— Monsieur et Madame Johnson, je suppose ?
— C'est nous, enchantée.

Daisy tendit la main droite et l'homme en face d'elle la serra avec un sourire. Il en fut de même pour Kaecilius.

— Vous avez déjà visité ? demanda l'agent immobilier.
— Nous avons vu les plans et la présentation en trois dimensions sur votre site, répondit le magicien.
— Très bien, faisons un petit tour tout de même, il y a eu quelques rénovations de faites, les anciens propriétaires étaient un peu... sales.

Le faux couple échangea un regard un peu inquiet et l'agent immobilier esquissa un sourire avant de tourner les talons et de s'éloigner.

— Vous pensez qu'ils auraient... nettoyé quelques taches suspectes ? demanda Daisy.
— Genre celles qui s'illuminent sous les ultraviolets ?

Daisy haussa brièvement les sourcils.

— Vous venez ? demanda soudain l'agent immobilier.
— Oh, oui, excusez-nous, répondit Daisy avec un sourire. Venez, allons-y.

Kaecilius opina et la suivit dans le couloir. L'agent immobilier entreprit ensuite de leur présenter la maison, composée d'une grande pièce à vivre avec cuisine ouverte, d'une buanderie, d'un double garage avec cellier, et de deux chambres et une salle de bains.

— Vous comptez avoir des enfants un jour ? demanda l'agent immobilier alors qu'ils revenaient dans le salon en ayant fait un tour dans le garage.
— Non, répondit aussitôt Daisy.
— J'ai déjà perdu un fils, ajouta Kaecilius. Daisy est ma seconde épouse, je n'ai pas le désir de souffrir à nouveau.
— Je vois... Bien, vous avez les papiers ?
— Oui, tenez.

Kaecilius s'éloigna avec leur hôte et Daisy se dirigea dans la cuisine pour inspecter un peu. Elle ouvrit les placards, le frigo, passa sa main sur la plaque de cuisson d'un air pensif, mais en vérité, elle était à l'affût de la moindre chose qui pourrait lui indiquer un passage secret pour entrer dans la base d'HYDRA potentiellement située sous le quartier.

— Tout est en ordre ! entendit-elle soudain.
— C'est parfait, répondit Kaecilius. Chérie, venez...

Daisy esquissa un sourire et rejoignit le magicien.

— Pardonnez ma question, vous vous vouvoyez ? demanda alors l'agent immobilier, surpris. Vous êtes jeunes, pourtant, vous...
— À vrai dire, nous n'avons jamais... Non, cela ne m'est jamais venu à l'esprit de faire autrement, répondit Daisy avec un sourire pour son faux compagnon. Nous faisons également chambre à part, d'où notre choix d'une maison avec suffisamment de pièces.

Décontenancé, l'agent immobilier resta silencieux puis opina et serra la main du couple avant d'être raccompagné à la porte. Quand Kaecilius ferma celle-ci en tournant le verrou et regarda Daisy, celle-ci perdit aussitôt son sourire.

— Je n'ai encore rien trouvé, dit-elle.
— Patience, nous sommes en mission sans fin, n'oubliez pas. Nous avons le temps qu'il nous sera nécessaire. Si nous emménageons et repartons dans une semaine nous allons immédiatement paraître suspects.
— C'est vrai, admit Daisy, appuyée contre l'îlot central. Autant que cela dure le moins longtemps possible. Je ne suis jamais à l'aise avec les missions sous couverture.
— En général ou juste celle-ci parce que je suis avec vous ? ironisa Kaecilius, un peu amer, en croisant les bras.

Daisy préféra ne rien répondre et quand son téléphone sonna et que le nom de Coulson s'afficha, le magicien décroisa les bras et agita les doigts. Aussitôt, une bulle dorée les enveloppa et la jeune femme décrocha l'appel en passant sur hautparleur.

On peut vous entendre ?
— Non, Kaecilius a fait son petit tour de magie, répondit Daisy en jetant un regard à ce dernier qui lui fit une grimace en retour. Nous avons la maison, c'est bon, je n'ai rien repéré de suspect pour le moment, mais nous verrons avec le temps.
Nous venons demain, de toute manière, répondit Coulson. Vous devez donner le change et emménager proprement.
— La maison est meublée, répondit Daisy, soudain mal à l'aise.
Mais vous n'avez aucune affaire personnelles, dit soudain Jemma. Ne t'en fais pas, je t'amène toute ta garde-robe, tu ne seras pas obligée de porter des robes à fleurs pendant des semaines !

