.
— C'est pourtant de ma faute... s'étonna Strange.
— Oui, mais j'ai déjà essayé de te tuer et j'ai failli y passer, donc je vais me contenter de cibles moins coriaces, si tu n'y vois pas d'inconvénients.
Strange sourit et opina.
— Nous allons rentrer au SHIELD, dans ce cas, dit May.
— Rentrez, Melinda, répondit Ross. Je vais rester un moment ici.
— Comme vous voudrez. Daisy ?
— Je vais rester ici aussi.
— Décidément. Dans ce cas, Maître Kaecilius... ?
Ce dernier inclina la tête et invoqua un portail qui se referma dès que May fut passée. Ross rejoignit ensuite son compagnon et ils quittèrent le bureau. Daisy soupira.
— Je ne comprends vraiment pas, dit-elle. Que se passe-t-il ?
— Je n'en sais rien, vous et moi sommes deux personnes que la vie a sévèrement malmenées, cependant, il y a quelque chose en vous qui me pousse à vouloir en apprendre plus. Je ne suis sans doute pas votre type d'homme, mais apparemment, mon charme de viking a fait son petit ravage...
Daisy se mit à rire et tira la langue. Elle s'approcha ensuite de la grande verrière et observa dehors un moment.
— Allons marcher, décida-t-elle. J'ai besoin de prendre l'air.
— Vous êtes sûre ?
— Oui. Venez. Laissons Ross et Strange tranquilles.
Kaecilius plissa le nez puis opina et s'éloigna vers la porte. Son habit jaune de moine se mua en un jean et un sweat à capuche dans le mouvement et Daisy le rejoignit ensuite.