Daisy esquissa un sourire un peu ennuyé avant d'accepter que toute la troupe débarque, en civil, le lendemain pour le déjeuner. Elle raccrocha ensuite et soupira.

— Cette mission va être longue...
— Allons, vous auriez pu tomber sur pire que moi comme binôme.
— J'en doute.

Kaecilius prit la pique sans répliquer et préféra aller visiter la maison plus en détail, plantant la jeune femme dans la cuisine. Celle-ci se mordit la joue et serra les lèvres. Elle n'était tellement pas douée dans les relations humaines qu'elle avait le chic pour froisser l'autre sans même le faire exprès...

.

— Je suis obligé d'avouer que cette maison est sympathique, pour une demeure... Vous voyez ce que je veux dire.

Daisy esquissa un sourire en opinant. Elle se tenait devant la baie vitrée qui donnait sur un petit jardin d'une dizaine de mètres carrés, entouré d'une haie de buissons.

— À quoi pensez-vous ainsi ? demanda Kaecilius.
— Je suis juste préoccupée.
— Et par quoi ? Non, laissez-moi deviner, je suis la raison de vos inquiétudes, c'est cela ?

Daisy baissa le nez et souffla.

— En partie.

Elle se retourna et observa le magicien.

— Je me suis battue contre Strange, je l'ai provoqué, il m'a mise au sol sans aucun effort, dit-elle ensuite en s'asseyant dans le canapé de cuir blanc. Je sais que je suis prétentieuse, que je fais peut-être trop confiance à mes pouvoirs, mais je n'ai rien d'autre pour me défendre.
— Vous n'avez nul besoin de vous défendre constamment, répondit Kaecilius en la rejoignant. Si ?
— Non, bien sûr que non, mais c'est plus fort que moi, je suis sur le qui-vive constamment, j'ai la crainte constante que la personne qui passe près de moi dans la rue soit un Inhumain ou un agent de HYDRA. Vous-même vous pourriez encore être à leur solde et...
— Vraiment ? Si c'était le cas, vous ne pensez pas que Strange l'aurait détecté avant vous ? Nous sommes connectés, lui et moi, nous communiquons par télépathie aussi facilement que de vive voix, je ne peux absolument rien lui cacher, surtout ces derniers temps.

Daisy haussa un sourcil.

— Jön ? demanda-t-elle.
— Jön. Depuis qu'il est apparu dans le Sanctum, j'ai l'impression qu'il désire que je fasse quelque chose pour lui, mais je ne sais pas quoi. Il ne semble pas vouloir me le dire franchement et je le comprends, même si nous ne nous sommes jamais réellement rencontrés, je demeure son père et...

Daisy serra les lèvres.

— Je crois savoir ce qu'il désire, dit-elle. Il ne m'en a rien dit, hein, mais j'imagine qu'il aurait envie d'être un vrai petit garçon.

Kaecilius observa la jeune femme en fronçant les sourcils.

— Vous pensez ? Malheureusement, c'est impossible. Mon fils n'a pas de corps, son esprit était dans la dimension noire, il a réussi à en sortir avant que Strange ne la referme et le seul moyen pour Jön d'être un petit garçon vivant, ce serait de s'installer dans un corps vide, or...
— Or, il n'y a que les morts qui n'ont plus d'âme, acheva Daisy.
— Les morts... ou les nourrissons.

Au tour de Daisy de froncer les sourcils. Elle secoua ensuite la tête en comprenant et quitta le canapé.

— Daisy ! s'exclama le magicien.
— Il en est hors de question ! répliqua la jeune femme en pivotant.
— Je ne vous demande absolument rien, ce n'est que le souhait désespéré d'une âme prise au piège pour le reste de sa vie entre les murs d'un Sanctum !
L'âme de votre fils ! s'exclama Daisy. L'âme du bébé mort dans le ventre de votre femme, qui l'a tuée dans la foulée !

Kaecilius serra les mâchoires et détourna la tête. Daisy renifla ensuite et passa ses mains sur son visage. Soudain, elle empoigna une veste et annonça qu'elle allait prendre l'air.

— Ne rentrez pas trop tard et ne vous attirez pas d'ennuis, répondit simplement le magicien sans même la regarder.

Daisy grimaça et sortit dans l'allée en tirant la porte après elle. Elle observa ensuite les environs, resserra sa veste autour d'elle puis s'engagea dans la route linéaire qui semblait faire le tour que quartier.

La jeune femme marcha d'un bon pas pendant quelques instants avant de ralentir et de se mettre à observer les environs. Le quartier était vaste et si une grande partie des bâtiments était des maisons privées, tous ceux qui se trouvaient au centre dudit quartier étaient des magasins et des bâtiments administratifs.

— C'est une petite ville dans la grande...
— En effet.

Daisy bondit et pivota.

— Pardon ! s'exclama une femme en levant les mains, amusée. Je suis désolée, je ne voulais pas vous effrayer !
— Seigneur... soupira Daisy, une main sur la poitrine. Ce n'est rien... Je... Nous venons d'arriver et je visite un peu alors je suis dans mes pensées...
— Vous venez d'arriver ? Oh, vous devez être les nouveaux propriétaires du numéro quarante-deux ! s'exclama la femme, soudain ravie.
— C'est cela, répondit Daisy. Daisy Johnson, enchantée.
— Myla McGregor, répondit la femme en tendant la main. Où est votre mari ?
— À la maison, je suis allée prendre l'air, il est un peu fatigué par la route que nous avons faite pour venir alors il préfère se reposer.
— Je vois. Sans indiscrétion, vous venez d'où ?
— New York.
— Oh. Intéressant. Pourquoi changer de ville ?
— Le travail. J'ai été mutée, je suis Agent Fédéral, sourit Daisy.

Myla opina. Ce n'était ni un mensonge, ni la vérité, mais Daisy venait de décider que sa couverture devait coller au plus proche de sa vie réelle afin de commettre le moins de bourdes possible.

— Je suis institutrice, répondit alors Myla. Un travail beaucoup moins prestigieux.
— Mais tout aussi important, répondit Daisy. Et bien moins dangereux !

Myla haussa les sourcils puis laissa échapper un rire et tendant le bras, elle invita Daisy l'accompagner pour visiter le quartier et repérer les endroits les plus importants.

.

Kaecilius, resté seul, était pensif. Il avait sondé la maison avec ses pouvoirs et n'avait rien trouvé qui puisse confirmer les dires des sources du SHIELD, à savoir qu'une base secrète de HYDRA serait dissimulée sous le quartier. À première vue, cette maison était parfaitement normale.

— Ceci dit, souffla le magicien en quittant le canapé. Le gars de l'agence immobilière a bien dit qu'ils avaient fait quelques travaux avant que nous n'arrivions, non ? Peut-être que...

Il s'approcha de la cuisine, inspecta la crédence en carrelage blanc, la fenêtre qui donnait du côté des voisins, puis il se dirigea dans le corridor qui desservait les chambres et la salle de bains. Rien d'anormal. Les deux pièces aménagées en chambres étaient parfaitement ordinaires et dans le couloir, une trappe permettait de déployer un escalier pour gagner le grenier, rien d'extraordinaire dans une maison américaine de ville typique.

Lorsqu'il revint dans la grande pièce à vivre, cependant, un détail attira les sens aiguisés de Kaecilius et il observa la cheminée éteinte. Toutes les maisons alentours en avaient une, donc il n'avait pas cherché plus loin durant son premier tour. Cependant, comme il sortait de la première chambre qu'un mur séparait du salon, quelque chose l'avait fait tiquer.

— Tu m'as l'air épais, toi, comme mur... dit-il en s'approchant.

Du bout des phalanges, il toqua contre le plâtre et le bruit sonna sourd du côté du salon, puis creux, et de nouveau sourd en approchant de la porte de la chambre.

— Hm, il y a du vide, là-derrière.

D'un geste de la main, le magicien changea la réalité et esquissa un sourire. Sous le plâtre, une planche en bois apparut, cloutée sur la structure de la maison. Il sentit soudain une présence et remit le mur d'aplomb en se tournant vers la porte d'entrée qui s'ouvrit.

— Entrez Myla. Je vous en prie.

Daisy apparut, aussitôt suivie d'une femme d'environ quarante ans. Quand elle remarqua Kaecilius, elle se figea.

— Oh, Seigneur...

Daisy haussa un sourcil et esquissa un sourire.

— Myla, voici mon mari, dit-elle. Jön, voici Myla McGregor, je l'ai rencontrée dans la rue, elle m'a fait faire le tour du quartier.
— Ah ? Enchanté de vous connaître dans ce cas, répondit Kaecilius après un regard un peu noir à Daisy quand elle l'avait surnommé avec le prénom de son fils.
— Jön Johnson... dit alors Myla. Quel assemblage étrange...
— Je suis Danois, répondit Kaecilius. Mon père est américain.
— Je vois. En tout cas, j'espère que vous vous plairez dans notre quartier, c'est très calme, même la nuit, assura la femme.
— Tant mieux, répondit le magicien.

Comme pour couper court à la visite, le téléphone de Daisy se mit à sonner et la jeune femme sursauta.

— Je vais vous laisser, dit aussitôt Myla. Au plaisir de se revoir, Daisy.
— De même, merci pour la visite.

La femme fit un signe de tête à Kaecilius puis quitta la maison et Daisy, son téléphone à la main, regarda le magicien en agitant l'appareil.

— C'était nécessaire ? demanda-t-elle. On avait dit, pas de pouvoirs.
— Je sais, mais elle devait partir, j'ai trouvé quelque chose.
— Quoi donc ?

Le magicien s'approcha du mur suspect et retira le plâtre d'un geste de la main. Daisy le rejoignit et observa la planche. Elle était neuve, ainsi que les clous, et elle pinça la bouche.

— Vous pensez la même chose que moi ? demanda-t-elle.
— Il n'y a pas trente-six manières de le savoir...

Kaecilius saisit les bords de la planche dans le but de l'arracher de ses supports, mais Daisy posa une main sur son bras.

— Oui, mais pas ce soir, le coupa-t-elle. N'oubliez pas que nous avons des invités demain, et que nous devons passer inaperçu aussi longtemps que possible. C'est vous qui m'avez dit cela il y a moins d'une heure, vous vous rappelez ?
— Exact.

Kaecilius recula alors d'un pas et le plâtre reparut. Daisy esquissa un sourire et se dirigea ensuite vers la cuisine en proposant du thé. Le magicien la rejoignit et s'assit sur l'une des chaises hautes devant l'îlot central.

— Vous ne m'en voulez plus ? demanda-t-il.
— J'en suis incapable.
— Ah bon ? C'est-à-dire ?

Daisy remplit la bouilloire puis la déposa sur la plaque à induction et pivota en croisant les bras.

— Aussi bizarre que cela puisse sembler, je suis incapable de vous en vouloir plus de dix minutes. J'ignore si ce sont vos « pouvoirs » qui agissent sur moi, ou si je suis à ce point en manque de chaleur humaine, mais c'est un fait.

Kaecilius demeura silencieux et tritura ses doigts un moment avant de quitter sa chaise et de contourner l'îlot. Il se planta face à la jeune femme et elle leva la tête vers lui avant de sourire doucement et de l'embrasser du bout des lèvres. Il lui rendit son baiser puis posa son front contre le sien.

— Je ne sais pas si vous êtes désespérée, dit-il. Mais moi oui. Je suis seul depuis plus de dix ans, aigri et furieux contre le monde entier. Je ne dis pas que vous serez capable de m'apaiser sur le long terme, mais pour le moment, il semblerait que ce soit le cas...

Daisy serra les lèvres et posa sa main sur sa joue.

— Gardez juste en tête que je peux briser le moindre de vos os si vous me mettez en colère, dit-elle.

Kaecilius rigola en reculant d'un pas.

— Vous êtes tellement... unique, Daisy Johnson ! Pas seulement parce que vous êtes une Inhumaine, mais dans votre tête aussi. Votre esprit est différent de ceux des autres femmes que j'ai pu rencontrer depuis la mort d'Adria...
— Je ne sais pas si je suis aussi unique que ça, mais ce que je viens de comprendre, c'est que plus je vais vous repousser, plus je serais en colère.
— Ah bon ?

Daisy esquissa un sourire. Kaecilius secoua ensuite la tête et la prit dans ses bras. Il l'embrassa sur le front et la jeune femme soupira. La bouilloire siffla alors et elle se détacha de l'homme.

— Un jour, vous me montrerez ce que vous avez fait ? demanda-t-elle. Votre vie.
— Un jour. Je n'ai pas encore fait la paix avec tout ça pour le moment, je suis seulement en train de réaliser ce qui aurait pu arriver si Strange ne m'avait pas vaincu et c'est suffisamment douloureux comme ça pour m'empêcher de le revivre encore une fois en spectateur extérieur.

Daisy opina. Le magicien sortit ensuite deux tasses d'un placard et la jeune femme soupira intérieurement. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait, elle ne savait pas dans quoi elle s'engageait en acceptant de sortir avec ce magicien au passé si difficile. Cependant, sa présence l'apaisait elle, et l'apaisait lui aussi, et pour le moment, cela lui suffisait.

.

— Cette maison est très confortable.
— C'est petit.
— Oh, tout de suite. Il y a deux chambres, tout de même. Ce n'est pas donné partout.

Détournant son attention des femmes qui discutaient, Everett Ross s'approcha d'une table sur laquelle étaient posés des plats de victuailles et des boissons.

— Tout va bien ?

Le jeune homme sourit et leva la tête vers son compagnon qui le gratifia d'un baiser.

— Tout va bien oui, il fait beau, c'est idéal pour emménager, sourit Ross. Vous avez discuté avec Kaecilius ? Cette tenue vous va très bien, par ailleurs.

Strange sourit en secouant la tête, croisant dans le miroir son reflet vêtu d'un pantalon de smoking noir et d'un pull à col roulé blanc. Il portait un sweatshirt gris sur les épaules.

— Oui, j'ai parlé avec lui et il pense qu'il y a un passage rebouché derrière la cheminée, répondit-il alors en buvant une gorgée de Punch. J'imagine qu'ils n'avaient pas prévu que la maison soit vendue à des gens... normaux.
— Si l'on peut dire ça comme ça, sourit Ross. Dites-moi, vous ne trouvez pas Daisy différente depuis hier matin ?
— Différente dans quel genre ? Elle m'a l'air plutôt contente... Est-ce mal ?
— Non, au contraire, mais elle n'était pas très chaude pour déménager ici... Souvenez-vous de la scène qu'elle nous a faite.

Strange fronça les sourcils et observa la jeune femme qui se mit à rire à quelque chose dit par Jemma. Celle-ci et Daisy étaient avec May un peu plus loin dans le jardin d'une quinzaine de mètres de carrés attenant à la maison tandis que les hommes étaient tous installés dans des fauteuils en fer forgé, plus près de la maison, une bière à la main.

— Faites donc un petit tour dans les pensées de notre viking, suggéra alors Ross.
— Ah non, chéri, c'est interdit.
— Oh allez, j'ai un petit doute sur la raison du grand sourire de Daisy...

Strange haussa un sourcil.

— Non... ?
— Si, sourit Ross. Je crois bien que notre Quake a décidé de laisser sa chance à Kaecilius.
— Eh bien... Je ne m'y attendais pas. Surtout aussi rapidement. Bon, ils doivent donner le change, je sais, mais...
— Ouais, c'est surprenant. À mon avis, Jön n'y est pas étranger.
— Vous pensez ? Que voudrait ce petit bonhomme ?
— Que son père soit heureux, pour commencer, répondit Ross. Ensuite, il pourrait avoir envie d'une maman ?

Strange plissa le nez.

— Il n'y a aucun moyen pour lui rendre un corps, dit-il. Cet enfant est mort dans le ventre de sa mère, son corps a été incinéré avec les déchets médicaux...

Le magicien se tut soudain et sembla choqué.

— Que se passe-t-il ? demanda Ross. Stephen ?
— Rien, je... Seigneur, je viens de me souvenir de quelque chose et... Tenez mon verre, je dois discuter avec Cili.
— Hein, que... ? Mais...

Ross observa son compagnon s'éloigner et rentrer dans la maison. La seconde suivante, Kaecilius s'excusa auprès de Coulson, Mack et Fitz, et rentra à son tour. Surpris, Ross rejoignit ses collègues.

.

— Qu'est-ce que tu veux ?

Strange, debout devant la cheminée, se retourna et observa son frère de magie.

— Everett m'a fait remarquer qu'il trouvait Daisy changée depuis hier, elle est plus sereine, que lui as-tu fait ?
— Oh... Je vois que tu fonces directement dans le tas. Que crois-tu ? Que je l'aurais magiquement embrouillée ? répondit Kaecilius avec un petit sourire narquois.
— Tu en serais capable, je te connais.

Le viking serra les lèvres.

— Tes accusations me blessent, Stephen, répondit-il. Daisy n'est pas ensorcelée, elle... elle a juste compris certaines choses.
— Vous êtes ensemble, c'est ça ?
— En quelque sorte...

Strange soupira.

— Tu dois cesser rapidement cela, dit-il. Tu n'es pas prêt, Cili.
— Arrête... se détourna aussitôt ce dernier. Cela fait plus de dix ans que je suis veuf ! J'ai souffert toute ma vie de ne pas avoir Adria à mes côtés, et quand enfin je peux, elle m'est arrachée et notre enfant avec elle !
— Tu as pété les plombs ! rétorqua Strange. Leur mort t'a brisé l'esprit et tu as failli détruire le monde !
— Et j'en paie le prix ! J'ai perdu mon Sanctum ! répliqua Kaecilius en montrant les dents tout en martelant l'air devant lui. Tu sais ce que ça fait de savoir que je pourrais mourir demain en tombant dans l'escalier ou en me faisant renverser par une auto, hein ?! Non, bien sûr que non, parce que tu as ton Sanctum qui t'empêche de mourir !

Strange s'apprêta à répondre quand il avisa Daisy plantée à l'entrée du salon. Il pinça les lèvres et baissa le nez. La jeune femme s'approcha et posa sa main sur le bras de son compagnon.

— Écoutez Strange, dit-elle. Votre inquiétude est toute à votre honneur, mais il y a quelque chose entre lui et moi et j'ignore ce que c'est. Sa présence m'apaise et c'est le même cas pour lui.
— Tu ne sais pas de quoi il est capable... répondit Strange, inquiet.
— J'en ai eu un aperçu grâce aux dossiers du SHIELD et il m'a raconté son histoire. Je sais qu'il est brisé, blessé, mais il a déjà touché le fond une fois, il ne peut que remonter maintenant et je vais l'y aider. Ne m'en empêchez pas, s'il vous plaît, Docteur Strange...

Strange déglutit. Kaecilius, silencieux, passa un bras autour de Daisy et la serra contre lui en l'embrassant sur le front ; le magicien les observa une seconde.

— Très bien, dit-il alors. Profitez de cette mission pour apprendre à vous connaître, mais...
— Nous avons déjà convenu d'éviter d'utiliser nos pouvoirs, pour notre sécurité et celle de la mission, dit Daisy en s'écartant de son compagnon.
— Tant mieux.
— Ne dites rien aux autres, surtout pas à Coulson, dit alors Daisy. Ce serait dommage qu'il m'empêche de faire cette mission alors que je suis potentiellement la seule à pouvoir la mener à bien.
— Everett se doute de quelque chose.
— Parlez-lui-en alors, mais à personne d'autre. Les filles sauront rapidement si quelque chose a changé entre Kaecilius et moi, mais pour le moment, je voudrais que cela reste entre nous trois.

Strange opina. Daisy décida alors qu'il était l'heure de passer à table et rameuta tout le monde pour qu'ils aident à dresser une table dehors et à installer parasols et chaises.

.

— Rentrez bien.
— On ne va pas bien loin, sourit May.
— Chut, c'est pour les oreilles indiscrètes.

May ouvrit la bouche en opinant puis sourit. Ils étaient venus avec le Zéphyr One, posé dans un champ proche et caché sous son déflecteur, mais effectivement, ils devaient tous donner le change.

— J'allais dire, on se voit lundi, mais... sourit Jemma en prenant son amie dans ses bras.
— J'espère ne pas rester trop longtemps ici, répondit Daisy.
— Je vous en prie, cela fait à peine vingt-quatre heures, grommela Kaecilius.

Daisy lui décocha un sourire puis laissa partir ses collègues un peu à regret en les accompagnant sur le trottoir. Ils s'entassèrent tous dans un grand SUV noir et la voiture s'éloigna ensuite. Kaecilius en profita pour enserrer la jeune femme entre ses bras, la tenant dos à lui, et il lui souffla quelque chose à l'oreille comme elle se raidissait. Elle tourna ensuite la tête et sourit à Myla.

— Ce sont vos collègues qui viennent de partir ? demanda celle-ci, tenant en laisse un petit chien blanc.
— Oui, nous avons pendu la crémaillère, mais c'est dur de les laisser partir, je ne vais pas les revoir avant longtemps, sourit Daisy.
— Où travaillez-vous, déjà ? demanda Myla.
— Je suis Agent Fédéral, répondit Daisy.
— Ah oui. Et vous, Jön ?

Le viking plissa le nez, Myla avait prononcé son nom à l'américaine « John », mais il ne releva pas.

— Je ne travaille pas, je laisse ma femme faire rentrer tout l'argent en paressant devant la télévision ! répliqua-t-il avec une grimace.
— N'importe quoi... soupira Daisy en lui cognant le torse. Il est informaticien pour le FBI, il travaille depuis la maison.
— Je vois. Bien, je ne vais pas pour ennuyer plus longtemps, la journée a été longue, j'imagine, sourit Myla. Bonne soirée.

Daisy opina puis lui souhaita une bonne soirée et le couple rentra.

— Cette petite fouineuse va nous poser des problèmes, dit aussitôt Kaecilius en allumant les lampes. Ne lui dites plus rien, ou alors inventez.
— C'est ce que j'avais l'intention de faire, de toute manière, nous sommes sous couverture, donc nous n'avons pas bien le choix. Vous voulez dîner ?
— Nope, je suis plein. Une petite infusion, ça sera parfait.

Daisy sourit et son compagnon s'effondra dans le canapé en marmonnant. Il alluma la télévision et la jeune femme l'observa depuis la cuisine. Cela faisait deux jours qu'ils vivaient ensemble et ce matin, quand elle s'était levée, elle l'avait trouvé en train de préparer le petit-déjeuner. Il lui avait volé un baiser quand elle était passée près de lui et cela lui avait paru totalement normal...

— Kaecilius ?
— Hm ?

Daisy demeura silencieuse, la bouilloire à la main, et quand le magicien tourna la tête vers elle, elle sourit et secoua la tête en se détournant. La jeune femme entendit alors remuer et rigola quand deux larges bras se refermèrent autour d'elle.

— Il n'y a rien, assura-t-elle en s'adossant à lui.
— Laissez-moi penser le contraire... Vous ne savez pas comment réagir face à moi, je me trompe ?

Il la libéra de son étreinte et elle pivota vers lui en s'adossant au comptoir avec un soupir.

— Non, vous avez raison, répondit-elle. J'ai l'impression que Jön attend quelque chose de moi, je ne sais pas quoi, et du coup, je n'arrive pas à être... sereine.
— Mon fils est un fantôme, Daisy, répondit Kaecilius en fronçant les sourcils. Que voudriez-vous qu'il attende de vous ?
— Honnêtement, je ne sais pas, mais il m'a conduite vers vous, il vous a conduit vers moi, il doit forcément avoir une idée derrière la tête.

Kaecilius serra les mâchoires et grimaça ensuite.

— À part de nous « pousser », si j'ose dire, à renforcer notre relation au point d'avoir un enfant qu'il puisse ensuite habiter, je ne vois pas, répondit-il.
— Je ne veux pas d'enfants, répondit la jeune femme. Si votre fils veut un corps, il serait mieux de lui offrir celui d'un enfant récemment mort plutôt que celui d'un nouveau-né.

Kaecilius tira la langue. Daisy secoua ensuite la tête et se retourna pour préparer du thé. Le viking l'observa un moment, l'embrassa sur la joue, puis retourna devant la télé. Daisy le rejoignit quand leur plus que frugal dîner fut prêt et ils s'abîmèrent dans les émissions télévisées jusqu'à ce que le sommeil ne les rattrape.